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TABLE DES MATIÊRES

Qu'est-ce que la science ? Qu'est-ce que la religion ? …..3

La lutte historique entre la science et la religion .... 15

Le fidéisme contemporain et la science 34

Les tentatives d'humilier la science …..43

La falsification des données de la science contemporaine ….48

L'athéisme scientifique 59

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La science et la religion sont toutes deux des formes de la conscience sociale, mais des formes différentes, ou plutôt opposées et inconciliables. L'expérience commune suffit à le prouver. Chaque fois que la science fait un bond en avant, la religion s'inquiète, prouve le besoin de se défendre et de se justifier. On l'a vu encore à l'occasion du lancement des fusées lunaires par les Soviétiques.

Le journal parisien de l'Eglise, La Croix n'a pas pu s'empêcher, le 15 septembre, de trahir son malaise devant cette effraction du ciel, cette prise de possession humaine des astres, que l'Ecriture destine à porter sur leur front le seul trône de Dieu. La feuille de l'épiscopat ri rappelé aux hommes qu'après tout, ils ne sont que de pauvres pécheurs :

La création tout entière, les mondes que nous connaissons et ceux que nous ne connaissons pas encore (sic) sont dans la souffrance à cause du péché des hommes.

Ainsi, les hommes auront beau pénétrer les profondeurs du cosmos, ils n'y retrouveront que leur misère et l'empreinte de la faute de leur premier père. Science, où est ta victoire ?

Déjà au moment du lancement du premier Spoutnik, l'inquiétude des milieux théologiques avait été manifeste : comment l'homme chercherait-il encore Dieu dans un ciel où il voit circuler des œuvres de sa main ? (Dans La Croix du 15 décembre 1959, Maurice Vaussard écrit : " Les créations de son intelligence ont effectivement fait perdre à l'homme, à un nombre croissant d'hommes, 1a conscience de leurs limites en face du Dieu unique. " Et de condamner avec un fanatisme moyenâgeux " le mensonge du progrès ", les traversées des espaces interplanétaires elles-mêmes n'étant que " conquêtes finalement dérisoires au regard de l'immensité du cosmos ". C'est ainsi que l'obscurantisme se consoles des victoires glorieuses de l'homme. (Note de l'éditeur.).

Le cardinal allemand Wendel avait expliqué que " l'insertion de ce morceau de matière dans le cycle de la Création " n'avait tout de même pu se faire que " selon la volonté divine ". Il nous sera cependant permis de trouver bizarre que la Providence ait accordé de réussir la percée du ciel à ceux-là même qui ne croient pas en elle, aux marxistes athées, au lieu de favoriser d'autres savants dévots et craignant Dieu, comme il n'en manque pas de par le monde ! Mais ne savons-nous pas que "les voies du Seigneur sont impénétrables " ?

Quant au journal du Vatican, L'Osservatore della Domenica, il essayait en septembre de diminuer l'importance de l'alunissage de la fusée soviétique en écrivant, sous la signature du dominicain Raimondo Spiazzi, qu'il peut y avoir déjà sur la lune des hommes tels que nous, descendants d'Adam et d'Eve, qui auraient atteint le satellite de la terre par un moyen inconnu, pendant la préhistoire.

Nous saisissons sur le vif la différence entre la science et la religion. La science raisonne sur des faits, par exemple l'absence d'atmosphère pour la vie d'êtres tels que nous à la surface lunaire. La religion " raisonne ", si l'on petit dire, sur des mythes, des légendes, des imaginations. Elle se meut dans de purs jeux d'idées sans se soucier du lien avec la réalité. Peu importe qu'il ne puisse pas matériellement y avoir d'hommes sur la lune. Le père Raimondo Spiazzi combine les hypothèses avec un mépris superbe des faits, un total arbitraire. Il expose que, s'il ne s'agit pas de descendants d'Adam et d'Eve, nous pourrions du moins rencontrer sur la lune des êtres semblables à nous-mêmes, mais descendant d'autres parents originels créés séparément par Dieu.

Dans ce cas, ils pourraient être : 1. dans un état de pure nature, non élevés à la grâce, comme Adam et Eve l'étaient avant leur chute ; 2. des êtres humains parfaits en état de grâce ; 3. des hommes déchus comme les descendants d'Adam avant le Christ ; 4. des hommes rachetés soit par la grâce de la mort du Christ sur terre, soit par une incarnation séparée de Dieu et par une rédemption séparée.

Nous nous trouvons en pleine mythologie. Le raisonnement se déroule à vide, exactement comme dans la scolastique du moyen âge, comme dans une dispute sur le sexe des anges. On ne saurait souhaiter plus nette illustration de l'opposition, de l'incompatibilité de la pensée scientifique et de la pensée religieuse.

Cette incompatibilité de la religion et de la science éclate encore si nous considérons leur attitude à l'égard du raisonnement par les causes finales. La science de la nature n'a pu se constituer qu'en livrant une lutte à mort à la façon de penser qu'on appelle téléologique et d'après laquelle, tout ce qui existe, existe en raison d'un but voulu par Dieu: comme Engels le dit dans la Dialectique de la nature,

les chats ont été créés pour manger les souris, les souris pour être mangées par les chats et l'ensemble de la nature pour rendre témoignage de la sagesse du Créateur . (F.Engels : Dialectique de la nature, Editions sociales, Paris, 1952, p.33-34)

Le raisonnement par les causes finales " explique" la division de l'écorce du melon en côtes par la volonté divine de voir partager et consommer le melon en famille, ou encore la station droite de l'homme par sa vocation à contempler le ciel. Il est vrai que le plaisant philosophe que fut Cyrano de Bergerac donnait une autre interprétation :

Voyez un peu, dit-il des hommes, comment ils ont la tête tournée vers le ciel ! C'est la disette où Dieu les a mis de toutes choses qui les a situés de la sorte, car cette posture suppliante témoigne qu'ils se plaignent au ciel de Celui qui les a créés... (Cyrano de Bergerac : l’autre monde, les classiques du peuple, 1952, p. 101)

C'est ainsi que, dès le XVIIa siècle, les gens d'esprit raillaient le raisonnement par les causes finales. Bientôt, ce sera à Voltaire de demander si Dieu a créé le nez pour offrir un support aux lunettes. La science considère que seul, l'homme se propose des fins ; seul, il manifeste une finalité intentionnelle (tout en étant d'ailleurs déterminé lui-même par les conditions objectives de son existence). Quant à la finalité relative, aux adaptations observées dans le monde organique, à l'adaptation qui apparaît dans la structure et l'activité vitale des organismes, ce n'est que le résultat de la sélection naturelle. Loin que le milieu ait été créé pour correspondre aux êtres vivants, ce sont les êtres vivants qui se sont adaptés et s'adaptent au milieu.

Eh bien ! ce raisonnement par les causes finales que la science réprouve, la religion y recourt par prédilection. Que l'on ouvre le livre d'apologétique du chanoine Kir : Le problème religieux à la portée de tout le monde ( Paris, Imprimerie des Orphelins d’Auteuil, 1950), on y lira page 62 :

Dans la reproduction des animaux, nous saisissons sur le vif une sagesse surhumaine. C'est ainsi que, par exemple, le requin, ce terrible et dangereux lion de mer, ne produit que deux ou trois rejetons par an ; le hareng, au contraire, ce " pain quotidien " des habitants du littoral de la Manche, pond annuellement plusieurs millions d'œufs.

Et ce " raisonnement " à la gloire de Dieu continue à longueur de pages...

Or, il ne faudrait pas croire qu'il s'agit ici d'exagérations d'un esprit fanatique, de sorties étrangères à la vraie doctrine de l'Eglise. Le livre est muni d'une préface du Cardinal Feltin : il félicite l'auteur d'avoir

réuni les conclusions scientifiques les plus récentes qui dissipent les doutes issus de vulgarisations hâtives.

On le voit, le mot " scientifique " signifie pour les princes de l’Eglise le contraire de ce qu’il veut dire pour tous les autres hommes ! Comme le disait Marcel Cachin, " entre les religions et la science, il faut choisir " (Marcel Cachin : Science et religion, Paris, Editions sociales, 1946, page 7- -" Le plus surprenant, quand nous considérons cet argument de la finalité, écrit le philosophe anglais Bertrand Russell, c'est que des gens puissent croire que ce monde, avec tout ce qu'on y trouve, avec tous ses défauts Qu'est-ce que le rationalisme, soit le meilleur qu’ait pu créer, dans les millions d'années, le tout-puissant et l'omniscient... Ne pensez’vous pas que , si vous étiez tout-puissant et omniscient, et si vous aviez les millions d'années à votre disposition pour perfectionner le monde créé par vous, vous produiriez quelque chose de mieux que le Ku-Klux-Klan et les fascistes ? " (Why I am not a Christian (Pourquoi je ne suis pas chrétien), Londres, 19,17, pp. 6-7.)

La science étudie les causes et les liaisons des phénomènes ; elle découvre les lois auxquelles obéissent le développement de la nature et celui de la société. Grâce à la science, l'homme connaît le monde et le modifie dans son intérêt. Au fur et à mesure qu'il découvre les lois de la nature, il la soumet davantage. La progression de la connaissance est illimitée, infinie ; ce qui n'est pas encore connu par nous, sera connu par nos successeurs.

La pratique est le critère de la véracité de la science. Toutes les accusations d'hérésie portées contre la théorie scientifique de la sphéricité de la terre se sont effondrées quand le navigateur Magellan en a fait le tour en 1519-1522. La Révolution d'Octobre a vérifié la science marxiste de la société.

Si une proposition scientifique est vérifiée par la pratique, c'est la preuve qu'elle représente correctement la réalité, qu'elle: reflète avec exactitude les lois du développement de la nature ou de la société. Le critère de la vérité d’une proposition est donc l'accord de l'esprit avec le réel, et non pis l'accord des esprits entre eux, le consentement pus ou moins unanime, comme le veut par exemple un idéaliste du type d'Albert Bayet, (1 Albert BAYET : Histoire de la libre-pensée, P.U.F., Paris, 1959, p. 120. ) posant cette règle " qu’est le vrai , au sein d'un groupe humain, ce qui est vrai par ce groupe ". Avec cette théorie, on abouti, à une concurrence subjective de la vérité. Je renvoie à l’analyse remarquable de Georges Politzer, dans son article de l939 " Qu’est-ce que le

rationalisme ? ", réimprimé dans la revue La Pensée, d'avril 1955.

Au contraire, la science est amie de l'objectivité. Elle repose sur l'admission de la nature objective du monde matériel, c'est-à-dire sur la reconnaissance de ce fait que le monde existe en dehors de la conscience humaine, et elle établit ses conclusions, non sur la foi, sur la croyance sans preuves, mais sur la preuve de l'expérience, de la pratique.

On voit toute l'importance de cette notion de la pratique. Marx et Engels ont considéré que le défaut principal de tout le matérialisme antérieur était d'être contemplatif, et non actif : Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes façons, mais il s'agit de le transformer . (K.Marx, F.Engels : Etudes Philosophiques, Editions sociales, Paris, 1951, p.64)

Dans la mesure où la science transforme le monde- monde de la nature et le monde social, - elle fait la preuve de la vérité de ses conclusions, de sa valeur comme reflet de la réalité objective dans la conscience humaine. Engels a écrit que le meilleur critère de l'exactitude des théories scientifiques est représenté par l'expérience et l'industrie. Les masses les plus larges dans le monde entier retrouvent spontanément ce critère et découvre à sa lumière toute la vérité et la puissance de la science.

La religion, au rebours de la science, est une forme de conscience sociale qui reflète la réalité d'une façon inexacte, dénaturée, fantastique.

LA reliGion, même évoluée, admet cette idée insensée que les lois de la nature peuvent cesser de jouer. Elle admet le miracle, et l'épiscopat français déclare périodiquement " miraculeuses " des " guérisons " de malades présentés à Lourdes !

Quand la religion prétend emprunter le langage de la science, c'est toujours à tort. Par exemple, la science parle de causes et d'effets, et la religion tire de là un argument pseudo-rationnel elle présente Dieu comme la cause première de tout ce qui existe. Mais, ainsi que l'écrit Bertrand Russell, "si tout doit avoir une cause, Dieu aussi doit avoir une cause" (Why I AM Not a Christian). Et s'il peut exister quelque chose dont l'apparition n'est provoquée par aucune cause et qui existe par soi-même, éternellement et indépendamment de toute autre chose, on regardera en effet comme tel non pas Dieu, mais le monde lui-même. " Il n'y a aucune raison de supposer, écrit encore Russel, que le monde dans son ensemble a eu un commencement (déjà cité).

