Le trotskisme, une doctrine anti-marxiste ?
Par Johnny Coopmans sur base du livre de Harpal Brar, Trotskisme ou léninisme ? (EPO/Etudes marxistes, 2003)
(retravaillé après l’université marxiste d’été août 2003)
Cours donné à l'Université marxiste 2003 et 2004,
organisée par :
l'Institut d'études marxistes,
68 rue de la Caserne, 1000 Bruxelles, Belgique.
Tél 0032(0) 25 04 01 44. E-mail : inem@marx.be. site http://marx.be
O. Objectifs et moyens pédagogiques du cours
Objectifs de la formation : répondre aux questions suivantes :
- A partir des faits historiques, montrer que Trotski n’est pas un bolchevik.
- Argumenter à partir de la vie politique de Trotski
a) comment Trotski s’oppose à la construction d’un parti révolutionnaire
b) quelle est sa conception d’organisation d’un parti
Pour cela, donner le contexte, ensuite la position de Trotski et enfin la réponse des bolcheviks.
- Qu’est-ce la théorie de la révolution permanente de Trotski en opposition à celle de la révolution ininterrompue.
- La révolution mondiale est-elle un préalable à l’avènement du socialisme dans un pays ?
- Quels sont les moments où le trotskisme refait surface ?
Moyens pédagogiques
Une vidéo : Trotski de Patrick Le Gall et Alain Dugrand, FR 3, 1988
Une vidéo : le film de Ken Loach Land and freedom.
Deux textes à analyser, écrits par des trotskistes sur la situation actuelle de Cuba.
Une présentation Powerpoint " La théorie de la Révolution Permanente ", Université marxiste d’été 2003, de Johnny Coopmans
Un examen à charger à partir d’Internet
I. Introduction
Voir la vidéo Trotski de Patrick Le Gall et Alain Dugrand, partie I, durée 1h. (il s’agit d’un documentaire en deux parties sur la vie de Trotski : I. Révolutions ; II Exils), 1988 FR 3 (a obtenu le prix SCAM). Pour savoir comment obtenir cette vidéo on peut contacter Docu-Marx, 68, rue de la Caserne, 1000 Bruxelles, av@marx.be. Tél. 32 2 50 40 156.
1. Résumé de la vidéo
C’est Gorbatchev qui a commencé à reparler de Trotski qui était tabou en URSS. Histoire de l’enfance de Trotski. Le professeur Pierre Broué de Grenoble, spécialiste de Trotski déclare que Trotski se place au-dessus des bolcheviks et des mencheviks dès 1903 pour garder sa liberté de mouvement, et qu’en 1917 il renonce à ses divergences avec le léninisme.
Les simples gens pensaient néanmoins que Lénine et Trotski étaient une seule personne. Trotski développa sa théorie de la révolution permanente qui niait la possibilité du socialisme dans un pays. Personne parmi les révolutionnaires ne croyait en une autre solution. C’est Staline qui a inventé la théorie de la révolution dans un seul pays. Trotski était le créateur de l’Armée Rouge, refusa de signer la paix honteuse de Brest Litovsk (1918) qui a fait perdre un quart du territoire à la jeune République soviétique. A cause de la guerre le parti se militarisait au fur et à mesure, la hiérarchie s’installa et Staline fut l’organisateur de cette bureaucratisation. Le testament de Lénine favorisait Trotski contre Staline, mais il avait les rênes du pouvoir et Trotski était seulement en mesure de faire un coup d’État avec l’armée, ce qu’il a refusé de faire. Il s’est opposé à Staline et a crée l’opposition, il y a eu une grande résistance contre son expulsion en 1927. La révolution antibureaucratique n’aura pas lieu. L’opposition vaincue, c’est le parti qui meurt.
2. But de cette représentation
Pourquoi débuter un cours sur le Trotskisme par cette vidéo qui lui est fort favorable et qui n’est, le cours le démontrera, pas du tout conforme à la vérité historique ? Parce que c’est justement notre éducation qui a fait croire que " Trotski et Lénine étaient la même personne ". Trotski et Lénine ont dirigé la grande révolution d’octobre et Staline après la mort de Lénine a liquidé la génération de la Révolution, dont Trotski. C’en était fini de la révolution et la dictature du parti et d’une personne commença. Voilà un message bien ancré dans notre subconscient.
Il est inutile de commencer une discussion sur le Trotskisme sans rétablir les vérités historiques le concernant. Le fait qu’il existe nombre de documents, livres, films etc. en Occident qui présentent Trotski comme un des dirigeants majeurs de l’URSS et de la révolution d’octobre devrait nous alarmer. Jamais vous ne trouverez un tel matériel audiovisuel positif sur la vie et l’œuvre de Staline, qui est invariablement présenté comme le monstre de la Révolution russe.
II. Trotski a combattu le léninisme de toutes ses forces de 1903 à 1917
1. Le congrès de fondation de 1903 et les statuts
Trotski a commencé sa carrière politique par combattre le marxisme, lui-même étant au départ populiste (voir la vidéo Trotski), mais au IIe congrès du parti en 1903, qui fut en fait le véritable congrès de fondation du Parti social-démocrate de Russie, Trotski était déjà converti au marxisme. Cette position sera de bien courte durée car lors du congrès, au moment de la discussion sur les statuts, Trotski choisit le camp de Martov contre Lénine. Voici l’enjeu de ce débat.
" Selon la formule de Lénine, on ne pouvait devenir membre du Parti qu’en satisfaisant aux trois conditions suivantes :
(a) en acceptant le programme du Parti,
(b) en soutenant financièrement le Parti, et
(c) en appartenant à l’une des organisations du Parti, c’est-à-dire en participant activement à l’organisation.
Mais, selon la formule de Martov, soutenue par Trotski et d’autres opportunistes, seules les deux premières conditions devaient être remplies afin de postuler son affiliation au Parti. À leurs yeux, la troisième condition était absolument inutile.
