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LES CONFERENCES DE

L'INSTITUT MAURICE THOREZ

 

Institut de sciences politiques

et d'histoire du mouvement ouvrier

 

 

Israël et les Etats Arabes

Par Jacques COULAND

 

(numérisation réalisée par : Stéphane Dubois, pour le CDRM,2004)

 

N°8    NOVEMBRE 1968

 

*****

Le CONFLIT ISRAELO-PALESTINIEN: APPARENCE ET REALITES

 

Conférence prononcé à l'Institut Maurice Thorez par Jacques COULAND le 14 Novembre 1968.

"…C'étaient de très grands vents sur la terre des hommes---de très grands vents à l'œuvre parmi nous, Qui nous chantaient l'horreur de vivre et nous chantaient l'honneur de vivre, ah ! nous chantaient et nous chantaient au plus haut faîte du péril, Et sur les flûtes sauvages du malheur nous conduisaient , hommes nouveaux à nos façons nouvelles."

 

Me pardonnera-t-on au départ de ce survol auquel je vous convie vers ces échelles d'Orient et les immensités mystérieuses autant que riches du pays profond qu'elles impliquent et qu'elles cachent, vers ces terres qui n'en finissent pas depuis des décennies de retenir notre attention par des drames dont elles sont le siège, me pardonnera-t-on d'évoquer la parole du poète :SAINT JOHN PERSE ? Et de la choisir dans un poème de 1945, " Vents", où se marque la force de l'optimisme dans le malheur ?.

 

Oui sans doute, si nous convenons de suivre, au-delà des schémas et des mirages, son incitation jusqu'au boit, si, atterrissant sur la terre des hommes, nous savons être attentifs au réel, à ce qui compte se s'affronte, au nouveau qui naît de l'ancien.

 

Tendons une autre fois l'oreille.
"C'étaient de très grandes forces au travail sur la chaussée des hommes - de très grandes forces à la peine.
Qui nous tenaient hors de coutume et nous tenaient hors de saison, parmi les hommes coutumiers, parmi les hommes saisonniers,

Et sur la pierre sauvage du malheur nous dépouillaient la terre vendangées pour de nouvelles épousailles".

 

On voit que mon propos sur la crise actuelle du Proche-Orient voudra surtout servir, faire apparaître ce qui dans l'action des hommes les plus concernés par le conflit, les peuples arabes et le peuple israélien, débouche sur une solution qui permette ces "nouvelles épousailles" du poète. Ce faisant , je ne pourrai pas cacher tout ce qui s'oppose encore à ce que ces "forces au travail", ces "forces à la peine" l'emportent sur les "hommes coutumiers; il me faudra définir les forces de ce dernier type, me demander si elles sont limités à la région qui nous occupe. Notre place dans ce conflit, s'il nous concerne ou non et dans qu'elle mesure et dans quel sens donc faire jouer notre action, ce seront-là des questions qui devront être nécessairement abordées, en fonction des conclusions auxquelles nous parviendrons sur la nature du conflit.

 

Mais ceci impose que nous ne nous limitions pas au présent, mais faisions appel à l'histoire, pour déterminer les origines et les causes du conflit, sans lesquelles sa nature ne peut être comprise, ni non plus ses chances d'évolution, compte tenu du nouveau contexte dans lequel il évolue et qui n'est pas forcément le même que ceux où il s'est inscrit jusque là.

 

Sur ces problèmes complexes, beaucoup a déjà été écrit et dit par des communistes et d'autres, en France. Je m'autoriserai donc de cela pour ne pas lasser votre hors de ce qu'il est permis; je procéderai à des raccourcis. J'insisterai surtout sur quelques aspects qui sont, à mes yeux, les plus importants.

 

Il n'est pas dans mon intention de nier que le conflit israélo-arabe ait sa spécificité. Il me semble cependant qu'on serait amené à commettre de graves contre- sens, si on ne retenait que cette spécificité, si l'on oubliait le cadre plus universel dans lequel elle s'inscrit qui fait de ce conflit un point d'application des problèmes de notre temps et de notre monde.

 

Certains qui s'affirment anti-impérialistes ont pu ainsi l'an dernier, et continuent encore le faire, dissocier le cas du conflit des problèmes posé par l'activité multiforme des forces impérialistes dans le monde.

 

Pourtant, si l'on y regarde de plus près, c'est une donnée permanente, depuis un siècle, que l'intervention dans les problèmes du Moyen-orient des puissances impérialistes relevant en cela des tentatives colonialistes plus anciennes. Et, bien que ces interventions jouent dans un contexte différent de ceux du passé, cela est encore vrai aujourd'hui.

 

Aujourd'hui, comme hier, le Moyen-Orient, carrefour de route entre trois continents, l'Asie, l'Afrique et l'Europe, conserve une importance économique, stratégique et politique considérable.

 

La découverte du pétrole, à la veille de la première guerre mondiale, a encore accru, et n'a cessé d'accroître de plus en plus l'intérêt privilégié de cette région. Or ce pétrole est dans sa quasi-totalité entre les mains des monopoles impérialistes.

 

Selon la revue "Pétroleum Press Service", on évalue, en 1967, la production de pétrole brut au Moyen-Orient à 505.385.000 tonnes, soit 28.7 % de la production mondiale. C'est en soi déjà un chiffre considérable. Il l'est plus encore si l'on remarque qu'il équivaut ( et dépasse même un peu) la production, sur leur sol national, des Etats impérialistes d'Amérique du Nord, d'Europe occidentale, d'Asie (Japon) et d'Australie. On, me dira qu'il n'y a pas dans ce total que des productions venues du sous-sol ou des fonds marins arabes. C'est vrai. Cédons donc pour un temps au nationalisme. Ré attribuons à l'Iran, à la Turquie et à Israël leurs dus : 132.335.000 tonnes parmi lesquels l'Iran couvre presque à lui seul le total : 129.800.000 tonnes. Mais soyons logiques, dans notre entorse, jusqu'au bout, et réintroduisons dans notre total du pétrole "arabe" la production de l'Afrique du Nord, soit 124.350.000 tonnes; à 8 millions de tonnes près, le chiffre de pétrole "non-arabe" que nous venons d'ôter. La production "arabe" de pétrole demeurerait on le voit à peine inférieure avec 497.400.000 tonnes et un pourcentage de 28.4 % à la production nationale des Etats impérialistes.

 

De quelques façon que l'on prenne donc le problème, l'importance économique, stratégique et politique de cette région apparaît à l'évidence.

 

Si nous rapportions maintenant cette production à celle des Etats non-socialistes, nous obtiendrons pour le Moyen-Orient dans son ensemble 35.1 %; pour le pétrole "arabe" 34.8 % de la production mondiale capitaliste.

 

Mais il est à remarquer que si nous rapportions ces pourcentages à la production du monde non-socialiste, hors des territoires nationaux des Etats impérialistes dont les sociétés contrôles la quasi-totalité de ce pétrole produit à l'étranger, nous obtiendrions le chiffre de 53 % .

 

Si l'on ajoutait maintenant le pétrole du Moyen-orient dans son ensemble et le pétrole arabe d'Afrique on obtiendrait le pourcentage énorme de 68 % de la production contrôlée d'une manière ou d'une autre dans le monde par les sociétés monopolistes - impérialistes hors des territoires nationaux des Etats impérialistes.

 

Mais contentons-nous du Moyen-orient. 62 % des réserves mondiales prouvés s'y trouvent. Cela correspond à 67 % des réserves prouvé du monde non-socialiste et, tenez-vous bien, à 81 % des réserves pétrolières qui, dans le monde non-socialiste, sont situées hors des territoires nationaux des Etats impérialistes.

 

Me permettez-vous de faire parler encore les chiffres ? j'évoquerai alors la productivité par puits, m'excusant toutefois à me référer à des chiffres de 1959. Cette productivité annuelle par puits était cette année-là en moyenne pour le monde de 1.400 tonnes. La moyenne annuelle du Moyen-Orient était de 184.500 tonnes par puits -l'Irak arrivant en tête dans le monde avec plus de 480.000 tonnes par puits et par an. Cette productivité annuelle est au Etats-Unis de 600 tonnes par puits.

Selon les calculs de l'économiste progressiste américain Victor Perlo, le rapport des forces entres les principales sociétés productrice classé selon leur nationalité était le suivant pour l'ensemble Moyen-Orient Afrique arabe sur la base de la production de
1966:

Etats-Unis: 55.3 % (10 % environ au "indépendants" ,45 % environ aux "cartels)

Grande-Bretagne-Hollande: 29.7 %

France: 9.2 %

Japon: 1.7 %

Autres: 4.1 % (producteurs de moins de 5 millions de tonnes: Algérie, R.A.U, RFA, Italie, Iran, Kuwayt , Arabie Saoudite).

 

Bien que les compagnies reversent des royalties aux Etats du sol desquels elles extraient du pétrole, on mesure de quelles sommes énormes si nécessaires à leurs développement les Etats de la région sont privés par ce monopole étranger sur leurs richesses.

On remarque la très faible part du pétrole produit pour leurs propres compte par quelques Etats qui à l'exception de la R.A.U, prennent place dans les statistiques parmi les dix premiers "producteurs" mondiaux.

Il n'en s'agit pas moins d'un secteur d'apparition récente, d'ailleurs en extension, bien que lente, puisque l'Irak a amorcé en 1967 une production nationale ainsi que la Syrie en 1968. Mais cela n'est pas sans causer des problèmes aux sociétés impérialistes qui y voient à juste titre une menace, à plus ou moins long terme, pour leurs privilèges. Menace précisée, remarquons-le par le rapport de ABD ALLAH ET-TARIQI au congrès arabes des pétroles en octobre 1963 qui concluait à la possibilité pour les Arabes d'êtres maîtres de leur pétroles à tous les stades de la recherches à la commercialisation. En 1963 : avec le détournement unilatéral du Jourdain par Israël n'est ce pas un des points de départ de la crise qui déboucha sur la guerre de juin 1967, elle-même précédé par un double conflit entre l'Irak et l'I.P.C d'une part, la Syrie et le I.P.C. d'autre part ?