Les cléricaux emploient aussi un " argument " tiré des lois de la nature qui règnent dans l'univers. Du moment qu'il existe une loi de l'attraction universelle et d'autres lois gouvernant le mouvement des corps, la religion explique qu'elles résultent de la volonté de Dieu. Mais pourquoi, demande Russell, Dieu a-t-il dû décréter précisément ces lois naturelles, et non pas d'autres ?

" Si vous répondez qu’il fait cela simplement par sa volonté et sans aucune cause, vous mettez en évidence qu’il existe quelques chose qui n’est pas soumis à la loi et ainsi votre chaîne de la loi naturelle est rompue. Et si vous répondez, comme le font les théologiens orthodoxes, que dans les lois que Dieu a prescrites, il avait une cause pour les prescrites telles qu’elles sont, et non d’autres… en ce cas, Dieux lui-même est soumis à la loi…Vous en venez en fait à reconnaître une loi indépendante des arrangements divins et antérieure à eux" .( déjà cité, B.Russel , on le sait n'est pas marxiste et n'a pas de sympathie pour le communisme. Mais, comme adversaire de la religion, il a mérité la haine de tous les obscurantistes. En 1940, alors qu'il avait déjà une célébrité mondiale comme philosophe et qu'il était professeur à l'Université de Californie, une chaire lui a été refusée à New York College à la suite des attaques de l'évêque protestant Manning, parues dans toute la presse " Que dire des collèges et des universités qui confient le poste de professeur responsable de philosophie pour notre jeunesse... à un homme connu pour sa propagande et contre la religion et contre la morale ? " Il se trouva même un juge pour statuer que Russell n'était " pas qualifié pour enseigner dans aucune école de ce pays " ! Russel fut appelé à Harvard, mais ne put accéder à New-York Collége).

Ainsi, l' " argument " en faveur de l'existence de Dieu est vicié par la contradiction.

Science et religion sont inconciliables. Les idées qu'implique la religion, - Dieu et l'immortalité de l'âme, par exemple - ne peuvent pas recevoir l'appui de la science. ( Et elles ne peuvent pas recevoir davantage l'appui de la morale. Rien de plus faux que de dire que, si Dieu n'existe pas, le bien n'existe pas. Dès que nous distinguons des actes bons et des actes mauvais, la question se pose Est-ce par la volonté de Dieu que s'accomplissent le bien et le mal ? Si l'un et l'autre procèdent des dispositions divine, il est absurde, constate Russell, de dire que Dieu est bon. Et si on continue d'affirmer avec les théologiens que Dieu est bon, il faut que le bien et le mal aient une signification indépendante de la volonté divine; autrement dit, le bien et le mal préexistent à Dieu. On doit conclure ou qu'il existe un Dieu supérieur, qui commande à Dieu, ou, comme disent certaines sectes, que le monde a été créé par le Diable pendant que Dieu dormait. (Why I am Not a Christian, p. 18-19.)

La religion est apparue dès l'époque de la société sans classes. L'impuissance des hommes primitifs dans la lutte contre la nature a engendré les notions les plus absurdes sur le monde extérieur et sur les hommes eux-mêmes. Il ne pouvait en être autrement dans ces temps lointains où les forces productives se trouvaient au niveau le plus bas.

Les hommes avaient commencé par diviniser les forces menaçantes de la nature, qu'ils ne comprenaient pas. Avec la division de la société en classes, la religion s'est mise à refléter aussi la peur des hommes devant les forces, tout aussi incompréhensibles et menaçantes, qui régnaient dans la société, écrasaient la personne, en faisait l'objet de l'exploitation, le jouet du hasard, etc.

Dans la société de classe, la masse opprimée des travailleurs, quand elle n'a pas conscience de ses intérêts de classe, quand elle est humiliée, tenue sous le joug, ignorante, non encore instruite par l'expérience de la lutte politique, demande à la religion l'oubli et la consolation. La nature de classe de la religion a été définie d'un mot par Marx :

" La religion est l'opium du Peuple. ". Et Lénine a souligné que cette définition est " la pierre angulaire de toute la conception marxiste en matière de religion"..

Comme l'a écrit Engels, la religion exprime le rapport des hommes aux forces de l'ordre naturel et social qui règnent sur eux sans être comprises. Dans la société actuelles, les racines de la religion sont essentiellement sociale pourquoi Lénine a pu dire :

" L’impuissance des classes exploitées dans leur lutte contre les exploiteurs engendre la croyance à la vie meilleure d'outre-tombe aussi inévitablement l'impuissance du sauvage dans la lutte contre la nature engendre la croyance aux dieux, aux démons, aux miracles, etc. (Lénine : Œuvre (en russe), tome X, p 65)

Bien entendu, dans toute société fondée sur l'exploitation, les classes dirigeantes ont intérêt à soutenir, à répandre les légendes religieuses sur la justification des souffrances d'ici-bas, sur l'impossibilité de les éviter, sur la félicité céleste qui les compense. La religion freine la formation de la conscience de classe, elle entrave le développement et le progrès de la société.

La religion veut faire croire que le seul bonheur réel est étranger à la terre, que le but de la brève vie d'ici-bas est la préparation à la vie éternelle. Elle conseille à l'homme une soumission servile à son destin. Les évangiles, le coran et les autres livres sacrés promettent le bonheur éternel aux résignés et aux humbles : en tournant les regards des travailleurs vers le ciel, la religion détache leur attention des véritables responsables de leurs souffrances. Les partis cléricaux, comme le M.R.P. en France, sont le rempart de la réaction à l'intérieur et de la politique impérialiste à l'extérieur.

Le pape Léon XIII, dans sa fameuse encyclique Rerum novarum, précise que la société doit s'appuyer sur " l'inviolabilité de la propriété privée " comme " premier fondement ". Il enseigne que

" il y aura toujours entre les citoyens ces inégalités de conditions sans lesquelles une société ne peut ni exister ni se concevoir. "

La propriété est dite de droit naturel. Pie XII, au lendemain de la guerre, a répété que la propriété privée est intangible; il s'est attaché à " mettre en garde contre les programmes démagogiques qui risquaient de séduire, et contre les enthousiasmes réformateurs peu respectueux des droits d'autrui ". (J-Y. Calvez et J.Perrin : Eglise et société économique, Collection " Théologie ", Paris, Aubier, 1959, p. 127.)

Ainsi la religion, en consacrant pour l'éternité la propriété privée des moyens de production, contredit formellement et directement la science sociale, vérifiée par les résultats réels de l'histoire contemporaine.

Bien plus, l'Eglise interdit à ses fidèles de prendre connaissance de la science sociale, du marxisme. Il n'est pas besoin d'insister sur l'importance à cet égard du décret du Saint-Office en date du 1er juillet 1949 : la réponse à la question n° 2 déclare que tous les écrits marxistes-léninistes "sont interdits de plein droit". Il est défendu non seulement de diffuser, mais de lire les ouvrages et les périodiques qui exposent le socialisme scientifique. Et la question 3 ajoute que ceux qui répandent cette théorie encourent la peine la plus forte de l'Eglise, l'excommunication.

II faut ajouter que l'idée même d'une science sociale est nié par l'Eglise. Celle-ci n'admet pas que la société soit une forme de la matière qui se développe suivant des lois. En récusant, pour rendre compte des faits sociaux, toute explication qualifiée de " déterministe ", l'Eglise détruit la possibilité même d'une science de la société. (Ouvrage cité,P173 et 463).

Ainsi, sous quelque aspect qu'on envisage la question, science et religion apparaissent comme irréductiblement irréductiblement opposées.

LA LUTTE HISTORIQUE ENTRE LA SCIENCE ET LA RELIGION.

Engels relève qu'il existe trois formes de la lutte des classes : la forme économique, la forme politique et la forme idéologique. La lutte entre la science et la religion est l'un des aspects que revêt la lutte des classes sur le terrain idéologique.

La science ne s'est frayé la route, elle n'a découvert et défendu chacune de ses vérités que dans une lutte acharnée contre la religion. La religion a toujours contesté et conteste encore les idées fondamentales de la science : éternité et infinité de l'univers; évolution à partir des formes simples et inférieures de la matière jusqu'aux formes compliquées et supérieures par des voies purement naturelles; bases exclusivement matérielles de l'activité psychique, etc. De même, elle a toujours justifié et justifie l'inégalité sociale; elle est intervenue et intervient contre la théorie scientifique de la lutte de classes, contre la théorie scientifique de l'Etat, instrument de la domination d'une classe.

Dès la plus lointaine antiquité, la lutte entre la religion et la science est commencée. Le matérialisme sert d'arme spirituelle aux couches de la société qui luttent contre l’aristocratie, intéressée à renforcer les positions de la religion. Des éléments d'athéisme apparaissent déjà dans la théorie des philosophes de la Grèce antique comme Thalès, Anaximène, Anaximandre. Les dieux, d'après Anaximandre, ne prennent aucune part ni à la formation ni au développement ni à la disparition des mondes innombrables de l'univers unique et infini. Anaximène soutient que les dieux eux-mêmes sont formés du premier principe matériel, qui est l'air. Toutes les transformations cosmiques s'expliquent non par l'intervention des dieux, mais par le mouvement éternel de la matière. L'un des plus éminents parmi les matérialistes et les dialecticiens de la Grèce antique est Héraclite (530-470 avant notre ère) affirmant que " le monde... n'a été créé par aucun des Dieux et par aucun des hommes ". Le matérialiste Anaxagore (500-428 avant notre ère) fut banni d'Athènes sous l'accusation d'athéisme.

Le coup le plus puissant contre la religion dans la Grèce antique a été porté par le philosophe atomiste Démocrite (460-370 avant notre ère), l'élève de Leucippe (500-440 avant notre ère). Il a démontré que le monde s'est formé naturellement, que rien ne naît du néant et +1uc rien ne retourne au néant, que toute chose naît de quelque chose et passe elle-même à d'autres formes, que le monde entier est fait des atomes et de l'espace vide, le reste ne reposant que sur les " opinions " des hommes.

On ne saurait attacher trop de valeur à cette conjecture de Démocrite que le mouvement est inséparable de la matière. Le mouvement des atomes, d'après lui, est éternel. La nature s'explique par elle-même. Démocrite lutte contre les opinions téléologiques : son matérialisme est caractérisé par le déterminisme, la reconnaissance de la objective, de la nécessité, de la loi naturelle, quoique chez lui, le concept de causalité reste simpliste et garde un caractère fataliste.

Démocrite, pour rendre compte de l'origine de la religion, alléguait la peur des primitifs devant les forces menaçantes de la nature.

On ne peut qu'admirer la pénétration des grands esprits qui ont conjecturé il y a vingt-cinq siècles, à leur façon, avec leurs limites et leurs erreurs, sans aucun équipement technique, la théorie atomique, base de la science moderne.

De son côté, le philosophe de l'aristocratie esclavagiste, Platon (427-347 avant notre ère), s'efforçait de fonder en théorie la religion, de la justifier par la philosophie.

Ennemi décidé du matérialisme, il a écrit que la théorie de Démocrite était la principale cause du fait que les jeunes gens méprisent la religion et nient l'existence des dieux auxquels la loi prescrit de croire, ce pour quoi surgissent les révolutions.

Platon ne se contentait pas d'une lutte théorique contre l'enseignement de Démocrite; il demandait la persécution sévère de tous ceux qui refusaient de croire aux dieux. Il faut, disait-il, mettre à mort les uns, fouiller les autres et les jeter en prison, priver les troisièmes des droits civils, punir les quatrièmes par la misère et par le bannissement.

L'un des principaux athées de la Grèce antique fut Epicure (341-270 avant notre ère). L'école qu'il fonda à Athènes, le " Jardin ", représente le centre du matérialisme de la Grèce antique. Son but était d'assurer aux hommes la vie heureuse et sereine par la connaissance des lois de la nature. Il niait toute influence des dieux sur le sort du monde et des hommes. Les dieux, d'après lui, vivent dans les espaces qui séparent les mondes ou " intermondes ", et n'entretiennent aucun rapport avec nous.

