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TABLE DES MATIERES

Introduction 7

Initiation Générale.

  • K.Marx et F.Engels.  -   Le Manifeste du Parti Communiste 11

  • K.Marx.- Adresse inaugurale de l’Association Internationale des Travailleurs 13

  • K.Marx.- Travail salarié et Capital (extraits) 14

  • K.Marx.- Salaire, Prix et Profits (extraits) 15

  • F.Engels.- Socialisme utopique et socialisme scientifique 16

  • F.Engels.- Karl Marx 18

  • V.Lénine.- Karl Marx et sa doctrine 18

  • V.Lénine.- Friedrich Engels 21

  • J.Staline.- Lénine 22

  • J.Staline.- Les Principes du léninisme 23

Etudes spécialisés .

  1. Economie politique.

  • F.Engels.-Anti-During (tome 2) 27

  • K.Marx.- Misère de la philosophie 28

  • K.Marx.- Critique de l’économie politique 31

  • K.Marx.- Le Capital 33

  • K.Marx.- Histoire des doctrines économiques 36

  • V.Lénine.- L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme 37

  1. Philosophie.

  • F.Engels.- Anti-Dürhing ( tome 1) 41

  • K.Marx et F.Engels.- Etudes philosophiques 45

  • K.Marx.- Œuvres philosophiques 48

  • V.Lénine.- Du matérialisme historique 50

  • V.Lénine.- De la religion 52

  • V.Lénine.- Matérialisme et empirio-criticisme 54

C. Histoire.

  • F.Engels.-L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat 59

  • F.Engels.-La Guerre des paysans en Allemagne 63

  • F.Engels.-La Situation des classes laborieuses en Angleterre 65

  • F.Engels.-Révolution et contre-révolution en Allemagne 67

  • K.Marx.- Les Luttes de classes en France 71

  • K.Marx .-Le 18 Brumaire de Louis-Bonaparte 74

  • K.Marx.- La Guerre civile en France (1871) 76

  • K.Marx et F.Engels.- Critiques des programmes de Gotha et d’Erfurt 78

  • V.Lénine.-La Commune de Paris 80

  • V.Lénine.-La Révolution russe de 1905 82

  • V.Lénine.-La Révolution d‘Octobre 83

  • V.Lénine.-La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky 88

  • V.Lénine.-La Maladie infantile du communisme 91

D.Edification du socialisme

  • J.Staline.- La Révolution d’Octobre 94

  • J.Staline.- La Collectivisation du village 97

  • J.Staline.-Deux Bilans 100

  • J.Staline.-Le Bilan du premier plan quinquennal 102

  • J.Staline.-Dans la bonne voie 103

  • J.Staline.- Deux mondes104

  • J.Staline.-L’Homme, le capital le plus précieux 106

  • J.Staline.-Pour une vie belle et joyeuse 107

BIBLIOGRAPHIE

  • Préparation élémentaire 109

  • Initiation général 109

  • Etudes spécialisées 112

Œuvres de Marx et d’Engels 112

Œuvres de Lénine 116

Œuvres de Staline 119

Théorie Marxiste 121

Histoire 121

Mémoires, souvenirs, biographies 122

U.R.S.S 124

La doctrine de Marx s’attire dans le monde civilisé la plus grande hostilité et la haine la plus grande de la science bourgeoise (tant officielle que libérale) qui voit dans le marxisme une sorte de " secte malfaisante ". on ne doit pas s’attendre à une autre attitude, car il ne peut pas y avoir dans une société , fondée sur la lutte de classe, de science sociale " impartiale ". Toute la science officielle et libérale défend, de façon ou d’autre, l’esclavage salarié, alors que le marxisme a déclaré une guerre implacable à cet esclavage. Demander une science impartiale dans une société d’esclavage salarié, est une naïveté aussi puérile que de demander aux fabricants d’être impartiaux dans la question de savoir s’il faut augmenter le salaire au détriment du bénéfice du capital.

Mais ce n’est pas tout. L’histoire de la philosophie et celle de la science sociale démontrent, avec une clarté parfaite, qu’il n’y a rien dans le marxisme qui ressemble à un " sectarisme " ou à une doctrine fermée et rigide, surgie en dehors de la voie directe du développement de la civilisation universelle. Bien au contraire, tout le génie de Marx consista précisément à résoudre les problèmes que la pensée avancée de l’humanité posait déjà. Sa doctrine naquit comme la continuation directe et immédiate de celle des plus grands représentants de la philosophie, de l’économie politique et du socialisme.

La doctrine de Marx est toute-puissante, car elle est juste. Elle est complète et bien ordonnée, elle donne aux hommes une vue entière du monde, qui ne se peut concilier avec aucune superstition, avec aucune réaction, avec aucune défense de l’oppression bourgeoise. Le marxisme est le successeur naturel de tout ce que l’humanité a crée de meilleur au 19ème siècle dans la philosophie allemande, dans l’économie politique anglaise et dans le socialisme français.

V.LENINE

INTRODUCTION

La question Comment étudier le marxisme, préoccupe actuellement de nombreux travailleurs. Il y en a qui se sont attaqués au Capital de Marx sans aucune préparation et qui ont été découragés par les difficultés de la lecture. Il y en a d’autre qui ne lisent que la presse ouvrière sous prétexte que la littérature marxiste est inaccessible aux ouvriers.

Or, ces deux attitude sont également erronées. Si l’on ne peut commencer l’étude du marxisme par le CAPITAL,cela ne signifie nullement, qu’après une sérieuse initiation, un ouvrier ne puisse le lire et le comprendre.

Il est impossible d’étudier l’algèbre sans connaître le calcul ; il est impossible d’apprendre l’orthographe dans connaître l’alphabet. On croit souvent que le marxisme échappe à cette règle commune, que l’on peut l’étudier sans aucun plan.

Inutile de dire que cette attitude est fausse. Le marxisme est une science qui englobe tous les domaines de la vie sociale : conception du monde, de la société, de la pensée ; il réunit dans un ensemble homogène toutes les sciences humaines.

Il est vrai que la science officielle ne le reconnaît pas, qu’il est banni des écoles et des universités bourgeoises , mais cela prouve seulement que la bourgeoisie redoute cette science nouvelle qui dénonce, sans pitié, les tares du régime social existant.

Les conclusions politiques du marxisme découlent donc de l’ensemble de cette théorie, elles en sont inséparables.

Il est impossible de déterminer l’attitude politique du prolétariat sans un examen préalable de la situation, sans une analyse scientifique des conditions objectives dans lesquelles se déroulent les évènements.

Combien souvent des erreurs politiques graves ont été le résultat de l’ignorance de la théorie des expériences passées du mouvement prolétarien ; combien souvent la classe ouvrière a payé de son sang la liaison insuffisante entre la théorie et la pratique.

La vie a confirmé pleinement la justesse de la déclaration de Lénine : Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire.

Pour l’étude du marxisme, comme pour toute autre science, il faut procéder au choix et au classement de la littérature. Il faut indiquer au lecteur ouvrier, dont le temps disponible est très limité, d’abord les livres accessibles et simples, donnant une vue d’ensemble de la science marxiste, pour lui permettre ensuite de se spécialiser et de se perfectionner.

Nous nous sommes attachés à grouper et à classer les ouvrages essentiels des fondateurs du socialisme scientifique et de leurs continuateurs directs. Nous ne prétendons nullement donner une bibliographie complète de la littérature marxiste. Nous avons même écarté intentionnellement les écrits d’actualité politique pour nous cantonner dans le domaine de la théorie.

Notre guide s’adresse à ceux qui, par la lecture de la presse ouvrière, des brochures d’actualité, ont acquis déjà une préparation élémentaire de l’étude de la théorie. Il leur sera utile toutefois de lire au préalable la petite collection A.B.C du Marxisme (voir la biographie page 109) qui complète et systématise ces premières connaissance.

  • Quand à l’étude de la théorie proprement dite, nous la divisons en deux parties : L’initiation générale, par la lecture des œuvres les plus accessibles de Marx, Engels, Lénine et Staline, qui traitent des problèmes fondamentaux du marxisme .

