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 La signification primordiale du programme du Comintern est qu'il formule scientifiquement les tâches fondamentales du mouvement communiste, indique les principaux moyens pour accomplir ces tâches, et par conséquent, crée pour les sections du Comintern cette clarté sur les buts et les méthodes sans lesquels il est impossible d'aller de l'avant avec confiance.

 

                                                                                                                             J. V. Staline

 

 

PROGRAMME

Thèses et résolutions adoptées par le VIème Congrès Mondial

 

APPEL

A tous les communistes révolutionnaires

 

 

La crise économique et politique ravage le monde entier. Toutes les puissances impérialistes se font une concurrence frénétique pour le contrôle des marchés d'exportation des sources de matières premières et des sphères d'investissements de capitaux. Le développement économique et politique inégal des diverses puissances impérialistes les conduit à se rediviser le monde par la force. L'impérialisme intensifie toutes les contradictions du capitalisme à un tel degré que la "paix" qui prévaut aujourd'hui n'est qu'un répit entre les guerres ; guerres entre les puissances impérialistes pour rediviser le monde au profit des impérialistes.

 

Ces guerres sont une caractéristique inévitable de l'impérialisme. L'impérialisme a déjà plongé le monde dans deux guerres mondiales et d'innombrables guerres de conquête coloniale. Aujourd'hui cependant, la guerre impérialiste mondiale n'est pas seulement une perspective inévitable mais elle est préparée activement par tous les impérialistes qui dépensent des milliards en préparatifs de guerre, qui deviennent à chaque jour plus belliqueux et plus agressifs. Depuis des années, les impérialistes mènent des guerres contre les peuples opprimés du monde afin d'en faire leurs esclaves et pour rediviser l'une ou l'autre colonie, semi-colonie ou pays dépendant en faveur de l'un ou l'autre groupe de voleurs impérialistes. La politique de la prochaine guerre inter-impérialiste est la politique d'aujourd'hui, la politique de la concurrence économique, politique et militaire débridée entre les impérialistes pour une redivision militaire du monde.

 

Cette guerre est d'autant plus inévitable du fait qu'il existe si peu de forces organisées qui s'opposent aux plans de guerre impérialistes. Avant les communistes dans le monde se levaient en opposition au système impérialiste et à la guerre impérialiste. Les communistes dirigeaient le prolétariat révolutionnaire dans la lutte de classe avant, pendant et après les guerres. Aujourd'hui cependant, la vaste majorité des soi-disant communistes se sont vendus à leurs maîtres impérialistes. Achetés et corrompus par les surprofits de l'exploitation impérialiste ils sont aujourd'hui les chiens de garde du système impérialiste qu'ils défendent avec toutes sortes de démagogie afin d'empêcher le prolétariat révolutionnaire de remplir sa mission historique de mettre fin à la guerre impérialiste pour toujours en renversant le système impérialiste et en le remplaçant par le système socialiste.

 

Ces social-chauvins s'alignent sur l'un ou l'autre bloc impérialiste. Certains d'entre eux soutiennent les impérialistes occidentaux, d'autres les impérialistes russes. Même avant la guerre ils organisent ouvertement le soutien de l'un des groupes de voleurs impérialistes dans la guerre prochaine. Ces "communistes" ne représentent pas le prolétariat mais représentent les impérialistes dans le mouvement ouvrier.

 

La guerre est le résultat inévitable de la société de classes et l'existence continue du système impérialiste et de la guerre ne se terminera que par le renversement révolutionnaire de l'impérialisme et de l'exploitation de classe. Aucune illusion pacifiste ne réussira à empêcher la guerre. Seule l'activité révolutionnaire du prolétariat international pour transformer la guerre en guerre civile, une révolution contre la bourgeoisie de tous les pays impérialistes et une lutte national-révolutionnaire dans les nations opprimées contre l'impérialisme, mettra fin au système impérialiste et mettra fin pour toujours au carnage de la guerre. Le prolétariat considère que c'est un crime de tirer les uns sur les autres au profit des capitalistes, il doit retourner les armes contre "sa" bourgeoisie. Le prolétariat doit lutter contre les préparatifs de guerre impérialiste en préparant la révolution prolétarienne.

 

La ligne du communisme révolutionnaire a toujours été de transformer les guerres impérialistes en guerres civiles contre la bourgeoisie. Cette position a été adoptée avant la première guerre impérialiste et a été défendue contre la trahison des social-chauvins et des pacifistes par les internationalistes, les communistes révolutionnaires dirigés par Lénine et les Bolcheviks. C'est dans cette tradition que cet appel est fait. Nous appelons tous ceux qui soutiennent la cause de la révolution prolétarienne et du socialisme à rompre avec les "communistes" social-chauvins et les "communistes" social-pacifistes à construire encore une fois une véritable Internationale Communiste pour diriger la cause de la révolution mondiale.

 

Il n'est pas suffisant de s'opposer en paroles à la guerre et de favoriser la paix, il n'est pas suffisant de lancer des phrases creuses à propos de l'internationalisme prolétarien comme les "centristes" le font. Il n'existe guère de possibilités de paix réelle sous le capitalisme. Prêcher la paix plutôt que la révolution c'est trahir le prolétariat et condamner le monde à une interminable série de guerres. Ces social-pacifistes servent aussi les impérialistes en sabotant la préparation de la guerre civile et son exécution en répandant des illusions pacifistes. Ils mystifient et trompent le prolétariat et essaient de le détourner de la seule voie qui puisse mettre fin à la guerre impérialiste. Nous devons rompre avec ces mystifications du prolétariat et encore une fois rétablir les principes du communisme révolutionnaire. Nous devons soutenir le programme du défaitisme révolutionnaire, de la transformation de la guerre en guerre civile contre la bourgeoisie, de soutien et de conduite des guerres nationales révolutionnaires dans les colonies, les semi-colonies et pays dépendants contre l'impérialisme.

 

Nous appelons tous les communistes révolutionnaires à se joindre à nous pour préparer la révolution prolétarienne contre la guerre impérialiste.

 

Nous appelons tous les communistes révolutionnaires à se joindre à nous dans la préparation de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile, contre la bourgeoisie et pour le socialisme.

 

Nous appelons tous les communistes révolutionnaires à se joindre à nous dans le soutien à la lutte révolutionnaire de toutes les nations opprimées contre la guerre impérialiste pour la redivision des colonies, semi-colonies et pays dépendants.