Lénine, par contre, considérait le Parti comme un détachement organisé de la classe ouvrière et était d’avis, par conséquent, que ses membres ne pouvaient simplement s’engager dans le Parti. Au contraire, ils devaient être admis au sein du Parti par l’une de ses organisations et, partant, ils devaient se soumettre à la discipline du Parti. Mais, selon la formule de Martov, on pouvait s’engager soi-même dans le Parti et, dans la mesure où l’on n’appartenait pas à une organisation, on ne devait pas se soumettre à la discipline du Parti.
La formule de Martov, donc, au contraire de celle de Lénine, contenait toutes les conditions préalables pour ouvrir la porte du Parti à toutes sortes d’opportunistes, d’éléments instables et non prolétariens, et pour transformer de la sorte le Parti, d’une organisation disciplinée, monolithique et militante de la classe ouvrière qu’il était, en une organisation hétérogène, amorphe et relâchée de type bourgeois, c’est-à-dire de le transformer de détachement d’avant-garde de la classe ouvrière en détachement d’arrière-garde de la classe ouvrière. Ce fut tellement le cas que Martov et d’autres opportunistes demandèrent que tout gréviste reçoive automatiquement le droit de rejoindre les rangs du Parti. De même, on proclama que tout intellectuel qui sympathisait avec le Parti, tout professeur sympathique, tout étudiant universitaire ainsi que tout participant à une manifestation avaient le droit de se déclarer membres du Parti. " p. 89-90
Quelle était la signification politique de cette position concernant les statuts ?
" Leur position (Martov et Trotski ndlr) n’était autre que l’expression concentrée de l’esprit de cercle et de l’individualisme petit-bourgeois qui se considère comme étant au-dessus de la discipline et qui se renfrogne à l’idée de la minorité devant se soumettre aux décisions de la majorité.
En effet, l’application du principe de la minorité se soumettant à la majorité et du principe des corps dirigeants inférieurs liés aux décisions des corps dirigeants supérieurs, ainsi que du principe de diriger le travail du parti à partir d’un centre, déboucha sur des accusations de " bureaucratisme ", de " formalisme ", de " rouages et engrenages ", etc. lancées par messieurs Trotski, Martov et d’autres opportunistes. Voici comment Lénine décrit ces anarchistes dans son ouvrage Un pas en avant, deux pas en arrière : Cet anarchisme de grand seigneur est particulièrement propre au nihiliste russe. L’organisation du parti lui semble une monstrueuse " fabrique " ; la soumission de la partie au tout et de la minorité à la majorité lui apparaît comme un " asservissement " […] ; la division du travail sous la direction d’un organisme central lui fait pousser des clameurs tragi-comiques contre la transformation des hommes en " rouages et ressorts " […] ; le seul rappel des statuts d’organisation du Parti provoque chez lui une grimace de mépris et la remarque dédaigneuse […] que l’on pourrait très bien se passer entièrement des statuts. (Lénine 5-1904, p. 410.) Il semble évident que les lamentations sur le fameux bureaucratisme tendent simplement à dissimuler le mécontentement contre l’effectif des organismes centraux ; que c’est là une feuille de vigne […] Tu es un bureaucrate, parce que tu as été désigné par le congrès à l’encontre de ma volonté ; tu es un formaliste, parce que tu t’appuies sur les décisions formelles du congrès, et non sur mon accord ; tu agis d’une façon grossièrement mécanique, car tu te réclames de la majorité " mécanique " du congrès du Parti et ne tiens pas compte de mon désir d’être coopté ; tu es un autocrate parce que tu ne veux pas remettre le pouvoir entre les mains de la vieille et bonne compagnie […] (Lénine 5-1904, p. 380.)
Nous remarquerons que ceci allait constituer le thème récurrent de Trotski et de ses collaborateurs dans leurs attaques contre le Parti bolchevik sous la direction du camarade Staline. Mais nous allons prouver que " ces lamentations sur le fameux bureaucratisme " ne tendaient à rien d’autre qu’à " dissimuler le mécontentement " issu de la défaite de sa théorie faillie prétendant qu’il était impossible de construire le socialisme en U.R.S.S.
Trotski et Martov furent incapables de comprendre la signification de la discipline d’une organisation prolétarienne et de s’y soumettre. Pour eux, la discipline était pour la " masse nombreuse " et non pour les " âmes d’élite ". Et, naturellement, ils se comptaient parmi ces dernières. Quand les délégués, lors du 2e congrès, désignèrent le Comité central et le Comité de rédaction de l’Iskra – le congrès avait refusé d’avaliser l’ancien Comité de rédaction comme l’exigeaient ces messieurs, ce qui explique les quolibets de Lénine concernant la cooptation dans le passage cité plus haut – ils s’insurgeaient parce que la composition des effectifs de ces deux corps ne les agréait pas. Ils refusèrent d’accepter les décisions du congrès, se " justifiant " en recourant à des expressions du genre " nous ne sommes pas des serfs ", sapant ainsi la base même de l’unité des rangs du Parti. Aucun parti ne peut maintenir l’unité dans ses rangs sans imposer une discipline prolétarienne (quant à la nature de cette discipline, voir un peu plus haut) également contraignante vis-à-vis de tous les membres du Parti, tant les leaders que les membres ordinaires ; contraignante également vis-à-vis des " âmes d’élite " aussi bien que du " grand nombre ". Sans cela, le parti ne pourra jamais maintenir son intégrité ni l’unité dans ses rangs. p. 91-92
Il est nécessaire de replacer les choses dans leur contexte historique. Le Parti russe faisait partie de la IIe Internationale fondée par Marx et Engels. Après leur mort, l’opportunisme gagnait du terrain dans cette organisation internationale.
