Alexandre Chliapnikov
Appel des 22 aux membres
de la conférence de l'Internationale Communiste
(26 février 1922)
Source: Page anglaises de MIA d'après le rapport sténographique du 11° congrès du P.C. russe (1922 rééd. 1961).
Chers camarades !
Nous avons appris dans nos journaux que le comité exécutif de l'Internationale communiste discute du " front unique ouvrier " ; aussi considérons-nous de notre devoir de communistes de vous informer que dans notre pays le “front unique” est en mauvais état, non seulement au sens large, mais aussi dans son application au sommet de notre parti.
Alors que les forces de la bourgeoisie nous pressent de tous côtés, alors même qu'elles infiltrent notre parti, favorisées en cela par sa composition sociale (40 % d’ouvriers et 60 % de non-prolétaires), notre direction lutte implacablement contre tous ceux, et tout particulièrement les prolétaires, qui ont leurs propres opinions, appliquant toutes sortes de mesures répressives contre l'expression de ces opinions dans le Parti.
La tentative d'amener les masses prolétariennes plus près du gouvernement est qualifiée d’ « anarcho-syndicalisme », et ses partisans sont poursuivis et discrédités.
Dans le mouvement syndical, même tableau : suppression de l’initiative et de la spontanéité ouvrières, lutte recourant à tous les moyens contre l'hétérodoxie. Les forces unifiées de la bureaucratie du Parti et des syndicats, tirant profit de leur position et de leur pouvoir, ignorent nos mandats de congrès visant à bâtir les bases de la démocratie ouvrière. Nos fractions communistes dans les syndicats sont privées du droit de manifester leur volonté dans l'élection de leurs propres chefs, même lors des congrès. La tutelle et la pression de la bureaucratie en sont arrivées à ce point que les membres du Parti sont menacés d’exclusion et d'autres mesures répressives s'ils élisent qui ils veulent au lieu de ceux que les haut placés veulent. De telles méthodes de travail mènent au carriérisme, aux intrigues, et à la servilité, auxquelles les ouvriers répondent en quittant le Parti.
Partisans de l'idée du front unique des travailleurs tel qu’il est interprété dans les 23 thèses, nous faisons appel à vous, avec le souhait sincère d’en finir avec toutes ces anomalies, qui entravent l'unité de ce front, d'abord de tous au sein de notre Parti communiste russe.
La situation dans notre Parti est si difficile qu’elle nous pousse à vous demander de l'aide pour écarter la menace imminente d'une scission en son sein.
Salutations communistes,
Membres du Parti communiste de Russie (bolchevik) :
M. Lobanov, membre du Parti depuis 1904
N. Kouznetsov, membre du Parti depuis 1904 A. Polosatov, membre du Parti depuis 1912 A. Medvedev, membre du Parti depuis 1912 G. Miasnikov, membre du Parti depuis 1906 V. Pliechkov, membre du Parti depuis 1918 G. Chokhanov, membre du Parti depuis 1912 S. Medvedev, membre du Parti depuis 1900 G. Brouno, membre du Parti depuis 1906 A. Pravdine, membre du Parti depuis 1899 I. Ivanov, membre du Parti depuis 1899 F. Mitine, membre du Parti depuis 1902 P. Borisov, membre du Parti depuis 1913 M. Kopylov, membre du Parti depuis 1912 Jiline, membre du Parti depuis 1915 Tchelychev, membre du Parti depuis 1910 Tolokontsev, membre du Parti depuis 1914 A. Chliapnikov, membre du Parti depuis 1901 M. Borouline, membre du Parti depuis 1917 V. Bekrenev, membre du Parti depuis 1917 A. Pavlov, membre du Parti depuis 1917 A. Tachkine, membre du Parti depuis 1917
Je soutiens [ cet appel ] : A. Kollontaï, membre du parti depuis 1898 ; et Zoïa Chadourskaïa.
IV° congrès de l’Internationale Communiste
Novembre 1922
Le 4e Congrès constate avant tout que les résolutions du 3e Congrès mondial :
1° sur la crise économique mondiale et les tâches de l'I.C.;
2° sur la tactique de l'I.C.,
ont été complètement confirmées par le cours des événements et le développement du mouvement ouvrier dans l'intervalle entre les 3e et 4e Congrès.
Après avoir analysé la situation économique mondiale, le 3e Congrès put constater avec la plus complète précision que le capitalisme, après avoir accompli sa mission de développement des forces productrices, est tombé dans la contradiction la plus irréductible avec les besoins, non seulement de l'évolution historique actuelle, mais aussi avec les conditions d'existence humaine les plus élémentaires. Cette contradiction fondamentale se refléta particulièrement dans la dernière guerre impérialiste et fut encore aggravée par cette guerre qui ébranla, de la manière la plus profonde, le régime de la production et de la circulation. Le capitalisme, qui se survit ainsi à lui-même, est entré dans la phase où l'action destructrice de ses forces déchaînées ruine et paralyse les conquêtes économiques créatrices déjà réalisées par le prolétariat dans les liens de l'esclavage capitaliste.
Le tableau général de la ruine de l'économie capitaliste n'est en rien atténué par les fluctuations inévitables qui sont propres au système capitaliste, dans son déclin comme dans son ascension. Les tentatives faites par les économistes nationaux bourgeois et social-démocrates pour présenter l'amélioration constatée dans la seconde moitié de 1921 aux Etats-Unis et, dans une mesure bien moindre, au Japon et en Angleterre, en partie aussi en France et dans d'autres pays, comme un indice de rétablissement de l'équilibre capitaliste reposent en partie sur la volonté d'altérer les faits et en partie sur le manque de perspicacité des valets du capital. Le 3e Congrès, même avant le commencement de la reprise industrielle actuelle, avait prévu cette reprise dans un avenir plus ou moins rapproché, et il l'avait définie dès lors de la façon la plus précise comme une vague superficielle sur le fond de la destruction croissante de l'économie capitaliste. On peut prévoir nettement dès à présent que si la reprise actuelle de l'industrie n'est pas susceptible, même dans un avenir éloigné, de rétablir l'équilibre capitaliste ou même de guérir les plaies béantes laissées par la guerre, la prochaine crise cyclique, dont l'action coïncidera avec la ligne principale de la destruction capitaliste, ne fera qu'aggraver toutes les manifestations de cette dernière, et par conséquent aussi, dans une mesure extraordinaire, la situation révolutionnaire.
Jusqu'à sa mort, le capitalisme sera en proie à ces fluctuations cycliques. Seules, la prise du pouvoir par le prolétariat et la Révolution mondiale socialiste pourront sauver l'humanité de cette catastrophe permanente provoquée par la persistance du capitalisme moderne.
Ce que le capitalisme traverse aujourd'hui n'est autre que son agonie. L'écroulement du capitalisme est inévitable.
La situation politique internationale reflète aussi la ruine progressive du capitalisme.
La question des réparations n'est toujours pas résolue. Tandis que les conférences des Etats de l'Entente se succèdent, la ruine économique de l'Allemagne se poursuit toujours et menace l'existence du capitalisme dans toute l'Europe Centrale. L'aggravation catastrophique de la situation économique de l'Allemagne contraindra l'Entente à renoncer aux réparations, ce qui accélérera la crise économique et politique de la France ou bien déterminera la formation d'un bloc industriel franco-allemand sur le continent ; et ce fait aggravera la situation économique de l'Angleterre et sa position sur le marché mondial ; il opposera politiquement l'Angleterre au Continent.
Dans le Proche-Orient, la politique de l'Entente a subi une faillite complète. Le traité de Sèvres a été déchiré par les baïonnettes turques. La guerre gréco-turque et les événements subséquents ont montré avec évidence l'instabilité de l'équilibre politique actuel. Le fantôme d'une nouvelle guerre mondiale impérialiste est apparu clairement. Après avoir, pour des motifs de concurrence avec l'Angleterre, aidé à déterminer l'œuvre commune de l'Entente dans le Proche-Orient, la France impérialiste est de nouveau poussée par ses intérêts capitalistes dans le front commun du capitalisme contre les peuples de l'Orient. Par là, la France capitaliste prouve aux peuples du Proche-Orient qu'ils ne sauraient mener leur lutte de défense contre l'oppression qu'aux côtés de la Russie des Soviets et avec l'appui du prolétariat révolutionnaire du monde entier.
En Extrême-Orient, les Etats victorieux de l'Entente ont essayé de réviser, à Washington, la paix de Versailles, mais ils n'ont fait ainsi que se donner un répit en réduisant pour quelques années une catégorie seulement d'armements, à savoir le grand nombre des navires de guerre. Ils n'ont pas obtenu une solution de la question. La lutte se poursuit toujours entre l'Amérique et le Japon, elle entretient la guerre civile en Chine. La côte du Pacifique reste, après comme avant Washington, un foyer de grands conflits.