 

Nous appelons tous les communistes révolutionnaires à se joindre à nous dans la préparation d'une conférence contre la guerre impérialiste qui ébauchera un manifeste adressé au prolétariat international soutenant les principes révolutionnaires du communisme, définissant le caractère de la prochaine guerre et les tâches du prolétariat contre la guerre.

 

Il est de notre devoir internationaliste de travailler ensemble à accomplir cette tâche vitale. Le nombre des communistes révolutionnaires sera peut-être restreint, mais c'est avec eux que nous voulons travailler car ce sont eux et seulement eux qui représentent en réalité les aspirations et les espoirs du prolétariat révolutionnaire de vivre dans un monde libéré des guerres.

 

Ouvriers de tous les pays, unissez-vous!

Ouvriers de tous les pays et peuples opprimés, unissez-vous!

 

 

L'Union de Lutte Communiste (Haute Volta)

Linea Bolchevique (Puerto Rico)

La Voie Ouvrière (Côte d'Ivoire)

L'Union Bolchevique (Canada)

En Avant! (Togo)

Bolshevik League (Etats-Unis)


COMINTERN

Extrait de :

« Résultats du plénum du C. C. de juillet , P.C(B.)U.S.

Rapport à un meeting de l'Organisation de Leningrad du P.C.(B.)U.S."

13 juillet, 1928

 

 

1. PROBLÈMES MAJEURS DU SIXIEME CONGRES DU COMINTERN

Quels sont les problèmes majeurs auxquels est confronté le sixième congrès du Comintern présentement ?

 

Si l'on examine l'étape écoulée entre le cinquième et le sixième congrès, il est nécessaire, avant tout, de considérer les contradictions qui ont mûri dans le camp impérialiste pendant cette période. Quelles sont ces contradictions ?

 

Au moment du cinquième congrès on discutait très peu de la contradiction anglo-américaine en tant que principale contradiction. Il était même devenu courant à ce moment-là de parler d'une alliance anglo-américaine. D'autre part, on a beaucoup parlé des contradictions entre l'Angleterre et la France, entre l'Amérique et le Japon, entre les vainqueurs et les vaincus. La différence entre cette période et la période actuelle est que, des contradictions dans le camp impérialiste, celle entre le capitalisme américain et le capitalisme britannique est devenue la principale. Que vous preniez la question du pétrole, qui est d'une importance décisive tant pour le développement du capitalisme qu'aux fins de la guerre ; que vous preniez la question des marchés, qui sont de la plus haute importance pour la vie et le développement du capitalisme mondial, parce que les marchandises ne peuvent être produites si leur vente n'est pas assurée ; que vous preniez la question des sphères d'exportation du capital, qui est l'une des plus typiques des caractéristiques de l'époque impérialiste : ou que vous preniez finalement la question des lignes de communications avec les marchés ou les sources de matières premières - vous trouverez que toutes ces questions essentielles conduisent à un problème principal, la lutte entre l'Angleterre et l'Amérique pour l'hégémonie mondiale. Partout où l'Amérique, un pays où le capitalisme grandit de façon gigantesque, essaie de pénétrer - que ce soit en Chine, dans les colonies, en Afrique du Sud, en Afrique, partout elle rencontre des obstacles formidables sous la forme des positions fermement établies de l'Angleterre.

 

Cela, bien entendu, n'élimine pas les autres contradictions dans le camp capitaliste : entre l'Amérique et le Japon, l'Angleterre et la France, la France et l'Italie, l'Allemagne et la France et ainsi de suite. Mais cela signifie que ces contradictions sont liées d'une façon ou d'une autre avec la contradiction principale, entre le capitalisme britannique, dont l'étoile est en déclin, et le capitalisme américain, dont l'étoile est en montée.

 

De quoi cette contradiction est-elle grosse ? Elle est très probablement grosse de la guerre. Lorsque deux géants entrent en collision, lorsqu'ils trouvent la terre trop petite pour eux deux, ils essaient de croiser l'épée pour trancher leurs différends sur l'hégémonie mondiale au moyen de la guerre.

 

Ca c'est la première chose à garder à l'esprit.

Une deuxième contradiction est celle entre l'impérialisme et les colonies Cette contradiction existait aussi à l'époque du cinquième congrès. Mais c'est seulement maintenant qu'elle prend un caractère aigu. Nous n'avions pas à ce moment-là un développement aussi puissant du mouvement révolutionnaire en Chine, un éveil si grand des vastes masses d'ouvriers et de paysans chinois comme cela est apparu il y a un an et comme cela se produit maintenant. Et cela n'est pas tout. Nous n'avions pas à ce moment-là, à l'époque du cinquième congrès du Comintern, cette puissante agitation du mouvement ouvrier et la lutte de libération nationale en Inde et qui existe maintenant. Ces deux faits majeurs mettent carrément de l'avant la question des colonies et des semi-colonies.

 

De quoi la croissance de cette contradiction est-elle grosse? Elle est grosse de guerres nationales de libération dans les colonies et de l'intervention de la part de l'impérialisme.

 

Cette circonstance aussi doit être gardée à l'esprit.

Il y a, finalement, une troisième contradiction - celle entre le monde capitaliste et l'U.R.S.S., une contradiction qui grandit avec non moins mais plus d'acuité. Alors qu'à l'époque du cinquième congrès du Comintern on pouvait dire qu'un certain équilibre, instable, il est vrai, mais plus ou moins prolongé, a été établi entre les deux mondes, les deux antipodes, le monde des Soviets et le monde du capitalisme, maintenant nous avons toutes les raisons d'affirmer que les jours de cet équilibre tirent à leur fin.

 

Il va sans dire que l'accroissement de cette contradiction ne peut manquer d'être grosse du danger d'une intervention armée. On doit présumer que le sixième congrès prendra aussi ces circonstances en considération.

 

Ainsi toutes ces contradictions conduisent inévitablement à un danger principal - le danger de nouvelles guerres et intervention impérialistes.

 

De là, le danger de nouvelles guerres et intervention est la question principale du jour.

La méthode la plus répandue d'endormir la classe ouvrière et de la détourner de la lutte contre le danger de guerre est le pacifisme bourgeois actuel, avec sa Ligue des Nations, ses discours sur la "paix", ses "prohibitions" de la guerre, ses discussions sur le "désarmement" et ainsi de suite.

 

Plusieurs pensent que le pacifisme impérialiste est un instrument de paix. C'est absolument faux. Le pacifisme impérialiste est un instrument pour les préparatifs de guerre et pour masquer ces préparatifs par des paroles hypocrites sur la paix. Sans ce pacifisme et son instrument, la Ligue des Nations, les préparatifs de guerre dans les conditions d'aujourd'hui, seraient impossibles.