" La plupart des partis de la IIe Internationale furent très rapidement contaminée par le révisionnisme. Les révisionnistes gagnaient de plus en plus de positions clés; ils s'organisaient dans des fractions et recevaient le soutien total de la bourgeoisie libérale. Se basant sur les conceptions de Marx et Engels, Lénine put réaliser rapidement l'aspect néfaste de cette situation. Pour faire la révolution, le prolétariat a besoin d'un véritable Parti Communiste, libre de courants bourgeois. Lénine et les bolcheviks étaient pratiquement les seuls qui, dans les conditions concrètes de la IIe Internationale, élaboraient une tactique révolutionnaire. Les bolcheviks construisaient une ligne politique révolutionnaire et, se basant sur cette ligne, ils formèrent une fraction unie et disciplinée au sein du parti plus large et au sein de l'Internationale. Ils se souciaient avec la plus grande considération de l'unité et de l'autonomie de leur fraction afin de pouvoir faire entendre, partout dans le Parti russe et dans l'Internationale, la voix de la social-démocratie révolutionnaire. Lénine et les bolcheviks se tenaient à l’unité du parti russe et de l'Internationale, pour dissoudre les positions opportunistes dans les rangs ouvriers. Ils avaient une confiance ferme dans les possibilités révolutionnaires de la classe ouvrière et étaient convaincus que les masses ouvrières qui suivaient encore les opportunistes, se tourneraient tôt ou tard vers les révolutionnaires. La plupart des partis de la IIe Internationale formaient un salmigondis de révolutionnaires et d'ennemis de la révolution. " p. 13 dans Critiquons à fond la théorie menchevique et Trotskiste de l’unité de l’UCMLB, Tout le pouvoir aux ouvriers, février 1975.
L’enjeu de la lutte à l’intérieur de l’Internationale était de former un nouveau type de parti, prêt à tenir le coup dans une période révolutionnaire. Pour une meilleure compréhension de la période et d’ailleurs pour comprendre le pourquoi de la lutte contre le trotskisme il faut se référer à l’Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S., Éditions Norman Bethune, 1971.
" Dans leur lutte contre les bolcheviks, tous les mencheviks sans distinction et nuances, depuis Axelrod et Martynov jusqu’à Martov et Trotski, se servaient invariablement d'une arme empruntée à l’arsenal des social-démocrates d’Europe Occidentale. Ils voulaient avoir en Russie un Parti, comme, par exemple, le Parti social-démocrate allemand ou français. S’ils combattaient les bolcheviks, c'est justement parce qu'ils devinaient en eux quelque chose de nouveau, d’insolite, qui les distinguait des social-démocrates d’Occident. Qu’étaient donc les partis social-démocrates d'Occident ? Un alliage, un mélange d’éléments marxistes et opportunistes, d'amis et d'adversaires de la révolution, de partisans et d'adversaires de l'esprit de Parti, - où les premiers se réconciliaient progressivement, sur le terrain idéologique, avec les derniers ; où en fait les premiers se soumettaient progressivement aux derniers. Réconciliation avec les opportunistes, avec les traîtres de la révolution au nom de quoi ? demandaient les bolcheviks au social-démocrates d'Europe Occidentale. Au nom de la "paix dans le Parti", au nom de 1"'unité", répondait-on aux bolcheviks. L'unité avec qui, avec les opportunistes ? Et de répondre : Oui, avec les opportunistes. Il était évident que de semblables partis ne pouvaient être des partis révolutionnaires.
Les bolcheviks ne pouvaient pas ne pas voir qu'après la mort d’Engels les Partis social-démocrates d'Europe occidentale avaient commencé à dégénérer, de partis de révolution sociale qu'ils étaient en partis de "réformes sociales", et que chacun de ces partis, en tant qu’organisation, s'était déjà transformé de force dirigeante en appendice de son propre groupe parlementaire.
Les bolcheviks ne pouvaient ignorer qu'un tel Parti causerait un très grave préjudice au prolétariat et qu’il était incapable de mener la classe ouvrière à la révolution.
Les bolcheviks ne pouvaient ignorer que le prolétariat avait besoin d'un autre Parti, d'un parti nouveau, d'un véritable parti marxiste, qui se montre irréconciliable à 1'égard des opportunistes et révolutionnaire à l’égard de la bourgeoisie; qui soit fortement soudé et monolithique; qui soit le parti de la révolution sociale, le parti de la dictature du prolétariat.
C'est ce nouveau parti que les bolcheviks entendaient avoir chez eux. Et ils préparaient, ils construisaient ce Parti. Toute 1'histoire de la lutte contre les économistes, les mencheviks, les Trotskistes, les otzovistes et les idéalistes de toutes nuances jusques et y compris les empiriocriticistes, n’est rien d'autre que 1'histoire de la formation d'un parti tel que celui-là. Les bolcheviks entendaient créer un parti nouveau, bolchevik, qui soit un modèle pour tous ceux qui désiraient avoir un véritable parti marxiste révolutionnaire. A sa formation, ils avaient travaillé dès 1'époque de la vieille Iskra. Ils le préparaient opiniâtrement, avec ténacité envers et contre tout. Un rôle essentiel et décisif dans ce travail préparatoire revient justement, aux ouvrages de Lénine comme Que faire? Deux tactiques de la social-démocratie etc. Le livre de Lénine Que faire ? servit à. la préparation idéologique de ce parti. Le livre de Lénine Un pas en avant, deux pas en arrière servit à la préparation de ce parti dans le domaine de l’organisation. L'ouvrage de Lénine Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution d6mocratique servit. à la préparation politique de ce parti. Enfin le livre de Lénine Matérialisme et empiriocriticisme, servit à la préparation théorique de ce Parti.
On peut dire en toute certitude que jamais encore dans l’histoire, un groupe politique n’avait été aussi bien préparé pour se constituer en Parti, que c’était le cas du groupe bolchevique . " p. 20 dans Critiquons à fond la théorie menchevique et Trotskiste de l’unité de l’UCMLB, Tout le pouvoir aux ouvriers, février 1975.
p. 156 l’Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S., Éditions Norman Bethune, 1971
Il est très important de comprendre que les bolcheviks se sont organisés comme fraction indépendante en restant en même temps dans " la capsule vide " du parti social démocrate de Russie. C’était une tactique pour gagner les ouvriers révolutionnaires encore sous influence du menchevisme. Après la Première Guerre mondiale la trahison des opportunistes de la Deuxième internationale était claire pour tous. A ce moment et dès ce moment rester dans la Deuxième internationale aurait été une trahison à la cause du communisme. Mais les Trotskistes de tout poil défendent l’unité avec les traîtres social démocrates.