L'exemple des mouvements de libération nationale aux Indes, en Egypte, en Irlande et en Turquie, montre que les pays coloniaux et semi-coloniaux constituent les foyers d'un mouvement révolutionnaire grandissant contre les puissances impérialistes et des réservoirs inépuisables de forces révolutionnaires qui, dans la situation actuelle, se tournent objectivement contre toute l'existence de l'ordre bourgeois mondial.
La paix de Versailles est liquidée par les faits. Mais elle ne fait pas place à un accord général des Etats capitalistes, à une suppression de l'impérialisme ; elle crée au contraire de nouveaux antagonismes, de nouveaux armements. La reconstruction de l'Europe est impossible dans la situation donnée. L'Amérique donnée. L'Amérique capitaliste ne veut faire aucun sacrifice pour la restauration de l'économie capitaliste européenne. L'Amérique capitaliste plane comme un vautour sur l'agonie du capitalisme européen dont elle sera l'héritier. L'Amérique réduira l'Europe capitaliste en esclavage si la classe ouvrière européenne ne s'empare pas du pouvoir politique et ne s'applique pas à réparer les ruines de la guerre mondiale et à commencer la construction d'une République Fédérative des Soviets d'Europe.
Les derniers événements qui se sont déroulés en Autriche sont éminemment caractéristiques de la situation politique de l'Europe. Sur l'ordre de l'impérialisme de l'Entente, salué avec joie par la bourgeoisie autrichienne, la fameuse démocratie – fierté des leaders de l'Internationale de Vienne, pour laquelle ces derniers ont constamment trahi les intérêts du prolétariat et qu'ils avaient confiée à la garde des monarchistes, des social-chrétiens et des nationalistes, qu'elle aidait à se rétablir au pouvoir – a été anéantie d'un trait de plume à Genève et remplacée par la dictature ouverte d'un simple plénipotentiaire de l'Entente. Le Parlement bourgeois même est supprimé en fait et remplacé par un commis des banquiers de l'Entente. Après un court semblant de résistance, les social-démocrates ont capitulé et aidé à l'exécution de ce honteux traité. Ils se sont même déclarés prêts à entrer de nouveau dans la coalition sous une forme à peine masquée, pour empêcher une résistance du prolétariat.
Ces événements en Autriche, ainsi que le dernier coup d'Etat fasciste en Italie, démontrent d'une manière frappante l'instabilité de toute la situation et prouvent surabondamment que la démocratie n'est qu'un simulacre, qu'elle n'est en réalité que la dictature masquée de la bourgeoisie, que cette dernière remplace, le moment venu, par la réaction ouverte la plus brutale.
En même temps, la situation politique internationale de la Russie des Soviets, le seul pays où le prolétariat ait vaincu la bourgeoisie et maintenu son pouvoir pendant cinq années contre les assauts de ses ennemis, est renforcée dans une mesure considérable.
A Gênes et à La Haye, les capitalistes de l'Entente ont tenté de contraindre la République des Soviets de Russie à renoncer à la nationalisation de l'industrie et de la charger d'un fardeau de dettes qui la transformerait, en fait, en une colonie de l'Entente. L'Etat prolétarien de la Russie des Soviets fut cependant assez fort pour résister à ces prétentions. Dans le chaos du système capitaliste en cours de dissolution, la Russie des Soviets, de la Bérézina à Vladivostok, de la côte de Mourmansk aux montagnes d'Arménie, est un facteur croissant de puissance en Europe, dans le Proche et l'Extrême-Orient. Malgré les tentatives du monde capitaliste, pour étouffer la Russie au moyen du blocus financier, celle-ci sera en état d'aborder sa restauration économique. Dans ce but, elle utilisera aussi bien ses propres ressources économiques que la concurrence entre capitalistes, qui contraindra ceux-ci à mener des négociations séparées avec la Russie des Soviets. Un sixième du globe est au pouvoir des Soviets. L'existence seule de la République des Soviets de Russie agit sur la société bourgeoise comme un élément de la Révolution mondiale. Plus la Russie Soviétique se relève et se consolide économiquement, et plus ce facteur révolutionnaire prédominant accroîtra son influence dans la politique internationale.
Le prolétariat de tous les pays, excepté la Russie, n'ayant pas profité de l'état de faiblesse du capitalisme, déterminé par la guerre, pour lui porter des coups décisifs, la bourgeoisie put, grâce à l'aide des socialistes-réformistes, écraser les ouvriers révolutionnaires prêts au combat, consolider son pouvoir politique et économique et commencer une nouvelle offensive contre le prolétariat. Toutes les tentatives de la bourgeoisie pour remettre en marche la production et la réparation industrielle après l'orage de la guerre mondiale furent faites aux dépens du prolétariat. L'offensive universelle et systématique organisée par le capital contre toutes les conquêtes de la classe ouvrière entraîna tous les pays dans son tourbillon. Partout le capital réorganisé réduit impitoyablement le salaire réel des ouvriers, prolonge la journée de travail, rogne les modestes droits du prolétariat dans l'industrie, oblige dans les pays à bas cours les ouvriers, réduits à la mendicité, à payer les frais de la misère déterminée dans la vie économique par la dépréciation du change, etc.
L'offensive du capital, qui a pris au cours de ces dernières années des proportions gigantesques, oblige les ouvriers de tous les pays à mener des luttes défensives. Des milliers et des dizaines de milliers d'ouvriers ont accepté le combat, dans les branches les plus importantes de la production. Des groupes toujours nouveaux d'ouvriers entrent dans la lutte, venant des branches les plus déterminantes de la vie économique (cheminots, mineurs, métallurgistes, fonctionnaires de L'Etat et employés municipaux). La plupart de ces grèves n'ont eu jusqu'à présent aucun succès immédiat ; mais cette lutte engendre dans des masses nouvelles et de plus en plus considérables d'ouvriers autrefois retardataires une haine infinie contre les capitalistes et le pouvoir d'Etat qui les protège. Cette lutte imposée au prolétariat ruine la politique de communauté de travail avec les entrepreneurs, menée par les social-réformistes et les bureaucrates syndicaux. Cette lutte montre même aux couches les plus arriérées du prolétariat le rapport évident entre l'économie et la politique. Chaque grande grève devient aujourd'hui un grand événement politique. A cette occasion, il est apparu que les partis de la IIe Internationale et les chefs syndicaux d'Amsterdam, non seulement n'apportent aucune aide aux masses ouvrières engagées dans de durs combats défensifs, mais même les abandonnent et les trahissent au profit des entrepreneurs, des patrons et des gouvernements bourgeois.
C'est une des tâches des Partis Communistes de clouer au pilori cette trahison inouïe et continuelle et de l'illustrer dans les luttes quotidiennes des masses ouvrières. C'est le devoir des Partis Communistes de tous les pays d'étendre et d'approfondir les nombreuses grèves économiques qui éclatent partout et, si possible, de les transformer en grèves et en luttes politiques. C'est de même le devoir naturel des Partis Communistes de profiter des luttes défensives pour renforcer la conscience révolutionnaire et la volonté de combat des masses prolétariennes de façon que, lorsqu'elles seront assez fortes, elles puissent passer de la défensive à l'offensive.
L'aggravation systématique des antagonismes entre le prolétariat et la bourgeoisie par suite de l'existence de ces luttes est inévitable. La situation reste objectivement révolutionnaire et la moindre occasion peut aujourd'hui devenir le point de départ de grandes luttes révolutionnaires.
La politique offensive de la bourgeoisie contre le prolétariat, telle qu'elle se manifeste de la manière la plus éclatante dans le fascisme international, est dans le plus étroit rapport avec l'offensive du capital sur le terrain économique. Etant donné que la misère accélère l'évolution de l'esprit des masses dans un sens révolutionnaire, processus qui englobe les classes moyennes y compris les fonctionnaires, et ébranle la sécurité de la bourgeoisie qui n'a plus dans la bureaucratie un instrument docile, les méthodes de contraintes légales ne suffisant plus à la bourgeoisie. C'est pourquoi elle s'applique partout à créer des gardes-blanches spécialement destinées à combattre tous les efforts révolutionnaires du prolétariat et qui servent en effet le plus en plus à écraser les tentatives du prolétariat pour améliorer sa situation.
Le trait caractéristique du fascisme italien, du fascisme « classique », qui a conquis pour un temps tout te pays, consiste en ce que les fascistes non seulement constituent des organisations de combat strictement contre-révolutionnaires et armées jusqu'aux dents, mais encore essaient par une démagogie sociale de se créer une base dans les masses, dans la classe paysanne, dans la petite bourgeoisie et même dans certaines parties du prolétariat, en utilisant adroitement pour leurs buts contre-révolutionnaires les déceptions provoquées par la soi-disant démocratie.