  • Les études spécialisées, destinées aux lecteurs qui désirent se perfectionner dans une branche déterminée de la science prolétarienne.

Cette première tentative de choix et de classement est loin d’être définitive. Nous savons qu’un tel travail demande une mise au point continuelle. Pour nous en signaler les lacunes nous faisons appel à nos lecteurs. Leur collaboration active nous permettra d’améliorer et de compléter ce travail, d’en faire un outil indispensable à l’étude du marxisme.

 

INTIATION GENERALE

K.Marx et F.Engels.- Le Manifeste du Parti Communiste

Le 2ème congrès de la Ligue des communistes, tenu à Londres à la fin du mois de novembre 1847, avait chargé Marx de rédiger le premier programme international du prolétariat moderne. C’est Engels qui élabora la première ébauche sous forme de questions et réponse (voir Engels : principes du communisme, nouvelle édition en préparation), mais c’est Marx qui donna au manifeste sa forme définitive.

Le Manifeste parut dans la deuxième quinzaine du mois de février 1848, quelques jours avant la révolution de Février à Paris.

Dans le Manifeste " les communistes exposent, à la face du monde entier, leurs conception, leurs buts et leurs tendances (page 11).

" L’histoire de toute société jusqu’à nos jours, n’a été que l’histoire des luttes de classes . Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt dissimulée, tantôt ouverte, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction de deux classes en lutte (Page 11-12) ".

A la lumière de cette découverte, les auteurs analysent, dans le premier chapitre, les origines et le développement de la société capitaliste. Née au sein du régime féodal, la bourgeoisie y joue un rôle révolutionnaire, elle décuple les forces productives, détruit les entraves anciennes, crée par l’accumulation rapide des richesses, la possibilité de l’émancipation de toute l’humanité.

Mais le capitalisme développe les antagonismes qui le feront disparaître. Il engendre son " propre fossoyeur " - le prolétariat, qui se constitue en classe distincte, s’organise et se dresse, menaçant, face à la bourgeoisie, tandis que les autres classes s’affaiblissent et périclitent avec les progrès de l’industrie moderne.

Dans le second chapitre, le Manifeste définit le programme du Parti du prolétariat, ses rapports avec la classe dont il est l’émanation.

" Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui entraîne toutes les autres ; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien " (page 23).

Le Manifeste réfute les objections et les calomnies des idéologues bourgeois contre le communisme. Il montre la nécessité de la révolution prolétarienne dont la première étape " est la constitution du prolétariat en classe dominante ". (page 30). Il énumère les mesures que doit prendre le prolétariat au pouvoir " pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie ". (page 30).

Dans le troisième chapitre, les auteurs dégagent trois courants qui se réclament du socialisme et dont ils réfutent les erreurs :

  • 1. Le socialisme réactionnaire –féodal, le socialisme petit-bourgeois et le " vrai " socialisme allemand ;

  • 2. Le socialisme conservateur ou bourgeois ;

  • 3. Le socialisme et le communisme critico-utopique.

Dans la conclusion , le Manifeste indique dans quelles conditions les communistes peuvent collaborer avec les autres partis dans la révolution bourgeoise -démocratique qui constituait à l’époque le prélude nécessaire de la révolution prolétarienne.

Dans les préfaces successives, Marx et Engels exposent les répercussions du Manifeste sur le mouvement ouvrier mondial. Au sujet de l’expérience de la Commune de Paris ils aboutissent à la conclusion :

…qu’il ne suffit pas que la classe ouvrière s’empare de la machine de l’Etat pour la faire servir à ses propres fins. (page 5).

Le Manifeste est accompagné de la Contribution à l’histoire de la Ligue des communistes, rédigée par Engels en 1885 comme préface au livre de Marx : Révélations sur le procès des communistes de Cologne.

Cette étude d’Engels permet de situer historiquement le Manifeste et de comprendre l’importance de la Ligue des communistes pour la formation des partis ouvriers modernes.

K.Marx.-Adresse inaugurale de l’Association internationale des Travailleurs.

La Première Internationale fut fondé en 1864. Marx fut chargé, en Octobre 1864, de la rédaction de son Adresse Inaugurale. Etant donné la composition hétérogène de cette organisation, Marx n’a pas pu y développer toutes ses idées. Il a été obligé de reprendre quelques phrases sur la " moralité et la justice ", mais, dit-il : …elles sont placés de telle façon qu’elles ne feront pas grand mal. (page 8).

Après avoir décrit la misère du prolétariat anglais entre 1848 et 1864, après avoir stigmatisé la répression du mouvement ouvrier qui suivit la défaite de la révolution de 1848, Marx met en lumière le résultat de trente années de lutte du prolétariat anglais : la loi des dix heures :

Ce fut aussi le triomphe d’un principe : pour la première fois, au grand jour, l’économie politique de la bourgeoisie avait été battue par l’économie politique de la classe ouvrière. (page 18)

Marx combat le socialisme petit-bourgeois de Proudhon qui prétend affranchir les masses par la coopération. Il indique au prolétariat la seule voie à suivre :

La conquête de pouvoir est donc devenue le premier devoir de la classe ouvrière (page 19).

L’Adresse contient un raccourci historique du développement du capitalisme et l’exposé des revendications fondamentales du prolétariat.

Il est suivi des Considérants et des Statuts de l’Association internationale des travailleurs (1ère Internationale).

K.MARX.- Travail salarié et Capital (extraits.)

En 1847, Karl Marx a fait à l’Association des ouvriers allemands de Bruxelles des conférences qui ont servi de base à la série d’articles parus en 1849 dans la Nouvelle Gazette rhénane.

C’est la première étude économique de Marx. Engels y a ajouté, en 1891, quelques corrections nécessaires.

Le salaire est le prix de la marchandise force de travail. Cette constatation conduit Marx à examiner la question : Qu’est-ce qui détermine le prix d’une marchandise ? Le prix n’est autre chose que la forme monétaire de la valeur. La loi de l’offre et de la demande fait graviter le prix autour de la valeur, mais le prix moyen correspond à la valeur :

Les frais de productions de la force de travail simple se composent donc des frais d’existence et de reproduction de l’ouvrier. le prix de ces frais d’existence et de reproduction constitue le salaire. (page 14).

Marx examine ensuite les rapports bourgeois de production ; il montre que le profit capitaliste provient du travail non-payé :

Le profit monte dans la mesure où le salaire baisse, il baisse dans la mesure où le salaire monte. (page 30).

La situation des ouvriers empire avec le développement du capitalisme :

Plus le capital producteur s’accroît, plus la division du travail et l’emploi du machinisme prennent l’extension, plus la concurrence gagne parmi les ouvriers et plus leur salaire se resserre. (page 30)

Si, par contre, le capital productif diminue, les ouvriers perdent le travail, sont jetés à la rue.

Marx brosse le tableau tragique des crises " de plus en plus fréquente et violentes " qui ruinent de nombreux capitalistes et réduisent les ouvriers à une misère noire :

Maître à la fois distingué et barbare, le capitalisme entraîne dans sa tombe les cadavres de ses esclaves, des hécatombes entières d’ouvriers qui sombrent dans les crises. (page 31)

 

K.MARX.- Salaires, Prix et Profits (extraits.)

Marx a prononcé au Conseil général de la 1ère Internationale, en 1865, un discours pour justifier la nécessité des syndicats ouvriers. Ce discours fut publié en 1898. Il comprend deux parties. Dans la première, Marx critique la théorie des salaires de Weston, dans la seconde, que reproduit l’édition abrégée, il expose sa théorie de la valeur, de la plus-value et du salaire.

Après avoir exposé les lois générales de la production capitaliste, Marx aborde le problème de la lutte pour la défense des salaires. Il étudie les cas importants où il y a lieu d’exiger l’augmentation des salaires et de combattre leur diminution.

La baisse des salaires est la conséquence du développement même de l’économie capitaliste.

Ainsi les luttes économiques ont un caractère défensif :

Ce sont autant de réactions des ouvriers contre les actions antérieures du Capital. (page38).

Seule, la lutte des classes détermine la situation réelle du prolétariat :

La chose se réduit à la question des forces respectives des combattants (page 41).