" Le bolchevisme existe comme courant de la pensée politique et comme parti politique depuis 1903. Seul l’histoire du bolchevisme, tout le long de son existence, peut expliquer de façon satisfaisante pourquoi il a pu élaborer et maintenir, dans les conditions les plus difficiles, la discipline de fer, indispensable à la victoire du prolétariat " ( Lénine, XXXI, p. 18 dans Critiquons à fond la théorie menchevique et Trotskiste de l’unité de l’UCMLB, Tout le pouvoir aux ouvriers, février 1975.
Autres références
Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S., Éditions Norman Bethune, 1971 : p. 44-50 le IIe congrès en 1903, Trotski et les mencheviks déclenchent le soulèvement contre le léninisme.
Trotski, Ludo Martens, Éditions PTB 1978 Chapitre II, Trotski et la théorie de Lénine sur le parti. Etude de l’œuvre de Trotski Nos tâches politiques, 1904
2. La théorie de la Révolution permanente formulée en 1905
La thèse de Trotski : " C’est précisément dans l’intervalle du 9 janvier à la grève d’octobre 1905 que se sont formées chez l’auteur les conceptions sur le caractère du développement révolutionnaire de la Russie qui furent désignées sous le nom de théorie de la " révolution permanente ". Cette désignation abstruse exprimait l’idée que la révolution russe, devant laquelle se dressent immédiatement des fins bourgeoises, ne pouvait toutefois en rester là. La révolution ne pourrait résoudre ces objectifs bourgeois immédiats qu’en portant au pouvoir le prolétariat. Or, lorsque celui-ci aurait pris en main le pouvoir, il ne pourrait se limiter au cadre bourgeois de la révolution. Au contraire, précisément pour assurer sa victoire, l’avant-garde prolétarienne devrait, dès les tout premiers jours de sa domination, opérer les incursions les plus profondes non seulement dans la propriété féodale, mais aussi bourgeoise. Ce faisant, elle entrerait en collisions hostiles non seulement avec tous les groupements de la bourgeoisie qui l’auraient soutenue au début de sa lutte révolutionnaire, mais aussi avec les grandes masses de la paysannerie dont le concours l’aurait poussée au pouvoir." Dans la préface de Trotski, écrite en 1922, à son livre de 1909 intitulé 1905.
Regardez le premier chapitre (neuf premières diapositives) " Caractère, forces et alliances de la révolution dans la présentation Powerpoint sur " La théorie de la Révolution Permanente " de l’auteur du cours.
Autres références
Trotski, Ludo Martens, Éditions PTB 1978 Chapitre III " La révolution permanente " de Trotski : une théorie de sabotage permanent de la révolution ?
Étude des livres de Trotski 1905 et La révolution permanente (1928-1931).
Un autre regard sur Staline, Ludo Martens, EPO, 1994, p. 42-45, relance de la théorie de la révolution permanente en 1922.
Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S., Éditions Norman Bethune, 1971 : pp. 82-84 La révolution ininterrompue de Lénine contre Plekhanov (et Trotski) et p. 88, sabotage de l’insurrection de Saint-Pétersbourg en octobre 1905 par Parvus et Trotski
3. En 1912, lors du Bloc d’août, Trotski essaie de rassembler tous les opportunistes contre le parti bolchevique.
" Alors que Lénine menait un combat de vie ou de mort en vue de purger le Parti des liquidateurs et des otzovistes, Trotski, endossant un rôle de conciliateur, essayait par tous les moyens de réconcilier le Parti avec ces deux tendances bourgeoises. Ceci amena Lénine à dénoncer Trotski en ces termes " Dès les premières lignes de sa résolution, Trotski a manifesté un " esprit de conciliation " des plus critiquables, un " esprit de conciliation " entre guillemets, un esprit de conciliation du groupuscule, du petit bourgeois, celui qui tient compte de " personnes déterminées ", et non d’une ligne, d’un esprit, d’un contenu idéologique et politique déterminés du travail du parti.
C’est justement l’abîme qui sépare l’" esprit de conciliation " de Trotski et Cie, qui, en fait, rend un fier service aux liquidateurs et otzovistes et, pour cette raison, constitue pour le Parti un mal d’autant plus pernicieux qu’il se cache, avec ruse, avec de belles phrases, derrière des déclarations prétendument pro-parti et antifractionnistes […] (Lénine 19-3-1910, pp. 220-221, c’est moi qui souligne – H. B.) " p. 11
" Dans son article La violation de l’unité aux cris de : " Vive l’unité ! ", écrit en mai 1914, Lénine dénonce Trotski pour son fractionnisme et son liquidationnisme et dénonce également l’absence totale de fondement dans l’accusation de scissionnisme adressée par Trotski et les liquidateurs aux bolcheviks. Écrivant dans son journal prétendument non factieux, Borba, Trotski, non content d’avoir accusé les bolcheviks de scissionnisme pour la seule raison qu’ils avaient dénoncé et combattu le liquidationnisme, poursuit en admettant que " la scission [opérée par les bolcheviks] fait l’une après l’autre des conquêtes qui sont autant de suicides " (n°1, p. 6, cité dans Lénine 5-1914a, p. 348). Cela dit, Trotski ajoute : De nombreux ouvriers avancés, dans un état de désarroi politique complet, deviennent bien souvent eux-mêmes des agents actifs de la scission (ibid., p. 349) Voici la réponse de Lénine à cette accusation se voulant en même temps une " explication " : Certes, cette explication est extrêmement flatteuse pour Trotski […] et pour les liquidateurs. Trotski aime beaucoup donner, " avec l’air savantissime d’un connaisseur " et en usant de phrases pompeuses et sonores, une explication des phénomènes historiques qui soit flatteuse pour sa propre personne. Si " de nombreux ouvriers avancés " deviennent des " agents actifs " d’une ligne politique, de parti, qui ne concorde pas avec celle de Trotski, ce dernier résout la question sans le moindre embarras, allant d’emblée droit au but : ces ouvriers avancés se trouvent " dans un état de désarroi politique complet ", alors que lui, Trotski, est sans doute " dans un état " de fermeté politique, caractérisé par une ligne claire et juste !… Et c’est ce même Trotski qui, se frappant la poitrine, fulmine contre le fractionnisme, contre l’esprit de coterie, contre la tendance qu’ont les intellectuels à vouloir imposer leur volonté aux ouvriers !…Vraiment, en lisant cela, on se demande involontairement si ces paroles ne viennent pas d’une maison de fous (ibid., p. 350). " p. 13-14
Le Trotskiste Bauget du " Spartacus " critique le menchévisme de Trotski dans cette période de la façon suivante :
" Le " centre " traditionnel et l’aile droite de la social-démocratie ont été extrêmement contents d’utiliser le nom et le grand talent journalistique de Trotski comme couverture de gauche à leurs propres positions et comme arme contre Lénine. Broué, de son côté, rapporte que " Trotski s’entendit bien avec Kautsky et avec le "centre" de la social-démocratie allemande jusqu’en 1912 au moins […]. Durant cette période, ce fut Kautsky qui, à la grande colère de Lénine, ouvrit à Trotski les pages de Die Neue Zeit et Vorwärts ". Broué décrit également les relations cordiales entre Trotski et les austro-marxistes de Vienne, faisant remarquer qu’il était rapidement devenu " la tête incontestée de la colonie social-démocrate de Vienne ", et ce de 1909 à 1912. Il ne s’attarde guère sur le fait qu’au cours de la même période, Rosa Luxemburg considérait Trotski avec une " suspicion systématique " et le tenait pour un " individu douteux ", sans aucun doute en raison des liens qu’il entretenait avec ses opposants de droite [à elle] au sein de la social-démocratie allemande.