Une puissante contribution à la lutte anti-religieuse a été apportée par le philosophe et poète romain Lucrèce (99-55 avant notre ère) : son œuvre De la Nature des choses est l'exposé le plus complet et le plus systématique qui nous reste de l'atomisme et du matérialisme antiques.

I1 a démontré, le changement perpétuel et général des choses et affirmé qu’il se produit constamment une formation n et une disparition des mondes, que la nature
est en éternel renouvellement. Du mouvement infini des atomes résultent des combinaisons innombrables, qui rendent compte de tous les phénomènes. L'univers est sans limites.

Tout est matériel, l'âme et l'esprit naissent avec le corps et meurent avec lui. L'affranchissement de la peur des dieux représente l'idée centrale du poème de Lucrèce ((Voir notre édition du poème de la Nature des choses dans la collection " Les Classiques du Peuple ", Editions sociales, Paris, 1954)

De même que les représentants de Eglise chrétienne diffame depuis deux mille ans Epicure en le représentent comme un fauteur de dépravation, il n'est pas de calomnie qu'ils aient épargnée à Lucrèce.

Dans la lutte contre la religion au sein de la société esclavagiste ont succombé beaucoup de représentants de la science avancée. Cependant les persécutions n'ont pas pu empêcher le développement de la science. Et plus s’élargissait le domaine de la connaissance., moins il de place pour la croyance à la divinité.

En 391 de notre ère, les moines chrétiens ont brûlé d'Alexandrie, où étaient conservés 700.000 ouvrages des écrivains et des savants de l'Antiquité. Le pape Grégoire II (590-604), farouche ennemi de la culture et de la science, a anéanti un grand nombre d’oeuvres précieuses, à commencer par celles des philosophes matérialistes. Clément d'Alexandrie (150-211) avait posé le principe que l'accord avec la foi. est la marque de la vraie science.

Eusébe (270-339) a écrit " Ce n’est pas par ignorance que nous faisons peu de cas des sciences, par par mépris de leur œuvres tout à fait inutile et en tournant notre âme vers des choses meilleures. "

Grégoire de Nysse (331-394) affirme :" La vérité ne réside qu'en ce qui porte le sceau du témoignage de l'Ecriture. "

Basile (330-379) pense qu'une vie fondée sur l'humilité chrétienne et la crainte de Dieu se pose de plus hauts problèmes que de savoir si la terre est un globe ou un disque.

Et le plus célèbre des Pères de l'Eglise, Augustin (354430) préconise l'humilité, qui doit guérir les hommes du goût du savoir inutile.

Le régime esclavagiste a été remplacé par le régime féodal. La lutte entre le matérialisme et l'idéalisme, entre la science et la religion s'est intensifiée. Au moyen âge, la science était entièrement sons le contrôle de l'Eglise. Comme Engels l'écrit dans La Guerre des paysans en Allemagne,

" les dogmes de l'Eglise devinrent simultanément les axiomes politiques et les textes bibliques reçurent force de loi devant toute juridiction... Cette domination souveraine de la théologie dans tous les domaines de l'activité intellectuelle était en même temps la conséquence nécessaire (le la position que l'Eglise occupait comme étant la synthèse la plus générale et la plus générale sanction du régime féodal . " (F.Engels : La révolution démocratique française, Editions sociales, Paris, 1952, p.38

L'Eglise disposait d'un tiers de toutes les terres. Et elle avait aussi le monopole de la vie culturelle. Ainsi s'explique que les insurrections contre l'ordre féodal aient pris en même temps la forme d'hérésies contre Eglise. La philosophie était appelée " servante de la théologie ". Lc moindre doute à l'égard des dogmes religieux était sévèrement châtié.

Déjà l'un des premiers " Pères de l'Eglise ", Tertullien ( 150-2'?2) avait dit : " Je crois parce que c'est absurde. " . L’humiliation de la connaissance et de la raison, la haine de la philosophie " païenne " et l'exaltation de la foi aveugle étaient à l'ordre du jour.

L'obscurantisme des papes était érigé en principe. L'un des légats de la papauté déclara que les vicaires et disciples de saint Pierre n'avaient pas à s'inspirer du " bétail philosophique ". Toute la philosophie était réduite à la scolastique, c'est-à-dire à un art purement formel de la controverse, l'argumentation étant fondée sur les " autorités " et les citations tirées de l'Ecriture sainte, des Pères de l'Eglise et de quelques philosophes antiques, surtout Aristote, mal compris et falsifiés. Les hommes comme Pierre Abélard (1079-1142) qui voulaient " comprendre pour croire " et manifestaient des tendances rationalistes furent tous persécutés. Le couronnement du système scolastique fut l'enseignement de Thomas d'Aquin ( 1225-1274) ; on expliquait tous les phénomènes par des " qualités occultes " recélées par la nature, à la façon de ce personnage de Molière suivant lequel l'opium fait dormir parce qu'il a une vertu dormitive. Il est clair que rien ne pouvait gêner davantage le progrès de la science.

Les " scientifiques " de ce temps traitaient de sujets comme ceux-ci :"Quel âge avait Adam lors de sa création par Dieu ? " ou " En qui reparaîtra, au jour de la résurrection des morts , la côte d'Adam, en lui-même ou dans le corps d'Eve (créée, d'après la Bible, avec une côte d’Adam " " et encore " Les anges dorment-ils ? ", " Le Dieu tout-puissant peut-il créer une pierre qu'il ne puisse soulever ? , etc.

La scolastique, philosophie officielle de la classe régnante à l'époque féodale, méprisait la connaissance expérimentale et témoignait à toute nouveauté une intolérance fanatique (On pourrait nous objecter que, dans les couvents du moyen âge, la science fut parfois cultivé avec zèle. Mais dans toute formation sociale, c’est élément caractéristique qui compte et l’élément caractéristique est ici l’attitude de principe que l’Eglise adoptait par rapport à la science).

Même pour l'étude de la nature, la Bible était l'autorité suprême. L'Eglise catholique créa ses tribunaux et ses organes policiers spéciaux : l'Inquisition, qui devait servir jusqu'au XIXe siècle d'arme terrible aux mains de la réaction pour la lutte contre la science et contre les mouvements sociaux progressifs. Il suffit de rappeler que pour le pays le plus touché, l'Espagne, le nombre des victimes de l'Inquisition a dépassé 345.000 personnes, dont 40.000 furent brûlées vives. Des populations entières ont été anéanties par la répression, comme les Albigeois et les Cathares.

Mais même dans ces dures conditions, les idées avancées se frayèrent leur chemin. Surtout à partir du XV9 et du XVI'e siècles, où l'Eglise catholique, en même temps que tout le système féodal, subit une défaite sérieuse : dans une série de pays d'Europe se produisit la Réforme, événement qui dépassait de beaucoup le cadre de la lutte purement religieuse. La Réforme était en rapports avec le développement économique et l'éveil politique de la classe sociale ascendante, la bourgeoisie, dont les intérêts exigeaient, en même temps que le freinage des prétentions de Eglise catholique et de sa toute-puissance, l'avancement des sciences de la nature.

La science porta à la religion des coups redoutables. La Bible enseigne que la terre immobile est au centre de l'univers et qu'autour d'elle se meuvent tous les luminaires célestes: le soleil créé pour chauffer et éclairer les hommes de jour, la lune pour les éclairer de nuit, et les étoiles pour leur permettre de mesurer le temps.


Or, en 1543 paraissait le livre du savant polonais Nicolas Copernic : Les Révolutions des sphères célestes, dans lequel il justifiait scientifiquement la théorie du mouvement de la terre autour du soleil. Un coup mortel était porté à la légende biblique de l'immobilité de la terre et de sa position centrale dans l'univers. Il résultait de la thèse copernicienne que le monde n'avait pas été créé par Dieu en vue de l'homme. Cette thèse fut, comme Engels le dit dans la Dialectique de la nature, " l'acte révolutionnaire par lequel la science de la nature proclama son indépendance" (Voir Engels : Dialectique de la nature, p.31). Copernic eut des successeurs : Giordano Bruno (1548-1600) et Galilée (15641612). La persécution de la science se déchaîna plus que jamais.

L'enseignement matérialiste de Giordano Bruno parut intolérable à l'Eglise catholique. Sa philosophie ne laissait plus de place à un monde de l'au-delà, puisqu'il considérait l'univers comme infini dans l'espace et le temps. Le Vatican trouvait cette vérité extrêmement désagréable. C'est pourquoi l'ancien moine Giordano Bruno fil[ persécuté. Attiré à Rome par un mouchard, il y passa sept ans en prison et fut soumis aux tortures les plus atroces. Il monta sur le bûcher en 1600, après avoir été invité à abjurer. Encore aujourd'hui, les procès-verbaux des interrogatoires de Giordano Bruno sont gardés strictement secrets par le Vatican. Un sort analogue échut à un autre représentant de la nouvelle philosophie et de la science libre, Thomas Campanella (1568-1639), qui passa vingt-sept ans au cachot et fut à sept reprises cruellement torturé.

En 1619, Vanini, la langue arrachée par le bourreau, était brûlé à Toulouse, pour sa philosophie qui substituait l'idée de nature à celle de Dieu. Vers le même temps, un autre athée, Jacques Fontanier, montait sur le bûcher à Paris.

Le fondateur de l'anatomie scientifique, André Vésale (I514-1564), fut condamné à mort par l'Inquisition. et on obtint à grand peine que la sentence fût commuée en un pèlerinage à Jérusalem. Le pape Boniface VIII (mort en 1303) avait interdit la dissection, parce qu'elle compromet la résurrection des corps.

Quant à Galilée, on connaît la longue et honteuse persécution qu'il subit pour avoir été le " Christophe Colomb du ciel ". Traduit en 1633 devant un tribunal ecclésiastique, il fut obligé à signer le formulaire suivant :

" Moi, Galilée, à la soixante-dixième année de mon âge, constitué personnellement en justice

et ayant devant les yeux les saints évangiles que je touche de mes propres mains, d'un cœur et d'une foi sincères, j'abjure, je maudis et je déteste l'erreur, l'hérésie du mouvement de la Terre. "

Il fallait s'en tenir à saint Augustin, qui avait nié l'existence des antipodes :

Ce grand personnage, dont le génie était éclairé du Saint-Esprit, assure que de son temps la terre était plate comme un four, et qu'elle nageait sur l'eau comme la moitié d'une orange coupée ( CYRANO DE BERGERAC : ouvrage cité, p. 50. Pour saint Augustin, " il est impossible qu'il y ait des antipodes, car le jour du jugement, les hommes qui seraient de l'autre côté de la terre ne pourraient voir le Seigneur descendre dans les airs... " (Cité de Dieu, XVI, IX.)

Ce n'est pas l'habileté qui manque aujourd'hui aux apologistes chrétiens pour excuser ces forfaits. On peut citer comme modèle du genre l'article du jésuite Antonio Romana, intitulé : " Le monde, son origine et sa structure au regard de la science et de la foi." (Dans le recueil : Gott, Mensch, Universum. Die Antwort des Christen auf den Atheismus der Gegenwart, Graz,1956). Un chapitre spécial est consacré à "dénoncer la légende de l'obscurantisme de l'Eglise ". Tout en faisant le silence sur des sujets désagréables comme le supplice de Giordano Bruno et de Vanini, comme les tourments infligés par l'Eglise à Campanella et à beaucoup d'autres esprits avancés, Romana s'efforce de livrer bataille à l'histoire à propos de la persécution de Galilée.