Le danger du fascisme existe maintenant dans beaucoup de pays en Tchécoslovaquie, en Hongrie, dans presque tous les pays balkaniques, en Pologne, en Allemagne (Bavière), en Autriche, en Amérique et même dans des pays comme la Norvège. Sous une forme ou sous une autre, le fascisme n'est pas impossible non plus dans des pays comme la France et l'Angleterre.
Une des tâches les plus importantes des Partis Communistes est d'organiser la résistance au fascisme international, de se mettre à la tête de tout le prolétariat dans la lutte contre les bandes fascistes et d'appliquer énergiquement sur ce terrain aussi la tactique du front unique ; les méthodes illégales sont ici absolument indispensables.
Mais la folle équipée fasciste est le dernier atout de la bourgeoisie. La domination ouverte des gardes-blancs est dirigée d'une façon générale contre les bases mêmes de la démocratie bourgeoise. Les plus grandes masses du peuple travailleur se persuadent de plus en plus du fait que la domination de la bourgeoisie n'est possible que par une dictature non déguisée sur le prolétariat.
Ce qui caractérise la situation politique internationale au moment actuel, c'est le fascisme, l'état de siège et la vague montante de la terreur blanche contre le prolétariat. Mais cela n'exclut pas la possibilité que, dans un temps assez rapproché, dans des pays très importants, la réaction bourgeoise ouverte soit remplacée par une ère « démocratique-pacifique ».
En Angleterre (renforcement du Labour Party aux dernières élections), en France (prochaine période inévitable du « bloc des gauches »), cette phase de transition « démocratique-pacifiste » est vraisemblable et elle peut ranimer les espoirs pacifistes dans l'Allemagne bourgeoise et social-démocrate.
Entre la période actuelle de la domination de la réaction bourgeoise ouverte et la victoire complète du prolétariat révolutionnaire sur la bourgeoisie, il y a diverses étapes, et différents épisodes passagers sont possibles. L'Internationale Communiste et ses sections doivent envisager aussi ces éventualités, elles doivent savoir défendre les positions révolutionnaires dans toutes les situations.
Pendant que, par suite de l'offensive du capital, la classe ouvrière se voit obligée de prendre une attitude défensive, le rapprochement et finalement la fusion des partis du Centre (Indépendants) avec les socialistes-traîtres déclarés (social-démocrates), s'accomplissent. A l'époque de l'élan révolutionnaire, même les centristes, sous la pression de l'état d'esprit des masses, se déclarèrent pour la dictature du prolétariat et cherchèrent la voie menant à la IIIe Internationale. Pendant la vague descendante de la révolution, qui n'est d'ailleurs que temporaire, ces centristes retombent dans le camp de la social-démocratie d'où au fond ils ne s'étaient jamais dégagés. Alors qu'aux époques de lutte révolutionnaire de masse, ils avaient adopté une attitude sans cesse hésitante et vacillante, ils refusent de participer maintenant aux luttes défensives et retournent au camp de la IIe Internationale, qui a toujours été, consciemment ou non, contre-révolutionnaire. Les partis centristes et l'Internationale 2 1/2 sont en cours de décomposition. La meilleure partie des ouvriers révolutionnaires, qui se trouvait momentanément dans le camp du centrisme, passera avec le temps à l'Internationale Communiste. Par-ci, par-là, ce passage est déjà commencé (Italie). L'écrasante majorité des chefs centristes liés actuellement à Noske, Mussolini, etc. deviendront au contraire des contre-révolutionnaires endurcis.
Objectivement, la fusion des partis de la IIe Internationale et de l'Internationale 2 1/2 peut être utile au mouvement ouvrier révolutionnaire. La fiction d'un parti révolutionnaire en dehors du camp communiste disparaît ainsi. Dans la classe ouvrière, deux groupes seulement lutteront désormais pour la conquête de la majorité la IIe Internationale, qui représente l'influence de la bourgeoisie au sein du prolétariat, et la IIIe Internationale, qui a levé le drapeau de la révolution socialiste et de la dictature du prolétariat.
La fusion des Internationales II et 2 1/2 a indubitablement pour but de préparer une « atmosphère favorable » à une campagne systématique contre les communistes. La scission méthodique des syndicats par les chefs de l'Internationale d'Amsterdam est une partie de cette campagne. Les hommes d'Amsterdam reculent devant toute lutte contre l'offensive du capital et continuent plutôt leur politique de collaboration avec les patrons. Pour n'être pas gênés par les communistes dans cette alliance avec les entrepreneurs, ils cherchent à supprimer complètement et systématiquement l'influence des communistes dans les syndicats. Mais comme les communistes ont cependant, dans beaucoup de pays déjà, conquis la majorité dans les syndicats ou sont en train de la conquérir, les hommes d'Amsterdam ne reculent ni devant les exclusions en masse, ni devant la scission formelle des syndicats. Rien n'affaiblit autant les forces de la résistance prolétarienne contre l'offensive du capital que la division des syndicats. Les chefs réformistes des syndicats le savent bien. Mais comme ils s'aperçoivent que le terrain se dérobe sous eux et que leur faillite est inévitable et proche, ils s'empressent de diviser les syndicats, ces instruments irremplaçables de la lutte de classe prolétarienne, pour que les communistes ne recueillent plus que les débris et les éclats des anciennes organisations syndicales. Depuis août 1914, la classe ouvrière n'a pas vu pire trahison.
Dans ces conditions, l'indication fondamentale du 3e Congrès mondial : « Conquérir une influence communiste dans la majorité de la classe ouvrière et mener au combat la partie décisive de cette classe », subsiste dans toute sa force.
La conception suivant laquelle, dans l'équilibre instable actuel de la société bourgeoise, la plus grave crise peut subitement éclater par suite d'une grande grève, d'un soulèvement colonial, d'une nouvelle guerre, ou même d'une crise parlementaire, garde toute sa force aujourd'hui encore plus qu'à l'époque du 3e Congrès. Mais c'est précisément pour cela que le facteur « subjectif », c'est-à-dire le degré de conscience, de volonté, de combat et d'organisation de la classe ouvrière et de son avant-garde, acquiert une importance énorme.
La majorité de la classe ouvrière d'Amérique et d'Europe doit être gagnée ; c'est la tâche essentielle de l'I.C. à présent comme auparavant.
Dans les pays coloniaux et semi-coloniaux, l'I.C. a deux tâches :
1° créer un noyau de parti communiste qui défende les intérêts généraux du prolétariat ;
2° appuyer de toutes ses forces le mouvement national révolutionnaire dirigé contre l'impérialisme, devenir l'avant-garde de ce mouvement et mettre en relief et renforcer le mouvement social au sein du mouvement national.
Le gouvernement ouvrier (éventuellement le gouvernement paysan) devra partout être employé comme un mot d'ordre de propagande général. Mais, comme mot d'ordre de politique actuelle, le gouvernement ouvrier présente la plus grande importance dans les pays où la situation de la société bourgeoise est particulièrement peu sûre, où le rapport des forces entre les partis ouvriers et la bourgeoisie met la solution de la question du gouvernement ouvrier à l'ordre du jour comme une nécessité politique.
Dans ces pays, le mot d'ordre du « gouvernement ouvrier » est une conséquence inévitable de toute la tactique du front unique.
Les partis de la IIe Internationale cherchent, dans ces pays, à « sauver » la situation en prêchant et en réalisant la coalition des bourgeois et des social-démocrates. Les plus récentes tentatives faites par certains partis de la IIe Internationale (par exemple en Allemagne), tout en refusant de participer ouvertement à un tel gouvernement de coalition, pour le réaliser en même temps sous une forme déguisée, ne sont rien moins qu'une manœuvre tendant à calmer les masses protestant contre de semblables coalitions et qu'une duperie raffinée des masses ouvrières. A la coalition ouverte ou masquée bourgeoise et social-démocrate, les communistes opposent le front unique de tous les ouvriers et la coalition politique et économique de tous les partis ouvriers contre le pouvoir bourgeois pour le renversement définitif de ce dernier. Dans la lutte commune de tous les ouvriers contre la bourgeoisie, tout l'appareil d'Etat devra tomber dans les mains du gouvernement ouvrier et les positions de la classe ouvrière en seront renforcées.
Le programme le plus élémentaire d'un gouvernement ouvrier doit consister à armer le prolétariat, à désarmer les organisations bourgeoises contre-révolutionnaires, à instaurer le contrôle de la production, à faire tomber sur les riches le principal fardeau des impôts et à briser la résistance de la bourgeoisie contre-révolutionnaire.