L’attitude de Broué à l’égard de Trotski durant ces années se retrouve dans la façon dont il aborde l’infâme Bloc d’août. La Pravda viennoise, éditée par Trotski, tenta de " concilier " les factions bolchevique et menchevique – avec approbation, Broué cite les louanges adressées par Leonard Shapiro, un anticommuniste professionnel, à l’égard de la Pravda viennoise parce que celle-ci ne se montre pas aussi polémique que la presse bolchevique. En 1910, un accord entre les factions assura le soutien financier bolchevique à cette même Pravda de Vienne, et ce fut Kaménev (proche de Lénine et beau-frère de Trotski) qui fut responsable de la gestion des fonds bolcheviques. L’accord stipulait que les mencheviks mettraient leur aile droite sur la touche et que les bolcheviks feraient de même avec leur aile gauche. Mais si les bolcheviks respectèrent l’accord, ce ne fut pas le cas des mencheviks et, au cours des polémiques qui s’ensuivirent, Trotski prit le parti des mencheviks et évinça Kaménev. Les articles de Trotski, destinés à des militants de Russie qui n’étaient guère au fait des détails de la querelle, reprochaient aux bolcheviks d’avoir fomenté une " conspiration de la clique émigrée ". Kautsky commanda et publia plusieurs articles de Trotski contre les bolcheviks, articles qui s’attirèrent de sévères ripostes, pas seulement de Lénine, mais aussi de Plékhanov et de Rosa Luxemburg. Lorsque, en 1912, le congrès bolchevique de Prague proclama qu’il représentait le Parti dans son ensemble, Trotski organisa une contre-conférence de l’ " unité " à Vienne, en août de la même année.
Dans l’esprit de Trotski, toujours selon Broué, [la conférence] aurait dû déboucher sur l’unification générale, la réunification du Parti. En fait, le refus de cette réunification par les bolcheviks réduisit les participants à constituer un bloc contre les bolcheviks mêmes, le " Bloc d’août ". Les sociaux-démocrates polonais et Plékhanov s’abstinrent également de faire acte de présence… En fait, le retour de Trotski dans l’arène factieuse s’avéra particulièrement malheureux. Indépendamment de ses intentions, et même de ses précautions, les positions qu’il adopta après la conférence de Prague et son rôle dans la constitution du Bloc d’août le firent apparaître, bien malgré lui, comme l’âme d’une coalition générale contre les bolcheviks et comme un partisan indirect des " liquidateurs ". (Broué 1988.)
Toute explication dans la description par Broué du rôle de Trotski dans le Bloc d’août est erronée et trompeuse. Comme la chose apparaît clairement dans la dénonciation par Trotski des bolcheviks en tant que " clique d’émigrés ", il était bien conscient que ce que Broué appelle avec délicatesse " une unification générale " constituait un matraquage polémique destiné à attaquer Lénine. Trotski n’est pas seulement apparu comme étant l’âme de la coalition antibolchevique, il fut en fait cette âme en ce sens qu’il était la force la plus à gauche, la plus respectée en dehors des bolcheviks. Les actions de Trotski n’ont pas été interprétées comme erronées " malgré lui ", elles représentaient un exact reflet du rôle qu’il joua vis-à-vis des bolcheviks durant toute la période allant de 1903 à 1915 au moins. " p. 17-18
Lénine perça le fond de la tactique Trotskiste dans cette période semblable à celle de tout mouvement révolutionnaire dans des moments difficiles.
" En mai 1914, Lénine rédigea un article intitulé La violation de l’unité aux cris de : " Vive l’unité ! ". Dans cet article, Lénine nous livre un brillant exposé des " expressions grandiloquentes et vides " de Trotski, de son fractionnisme, de son liquidationnisme et de la faillite de son Bloc d’août. Lénine termine son article par une description inoubliable de Trotski. Cette description, me semble-t-il, est très importante pour la compréhension de l’opportunisme de Trotski. Par conséquent, je la livre dans sa totalité et j’espère que nos camarades ne la considéreront pas comme une digression inutile. Voici comment Lénine décrivait Trotski en mai 1914 :
Les vieux participants au mouvement marxiste russe connaissent bien Trotski et il n’est pas nécessaire de leur en parler. Mais la jeune génération ouvrière ne le connaît pas, et il faut lui en parler, car c’est un personnage typique pour les cinq petits groupes de l’étranger qui, en fait, oscillent aussi entre les liquidateurs et le Parti.