Il peut pas contester qu'au fond, ce savant avait raison, que la terre tourne autour du soleil et non le contraire. Mais notre jésuite n'est pas en peine pour justifier l'Inquisition et faire retomber la responsabilité sur Galilée. Le malheureux, nous dit-on, " n'a pas su démontrer la vérité de la théorie copernicienne " et, d'autre part, il s'est conduit sans circonspection : au lieu de se défendre sur le terrain des seuls faits, Galilée a eu l'audace d'interpréter ces faits. " S'il avait été sage... et s'il avait changé de mode de conduite, il n'aurait pas rencontré une telle résistance et sa gloire eût été inaltérable. "

C'est ainsi que l'héritier des inquisiteurs fait la leçon à Galilée. En vérité, une aussi grossière inconvenance envers la mémoire du grand savant ne vaut guère mieux que les avanies auxquelles les cléricaux l'ont soumis pendant sa vie ( Huit jours après la conférence de G. Cogniot, le 21 octobre 1959, un hebdomadaire parisien fort zélé pour la religion, Carrefour, a repris l'argumentation des jésuites sur le cas dans un article intitulé " Les astronomes sont-ils maudits ?. D’après cette feuille obscurantiste, " beaucoup d’encre a coulé depuis trois siècle sur ce fait divers (sic) : l’Eglise avait, ce jour-là, martyrisé la science. L’image d’Epinal est belle, seulement elle est fausse. Si on l’abandonne, si on regarde ce qui réellement se passa, le grand Galilée, à qui la science doit tant, n’avait pas tout à fait raison ". Et de rappeler que Galilée s’est trompé dans ces raisonnements sur les marées et la déclinaison de l’aiguille aimantée ! " Par intuition, il avait toutefois eu raison ". Bref, Galilée est bien coupable de n’avoir pas su convaincre ses bourreaux : tout ce qui est arrivé est de sa faute et non de la leur. L’inquisition est blanche comme neige. C.Q.F.D. (note de l’éditeur).

L'opinion officieuse de l'Eglise catholique sur la persécution de la science par l'Inquisition a été récemment exprimée dans la brochure qui servait de guide aux visiteurs du pavillon du Vatican à l'Exposition universelle de Bruxelles. L'auteur s'étend longuement sur le fait que Copernic n'a pas été persécuté par Eglise et prétend que dans la théorie héliocentrique en elle-même, il n'y avait rien qui contredît l'enseignement chrétien, etc.

Quant au fait que Copernic n'a pas été poursuivi par l'Inquisition, on n'en contestera pas ici l'exactitude; cependant, il n'aurait pas été inutile de rappeler aux visiteurs pourquoi il en fut ainsi : le livre de génie où le savant polonais informait le monde de sa découverte, n'a été diffusé... qu'après sa mort, c'est-à-dire à une date où l'Eglise, si puissante qu'elle fût, eût été bien embarrassée pour le persécuter ! En outre, le protestant Osiander qui avait fait la préface du livre, avait pris grand soin de présenter la théorie nouvelle comme une simple hypothèse mathématique, et non comme un système du monde.

L'autre question, à savoir si la théorie héliocentrique est contraire à la doctrine chrétienne, n'admet qu'une réponse : l'une et l'autre sont inconciliables; et en effet, le livre de Copernic a été mis à l'Index, comme plus tard ceux de Képler et de Galilée. C'est seulement le 11 septembre 1822 que le Saint-Office a levé l'interdiction d'enseigner le système de Copernic ! Victor Hugo a dit avec raison de l'Eglise :

" Son histoire est écrite dans l'histoire du progrès humain, mais elle est écrite au verso. De par Josué elle a condamné Galilée; de par saint Paul elle a emprisonné Christophe Colomb : découvrir la loi du ciel, c'était une impiété; trouver un monde, c'était une hérésie. (V.Hugo : Discours sur la liberté de l’enseignement ,15 janvier 1850).

On sait que l'Eglise catholique n'a pas été seule à persécuter les hommes de science. Ils ont eu beaucoup à souffrir de l'Eglise orthodoxe, celle de Byzance comme celle de Russie. Le protestantisme, lui aussi, a infligé des pertes cruelles à la science. Le martyre de Michel Servet, brûlé à feu lent par Calvin en 1553, n'est que la manifestation la plus éclatante d'une tendance constante. Il faut noter que le supplice de Servet a été approuvé par les autres dirigeants du protestantisme en ce temps : c'est ainsi qu'un théoricien du luthéranisme comme Mélanchon a accueilli avec enthousiasme la nouvelle de ce crime.

Martin Luther ne voulait pas plus admettre le système de Galilée que l'Eglise romaine :

" Le fou veut mettre sens dessus dessous tout l'art de l'astronomie. Mais, comme le montre l'Ecriture Sainte, Josué a ordonné de s'arrêter au soleil, et non pas à la terre. ".

Aujourd'hui, les représentants des différentes confessions chrétiennes se renvoient malicieusement la balle : c'est toujours le voisin qui est le persécuteur de la science ! Le jésuite Romana rapporte avec perfidie le cas de Niels Celsius, le grand astronome suédois, qui fut condamné en 1679 par la Faculté de théologie protestante d'Upsal parce qu'il défendait la théorie de Copernic.

En 1903, l'Eglise calviniste de Genève a élevé un monument à Michel Servet, brûlé trois cent cinquante ans plus tôt. Le publiciste catholique Rouquette s'est indigné que le protestantisme crût ainsi se blanchir et il a déclaré, non sans raison, que le sang de Michel Servet tache la mémoire de Calvin et de la Réforme. Ce reproche a irrité le théologien protestant Sarton. Il rappelle qu'au su de tout le monde, les victimes de l' " Inquisition " protestante sont fort rares, tandis que celles de l'Inquisition catholique sont extrêmement nombreuses. A telles enseignes que, si l'on élevait un monument à chacune de ces victimes, on n'en verrait jamais la fin. (Voir G.Sarton : " Deux Centenaires : Servet et Chateillon ", Cahiers d’Histoire mondiale, vol II, N°1, 1954, p.169).

Sarton a raison. Mais Rouquette, lui aussi, est dans le vrai. Il est exact que les Eglises protestantes n'ont pas égalé 1'Eglise catholique dans la persécution des hommes de science, mais en principe toutes se valent : toutes ont fait ce qui dépendait d'elles pour refuser à la science la liberté de se développer.

Cependant, les découvertes scientifiques se succédaient sans arrêt; elles renversaient l'une après l'autre les vieilles idées religieuses.

Dans chaque pays où la bourgeoisie entra en lutte contre le féodalisme, - citons la Guerre des paysans dans l'Allemagne du XVIe siècle, la révolution anglaise du XVIIe siècle, la révolution française du XVIIIe siècle, - elle jeta aussi le gant à l'Eglise catholique, qui était l'une des principales forces économiques et politiques du système féodal et son centre idéologique.

On connaît la violence particulière de la bataille livrée par les matérialistes français du XVIIIe siècle, surtout La Mettrie, Diderot, Helvétius, d'Holbach : une bataille énergique, dit Lénine, "contre toute la camelote du moyen âge, contre le féodalisme dans les institutions et dans les idées ", contre la superstition et la bigoterie. Selon Diderot, les philosophes sont les amis de la raison et de la science, les prêtres sont les ennemis de la raison et les protecteurs de l'ignorance. Helvétius considérait l'éducation religieuse comme contre-nature. Pour d'Holbach, la tyrannie et la religion étaient les deux monstres contre lesquels la prospérité d'aucun Etat ne pouvait tenir.

Diderot fut jeté à la Bastille. Beaucoup d'ouvrages ne pouvaient être publiés qu'à l'étranger. Le grand Buffon, qui donnait un exposé scientifique de la formation de la terre, fut obligé par la Faculté de théologie de Paris de désavouer quatorze thèses, qui contredisaient l'histoire biblique de la création, et ce désaveu fut publié en tête du cinquième volume de son Histoire naturelle.

Cependant, les matérialistes français n'ont pas découvert, et, étant donné les conditions de leur temps, ils ne pouvaient pas découvrir, les racines de classe de la religion. Ils considéraient que la religion était simplement la conséquence de l'ignorance populaire, de l'imposture des aristocrates et des prêtres, des ténèbres de l'esprit. Il en résultait que la propagande des lumières, l'instruction du peuple devaient suffire à détruire le préjugé religieux.

Ce n'était pas là une vue scientifique. Le marxisme-léninisme enseigne que dans les conditions du capitalisme, la religion ne peut pas être définitivement vaincue. Dans la société actuelle, la religion est engendrée par le régime lui-même, par l'exploitation et par l'oppression.

Ses racines sont essentiellement sociales, et non pas mentales. C'est parce que l'homme est écrasé sur terre qu'il cherche refuge au ciel. Il faut vaincre la bourgeoisie pour pouvoir vaincre la religion ensuite, dans les conditions de la société nouvelle bâtie sur les ruines du capitalisme.

L'erreur idéaliste des matérialistes français du XVIII° siècle ne peut faire oublier, faut-il le dire, leur noble enthousiasme pour l'avancement des sciences et la critique impitoyable qu'ils ont faite de la religion.

Après sa victoire sur le féodalisme, la bourgeoisie renonça à ses anciennes préférences pour la libre-pensée et, comme le fait toute classe exploiteuse au pouvoir, elle s'empressa de conclure alliance avec l’Eglise qu'elle venait de persécuter pendant la Révolution. L'Eglise est ainsi devenue la servante de la bourgeoisie.

Elle n'y perdit rien de son fanatisme. Bien que la petite vérole fît des centaines de milliers de victimes, Rome se prononça contre la vaccination. En 1829, le pape Léon XII déclarait :" Quiconque procède à cette vaccination cesse d'être fils de Dieu... La petite vérole est un jugement de Dieu... La vaccination est un défi à l'adresse du Ciel . ". (De même quand Benjamin Franklin inventa le paratonnerre, les cléricaux d’Amérique et d’Angleterre déclarèrent que c’était une violation de la volonté divine).

Le progrès des sciences n'en a pas moins continué. Au milieu du XIXe siècle, Darwin (1809-1832) a découvert la loi de l'évolution de la nature organique.

Darwin, dit Lénine, a mis fin à la conception des espèces animales et végétales comme n'étant liées par rien, dues au hasard, " créées par Dieu " et invariables, et le premier il a placé la biologie sur un terrain complètement scientifique, en établissant la variabilité des espèces et leur continuité . (Lénine : Œuvres , Editions Sociales, Paris, 1958, tome 1er ,p.156).

Ce grand savant a montré que l'homme lui-même n'est pas apparu sur la terre par une voie miraculeuse, par la volonté de Dieu, mais s'est formé d'une façon naturelle, à partir d'une espèce animale.

" Sa découverte centrale, écrivait Marcel Cachin, est celle de la sélection naturelle qui agit en accumulant des variations légères, successives, favorables à la lutte des individus pour l'existence. Tout être qui varie, si peu que ce soit, pour être mieux adapté à la vie, possède une plus grande chance de survivre. Une partie de cette variation est transmise aux générations ultérieures. Ainsi s'expliquent les successions des espèces animales et végétales, non par des créations indépendantes, comme dans les livres saints, mais par l'hérédité avec modifications graduelles. L'évolution des espèces et l'apparition de l'homme s'expliquent donc sans recourir à aucune mystique " .(Marcel Cachin ouvrage cité, p,28-29. Ce n’est pas le lieu d’insister sur certaines erreurs de Darwin en rapport avec les emprunts qu’il à fait à Malthus.).

la théorie de Darwin, qui ruinait les idées métaphysiques sur la création des végétaux, des animaux et de l’homme, sur l’immuabilité des organismes et leur finalité providentielle, leur adaptation initiale, a provoqué les attaques furieuses des Eglises et de la réaction. En 1860, le naturaliste Thomas Huxley, partisan de Darwin, fut pris à partie par l’évêque d’Oxford dans une conférence scientifique. L’évêque lui demanda d’un ton provocant s’il croyait lui-même descendre d'un singe. La question montrait seulement l'ignorance du prélat, car l'homme ne procède pas d'un singe, mais le singe et l'homme ont tous deux des ancêtres communs. Huxley répondit :

" Si j'avais à choisir un ancêtre de telle façon qu'il fallût donner la préférence soit à un singe, soit à quelqu'un qui, après avoir eu une éducation scolastique, se sert de sa logique pour égarer le public, et qui traite non avec des raisons, mais avec des plaisanteries les faits et les considérations produits à l'appui d'une question difficile et sérieuse, je n'hésiterais pas un instant à dire que j'aime mieux le singe. "

Aux Etats-Unis, dans un grand nombre d'Etats, les réactionnaires ont fait passer une loi qui bannissait le darwinisme des écoles secondaires et des universités. Aujourd'hui encore, l'Etat de Tennessee maintient en vigueur la loi Butler; en vertu de laquelle on a condamné pour blasphème, en 1925, un enseignant du nom de Scopes ce fut le fameux " procès du singe ". En 1951, on a présenté à l'Assemblée législative de cet Etat la proposition d'abroger la loi, mais cette proposition a été repoussée. L'auteur d'un livre paru récemment aux Etats-Unis sur cette question tranquillise le public en l'assurant que la loi Butler n'a plus beaucoup d'influence pratique sur l’enseignement des écoles et que les enseignants " font volontiers passer le darwinisme en contrebande ". La science comme objet de contrebande, n'est-ce pas là une illustration assez bonne de ce que signifie la coexistence pacifique de la science et de la religion ?