 

Il y a des gens naïfs qui pensent que depuis que le pacifisme impérialiste existe, il n'y aura plus de guerre. Cela est tout à fait erroné. Au contraire, quiconque veut découvrir la vérité doit rejeter cette affirmation et dire : depuis que le pacifisme impérialiste et sa Ligue des Nations fleurissent, de nouvelles guerres et interventions impérialistes sont certaines.

 

Et la chose, la plus importante dans tout cela c'est que la social-démocratie est le canal principal du pacifisme impérialiste dans la classe ouvrière - conséquemment, il est le soutien principal du capitalisme dans la classe ouvrière afin de préparer de nouvelles guerres et intervention.

 

Mais le pacifisme à lui seul ne suffit pas pour préparer de nouvelles guerres, même s'il est soutenu par une force aussi sérieuse que la social-démocratie. Pour cela, certains moyens de suppression des masses dans les centres impérialistes sont nécessaires. Il est impossible de mener une guerre impérialiste à moins que les arrières de l'impérialisme soient renforcés. Il est impossible de renforcer les arrières de l'impérialisme sans supprimer les ouvriers. Et c'est pour cela que le fascisme existe.

 

De là l'acuité grandissante des contradictions inhérentes dans les pays capitalistes, les contradictions entre le travail et le capital. D'une part, prêcher le pacifisme par la bouche des social-démocrates pour préparer plus efficacement de nouvelles guerres ; d'autre part, la suppression de la classe ouvrière dans les arrières, des partis communistes dans les arrières, au moyen de méthodes fascistes, pour être en mesure de mener la guerre et l'intervention plus efficacement - tels sont les moyens de préparer de nouvelles guerres.

 

De là les tâches des partis communistes sont:

Premièrement, mener une lutte sans répit contre le social-démocratisme dans tous les domaines - dans le domaine économique et politique, incluant dans cette dernière la démystification du pacifisme bourgeois et la tâche de gagner la majorité de la classe ouvrière au communisme.

 

Deuxièmement, former un front uni des ouvriers des pays avancés et des masses laborieuses des colonies pour éloigner le danger de guerre, ou, si la guerre éclate, transformer la guerre impérialiste en guerre civile, écraser le fascisme, renverser le capitalisme, établir le pouvoir soviétique, émanciper les colonies de l'esclavage, et organiser partout la défense de la première République soviétique dans le monde.

Tels sont les principaux problèmes et tâches auxquels est confronté le sixième congrès.

Ces problèmes et tâches sont pris en considération par le Comité Exécutif du Comintern, comme vous le verrez facilement si vous examinez l'ordre du jour du sixième congrès du Comintern.

 

 

2. LE PROGRAMME DU COMINTERN

La question du programme du Comintern est liée de très près à la question des principaux problèmes du mouvement de la classe ouvrière internationale.

 

La signification primordiale du programme du Comintern est qu'il formule scientifiquement les tâches fondamentales du mouvement communiste, indique les principaux moyens pour accomplir ces tâches, et par conséquent, crée pour les sections du Comintern cette clarté sur les buts et les méthodes sans lesquels il est impossible d'aller de l'avant avec confiance.

 

Voici quelques mots sur les caractéristiques spécifiques du projet de programme du Comintern soumis par la Commission sur le programme du Comité exécutif du Comintern. Au moins sept de ces caractéristiques spécifiques méritent d'être notées.

1) Le projet fournit un programme non pas pour les partis communistes nationaux en particulier, mais pour tous les partis communistes pris ensemble, couvrant ce qui est commun et fondamental pour tous. Conséquemment c'est un programme basé sur les principes et la théorie.

 

2) Autrefois, on fournissait un programme pour les nations "civilisées". Le projet de programme diffère de cela par le fait qu'il est destiné à toutes les nations du monde - blanches et noires, les métropoles et les colonies. De là son caractère profondément international.

 

3) Le projet prend comme point de départ non pas quelque capitalisme particulier de certains pays en particulier ou d'une partie du monde, mais le système du capitalisme mondial en entier, lui opposant le système mondial de l'économie socialiste. De là sa distinction de tous les programmes existants jusqu'ici.

 

4) Le projet procède à partir du développement inégal des pays capitalistes et trace la conclusion que la victoire du socialisme est possible dans des pays pris à part, il envisage donc la perspective de la formation de deux centres d'attraction parallèles - le centre du capitalisme mondial et le centre du socialisme mondial.

 

5) A la place du mot d'ordre des États-Unis d'Europe, le projet met de l'avant le mot d'ordre de la fédération des Républiques soviétiques qui est constituée par les pays avancés et les colonies qui ont échappé ou qui sont en voie d'échapper au système impérialiste, et qui sont opposés, dans leur lutte pour le socialisme mondial, au système capitaliste mondial.

 

6) Le projet souligne l'opposition à la social-démocratie comme étant le principal soutien du capitalisme dans la classe ouvrière et comme l'ennemi principal du communisme, et soutient que tous les autres courants dans la classe ouvrière (anarchisme, anarcho-syndicalisme, socialisme corporatiste, etc.) sont en essence des variétés du social-démocratisme.

 

7) Le Comité central a approuvé en principe le projet de programme du Comintern, et a chargé les camarades qui ont des amendements au projet de les soumettre à la Commission sur le programme du Sixième Congrès.

 

Voilà pour les questions concernant le Comintern.

 

Le Programme du Comintern

Discours prononcé le 5 juillet 1928

 

La première chose à considérer, camarades, c'est la longueur du projet de programme du Comintern.

 

Certains disent que le projet de programme est trop long, trop lourd. Ils demandent qu'il soit réduit de moitié ou du tiers. Ils demandent que soient incluses dans le programme quelques formules générales et rien de plus, et qu'on donne à ces formules le nom de programme.

 

Je pense que ces demandes sont dénuées de fondement. Ceux qui demandent que le programme soit réduit de moitié ou même du tiers ne se rendent pas compte de la tâche à laquelle ont été confrontés les rédacteurs du projet. Le fait est que le programme du Comintern ne peut être le programme d'un quelconque parti national, ou, disons, un programme uniquement pour les nations "civilisées". Le programme doit englober tous les Partis communistes du monde, toutes les nations, tous les peuples, à la fois blancs et noirs. Tel est le trait caractéristique de base du projet de programme. Mais comment est-il possible d'englober les besoins fondamentaux et les lignes fondamentales du travail de toutes les sections du Comintern, à la fois de l'Est et de l'Ouest, si le programme est réduit de moitié ou du tiers? Laissons les camarades tenter de résoudre ce problème insoluble. C'est pourquoi je pense que réduire le programme de moitié ou du tiers signifierait le transformer de programme en une simple liste de formules abstraites dénuée de valeur pour les sections du Comintern.