 

On nous chicanera peut-être sur le fait que les grands producteurs de pétroles arabes ne sont pas voisins d'Israël qu'ils sont tous, sauf l'Irak depuis 1958 ,des monarchies. Or tous les pays du Moyen-Orient sont enserrés dans les mailles de ce pétrole dont les profits dans leur majeure partie leur échappent.

 

 

Les pétroles de l'Irak sont conduits par des oléoducs à travers la Syrie vers les ports syriens ou libanais. Ceux d'Arabie Saoudite, après avoir traversé la Jordanie et la Syrie ( à quelques kilomètres de la frontière israélienne ) se déversent aussi au Liban.

Et puis il y a la voie maritime qui contourne la péninsule arabique: Golfe Persique, Mer d'Oman, Aden, Mer Rouge, Canal de Suez. Le tiers des pétroles du Golfe Persique parvient ainsi en méditerranée et alimente 60 % du trafic Sud - Nord du Canal.

 

On remarque que l'Egypte et la Syrie détienne malgré les apparences, des positions stratégiques - clés dans le domaine pétrolier. Les monopolisateurs impérialistes du pétrole ne peuvent donc pas rester indifférents à l'évolution de ces deux pays.

De plus la proximités de l'Union Soviétique, ajoutée à la richesse de cette région, est une raison supplémentaire pour faire que cette région soit intégrée dans le cadre des préoccupations stratégiques globales, à l'échelle du mondes, des impérialistes.

 

Le pacte du C.E.N.T.O, articulé sur ceux de l'OTAN et du Sud-Est asiatique, complète la ceinture agressive autour de l'Union Soviétique et peut-être utilisé contre les peuples de la région. En font partie, sous l'égide des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, la Turquie (membre aussi de l'OTAN), le Pakistan (membre aussi du Pacte du Sud-Est asiatique) et l'Iran.

Nous remarquerons dans cette liste aucun pays arabe. Mais les USA disposent de bases en Arabie Saoudite, et en Libye. Leur 6ème Flotte, en déplacement constant en méditerranée, était, avant juin 1967, reçue à Beyrouth, place commerciale et financière où les intérêts des gros capitalistes arabes et des impérialistes sont étroitement mêlés. Les Etats-Unis ont une base navale et aérienne commune avec les Britanniques à Bahrayn, dans le Golfe Persique. Les Britanniques disposent de plusieurs bases en méditerranée (Malte, Chypre), ainsi que dans les principautés du Golfe. Jusqu'en novembre 1967, ils disposaient d'une très importante base à Aden, à l'entrée de la Mer Rouge.Israël, on l'a trop oublié, faisait partie de cet ensemble. Sans être officiellement membre de l'OTAN, c'est par cette dernière qu'il recevait son aide militaire - par l'entremise de la France et de l'Angleterre, relayées bientôt l'Allemagne Fédérale pour le compte des Etats-Unis, avant que ceux-ci, en 1965, ne fournissement directement leurs aides. L'Allemagne Fédérale entraîne les officiers israéliens. Enfin, il est plus que probable que, malgré l'opposition des Etats-Unis dans ce cas, la France et l'Allemagne Fédérale fournissent une aide aux recherches atomiques à DIMONA dans le désert du Négueb.

Nous nous croyons donc autorisés à dire que le Moyen-Orient, en raison de son importance stratégique, est un foyer privilégié d'intrigues et de complot de la part des impérialistes.

C'est là l'état de la question en 1967. C'était un moment dans un rapport de forces en évolution constante. Il ne doit donc pas nous faire oublier l'importance des conquêtes des peuples de la région, et plus particulièrement des peuples arabes.

Il y a un demi-siècle, l'Egypte était occupée par les Britaniques depuis 1882 ainsi que plusieurs positions stratégiques du pourtour de la péninsule arabique. La première guerre mondiale allait se terminer par le partage entre la France et l'Angleterre des provinces arabes de l'Empire Ottoman, siège d'un mouvement en faveur de la constitution d'une nation arabe d'Asie unitaire et qui avait consenti pour parvenir à cet objectif un effort de guerre aux côtés des alliés, en échanges de vagues promesses de leur part.

En ouvrant la première brèche dans l'hégémonie sans partage sur le monde du système capitaliste, la Révolution d'Octobre va entraîner les peuples colonisés dans le courant général du mouvement révolutionnaire mondial.

De quel côté est la classe ouvrière mondiale, elle le montre tout d'abord en popularisant les accords secrets de partage SYKES-PICOT-SAZONOFF. Si les impérialistes arrivent à s'installer au Proche-Orient, ils devront recourir au stratagème des mandats, forme de domination coloniale théoriquement transitoire et qui prévoit le maintient d'embryons de pouvoirs national - la seule exception à cet règle sera, remarquons-le La Palestine.

La modification profonde des données de la lutte mondiale, résultant de l'écrasement du fascisme en 1945, va favoriser l'essor et les succès du mouvement de libération nationale.

Sauf le OMAN, encore dominé par les Britaniques, de même que les quelques principautés du Golfe Persiques regroupés depuis cette années dans une fédération dont la production pétrolière égale déjà celle de l'Algérie, tous les Etats Arabes ont conquis leur indépendance politique.

 

Ce faisant certains d'entres eux ont apporté, apportent encore, leur propre contribution au mouvement révolutionnaire mondial.

Car, comme le déclarait Waldeck ROCHET à la séance de clôture de la semaine de la Pensée Marxiste, il y a un an :

 

"…Si la formation du système socialiste mondial a contribué de façon décisive à l'essor du mouvement de libération nationale, il faut dire qu'en retour ce dernier a apporté et apporte un soutien important à l'édification du socialisme dans les pays où la classe ouvrière a accédé au pouvoir, ainsi qu'à la lutte de la classe ouvrière dans les pays capitalistes (…) A notre époque, l'indépendance nationale, la démocratie, la paix et le socialiste sont des objectifs indissociables. Le mouvement révolutionnaire mondial puisse en effet sa force dans la convergence des luttes multiples menées contre l'impérialisme".

 

L'indépendance politique dans les pays arabes s'est traduite dans de nombreux cas par la liquidation des bases militaires étrangères: Liban et Syrie (1946), Egypte (1954), Iraq (1958) République du Sud Yémen (Novembre 1967), pour ne nous en tenir qu'au Proche-Orient.

 

Aucun pays arabe n'est associé directement aux pactes impérialistes - les moins avancés devant tenir compte, face à leur opinion, de la position des plus avancés.

La contribution apportée par les Etats arabes avancés, dans le concert des Etats non-engagés, est connue et appréciée.

 

Au sommet arabe de Janvier 1964, ils réaffirmaient encore, avec tous les autres états arabes, leur foi dans "la possibilité de résoudre tous les problèmes internationaux par des voies pacifiques" et se sont depuis conformés à ce principe, bien que certains chefs d'états ou dirigeants arabes aient pu, depuis, apporter des démentis verbaux à ces engagements. Il sont favorables à la dénucléarisation de la méditerranée, opposés à la présence américaine dans cette région, soutiennent résolument la lutte du peuple vietnamien.

De plus, les pays les plus avancés, la R.A.U et la Syrie en tête, ont porté de rudes coups aux intérêts impérialistes en s'engageant dans la voie de l'indépendance économique. Ces pays ont fait la preuve qu'il était possible de mettre en échec les tentatives d'intervention des impérialistes et leur menaces de rétorsion pour renverser le cour des choses, en s'appuyant sur l'aide multiforme de l'Union Soviétique et des Etats Socialistes.

Notons que cal a encouragé parfois les états les moins avancés à essayer d'obtenir de meilleurs conditions de la part des états impérialistes - il y en a des exemples dans les monarchies pétrolière, mais surtout dans deux états membres du CENTO, la Turquie et l'Iran qui tentent d'échapper à l'hégémonie du néo-colonialisme.

 

Certes les situations sont diverses d'un pays arabe à l'autre. Ce ne sont pas les mêmes couches sociales qui sont au pouvoir, de l'un à l'autre la structuration sociale est différente et dans la plupart des cas même, loin d'être totalement accomplie.

Dans les monarchies, les familles régnantes ne règnent plus sans partage. Elles doivent compter avec les aspirations des couches compradores et de la bourgeoisie d’origine commerçante des villes. Cependant que des couches intermédiaires aux contours encore mal définis se dessine, regardent du côté des grands courants idéologiques qui se partagent le monde arabe, adhèrent quelques fois au marxisme aux côtés de l’élite très minoritaires des ouvriers du pétrole qui se syndicalisent ; mais de plus fréquemment elles hésitent, passent même de l’un à l’autre entre le " nassérisme " figé à son stade d’avant 1964, celui de l’époque du capitalisme d’Etat et des " commis " de tous niveaux, entre les diverses tendances du BA’TH et, depuis les succès de ce mouvement à ADEN ce que l’on m’excusera peut-être de traduire le " mouvementisme nationaliste ". C’est à dire au fond des courants idéologiquement petits-bourgeois, qu’on retrouve d’ailleurs dans d’autres pays républicains, qui sont tenté d’accorder un rôle aux minorité agissantes dans la lutte pour les transformations politiques.

 

Mais qui, dans le cas des monarchies, la Jordanie mise à part où le Parti Communiste a de l’audience, et dans quelques autres cas, restes à la surface de pays encore profondément traditionnels, où la tribu et le clan sont vivants. Il est vrai que le " millénarisme " ambiant des couches populaires arabes, peut parfois favoriser des explosions d’enthousiasme aussi soudaines que souvent déçues . Des mouvements de ce type s’exprime, remarquons le, le plus souvent pour soutenir des aspirations qui vont dans le sens du progrès. Mais le pays traditionnel pèse le plus souvent dans le sens du désintérêt pour des problèmes politiques au moins locaux de la non intervention, du statisme.

 

La situation des quatre pays arabes voisins d’Israël, bien qu’elle soit de l’un à l’autre très diversifiée, se caractérise par une structuration sociale relativement plus achevée.