Dans la Russie de 1863, quand parurent les recherches de Setchénov sur les réflexes, le métropolite de Saint-Pétersbourg adressa au gouvernement la prière instante d'expédier " Monsieur le Professeur Setchénov, aux fins de mortification et d'humilité ", dans la prison ecclésiastique d'un monastère. Et en 1903, on interdit le livre de Metchnikov : Quarante années de recherche d'une philosophie rationnelle., parce qu'il contenait une critique de la mystique et de l'obscurantisme.

Il ne faut d'ailleurs pas croire que la situation dans la France ou l'Allemagne capitalistes fût tellement différente de celle où se trouvait la Russie à la même époque.

L'Eglise catholique ne voyait pas la diffusion des lumières et de la science d'un œil beaucoup plus favorable que l'Eglise orthodoxe.

Mgr Forcade, dans son mandement de 1879, ironisait sur la théorie de l'évolution : il parlait de la " généalogie simiesque ". Le clergé catholique d'Allemane opposait son veto à la théorie de Darwin ainsi qu'aux idées de son disciple Haeckel et cri 1877, la Nouvelle Gazette ecclésiastique demandait l'interdiction de cette théorie dans les écoles : faisant un rapprochement significatif entre l'ordre de la connaissance et l'ordre de la pratique politique et sociale, elle disait qu'il faut protéger 1'" acquis de la vérité ", c'est-à-dire le dogme, " contre la passion illimitée de la science ", " de même " que la propriété doit être maintenue contre la convoitise illimitée du socialisme et la discipline contre la liberté illimitée "!

Aussi bien le Concile du Vatican, en 1870, avait-il proclamé que les propositions de la science qui sont en contradiction avec les enseignements de l'Eglise, surtout quand elles ont été condamnées par celle-ci, ne peuvent pas être admises par les chrétiens comme des thèses scientifiques justifiées, mais doivent être regardées comme dus erreurs qui n'ont qu'une menteuse apparence de vérité.

Lorsque Jules Simon proposa, le 15 décembre 1871, d'introduire l'obligation scolaire en France, les parents choisissant entre l'école publique et l'école libre à leur gré, l'Eglise protesta vivement au nom du droit à 1'ignorance.

Le projet, écrivit le cardinal de Bonnechose, s'il venait à être réalisé, serait à nos yeux un malheur public.

Lorsque Jules Ferry présenta, le 20 janvier 1880, son projet sur la gratuité de l'enseignement primaire, condition préalable de l'obligation, Mgr Freppel se déchaîna à son tour. Le clergé s'avérait essentiellement hostile à la diffusion des connaissances.

Vingt ans plus tard, au temps de l'affaire Dreyfus, le père Didon, parlant à la distribution des prix du collège d'Arcueil, s'écriait :" L'ennemi, c'est l'intellectualisme. " Et le publiciste catholique Ernest Raymond écrivait dans le journal Le Péril protestant :

" En cendres ! En cendres, l'Université ! Qu'il ne reste plus une pierre debout de ces palais où l'on distille depuis cent ans le poison qui porte la mort dans tout le corps social. "

Il n'est pas inutile de relire ces textes d'hier.

LE FIDÉISME CONTEMPORAIN ET LA SCIENCE

En apparence, les choses ont changé dans le monde d'aujourd'hui.

S'il fut un temps où les défenseurs de la religion rejetaient purement et simplement les vérités scientifiques pour la seule raison qu'elles contredisent le dogme, la production capitaliste considérée en général, et surtout la production capitaliste actuelle, peuvent se dispenser de recourir aux conquêtes de la science, qui fécondent la technique et permettent de perfectionner les opérations de la production. Dès lors, les ministres de la religion sont bien obligés de faire preuve de patience à l'égard de la science, bien qu'elle réfute leurs doctrines.

Cette patience forcée a d'autres causes encore. Depuis le moyen âge, l'humanité a réalisé une grande avance sur la voie du progrès matériel, social et spirituel. Les thèses scientifiques pour lesquelles les plus éminents et les plus nobles des hommes ont succombé dans les tourments, ne sont plus mises en doute par personne. L'esprit clérical le plus forcené ne saurait affirmer de notre temps que, par exemple, Galilée s'est trompé et que les positions justes étaient celles de ses persécuteurs. Même en ce qui concerne la théorie de Darwin, naguère condamnée catégoriquement par les confessions religieuses les plus diverses, on peut de plus en plus fréquemment recueillir les concessions hésitantes et craintives, mais tout de même claires, des théologiens : la religion ne s'opposerait plus à la théorie de l'évolution...

La vérité se fraye la voie irrésistiblement. Les succès éclatants des sciences de la nature découvrent devant l'humanité la puissance de la science, dans le double domaine de la connaissance et de la pratique, avec une telle force de conviction que le plus éloquent ou le plus astucieux des propagandistes de la religion perd l'espoir de persuader les gens de la fausseté de la science et de l'inconsistance de ses résultats. En un temps où les atomes et les électrons travaillent pour l'homme dans les centrales atomiques, quelqu'un pourrait-il contester l'exactitude de la théorie atomique contre laquelle les cardinaux d'autrefois ont écrit des volumes de réfutation ?

Plus la science de la nature se développe, plus ses branches diverses se lient entre elles, plus les contacts deviennent solides entre la physique, la chimie, la biologie, la géologie et l'astronomie, plus aussi il devient clair que les sciences prises dans leur ensemble donnent le grandiose tableau d'une nature infinie dans l'espace et éternelle dans le temps. Il ne reste plus de place pour l'au-delà.

Nous n'insisterons pas sur l'image du monde que donne la Bible : quel esprit éclairé prendrait au sérieux de nos jours les mythes anciens sur la création du monde en six jours, sur le repos de Dieu au septième jour, sur le façonnement du premier homme avec du limon, sur la création de la première femme avec l'une des côtes d'Adam, sur le péché originel et l'audace inouïe avec laquelle nos premiers parents ont mangé le fruit défendu ? C'est pourtant sur cette légende du péché originel que repose toute la conception judéo-chrétienne de l'histoire !

L'Eglise réserve les contes sur la Création aux enfants du catéchisme et aux simples gens qu'elle croit disposés à les croire. Mais elle a des pères jésuites qui, pour les savants, donnent d'habiles interprétations et " concilient " brillamment la Genèse et l'évolutionnisme. Cet enseignement en partie double est un des aspects les plus repoussants de la propagande de l'Eglise : elle a autant de versions du dogme qu'elle a de publics. (L’Eglise enseigne aux enfants les six jours de la Création (voir le Catéchisme à l’usage des diocèses de France, p.30) et prétend pour les adultes avertis qu’il faut comprendre six périodes. Cependant, cette interprétation ne peut pas résister à la moindre critique, puisque le texte de la Bible déclare après la description de chaque journée de la Création : " Et il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le premier jour, etc. " Il y eut donc un matin : il est donc clair qu’il s’agit non pas d’époques de la nature, mais de journées au sens littéral du mot. Cela n’empêche pas certains savants comme le professeur anglais Milne de mettre en épigraphe de leurs livres la phrase de la Genèse : " Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre " et d’essayser de prouver que " Dieu " a crée l’univers il y a deux milliards d’années ". sur ces falsifications et sur les rectification qui s’imposent, on consultera avec le plus grand fruit l’ouvrage fondamental de Paul Laberrenne : L’Originedes mondes, Paris, Editions sociales, 1953. "

Cependant, même les enfants du catéchisme, s'ils sont avertis des atrocités d'Algérie, se demandent pourquoi les pécheurs sont punis en enfer par le feu plutôt que par l'électricité, le moyen de torture moderne. Jusqu'à la théorie du supplice qui est démodée dans l'enseignement de l'Eglise !

Dans l'ensemble comme dans les détails, le dogme judéo-chrétien apparaît absolument insoutenable en présence de la pratique humaine actuelle, de la science. Cette aggravation du conflit entre la science et la religion, les idéologues réactionnaires sont souvent obligés aujourd'hui de l'admettre, sans pouvoir cacher leur consternation devant une situation si pénible pour la foi.

Le théologien protestant d'Amérique, C.F. Henry, écrit dans son article :" Science and Religion ", publié en 1957 dans le recueil Contemporary Evangelical Thought (La Pensée Protestante Contemporaine ):

La rupture entre la science et la religion est l'une des particularités caractéristiques de notre civilisation. Même les observateurs d'occasion sont forcés de découvrir cette tare dangereuse de notre univers mental.

Il ne cache pas non plus que la lutte entre la religion et la science se déroule non pas avec " un succès changeant ", mais avec un net avantage de la seconde :

" Sans aucun doute, dit cet auteur, c'est surtout la religion qui souffre du conflit actuel. Partout on peut déceler l'effet dissolvant de la science sur la religion. "

Notre théologien se plaint avec une insistance fastidieuse de voir que les savants ou simplement les gens instruits se conduisent mal avec la religion, que la science et la religion ne sont pas à égalité dans le monde d'aujourd'hui :

" La science règne sur le centre de notre culture, tandis que la religion mène une existence de réfugiée. "

Dans cet effondrement de la conception religieuse, il se rencontre toujours des obscurantistes ancien style qui se détournent franchement de la science et de ses conquêtes pour pouvoir maintenir leurs formules traditionnelles, leurs dogmes figés.

Un exemple saisissant de cette attitude est offert par le tout récent ouvrage du catholique Gustave Thibon, publié à la librairie Fayard sous le titre : Vous serez comme des dieux. L'auteur dénonce les " dangers " du progrès scientifique et technique. Il pose la question :

" N'y a-t-il pas un point critique au delà duquel l'homme cesse d'être un collaborateur de Dieu pour devenir son rival, où Prométhée enivré de ses conquêtes cède la place au vieux serpent de l'Eden qui promettait à la créature l'égalité avec le Créateur ? Et cet Eden, perdu par le péché, est-il possible et permis de le reconstruire par la science ? "

Gustave Thibon imagine dans son livre que les hommes parviennent à se préserver de la mort. On se prépare à fêter l'anniversaire du savant qui a découvert le moyen de perpétuer la vie humaine, le docteur Weber ; mais une jeune fille, Amanda, va faire mentir la science : elle n'accepte pas ce " paradis terrestre "; elle appelle la mort comme une libération et comme un signe de Dieu, ce Dieu dont les nouveaux immortels, par la science, se sont séparés pour toujours.

Ainsi, la religion de Gustave Thibon aboutit à l'éloge du suicide, au pessimisme, au pire obscurantisme.

Et c'est ce courant qui a toutes les faveurs de Rome. Comme un prêtre catholique l'écrivait dans Le Monde 15 septembre dernier :

" L'orientation de pensée du Saint-Office est remarquable par sa volonté stérilisante. Des consulteurs d'un autre âge ne peuvent pas souffrir que l'on s'écarte du vocabulaire ou du jeu de concepts... qui sont les leurs !... Nous obéissons sans être dupes... "

En examinant les nouvelles publications philosophiques, on se croit parfois revenu en plein moyen âge. L'Espagne cléricale, où, en vertu du Concordat de 1953, tout l'enseignement doit être donné " selon les principes du dogme et de la morale catholiques ", fournirait d'innombrables exemples. Puisons dans l'Allemagne d'Adenauer. Un certain Claus Westermann écrit un livre d'environ 300 pages sur ce thème vraiment actuel : " Les anges de Dieu n'ont pas besoin d'avoir des ailes. " (Aux éditions Käthe-Vogt, Berlin, 1957)

L'auteur essaie entre autres de démontrer que les anges portent des vêtements pour être plus proches des hommes. On lit page 25 :

" Le vêtement de l'ange n'est qu'un élément de son attitude tournée vers les hommes. Il veut être si près de nous qu'en vue de ce rapprochement, il va jusqu'à porter un vêtement comme l'homme... Personne n'a vu un ange tel qu'il est " en soi ". Tous n'ont vu que l'ange qui s'est voilé. "

L'homme et son ange, les degrés du monde angélique, tel est le titre d'un livre de R. Meyer.(Aux éditions Columban, Stuggat, 1951). Ces deux exemples suffisent pour caractériser les égarements de la pensée réactionnaire. Lénine a déjà indiqué que la bourgeoisie soutient tout ce qu'il y a de rétrograde, de dépérissant, de moyenâgeux par peur du prolétariat qui grandit et qui prend de la force. La bourgeoisie en train de sombrer s'allie à toutes les forces qui, ont fait leur temps et qui sombrent, pour maintenir l'esclavage du salariat qui a commencé à chanceler. (Lénine, Œuvres (en russe), tome XIX, p.77).