 

Ceux qui ont produit le programme étaient confrontés à un double problème : d'une part, englober les caractéristiques principales et fondamentales de tous les Partis communistes du monde, et, d'autre part, le faire d'une façon telle que les différentes propositions du programme ne soient pas des formules vides, mais des propositions permettant de fournir des principes directeurs pratiques pour les pays et les peuples les plus diversifiés, pour les Partis communistes et les groupes communistes les plus divers. Vous devez admettre qu'il est quasiment impossible de résoudre ce double problème par un texte court et concis.

 

Le plus étonnant c'est que les camarades qui proposent que le programme soit réduit de moitié ou du tiers sont les mêmes qui mettent de l'avant des propositions qui tendraient à doubler sinon tripler le présent projet de programme. En fait, si nous incluons dans le projet de programme de longs développements sur les syndicats, les coopératives, la culture, les minorités nationales européennes, etc, n'est-il pas évident que cela aura pour effet d'empêcher de comprimer le programme ? Le texte actuel verra alors sa longueur doubler, sinon tripler.

 

La même chose doit être dite au sujet des camarades qui demandent, soit que le programme soit un exposé concret pour les partis communistes, ou bien qu'il explique chaque petite chose, jusqu'aux propositions individuelles. En premier lieu, il est erroné de dire que le programme doit être seulement un exposé, ou principalement un exposé. Cela est erroné. On ne peut pas demander cela d'un programme, mis à part le fait que cela allongerait considérablement le programme. Deuxièmement, un programme ne peut pas expliquer jusqu'au moindre détail, chaque proposition déclarative ou théorique. C'est là la tâche des commentaires au programme. On ne doit pas confondre un programme avec un commentaire.

 

La deuxième question concerne la structure du programme et l’ordre d’aménagement des chapitres à l'intérieur du projet de programme.

 

Certains camarades demandent que le chapitre sur le but ultime du mouvement, le communisme, soit transféré à la fin du programme. Je pense que cela aussi est dénué de fondement. Entre le chapitre sur la crise du capitalisme et le chapitre sur la période de transition, il y a dans le projet de programme un chapitre sur le communisme, sur le système économique communiste. Cet aménagement des chapitres est-il judicieux ? Je considère que cela est très judicieux. On ne peut parler de la période de transition sans parler au préalable du système économique, dans ce cas-ci du système économique communiste, vers lequel le programme propose la transition. Nous parlons de la période de transition, de la transition du capitalisme à un autre système économique. Mais la transition vers quoi, vers quel système exactement - c'est ce dont nous devons d'abord discuter avant de procéder à la description de la période de transition proprement dite. Le programme doit se développer en passant de l'inconnu au connu. du moins connu au mieux connu. Parler de la crise du capitalisme et puis de la période de transition, sans parler d'abord du système vers lequel nous devons effectuer la transition, jettera de la confusion chez le lecteur et enfreint une exigence pédagogique élémentaire, qui est en même temps une exigence pour la structure du programme. Donc, le programme doit faciliter la tâche du lecteur en le faisant progresser du moins connu au mieux connu, et non pas rendre sa tâche plus difficile.

 

D'autres camarades pensent que le paragraphe sur la social-démocratie ne devrait pas être inclus dans le second chapitre du projet de programme qui traite de la première phase de la révolution prolétarienne et de la stabilisation partielle du capitalisme. Ils pensent qu'ils soulèvent ainsi une question ayant trait à la structure du programme. Il n'en est rien, camarades. En fait, nous nous trouvons ici confrontés à une question politique. Enlever le paragraphe sur la social-démocratie du second chapitre signifierait commettre une erreur politique en rapport avec l'une des questions fondamentales des raisons de la stabilisation partielle du capitalisme. Nous n'avons pas affaire ici à la structure du programme, mais à l'appréciation de la situation politique dans la période de stabilisation partielle, de l'appréciation du rôle contre-révolutionnaire de la social-démocratie en tant qu'un des facteurs de cette stabilisation. Ces camarades ne sont pas sans savoir qu'on ne peut pas se passer d'un paragraphe sur la social-démocratie dans le chapitre sur la stabilisation partielle du capitalisme, parce qu'on ne peut expliquer cette même stabilisation sans décrire le rôle de la social-démocratie en tant qu'un des principaux facteurs de cette stabilisation. Autrement, nous devrions aussi exclure de ce chapitre le paragraphe sur le fascisme et le transférer, comme le paragraphe sur la social-démocratie, dans le chapitre sur les partis. Mais exclure ces deux paragraphes - sur le fascisme et sur la social-démocratie - du chapitre traitant de la stabilisation partielle du capitalisme signifierait nous désarmer nous-mêmes et nous enlever toute possibilité d'expliquer la stabilisation capitaliste. Évidemment, nous ne pouvons accepter cela.

La question de la NEP et du communisme de guerre. La NEP est une politique de la dictature du prolétariat qui a pour but de venir à bout des éléments capitalistes et de construire une économie socialiste en utilisant le marché et par le marché, et non par un échange direct de produits, sans le marché et en dehors du marché. Est-ce que les pays capitalistes, même les plus développés, peuvent se passer de la NEP durant la transition du capitalisme au socialisme? Je ne pense pas qu'ils le puissent. A un niveau ou à un autre, la Nouvelle Politique Economique, avec ses relations de marché, et l'utilisation de ces relations de marché, sera absolument essentielle pour chaque pays capitaliste durant la période de la dictature du prolétariat.

 

Nous avons des camarades qui nient cette affirmation. Mais que peut signifier cette affirmation ?

 

Cela signifie, premièrement, soutenir qu'immédiatement après que le prolétariat aura pris le pouvoir nous devrions avoir, prête à fonctionner à 100%, une organisation de la distribution et de l'approvisionnement entre la ville et la campagne, entre l'industrie et la petite production, qui rendra possible l'établissement instantané d'un échange direct de produits, sans le marché, sans la circulation de marchandises, et sans une économie monétaire. Nous n'avons qu'à soulever la question pour en réaliser toute l'absurdité.