 

La Jordanie, monarchie parlementaire, où participe au pouvoir les grands propriétaires fonciers et les gros capitalistes d’origine bédouine ou palestinienne , demeurait peu développée malgré quelques travaux de mise en valeur. En 1965, l’industrie et la construction ne représentaient que 16% du PNB, l’agriculture 22.6 % ; la Cisjordanie contribuait à ce PNB à 38 %. Pour une population de 2.100.000 habitants, dont près d’1 million en Cisjordanie, population totale composée pour un tiers d’ailleurs de réfugiés palestiniens installés dans les camps et dans leurs quasi-totalité improductifs, on comptait, selon le Dr DAJANI , 38.000 ouvriers d’industrie dont 14.000 en Cisjordanie, et plusieurs dizaines de milliers d’ouvriers et employés dans la construction, l’hôtellerie, les services. Le pays dépendait pour couvrir son déficit de l’aide des USA, de la Grande-Bretagne et de la République Fédérale Allemande.

 

Au Liban, république parlementaire, la place financière et commerciale la plus importante du Proche-Orient, le pouvoir est pour l’essentiel détenu par les représentant des banquiers et des couches compadores, obligés parfois de faire une place limité à des couches moins puissantes de la bourgeoisie nationale et exposés à un mouvement relativement important. L’industrie ne concourt que pour 12.8% (1965) au revenue national, l’agriculture pour 14.2%, le commerce, la banque et les services d’une part, les rentrées invisibles d’autres part, se partageant le reste. Pour une population de près de 2 millions d’habitants, on comptait 60.000 ouvriers d’industrie (12 % de la population active) et au moins le double d’employés.

 

S’il s’agit là de deux états capitalistes , tel n’est plus le cas de la R.A.U. et de la Syrie, Etats que nous conviendrons d’appeler " nationaux progressistes " et qui sont engagés sur la voir du développement non capitaliste, le premier plus précisèment depuis 1964, le second plus précisément depuis février 1966.

 

En R.A.U. , la part du secteur public était de 60 % dans le revenu national (1966), mais de plus de 85 % dans la production industrielle ; il assurait de plus 96 % des nouveaux investissements. Pour 31 millions d’habitants, environ 50 % de la population active dont 1 million d’ouvriers d’industrie et 1 million et demi d’ouvriers agricoles. C’est la campagne qui demeure encore le secteur majoritaire pour l’emploi et apporte le plus fort pourcentage au revenu national (28 % contre 23 % à l’industrie - sans les revenus du canal). On sait q’une réforme agraire y est en voie de perfectionnement. De plus, le barrage d’Assouan va permettre dans le cadre du plan de développement de gagner de nouvelles terres et fournira l’énergie nécessaire à une nouvelle étape d’industrialisation du pays. Le pouvoir appartient à un parti unique de type " front " : l’Union Socialiste Arabe, créer en 1964, et où les communistes se sont fondus en 1965, un an après leur libération des camps. Les ouvriers et les paysans, sur la base d’une définition toujours plus scientifique, détiennent 50 % au moins de tous les postes dirigeants, et prennent donc aux côtés de leurs alliées progressistes originaires d’autres couches sociales, une part toujours plus grande aux responsabilités d’orientation des affaires du pays.

La Syrie aussi a accompli de grands pas dans le développement non-capitaliste. En 1967, on estimait que 85 % de la valeur de la production industrielle était assurée par le secteur d’état qui distribuait déjà les deux - tiers des crédits bancaires et contrôlait en majorité le commerce extérieur. Pour une population totale de 5.500.000 d’habitants, les services officiels syriens estiment les salariés à 1.500.000 parmi lesquels 110.000 ouvriers de l’industrie et du bâtiment, 60.000 dans les services et divers, le reste dans l’agriculture. L’agriculture où une réforme agraire est en cours, avec adhésion obligatoire aux coopératives, assurait 35 % du revenu national contre 14 % à l’industrie. Tant à la campagne que dans l’industrie des projets de développement sont en cours, parmi lesquels un grand barrage sur l'Euphrate.

 

Le pouvoir y appartient à la tendance de gauche du BA’TH, parti laïque panarabe , apparu dans cette Syrie qui se souvient avoir été le centre du mouvement nationaliste unitaire arabe d’Asie avant la première guerre mondiale et ne se résout pas au partage résultant des frontières des mandats. L’orientation de ce parti est soutenu, dans ce qu’elle a de positif par le PC Syrien qui dispose d’une audience incontestable dans le pays et s’efforce de convaincre ses alliés de constituer un front réel regroupant tous les partis, organisations et éléments progressistes afin de mener à bien la tâche entreprise ; un membre de son Comité Central le représente au sein du gouvernement.

 

Dans cette région du monde en pleine évolution, on mesure donc combien des expériences du type de celles de la R.A.U. et de la Syrie, dont j’ai montré tout à l’heure la position stratégique qu’elles détenaient, en tant que voies de passage obligés des pétroles, on mesure combien des expériences de ce type représentaient de dangers pour les intérêts impérialistes dans la région. Ils devaient naturellement consentir de gros efforts pour briser un tel mouvement.

 

Il est remarquable qu’ils aient pu, au prix de quelques concessions de leurs part, en jouant sur la diversité des régimes et des situations, diviser un front arabe, constituer en 1964, lors de l’annonce par Israël du détournement unilatéral des eaux internationales du Jourdain. Seules la R.A.U. et la Syrie demeureront conséquentes jusqu’au bout, dans l’esprit et dans la lettre du communiqué du sommet du Caire de janvier 1964, communiqué d’orientation antiimpériliste quand il prévoyait que les relations entres les Etats Arabes avec les autres Etats seraient fonction de l’attitude de ces états dans les différents qui opposaient les Arabes à Israël .

 

La R.A.U et la Syrie vont se trouver isolées. Au premier prétexte, Israël va tenter de mettre un coup final à leurs expériences.

II

 

Je sais bien qu’ici on va m’arrêter, m’accuser d’un manichéisme qui m’est étranger, que sais-je de dogmatisme, de schématisme et de plus hardis diront que j’en appelle aux grands vents des " solutions finales ". Etait-ce cela, me dira-t-on, les " nouvelles épousailles " du poète que vous citiez ?

 

J’ai plaidé pour les faibles "  à la peine ", ferai-je  justice au fort ? Oublierai-je qu’il fut, qu’il est aussi "  à la peine " et que ce ne sont pas des lignes d’armistice ou de cessez-le-feu qui y changent quelque chose ? Sans moralisme vain, sans sentimentalité déplacé, il nous faut certes aussi examiner ce point.

 

Nous touchons ici aux caractéristiques propres, originales du conflit dit israélo-arabe et dont j’espère avoir déjà montré qu’il avait aussi d’autres dimensions .

 

Nous atteignons le domaine de l’émotionnel, presque un mur, celui des réactions psychologiques fortement contrastées des Israéliens d’une part, des Arabes d’autres part et de ceux qui connaissent les uns ou les autres sympathisent exclusivement, pour des raisons irrationnelles ou inavoué, avec les uns ou les autres. Maxime RODINSON, dans son dernier livre, a écrit de belles pages à ce sujet.

 

Mais au-delà de la psychologie, des opinion publiques de tous types, c’est le concret, ce sont les faits qu’il nous faut tenter de mettre en lumière.

 

L’état Israël est une réalité. Il a comme tout Etat    " le droit…à l’existence et…à vivre en pais et en sécurité ". j’ai préféré d’emblée pour éviter toute ambiguïté fournir ici une citation de la déclaration du porte-parole officiel du gouvernement égyptien, le Dr HASAN EZ-ZAYYAT lors de sa conférence de presse du 8 novembre 1967. Il confirmait ainsi l’accord du gouvernement égyptien avec des déclarations faites par le HUSAYN en Europe et au Etats-Unis quelques jours auparavant. Le Dr ZAYYAT ajoutait que la signature des accords d’armistice de 1949 par les Etats arabes équivalait, ce qui est difficilement contestable, à une reconnaissance implicite de ce droit, sans exiger une reconnaissance explicite diplomatique de cet Etat. L’armistice en effet n’est pas la paix.

 

Nous verrons justement plus loin que c’est cette absence de paix qui constituera la difficulté principale. Nous nous demanderons pourquoi ?

 

Retenons pour le moment le droit

 

Ce droit est fondé sur sa reconnaissance par la grande majorité des états du monde, cette majorité qui à dû, dans les conditions complexes où le problème palestinien se posait dans l’immédiate après guerre, se résoudre au partage. Le fait que les uns ou les autres aient été animé, ce faisant, de telles ou telles intentions n’y change rien. L’Union Soviétique, rappelons-le pour mémoire, a essayé de sauver l’avenir en insistant sur la nécessité d’une union économique entre les deux états qui accèderaient à l’indépendance, le juif et l’arabe. et c’est bien ce que stipulera la résolution de O.N.U. du 29 novembre 1947. De plus, ce droit est reconnu par la grande majorité des états qui depuis dans le monde ont conquis leur indépendance. Enfin et surtout, ce droit est fondé sur la pratique de l’existence depuis plus de vingt ans par ce qui est devenu le peuple d’Israël, peuple origines diverses qui ne peut plus être assimilé à un colonat du type de celui qui existait en Algérie par exemple.

 

Le cas d’Israël n’est donc pas quant au droit de base différent de celui des autres états du monde dont l’existence découle de circonstance historique diverses, dont les peuples proviennent aussi la plupart du temps d’origine diverses. Tel est aussi le cas de bien des états arabes.

 

Ceci concédé, on m’accordera en retour que selon la formule de Martine MONOD cet état peut-être, tout comme les autres, jugé sur ces actes et quant à son idéologie, sans préjugé d’aucune sorte, favorable ou non.