Les ouvriers sont chassés par la machine, le capital croît plus vite que le nombre d’ouvriers occupés :

La tendance générale de la production capitaliste n’et pas d’élever les salaires moyens, mais de les abaisser. Est-ce à dire que la classe ouvrière doit renoncer à sa résistance contre les empiétements du Capital ?…Si elle lâchait pied dans son conflit quotidien avec le Capital, elle se priverait elle-même de la possibilité d’entreprendre tel ou tel mouvement de plus grande envergure. (page 44)

Les luttes économiques sont nécessaires, elles ne sont pas suffisantes :

Les ouvriers ne peuvent que retenir le mouvement descendant, mais on en changer la direction, ils n’appliquent que des palliatifs, mais sans guérir le mal. Ils ne devraient donc pas se laisser absorber exclusivement par ces escarmouches inévitables que font naître sans cesse les empiètements ininterrompus du Capital ou les variations du marché… Au lieu du mot d’ordre conservateur : " un salaire équitable pour une journée de travail équitable ", ils devraient inscrire sur leur drapeau le mot d’ordre révolutionnaire : " Abolition du salariat " (page 44).

F.ENGELS.- Socialisme utopique et socialisme scientifique.

A la demande de Paul Lafargue, Engels a remanié, en 1880, les trois chapitre de son Anti-Dühring pour en faire une brochure populaire. Son titre exact est : le Développement du socialisme de l’utopie à la science.

Dans le premier chapitre, Engels expose les idées de la bourgeoisie révolutionnaire, rationaliste et matérialiste, ainsi que les première théories utopiques. L’avènement du capitaliste a fait surgir des antagonisme nouveaux et a déçu les espoirs en " un Etat de la raison ". cette désillusion a engendré de nouvelles aspirations à la " justice sociale " exprimées par les socialistes utopistes : par Saint-Simon et Fourrier, en France, par Owen, en Angleterre. Leur critique de la société bourgeoise, souvent juste et profonde, contient " des germes de pensées géniales ". Mais le développement insuffisant du capitalisme n’a pas permis à ces théories d’acquérir un fondement scientifique. Les utopistes font appel au réformateurs bourgeois, ils espèrent convaincre les représentant les plus éclairés de la classe dominante en bâtissant des plans détailles de la société future.

Tandis que la bourgeoisie triomphe en France sur le terrain de la vie sociale, en Allemagne, elle livre la bataille sur le plan de l’esprit. La dialectique hégélienne met fin à l’ancienne métaphysique, à la stabilité des choses et des régimes, elle montre leur caractère passager, périssable. Mais elle reste idéaliste, éloignée de la vie.

Marx réalise la synthèse du matérialisme et de la dialectique et élabore ainsi une nouvelle conception du monde qui a servi de base au socialisme scientifique. Les deux découvertes capitales de Marx sont :

  • La conception matérialiste de l’histoire et la révélation du mystère de la production capitaliste au moyen de la plus-value (page38)

Dans le deuxième chapitre, Engels analyse le développement de la société capitaliste, en s’inspirant du Capital de Marx. Il brosse le tableau de la révolution industrielle qui a engendré la production collective. L’antagonisme fondamental de la société  capitaliste est celui entre les forces productives évoluées et la forme retardataire de la propriété. Il se traduit par la lutte des classes. De cet antagonisme découlent tous les autres. Leur solution n’est possible que par la socialisation des moyens de productions et d’échange. Telle est la mission historique du prolétariat moderne.

La brochure est précédé par la biographie d’Engels écrite par Eléonore Marx.

F.ENGELS.- Karl Marx

Dans la biographie de Marx, publié en 1878, Engels retrace les étapes principales de la vie de Marx, son rôle dans la révolution de 1848, dans le 1ère Internationale et dans la Commune de Paris. Il donne la caractéristique de l’œuvre scientifique de Marx :

Parmi les nombreuses et importantes découvertes par lesquelles Marx a inscrit son nom dans l’histoire des sciences, nous ne pouvons en souligner ici que deux seulement.

La première est la révolution accomplie par lui dans la conception générale de l’histoire mondiale…

La deuxième est l’explication enfin donnée des rapports du Capital et du Travail (page 12 et 15 )

Dans son discours sur la tombe de Marx, prononcé le 17 mars 1883, Engels rend hommage aux mérites de Marx, homme de science, mais révolutionnaire " avant tout ".

Dans une lettre de Sorge, datée du 15 mai 1883, et dans un article, écrit après les obsèques de Marx, le 28 avril 1883, Engels raconte les dernières années de la vie de Marx, sa longue maladie et sa mort paisible.

L’humanité est diminuée de toute une tête, de la tête la plus géniale des temps modernes (page 23)

V.LENINE.- Karl Marx et sa doctrine

Cette étude de Lénine, parue en 1914, dans l’encyclopédie russe Granat, est l’exposé le plus complet et le plus concis du marxisme. Après une courte biographie de Marx, Lénine aborde sa " doctrine philosophique et sociale ", en exposant la conception matérialiste du monde et de la société.

Pour Marx, " le monde des idées n’est pas que le monde matériel transposé et traduit dans l’esprit humain ". Le monde matériel n’est pas immobile, il est, au contraire, en état de transformation perpétuelle. " Le mouvement est le mode d’existence, la manière d’être de la matière ", dit Engels. Ce mouvement n’est pas paisible et continu, il procède par bonds, il découle de ses propres contradictions. C’est un mouvement dialectique. Ainsi Marx réalise la synthèse du matérialisme et de la dialectique : la matérialisme dialectique.

La structure de la société est déterminée par le degré du développement des forces productives matérielles.

A un certain stade de leur développement, les forces productives de la société entrent en contradiction avec les rapports de productions existants… Alors s’ouvre une ère de révolution sociale (Marx).

*****

Lénine expose ensuite la " doctrine économique de Marx ". Il résume le premier livre du Capital, en examinant successivement la marchandise, la valeur, la forme de la valeur et l’argent, la plus-value et l’accumulation du capital. C’est un schéma parfait pour l’étude du Capital.

Lénine passe plus rapidement sur le contenu des livres II et III. Il s’arrête pourtant sur le problème de la rente foncière et de l’évolution du capitalisme dans l’agriculture.

En traitant du " socialisme ", Lénine souligne le développement de la grande industrie depuis Marx, la formation des monopoles et du capital financier. Le capitalisme prépare ainsi les bases du socialisme et éduque le prolétariat :

…moteur intellectuel et moral, agent physique de cette transformation. (P.42)

L’état bourgeois, même le plus démocratique, n’en reste pas moins " la coercition organisée ". La lutte des classes :

…devient inévitablement une lutte politique et tend à la conquête du pouvoir politique par le prolétariat (dictature du prolétariat ) (P.42).

L’Etat disparaîtra peu à peu avec la disparition des classes et de la lutte des classes.

Dans le chapitre sur " la tactique de la lutte de classe du prolétariat ", Lénine expose les principes de la tactique révolutionnaire qui doit s’inspirer du développement dialectique des évènements. Il résume l’attitude de Marx dans la question des luttes économiques et de l’organisation syndicale, ainsi que dans la question des tâches politiques du prolétariat ; il insiste sur la nécessité de l’alliance du prolétariat avec la paysannerie et sur la lutte de Marx contre " les phrases révolutionnaires " et contre l’opportunisme.

La même brochure contient encore deux articles de Lénine.

Dans " les trois sources et les trois parties intégrantes du marxisme ", paru en 1913, Lénine démontre que :

Le marxisme est le successeur naturel de tout ce que l’humanité a créé de meilleur au XIXe siècle dans la philosophie allemande, dans l ‘économie politique anglaise, et dans le socialisme français. (P.54).

Dans " Les destinées historique de la doctrine de Marx ", paru également en 1913, Lénine insiste sur " le rôle historique mondial du prolétariat comme édificateur du socialisme ". il divise l’histoire de la lutte prolétarienne en trois périodes principales :

  • 1° De la révolution de 1848 à la Commune de Paris (1871).

  • 2° De la Commune de Paris à la révolution russe (1905).