Au temps de la vieille Iskra (1901-1903), ces hésitants et transfuges qui passaient du camp des " économistes " dans celui des " iskristes " et vice versa avaient reçu un surnom : les " transfuges de Touchino " (c’est ainsi qu’aux temps troubles, dans la vieille Russie, on appelait les combattants qui passaient d’un camp à l’autre).
Lorsque nous parlons du courant liquidateur, nous désignons un certain courant idéologique formé pendant des années et dont les racines se rattachent au " menchevisme " et à l’" économisme " tels qu’ils se sont manifestés durant les vingt années d’histoire du marxisme, et qui est lié à la politique et à l’idéologie d’une classe déterminée, la bourgeoisie libérale.
Les " transfuges de Touchino " se déclarent au-dessus des fractions pour la seule raison qu’ils " empruntent " leurs idées aujourd’hui à une fraction, demain à une autre. Trotski fut un farouche " iskriste " en 1901-1903, et Riazanov a dit de lui qu’il avait joué au congrès de 1903 le rôle de " matraque de Lénine ". À la fin de 1903, Trotski est un farouche menchevik, c’est-à-dire qu’il est passé des iskristes aux " économistes " ; il proclame qu’" il y a un abîme entre la vieille et la nouvelle Iskra ". En 1904-1905, il quitte les mencheviks et occupe une position indécise : tantôt il collabore avec Martynov (un " économiste "), tantôt il proclame l’absurde théorie gauchiste de la " révolution permanente ". En 1906-1907, il se rapproche des bolcheviks et, au printemps 1907, il se déclare solidaire de Rosa Luxembourg.
À l’époque de la désagrégation, après de longs flottements " non-fractionnistes ", il oblique de nouveau vers la droite et fait bloc, en août 1912, avec les liquidateurs. Maintenant, il s’en écarte à nouveau, mais au fond il reprend leurs misérables petites idées. " p. 97
Autres références
Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S., Éditions Norman Bethune, 1971, p. 151
4. La position de Trotski sur la Première Guerre mondiale
Certains Trotskistes présentent une identité de vue entre Lénine et Trotski sur la Première Guerre mondiale, or c’est faux. Voici ce qu’en dit le même Trotskiste Baugnet :
" Le déclenchement de la Première Guerre mondiale et la trahison des partis de la Deuxième Internationale, dont la plupart des dirigeants soutinrent leurs " propres " gouvernements respectifs dans cette sanglante guerre entre impérialistes, déplaça les terrains de discussion au sein du mouvement socialiste mondial, imposant des réalignements et des regroupements. Lénine et Trotski combattirent tous deux la guerre impérialiste et tous deux assistèrent à la réunion des socialistes opposés à la guerre qui se tint à Zimmerwald, en Suisse, en septembre 1915. (Bauget 1990-91, pp. 33-34.)
Notons en passant que la dernière phrase est entachée soit de malhonnêteté soit de simple ignorance – mais apparemment, il s’agit de malhonnêteté – car toute personne, un tant soit peu au fait de cette question, sait que le mot d’ordre bolchevique préconisant de travailler à la défaite de son propre gouvernement au cours de la guerre impérialiste qui faisait rage à l’époque, fut violemment contré par Trotski et son slogan exigeant " Ni victoire ni défaite ". " p. 18
Autre références
Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S., Éditions Norman Bethune, 1971 : p. 62 Trotski pour la défense de la Russie contre le Japon en 1903. p. 183 Trotski et la guerre inter- impérialiste.
5. Les Trotskistes louent Trotski pour sa position hostile au bolchevisme en le présentant comme esprit indépendant.
Bauget critique un autre Trotskiste français, professeur de Grenoble de son état et lambertiste, Broué, qui glorifie Trotski pour sa position indépendante :
" La façon dont Broué traite l’activité politique de Trotski entre la scission décisive de 1903 entre bolcheviks et mencheviks et la révolution d’Octobre occupe le centre de son interprétation, parce que c’est là, précisément, qu’il traite des débats, au sein de la social-démocratie russe, sur la nature, la forme et la structure qu’un parti révolutionnaire doit adopter s’il veut s’emparer du pouvoir de l’État. C’est là aussi qu’il traite du rôle du débat politique et du débat concernant le programme dans la constitution d’un tel parti. Après la scission de 1903 entre les bolcheviks et les mencheviks, Trotski est devenu " une sorte d’esprit indépendant au sein du Parti ".
Pour cela, Broué loue Trotski, y voyant la cause du rôle dirigeant joué par Trotski dans la révolution de 1905 en tant que président du soviet de Saint-Pétersbourg et de son savoir-faire brillant de propagandiste, lorsqu’il se sert de son procès suite à la défaite de 1905 :
En fait, effectivement libéré de toute obligation factieuse, à bonne distance des aléas des conflits entre les deux principales factions, satisfait de sa position " unitaire " dont la victoire lui semblait acquise à l’avenir, Trotski avait les mains totalement libres pour consacrer son attention et ses activités aux événements qui se déroulaient en Russie… (Broué 1988.) " p.16
III. Trotski dans le parti bolchevique 1917-1927
En août 1917, quand il est facile d’être révolutionnaire puisque les masses sont en plein mouvement, Trotski décide de ne pas rejoindre le gouvernement provisoire de Kerenski mais les bolcheviks. Froid calcul, vision perspicace sur le vainqueur probable de cet affrontement ? L’habit communiste que met Trotski lors des journées révolutionnaires n’est qu’une robe de mariée que l’on ne met qu’une fois. Déjà au printemps 1918, lors de la paix de Brest-Litovsk, il refuse d’appliquer les décisions du parti. En 1921, il se fait publiquement condamner pour fractionnisme. Une session spéciale du Xe congrès y est consacrée. La descente aux enfers de Trotski a commencé.