 

Or dans la situation qu’il occupait avant le 5 juin 1967, pour ne pas parler de celle qu’il occupe depuis, Israël outrepassait le droit qui lui avait été concédé par le concert des nations. Il débordait considérablement des frontières initialement prévues, sans que des accords internationaux aient jamais transformé en frontières les lignes d’armistice derrière lesquelles il s’installait. il transformait le caractère des territoires occupés, les annexait dans la pratique, au mépris des conventions de La Haye, de la lettre des accords d’armistice, des décisions de l’O.N.U. d’ou il tirait son existence. Il refusait de rapatrier les réfugier arabes qu’il avait aidés dans une grande mesure à s’enfuir, disposait de leur bien. Il se mettaient ainsi en infraction avec la parole même donnée par ses représentants lorsqu’ils avaient accepté les conditions, fait unique dans l’histoire contemporaine, qui leur avaient été imposé en échange de leur admission à l’O.N.U par la résolution de l’Assemblée Générale du 11 mai 1949. Ils imposaient enfin à la minorité arabe demeuré sur leur territoire, pourtant de deux tiers inférieur au nombres des arabes dont il avait été initialement prévu qu’ils seraient citoyens de l’Etat Juif, une discrimination sur la base de leur appartenance nationale et religieuse. Réservant la nationalité israélienne automatiquement à tout israélite dès son arrivée dans le pays, ils rejetaient ces arabes dans une citoyenneté d’un degré inférieur. Au nom d’une cinquième colonne possible dans leurs rangs, ou plus simplement en fonction de ce qu’ils disaient être les exigences de la technique moderne que seuls des juifs pourraient être à même d’exercer, ils les dépouillaient d’un nombres toujours plus grands de leurs terre. Israël reniaient ainsi les paroles mêmes de sa proclamation d’indépendance, l’antiracisme qui avait été un des arguments les plus forts des sionistes auprès de l’opinion mondiale.

 

Tout se passait comme si le droit reconnu à l’existence nationale était interprété – tel était le cas –comme la reconnaissance d’un droit au retour du " peuple " juif sur la terre de ses ancêtres.

 

 

Or, il s’agit là de mythes aberrants. Il n’y a pas de " peuple juif " ; la référence à des ancêtres palestiniens est un archaïsme, scientifiquement non fondé, qui fait penser à la reconstruction des tribus et des clans dans les sociétés pré-capitalistes , autour d’un ancêtre éponyme mythique.

 

A la recherche du " fondamentalisme " de leur société, pour employer une expression de Jacques BERQUE – mais il s’agit dans ce cas de discontinuité avec des pointillés qui sont autant d’omissions que d’hasardeux raccourcis – les sionistes peuvent mettre en avant ce qu’ils appelleraient leur réussit en fin de compte.

 

Pourtant le sionisme quand il se crée à la fin du 19ème siècle, avec l’insistance qu’il met sur les critères culturels, sur la religion, n’est pas un nationalisme moderne. Il s’apparente plus aux " nations " basées sur la communauté religieuse que connaît et institutionnalise l’Islam moyenâgeux, entre autres, qu’aux nations modernes en formation en Europe.

 

Lénine lui-même devait aborder ce point, quand il critiquait le séparatisme du BUND, organisation loin pourtant d’être sioniste au sens du mot où nous l’entendons aujourd’hui. Faire sien  le mot d’ordre de la " culture nationale juive " écrivait-il en 1913 dans ses Notes critiques sur la question nationale, C’est être " un partisan des éléments anciens et frappés d’un caractère de caste de la société juive ".

 

Certes, le sionisme politique comme une réponse à la vague d’antisémitisme que connut l’Europe à la fin du 19ème siècle. Mais, comme le remarque justement Maxime RODINSON dans son livre Israël et le refus arabe, le fondateur de ce mouvement , HERZL, en se convertissant à ce type de " nationalisme ", tombait d’accord avec les antisémites sur le " diagnostic " : inassimilables en Europe, les juifs devaient la quitter.

 

Quelques communautés agricoles de pionniers, sous l’influence du socialisme utopique, avaient montré la voie, en installant en Palestine des " phalanstères " financés par des mécènes puissant et autant généreux qu’intéressés par la proximité de cette région avec le canal de Suez qui sera ouvert en 1869.

 

Pour obtenir son état juif consacré par le droit international, le sionisme politique va s’inscrire dans le courant colonialiste et impérialiste prédominant à l’époque. Il tentera sans succès de profiter, avec l’aide des financiers d’origine juive, des difficultés du Sultan ottoman, afin d’obtenir un statut d’autonomie proche de celui que les puissances impérialistes ont imposé pour le Mont Liban chrétien depuis 1860. Mais il tente surtout d’alléger ces mêmes puissances en leur faisait valoir l’intérêt de l’entreprise. " Pour l’Europe, écrivait HERZL, nous constituerions là-bas  un morceau de rempart contre l’Asie, nous serions la sentinelle avancée de la civilisation contre la barbarie. Nous demeurerions, comme état neutre, en rapports constants avec tout l’Europe qui devraient garantir notre existence ".

 

Les limites de cet état sont vagues. Par référence à la bible elles s’étirent du Nil à l’Euphrate. les indigènes ont les néglige. Le " modèle ", s’il y a modèle, est, derrière l’écran de fumée des justifications bibliques, celui des colonisations européennes de l’Amérique, celle du Nord notamment, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande. Et c’est déjà quand le projet est exprimé un anachronisme ; on ne fait déjà plus table rase en terre de colonisation.

 

Cela l’est d’autant plus qu’une nation arabe est en voie de constitution autour de la province ottomane de Syrie dont la Palestine est le midi.

 

Le projet pourtant devra connaître un début d’application, à la faveur de la concurrence entre les appétits des puissances impérialistes, après la première guerre mondiale, et plus particulièrement de la nécessité où se trouve l’Angleterre de recourir à un prétexte humanitaire pour améliorer ses positions stratégiques. La puissance mandataire admet alors dont la majorité serait constitué de colons européens, puissent voir le jour. Bien qu’on ne parle officiellement que du " Foyer national ", il est admis d’un commun accord qu’un état juif apparaîtra quand la majorité de la population sera juive.

 

Ce fait ne se produisit jamais

 

Et lorsque, se réclamant du fait que les crimes nazis avaient été perpétrés contre des millions de citoyens de nations d’Europe – sous le prétexte dans la majorité des cas qu’ils étaient " juifs " - pour mobiliser en leur faveur l’opinion mondiale, ils entrent à leur tour, avec quelques décennies de retards sur les arabes palestiniens, en lutte contre la puissance coloniale, c’est toujours cette majorité juive que les dirigeants sionistes ont en vue. C’est pour leur propre compte et non aux côtés du mouvement arabe de libération qu’ils mènent le combat. Des esprits généreux des deux camps ne pourront pas faire que les heurts entre communauté ne deviennent, encore plus qu’ils le furent avant guerre, sanglants, et que cela ne laisse dans un camp comme dans l’autre des traces durables.

 

Mais bien qu’Israël se soit à l’issue de la guerre de 1948, installé sur la majorité des terres de l’ancienne Palestine sous mandat, la population rapportée à cette ancienne Palestine n’en est pas non plus pour autant, après vingt ans d’existence de l’état devenue en majorité juive. On ne saurait mieux montrer que la thèse de l’état " juif " était dès le départ fragile.

 

Pourtant ces anachronisme et ces mythes n’ont pas été abandonnés pour autant. Sous l’influence des dirigeants sionistes, les espoirs de reconstitution du " Troisième royaume d’Israël " pour reprendre l’expression de Ben Gourion ce triste soir de 1956 où les armées israélienne, puis franco-anglaises, parvenaient aux abords du canal de Suez, n’ont pas été abandonnés.

 

Après avoir misé sur l’expression impérialiste, puis avoir cherché à tirer profit du mouvement démocratique et de libération nationale d’après guerre, les dirigeants d’Israël ont misé sur la guerre froide, se sont placés résolument dans le camp des puissances impérialistes les plus agressives, Etats-Unis en tête.

 

Ils se sont ainsi inscrits à contre-courant de l’histoire de notre temps.

 

Cela n’a pas été sans conséquence sur le plan intérieur, et plus particulièrement dans les domaines économiques et social. Une société qui se fixe pour but d’attirer sur son territoire des immigrés, surtout européens, surtout européens, se doit de maintenir un " niveau de vie " qui corresponde à la norme des société qu’ils quittent. Dès l’époque du mandat, les investissements de départs provenaient non du travail des groupes sociaux qui allaient en être bénéficiaires, et les faire incontestablement fructifier – c’est un mérité qu’on ne leur nie pas -, mais de fonds extérieurs : 35.6 millions de livres palestiniennes de 1917 à 1944. La confiscation des biens et revenus des réfugiés palestiniens devait rapporter entre 1 et 2 milliards de livres palestiniennes depuis 1948.

 

Mais cela ne suffisait pas. Il fallait recourir délibérément à l’ " impulsion extérieure ". On estime à 6 milliard et demi de dollars l’aide extérieure reçue de 1950 à 1966. Que l’aide gratuite représente dans ce total plus de la moitié, n’empêche pas Israël d’être parmi les états dont la dette extérieure est la plus élevée par rapport au revenu national net (69.6 % en 1965). 95 % du financement de la demande excédentaire est assuré par l’aide extérieure. Israël peut ainsi maintenir des taux élevés d’investissement, un fort pourcentage à son budget d’armement, et consacrer à la consommation les sommes qui, dans le cas des pays arabes, comme le remarque l’économiste libanais Georges CORM, doivent être réservées à l’épargne intérieure, source principale des investissements.

 

Etant donné leur provenance, ces sommes ne sont pas destinées à construire une société socialiste, mais bel et bien capitaliste, et sur les bases les plus malsaines qui soient.

 

S’il y a en Israël 20 % des entreprises qui soient d’état 15 % des entreprises qui dépendent du secteur ouvriers de l’histadront, depuis le début des années soixante des lois autorisent des participations de capitaux privés, particulièrement étrangers. Des garanties sont accordées à ces capitaux quand à leur rapatriement, quel que soit le secteur où ils s’investissent, des avantages fiscaux sont concédés. Et l’on sait que contre la société d’investissements que les sociétés monopolistes étrangères ont créé au début de cette année, sous le couvert de la religion, un effort plus grand de productivité a été au détriment des intérêts de la classe ouvrière ; une loi prévoyant l’imposition d’un préavis très anticipé pour les grèves vise de plus à entraver le mouvement revendicatif dont la tendance était ces dernières années d’échapper toujours plus au contrôle de la centrale unique et officielle, l’Histadront. sur 900.000 salariés dont 220.000 (le quart) étaient des ouvriers d’industrie, il n’y avait avant juin 1967, on les sait, 100.000 chômeurs. Ils en reste actuellement, malgré le maintien sous les drapeaux, 30.000, surtout arabes.