Un gouvernement de ce genre n'est possible que s'il naît dans la lutte des masses mêmes, s'il s'appuie sur des organes ouvriers aptes au combat et créés par les couches les plus vastes des masses ouvrières opprimées. Un gouvernement ouvrier résultant d'une combinaison parlementaire, peut aussi fournir l'occasion de ranimer le mouvement ouvrier révolutionnaire. Mais il va de soi que la naissance d'un gouvernement véritablement ouvrier et le maintien d'un gouvernement faisant une politique révolutionnaire doivent mener à la lutte la plus acharnée et, éventuellement, à la guerre civile contre la bourgeoisie. La seule tentative du prolétariat de former un gouvernement ouvrier se heurtera dès le début à la résistance la plus violente de la bourgeoisie. Le mot d'ordre du gouvernement ouvrier est donc susceptible de concentrer et de déchaîner des luttes révolutionnaires.
Dans certaines circonstances, les communistes doivent se déclarer disposés à former un gouvernement avec des partis et des organisations ouvrières non-communistes. Mais ils ne peuvent agir ainsi que si des garanties sont données que ces gouvernements ouvriers mèneront vraiment la lutte contre la bourgeoise dans le sens indiqué plus haut. Dans ce cas, les conditions naturelles de la participation des communistes à un semblable gouvernement seraient les suivantes :
1° La participation au gouvernement ouvrier ne pourra avoir lieu qu'avec l'approbation de I'Internationale Communiste ;
2° Les membres communistes du gouvernement ouvrier restent soumis au contrôle le plus strict de leur parti ;
3° Les membres communistes du gouvernement ouvrier restent en contact étroit avec les organisations révolutionnaires des masses ;
4° Le parti communiste maintient absolument sa physionomie et l'indépendance complète de son agitation.
Malgré ses grands avantages, le mot d'ordre de gouvernement ouvrier a aussi ses dangers, de même que toute la tactique du front unique. Pour parer à ces dangers, les partis communistes ne doivent pas perdre de vue que, si tout gouvernement bourgeois est en même temps un gouvernement capitaliste, il n'est pas vrai que tout gouvernement ouvrier soit un gouvernement vraiment prolétarien, c'est-à-dire un instrument révolutionnaire de pouvoir du prolétariat.
L'Internationale Communiste doit envisager les éventualités suivantes :
1° Un gouvernement ouvrier libéral. Il y a déjà un gouvernement de ce genre en Australie ; il est également possible dans un délai assez rapproché en Angleterre ;
2° Un gouvernement ouvrier social-démocrate (Allemagne) ;
3° Un gouvernement des ouvriers et des paysans. Cette éventualité est à prévoir dans les Balkans, en Tchécoslovaquie, etc. ;
4° Un gouvernement ouvrier avec la participation des communistes ;
5° Un véritable gouvernement ouvrier prolétarien qui, dans sa forme la plus pure, ne peut être incarné que par un Parti Communiste.
Les deux premiers types de gouvernement ouvrier ne sont pas des gouvernements ouvriers révolutionnaires, mais des gouvernements camouflés de coalition entre la bourgeoisie et les leaders ouvriers contre-révolutionnaires. Ces « gouvernements ouvriers » sont tolérés dans les périodes critiques de la bourgeoisie affaiblie pour tromper le prolétariat sur le véritable caractère de classe de l'Etat, ou même pour détourner l'attaque révolutionnaire du prolétariat et gagner du temps, avec l'aide des leaders ouvriers corrompus. Les communistes ne devront pas participer à de pareils gouvernements. Au contraire, ils devront démasquer impitoyablement devant les masses le véritable caractère de ces faux « gouvernements ouvriers ». Dans la période de déclin du capitalisme, où la tâche principale consiste à gagner à la révolution la majorité du prolétariat, ces gouvernements, objectivement, peuvent contribuer à précipiter le processus de décomposition du régime bourgeois.
Les communistes sont prêts à marcher aussi avec les ouvriers, social-démocrates, chrétiens, sans parti, syndicalistes, etc., qui n'ont pas encore reconnu la nécessité de la dictature du prolétariat. Les communistes sont également disposés, dans certaines conditions et sous certaines garanties, à appuyer un gouvernement ouvrier non communiste. Mais les communistes devront à tout prix expliquer à la classe ouvrière que sa libération ne pourra être assurée que par la dictature du prolétariat.
Les deux autres types de gouvernement ouvrier auxquels peuvent participer les communistes ne sont pas encore la dictature du prolétariat ; ils ne constituent pas encore une forme de transition nécessaire vers la dictature, mais ils peuvent constituer un point de départ pour la conquête de cette dictature. La dictature complète du prolétariat ne peut être réalisée que par un gouvernement ouvrier composé de communistes.
Aucun Parti Communiste ne saurait être considéré comme un parti communiste de masses véritable, sérieux et solide, s'il n'a pas de forts noyaux communistes dans les entreprises, les usines, les mines, les chemins de fer, etc. Dans les circonstances actuelles, un mouvement ne saurait être considéré comme systématiquement organisé dans les masses prolétariennes s'il ne réussit pas à créer, pour la classe ouvrière et ses organisations, des comités d'usines comme base de ce mouvement. La lutte contre l'offensive du capital et pour le contrôle de la production est sans espoir si les communistes ne disposent de points d'appui solides dans toutes les entreprises et si le prolétariat ne sait créer ses propres organes prolétariens de combat dans les entreprises (comités de fabriques, conseils ouvriers).
Le Congrès estime que c'est une des tâches essentielles de tous les partis communistes de s'ancrer dans les industries bien plus qu'ils ne l'ont fait jusqu'à présent et d'appuyer le mouvement des conseils de fabriques ou de prendre l'initiative de ce mouvement.
L'Internationale Communiste doit de plus en plus être organisée en un Parti Communiste Mondial, chargé de la direction de la lutte dans tous les pays.
Pour appliquer internationalement et dans les divers pays la tactique du front unique, la discipline internationale la plus stricte est plus nécessaire que jamais dans l'Internationale Communiste et dans ses différentes sections.
Le 4e Congrès exige catégoriquement de toutes ses sections et de tous ses membres la plus stricte discipline dans l'application de la tactique, qui ne saurait être fertile que si elle est appliquée dans tous les pays, non seulement en paroles, mais aussi en actes.
L'acceptation des 21 conditions implique l'application de toutes les décisions tactiques des Congrès mondiaux et de l'Exécutif comme organe de l'I.C. dans l'intervalle des Congrès mondiaux.
Le Congrès charge l'Exécutif de déterminer et de surveiller de la manière la plus stricte l'application des décisions tactiques par tous les partis. Seule, la tactique révolutionnaire nettement tracée par l'I.C. assurera la victoire la plus prompte possible de la révolution prolétarienne internationale.
***
Le Congrès décide d'ajouter comme supplément à cette résolution le texte des thèses adoptées par l'Exécutif, en décembre 1921, relativement au front unique, ces thèses exposant exactement et en détail la tactique du front unique.
1. Le mouvement international traverse en ce moment une période de transition qui pose devant l'Internationale Communiste et devant ses sections de nouveaux et importants problèmes tactiques.
Cette période est principalement caractérisée par les faits suivants :
La crise économique mondiale s'aggrave. Le chômage s'accroît. Dans presque tous les pays, le Capital international a déclenché contre la classe ouvrière une offensive systématique, dont le but avoué est tout d'abord de réduire les salaires et d'avilir les conditions d'existence des travailleurs. La faillite de la paix de Versailles devient de plus en plus évidente pour les masses laborieuses elles-mêmes. Il est clair que si le prolétariat international n'arrive pas à détruire le régime bourgeois, une ou même plusieurs guerres impérialistes ne sauraient tarder à éclater. C'est ce qu'a démontré avec éloquence la Conférence de Washington.
2. Les illusions réformistes qui, par suite de diverses circonstances, avaient bénéficié d'un regain de faveur dans les grandes masses ouvrières, font place, en présence des dures réalités, à un état d'esprit tout différent. Les illusions démocratiques et réformistes qui, après la guerre impérialiste, avaient repris du terrain parmi une catégorie de travailleurs privilégiés, ainsi que parmi les ouvriers les plus arriérés au point de vue politique, se dissipent avant même d'avoir pu s'épanouir. Les résultats des travaux de la Conférence de Washington leur porteront le coup de grâce. Si l'on pouvait, il y a six mois, parler avec un semblant de raison d'une certaine évolution à droite des masses ouvrières d'Europe et d'Amérique, l'on ne saurait nier en ce moment le début d'une nouvelle orientation à gauche.