 

Deuxièmement, cela signifie soutenir qu'après la prise du pouvoir par le prolétariat, la révolution prolétarienne doit emprunter la voie de l'expropriation de la moyenne et petite bourgeoisie, qu'elle doit prendre sur ses épaules l'incroyable fardeau de trouver du travail et d'assurer les moyens de subsistance d'une armée, artificiellement créée de millions de nouveaux chômeurs. Le seul fait de soulever la question permet de réaliser le ridicule et la folie que serait l'adoption d'une telle politique par la dictature prolétarienne. Une des bonnes choses au sujet de la NEP c'est qu'elle décharge la dictature du prolétariat de ces difficultés et d'autres similaires.

 

Mais il s'ensuit que la NEP est une phase inévitable de la révolution socialiste dans tous les pays.

 

Peut-on dire la même chose du communisme de guerre? Peut-on dire que le communisme de guerre est une phase inévitable de la révolution prolétarienne? Non, on ne peut pas. Le communisme de guerre est une politique imposée à la dictature du prolétariat par une situation de guerre et d'intervention étrangère ; elle est conçue pour établir l'échange direct de produits entre la ville et la campagne, non par le biais du marché mais à côté du marché, principalement par des mesures ayant un caractère extra-économique et partiellement militaire, et dans le but d'organiser une distribution de produits telle qu'elle pourra assurer l'approvisionnement des armées révolutionnaires au front et des ouvriers à l'arrière. Évidemment, s'il n'y avait pas eu une situation de guerre et d'intervention, il n'y aurait pas eu de communisme de guerre. Conséquemment, on ne peut affirmer que le communisme de guerre est une phase de développement économiquement inévitable de la révolution prolétarienne.

 

 

 

Il serait erroné de penser que la dictature du prolétariat en URSS a commencé son travail économique avec le communisme de guerre. Certains camarades ont tendance à penser ainsi. Mais c'est là une opinion erronée. Au contraire, la dictature prolétarienne dans notre pays a commencé son travail constructif, non avec le communisme de guerre, mais avec la proclamation des principes de ce qui est appelé la Nouvelle Politique Économique. Tous sont familiers avec le pamphlet de Lénine intitulé Les tâches immédiates du pouvoir des soviets publié au début de 1918, et dans Lénine établit pour là première fois les principes de la Nouvelle Politique Economique. Il est vrai que cette politique fut temporairement interrompue par les conditions de l'intervention et que c'est seulement trois ans plus tard, une fois la guerre et l'intervention terminées, qu'elle put être remise en vigueur. Mais le fait que la dictature du prolétariat en URSS ait dû revenir aux principes de la Nouvelle Politique Économique, qui avaient déjà été proclamés au début de 1918 - ce fait démontre clairement où la dictature du prolétariat doit entreprendre son travail constructif dans les jours suivants la révolution, et sur quoi elle doit baser son travail constructif - si, bien entendu, nous avons en tête des considérations économiques.

 

Parfois on confond le communisme de guerre avec la guerre civile et on identifie l'un à l'autre. Cela, bien entendu, est erroné. La prise du pouvoir par le prolétariat en octobre 1917 était indubitablement une forme de guerre civile. Mais il serait erroné de dire que nous avons commencé à appliquer le communisme de guerre en octobre 1917. Il est fort possible de concevoir un état de guerre civile dans lequel les méthodes du communisme de guerre ne sont pas appliquées, dans lequel les principes de la Nouvelle Politique Économique ne sont pas abandonnés, comme c'était le cas dans notre pays au début de 1918, avant l'intervention.

 

Certains disent que les révolutions prolétariennes surgiront isolées les unes des autres et qu'ainsi aucune révolution prolétarienne ne sera en mesure d'échapper à l'intervention et donc au communisme de guerre. Cela n'est pas vrai. Maintenant que nous avons réussi à consolider le pouvoir soviétique en URSS, maintenant que les Partis communistes dans les principaux pays capitalistes se sont développés et que le Comintern a accru sa puissance, il ne peut pas et ne devrait pas y avoir de révolutions prolétariennes isolées. Nous ne devons pas fermer les yeux sur des facteurs tels l'aiguisement croissant de la crise du capitalisme mondial, l'existence de l'Union soviétique, et le développement du communisme dans tous les pays. (Une voix : "Mais la révolution en Hongrie était isolée"). Cela se passait en 1919. Maintenant, nous sommes en 1928 Il suffit de se rappeler la révolution en Allemagne en 1923, alors que la dictature prolétarienne en URSS s'apprêtait à fournir une assistance directe à la révolution allemande, pour réaliser que les arguments de certains camarades sont tout à fait relatifs et conditionnels. (Une voix : "L'isolement de la révolution en Allemagne - l'isolement entre la France et l'Allemagne"). Vous confondez l'éloignement spatial avec l'isolement politique L'éloignement spatial est bien entendu, un facteur. Néanmoins, il ne doit pas être confondu avec l'isolement politique.

 

Et que dire des ouvriers des pays interventionnistes ? - Pensez-vous qu'ils vont demeurer silencieux s'il y a intervention disons dans une révolution allemande et qu'ils ne frapperont pas les interventionnistes par l'arrière?

 

Et que dire de l'URSS et de son prolétariat ? - Pensez-vous que la révolution prolétarienne en URSS va assister calmement aux méfaits des interventionnistes ?

 

Pour nuire aux interventionnistes, il n'est d'aucune façon essentiel d'établir des relations spatiales avec le pays révolutionnaire. Il est suffisant de piquer les interventionnistes aux points les plus vulnérables de leur propre territoire pour leur faire sentir le danger et comprendre toute la réalité de la solidarité prolétarienne. Supposons que nous offensons la Grande-Bretagne bourgeoise dans la région de Leningrad et lui causons de sérieux dommages. Est-ce qu'il s'ensuit que la Grande-Bretagne cherchera nécessairement à se venger de nous à Leningrad? Non, il n'en est rien. Elle pourrait se venger de nous quelque part ailleurs, à Batum, Odessa, Bakou ou Vladivostok, disons. La même chose s'applique aux formes d'assistance et de soutien apportées par la dictature prolétarienne à la révolution prolétarienne dans un pays d'Europe, disons, contre les interventionnistes impérialistes.

 

Mais, tout en admettant que l'intervention et donc le communisme de guerre ne surviendrait pas nécessairement dans tous les pays, on peut et doit admettre qu'ils sont plus ou moins probables. Donc, tout en étant en désaccord avec les arguments de ces camarades, je suis d'accord avec leur conclusion, c'est-à-dire que la formulation dans le projet de programme qui parle de la possibilité, dans des conditions internationales définies, du communisme de guerre dans des pays où la révolution prolétarienne a eu lieu, doit être remplacée par une formulation disant que l'intervention et le communisme de guerre sont plus ou moins probables.