  • 3° de la révolution russe à nos jours (1913) (P.61).

Bien entendu, la Révolution d’Octobre 1917 marque une quatrième période, celle de la lutte directe pour le pouvoir et de l’édification du socialisme.

V.LENINE.- Friedrich Engels.

A l’occasion de la mort d’Engels, survenue le 5 août 1895, Lénine met en lumière, dans un article commémoratif, les mérites d’Engels dans l’élaboration de la théorie socialiste et dans le développement du mouvement ouvrier mondial.

Lénine raconte la vie d’Engels, son œuvre scientifique, son action révolutionnaire pratique, son dévouement à Marx, sa modestie.

Engels s’est toujours placé- à juste titre du reste- derrière Marx. Il écrivait à un de ses vieux amis : " j’ai toujours été deuxième violon auprès de Marx ". Son amour de Marx vivant et son admiration pour Marx disparu étaient infinie. (P.12).

Après la mort de Marx, Engels le remplace comme conseiller et guide des socialistes de tous les pays. Il continue ses travaux historiques et philosophiques, mais il consacre le gros de ses efforts à l’achèvement du Capital :

Engels a érigé ainsi à son génial ami un monument majestueux sur lequel il inscrivit, sans s’en douter, en lettre indélébiles, son propre nom à côté de celui de Marx (P.12).

Dans un article consacré à " Engels, un des fondateurs du communisme " (1913), Lénine examine la correspondance d’Engels d’avant 1848. Il en dégage la critique du proudhonisme et du " vrai socialisme " allemand et montre le rôle d’Engels dans la rédaction du Manifeste du Parti communiste. En parlant de la lettre dans laquelle Engels trace la première ébauche du Manifeste, Lénine dit :

Cette lettre historique…montre nettement que l’on a raison de placer côte à côte les noms de Marx et d’Engels, comme ceux des fondateurs du socialisme contemporain. (P.21)

La brochure est complété par un extrait de Que Faire ? (1901), où Lénine montre l’importance accordée par Engels à la lutte théorique ; par un article consacré à la défense de la théorie du marxisme contre le révisionnisme de Bernstein et par le discours prononcé par Lénine à l’inauguration du monument à Marx et Engels, le 7 novembre 1918.

J.STALINE.- Lénine.

Staline écrit son article sur " Lénine, chef et organisateur du Parti " en 1920, à l’occasion du 50e anniversaire de la naissance de Lénine.

Il décrit le rôle de Lénine dans la formation du Parti, sa lutte contre le menchévisme, pour la discipline rigoureuse, pour la politique révolutionnaire.

Dans son discours, prononcé le 28 janvier 1924, après la mort de Lénine, Staline raconte sa première rencontre avec Lénine, sa modestie, sa simplicité, la forme de sa logique. Il signale la fermeté de Lénine, son hostilité à toute pleurnicherie au moment de la défaite, à toute présomption à l’heure de la victoire.

Staline cite des exemples de la fidélité de Lénine aux principes, de sa foi dans les masses :

La foi dans les forces créatrices des masses, voilà dans l’activité de Lénine le trait qui lui permettait de comprendre la foule et de diriger son mouvement dans le sillage de la révolution prolétarienne. (P.21)

Mais le trait dominant de Lénine, c’est son génie de la révolution :

…la clarté frappante des mots d’ordre tactiques, l’audace " vertigineuse " des plans révolutionnaires…,la perspicacité génial, la capacité de saisir rapidement et de deviner le sens profond des évènements immédiats. (P. 21-23).

Dans son discours, prononcé le 26 janvier 1924, Staline glorifie " la volonté de Lénine ". Il résume les directives essentielles du chef, et prend, au nom du parti, l’engagement formel de les réaliser :

Conserver l’unité du Parti…, maintenir et renforcer la dictature du prolétariat…, consolider l’alliance des ouvriers et des paysans… et élargir l’U.R.S.S…., consolider et étendre l’union des travailleurs du monde, l’Internationale communiste (P. 25,26,27,29.).

J.STALINE.- Les Principes du léninisme.

Staline donne au début de son livre, écrit en 1924, la définition exacte du léninisme. C’est l’impérialisme qui a engendré la théorie de Lénine, c’est la Russie tsariste, " ce nœud de contradiction impérialistes " qui la fait naître.

Staline examine la méthode de Lénine qui consiste à éprouver dans la pratique les dogmes de la 2ème Internationale, à vérifier la politique non d’après les paroles, mais d’après les actes, à réorganiser le travail du Parti dans le sens révolutionnaire, à appliquer une autocritique sévère à l’action du Parti.

Il dénonce le dogmatisme de la 2ème Internationale ; pour lui comme pour Engels " le marxisme n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action ".

Staline souligne l’importance de la théorie et son lien intime avec la pratique. Il réfute la théorie opportuniste de la spontanéité et expose, avec une extrême précision, la théorie léniniste de la révolution prolétarienne.

A l'époque de l'impérialisme, la révolution a cessé d'être dans chaque pays une grandeur indépendante. Elle ne commence pas nécessairement dans le pays industriellement le plus développé, mais là où la chaîne impérialiste est le plus faible. La fausse théorie de la révolution " permanente " de Trotski néglige les capacités et l'énergie révolutionnaire de la paysannerie. La révolution bourgeoise-démocratique ne commence pas par la prise du pouvoir par le prolétariat, elle en est couronnée au moment de sa transformation en révolution prolétarienne. Le caractère international de la révolution n'exclut nullement la conquête du pouvoir ni l'édification du socialisme dans un seul pays, en raison du développement inégal de l'impérialisme.

La dictature du prolétariat a pour but de briser la résistance de la bourgeoisie, de défendre la révolution contre l'ennemi extérieur, de construire le socialisme. La bourgeoisie vaincue reste encore longtemps plus forte que le prolétariat, par le soutien du capitalisme international, par sa supériorité technique et militaire, par l'habitude de soumission des masses.

La dictature du prolétariat s'exerce sur la bourgeoisie, mais elle constitue la forme supérieure de la démocratie pour les travailleurs. L'Etat soviétique est l'expression concrète de cette démocratie prolétarienne.

L'alliance avec les paysans est indispensable, on en distingue trois étapes : avec toute la paysannerie dans la révolution bourgeoise-démocratique ; avec les paysans pauvres, en neutralisant les paysans moyens, dans la révolution prolétarienne; avec les paysans pauvres et moyens pendant l'édification socialiste.

Le chemin qui mène les paysans vers le socialisme est celui de la coopération, de la collectivisation.

Le léninisme se prononce pour le droit de libre disposition des peuples opprimés.

Le prolétariat de la métropole doit soutenir activement la lutte des peuples coloniaux, car " un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre ". (Marx.)

L'union des peuples ne peut être que volontaire. C'est par la séparation qu'on parviendra à l'union libre comme l'a prouvé l'exemple de l'U.R.S.S.

Staline dégage de l'expérience de trois révolutions eusses les règles générales de la stratégie et de la tactique révolutionnaires. La stratégie marque trois étapes historiques : la révolution bourgeoise; la révolution prolétarienne; l'édification du socialisme. La tactique varie au cours de chaque étape stratégique suivant les poussées et les dépressions du mouvement.

Pour le marxiste, la réforme est :

... le produit accessoire de la révolution; pour le réformiste, la réforme est tout. (P. 67.)

Staline définit le rôle du Parti prolétarien, avant-garde et détachement organisé de la classe ouvrière, forme supérieur de l'organisation de classe, son état-major. Le Parti est l'instrument de la dictature prolétarienne. L'unité du Parti, sa discipline, sa lutte contre l'opportunisme de

ou de " gauche ", sont les conditions premières de la victoire du socialisme.

 

ÉTUDES SPÉCIALISÉES

  1. Économie politique 1

 

V, ENGELS. - Anti-Diihring (tome II, économie politique).

Ce livre fut écrit en 1877. Tout en réfutant les absurdités et les banalités de Dühring, tombé depuis dans un complet oubli, Engels expose la conception marxiste du monde, de la société et de la pensée.