 

La dépendance économique accrue à l’égard des monopoles étrangers se retourne toujours plus contre les intérêts des couches populaires d’Israël.

 

Pourtant l’industrie n’assure en moyenne que 25 % du revenu national, à peine un peu plus qu’en Egypte, si l’on fait abstraction des revenus du Canal. Il est vrai que ce n’est pas au bénéfice de l’agriculture, mais des services.

 

On dira que l’agriculture, elle au moins est socialiste. Les KIBBOUTZ colonies collectivistes, ne regroupent pourtant, selon l’économiste israélien SHLOMO SITTON que 11 % des paysans. Leur apport dans l’ensemble est faible. Intégrés dans le réseau des rapports de production capitalistes, leurs dettes (donc leur dépendance) sont estimées, selon les chiffres rapportés par Joseph KLATZMANN à 222 % de la valeur de leur production pour les kibboutz fondés depuis 1948, et déjà à 87 % pour ceux fondés avant 1936 ; elles sont à 190 % de cette valeur pour ceux qui ont été fondé entre 1936 et 1948.

 

Pourtant les kibboutz ne cessent d’être donnés en exemple. Des experts israéliens l’utilisent en Afrique pour détourner les peuples qu’ils conseillent des voies qui déboucheraient réellement sur le socialisme ; dans ce domaine, comme dans d’autres, les attributeurs israéliens de crédit suivent. Non qu’il y ait comme on la vue surcroît de fonds en Israël, mais parce que les crédits obtenus par Israël contiennent souvent des clauses autorisant la réexportation des capitaux. Israël participe ainsi à l’exploitation des peuples nouvellement indépendants pour le compte de ses protecteurs monopolistes nationaux. La boucle ainsi se ferme.

 

On ne s’étonnera pas que de telles orientations puissent être prises sous la direction d’un parti social-démocrate de droite, puisque tel est le MAPAI. Il y a déjà dans le monde le précédent connu du Parti Travailliste Britannique.

 

Mais pour exister incontestablement l’opposition à des orientation sur le plan extérieure, particulièrement à l’égard des arabes, est faible, non décisive.

 

Si l’on examine avec SHLOMO SITTON , la structure de la population israélienne, et particulièrement de la population juive – sur 2.800.000 habitants, il y a 350.000 arabes israéliens, on est frappé par ses origines. Beaucoup de 1919 à 1931 vinrent de cette Union Soviétique où se bâtissait le socialisme. Un grand nombre s’autres après 1948 viendront des démocratie populaires, alors qu’elles s’engagent sur la même voie. Beaucoup d’autres quittent les pays arabes. Très peu proviennent d’Europe occidentale et pour ainsi dire pas des Etats-Unis.

 

Le " socialisme " israélien n’attire donc pas ces derniers. Quand aux autres, selon la formule de Martine MONOD, ils ne bénéficiaient certes pas d’un préjugé favorable pour le socialisme scientifique ni pour le mouvement national de libération arabe. Quand aux travailleurs du secteur industriel et artisanal, originaire d’Europe pour un tiers parmi les immigrés d’après 1948, ils sont surtout constitués d’une aristocratie ouvrière. Et si les travailleurs originaires d’Asie et Afrique sont discriminés, encore beaucoup d’entre eux suivent-ils le penchant classique qui est de discriminer ceux qui sont encore plus discriminés qu’eux. Les victimes directes du nazisme dans la population juive d’Israël ne sont, remarquons-le qu’à peine un sixième, selon les recensements israéliens.

 

Dans c contexte défavorable au départ, il faut donc apprécier la montée des luttes revendicatives ouvrières, les luttes pour la démocratie et contre la discrimination raciale, bien qu’elles n’aient jamais jusque là été décisives . il faut apprécier aussi, malgré la scission survenue dans son sein en 1965 à l’initiative de dirigeants et militants juifs, le maintien dans les rangs du Parti Communiste bi - national d’un pourcentage important de juifs.

 

Il est incontestable cependant que cette scission a affaibli le courant anti-impérialiste et favorable à la solidarité avec les luttes de libération nationale et sociale des peuples arabes en Israël et apporté un renfort aux partisans de solution sionistes du différent israélo-arabe. Il est vrai qu’il existe parmi les sionistes israéliens deux tendances, l’une plus favorable aux solutions diplomatiques, l’autre pour les solutions de force. Mais il faut s’entendre sur les mots : les premiers ne se refusent pas à l’extension d’Israël, si les conditions leur apparaissent favorable, en fonction de l’état de préparation de leurs alliés impérialistes ; sous leur influence, c’est le cas d’EBAN comme ce fut le cas de SHARETT, ils seraient prêts à négocier un accord leur permettant de conserver le maximum de ce qu’ils ont acquis ; mais c’est afin de créer les conditions pour qu’Israël puisse jouer dans la région d’une puissance néo-coloniale, dont ils espèrent qu’après un temps probatoire, elle pourrait l’être au premier degré et non au second degré. Les seconds sont partisans de conquérir par la guerre cette extension d’Israël le contrôle territorial leur apparaissant plus sûr ; ils pensent ainsi arriver un jour à créer une certaine stabilité qui ferait de leur état élargi de pôle d’attraction qu’il n’est pas encore pour les israélites du monde.

 

Les uns et les autres utilisent habilement les faiblesses et les erreurs du monde arabe pour mobiliser l’opinion israélienne et l’opinion mondiale.

 

Mais ce qu’ils craignent t par dessus tout, c’est que l’évolution dans la voie de la libération sociale de leurs voisins arabes, évolution encore incomplète en Syrie et en Egypte, sans parler des luttes pour l’indépendance économique qui ne sont même pas amorcées au Liban et en Jordanie, n’atteignent un point de non-retour qu viendrait faire barrage aux rêves d’expansion territoriale des uns, d’expansion néo-colonialiste des autres.

 

L’affaire de Suez en 1956 l’avait montré, l’agression de juin 1967 le montre encore, dès que les puissances impérialistes principalement intéressés à la situation dans le monde arabe, admettent dans leurs calculs la solution de force, les deux tendances conquérantes du sionisme israélien font bloc et prennent, soit en commun avec leurs alliés, soit seules , mais après concertation de leurs alliés, l’initiative des opérations contre les arabes.

 

Après les précautions d’usage pour neutraliser l’opinion mondiale en rejetant la responsabilité de la chose sur les victimes.

 

III

 

La crise de mai - juin 1967 et la guerre des six jours qui vint la conclure ne se dissocient donc pas de la stratégie globale des impérialistes les plus agressifs, même si les objectifs propres d’Israël conservent dans cet ensemble une certaine autonomie.

 

Il s’agissait de détruire les régimes nationaux progressistes de R.A.U. et de Syrie. De cette destruction, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne Fédérale, escomptaient les réactions en chaîne dans les pays arabes, qui leur permettraient de maintenir, de reprendre ou de développer leur contrôle d’une région j’ai montré l’importance économique et stratégique.

 

A Israël, pour son intervention – intervention qui présentait l’avantage de détourner l’opinion publique des vrais prétextes – il fallait accorder en prime la possibilité d’un règlement du problème palestinien dans le sens de l’expansion sioniste, sans hésiter pour cela à sacrifier un autre allié des impérialistes la Jordanie.

 

Enfin la méthode d’agression éclaire retenue pour cette opération ,présentait, quand à l’expérimentation des moyens d’intervention possibles sur tel ou tel autre point du globe un intérêt que les couches revanchardes de BONN entre autres n’auront pas manqué de souligner.

 

IV

 

Mais parlerons-nous enfin du présent ?.

Au fait, qu’avons-nous fait d’autre depuis le début  ?

 

Nos plongées dans le passé n’étaient-elles pas aussi des communautaires sur le présent, dans la mesure où il nous était difficile de ne pas l’avoir, ce présent, bien souvent à l’esprit ?

 

Si les objectifs initiaux du conflit sont bien ceux que nous avons essayé de reconstituer, on conviendra qu’ils n’auront été réalisés que très partiellement.

 

Les régimes visés de R.A.U. et de Syrie n’ont pu être renversés, malgré l’ampleur des pertes militaires, économiques, humaine imposées à ces deux pays, comme à la Jordanie. La résistance arabe, la mise en garde ferme des états socialistes d’Europe, ont imposé à Israël de se soumettre à l’ordre de cessez-le-feu du Conseil de Sécurité, avant d’avoir pu atteindre la totalité des objectifs initiaux.

 

Il en est résulté qu’Israël qui occupe militairement des superficies de terres arabes considérables était, dès le départ, mieux servi que ses alliés. Il y avait là en germe la possibilité d’une contradiction entre les intérêts des cercles dirigeants d’Israël et ceux de ses alliés impérialistes, pour peu que ceux-ci ne parviennent pas à obtenir, en jouant sur les conséquences différées de la défaite arabe, le renversement escompté des régimes visés.

 

Il y avait aussi le risque, pour peu que des signes de faiblesse apparairent dans les fronts intérieurs arabes et le front interarabe, d’une nouvelle intervention militaire pour compléter les objectifs initiaux. Mais une telle éventualité dépendait du feu vert que pourrait accorder en fonction d’une analyse globale de la situation non seulement régionale mais aussi mondiale, l’allié impérialiste, au premier chef américain.

 

Or, non seulement les régimes nationaux progressifs de R.A.U. et de Syrie n’ont pas été renversés, mais ils se sont consolidés. Cela est plus particulièrement vrai et R.A.U. où une grande attention a été accordée aux secteurs économiques, politique et social du front de lutte global.

 

Ajoutée à la détermination des masses populaires arabes et de leurs dirigeants, l’aide de l’Union Soviétique dans les domaines militaire, économiques et diplomatique a permis un rapide redressement sur tous ces plans.

 

 

L’avantage politique est passé de plus en plus du côté arabe.

 

Encouragé par la résistance de la R.A.U. et de la Syrie la Jordanie à tenu bon. Israël a été ainsi privé d’un règlement légal du problème palestinien dans les sen escompté par ses dirigeants au début.

 

Israël encourait ainsi le risque de démasquer devant l’opinion mondiale abusivement trompée en juin, son véritable visage.