L'historien anglais Toynbee estime que " seule, la religion peut apporter le salut " (Civilisation on Trial, Londres, 1948, p.94)et le philosophe américain Northrop déclare :

" Le retour à la religion est un bon moyen contre tous les maux... Pour résoudre les problèmes actuels, il est nécessaire de revenir aux idées philosophiques du moyen âge. "

A la fin du XIXe siècle, le mot d'ordre de la bourgeoisie était celui du retour à Kant, c'est-à-dire à l'agnosticisme, à la théorie d'après laquelle le monde est inconnaissable. Aujourd'hui qu'elle est devenue encore plus réactionnaire, elle demande le retour à saint Thomas d'Aquin, c'est-à-dire à la foi du XIIIe siècle.

C'est dans le dernier tiers du siècle dernier que le néo-thomisme a été érigé par le Vatican en philosophie officielle de l'Eglise. Le 4 août 1879, par l'encyclique Aeterni Patris, le pape Léon XIII l'a proclamé comme étant la doctrine vraie, celle dans laquelle devaient s'unir tous les penseurs catholiques, celle qui devait réfuter la philosophie moderne et ses erreurs. Toutes les conquêtes de la science moderne devaient être rattachées aux principes de St. Thomas. La nature n'est que la réalisation des idées divines; l'histoire, la réalisation du plan divin.

A l'instar de Gustave Thibon, l'évêque italien Francesco Olgiati lance l'anathème contre toute la civilisation, la science et la philosophie contemporaines précisément parce qu'elles démontrent l'absolue faillite de la religion. Nous renvoyons à son étude intitulée " La filosofia cristiana ed suoi indirizzi storiografici " (La Philosophie chrétienne et ses orientation en science historique) , qui a paru dans le livre Filosofi italiani contemporanei, publié à Côme en 1944.

C'est aussi la position du théologien protestant Henry, déjà cité : il rejette sans aucune réserve tout ce qui " contredit la conception judéo-chrétienne de la création ". Henry ne s'efforce pas seulement d'empêcher l'effondrement du dogme sous la poussée de la science ; il ne consent même pas au compromis entre science et religion. Il estime qu'il faut tout simplement obliger la science à se soumettre à la religion.

Les savants ont telle ou telle connaissance, mais Dieu, sans aucun doute, connaît toute chose mieux que n'importe quel savant et il a transmis cette connaissance absolue aux hommes par le moyen de la révélation. Il est :

" le Dieu de l'anthropologie, puisqu'il a créé l'homme à son image et sa ressemblance ; le Dieu de la biologie. puisqu'il a introduit la Vierge dans l'histoire de l'humanité ; le Dieu de l'astronomie, puisqu'il a guidé les mages antiques par l'étoile de Bethléem... "

Que peuvent bien faire les malheureux biologistes et astronomes du type ordinaire, eux qui ne sont pas à même de déployer cette activité miraculeuse ? Il ne leur reste qu'à capituler devant l'Eglise et à se soumettre humblement en priant pour le pardon de leurs péchés.

Notre théologien n'est pourtant pas assez sot pour ne pas voir que ce programme de capitulation est aujourd'hui utopique. Il constate avec un serrement de cœur que sa réalisation est "tout de même loin de la réalité de notre époque ". C'est bien pourquoi la majorité des propagandistes actuels de la religion prennent par rapport à la science une autre attitude que Gustave Thibon, Olgiati et Henry. Admettant l'impossibilité de nier la science ou de la ramener à sa condition médiévale de servante de la théologie, ils s'efforcent de manœuvrer avec astuce pour la " réconcilier" avec la religion.

Ils emploient surtout deux moyens tactiques : d'une part, ils s'efforcent de rabaisser la dignité de la science et de la raison, et leur signification dans la vie de la société ; d'autre part, ils donnent une interprétation idéaliste et religieuse des résultats de la science actuelle.

LES TENTATIVES D'HUMILIER LA SCIENCE.

Loin de contester les données de la science, la plupart des cléricaux font à son égard profession d'un fervent attachement. Un croyant militant comme le professeur de physique du Collège Royal de Londres, C.A. Coulson, déclare dans un discours publié sous le titre " Science and Religion " au numéro de décembre 1954 de la revue The Advancement o f Science :

" Quiconque tente de limiter la science ou de l'enchaîner ou de la faire servir à des intérêts personnels ou bien à un avantage particulier, celui-là commet un sacrilège contre l'Esprit saint. "

On est forcé de constater que cette profanation, les hommes d'Eglise la commettent tous les jours : en effet, en prêchant la coexistence pacifique de la science et de la religion, ils tentent et de limiter la science, et de l'enchaîner, et de la faire servir à leurs propres intérêts. Ils lancent le mot d'ordre de collaboration ; mais chacun comprend qu'une telle collaboration ne peut être avantageuse qu'à la religion : la science n'a absolument pas besoin d'être " soutenue " par la religion ; au contraire, la contamination du plus faible élément de mystique religieuse est forcément nuisible pour n'importe quelle science à n'importe quel stade de son développement. La religion, en revanche, ne peut que se féliciter de voir les théories scientifiques soutenir le dogme.

D'après l'Eglise catholique, il existe des vérités religieuses, officielles et infaillibles, qui sont hors de la compétence de la science. En dehors de ces vérités inviolables, la science est libre, mais à une condition : se soumettre en dernière analyse à la décision du pape. Voilà qui rappelle la maxime des princes féodaux : " Le roi est souverain absolu, pourvu qu'il exécute notre volonté. "

Dans l'encyclique Humani generis, le pape permet que la théorie de Darwin "soit l'objet de recherches et de discussions ". Cependant l'avertissement vient tout de suite après : il faut, déclare-t-il, être circonspect quand les hypothèses qui ont " quelque fondement scientifique " se rapportent à l'enseignement de l'Ecriture sainte ou de la tradition. Si les doctrines de ce genre contredisent, directement ou indirectement, la révélation divine, il n'est en aucun cas permis de les admettre. (Les publications catholiques font toujours campagne contre l’évolutionnisme. l’hebdomadaire Carrefour, en date du 8 juillet 1959, conclut une étude sur le darwinisme en disant qu’il n’a pas de valeur scientifique : l’accepter ou le rejeter, " c’est affaire de tempérament ").

Ainsi l'Eglise catholique s'arroge le droit de se prononcer sans appel sur n'importe quelle question scientifique. Comme à l'époque où elle condamnait Galilée et Giordano Bruno, elle peut déclarer fausse telle ou telle théorie scientifique pour la raison que cette théorie contredit la révélation. Même les auteurs les plus orthodoxes sont obligés de se montrer fort prudents. C'est ainsi que le représentant connu de la philosophie thomiste Jacques Maritain a été frappé : son ouvrage L'humanisme intégral, inculpé de modernisme, a été inscrit à l'Index des livres prohibés.

Feuilletons un article comme celui que le jésuite D. Mondrone a donné à la très importante revue romaine de son ordre La Civilita Caltolica dans l'été de l'an dernier, sous le titre :" Vertiges scientifiques et réalités chrétiennes ". Les premières pages en sont consacrées à une éloquente exaltation des succès de la science et de la technique actuelles. L'auteur s'étend sur les progrès de l'astronautique et les perspectives de circulation interplanétaire. Il conclut :" Tout cela, sans conteste, fait plaisir. " Seulement, aussitôt commencent les " mais ". Et ces " mais " font l'essentiel de l'article.

Notre pieux auteur exprime son inquiétude devant le danger d'une guerre atomique et thermo-nucléaire. Il soulève cette question non pas pour appeler les peuples à la lutte en faveur de la paix, mais au fond pour incriminer les savants :

" Leur génie de la découverte, à la façon d'un adolescent extraordinairement agité et indiscipliné, se lance avec précipitation dans toutes les aventures et toutes les folies, sans prévoir la possibilité de s'arrêter quand il arrive au bord du gouffre et de l'autodestruction. "

C'est ainsi qu'on calomnie la science en imputant aux savants les responsabilités qui sont celles des gouvernements capitalistes. (Avec l’Eglise font chorus les écrivains réactionnaires. Trois jours après la conférence de G.Cogniot, Le Figaro publiait une diatribe contre la science. Signé de Georges Duhamel : " Rare sont les sciences qui n’apportent pas, avec leurs manifestations ordinaires, l’angoisse et le désordre ". Et l’auteur vilipendait les savants en leur reprochant " d’aggraver le désordre du monde humain " par leurs inventions. Il condamnait hautement Renan, coupable d’avoir " confondu science et sagesse ". C’est ainsi que les porte-parole de la bourgeoisie décadente se détournent des grands hommes qui représentèrent en d’autres temps cette même classe. Il est remarquable que les jérémiades sur la science et les malédictions contre elle se retrouvent dans la presse social-démocrate : " On a aujourd’hui l’impression, écrit le Pupulaire-Dimanche du 4 octobre1959, que semblable à ces fusées qui s’élèvent dans les cieux, à ces images qui courent sur les ondes, à ces machines volontes qui fendent l’espace la pensée va trop vite (sic)…de nos jours on ne médite plus " de tels textes ne peuvent que réjouir les obscurantistes de l’Eglise, (Note de l’éditeur)

Devant ces accusations perfides, comment ne pas penser aux nobles paroles de Pierre Curie, se demandant en 1903 si la connaissance des secrets de la nature ne peut pas devenir pernicieuse dans des mains criminelles, mais concluant néanmoins, pour l'honneur du génie humain, à l'utilité, à la nécessité des nouvelles découvertes ?

Le Révérend Père cite naturellement l'Evangile : " Que sert à l'homme de gagner l'univers, s'il vient à perdre son âme ?" (Mathieu, XVI, 26). La science est sans âme. Elle ne peut pas donner une philosophie à l'homme, lui inspirer des actes désintéressés, le bien, l'abnégation. Le bien, la morale, l'honnêteté profonde qu'inspire la religion, nous en avons eu récemment une démonstration éclatante à l'occasion des obsèques du président Herriot, quand le cardinal Gerlier a confisqué d'autorité un cadavre qui pouvait servir à des effets de propagande.

Pour mieux convaincre, D. Mondrone compose tout un bouquet de déclarations sur l'indigence spirituelle de la science, qu'il emprunte non seulement aux théologiens, mais aux philosophes idéalistes comme l'Italien Benedetto Croce et aux physiciens portés sur la théologie comme le Français Leprince-Ringuet. Croce, par exemple, oppose aux découvertes scientifiques, qui, à son avis, ne sont pas des " rayons de vérité ", le travail des " génies religieux, philosophiques et poétiques " qui ont illuminé l'humanité. Il demande qu'on développe de pair avec la science :

" un mouvement non seulement proportionné, mais supérieur de l'intellect, de l'imagination, de la foi morale, de l'esprit religieux, en un mot de l'âme humaine. "

Quel sens attribuer à toutes ces déclamations, sinon l'affirmation que la science ne peut, par elle-même, rien donner de bon ?

Le seul point sur lequel leurs auteurs ont raison, c'est le fait que l'esprit religieux est étranger à la science. Toute la question est de savoir lequel de ces deux phénomènes sociaux, laquelle de ces deux formes de conscience sociale correspond aux intérêts de l'humanité, laquelle arme l'homme en lutte contre la nature et contre le mal social. Il n'est pas difficile de répondre à une telle question. Aucune rhétorique ne peut faire oublier que la seule vérité de l'homme lui est fournie par la science. C'est bien pourquoi les idéologues de la religion s'efforcent de faire glisser la question sur un autre plan, en nous parlant de la vie émotive, de la puissance de l'âme et des valeurs morales.