Le second volume de l'Anti-Diihring traite de l'économie politique. Engels en définit d'abord " l'objet et la méthode. "

L'économie politique, au sens le plus large du mot, est la science des lois qui régissent la production et l'échange des moyens matériels de subsistance dans la société humaine. (P. 5.)

Engels réfute la " théorie de la violence ":

( D'après Dühring] les phénomènes économiques doivent être expliqués par des causes politiques, à savoir par la violence. (P. 27-28.)

(Pour Engels) la violence n'est que le moyen, et l'avantage économique, au contraire, le but. (P. 29.)

Les théories économiques de Dühring mènent à la conclusion que :

…le monde capitaliste de production est fort bon et peut subsister, mais le monde capitaliste de répartition ne vaut rien et et doit être aboli . (P. 78.)

1.Voir également :

K.Marx et F.Engels : Le Manifeste du Parti communiste,

K.Marx : travail salarié et Capital, suivi de : Salaires, prix et profits (édition complète E.S.I.).

V.Lénine : K.Marxet sa doctrine :" La doctrine économique ".

F.Engels : Socialisme utopique et socialisme scientifique, ch. 2

Cette conception de Dühring n'est que :

" … une mauvaise réédition de l'antique formule proudhonienne : " la propriété, c'est le vol ". (P. 78.)

Dans des chapitres successifs, Engels expose la théorie marxiste de la valeur, du capital, de la plus-value et de la rente foncière. Il montre que Dühring emprunte ses théories à l'économie bourgeoise vulgaire, n'hésitant pas, au besoin, à dérober à Marx quelques-unes de ses idées.

Dans le dernier chapitre, Engels retrace le développement de la science économique depuis Aristote et Platon jusqu'à Adam Smith et Ricardo. Il donne une analyse profonde des Tableaux économiques de Quesnay - fondateur de l'école physiocratique.

Dans sa conclusion, Engels apprécie ainsi le système économique de Dühring :

La seule explication des faits économiques que ce système [celui de Dühring] ait donné est qu'ils seraient des résultats de la violence... Obligé de donner un peu plus d'éclaircissement sur l'exploitation capitaliste du travail, il la présente tout d'abord en s'appropriant l'idée du prélèvement de Proudhon, comme reposant sur une surcharge et un relèvement du prix, pour l'expliquer ensuite dans le détail au moyen de la théorie de Marx sur le surtravail, le surproduit et la plus-value...

Les calomnies les plus gratuites contre Marx servent uniquement à couvrir le fait que tout ce qui se rencontre dans le Cours d'à peu près rationnel sur le Capital et le Travail n'est qu'un plagiat appauvri dont Marx est victime. (P. 194-195.)

Dans le tome III (socialisme), Engels réfute la théorie de répartition de Dühring et lui oppose le communisme intégral.

K. MARX. - Misère de la philosophie.

Ce livre constitue le premier exposé des théories économiques de Marx. Il fut écrit, en français, en 1847, en réponse à la Philosophie de la misère de Proudhon.

Marx montre d'abord les inconséquences de Proudhon, son ignorance de l'économie politique. Il réfute la théorie proudhonienne de la valeur " constituée ", de l'exploitation du travail par le relèvement des prix au-dessus de la valeur et de la " proportionnalité " entre l'offre et la demande.

Marx établit une distinction rigoureuse entre la valeur d'usage et la valeur d'échange; entre la valeur et le prix. L'anarchie de la production, ainsi que l'exploitation du travail salarié, ne peut être supprimée que par le retour à la production artisanale ou par le passage à la propriété collective.

Proudhon ne veut pas l'admettre. Il voudrait maintenir la propriété privée tout en mettant fin à l'anarchie et à l'exploitation capitalistes. D'où le caractère utopique, réactionnaire, de sa doctrine.

Dans la seconde partie de son exposé, Marx examine la méthode de Proudhon qu'il qualifie de " métaphysique ", puisque Proudhon considère comme éternelles les ~ ;It~nories économiques bourgeoises.

Proudhon est incapable d'appliquer la dialectique de Hegel. Il voit dans chaque fait social un bon et un mauvais côté. Il veut éliminer le mauvais côté tout en conservant le fait social dont ce mauvais côté est inséparable. II ne comprend pas le caractère progressif, révolutionnaire des contradictions du régime capitaliste. Il veut les éliminer, faire du capitalisme un système économique harmonieux.

Ainsi, Proudhon occupe une position intermédiaire entre les différentes écoles d'économistes "représentants scientifiques de la classe bourgeoise" et les socialistes et communistes "théoriciens de la classe ouvrière ":

Il veut être la synthèse, il est une erreur composée. Il veut planer en homme de science au-dessus des bourgeois et des prolétaires ; il n'est que le petit bourgeois ballotté constamment

ballotté entre le Capital et le Travail, entre l'économie politique et le communisme . (P. 149.)

Marx examine ensuite la division du travail et les machines; la concurrence et les monopoles; la propriété et la rente foncières.

Dans toutes ces questions, Proudhon exprime une conception fausse, souvent réactionnaire. Il redoute le développement de la grande industrie, dont il ignore le rôle révolutionnaire, il considère la concurrence comme une nécessité; il est pour le maintien de la propriété privée

du sol.

Dans un chapitre spécial sur les grèves et les coalitions d'ouvriers, Marx réfute la théorie de Proudhon sur l'impossibilité de la lutte pour l'augmentation des salaires. Pour Marx, l'association des ouvriers en vue de la lutte quotidienne pour les revendications partielles est la condition première de l'affranchissement du prolétariat.

Les luttes partielles mènent inévitablement à la révolution, à la solution de tous les antagonismes par la destruction du régime capitaliste.

Misère de la philosophie est suivie :

I. Par une lettre de Marx sur Proudhon, écrite en 1865, où il maintient et précise sa critique du proudhonisme.

II. D'un extrait de la Contribution à la critique de l'économie politique, où Marx réfute les théories utopiques de John Gray sur le " crédit gratuit " et sur " la banque du peuple ", reprises par Proudhon.

III. Par le Discours sur le libre-échange, prononcé à Bruxelles en 1848, où Marx se dresse à la fois contre le protectionnisme et le libre-échangisme, au nom de l'économie socialiste.

Dans la préface, écrite en 1884, Engels montre le caractère utopique du socialisme de Rodbertus et sa parenté avec le proudhonisme.

K. MARX. - Critique de l'économie politique.

Cet ouvrage, paru en 1859, constitue la première esquisse du Capital. Marx a résumé dans le premier chapitre du livre I les idées développées dans la Critique. Dans la préface à la Critique, Marx explique le plan général de ses travaux économiques, plan qui n'a jamais été entièrement réalisé :

J'examine le système de l'économie bourgeoise dans l'ordre suivant : capital, propriété foncière, travail salarié, Etat, commerce extérieur, marché mondial. Sous les trois premières rubriques, j'étudie les conditions d'existence économiques des trois grandes classes en lesquelles se divise la société bourgeoise moderne; la liaison des trois autres rubriques saute aux yeux. La première section du premier livre, qui traite du capital, se compose des chapitres suivants : 1° la marchandise; 2° la monnaie ou la circulation simple; 3° le capital en général. Les deux premiers chapitres forment le contenu du présent volume. J'ai sous les yeux l'ensemble des matériaux sous forme de monographies jetées sur le papier à de longs intervalles pour mon propre éclaircissement, non pour l'impression, et dont l'élaboration suivie, selon le plan indiqué, dépendra des circonstances. (Etudes philosophiques, p. 81)

Engels a présenté la Critique de l'économie politique peu après sa parution (1859) dans le journal allemand Das Volk (le Peuple), paraissant à Londres.

Nous reproduisons ici les passages où Engels expose le ,contenu général de l'ouvrage :

Pendant que la bourgeoisie, le pédantisme scolaire et la bureaucratie continuaient en Allemagne à apprendre par cœur avec beaucoup de mal et à essayer en quelque sorte de comprendre les premiers éléments de l'économie anglo-française comme des dogmes intangibles, le Parti prolétarien allemand paraissait sur la scène. Tout ce qu'il avait en fait de théorie était puisé dans l'étude de l'économie politique, et c'est du moment de son apparition que date aussi l’économie allemande scientifique, indépendante. Cette économie allemande repose essentiellement sur la conception matérialiste de l'histoire dont les traits principaux sont exposés brièvement dans la préface de l'ouvrage.