3. D'autre part, l'offensive capitaliste a suscité dans les masses ouvrières une tendance spontanée à l'unité, que rien ne saurait contenir et qui va de pair avec l'accroissement de la confiance dont les communistes bénéficient auprès du prolétariat.
Maintenant seulement, des milieux ouvriers de plus en plus importants commencent à apprécier la vaillance de l'avant-garde communiste qui engagea la lutte, pour la défense des intérêts prolétariens, à une époque où les grandes masses demeuraient encore indifférentes, voire hostiles, au communisme. Les ouvriers comprennent de plus en plus que les communistes ont réellement défendu, souvent au prix des plus grands sacrifices et dans les circonstances les plus pénibles, les intérêts économiques et politiques des travailleurs. De nouveau, le respect et la confiance vont à l'avant-garde intransigeante que constituent les communistes ; reconnaissant enfin la vanité des espérances réformistes, les travailleurs les plus arriérés se convainquent qu'il n'est, contre la spoliation capitaliste, de salut que dans la lutte.
4. Les Partis Communistes peuvent et doivent recueillir maintenant le fruit des luttes qu'ils ont naguère soutenues dans les circonstances les plus défavorables au milieu de l'indifférence des masses. Mais, portés par une confiance croissante vers les éléments les plus irréductibles, les plus combatifs de leur classe – vers les communistes – les travailleurs témoignent plus que jamais d'un irrésistible désir d'unité. Eveillées désormais à une vie plus active, les couches les moins expérimentées de la classe ouvrière rêvent de la fusion de tous les partis ouvriers, sinon de toutes les organisations prolétariennes. Elles espèrent accroître ainsi leur capacité de résistance à la poussée capitaliste. Des ouvriers qui, jusqu'à présent, s'étaient à peu près désintéressés des luttes politiques, veulent vérifier désormais, par leur expérience personnelle, la valeur du programme politique du réformisme. Les ouvriers qui adhèrent aux vieux partis social-démocrates et qui constituent une fraction importante du prolétariat n'admettent plus les campagnes des calomnies des social-démocrates et des centristes contre l'avant-garde communiste ; bien plus, ils commencent à réclamer une entente avec cette dernière. Cependant ils ne sont pas encore complètement émancipés des croyances réformistes, et nombreux sont ceux qui accordent leur appui aux Internationales Socialistes et à celle d'Amsterdam. Sans doute leurs aspirations ne sont-elles pas toujours nettement formulées, mais il est certain qu'elles tendent impérieusement à la création d'un front prolétarien unique, à la formation, par les partis de la IIe Internationale et les syndicats d'Amsterdam alliés aux communistes, d'un bloc puissant contre lequel viendrait se briser l'offensive patronale. En ce sens, ces aspirations représentent le progrès même. La foi au réformisme est à peu près éteinte. Dans la situation actuelle du mouvement ouvrier, toute action sérieuse, même si elle a son point de départ dans des revendications partielles, amènera fatalement les masses à poser les questions fondamentales de la révolution. L'avant-garde communiste ne pourra que gagner à l'expérience des nouvelles couches ouvrières, qui se convaincront par elles-mêmes de l'inanité des illusions réformistes et des effets déplorables de la politique de conciliation.
5. Lorsque commença la protestation organisée et consciente des travailleurs contre la trahison des leaders de la IIe Internationale, ceux-ci disposaient de l'ensemble du mécanisme des organisations ouvrières. Ils invoquèrent l'unité et la discipline ouvrière pour bâillonner impitoyablement les révolutionnaires protestataires et briser toutes les résistances qui les eussent empêchés de mettre au service des impérialistes nationaux la totalité des forces prolétariennes. La gauche révolutionnaire fut ainsi forcée de conquérir, coûte que coûte, sa liberté de propagande, afin de faire connaître aux masses ouvrières la trahison infâme qu'avaient commise – et que continuent de commettre – des partis et des syndicats créés par les masses elles-mêmes.
6. Après s'être assuré une complète liberté de propagande, les partis communistes s'efforcent aujourd'hui, dans tous les pays, de réaliser une unité aussi complète que possible des masses ouvrières sur le terrain de l'action pratique. Les gens d'Amsterdam et ceux de la IIe Internationale, eux aussi, prônent l'unité, mais tous leurs actes sont la négation de leurs paroles. N'ayant pas réussi à étouffer dans les organisations les protestations, les critiques et les aspirations des révolutionnaires, les réformistes, avides de compromis, cherchent maintenant à sortir de l'impasse où ils se sont engagés, en semant la désorganisation et la division parmi les travailleurs et en sabotant leur lutte. Démasquer en ce moment leur récidive de trahison est un des devoirs les plus importants des partis communistes.
7. La profonde évolution intérieure provoquée dans la classe ouvrière d'Europe et d'Amérique par la nouvelle situation économique du prolétariat, oblige même les dirigeants et les diplomates des Internationales socialistes et de l'Internationale d'Amsterdam à mettre au premier plan le problème de l'unité ouvrière. Alors que, chez les travailleurs récemment arrivés à une vie politique consciente et encore inexpérimentés, le mot d'ordre du Front Unique est l'expression sincère du désir d'opposer à l'offensive patronale toutes les forces de la classe ouvrière, ce mot d'ordre n'est, de la part des leaders réformistes, qu'une nouvelle tentative de duper les ouvriers pour les ramener dans l'ornière de la collaboration de classe. L'imminence d'une nouvelle guerre impérialiste, la course aux armements, les nouveaux traités secrets des puissances impérialistes, non seulement ne détermineront pas les dirigeants de la IIe Internationale, de l'Internationale 2 1/2 et de l'Internationale d'Amsterdam à sonner l'alarme et aider effectivement à l'union internationale de la classe ouvrière, mais ils susciteront infailliblement parmi eux les mêmes dissensions que dans la bourgeoisie internationale. C'est là un fait d'autant plus inévitable que la solidarité des « socialistes » réformistes avec « leurs » bourgeoisies nationales respectives, constitue la pierre angulaire du réformisme.
Telles sont les conditions générales dans lesquelles l'Internationale Communiste et ses sections ont à préciser leur attitude envers le mot d'ordre de l'unité du front ouvrier.
8. Tout bien pesé, le Comité Exécutif de l'Internationale Communiste estime que le mot d'ordre du 3e Congrès de l'Internationale Communiste : « Aux masses ! » ainsi que les intérêts généraux du mouvement communiste, exigent que l'Internationale Communiste et ses sections soutiennent le mot d'ordre de l'unité du front prolétarien et prennent en main l'initiative de sa réalisation. La tactique des partis communistes s'inspirera des conditions particulières à chaque pays.
9. En Allemagne, le Parti Communiste, à la dernière session de son Conseil National, s'est prononcé pour l'unité du front prolétarien et a reconnu possible d'appuyer un « gouvernement ouvrier unitaire » qui serait disposé à combattre sérieusement le pouvoir capitaliste. L'Exécutif de l'Internationale Communiste approuve sans réserve cette décision, persuadé que le Parti Communiste Allemand, tout en sauvegardant son indépendance politique, pourra ainsi pénétrer dans de plus larges couches prolétariennes et y fortifier l'influence communiste. En Allemagne plus que partout ailleurs, les grandes masses comprennent de mieux en mieux que leur avant-garde communiste avait raison de se refuser à déposer les armes dans les moments les plus difficiles et de dénoncer l'inanité absolue des remèdes réformistes à une situation que la révolution prolétarienne seule peut dénouer. En persévérant dans cette voie, le Parti Allemand ne tardera pas à rallier à lui tous les éléments anarchistes et syndicalistes qui sont restés jusqu'à présent en dehors de la lutte des masses.
10. En France, le Parti Communiste englobe la majorité des travailleurs politiquement organisés. Par suite, le problème du front unique y revêt un aspect quelque peu différent de celui qu'il a dans les autres pays. Mais en France également, il faut que toute la responsabilité de la rupture du front ouvrier retombe sur nos adversaires. La fraction révolutionnaire du syndicalisme français combat avec raison la scission dans les syndicats et défend l'unité de la classe ouvrière dans la lutte économique. Mais cette lutte ne s'arrête pas au seuil de l'usine. L'unité n'est pas moins indispensable contre la vague de réaction, contre la politique impérialiste, etc. La politique des réformistes et des centristes, après avoir provoqué la scission dans le Parti, menace à cette heure l'unité du mouvement syndical, ce qui prouve que, de même que Jean Longuet, Jouhaux sert en réalité la cause de la bourgeoisie. Le mot d'ordre de l'unité politique et économique du front prolétarien contre la bourgeoisie est le meilleur moyen de faire avorter les manœuvres scissionnistes.