Leur but est de discréditer cette science qui offense la religion, de rabaisser son importance dans la vie sociale.

En fait, la science, comme le disait Paul Langevin, ne donne pas seulement aux hommes la possibilité de leur libération matérielle, de leur action sur la matière. Elle permet leur " libération intellectuelle et morale "; elle est " moyen de pacification et de libération de l'esprit", ainsi qu'Epicure et Lucrèce l'avaient annoncé chez les Anciens. Elle exprime et consacre la dignité de l'homme.

Examinons maintenant l'autre tactique des réactionnaires : celle de l'interprétation falsificatrice.

LA FALSIFICATION DES DONNÉES DE LA SCIENCE CONTEMPORAINE

Depuis quelques dizaines d'années, les apologistes étendent volontiers que les sciences de l'époque classique, celles du passé, autorisaient véritablement des conclusions athées, mais que les gigantesques conquêtes scientifiques du XXe siècle aboutissent à un tout autre tableau du monde : loin de contredire la religion, ce tableau y correspondrait.

Par exemple, on exploite depuis quelque temps la fameuse théorie de l'univers fini et en expansion. Elle a été propagée par le pape Pie XII en personne, et les théologiens protestants en font également usage. C'est l'hypothèse cosmologique à la mode chez les obscurantistes.

Pie XII a déclaré en 1953 qu'avec cette théorie, la science moderne démontre la création du monde et la fin du monde. A partir du fait que toutes les nébuleuses spirales (les systèmes analogues à notre Voie Lactée) qui ont pu être perçues jusqu'ici, s'éloignent de notre système solaire à grande vitesse (c'est ce qu'on appelle la fuite des nébuleuses spirales, fuite manifestée par le déplacement des raies du spectre vers le rouge dans l'image spectrale des nébuleuses), il a tiré la conclusion qu'il faut que le monde ait eu un commencement. La vitesse des nébuleuses est facile à calculer, de même leur distance par rapport à la terre. Elles doivent toutes, d'après le pape, avoir été réunies en un seul amas il y a de cela un nombre d'années très précis. Le premier état du monde après la création a donc consisté en un globule, un grumeau de matière concentrée, et depuis ce temps l'univers se trouve continuellement en expansion.

Ce qui s'est produit dans la période directement consécutive à l'heure zéro, le physicien anglais C.A. Coulson, déjà cité, le sait parfaitement, bien qu'il reconnaisse que ses dires sont impossibles à prouver. Voici le tableau qu'il nous offre, tout semblable à une page de roman fantastique ou à une vision apocalyptique :

" L'univers étant âgé de cinq minutes, sa température atteignait au moins un million de degrés environ, température si haute que la matière était elle-même convertie presque entièrement en rayonnement. Mais au bout de la première demi-heure, la température a suffisamment baissé pour que la matière puisse prendre la position dominante, tandis que le rayonnement devait se transformer en donnant les protons et les neutrons. Dans les limites de l'heure ou à peu près, la formation des éléments, de la lumière et du ciel a été accomplie. "

Bien entendu, cette description ne correspond pas à la lettre des trois premiers chapitres de la Genèse, mais il ne faut pas trop demander : quoi qu'il en soit, nous avons une création du monde, et cela avec des cadences absolument bibliques (le ciel, la lumière et tous les éléments en une heure au total !) Qui plus est, à partir de presque rien.

1l y a lieu toutefois de noter, que du point de vue de la théologie judéo-chrétienne, beaucoup de choses restent obscures dans la théorie de l'univers en expansion. En premier lieu, le monde apparaît créé non pas de rien, comme l'exige le dogme, mais d'un atome, qui, semble-t-il, a existé de toute éternité. Cela ne veut-il pas dire que l'univers, sous cette forme originelle, a existé de toute éternité ?

En deuxième lieu, on ne comprend pas les causes qui ont déterminé l'atome père du monde à se laisser aller à l'entreprise laborieuse qui consistait à engendrer l'univers. Bien sûr, on peut s'en remettre à Dieu et dire qu'il a ordonné à l'atome d'exploser et de donner l'être à l'univers : mais pourquoi le créateur s'est-il décidé à cette opération alors que, de toute éternité, l'atome avait tranquillement conservé dans son sein l'embryon du monde ? Cela ne peut s'expliquer, si l'on ose employer ce mot, qu'en raisonnant comme dans la vieille variante du mythe créationniste : pendant toute l'éternité, Dieu n'a pas senti le besoin d'avoir la nature à sa disposition, et ensuite, subitement, il en a éprouvé l'envie.

Est-il besoin d'ajouter que du point de vue scientifique, la théorie en question est fort naïve et complètement inacceptable ? On pense à l'enfant qui, voyant un avion voler sans avoir été témoin ni de son départ, ni de son atterrissage, croirait qu'il vole sans arrêt. Ce qu'on appelle la fuite des nébuleuses spirales ne concerne qu'une petite portion de l'univers, celle que nos instruments d'observation nous ont permis d'atteindre jusqu'ici. De sources soviétiques, il ressort que, dès qu'on arrive à la distance de 10 milliards d'années-lumière (l'année-lumière équivalent à 9.467.077.800.000 kilomètres), l'image spectrale des nébuleuses manifeste des modifications qui indiquent une diminution de la vitesse de leur mouvement.

Ce n'est pas l'univers qui est en expansion, le mouvement des nébuleuses spirales se produit dans une zone limitée.

D'autres théories essayent de démontrer qu'il est possible à tout instant de voir se produire dans le soleil une catastrophe qui conduirait à la destruction de la terre. Le système où nous vivons pourrait donc périr à tout moment : il est facile de comprendre que de telles conceptions ne sont pas faites pour encourager les hommes à modifier le monde !

La triste nouvelle a été lancée, en particulier, par l'astronome suédois Lundkvist : d'après sa théorie, le soleil peut flamber à tout instant, ce qui ferait monter énormément la température. L'idée est complètement fausse. Les astro - physiciens ont démontré qu'un phénomène de ce genre n'est normal que pour des étoiles de catégorie spectrale définie. Notre soleil n'en fait pas partie.

Le philosophe et biologiste allemand Oscar Feyerabend admet dans son livre : Le Tableau du monde organologique (Tubingue, 1956) la vieille théorie indienne de la métempsychose, qu'il rebaptise " périodicité organique". D'après cette conception, les "noyaux d'âme" reparaissent sous enveloppe corporelle de temps en temps. Nous vivons non pas une seule fois, mais bien des fois ! Si aujourd'hui un ouvrier passe sa vie dans la misère, c'est vraisemblablement qu'il a mérité ce châtiment divin en faisant bombance il y a quelques milliers d'années ! Toujours est-il qu'il pourra jouir d'un meilleur sort lors de la prochaine réincarnation de son âme.

Voilà les absurdités qu'écrivent des savants acharnés à maintenir le vieux système capitaliste qui s'écroule. Mais la raison se venge. Quand on abuse de la science pour sauver le mysticisme, elle tombe en stagnation. Et c'est la philosophie vraiment scientifique de la classe ouvrière qui favorise le développement de la connaissance et de la technique, c'est la science soviétique qui prend la tête du progrès et qui monte à l'assaut du ciel.

Le thème le plus à la mode pour les théologiens et les philosophes idéalistes, c'est le " nouvel aspect du monde physique". Le " nouvel aspect de la physique ", on le déduit par exemple du fait que, dans certaines circonstances, des particules de matière comme le positron et l'électron disparaissent en donnant naissance à des quanta, c'est-à-dire à des portions de lumière, nommées photons. Certains physiciens ont appelé ce phénomène " annihilation de la matière ". Et les réactionnaires le citent comme une preuve que la matière peut être détruite, ce qui supposerait qu'elle a été créée.

En réalité, il ne se produit dans le cas considéré , aucune destruction de la matière. La transformation du positron et de l'électron en photons équivaut au passage de la matière d'un état à un autre état. Et on constate également dans la nature l'opération inverse : la transformation des photons en positron et électron. Toutes ces transformations obéissent à la loi de conservation de la masse et de l'énergie.

La vérité est que, selon l'essentiel même de notre théorie, de la théorie du matérialisme dialectique, bien différent du vieux matérialisme mécanique, le monde est constitué par une variété infinie de phénomènes, de processus, d'états de la matière et par le passage incessant de l'un à l'autre. L'unité du monde n'en est pas moins réelle : elle tient à ce qu'il est tout entier matériel, la conscience elle-même appartenant à l'univers matériel étant une propriété particulière de la matière.

Tous les physiciens réactionnaires tirent parti de la complexité des formes de la matière, de leur permutation perpétuelle pour raisonner comme si la matière n'existait plus. Par exemple, le physicien qui joue le rôle d'idéologue en chef d'Adenauer, Pascual Jordan, s'efforce de réduire à néant le monde extérieur pour justifier la religion. Dans son livre sur La Physique et le mystère de la vie organique, il écrit :

" Nous n'apprécions plus le vécu immédiat (c'est-à-dire : les données de la conscience. G.C.) comme une apparence enveloppant la réalité objective, mais juste à l'inverse, nous concevons notre image du monde extérieur objectif comme une création mentale, comme un expédient. "

Le matérialisme perd toute signification. Sur un ton d'oracle, notre auteur proclame :

" Que cela soit souligné : la physique moderne a définitivement retiré son fondement scientifique à la philosophie matérialiste. "

Un autre de ses ouvrages se conclut par les mots suivants :

" Le monde entier, - y compris nous-mêmes - n'est-il pas peut-être tout simplement un rêve de Dieu ? Les prières et les rites ne sont-ils pas peut-être tout simplement un essai de le faire dormir plus profondément, pour empêcher qu'il ne s'éveille et cesse de nous rêver... "

Et voilà ce qu'on peut lire dans un livre qui a pour titre La Physique du XXe siècle !

Comme Pascual Jordan, les philosophes idéalistes d'aujourd'hui s'évertuent tous à démontrer que la matière a " disparu", que le monde n'est pas matériel. Comme lui, ils disent que le concept de matière ne représente rien d'objectif, qu'il a été introduit seulement par les savants pour exposer plus commodément les choses.

Vieille chanson, on le sait. Dès 1710, l'évêque anglais Berkeley prétendait que le monde objectif tout entier, chaque chose matérielle, chaque phénomène ne représente qu'un "complexe" de sensations du sujet et qu'en dehors des sensations humaines, il n'existe rien, sauf Dieu. Nos sens nous trompent, la matière n'est qu'un symbole, Berkeley comprenait très bien la fragilité de ses thèses et il a écrit lui-même :

" La matière, une fois bannie de la nature, emportera avec elle tant de constructions sceptiques et athées, une quantité si incroyable de discussions et de questions embrouillées... que même si les conclusions que nous avons avancées contre elle étaient reconnues insuffisamment fondées... j'ai néanmoins l'assurance que tous les amis du vrai, de la paix et de la religion auront sujet de souhaiter que ces conclusions soient reconnues suffisantes. "

Un Anglais d'aujourd'hui, Eddington, s'efforce de prouver que la connaissance des lois de la nature par voie expérimentale est impossible. Il répudie la pratique comme critère du vrai, en affirmant que ce critère n'est bon que pour " l'homme de la rue ".

Nous voici ramenés aux Pères de l'Eglise, à Lactance, qui écrivait au IVe siècle :

" Nous devons regarder comme insensés ceux qui pensent connaître la nature, dont les hommes ne peuvent rien savoir. "

Dans le même sens, le Talmud des Juifs ordonne : " N'explore pas ce qui est mystère, n'étudie pas ce qui est secret. " La Bible, au Livre de l'Ecclésiaste, a écrit : " Avec beaucoup de science, il y a beaucoup de chagrin, et celui qui accroît sa science accroît sa douleur. "

Toutes les conclusions obscurantistes, toutes les affirmations sur l'impuissance de la science à connaître la réalité objective, on prétend les fonder, nous l'avons déjà dit, sur les découvertes de la physique du XX° siècle. Le raisonnement est le suivant :

Avec l'ancienne physique, on croyait que tout phénomène naturel se ramenait à un ensemble d'actions mécaniques, que tout changement résultait d'une disposition différente des particules dans l'espace et des forces auxquelles chacune d'elles était soumise. Il s'ensuivait que, théoriquement, on pouvait prévoir avec certitude un effet futur quelconque, à condition de connaître au départ toutes les données géométriques et mécaniques. Le monde n'était qu'une énorme machine, qui ne laissait pas de place à Dieu. Dieu était sans travail et sans asile, et Laplace pouvait dire à son sujet à Napoléon 1er :" Je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse. "

Maintenant, affirme-t-on, les choses ont changé. Le monde n'est plus identique à une machine. Il est beaucoup plus compliqué.