1. Son arrivée dans le parti en août 1917
" En arrivant à Petrograd en 1917, Trotski s’affilia aux mejraïontsy (interarrondissements), un groupe qui hésitait entre les bolcheviks et les mencheviks. En août 1917, déclarant qu’ils ne différaient en rien des bolcheviks, les mejraïontsy rallièrent le Parti ouvrier social-démocrate de Russie (les bolcheviks). Trotski rejoignit les bolcheviks en leur compagnie. En ralliant le Parti bolchevik, un nombre important de mejraïontsy rompirent avec l’opportunisme. Mais, comme les événements qui allaient suivre le révélèrent, pour Trotski et certains de ses disciples, le fait de rallier les bolcheviks n’était qu’une ruse. Il continuèrent à proposer leurs points de vue nocifs et réactionnaires, à se moquer de la discipline et à saper l’unité organisationnelle et idéologique du Parti. " p.22
Quelle analyse le parti fait-il après coup de cette rentrée par la porte de derrière ?
" Comment se fait-il que Trotski, avec un palmarès aussi irréprochablement antibolchevique et antiléniniste, a fini par se retrouver dans les rangs bolcheviques à l’époque de la Révolution d’octobre ? Lors d’un discours, prononcé le 19 novembre 1924, Staline avait soulevé la question et y répondait de la façon suivante : Mais comment Trotski, qui assumait un fardeau aussi désagréable, a-t-il pu malgré tout se trouver dans les rangs des bolcheviks à l’époque du mouvement d’Octobre ? Cela s’est produit parce que Trotski à l’époque s’est débarrassé de ce fardeau (il s’en était effectivement débarrassé) et l’avait caché dans une armoire. Sans cette " opération ", toute collaboration sérieuse avec Trotski aurait été impossible. La théorie du Bloc d’août, c’est-à-dire la théorie de l’unité avec les mencheviks avait été écrasée et jetée par-dessus bord par la révolution, car de quelle unité pouvait-il être question alors que les luttes armées entre bolcheviks et mencheviks faisaient rage ? Il ne restait à Trotski qu’à admettre le fait que cette théorie était inadéquate.
La théorie de la révolution permanente " a connu " la même mésaventure, car personne parmi les bolcheviks n’avait pensé à la prise immédiate du pouvoir au lendemain de la révolution de février, aussi Trotski ne pouvait-il ignorer que les bolcheviks ne lui permettraient pas, si l’on reprend les termes de Lénine, de " jouer à la prise du pouvoir ". Il ne restait à Trotski qu’à accepter la politique des bolcheviks sur la lutte à mener pour rallier à soi la paysannerie afin d’acquérir de l’influence dans les Soviets.
Quant au troisième trait distinctif du Trotskisme (la défiance à l’encontre des chefs bolcheviques), elle devait naturellement être reléguée au dernier plan, en raison de l’échec manifeste des deux premiers traits. Trotski pouvait-il, dans un tel état de choses, ne pas cacher son fardeau dans l’armoire et ne pas suivre les bolcheviks, lui qui n’avait pas derrière lui un groupe quelque peu sérieux et qui était venu aux bolcheviks comme un politicien isole, abandonne par son armée. Assurément non ! Mais quelle est la leçon à tirer de cela ? Une seule : une longue collaboration des léninistes avec Trotski n’est possible que si ce dernier abandonne totalement son vieux fardeau et se rallie totalement au léninisme. Trotski écrit sur les enseignements d’Octobre, mais il oublie qu’à part tous les autres, il est un enseignement d’Octobre, dont je viens de parler, et qui revêt une importance primordiale pour le Trotskisme. Le Trotskisme devrait faire aussi son profit de cet enseignement d’Octobre. (Staline 19-11-1924, III.) " p.21
Trotski avait dû faire son autocritique sur son comportement d’avant 1917.
" Les profondes divergences qui m’ont séparé du bolchevisme pendant des années entières et qui, dans certains cas, m’ont placé dans une opposition vive et hostile au bolchevisme, se sont exprimées le plus nettement en ce qui concerne la faction menchevique. J’ai commencé par adopter la perspective radicalement fausse selon laquelle le cours de la révolution et la pression des masses prolétariennes forceraient en fin de compte les deux factions à suivre la même voie. Par conséquent, je considérais qu’une scission constituerait une rupture inutile des forces révolutionnaires. Mais du fait que, dans la scission, le rôle actif se situait du côté des bolcheviks – puisque, d’après l’opinion de Lénine, assurer le caractère révolutionnaire du parti prolétarien ne pouvait se faire que par une démarcation impitoyable, non seulement idéologique mais également organisationnelle (et toute l’histoire ultérieure a pleinement confirmé le bien-fondé de ces lignes politiques) – mon " conciliationnisme " m’a amené, dans nombre de tournants décisifs de la route, à des heurts hostiles avec le bolchevisme. (Trotski 11-1924.) " p.17
Du vivant de Lénine jusqu’au début 1924, le Trotskisme reste par contre prudent.
" Le nouveau Trotskisme n’est pas une simple répétition de l’ancien ; on lui a enlevé ses plumes et il est plutôt crotté ; il est incomparablement plus doux d’esprit et plus modéré dans sa forme que l’ancien Trotskisme ; mais, en essence, il garde sans aucun doute toutes les caractéristiques de l’ancien Trotskisme. Le nouveau Trotskisme n’ose pas s’affirmer comme une force militante contre le léninisme ; il préfère opérer sous le drapeau commun du léninisme, sous le mot d’ordre de l’interprétation et de l’amélioration du léninisme. Ceci, c’est parce qu’il est faible. On ne peut imputer au hasard le fait que l’apparence du nouveau Trotskisme a coïncidé avec le départ de Lénine. Du vivant de Lénine, il n’aurait pas osé franchir ce pas risqué. (Staline, Les questions du léninisme.) " p. 80
Autres références
Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S., Éditions Norman Bethune, 1971 : p. 220, Trotski entre au parti2. Brest-Litovsk
C’est un moment capital de la Première Guerre mondiale sur le front Est. D’un côté l’Armée rouge est encore inexistante et le kaiser allemand est prêt à négocier une paix à son avantage sur ce front. Tenant compte du rapport de force, le comité central du PCUS décide d’accepter cette proposition d’armistice, même si elle comporte une perte de territoire, ceci pour avoir un répit.