............................................

 

L'économie politique commence avec la marchandise, avec le moment où des produits sont échangés les uns contre les autres

-soit par des individus, soit par des communautés primitives. Le produit qui entre en échange est une marchandise. Mais il n'est une marchandise que parce que à la chose, au produit, se rattache un rapport entre deux personnes ou deux communautés, le rapport entre le producteur et le consommateur qui ne sont plus ici réunis dans une seule et même personne.

Voilà que, dès le début, nous avons l'exemple d'un fait de nature particulière qui pénètre toute l'économie et qui a causé un malin désarroi dans les têtes des économistes bourgeois : l'économie ne traite pas de choses, mais de rapports entre personnes et, en dernière instance, entre classes; or, ces rapports sont toujours liés à des choses et apparaissent comme des choses. Cette filiation qui, dans des cas isolés, est apparue, confusément, il est vrai, à tel ou tel économiste, c'est Marx qui, le premier, en a découvert toute la valeur pour l'économie tout entière, simplifiant et clarifiant ainsi les questions les plus difficiles au point que, maintenant, les économistes bourgeois eux-mêmes pourront les comprendre.

Si nous observons maintenant la marchandise d'après ses divers aspects et, notamment, la marchandise telle qu'elle s'est développée complètement et non telle qu'elle se développe tout d'abord péniblement dans le commerce d'échange naturel de deux communautés primitives, elle se présente à nous aux deux points de vue de valeur d'usage et de valeur d'échange, et voilà que nous entrons immédiatement dans le domaine des discussions économiques. Celui qui veut avoir un exemple frappant de la manière dont la méthode dialectique allemande, à son stade actuel de développement, est supérieure à l'ancienne méthode métaphysique plate et triviale, au moins autant que les chemins de fer le sont par rapport aux moyens de transport du moyen âge, qu'il lise Adam Smith ou tout autre économiste officiel faisant autorité et il verra à quelles tortures la valeur d'échange et la valeur d'usage ont soumis ces Messieurs, quelles difficultés ils ont à les discriminer convenablement et à concevoir chacune d'elles dans sa particularité déterminée, et qu'il compare ensuite cela avec le développement simple, clair chez Marx.

Une fois que sont développées la valeur d'échange et la valeur d'usage, la marchandise est représentée comme l'unité directe de l'une et l'autre, telle qu'elle apparaît dans le processus d'échange. Pour savoir quelles contradictions en résultent, qu'on lise les pages 20-21. Faisons remarquer seulement que ces contradictions n'ont pas seulement un intérêt théorique, abstrait, mais qu'elles reflètent les difficultés provenant de la nature du rapport d'échange direct, du commerce d'échange simple, les impossibilités aux quelles aboutit nécessairement cette première forme grossière de l'échange. Ces impossibilités se trouvent résolues dans le fait que la propriété de représenter la valeur d'échange de toutes les autres marchandises est transférée à une marchandise spéciale - l'argent. L'argent ou la circulation simple est alors développée dans le second chapitre, et à savoir : 1° l'argent en tant que mesure des valeurs, étant donné que, par la suite, la valeur mesurée en argent, le prix, acquiert sa détermination plus exacte; 2° en tant que moyen de circulation et 3° comme unité des deux déterminations en tant qu'argent réel, comme représentant de toute la richesse matérielle bourgeoise. C'est là-dessus que se termine le développement du premier fascicule, réservant au second le passage de l'argent au capital. (Etudes philosophiques, p. 91 et 100-102.)

K. MARX. - Le Capital.

L'œuvre fondamentale de Marx, dont le livre I, rédigé par Marx, a paru en 1867, fut achevée après la mort de Marx par Engels qui a publié le livre II en 1885 et le livre III en 1894.

Dans la préface à la première édition du livre I, consacré au procès de la production du capital, Marx écrit :

Dans le premier chapitre de ce volume, je donne un résumé de la Critique . La raison en est que j'ai tenu non seulement à relier et à compléter les idées, mais encore à améliorer l'exposé. Autant la nature des questions me l'a permis, j'ai développé certains points que je n'avais fait qu'indiquer, et j'en ai réduit d'autres que j'avais longuement traités. Tout naturellement, les paragraphes consacrés à l'histoire de la théorie de la valeur et de l'argent ont été supprimés dans la présente rédaction. Mais quiconque a lu la Critique trouvera dans les notes du premier chapitre de nouvelles sources relatives à l'histoire de cette théorie.

Tout commencement est difficile. Cette maxime vaut pour n'importe quelle science. Aussi sera-t-il particulièrement difficile de comprendre le premier chapitre, et surtout les paragraphes qui ont pour objet l'analyse de la marchandise. En ce qui concerne l’analyse de la substance de la valeur, ainsi que celle de la grandeur de la valeur, je me suis efforcé de les présenter avec le plus de simplicité possible..

…………………..

Si nous exceptons le paragraphe relatif à la forme de la valeur, on ne pourra donc pas nous dire que ce livre est difficile à comprendre. Je suppose naturellement des lecteurs qui désirent apprendre quelque chose de nouveau et, par conséquent, penser par eux-mêmes. (Tome I, p. LXXV-VI•VIL)

A la fin de cette préface, Marx expose en ces termes le plan général de l'ouvrage :

Le deuxième volume traitera du procès de circulation du capital (livre II) et des formes du procès total (livre III). Dans le troisième et dernier (livre IV) nous exposerons l'histoire de la théorie. (Tome I, p. LxxxL)

La mort, survenue en 1883, n'a pas permis à Marx d'achever son travail. Ce fut Engels qui s'en chargea et qui rédigea, en effet, les livres II et III. Engels explique sa façon de procéder dans sa préface au livre II, écrite en 1885 :

Je me suis contenté de reproduire le texte du manuscrit aussi fidèlement que possible, de ne modifier dans le style que ce que Marx y aurait lui-même modifié, et de n'introduire de phrases explicatives et de transition que dans les cas où, le sens étant par-dessus le marché absolument certain, cette introduction était indispensable. J'ai préféré donner, sans y changer un mot, les phrases dont l'interprétation aurait pu susciter le moindre doute. Les passages que j'ai modifiés ou ajoutés ne représentent même pas dix pages du texte imprimé, ils ne touchent d'ailleurs pas Lu fond de l'ouvrage. (Tome V, p. 6.)

Dans la même préface, Engels donne un aperçu général du contenu du livre I du Capital, que nous reproduisons ci-dessous :

Afin de savoir ce qu'est la plus-value, il lui fallut savoir ce qu'est la valeur. Il s'agissait avant tout de soumettre à la critique la théorie ricardienne de la valeur elle-même. Marx étudia donc le travail relativement à sa propriété de former de la valeur, et il établit, pour la première fois, quel travail forme la valeur, et pourquoi et comment il la forme; il établit également que la valeur n'est, en somme, que du travail matérialisé de cette espèce, un point que, jusqu'à la fin, Rodbertus n'a jamais réussi à comprendre. Marx étudia ensuite le rapport entre la marchandise et l'argent et démontra comment et pourquoi, en vertu de sa propriété inhérente de valeur, la marchandise et l'échange des marchandises doivent nécessairement produire l'antagonisme entre la marchandise et l'argent; la théorie de l'argent qu'il a fondée là-dessus est la première qui ait été complète, et c'est celle qui, aujourd'hui, est acceptée facilement de tout le monde. Il étudia la transformation de l'argent en capital et démontra qu'elle a pur base l'achat et la vente de la force de travail. En substituant ici au travail la force de travail, la propriété qui crée de la valeur, il résolvait d'un seul coup une des difficultés dont est tarte l'école de Ricardo : l'impossibilité de mettre l'échange réciproque de capital et de travail en harmonie avec la loi ricardienne de la détermination de la valeur par le travail. C'est seulement en constatant la distinction du capital en constant et en variable, qu'il fut à même de représenter, dans sa marche réelle et jusque dans le détail, le processus de la formation de la valeur, et, par conséquent, de l'expliquer - ce que pas un de ses prédécesseurs n'avait réussi à faire; il constata donc, au sein même du capital, une distinction dont Rodbertus, pas plus les économistes bourgeois, ne fut à même de faire quoi que soit, mais qui fournit la clef pour la solution des problèmes économiques les plus compliqués, comme le prouvent, de la façon la plus frappante, le présent livre II, et encore davantage le livre III, ainsi qu'on le verra. Il alla plus loin dans l'examen de la plus-value même, en trouva les deux formes, la plus-value absolue et la plus-value relative, et montra le rôle différent, décisif dans les deux cas, qu'elles ont joué dans le développement, historique de la production capitaliste. Sur la base de plus-value, il a développé la première théorie rationnelle que ayons du salaire, et il fut le premier à donner les grandes lignes d'une histoire de l'accumulation capitaliste et un tableau de tendance historique. (Tome V, p. 34, 35, 36.)