Fort bien, répondrons-nous ! Mais voyons en quoi consiste cette " complication ". Elle tient d'abord à la théorie de la relativité d'Einstein. Que démontre cette théorie ? Elle prouve le lien indissoluble de l'espace et du temps avec la matière et avec son mouvement. En d'autres termes, elle confirme cette thèse du matérialisme dialectique que l'espace et le temps sont des formes d'existence de la matière. La " complication " du monde est attestée ensuite par la physique nucléaire. Cette science révèle la structure complexe du noyau atomique et met en évidence le grand nombre des particules élémentaires : mais précisément, n'est-ce pas la confirmation de la thèse du matérialisme dialectique sur le caractère inépuisable de la matière, sur la multiplicité infinie de ses formes ? Et la physique moderne ne consacre-t-elle pas l'interprétation dialectique de la microparticule comme unité de la matière et du champ, unité des propriétés corpusculaires et des propriétés ondulatoires ?

Les succès de la physique se sont accompagnés de progrès considérables en chimie, en biologie, en physiologie. Toutes ces conquêtes nouvelles de la science confirment la vérité du matérialisme dialectique. Elles ont conduit les plus grands savants à réviser leurs anciennes opinions positivistes, leur attitude d'incrédulité devant l'aptitude de la raison humaine à connaître le monde. Il est typique que, par exemple, Einstein, dans la dernière période de sa vie, se soit déclaré de plus en plus souvent en faveur du matérialisme. D'éminents savants comme Louis de Broglie défendent des positions qui se ramènent, en fin de compte, au matérialisme.

Des hommes comme Niels Bohr et Heisenberg, après s'être réclamés du positivisme pendant des dizaines d'années, se mettent à en critiquer les thèses. Les anciens partisans du positivisme sont de plus en plus hésitants, ils sympathisent de plus en plus avec le matérialisme. Paul Langevin et Frédéric Joliot-Curie ne sont pas les seuls, parmi les grands savants des pays capitalistes, à défendre ouvertement le matérialisme dialectique.

Quand la science moderne établit que le développement du monde ne se fait pas en ligne droite, d'une façon étroitement déterministe, mais par bonds ; quand elle renonce à l'interprétation mécanique de la causalité pour y substituer la notion d'action réciproque, elle corrobore non l'idéalisme, mais le matérialisme dialectique.

Faut-il rappeler qu'en analysant, il y a presque un siècle, les problèmes philosophiques fondamentaux de la science, Engels a prévu avec une précision étonnante les voies qu'elle allait emprunter dans la suite pour se développer ? Lorsque les théologiens et les philosophes idéalistes de notre temps, partant des données de la science actuelle, constatent l'incompatibilité de la conception mécaniste avec le tableau physique actuel du monde, ils ne connaissent pas, ou bien ils veulent oublier, ce fait essentiel qu'Engels, avant même que la science n'arrivât aux données nouvelles, a critiqué le mécanisme en se guidant sur les considérations méthodologiques du matérialisme dialectique. Et ainsi, ce qui s'offre en réalité à nous, c'est le triomphe du matérialisme dialectique, avec l'athéisme scientifique qui en est inséparable !

Au début du XX° siècle, en pleine crise de la science, Lénine à son tour analyse, avec la plus grande profondeur, la révolution de la connaissance qui se produit alors, et il formule les bases philosophiques de la physique nouvelle d'une façon qui exclut radicalement toutes les spéculations idéalistes et théologiques. On peut se demander, comme pour Engels, si tant de philosophes ignorent Lénine ou s'il s'agit de leur part d'une tactique destinée à cacher que tous les essais d'utiliser au profit du mysticisme les conquêtes de la science actuelle ainsi que ses difficultés sont démasqués et réfutés dans Matérialisme et empiriocriticisme. Ce qu'Engels pouvait seulement prévoir, Lénine l'a établi fermement : son analyse philosophique des faits nouveaux porte un coup mortel non seulement au fidéisme des années 1900-1910, mais à celui de notre temps.

La révolution des sciences de la nature au XX° siècle signifie non pas la faillite de la philosophie matérialiste, mais au contraire son triomphe suprême - le triomphe du matérialisme qui n'est ni métaphysique, ni mécaniste, mais dialectique. A la lumière de Lénine s'expliquent philosophiquement les prétendues impasses de la science, auxquelles les apologistes se réfèrent pour entraîner la pensée humaine à l'obscurantisme.

Ni la théorie des quanta, ni la théorie de la relativité, ni les phénomènes de désintégration radio-active avec évanouissement apparent de la matière, ni la découverte de particules élémentaires toujours nouvelles dans les profondeurs de l'atome et du noyau atomique, ni le phénomène du déplacement des raies du spectre vers le rouge, ni cette circonstance plus générale que le monde physique tel qu'il se présente aujourd'hui a perdu la faculté de faire l'objet d'une représentation sensible pour l'homme, rien de tout cela ne contredit le matérialisme dialectique, tel que Lénine l'a exposé surtout dans Matérialisme et empiriocriticisme et dans les Cahiers philosophiques. C'est juste le contraire qui est vrai. N'importe quel phénomène de la nature, à commencer par l'électron pour finir par l'univers dans son ensemble, est d'une complication inépuisable, d'une variété infinie et comporte la contradiction dialectique. Pour être à même de connaître la nature telle qu'elle est, la science ne peut pas se clouer au lit de Procuste des schémas invariables et des catégories métaphysiques immobiles ; elle doit donner " une connaissance vivante, multilatérale (le nombre de côtés grandissant perpétuellement), avec une masse de nuances dans la manière d'aborder, d'approcher la réalité." (LÉNINE : Cahiers philosophiques.). (I.Katvélev : " Le fidisme cotemporain et la science ", 1959, N°13, p.107). Ainsi, les conclusions intéressées que les théologiens s'efforcent de tirer de la physique nouvelle n'ont rien de commun avec la réalité. Ce sont des artifices purs et simples.

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L'ATHEISME SCIENTIFIQUE

Tout ce que l'on vient de dire n'empêche pas qu'il y a des croyants et mêmes des membres du clergé qui, dans leur activité sociale, se placent sur des positions progressistes. Nous considérons avec respect, par exemple, leur contribution à la lutte pour la paix. Mais ce respect ne saurait faire disparaître les divergences de principe qui nous séparent des défenseurs de toutes les philosophies idéalistes et religieuses.

Notre opposition à la religion ne se réduit pas à la lutte contre le cléricalisme politique, lutte à laquelle peuvent participer et participent les croyants d'esprit démocratique, hostiles à la théocratie, à l'immixtion de l'Eglise dans les affaires laïques, à son intervention dans la vie de l'Etat. Notre athéisme n'est pas provoqué et défini par les besoins de la lutte politique. Le caractère matérialiste et athée du marxisme-léninisme est imprimé dans son essence même, en tant qu'il représente une philosophie scientifique absolument conséquente. Et quand il arrive que telle ou telle personnalité croyante estime le matérialisme dialectique susceptible de s'entendre avec la religion, nous ne pouvons, quelle que soit notre considération pour de telles personnalités, que montrer l'inconsistance de leur thèse. La " juxtaposition pacifique des pensées ", la renonciation à la lutte du matérialisme contre l'idéalisme, que préconise de son côté Albert Bayet au nom de la conception relativiste de la vérité , (Albert Bayet : ouvrage cité, p.119 et 124.) seraient un abandon et une trahison des droits de la science.

Sans doute, il ne sied pas, pour reprendre une expression de Lénine, de " mettre la question religieuse au premier plan, place qui ne lui revient pas " (Voir Lénine : œuvres (en russe), tome X, p.69). La première place revient à la lutte de classe de tous les travailleurs, croyants et incroyants, contre l'exploitation et l'oppression. Mais il n'en est pas moins vrai que le programme des marxistes " repose sur une conception du monde scientifique et avec cela, précisément matérialiste ". Si bien que :

" l'explication de notre programme comprend nécessairement l'explication des vraies raisons d'être historiques et économiques du brouillard religieux " . (Ibid, p.68)

Parce que les origines du " brouillard religieux " sont profondes, ses racines anciennes et solides, les marxistes ne croient pas à l'efficacité des méthodes de lutte traditionnelles des bourgeois anticléricaux : critique tapageuse, pure propagande intellectuelle sur le plan abstrait. Ils ne sont pas plus favorables aux mesures administratives, aux interdictions policières, aux attaques contre les croyants, aux insultes et aux sarcasmes à l'adresse du sentiment religieux. Marx écrit au tome 1er du Capital, p. 96 :

" En général, le reflet religieux du monde réel ne pourra disparaître que lorsque les conditions du travail et de la vie pratique présenteront à l'homme des rapports transparents et rationnel avec ses semblables et avec la nature. La vie sociale, dont la production matérielle et les rapports qu'elle implique forment la base, ne sera dégagée du nuage mystique qui en voile l'aspect que le jour où s'y manifestera l'œuvre d'hommes librement associés, agissant consciemment et maîtres de leur propre mouvement social. "

Les communistes de l'Union soviétique et des pays de démocratie populaire se guident sur l'idée que la rupture des gens avec la religion est l'effet de la liquidation du capitalisme, que la lutte anti-religieuse doit être conduite en liaison directe avec le mouvement de classe, avec la pratique sociale qui tend à extirper les racines réelles de la religion, ses raisons d'être historiques. Cette pratique n'est à aucun degré une pratique répressive, chaque citoyen a le droit de pratiquer la religion qui lui plaît ou de n'en pratiquer aucune. Tous les citoyens ont des droits égaux sans considération de leur appartenance religieuse. Le principe de la liberté de conscience est rigoureusement respecté.

Les partis marxistes-léninistes de tous les pays considèrent la lutte anti-religieuse comme une lutte d'idées contre une conception hostile à la science et au progrès, et ils soutiennent cette lutte uniquement par les moyens intellectuels.

Ni ils ne persécutent la religion, ni ils n'oublient son rôle négatif dans l'histoire. La religion et la science se fondent sur des bases opposées : la religion sur la foi, la science sur la connaissance. Et les savants qui pratiquent une religion sont simplement inconséquents avec eux-mêmes. Assurément, il ne manque pas de gens aujourd'hui pour déclarer que la science se fonde sur la foi, sur la croyance subjective, sur la confiance au même titre que la religion, pour cette raison qu'il y aurait à la base de la science des postulats acceptés par un acte de foi. Ces déclarations ne supportent pas le moindre examen.

La science dispose d'un critère, qui permet de juger avec certitude le degré de vérité des hypothèses et des théories : le critère de la pratique. La religion, au contraire, a horreur de ce critère ; elle ne peut pas ne pas en avoir horreur, puisqu'il lui est fatal. Pour la foi, le seul critère est la foi elle-même. Je demandais naguère à un pasteur protestant, esprit moderne et ouvert à la science, y compris la science sociale, pourquoi, avec tout cela, il était croyant et ministre de l'Eglise réformée. Il me répondit :" Parce que Jésus-Christ me parle " (C’est exactement ce qu’a répété en novembre 1959 la XIIe semaine des intellectuels catholiques, fondant la religion sur le sens du mystère (Note de l’éditeur).

Ainsi le mystère divin est à l'origine de la foi. Et puisqu'il est impossible à comprendre, il est bien évident que personne ne peut non plus le réfuter !

En termes rationnels et intelligibles : je n'ai pas de fondement à ma croyance ; mais j'ai envie de croire et il est bon de croire. (Pourquoi il est bon de croire, pourquoi, dans cette société, il faut croire, nous l'avons déjà dit en commençant.) C'est pourquoi je crois à tout ce qui est inconcevable et impossible, mais que l'Eglise m'enseigne.

Résumons-nous. La connaissance qui fait le fond de la science est critique et objective, tandis que la foi est dogmatique, subjective et arbitraire. Et il n'est pas de manipulation du langage, pas d'abus de termes qui puissent voiler ce fait que la foi et la connaissance, par conséquent la religion et la science, sont radicalement opposées.

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