Quelles que soient les trahisons de la C.G.T. réformiste que dirigent Jouhaux, Merrheim et consorts, les communistes, et avec eux tous les éléments révolutionnaires de la classe ouvrière française, se verront forcés de proposer aux réformistes, avant toute grève générale, avant toute manifestation révolutionnaire, avant toute action de masses, de s'associer à cette action, et, sitôt que les réformistes s'y seront refusés, de les démasquer devant la classe ouvrière. La conquête des masses ouvrières apolitiques nous sera ainsi facilitée. Il va de soi que cette méthode n'implique nullement pour le Parti français une restriction de son indépendance et ne saurait l'engager, par exemple, a soutenir le Bloc des gauches en période électorale, ou à faire preuve d'une indulgence exagérée envers les « communistes » indécis qui ne cessent de déplorer la scission d'avec les social-patriotes.
11. En Angleterre, le Labour Party (Parti Ouvrier) réformiste avait refusé d'admettre en son sein le Parti Communiste au même titre que les autres organisations ouvrières. Mais, sous la pression des masses ouvrières dont nous avons indiqué les aspirations, les organisations ouvrières londoniennes viennent de voter l'admission du Parti Communiste dans le Labour Party.
A cet égard, l'Angleterre constitue évidemment une exception. Par suite de conditions particulières, le Labour Party forme en Angleterre une sorte de coalition embrassant toutes les organisations ouvrières du pays. Il est maintenant du devoir des communistes d'exiger par une campagne énergique, leur admission dans le Labour Party. La récente trahison des leaders des trade-unions dans la grève des mineurs, l'offensive capitaliste contre les salaires, etc., provoquent une effervescence considérable dans le prolétariat anglais. Les communistes doivent s'efforcer à tout prix de pénétrer au plus profond des masses laborieuses sous le mot d'ordre de l'unité du front prolétarien contre la bourgeoisie.
12. En Italie, le jeune Parti Communiste, qui avait eu jusqu'ici une attitude des plus intransigeantes à l'égard du Parti Socialiste réformiste et des dirigeants social-traîtres de la Confédération Générale du Travail – dont la trahison envers la révolution prolétarienne est maintenant définitivement consommée – entreprend néanmoins, en présence de l'offensive patronale, une agitation énergique en faveur de l'unité du front prolétarien. L'Exécutif approuve entièrement cette tactique des communistes italiens et insiste sur la nécessité de la développer encore davantage. L'Exécutif est convaincu que le Parti Communiste Italien, s'il fait preuve d'une perspicacité suffisante, deviendra, pour l'Internationale Communiste, un modèle de combativité marxiste et, tout en dénonçant impitoyablement les hésitations et les trahisons des réformistes et des centristes, saura poursuivre une campagne de plus en plus vigoureuse dans les masses ouvrières pour l'unité du front prolétarien contre la bourgeoisie.
Il va de soi que le Parti Italien ne devra rien négliger pour gagner à l'action commune les éléments révolutionnaires de l'anarchisme et du syndicalisme.
13. En Tchécoslovaquie, où le Parti groupe la majorité des travailleurs politiquement organisés, les tâches des communistes sont, sous certains rapports, analogues à celles des communistes français. Tout en affermissant son indépendance et en rompant les derniers liens qui le rattachent aux centristes, le Parti Tchécoslovaque doit savoir populariser le mot d'ordre de l'unité du front prolétarien contre la bourgeoisie et mettre en lumière le rôle véritable des social-démocrates et des centristes, agents du Capital. Les communistes tchécoslovaques ont aussi à intensifier leur action dans les syndicats, restés dans une large mesure au pouvoir des leaders jaunes.
14. En Suède, le résultat des dernières élections parlementaires permet à un Parti Communiste numériquement faible de jouer un rôle important. M. Branting, leader des plus éminents de la IIe Internationale en même temps que président du Conseil des Ministres de la bourgeoisie suédoise, se trouve dans une situation telle que l'attitude de la fraction parlementaire communiste ne peut lui être indifférente pour la constitution d'une majorité parlementaire. L'Exécutif estime que la fraction communiste ne pourra pas refuser d'accorder, sous certaines conditions, son appui au gouvernement menchevique de M. Branting, comme l'ont d'ailleurs fait avec raison les communistes allemands pour certains gouvernements régionaux (Thuringe). Mais il n'en résulte nullement que les communistes suédois doivent abandonner quoi que ce soit de leur indépendance ou cesser de dénoncer le caractère véritable du gouvernement menchevique. Au contraire, plus les mencheviks auront de pouvoir, plus ils trahiront la classe ouvrière et plus les communistes devront s'efforcer de les démasquer devant les masses ouvrières.
15. Aux Etats-Unis, l'union de tous les éléments de gauche du mouvement ouvrier syndical et politique commence à se réaliser. Les communistes américains ont ainsi l'occasion de pénétrer dans les grandes masses laborieuses et de devenir le centre de cristallisation de cette union des gauches. Formant des groupes partout où il se trouve des communistes, ils doivent savoir prendre la direction du mouvement de ralliement des éléments révolutionnaires et propager avec énergie l'idée du front unique (par exemple, pour la défense des intérêts des sans-travail). L'accusation principale qu'ils devront porter contre les organisations de M. Gompers sera que ces dernières se refusent obstinément à constituer l'unité du front prolétarien pour la défense des chômeurs. Néanmoins, la tâche essentielle du Parti sera d'attirer à lui les meilleurs éléments des I.W.W.
16. En Suisse, notre parti a déjà remporté certain succès dans la voie que nous avons indiquée. La propagande communiste pour le front unique a obligé la bureaucratie syndicale à convoquer un congrès extraordinaire qui doit se tenir prochainement et où nos amis sauront mettre à nu les mensonges du réformisme et développer, pour l'unité révolutionnaire du prolétariat, la plus grande activité.
17. Dans une série d'autres pays, la question se présente, selon les conditions locales, sous un aspect plus ou moins différent. Mais l'Exécutif est persuadé que les sections sauront appliquer, conformément aux conditions particulières de chaque pays, la ligne de conduite générale qu'il vient de tracer.
18. Le Comité Exécutif stipule, comme condition rigoureusement obligatoire pour tous les Partis Communistes, la liberté, pour toute section passant une convention quelconque avec les partis de la IIe Internationale et de l'Internationale 2 1/2, de continuer la propagande de nos idées et la critique des adversaires du communisme. Tout en se soumettant à la discipline de l'action, les communistes doivent absolument se réserver le droit et la possibilité d'exprimer, non seulement avant et après, mais encore pendant l'action, leur opinion sur la politique de toutes les organisations ouvrières sans exception. En aucun et sous aucun prétexte, cette clause ne saurait souffrir d'infraction. En préconisant l'unité de toutes les organisations ouvrières dans chaque action contre le front capitaliste, les communistes ne peuvent renoncer à la propagande de leurs points de vue qui, seuls, constituent l'expression logique des intérêts de l'ensemble de la classe ouvrière.
19. Le Comité Exécutif de l'Internationale Communiste croit utile de rappeler à tous les partis frères les expériences des bolchéviks russes, dont le parti est le seul qui ait jusqu'à présent réussi à vaincre la bourgeoisie et à s'emparer du pouvoir. Pendant les quinze années qui s'étendent entre la naissance du bolchevisme et sa victoire (1903-1917), celui-ci n'a jamais cessé de combattre le réformisme, ou, ce qui revient au même, le menchevisme. Mais pendant ce même laps de temps, les bolchéviks ont, à plusieurs reprises, passé des accords avec les mencheviks. La première scission formelle eut lieu au printemps de 1905. Mais sous l'influence irrésistible d'un mouvement ouvrier de vaste envergure, les bolchéviks formèrent, la même année, un front commun avec les mencheviks. La seconde scission formelle eut lieu en e janvier 1912. Mais de 1905 à 1912, la scission alterna avec des unions et des accords temporaires (en 1906, 1907 et 1910). Unions et accords ne se produisirent pas seulement à la suite des péripéties de la lutte entre fractions, mais surtout sous la pression des grandes masses ouvrières éveillées à la vie politique et qui voulaient voir par elles-mêmes si les voies du menchevisme s'écartaient véritablement de la révolution. Peu avant la guerre impérialiste, le nouveau mouvement révolutionnaire qui suivit la grève de la Léna engendra dans les masses prolétariennes une puissante aspiration à l'unité, que les dirigeants du menchevisme s'évertuèrent à exploiter à leur profit, comme le font aujourd'hui les leaders des Internationales « socialistes » et ceux de l'Internationale d'Amsterdam. A cette époque, les bolchéviks ne se refusèrent pas au front unique. Loin de là : pour contrebalancer la diplomatie des chefs mencheviks, ils adoptèrent le mot d'ordre de « l'unité par la base », c'est-à-dire de l'unité des masses ouvrières dans l'action révolutionnaire pratique contre la bourgeoisie. L'expérience montra que c'était là la seule vraie tactique. Modifiée selon les temps et les lieux, cette tactique gagna au communisme l'immense majorité des meilleurs éléments prolétariens mencheviks.