 

La question de la nationalisation de la terre. Je ne suis pas d'accord avec ces camarades qui proposent que la formule de la nationalisation de la terre dans le cas des pays capitalistes développés devrait être modifiée, et qui demandent que dans de tels pays la nationalisation de toute la terre devrait être proclamée dès le premier jour de la révolution prolétarienne.

Je ne suis pas d'accord non plus avec ces camarades qui proposent qu'on ne dise rien au sujet de la nationalisation de toute la terre dans les pays capitalistes développés. Je partage l'opinion, qu'il vaudrait mieux, comme le projet de programme le fait, parler de la nationalisation éventuelle de toute la terre, en ajoutant que le droit des petits et moyens paysans à utiliser la terre sera garanti.

 

Ils font erreur ces camarades qui pensent que plus un pays capitaliste est développé plus il sera facile de procéder à la nationalisation de toute la terre de ce pays. Au contraire, plus un pays capitaliste est développé, plus il sera difficile de nationaliser toute la terre, parce que les traditions de propriété privée de la terre dans ce pays sont plus fortes, et qu'il sera donc plus difficile de combattre de telles traditions.

 

Lisez les thèses de Lénine sur la question agraire au 2ème Congrès du Comintern où il met en garde de façon explicite contre des gestes précipités et inconsidérés dans cette direction et vous comprendrez comment sont erronées les assertions de ces camarades.

Dans les pays capitalistes développés, la propriété privée de la terre existe depuis des siècles, ce qu'on ne peut dire des pays capitalistes moins développés, où le principe de la propriété privée de la terre n'est pas encore devenu profondément enraciné au sein de la paysannerie. Ici, en Russie, à un moment donné, les paysans disaient même que la terre n'appartenait à personne, qu'elle était la terre de Dieu. En fait, cela explique pourquoi aussitôt qu'en 1906, dans la perspective d'une révolution démocratique-bourgeoise dans notre pays, Lénine mit de l'avant le slogan de la nationalisation de toute la terre, en stipulant qu'on devait garantir l'utilisation de la terre à la petite et moyenne paysannerie, considérant que les paysans comprendraient cela et qu'ils l'accepteraient.

 

N'est-il pas remarquable, d'autre part, de constater qu'en 1920, au IIème Congrès du Comintern, Lénine a prévenu les Partis communistes des pays capitalistes développés de ne pas mettre de l'avant immédiatement le slogan de nationalisation de toute la terre, étant donné que les paysans de ces pays, imprégnés comme ils le sont de l'instinct de la propriété privée, ne digéreraient pas immédiatement un tel slogan. Peut-on ignorer cette différence et refuser de porter attention aux recommandations de Lénine ? Évidemment, nous ne le pouvons pas.

La question de la substance interne du projet de programme. Il semble que certains camarades considèrent que dans sa substance interne le projet de programme n'est pas tout à fait international, parce que disent-ils, il est "trop russe" dans son caractère. Je n'ai pas entendu personne mettre de l'avant de telles objections ici. Mais il semble que de telles objections circulent dans certains cercles autour du Comintern.

Qu'est-ce qui peut alimenter une telle opinion ?

Peut-être est-ce le fait que le projet de programme contient un chapitre spécial sur l'URSS ? Mais que peut-il y avoir de mal là-dedans ? Est-ce que notre révolution, dans son caractère, est une révolution nationale et uniquement nationale, et non de façon prééminente une révolution internationale ?  Si tel est le cas, pourquoi disons-nous qu'elle constitue une base pour le mouvement révolutionnaire mondial, un instrument pour le développement révolutionnaire de tous les pays, la mère-patrie du prolétariat mondial ?

Il y avait des gens parmi nous, - nos oppositionnistes, par exemple - qui considéraient que la révolution en URSS était exclusivement ou principalement une révolution nationale. C'est sur ce point qu'il ont échoué. Il est étrange qu'il existe des gens autour du Comintern, semble-t-il, qui se préparent à suivre les traces des oppositionnistes.

 

Peut-être notre révolution est-elle, dans sa forme, une révolution nationale et uniquement nationale ? Mais notre révolution est une révolution soviétique, et la forme soviétique de l'État prolétarien est plus ou moins obligatoire pour la dictature du prolétariat dans d'autres pays. Ce n'est pas sans raison que Lénine a dit que la révolution en URSS avait inauguré une nouvelle ère dans l'histoire du développement, l'ère des soviets. Ne s'ensuit-il pas que, non seulement en ce qui concerne son caractère mais aussi en ce qui concerne sa forme, notre révolution est de façon prééminente une révolution internationale, qui présente un modèle de ce que doit être, dans ses grandes lignes, une révolution prolétarienne dans n'importe quel pays ?

 

Sans l'ombre d'un doute, le caractère international de notre révolution impose à la dictature du prolétariat en URSS certains devoirs à l'égard des masses prolétariennes et opprimées du monde entier. C'est ce que Lénine avait en tête lorsqu'il a dit que la révolution prolétarienne en URSS existait dans le but de faire tout ce qui était possible pour le développement et la victoire de la révolution prolétarienne dans d'autres pays. Et que découle-t-il de cela ? Il en découle, à tout le moins, que notre révolution fait partie de la révolution mondiale, qu'elle constitue une base et un instrument du mouvement  révolutionnaire mondial.

 

De plus, toujours sans l'ombre d'un doute, non seulement la révolution en URSS a-t-elle des devoirs envers les prolétaires de tous les pays, devoirs dont elle s'acquitte, mais les prolétaires de tous les pays ont des devoirs passablement importants à l'égard de la dictature du prolétariat en URSS. Ces devoirs consistent à soutenir le prolétariat de l'URSS dans sa lutte contre les ennemis internes et externes, dans la guerre contre une guerre destinée à étrangler la révolution prolétarienne en URSS, en préconisant le fait que les armées impérialistes devraient passer directement du côté de la dictature du prolétariat en URSS dans l'éventualité d'une attaque contre l'URSS. Mais ne découle-t-il pas de cela que la révolution en URSS est inséparable du mouvement révolutionnaire dans d'autres pays, que le triomphe de la révolution en URSS est un triomphe pour la révolution à travers le monde ?

 

Est-il possible, après tout cela, de parler de la révolution en URSS comme étant seulement une révolution nationale, isolée de et n'ayant aucun lien avec le mouvement révolutionnaire à travers le monde ?