Quant au contenu des livres II et III, que Lénine considère "  comme œuvre collective de Marx et d'Engels ", il en donne le résumé succinct dans Karl Marx et sa doctrine, dont voici les passages essentiels :

Ce qui est nouveau et d'une grande importance, c'est l'analyse laite par Marx dans le livre II du Capital de la reproduction du capital social pris dans son ensemble. Ici encore, il envisage non un phénomène individuel, mais un phénomène général, non une fraction de l'économie sociale, mais l'économie dans sa totalité... Marx divise toute la production sociale en deux grandes sections :

1° la production des moyens de production et 2° la production des articles de consommation; après quoi, à l'appui des chiffres, il étudie minutieusement la circulation de l'ensemble du capital social, tant dans la reproduction simple que dans l'accumulation.

Dans le livre III du Capital, se trouve résolu, d'après la loi de la valeur, le problème du taux moyen de profit... 

Sans nous arrêter à reproduire les chapitres extrêmement intéressants du livre III, consacrés au capital usuraire, au capital commercial et au capital argent, nous aborderons l'essentiel : la théorie de la rente foncière'. (P. 34, 35, 36.)

K. MARX. - Histoire des doctrines économiques.

En parlant dans sa préface du livre II du Capital de la partie du manuscrit de Marx intitulée : Théories de la plus-value, Engels écrit :

Cette partie comprend une histoire critique détaillée de ce qui forme la moelle même de l'économie politique : la théorie de la plus-value. Dans une polémique contre ses devanciers, Marx y développe, en outre, la plupart des points repris par la suite dans le manuscrit du livre II et du livre III avec un enchaînement logique. Je me propose, après en avoir éliminé les nombreux passages traités aux livres II et III, de publier la partie critique de ce manuscrit comme livre IV du Capital. (Tome V, p. 8.)

La mort, survenue en 1895, un an à peine après la publication du livre III, a empêché Engels de réaliser ce projet. C'est Kautsky, à l'époque où il était encore marxiste, qui fut chargé de mettre au point les théories de la plus-value. Dans sa préface à la première partie de cet ouvrage, paru en 1904, Kautsky explique dans quelles conditions il a entrepris le travail et comment il l'a accompli :

La lourde tâche d'achever ce que Marx et Engels avaient laissé inachevé, les héritiers de Marx me la confièrent. Je ne fus pas absolument pris à l'improviste. Quelques années auparavant, Engels m'avait désigné pour publier le manuscrit en question, c'est-à-dire ce qu'il appelait le livre IV, s'il venait lui-même à disparaître; et il m'avait initié à la lecture du manuscrit difficile.

  1. Pour l'analyse détaillée du Capital, voir F. ENGBLS : Résumé du Capital. (En préparation.)

à déchiffré et à la suite générale des idées. Je fus, malgré tout, effrayé par la grandeur de la tâche quand elle m'échut réellement, tant plus qu'Engels m'avait mis à même d'en mesurer toute l’importance et toute la difficulté.

…………………….

Plus j'avançais dans mon travail et plus je comprenais nettement que je ne pouvais pas, ainsi qu'Engels en avait eu l'intention publier ces pages comme livre IV du Capital. D'après le
de Marx, il devait donner l'histoire de la théorie.

En guise surrogat, Engels se proposait, après avoir éliminé les nombreux passages traités aux livres II et III, de tirer au moins du manuscrit de la Critique de l'économie politique une histoire des théories de la plus-value. Je ne sais comment Engels aurait effectué
te élimination; pour moi, je n’y ai pas réussi. J’ai bien laissé de côté tout ce que j’ai pu ; mais ces passages font, pour la plus part tellement corps avec l’ensemble qu’il m’a été impossible de biffer purement et simplement. Il m’aurait fallu remanier complètement pour des raisons évidentes des parties importantes du livre, j’ai naturellement, pour les raisons les plus diverses, reculé devant cette tâche.

M ais, si je maintenais dans ce nouvel ouvrage tous ces développements, je ne pouvais plus le donner comme le livre IV du capital, faisant suite au trois premiers . C’est , sous sa forme actuelle, un ouvrage parallèle aux trois premiers livres, comme le premier chapitre de la critique de l ‘économie politique l’est à la première partie du livre I du Capital ( Tome I, p VI-VII et IX)

Kautsky a divisé l’ouvrage en trois parties. La première va de l’origine de la théorie de la plus-value jusqu’à Adam Smith, elle contient l’analyse détaillée des théories physiocrates et d’Adam Smith


La seconde partie est consacrée spécialement à Ricardo, elle examine sa théorie
de la plus-value et du profit, de la rente foncière, de l'accumulation et des crises. La troisième partie va de Ricardo à l'économie vulgaire , représentée par Malthus, orge Ramsay, Cherbuliez, Richard Jones, etc.

V. LÉNINE. - L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme.

Lénine a écrit l'Impérialisme en 1916, à Zurich, en le destinant à une édition légale. Il a dû se borner à l'étude des aspects économiques du problème

.. et ne formuler le petit nombre d'observations politiques indispensables qu'avec la plus grande prudence, par voie d'allusions. (P. 11.)

Il a complété plus tard ses appréciations politiques dans une nouvelle préface à l'édition française et allemande.

Lénine définit ainsi l'objet de son travail :

Nous allons tâcher d'exposer brièvement et le plus simplement possible la liaison et les rapports

des particularités économiques essentielles de l'impérialisme. (P. 22-23.)

Il analyse le développement des monopoles qui se superposent à la concurrence, le rôle nouveau des banques, la formation du capital financier et de l'oligarchie financière.

Il montre comment l'exportation du capital " prend le pas " sur l'exportation des marchandises; comment un petit groupe de pays impérialistes exerce son emprise sur le reste du monde.

Le partage territorial du globe entre les puissances impérialistes est achevé. Mais le développement inégal, saccadé, inhérent au capitalisme, rend chaque partage du monde caduc au bout d'un certain nombre d'années.

Le nouveau partage, correspondant au nouveau rapport des forces entre les impérialismes, ne peut s'opérer que par la violence. La guerre impérialiste est une conséquence inévitable de cet état de choses.

Lénine considère l'impérialisme comme un stade particulier du capitalisme et en donne la définition suivante d'après ses " notions fondamentales purement économiques " :

L'impérialisme est le capitalisme arrivé à un stade de développement où s'est affirmée la domination des monopoles et du capital financier, où l'exportation des capitaux a acquis une importance de premier plan, où le partage du monde a commencé entre les trusts internationaux et où s'est achevé le partage de tout le territoire du globe entre les plus grands pays capitalistes. (P. 98-99;)

En réfutant la théorie du sur-impérialisme pacifique il montre que :

... le capital financier et les trusts n'atténuent pas, mais augmentent les différences entre la rapidité du développement des divers éléments de l'économie mondiale. (P. 106.)

Lénine insiste sur le parasitisme qui s'étale dans les pays impérialistes, sur la corruption de l'aristocratie ouvrière qui forme la base sociale du réformisme.

Mais la souffrance et la révolte des travailleurs ont atteint un tel degré que :

... l'opportunisme ne peut plus maintenant triompher complètement dans le mouvement ouvrier d'un pays pendant des dizaines d'années, comme il a vaincu en Angleterre dans la seconde moitié 20ème siècle. (P. 118.)