20. Adoptant le mot d'ordre de l'unité du front prolétarien et admettant des accords entre ses diverses sections et les partis et syndicats de la IIe Internationale et de l'Internationale 2 1/2, l'Internationale Communiste ne saurait évidemment renoncer elle-même à passer des accords analogues sur l'échelle internationale. Dans la question du secours aux affamés de Russie, l'Exécutif a proposé un accord à l'Internationale Syndicale d'Amsterdam. Il a renouvelé ses propositions en vue d'une action commune contre la terreur blanche en Espagne et en Yougoslavie. Il soumet actuellement aux Internationales socialistes et à l'Internationale d'Amsterdam une nouvelle proposition au sujet des travaux de la Conférence de Washington, laquelle ne peut que précipiter l'explosion d'une nouvelle guerre impérialiste. Mais les dirigeants de ces trois organisations internationales ont montré que, dès qu'il s'agit d'en venir aux actes, ils renoncent entièrement à leur mot d'ordre d'unité ouvrière. Par suite, la tâche précise de l'Internationale Communiste et de ses sections sera de dévoiler aux masses l'hypocrisie des dirigeants ouvriers qui préfèrent l'union avec la bourgeoisie à l'unité des travailleurs révolutionnaires et, en restant dans le Bureau International du Travail auprès de la Société des Nations, participent par là même à la Conférence impérialiste de Washington, au lieu de mener une campagne contre elle. Mais le refus opposé à nos propositions ne nous fera pas renoncer à la tactique que nous préconisons, tactique profondément conforme à l'esprit des masses ouvrières et qu'il faut savoir développer méthodiquement, sans relâche.
Si nos propositions d'action commune sont repoussée, il faudra en informer le monde ouvrier afin qu'il sache quels sont les destructeurs réels de l'unité du front prolétarien. Si nos propositions sont acceptées, notre devoir est d'accentuer et d'approfondir les luttes engagées. Dans les deux cas, il importera de faire en sorte que les pourparlers des communistes avec les autres organisations éveillent et attirent l'attention des masses laborieuses. Car il faut absolument intéresser ces dernières à toutes les péripéties du combat pour l'unité du front révolutionnaire de tous les travailleurs.
21. En fixant ce plan d'action, l'Exécutif tient à attirer l'attention des partis frères sur les périls qui peuvent en résulter. Tous les partis communistes sont loin d'être suffisamment affermis et organisés et d'avoir vaincu définitivement les idéologies centriste et semi-centriste. Des excès peuvent se produire et amener la transformation des partis et groupes communistes en blocs hétérogènes informes. Pour appliquer avec succès la tactique préconisée, il importe que le parti soit fortement organisé et que sa direction se distingue par la clarté parfaite de ses idées.
22. Au sein même de l'Internationale Communiste, dans les groupements que l'on considère à tort ou à raison comme droitiers ou semi-centristes, il existe indubitablement deux courants. Le premier, réellement émancipé de l'idéologie et des méthodes de la IIe Internationale, n'a pourtant pas su se défaire d'un sentiment de respect à l'égard de l'ancien pouvoir organisateur et voudrait, consciemment ou non, rechercher les bases d'une entente idéale avec la IIe Internationale et, partant, avec la société bourgeoise. Le second, qui combat le radicalisme formel et les erreurs d'une prétendue « gauche », voudrait donner à la tactique du jeune parti communiste plus de souplesse et d'aptitude à la manœuvre afin de lui permettre de pénétrer plus facilement les masses ouvrières. L'évolution rapide des partis communistes a parfois poussé ces deux courants à se rejoindre, voire à n'en former qu'un. Une application attentive des méthodes indiquées plus haut, dont le but est de donner à l'agitation communiste un appui dans les actions des masses unifiées, contribuera efficacement à l'affermissement révolutionnaire de nos partis, tant en faisant l'éducation expérimentale des éléments impatients et sectaires qu'en les débarrassant du poids mort du réformisme.
23. Par unité du front prolétarien, il faut entendre l'unité de tous les travailleurs désireux de combattre le capitalisme, y compris par conséquent les ouvriers qui suivent encore les anarchistes et les syndicalistes. Dans divers pays, ces éléments peuvent utilement s'associer aux actions révolutionnaires. Dès ses débuts, l'Internationale Communiste a toujours préconisé une attitude amicale à l'égard de ces éléments ouvriers qui surmontent progressivement leurs préjugés et adhèrent peu à peu au communisme. Les communistes devront dorénavant leur accorder d'autant plus d'attention que le front unique contre le capitalisme est en voie de réalisation.
24. Dans le but de fixer définitivement le travail ultérieur dans les conditions indiquées, l'Exécutif décide de convoquer prochainement une assemblée extraordinaire à laquelle tous les partis affiliés seront représentés par un nombre de délégués double du nombre ordinaire.
25. Le Comité Exécutif consacrera la plus grande attention à toutes les démarches pratiques effectuées dans la voie qu'il vient d'indiquer et demande aux différents partis de l'informer par le menu de toutes leurs tentatives dans ce sens et de tous les résultats obtenus.
Le 4e Congrès de l'Internationale Communiste approuve complètement le travail politique du Comité Exécutif et déclare qu'au cours des quinze derniers mois, il a bien appliqué les décisions du 3e Congrès Mondial, en tenant compte de la situation politique.
En particulier, le 4e Congrès approuve complètement la tactique du front unique, telle qu'elle a été formulée par le Comité Exécutif dans ses thèses de décembre 1921 et ultérieurement.
Le 4e Congrès approuve le point de vue adopté par le Comité Exécutif en ce qui concerne la crise du Parti Communiste français, le mouvement ouvrier italien et les Partis Communistes norvégien et tchécoslovaque. Les questions pratiques concernant ces Partis seront traitées par des commissions spéciales dont les décisions seront soumises au vote du Congrès.
A propos des incidents qui se sont déroulés dans un certain nombre de Partis, le 4e Congrès rappelle et confirme à nouveau que le Comité Exécutif constitue l'organe suprême du mouvement communiste dans l'intervalle des Congrès mondiaux, et que les décisions de l'Internationale Communiste sont obligatoires pour tous les partis adhérents. Il en résulte que la violation des décisions de l'Internationale Communiste, sous le prétexte d'un appel au prochain Congrès, constitue une rupture de la discipline. Si l'Internationale Communiste permettait l'introduction de telles pratiques, cela équivaudrait à la négation complète de toute activité régulière de l'Internationale Communiste.
En ce qui concerne les doutes apparus dans le Parti Communiste français touchant l'article 9 des statuts de l'Internationale Communiste, le 4e Congrès déclare que cet article 9 donne au Comité Exécutif le droit d'exclure de l'Internationale Communiste et, par conséquent, de ses sections nationales, les personnes isolées et les groupes qui, à son avis, expriment des opinions étrangères au Communisme. Il est naturel que le Comité Exécutif soit obligé d'appliquer l'article 9 des statuts, quand un Parti est incapable de se débarrasser des éléments non communistes.
Le 4e Congrès confirme à nouveau les 21 conditions posées par le 2e Congrès et charge le prochain Comité Exécutif de veiller énergiquement à leur application. A l'avenir, le Comité Exécutif doit plus que jamais rester une organisation internationale prolétarienne combattant énergiquement tout opportunisme, et constituée selon les principes du centralisme démocratique.
Les questions de détail pratiques découlant de cet article seront traitées par des commissions spéciales dont les décisions seront soumises au Congrès.
1. Tous les projets de programme seront transmis au Comité Exécutif de l'Internationale Communiste ou à une Commission désignée à cet effet, pour être étudiés et élaborés en détail. L'Exécutif est tenu de publier dans le plus bref délai tous les projets de programme qui lui parviennent.
2. Le Congrès confirme que les sections nationales de l'Internationale Communiste qui n'ont pas encore de programme national sont tenues de commencer immédiatement à en élaborer un pour pouvoir le soumettre au Comité Exécutif, trois mois au plus tard avant le 5e Congrès, pour ratification.
3. Dans le programme des sections nationales, la nécessité de la lutte pour les revendications transitoires doit être motivée avec précision et netteté ; les réserves sur les rapports de ces revendications avec les conditions concrètes de temps et de lieu doivent être mentionnées.
4. Les fondements théoriques de toutes les revendications transitoires et partielles doivent absolument être formulées dans le programme général. Le 4e Congrès se prononce tout aussi résolument contre la tentative de représenter l'introduction de revendications transitoires dans le programme comme de l'opportunisme, que contre toute tentative d'atténuer ou de remplacer les objectifs révolutionnaires fondamentaux par des revendications partielles.