 

Et, de l'autre côté, est-il possible, après tout cela, de comprendre quoi que ce soit au sujet du mouvement révolutionnaire mondial, si on considère qu'il n'a pas de lien avec la révolution prolétarienne en URSS ?

 

Alors quel serait la valeur du programme du Comintern, qui traite de la révolution prolétarienne mondiale, s'il ignore la question fondamentale du caractère et des tâches de la révolution prolétarienne en URSS, de ses devoirs à l'égard des prolétaires de tous les pays, et des devoirs des prolétaires de tous les pays à l'égard de la dictature du prolétariat en URSS ?

 

Voilà pourquoi je pense que les objections concernant le "caractère russe" du projet de programme de l'URSS portent l'empreinte de - comment puis-je dire cela doucement - bien, disons une mauvaise empreinte, un goût douteux.

 

Passons maintenant à quelques commentaires séparés.

Je considère qu'ils ont raison ces camarades qui suggèrent d'amender la phrase de la page 55 du projet de programme qui parle des sections laborieuses de la population rurale "qui suivirent la dictature du prolétariat". Cette phrase est un malentendu évident, ou bien est-ce une erreur du correcteur d'épreuve. Elle doit être amendée.

Mais ces camarades sont tout à fait dans l'erreur lorsqu'ils proposent l'inclusion dans le projet de programme de toutes les définitions données par Lénine de la dictature du prolétariat. (Rires). A la page 52, nous avons la définition suivante de la dictature du prolétariat, tirée en bonne partie de Lénine.

 

" La dictature du prolétariat continue la lutte de classes dans de nouvelles conditions. C'est une lutte tenace, sanglante et sans effusion de sang, violente et pacifique, militaire et économique, pédagogique et administrative, contre les forces et les traditions de l'ancienne société, contre les capitalistes de l'intérieur du pays, contre les prouesses d'une bourgeoisie nouvelle naissant de là production marchande pas encore éliminée."

 

Le projet de programme contient aussi un certain nombre d'autres définitions de la dictature, correspondant aux tâches particulières de la dictature à différentes étapes de la révolution prolétarienne. Je pense que cela est tout à fait suffisant. (Une voix: "Une des formulations de Lénine a été omise"). Lénine a écrit des pages entières sur la dictature du prolétariat. Si elles étaient toutes incluses dans le projet de programme, j'ai bien peur que cela triplerait au moins sa longueur.

 

Erronée est aussi l'utilisation soulevée par certains camarades à propos de la thèse sur la neutralisation de la paysannerie moyenne. Dans ses thèses au IIème Congrès du Comintern, Lénine déclare explicitement qu'à la veille de la prise du pouvoir et à la première étape de la dictature du prolétariat dans les pays capitalistes, les Partis communistes ne peuvent compter sur rien de plus que la neutralisation de la paysannerie moyenne. Lénine déclare explicitement que c'est seulement après la consolidation de la dictature du prolétariat que les Partis communistes pourront organiser une alliance stable avec le paysan moyen. Aussi, en rédigeant le projet de programme, nous ne pouvions ignorer cette directive de Lénine, sans rien dire du fait que cela coïncide exactement avec l'expérience notre révolution.

 

Erroné; aussi, est le commentaire sur la question nationale fait par un certain nombre de camarades. Ces camarades n'ont aucune base pour affirmer que le projet de programme ignore les facteurs nationaux dans le mouvement révolutionnaire. La question des colonies est fondamentalement une question nationale. On accorde suffisamment d'importance dans le projet de programme à l'oppression impérialiste, l'oppression dans les colonies, l'autodétermination nationale; le droit des nations et colonies à la sécession, etc. Si ces camarades ont en tête les minorités nationales d'Europe centrale, nous pouvons le mentionner dans le projet de programme, mais je m'oppose à ce qu'on y traite de façon séparée de la question nationale en Europe centrale.

 

Enfin, au sujet des remarques faites par un certain nombre de camarades à propos de la déclaration que la Pologne est un pays représentant le deuxième type de développement vers la dictature du prolétariat. Ces camarades pensent que la classification des pays selon trois types - pays ayant un haut niveau de développement capitaliste (Amérique, Allemagne, Grande-Bretagne), pays ayant un développement capitaliste moyen (Pologne, la Russie avant la révolution de février, etc.), et pays coloniaux - est erronée. Ils soutiennent que la Pologne doit être incluse dans le premier type de pays, qu'on ne peut parler que de deux types de pays - capitalistes et coloniaux.

Cela n'est pas vrai; camarades.

 

A côté de pays développés d'un point de vue capitaliste, là où la victoire de la révolution conduira immédiatement à la dictature du prolétariat, il existe des pays qui

sont faiblement développés d'un point de vue capitaliste, où il existe des survivances féodales et un problème agraire spécial de type anti-féodal (la Pologne; la Roumanie, etc.); des pays où la petite-bourgeoisie, en particulier la paysannerie, aura un mot important à dire dans une situation de soulèvement révolutionnaire, et où la victoire de la révolution, si elle veut mener à la dictature du prolétariat, peut et aura certainement recours à certaines étapes intermédiaires, dans la forme, disons, d'une dictature du prolétariat et de la paysannerie.

 

Dans notre pays, aussi, il y avait des gens, tel Trotski qui, avant la révolution de février ont dit que la paysannerie était sans importance sérieuse, et que le slogan du moment était "pas de tsar, mais un gouvernement ouvrier". Vous savez que Lénine s'est énergiquement dissocié de ce slogan et s'est objecté à toute sous-estimation du rôle et de l'importance de la petite-bourgeoisie, particulièrement de la paysannerie. Il existait des gens dans notre pays à ce moment-là qui pensaient qu'après le renversement du tsarisme, le prolétariat occuperait immédiatement la position prédominante. Mais que s'est-il produit dans la réalité ? Il s'est produit le fait qu'immédiatement après la Révolution de février les vastes masses de la petite-bourgeoisie sont entrées en scène et ont donné la prédominance aux partis petits-bourgeois, les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks, qui avaient été jusque-là des partis minuscules, devinrent "soudainement" la force prédominante dans le pays. Grâce à quoi ? Grâce au fait que les vastes masses de la petite-bourgeoisie, ont d'abord soutenu les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks.

 

Incidemment, cela explique pourquoi la dictature du prolétariat a été établie dans notre pays comme résultant du développement plus ou moins rapide de la révolution démocratique-bourgeoise en une révolution socialiste.