Lénine examine les différentes critiques petites-bourgeoises de l'impérialisme et en particulier celle de Kautsky :

Kautsky a rompu avec le marxisme en défendant, pour l'époque du capital financier, un "idéal réactionnaire", la "démocratie pacifique"..., car cet idéal, objectivement rétrograde, tendant à un retour du capitalisme monopoleur au capitalisme non monopoleur, est une duperie réformiste. (P. 123.)

Lénine donne ensuite la définition sociale de l'impérialisme et de sa place historique :

Monopole, oligarchie, tendances à la domination au lieu de tendances à, la liberté, exploitation d'un nombre croissant de nations petites ou faibles, par une poignée de nations riches ou puissantes, tout cela engendrait les traits distinctifs de l'impérialismec, qui obligent à le caractériser en tant que capitalisme parasitaire ou pourrissant. De plus en plus, s'affirme en relief la tendance de l'impérialisme à la création de l' a Etat rentier", de l'Etat usurier, dont la bourgeoisie vit toujours plus de l'exportation du capital et de la tonte des coupons... (P. 136.)

On doit le caractériser comme un capitalisme de transition, ou plus exactement, comme un capitalisme agonisant. (P. 138 )

 

 

L'économie organisée étant impossible dans le cadre de la propriété capitaliste privée, Lénine conclut à la nécessité de l'avènement prochain du socialisme. 1

L'impérialisme " stade suprême et dernière étape du capitalisme" a achevé les fondements matériels de cette transformation, il constitue ainsi le " prélude de la révolution sociale ".

  1. Sur la crise présente, lire : E. VARGA : La Crise économique, sociale, politique. Bureau d'éditions, Paris, 1935.

 

Philosophie 1

F. ENGELS. - Anti-Dühring (tome I, philosophie).

1 voir également :

K.MARX et F. ENGELS : Le Manifeste du Parti communiste, ch. I.

F.ENGELS : : Socialisme utopique et socialisme scientifique, ch. 1.

V.LENINE: Kart Marx et sa doctrine: " La doctrine philosophique ".

Dans cette partie de sa polémique contre Dühring (1877-1878), Engels expose la conception marxiste du inonde. Il montre à quel point le marxisme constitue à la fois la continuation et la synthèse des théories les plus avancées de l'époque.

Si le socialisme est avant tout le produit des antagonismes de classes et de l'anarchie de la production capitaliste

... dans sa forme théorique, il apparaît, à ses débuts, comme une continuation plus poussée, qui veut être plus conséquente, des principes établis par les grands Encyclopédistes du 18ème siècle. ( P. 1.)

Mais son caractère métaphysique le maintient dans le cadre de l'utopie sociale, l'empêche de comprendre et l'expliquer l'histoire.

Parallèlement au matérialisme français et au socialisme utopique se développe la philosophie idéaliste allemande :

Son plus grand mérite fut le retour à la dialectique comme à la forme supérieure de la pensée. (P. 7.)

Marx a réalisé la synthèse entre le matérialisme mécaniste et la dialectique idéaliste. Il est parvenu ainsi à débarrasser de son étroitesse historique le matérialisme.

et de mettre sur ses pieds la dialectique hégélienne. Une nouvelle conception du monde était née.

Contrairement à la conception simpliste et naïvement révolutionnaire qui rejette toute l'histoire antérieure, le matérialisme moderne voit dans l'histoire l'évolution même de l'humanité selon un mouvement dont sa mission est de reconnaître les lois. (P. 15.)

Ainsi transposée dans l'histoire, la nouvelle conception du monde s'exprime dans la conception matérialiste de l'histoire :

L'histoire tout entière n'est que l'histoire des luttes de classes; ces classes sociales qui se combattent, sont, à chaque moment, le produit des rapports de production et d'échange, en un mot, des rapports économiques de l'époque. (P. 17.)

Avec la découverte par Marx du matérialisme historique et de la plus-value :

... le socialisme est devenu une science qu'il s'agit maintenant de continuer à travailler dans tous ses détails et ses rapports. (P. 19.)

La conception matérialiste de la nature admet l'existence du monde réel qui se reflète dans le cerveau humain. Mais la connaissance, ce reflet du monde réel, est toujours relative, elle ne pourra jamais englober " d'une manière complète le système du monde dans sa connexion totale ". D'où le progrès continu de la connaissance, d'où aussi la contradiction entre la relativité de nos connaissances et la tendance à la connaissance absolue de la vérité objective.

Cela n'empêche que cette vérité existe réellement, comme existe réellement l'unité du monde, l'unité de la pensée et de l'être. " L'unité réelle du monde consiste dans sa matérialité " démontrée par l'évolution de la philosophie et des sciences naturelles. De même les notions, les concepts du temps et de l'espace ne sont que les reflets de la réalités ;

Les formes essentielles de tout être sont l'espace et le temps, et un être hors du temps est une absurdité aussi grande qu'un être hors de l'espace. (P. 61.)

Mais la matière immobile, invariable est aussi impossible que le mouvement non-matériel :

Le mouvement est le mode d'existence, la manière d'être de la matière. Jamais et nulle part, il n'y a et il ne peut y avoir de matière sans mouvement... La matière sans mouvement est tout

aussi inconcevable que le mouvement sans matière. (P. 74-75.)

Tout au long de son exposé, Engels s'appuie sur de nombreux exemples puisés dans toutes les sciences, qui confirment la justesse de la conception matérialiste de l'univers. Engels ne conteste pas l'existence des vérités absolues, éternelles. Mais il s'élève contre tout dogmatisme, contre tout système fermé et statique. Le nombre de vérités absolues est extrêmement limité en raison de la relativité de nos connaissances et de l'évolution continue des choses.

C'est surtout dans les sciences sociales que les vérités éternelles sont le plus difficile à établir. Le caractère historique passager des régimes sociaux ne permet pas de dégager les lois applicables à l'humanité en général.

La morale, la notion du bien et du mal, varie pour chaque peuple, pour chaque époque. Actuellement, coexistent la morale féodale chrétienne, la morale bourgeoise moderne et la morale prolétarienne de l'avenir. C'est cette dernière qui contient le plus d'éléments durables parce qu'elle exprime les intérêts futurs de l'humanité :

Toute théorie morale a été jusqu'ici le produit, en dernière analyse, de l'état économique de la société à l'époque correspondante... [c'est-à-dire] une morale de classe... Une morale vraiment humaine... ne sera possible que dans une société qui aura, non seulement dépassé, mais encore oublié pour la pratique de la vie l'opposition des classes. (P. 136-137.)

Comme la morale, l'idée de l'égalité est le produit de le, division de la société en classes. Elle exprime à chaque époque un contenu social différent. Engels le montre dans un aperçu historique sur l'évolution de l'idée de l'égalité. Pour la bourgeoisie l'égalité signifia l'abolition des privilèges des classes, pour le prolétariat elle signifie l'abolition des classes elles-mêmes.

La tendance à réduire tous les hommes à une commune mesure "tombe nécessairement dans l'absurdité".

L'étude des idées morales amène Engels à aborder le problème du libre arbitre, du rapport entre la liberté et la nécessité. Déjà Engels a dit que " la nécessité n'est aveugle qu'autant qu'elle n'est pas comprise ":

La liberté consiste en cette souveraineté sur nous-mêmes et sur le monde extérieur, fondée sur la connaissance des lois nécessaires de la nature; elle est ainsi nécessairement un produit de l'évolution historique. (P. 171.)

Engels expose et illustre de nombreux exemples les lois de la dialectique : celle de la contradiction, de la transformation de la quantité en qualité, de la négation de la négation. Il montre que ces lois ne sont pas seulement les lois de la pensée, mais les lois objectives de la nature, les lois du monde réel qu'il ne s'agit pas d'appliquer mécaniquement aux événements, mais qu'il faut dégager des phénomènes naturels et sociaux.

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Ainsi, aussi bien dans la nature que dans la société, Engels prouve l'existence réelle du mouvement dialectique dont la pensée dialectique n'est qu'un reflet dans le cerveau humain :