 

Ce fut d’abord, le 27 juin 1967, l’annexion de la partie jordanienne de Jérusalem, le refus de se soumette aux protestation élevées par deux fois en juillet par 99 membres de l’O.N.U.. Ce fut en été 1967 la décision d’administrer les territoires occupés et à la fin de l’été l’installation de premiers kibboutz sur ces terres. Ce fut la tentative d’obtenir la reconnaissance du fait accompli par la Jordanie en semblant céder aux injonctions du Conseil de Sécurité quant au droit au retour des nouveaux réfugiés ; et puis l’arrêt brusque de ces retours, après l’acceptation de quelques milliers d’entre eux, les efforts entrepris au contraire pour susciter un mouvement d’exode parmi les Arabes des territoires occupés, a GHAZZAH, à Jérusalem, dans les villages frontaliers, déjà en partie rasée au cours de la guerre des six – jours. Et cela s’accompagne d’une répression sauvage, barbare, contre ceux qui résistent ou sont supposés le faire, de tortures, de dynamitage de maison. Cependant que les démocrates en Israël et parmi eux les communistes sont à leur tour réprimés.

 

Pour justifié ces mesures, ces faits accomplis successifs, l’insécurité est entretenue aux lignes de cessez-le-feu, particulièrement sur le canal de Suez. Selon la méthode éprouvée la responsabilité st rejetée sur les victimes.

 

L’appui des Etats-Unis et de leurs alliés préserve encore à l’époque Israël des condamnations trop nettes de l’O.N.U.

 

Mais la situation s’éternise et les alliées impérialistes d’Israël connaissent des difficultés. La Grande-Bretagne qui subit, plus que d’autres, les effets de la fermeture du Canal. Ce sont ses intérêts économiques qui sont les plus menacés par l’offensive de l’impérialisme français qui tente de profiter d’évènements dans lesquels il s’est gardé de tremper. Elle devra consentir en novembre 1967 à l’indépendance du Yémen du Sud, décider de retirer ses forces à l’Est de Suez d’ici 1971. Cette situation offrira, six mois après la guerre, le 22 novembre 1967, la possibilité d’une résolution de compromis du Conseil de Sécurité qui a le mérité d’exiger le retrait des troupes israéliennes des territoires tout en garantissant le droit à l’existence pour tous les états de la région. Les Etats-Unis eux-mêmes seront obligés de la voter, tout en tentant de lui donner un contenu qu’elle n’a pas. Le gouvernement israélien ne s’y trompe pas d’ailleurs puisqu’il a jusqu’ici refusé de l’accepter officiellement, pas plus qu’il n’a jusqu’ici accepté de faciliter la mission du représentant spécial nommé pour rechercher les voies d’application de cette résolution, Monsieur GUNNAR JARRING. J’ai eu l’occasion de démontrer d’ailleurs comment les déclarations mensongères d’ABBA EBAN au " Monde " avaient reçu le démenti de son propre gouvernement, après avoir reçu, avant d’être proférés, celui de la KNESSET.

 

Certes, les Etats-Unis ne renoncent pas à soutenir les prétentions et la politique d’Israël. Ils ne désespèrent pas de parvenir ainsi à leurs objectifs. Pendant qu’ils encouragent les tendances à la dissolution de la part des monarchies arabes et cherchent à créer dans le Golfe Persique où ils prennent la relève des Britanniques une nouvelle zone de tension, ils promettent à Israël des armes. Et certaines déclarations d’ESHKOL encore en avril font penser que derrière les graves incidents, qui éclatent en février et mars de cette année sur le Jourdain, il y avait peut-être au départ un accord de principe donné par les Etats-Unis pour une nouvelle agression qui, en prenant pour prétexte l’activité des commandos présentés comme une rupture du cessez-le-feu, aurait permis de conquérir les hauteurs transjordaniennes. Il ne serait plus resté aux arabes dans ce cas que le désert jusqu’à BAGDAD. Mais l’offensive du TET au Vietnam a pu peser dans le sens de la prudence. Quoi qu’il en soit de cette hypothèse, à partir de ce moment, les défis successifs opposés par les gouvernants d’Israël à l’O.N.U et à l’opinion mondiale, leurs faits accomplis successifs, se heurteront à de nettes condamnations. Il en est ainsi de la décision de repousser les frontières aux lignes de cessez-le-feu prise le 29 février de cette année, de la situation imposée à Jérusalem et dans les territoires occupés où une commission d’enquête de l’O.N.U. s’efforce de se rendre ; il en est ainsi de la décision d’organiser un défilé militaire à Jérusalem le 2 mai dernier ; il en est ainsi des incidents, raids et incursions au-delà des lignes de cessez-le-feu depuis mars, principalement sur les fronts jordaniens et égyptiens. Au Conseil de Sécurité, les Etats-Unis, ainsi que quelques autres, comme le Canada, n’ont plus que la ressource de s’abstenir. Il est vrai qu’ils opposent encore leur véto à ce que jouent les sanctions prévues par la Chartre de l’O.N.U et que l’Union Soviétique s’efforce depuis le moi de mai de faire jouer. ils se réclament de plus d’une " agressivité " qui serait apparue dans le camp arabe pour justifier leurs livraisons d’avions et d’armements modernes. Sans parler de leur campagne, appuyée d’ailleurs par des cercles gaullistes et qui vise à déformer le sens de la présence protectrice de la flotte soviétique en méditerranée.

 

Cette " agressivité " vise la nouvelle tactique définie par l’Egypte au mois de septembre et connue sous le nom de " défense préventive ". le Dr HASAN EZ-ZAYYAT que j’ai déjà cité, expliquait le 18 septembre dernier que de telles mesures seraient prises " chaque fois q’une seule balle sera tirée du côté israélien, car cette seule balle pourrait constituer le prélude de violents raids du type de ceux auxquels s’est trouvée exposée la zone du Canal de Suez après coup ". Si l’on en juge par la nature détruit par les Egyptiens au cours de la riposte violente qui a été la leur, dès les premiers indices d’incidents le 26 octobre, on comprend de quoi l’Egypte par son poids économique et politique joue un rôle de premier plan.

 

Dès la conférence de KHARTOUM, l’Egypte s’est efforcée de faire prévaloir une ligne commune afin de rechercher une solution politique et diplomatique au conflit, d’obtenir le retrait des troupes israéliennes des territoires occupés depuis le 5 juin. La résolution de la conférence qui ratifie ce point de vue souligne que cela ne soit pas impliquer la paix avec Israël ou sa reconnaissance diplomatique, ni des négociations directes avec lui, ni l’abandon des droits du peuple palestinien, à l’obtention desquels la paix apparaît donc subordonnée.

 

Mais cette ligne favorable à la recherche de solutions politiques et qui est à la base de l’acceptation immédiate par l’Egypte de la résolution du Conseil de Sécurité du 22 novembre 1967, a un volet qui lui est indissociable : celui de la nécessité de parachever le redressement militaire. Comme le disait le président NASSER, en mars, lors d’une visite au front : " cela donnera aucun intérêt aux conversations politiques ". En avril, devant les avocats arabes, le Président insistait de plus sur la nécessité de prendre en considération l’opinion publique mondiale : " nous nous rendons compte en ces jours de la force de cette opinion qui a pesé dans la question vietnamienne ". C’est sur le plan d’une stratégie globale qu’il se situe, définissent sur un pied d’égalité, avec son allié soviétique à Moscou en juillet dernier : " les prochaines mesures conjointes à prendre pour assurer la restauration de la paix et de la sécurité au Moyen-Orient " sur la base de la résolution du 22 novembre 1967. La R.A.U. s’efforce de plus de créer sur ces bases un front antiimpérialiste des états et peuples arabes.

 

Tant il est vrai que la non-tenue jusque là du sommet arabe prévu à l’origine pour décembre 1967 n’a pas constitué un facteur de renforcement de la position arabe dans le monde, au contraire.

 

Il est remarquable, de plus, que la riposte ferme des égyptiens, ait coïncidé avec une large campagne lancée par MAHMOUD RIYADH et les diplomates à l’O.N.U. pour obtenir, sans formalisme vain, l’application par étape de la résolution du 22 novembre. Aux deux questions posées par la R.A.U. – s’il acceptait la résolution du Conseil de Sécurité et ce qu’il entendait par frontière sûres et reconnues – Israël n’a pas répondu encore.

 

On doit à cette orientation de la politique égyptienne , alliant la diplomatie à le fermeté, finement sensible aux fluctuations du monde où mous vivons, disputant à son ennemi son influence sur l’opinion publique mondiale, lui démontrant ses limites militaires ,on doit à cette orientation la crise qui est apparue au sein du gouvernement d’Israël et celle des rapports entre Israël et ses alliés. S’il ne faut pas surestimer ces crises, elles méritent cependant d’être notées, comme des indices des transformations survenues depuis juin 1967.

 

On sait que ces efforts de la R.A.U. rencontrent le soutien de nombre d’états arabes, en premier lieu de la Jordanie, la plus cruellement touchée par le conflit, la plus faible face aux pressions de toutes sortes. Bien que le raisonnement de départ des deux états soit différent, ils s’efforcent de joindre leurs efforts pour parvenir à une solution politique du conflit par des voies diplomatiques et sur des bases réalistes.

 

Et bien que les hommes politiques jordaniens, dont les partis et mouvements sont les plus engagés dans l’action de résistance dans les territoires occupés, n’aient pu jusqu’ici convaincre le Palais de la nécessité de consolider le front intérieur, en confiant à un gouvernement d’union nationale la réalisation du programme du Rassemblement Patriotique de Jordanie, au sein duquel ils se regroupent, ils appuient et encouragent dans leur écrasante majorité ces efforts communs du Roi et de la R.A.U.

 

Les dirigeants syriens eux-mêmes, bien qu’ils prônent d’autres méthodes, n’ont rien fait jusque là pour entraver ces efforts.

 

J’ai parlé de résistance. S’il est une différence avec la situation de 1948,, c’est bien celle-là : les arabes dans leur majorité se sont efforcés de s’accorder à leur sol. Et si dans le premier moment qui a suivi la défaite, il y avait parmi eux un courant qui penchait pour se faire une raison, l’action des Comités d’Orientation Nationale, mis en place dès juillet, puis la résistance des états arabes agressés, ceux de la R.A.U. et de Syrie au premier chef, ont favorisé un courant contraire qui, depuis la grève de septembre 1967 contre l’occupation et l’annexion de Jérusalem, n’a cessé de grandir. Les manifestations et grèves de ces dernières semaines montrent la profondeur de ce mouvement de résistance de masse. Il embarrasse et embarrassera toujours plus les dirigeants d’Israël, sous le coup de la réprobation et du dégoût.