 

II y a très peu de raisons de douter du fait que la Pologne et la Roumanie appartiennent à cette catégorie de pays qui auront à passer plus ou moins rapidement, à travers certaines étapes intermédiaires sur la voie de la dictature du prolétariat.

 

C'est pourquoi je pense que ces camarades sont dans l'erreur lorsqu'ils nient qu'il existe trois types de mouvement révolutionnaire sur la voie de la dictature du prolétariat. La Pologne et la Roumanie sont des représentants du deuxième type.

 

Voilà, camarades, mes remarques sur le projet de programme du Comintern.

En ce qui a trait au style du projet de programme, ou à certaines formulations prises individuellement, je ne peux affirmer qu'à ce chapitre le projet de programme est parfait. On peut présumer que certaines choses pourront être améliorées, définies plus précisément, et ainsi de suite. Mais cela est du ressort de la Commission du programme du VIème Congrès du Comintern.

 

(Traduction des Œuvres complètes, volume 11, de l'édition anglaise.)


 

PROGRAMME DE L INTERNATIONALE COMMUNISTE

(Adopté par le VIème Congrès mondial le 1er septembre 1928, à Moscou)

 

suivi des

STATUTS DE L'I. C.

Nouvelle édition revue et corrigée

 

INTRODUCTION

 

L'époque de l'impérialisme est celle du capitalisme mourant. La guerre mondiale de 1914-1918 et la crise générale du capitalisme qu'elle a déchaînée furent le résultat d'une profonde contradiction entre le développement des forces productives de l'économie mondiale et les frontières des Etats. Elles ont montré et prouvé que les conditions matérielles du socialisme au sein de la société capitaliste sont déjà mûres et que, l'enveloppe capitaliste de la société étant devenue un obstacle intolérable au développement ultérieur de l'humanité, l'histoire a mis à l'ordre du jour le renversement du joug capitaliste par la révolution.

 

L'impérialisme soumet les innombrables masses prolétariennes de tous les pays - dans les métropoles de la puissance capitaliste comme dans les coins les plus reculés du monde colonial - à la dictature d'une ploutocratie capitaliste financière. L'impérialisme met à nu et approfondit avec le force d'éléments déchaînés toutes les contradictions de la société capitaliste, développe à l'extrême l'oppression des classes, aiguise au plus haut degré la lutte entre les Etats capitalistes, engendre l'inéluctabilité des guerres impérialistes mondiales qui ébranlent tout le système des rapports existants, et achemine la société, avec une irrésistible nécessité, vers la révolution prolétarienne mondiale.

 

Enchaînant l'univers dans les liens du capital financier, contraignant, par le sang, par le fer et par la faim, les prolétaires de tous les pays, de toutes les nationalités et de toutes les races à se courber sous son joug, aggravant formidablement l'exploitation, l'oppression et l'asservissement du prolétariat qu'il met devant la tâche immédiate de conquérir le pouvoir, l'impérialisme crée la nécessité d'une étroite cohésion des ouvriers en une armée internationale unique des prolétaires de tous les pays, formée indépendamment des frontières d'Etats, des différences de nationalité, de culture, de langue et de race, de sexe et de profession. L'impérialisme, en développant et en achevant ainsi la création des conditions matérielles du socialisme, place le prolétariat en face de la nécessité de s'organiser en une association ouvrière internationale de combat et assure, par-là, la cohésion de l'armée de ses propres fossoyeurs.

 

L'impérialisme détache, d'autre part, la partie la plus aisée de la classe ouvrière des grandes masses. Celle " aristocratie " ouvrière, corrompue par l'impérialisme, qui constitue les cadres dirigeants des Partis social-démocrates, intéressée au pillage impérialiste des colonies, dévouée à " sa " bourgeoisie et à " son " Etat impérialiste, se trouva, à l'heure des batailles décisives, aux côtés de l'ennemi de classe dit prolétariat. La scission du mouvement socialiste provoquée par cette trahison de 1944 et les trahisons ultérieures des Partis social-démocrates, devenus en fait des partis ouvriers bourgeois, ont prouvé que le prolétariat mondial ne peut remplir sa mission historique - briser le joug de l'impérialisme et conquérir la dictature prolétarienne - que par une lutte implacable contre la social-démocratie L'organisation des forces de la révolution internationale n'est donc possible que sur la plate-forme du communisme. A la Deuxième Internationale opportuniste de la social-démocratie, devenue l'agent des impérialistes au sein de la classe ouvrière, s'oppose inéluctablement la Troisième, l'Internationale communiste, organisation universelle de la classe ouvrière, incarnant l'unité authentique des ouvriers révolutionnaires de tous les pays.

 

La guerre de 1914-1918 provoqua les premières tentatives de créer une nouvelle Internationale révolutionnaire comme contrepoids de la Deuxième Internationale social-chauvine et, comme instrument de résistance à l'impérialisme guerrier Zimmerwald, Kienthal). La victoire de la révolution prolétarienne en Russie donna l'impulsion à la constitution de Partis communistes dans les métropoles capitalistes et dans les colonies. En 1919, fut fondée l'Internationale communiste qui, pour la première fois dans l'histoire, unit effectivement dans la lutte révolutionnaire les éléments avancés du prolétariat d'Europe et d'Amérique aux prolétaires de Chine et des Indes, aux travailleurs nègres d'Afrique et d'Amérique.

 

Parti international unique et centralisé du prolétariat, l'Internationale communiste est ta seule continuatrice des principes dé la Première Internationale appliqués sur la base nouvelle d'un mouvement prolétarien révolutionnaire de masses. L'expérience de la première guerre impérialiste, de la crise révolutionnaire du capitalisme qui lui a succédé et des révolutions de l'Europe et des pays coloniaux, l'expérience de la dictature du prolétariat et de l'édification du socialisme en U.R.S.S., l'expérience du travail de toutes les sections de l'lnternationale communiste, fixée dans les décisions de ses congrès, et enfin, l'internationalisation de plus en plus grande de la lutte entre la bourgeoisie impérialiste et le prolétariat, rendent indispensable l'élaboration d'un programme de l'Internationale communiste, unique et commun à toutes ses sections. Le programme de l'I. C. réalise ainsi la plus haute synthèse critique de l'expérience du mouvement révolutionnaire international du prolétariat, il est un programme de lutte pour la dictature mondiale du prolétariat, un programme de lutte pour le communisme mondial.

 

L'Internationale communiste, qui unit les ouvriers révolutionnaires et entraîne des millions d'opprimés et d'exploités contre la bourgeoisie et ses agents " socialistes ", se considère comme la continuatrice historique de la " Ligue des Comm