5. Dans le programme général doivent être nettement énoncés les types historiques fondamentaux entre lesquels se divisent les revendications transitoires des sections nationales, conformément aux différences essentielles de structure économique et politique des divers pays, comme par exemple, l'Angleterre d'une part, l'Inde de l'autre, etc.
Le 4e Congrès mondial de l'Internationale Communiste exprime au peuple travailleur de la Russie des Soviets ses remerciements les plus profonds et son admiration sans bornes pour avoir, non seulement conquis le pouvoir au moyen de la lutte révolutionnaire et établi la dictature du prolétariat, mais pour avoir su défendre victorieusement jusqu'à aujourd'hui contre tous les ennemis de l'intérieur et de l'extérieur les conquêtes de la révolution. Il a ainsi rendu des services immortels à la libération des opprimés et des exploités de tous les pays.
Le 4e Congrès mondial constate avec la plus grande satisfaction que le premier Etat ouvrier du monde, issu de la révolution prolétarienne, a complètement prouvé sa force de vie et de développement au cours des cinq années de son existence, malgré des difficultés et des dangers inouïs. L'Etat soviétique est sorti renforcé des horreurs de la guerre civile. Grâce à l'héroïsme incomparable de l'armée rouge, il a abattu sur tous les fronts la contre-révolution militaire équipée et soutenue par la bourgeoisie mondiale. Il a repoussé toutes les tentatives des Etats capitalistes pour lui imposer, au moyen de ruses diplomatiques et d'une pression économique, l'abandon du contenu prolétarien des buts communistes de la révolution, à savoir la reconnaissance du droit de propriété privée sur les moyens de production sociaux et la renonciation à la nationalisation de l'industrie. Inébranlablement, il a défendu contre l'assaut de la bourgeoisie mondiale ce qui constitue la condition fondamentale de la libération prolétarienne, à savoir la propriété collective des moyens de production. En s'opposant à la reconnaissance d'une dette nationale immense, il s'est opposé à ce qu'on rabaisse les ouvriers et les paysans de la République des Soviets au niveau des serfs coloniaux des capitalistes.
Le 4e Congrès mondial constate que l'Etat ouvrier, depuis qu'il n'est plus obligé de défendre son existence les armes à la main, s'efforce avec la plus grande énergie de rétablir et de développer la vie économique de la République et qu'il continue à se fixer comme but l'établissement du communisme. Les étapes et les mesures diverses menant à ce but, la « Nouvelle politique économique », sont le résultat, d'une part, des conditions objectives et subjectives du pays, d'autre part, de la lenteur du développement de la révolution mondiale et de l'état d'isolement de la République des Soviets au milieu d'Etats capitalistes. Malgré les difficultés inouïes qui sont ainsi créées, l'Etat ouvrier peut faire des progrès décisifs dans le domaine de la reconstruction économique. De même que les ouvriers russes ont chèrement payé pour les ouvriers du monde entier les enseignements qui se dégagent de la conquête et de la défense du pouvoir politique et de l'établissement de la dictature prolétarienne, ce sont eux encore qui font les sacrifices les plus pénibles pour résoudre les problèmes de la période de transition du capitalisme au communisme. La Russie des Soviets est et reste le foyer le plus riche d'expériences révolutionnaires pour le prolétariat mondial.
Le 4e Congrès mondial constate avec satisfaction que la politique de la Russie des Soviets a assuré et renforcé la condition la plus importante pour l'instauration et le développement de la société communiste, le régime des Soviets, c'est-à-dire la dictature du prolétariat. Car, seule, cette dictature est capable de surmonter toutes les résistances bourgeoises à l'émancipation totale des travailleurs et d'assurer ainsi la défaite complète du capitalisme et la voie libre vers la réalisation du communisme.
Le 4e Congrès mondial constate la part décisive prise par le Parti Communiste russe, en tant que parti dirigeant du prolétariat soutenu par les paysans, à la conquête et à la défense du pouvoir politique. L'unité idéologique et organique du Parti, sa discipline sévère, ont donné aux masses l'assurance révolutionnaire du but à atteindre et des méthodes à employer, ont élevé ses qualités de décision et de dévouement jusqu'à l'héroïsme et créé un lien organique indestructible entre les masses et les chefs.
Le 4e Congrès mondial rappelle aux travailleurs de tous les pays que la révolution prolétarienne ne pourra jamais vaincre à l'intérieur d'un seul pays, mais dans le cadre international, en tant que révolution prolétarienne mondiale. La lutte de la Russie des Soviets pour son existence et pour les conquêtes de la révolution est la lutte pour la libération des travailleurs, des opprimés et exploités du monde entier. Les travailleurs russes ont fait surabondamment leur devoir en tant que champions révolutionnaires du prolétariat mondial. Le prolétariat mondial devra aussi remplir sa tâche. Dans tous les pays, les ouvriers, les déshérités et les opprimés devront manifester moralement, économiquement et politiquement leur complète solidarité avec la Russie des Soviets. Ce n'est pas seulement la solidarité internationale, mais c'est leur intérêt le plus élémentaire qui doit les décider à engager un combat acharné contre la bourgeoisie et l'Etat capitaliste. Dans tous les pays leurs mots d'ordre devront être les suivants :
Ne touchez pas à la Russie des Soviets ! Reconnaissance de la République des Soviets ! Assistance vigoureuse de toute sorte pour la reconstruction économique de la Russie des Soviets !
Tout renforcement de la Russie des Soviets équivaut à un affaiblissement de la bourgeoisie mondiale Le maintien depuis cinq ans du régime des Soviet est le coup le plus dur que le capitalisme mondial ait reçu jusqu'à présent.
Le 4e Congrès mondial demande aux travailleur de tous les pays capitalistes de s'inspirer de l'exemple de la Russie des Soviets, et de porter au capitalisme le coup mortel, de tendre toutes leurs force pour réaliser la révolution mondiale.
La guerre mondiale s'est terminée par l'écroulement de trois puissances impérialistes : l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et la Russie. Quatre grands rapaces sont sortis victorieux de la lutte : les Etats-Unis, l'Angleterre, la France et le Japon.
Les traités de paix, dont celui de Versailles constitue le noyau central, sont une tentative de stabiliser la domination mondiale de ces quatre puissances victorieuses : politiquement et économiquement, en réduisant tout le reste du monde en un domaine colonial d'exploitation ; socialement en consolidant la bourgeoisie vis-à-vis du prolétariat de chaque pays et de la Russie prolétarienne révolutionnaire victorieuse, grâce à une alliance de toutes les bourgeoisies. Dans ce but on construisit et on arma une digue de petits Etats vassaux autour de la Russie pour étouffer cette dernière à la première occasion. Les Etats vaincus devaient en outre réparer complètement les dommages matériels subis par les Etats victorieux.
Aujourd'hui, il est clair pour tout le monde qu'aucune des présomptions sur lesquelles étaient bâtis tous ces traités de paix n'était fondée. La tentative de rétablir un nouvel équilibre sur des bases capitalistes a échoué. L'histoire des quatre dernières années montre un chancellement continu, une insécurité permanente ; les crises économiques, le chômage et la surproduction, les crises ministérielles, les crises de parti, les crises extérieures n'en finissent plus. Au moyen d'une série infinie de conférences, les puissances impérialistes essayent d'arrêter la ruine du système mondial édifié par ces traités et de dissimuler la banqueroute de Versailles.
Les tentatives pour renverser en Russie la dictature du prolétariat ont échoué. Le prolétariat de tous les pays capitalistes prend de plus en plus résolument position en faveur de la Russie des Soviets. Même les chefs de l'Internationale d'Amsterdam sont obligés de déclarer ouvertement que la chute de la domination prolétarienne en Russie serait une victoire de la réaction mondiale sur tout le prolétariat.
La Turquie, précurseur de l'Orient en marche vers la révolution, a résisté les armes à la main à l'application du traité de paix ; à la Conférence de Lausanne ont lieu les funérailles solennelles d'une partie importante des traités.
La crise économique mondiale persistante a donné la preuve que la conception économique du traité de Versailles n'est pas soutenable. La puissance européenne capitaliste dirigeante, l'Angleterre, qui dépend dans la plus grande mesure du commerce mondial ne peut consolider sa base économique sans la restauration de l'Allemagne et de la Russie.
Les Etats-Unis, la plus forte puissance impérialiste, se sont complètement détournés de l'œuvre de paix et cherchent à fonder leur impérialisme mondial sur leurs propres forces. Ils ont réussi à gagner l'appui de parties importantes de l'Empire mondial anglais