 

Et puis il y a un autre courant de résistance, qui ne se confond pas avec le premier sans toutefois qu’aucune osmose entre les deux ne soit impossible, mais qui se situe, non sur un plan jordanien, mais sur un plan palestinien : il s’agit des organisations de résistance armée.

 

Le droit de résistance contre un occupant, y compris par les armes, est légitime – le Rassemblement Patriotique de Jordanie n’en refuse pas lui-même l’éventualité. Le fait que cette résistance puisse disposer de bases hors des territoires occupés, sur la partie libre de sa patrie, ne peut être sérieusement allégué montre cette légitimité. L’armée israélienne a fait beaucoup d’ailleurs en attaquant KARAMEH , le 23 mars, l’opinion mondiale, les résistants qui y avaient leurs bases de départ.

 

Mais il serait hasardeux de prétendre qu’en admirant le courage individuel de ces combattants, en exprimant sa solidarité avec eux, en rejetant l’argumentation de l’occupant pour justifier sa répression et son droit de poursuit, l’opinion démocratique mondiale se prononçait , comme se prononçant les organisations auxquelles ils appartiennent, pour la lutte armée en tant que seule forme de lutte en tant que seule forme de lutte, à l’exclusion de toute autre, ni pour la disparition de l’état d’Israël – je ne dis pas des juifs. Faire croire à l’opinion arabe qu’il puisse y avoir dans notre pays un pourcentage autre qu’infime pour soutenir de tels mots d’ordre serait criminel. La disparition de l’état d’Israël , par exemple, n’est prônée que par quelques irresponsables ou aventuriers qui seraient en peine de faire la preuve de l’audience qu’ils n’ont pas. Il en est de même en Europe.

 

Le raid israélien sur KARAMEH a fait beaucoup aussi pour que s’affirme la solidarité des dirigeants arabes et de l’opinion publique arabe. Il a fait beaucoup, de plus, pour que ces mêmes dirigeants arabes accordent une aide matérielle à ces organisations de résistance armée.

 

Avant de nous demander si cela signifie qu’il y a une contradiction entre la diplomatie officielle des états arabes et leur soutien à un mouvement qui se fie des objectifs qui dépassent de loin ce qu’on est convenu d’appeler la liquidation des séquelles de l’agression, il faut marquer cette responsabilité initiale des gouvernants sionistes d’Israël.

 

Le sens des efforts des dirigeants arabes a été jusque là de favoriser le regroupement des organisations multiples et concurrentes de commandos, afin que leur action dans les territoires occupés, et pourquoi ne pas le dire, sur les arrières de l’ennemi s’opère dans la coordination. Parallèlement, le Rassemblement Patriotique de Jordanie dont certains des partis qui le composent ne sont pas sans lien avec telle ou telle de ces organisations, s’et efforcé d’établir des liaisons avec les dirigeants des plus importantes organisations de commandos, afin que leurs activités n’en viennent pas à contredire leur propre action dans les territoires occupés et, par des initiatives hors de propos, n’aboutissement à un affrontement armé qui serait à nouveau au détriments des arabes, de la Jordanie plus particulièrement. Remarquons qu’il était prévu que ces organisations participent au Congrès convoqué par le Rassemblement Patriotique à AMMAN, le 13 septembre dernier et que le gouvernement jordanien devait prendre l’initiative, regrettable à mon avis personnel, d’interdire.

 

Au printemps dernier, un Conseil National Palestinien a bine été créer avec la participation de l’O.L.P., le FATHA, du Front Populaire de Libération de la Palestine. Cette mesure positive a été accueillie favorablement dans le monde arabe et dans l’opinion publique mondiale.

 

Mais le communiqué publié en juillet dernier, à l’issue du congrès de ce Conseil National au Caire, à rejeté la résolution du Conseil de Sécurité du 22 novembre 1967, affirmé que la seule voir était celle de la lutte populaire armée de libération à l’échelle de l’ancienne Palestine.

 

En indiquant que la stratégie arabe et au-delà celle du mouvement révolutionnaire mondial devrait être subordonnée à cette tactique du Conseil Palestinien, ce communiqué n’a pas seulement inquiété l’opinion publique mondiale, mais aussi ceux qui, dans le monde arabe, sont, soit par leur audience, soit par les positions qu’ils occupent, des hommes responsables.

 

C’est ainsi que MUHAMMAD HASANAYN HAYKAL écrivait dans un article d’AL -AHRAM , le 16 août dernier : " Il existe dans le monde arabe une quantité innombrable de personnes qui ne perçoivent parmi les couleurs que le blanc et le noir et sont incapables de distinguer les interférences d’ombre qui jouent entre ces ceux extrêmes ". Et un peu plus loin : " Ceux qui se figurent que la résistance (lisez armée) peut jouer un rôle décisif sont, à mon point de vue, ou des paresseux ou des ignorants. Des paresseux parce qu’il cherchent à faire porter les responsabilités et à s’en défaire eux-mêmes. Des ignorants, parce qu’ils ne se rendent pas compte des réalités de l’affrontement arabe avec l’ennemi israélien, en l’état actuel des choses, sur le plan régional et dans son environnement ". dans cet article, écrit à partir de l’hommage rendu à un de ses amis palestiniens mort en combattant, il ne se refusait pas à reconnaître tout rôle à la résistance armée dans le cadre de la stratégie arabe d’ensemble.

 

LUTFI EL – KHULI consacre à son tour en septembre , un long éditorial de la revue " ET – TALIAH ", revue théorique de l’Union Socialiste Arabe de R.A.U. , à ces questions. La faiblesse de ce mouvement lui apparaît moins dans le fait qu’à l’origine certains réactionnaires et aventuriers, mêlés à des militants honnêtes et courageux, l’animaient, que dans le fait qu’il demeure pour l’essentiel limité aux formes individuelles ou collectives minoritaires d’héroïsme et de terreur révolutionnaire et qu’il se refuse à toute forme d’action autre qu’armée.

 

Il n’exclut pas qu’un passage puisse s’opérer de ces formes à des formes plus élevés, à " l’héroïsme populaire collectif ", à " l’organisation de l’action militaire mise au service d’un plan politique défini dans ses objectifs ", à des " opérations stratégiques visant à porter des coups décisifs aux forces de l’ennemi dans des endroits pour lui vitaux et avec le moins de pertes possible en cadres et en armes dans les rangs de la résistance ". Elle pourrait alors devenir, dit-il, un mouvement de libération, ce qu’elle n’est pas encore. Dans l’immédiat il propose son unification, l’élaboration du programme politique et social qui lui manque, son inclusion dans une perspective politique et théorique globale, sa participation au front arabe le plus large, un effort particulier pour répondre aux questions de l’opinion publique mondiale et des juifs non sionistes. Il souligne enfin que c’est " dans le cadre des tentatives multiforme pour recherche une " solution pacifique " afin de mettre fin aux séquelles de l’agression " que ce type de résistance peut le mieux servir la arabe.

 

Les partis communistes arabes, dans le communiqué publié à l’issue de leur rencontre de la mi-juillet, ont accordé eux-mêmes à ces questions toute l’importance qu’elles méritent. Ce communiqué souligne l’existence de deux tendances dangereuses au sein du mouvement de libération nationale arabe. " Le succès de l’une ou l’autre conduirait en pratique à vider de sa substance le mouvement de masse et à oblitérer ses objectifs progressistes, nationaux et sociaux ".

 

" La première de ces tendances dangereuses est l’orientation passionnelle et aventuristes " prônée par des éléments petits-bourgeois qui ont perdu toute perspective après la défaite. " Leur confiance dans la force des masses et dans leur activité révolutionnaire s’est affaiblie ; ils lancent des mots d’ordre qui nient l’importance de la lutte organisée des masses et invitent à se conformer à une seule méthode, en remplacement de l’activité politique la plus large et de la nécessaire utilisation de toutes les formes et méthodes de lutte. Certains milieux ultra - réactionnaires et qui suscite la méfiance, encouragent matériellement et moralement cette tendance aventuriste dans l’espoir de priver le mouvement de masse de tout possibilité de se développer sur des bases saines. La clique de Mao –Tsé - Toung fait les plus grand efforts pour alimenter cette tendance aventuriste et néfaste.

 

" Cette tendance – même si l’on tient entièrement compte des sentiments patriotiques qui animent l’immense majorité de ceux qui la suivent – ne prend pas en considération, comme il en convient, le caractère global du combat livré par l’impérialisme et en Israël aux peuples arabes, bien qu’elle réserve au problème palestinien la place qui lui revient dans le cadre de cette lutte. Ainsi, il n’est pas juste, ni du point de vue des intérêts du problème palestinien, de prétendre, comme le font quelques partisans de la tendance aventuriste, isoler la question palestinienne du mouvement de libération nationale arabe en tant que tout. On ne peut tenir pour justes les mots d’ordre qui prônent la nécessité de limiter le combat aux palestiniens seuls, sous prétexte de " l’indépendance " des mouvements palestiniens et du refus de toute " tutelle ". Bien que le problème palestinien concerne avant tout les Arabes de Palestine, il concerne aussi tous les peuples arabes, car il fait partie de leur combat général contre l’impérialisme et le sionisme.

 

" D’autre part, cette tendance, en en retenant qu’une seule forme, qu’une seule méthode de lutte, en méconnaissant toutes les autres, en ne tenant pas compte des circonstance réelles et du rapport des forces actuel, surtout après la défaite, facilite l’action des impérialistes, des gouvernements d’Israël et de la réaction pro-impérialiste en vue de détruire les régimes progressistes, de porter des coups au mouvement de libération nationale arabe dans son ensemble – alors qu’il a tenu bon, grâce au niveau de conscience de masse et à leur lutte, grâce aux efforts conjugués des progressistes du monde entier, grâce aux soutien matériel et politique de l’Union Soviétique et des autres pays socialistes. L’expérience acquise depuis l’agression de juin 1967 témoigne que les formes et les méthodes de lutte politique n’ont pas épuisé toutes leurs possibilités, qu’elles peuvent encore rendre de grands services au mouvement de libération nationale arabe, tant en ce qui concerne l’aide économique et militaire aux régimes progressistes, la mondialisation des forces populaires, l’isolement d’Israël et de ses protecteurs sur le plan international, que par le soutien de la juste cause des arabes par de larges secteurs de l’opinion démocratique mondiale ".

 

Le second danger pour le communiqué de la rencontre des partis communistes arabes est un danger de droite, celui de l’abandon, de la capitulation : c’est sous prétexte de préserver l’existence national porter un coup d’arrêt aux transformations sociales et économiques progressistes, s’efforcer de blanchir, pour préserver ou rétablir des intérêts de classes donnés, les Etats impérialistes agressifs alliée d’Israël, d’exagérer l’importance de la position prise dans le conflit par la France – position qui doit être utilisée par le mouvement national, mais sans qu’il oublie qu’il s’agit aussi d’un impérialisme.

 

Si l’on me permet de faire servir à mon propos la conclusion d’un éditorial donné par Jacques BERQUE à un récent bulletin du G.R.A.P.P. ( Groupe de Recherches et d’Action pour le Règlement du Problème Palestinien), je dirai q’un " bilan " se fait dont pour les citoyens arabes " découlera l’indication de ce qu’ils ont à faire ou ne pas faire " ;

 

On mesure donc l’importance du débat engagé actuellement sur ces questions dans le monde arabe. On se souvient de la crise récente, et regrettable à tous égards, surgie entre le roi HUSAYN et les organisations de commandos.

 

Ceci a amené le Président NASSE à affirmer sa solidarité avec la résistance " sous toutes ses formes ", mais à préciser aussi l’importance qu’attachent les arabes " à l’unité de tout le front oriental " et plus particulièrement en Jordanie entre le peuple, l’armée, le gouvernement, les organisations de commandos.

 

Mais si nous avons cru devoir consacrer à ces problèmes l’importance qu’il méritent, nous n’oublierons pas qu’au fond de ce débat, il y a l’occupation par Israël au défi de la volonté de l’écrasante majorité des nations et des peuples du monde, de terres arabes ; nous n’oublions pas que la responsabilité première incombe aux dirigeants sionistes d’Israël et à leurs alliés impérialistes, Etats-Unis en tête.

 

Nous n’oublierons pas non plus que les arabes de Palestine ont des droits nationaux, quel que soit leur statut actuel, réfugiés ou citoyens de quelque état que se soit de la région. Et c’est au nom de ces droits que nous soutenons –droits qui ne sont pas pour nous en contradiction avec l’existence d’un état d’Israël - ; c’est au nom de notre solidarité avec les luttes libératrices des peuples arabes, avec celles du peuple israélien ; au nom de nos propres responsabilités au sein du mouvement révolutionnaire mondial et devant l’humanité toute entière, c’est au nom de tout cela que nous appuyons et soutenons, parce qu’elle nous paraît la seule juste dans le contexte international actuel, la recherche par les gouvernants arabes d’une solution politique juste du conflit et du différend israélo-arabe.

 

Certes, nous savons tous que l’histoire parfois connaît de ces détours …et nous avons bien montré, nous le pensons où se situeraient alors les responsabilités.

 

Mais que les arabes persistent dans la voie réaliste choisie par eux, nous en avons eu encore une preuve récente quand, l’attitude d’Israël ayant conduit le 7 novembre l’O.N.U. à l’impasse, MAHMOUD RYADH déclarait, en annonçant l’interruption des consultations avec JARRING, que la R.A.U. poursuivrait sa coopération avec JARRING " parce que nous pensons qu’il doit y avoir un règlement pacifique ".

 

V

 

Tels sont ces hommes de " façons nouvelles " qui " en ces temps où le bâton brise l’échine de la guitare " comme l’écrit le poète arabe, israélien et communiste, MAHMOUD DARWICH, en ces temps où ajoute-t-il :

 

" Ce nuage de l’été qui porté par le dos de la défaite a épinglé la postérité des sultans à la corde des mirages ".

 

tels sont ces " hommes nouveaux " qui s’efforcent, à travers les violences des vents tourbillonnants, de ne point faire décrocher le MARKAB arabe – vaisseau ou arche d’alliance – de son " adhérence à la glèbe ", cette terre de notre temps et de notre avenir sans solution de discontinuité où, pour parodier le Psaume, ceux qui sèmeront en chantant récolterons dans la joie.

 

J’évoque des moissons. Et c’est pourtant du fer et du napalm qui sont tombés qui peuvent encore tomber sur cette terre pour en endommager les semences.

 

En Israël même, notons-le, au milieu du champ d’ivraie nourri par le sionisme et la guerre, la tige encore fragile du froment blond cherche à percer vers le soleil, gagne lentement du terrain ; aux membres, juifs et arabes du Parti Communiste, s’ajoutent nombre d’intellectuels, d’homme de gauche, d’homme de paix qui désirent un " autre visage d’Israël, qui ne serait pas d’allégeance à l’impérialisme, de racisme, d’annexion, ni non plus de colonialisme – fût-il sous le couvert d’une fédération israélo-palestinienne crée à l’initiative de l’occupant sioniste.

 

A cette tige encore fragile nous apportons aussi notre soutien solidaire, celui de nos luttes de révolutionnaires et d’antiimpérialiste , de nos luttes pour la paix dans le monde, chacun à la place qui est la notre.

 

" …les milieux impérialistes les plus agressifs, notamment aux Etats-Unis, disait le 7 novembre dernier Waldeck ROCHET, n’ont nullement renoncé à leurs tentatives de tendre la situation internationale et de porter des coups aux forces de libération nationale et sociale, aux forces de progrès dans le monde entier ".

 

Bien q’une défaite soit subie par ces forces agressives au Vietnam, de dangereux foyers de tension existent encore dans le monde, notamment au Proche-Orient.

 

Fidèle à l’enseignement de Maurice Thorez, dont cet Institut qui nous accueille ce soir porte le nom, les communistes français s’efforcent d’apporter leur contribution à l’union de tous les courants anti-impérialistes solidaires qui composent le mouvement révolutionnaire mondial, afin d’accélérer la défaite de l’impérialisme au Vietnam, de déjouer ailleurs les mauvais coups qu’il prépare.

 

A ce même meeting de la Mutualité, Waldeck Rochet, rappelait que les communistes français "  se prononcent pour la reconnaissance du droit à l’existence de tous les états situés dans cette région " du Moyen-Orient ; ils " poursuivront résolument leur action en faveur de l’évacuation par Israël des territoires arabes occupés à la suite de son agression, en faveur des droits légitimes des peuples arabes et de leur lutte contre l’impérialisme et le colonialisme.

 

Après être parti du verbe universel du poète français, peut-être me permettra-t-on de prendre à mon compte, dans son sens le plus universel, la parole dédiée par la poétesse jordanienne FADWA TUQAN à sa rencontre avec les " poètes révolutionnaires " de HAYFA en Israël.

 

" Mes bien-aimés lanternes des ténèbres /

ô mes frères dans la blessure

-ô secret du levain, ô semence du froment-

Qui meurt ici pour nous combler

Sur vos chemins j’avance

Me voici parmi vos troupes

Visiteuse j’essuie les larmes d’hier

Comme vous j’enracine mes pieds dans ma patrie , dans ma terre

Comme vous je fixe droit des yeux la lumière et le soleil

 

*****

 

Quelques mots de Georges COGNIOT en conclusion de la discussion

 

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

 

Notre soirée s’achève. la liberté de discussion y a été totale, le débat a duré une heure et demi. L’Institut Maurice Thorez se fait un point d’honneur d’être un foyer de confrontation des idées, un centre de vie intellectuelle animée.

 

Quelqu’un a posé une question relative à l’attitude officielle du Parti Communiste Français. Je renvoie au communiqué commun sur la rencontre entre la délégation de ce Parti et celle du Parti Communiste de l’Union Soviétique, paru dans l’Humanité du 7 novembre dernier. Après avoir insisté pour l’application par Israël de la résolution du Conseil de Sécurité en date du 22novembre 1967, le communiqué déclare : " les deux partis se prononcent pour la reconnaissance du droit à l’existence de tous les états situés dans cette région et le respect des droits nationaux des arabes de Palestine " . " Le passage se termine par une affirmation de solidarité avec la lutte des peuples arabes contre l’impérialisme et le néo-colonialisme. Ce que je veux souligner, c’est que, ainsi que vous le constatez, le droit l’existence de l’état d’Israël n’est nullement contesté. Il est expressément affirmé. Prétendre le contraire serait une calomnie.

 

Permettez-moi encore deux brèves remarques.

 

On a insisté au cours d la discussion pour que les problèmes d’Israël soient posés sous l’angle de la lutte des classes. Ce point de vue est juste. Notre conférencier a montré que les forces populaires, pour l’instant, sont faibles en Israël ; mais nous savons que la taupe de l’histoire creuse sa route souterraine, comme disait Marx, et nous avons la certitude q’un jour viendra où mes forces populaires seront puissantes en Israël, où elles prendront le dessus, où elles imposeront une politique de paix et de bon voisinage.

 

J’ai cru discerner enfin dans une intervention comme un rappel de la nécessité de lutter contre l’antisémitisme. Pour nous, en tout cas, un tel rappel serait superflu. L’un de nos maîtres à dit que l’antisémitisme était le socialisme des imbéciles. On nous fera la grâce de croire que nous n’avons jamais été et ne seront jamais tentés de tomber dans le socialisme des imbéciles. Toute notre politique, touts nos actes en témoignent.

 

Ce soir, le heurt des opinions à été vif. Mais la plupart de ceux qui se sont heurtés sont unis par un idéal commun de paix et de justice. Puissent-ils, en sortant de cette salle, se retrouver amis en dépit des divergences, afin que nous aidions tous, dans la mesure de nos moyens, à faire prévaloir au Moyen-Orient les solutions constructives, les solutions de paix et de liberté, d’indépendance et d’équité !

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