" En 1918, la jeune République soviétique, privée de toute armée dotée de la volonté et de la capacité de combattre, se battait pour sa propre survie en signant le traité de paix de Brest-Litovsk avec l’impérialisme allemand, gagnant ainsi un répit bien nécessaire pour sa population épuisée. À un moment très important de ces négociations, Trotski, en tant que chef de la délégation soviétique dans les pourparlers de paix, violant les consignes du Comité central du Parti et du gouvernement soviétique, prononça le retrait unilatéral de la république soviétique de la guerre, la démobilisation de l’armée russe et il quitta ensuite Brest-Litovsk sur le fallacieux prétexte que " nous ne pourrons être sauvés, au sens propre du terme, que par une révolution européenne ". (Septième congrès extraordinaire du P.C.(b)R.)
Ceci fournit au commandement allemand le prétexte dont il avait besoin pour mettre un terme à l’armistice, passer à l’offensive et obliger le gouvernement soviétique à signer " une paix beaucoup plus humiliante, par la faute de ceux qui n’avaient pas voulu l’accepter. " (Lénine 7-3-1918, p. 99.)
À propos de l’incapacité de la révolution européenne d’arriver à maturité, laissant ainsi la révolution bolchevique résoudre ses problèmes toute seule et forçant les bolcheviks à affronter la réalité telle qu’elle était et non telle qu’ils auraient souhaité qu’elle fût, Lénine apostropha Trotski et ses semblables au sein du Parti dans les termes que voici :
Si l’on ne sait pas s’adapter, si l’on n’est pas disposé à ramper sur le ventre, dans la boue, on n’est pas un révolutionnaire, mais un bavard. Et si je propose de marcher ainsi, ce n’est point parce que cela me plaît, mais parce qu’il n’est pas d’autre voie, parce que l’histoire ne nous offre pas l’agrément de faire mûrir la révolution simultanément en tous lieux (ibid., p. 98).
Ainsi, la jeune République soviétique paya à un prix très lourd l’aventurisme et le défaitisme bavard de Trotski, caractéristiques principal de son infecte théorie de la révolution permanente, selon laquelle rien de bon ne peut advenir de quelque révolution si elle ne s’accompagne pas d’une révolution mondiale. " p. 22-23
Autres références
Un autre regard sur Staline, Ludo Martens : p. 30 Brest-Litovsk, déc 1917-jan 1918
Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S., Éditions Norman Bethune, 1971 :
p. 239 Brest-Litovsk
3. L’impossibilité du socialisme dans un seul pays
La thèse de Trotski :
" Sans l’aide directe d’État de la part du prolétariat européen, la classe ouvrière de Russie ne pourra se maintenir au pouvoir et transformer sa domination temporaire en une dictature socialiste durable. On ne saurait en douter un instant. " Trotski, Notre révolution, 1906,)
Regardons pour cela la deuxième (Construction du Socialisme dans un pays arrière) et la troisième partie (Collectivisation à la campagne) de la présentation Powerpoint sur " La théorie de la Révolution Permanente " de l’auteur du cours.
Autres références
Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S., Éditions Norman Bethune, 1971 ; p. 301 la victoire du socialisme dans un pays ; p. 396 Bilan de l’histoire du PCUS et de la théorie du socialisme dans un pays.
4. Débat sur l’attitude envers les syndicats lors de la construction du socialisme
" Avec la conclusion victorieuse de la guerre civile de 1918-1920, la République soviétique, guidée par Lénine, passa du communisme de guerre à la Nouvelle Politique Économique (NEP) et s’engagea dans un programme de renouveau et de rajeunissement économique – un programme de restauration de l’industrie via une reprise de l’agriculture, et l’implication des ouvriers et des syndicats dans l’active construction du socialisme via une organisation planifiée et la persuasion (et non la coercition). C’est alors que Trotski et ses partisans imposèrent au Parti un débat sur la question des syndicats (c’était le détourner du travail de construction économique et du combat contre la famine et la dislocation économique, ce qui constituait un luxe que le Parti pouvait difficilement se permettre à l’époque). Trotski, le patriarche des bureaucrates, comme Staline l’avait surnommé à juste titre, insistait sur le fait qu’il fallait " resserrer les boulons " et " secouer " les syndicats, transformer ceux-ci en agences de l’État et remplacer la persuasion par la coercition.
Le débat du Parti sur les syndicats se solda par une totale déroute pour Trotski et ses partisans. Lorsque le Comité central du Parti rejeta la proposition de Trotski, digne d’un sergent prussien, Trotski sortit et réunit un groupe de ses partisans dans le but de combattre le Comité central. Lénine fut si effrayé par le fractionnisme de Trotski et par son mépris de la discipline de parti qu’il fit en sorte que le 10e congrès du Parti (en mars 1921) passe une résolution interdisant la formation de factions et dissolvant dorénavant les factions existantes. Il fut en outre décidé que " la non-exécution de cette décision du congrès doit entraîner sans faute l’exclusion immédiate du parti ". (Lénine 16-3-1921, p. 255.) " p. 23
Autres références
Un autre regard sur Staline, Ludo Martens : p. 32 Trotski et la militarisation des syndicats
Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S., Éditions Norman Bethune, 1971 : p. 279 débat sur les syndicats au Xe congrès
5. L’attitude de Trotski devant une défaite politique et les mesures du parti contre le fractionnisme. Le Xe congrès du PCUS prend des mesures spéciales contre le fractionnisme.
" Trotski n’abandonna pas sa position menchevique à propos des questions organisationnelles, autrement dit, à propos du Parti, même après avoir rallié le Parti bolchevik. En 1921, lorsque la proposition de Trotski de " secouer " un peu les syndicats et d’en faire des organes d’État fut rejetée par le Comité Central du Parti, Trotski sortit de la pièce où se réunissait le CC et tenta de rassembler quelques partisans afin d’aller se battre avec le CC. Cet incident montre la haine et le mépris profond qu’éprouvent les intellectuels bourgeois à l’égard du Parti et de sa discipline.
Que pensait Lénine des gens qui, à l’instar de Trotski, faisaient fi de la discipline du Parti ? Voici ce qu’il disait : Celui qui affaiblit tant soit peu la discipline de fer dans le parti du prolétariat (surtout pendant sa dictature), aide en réalité la bourgeoisie contre le prolétariat. (Lénine 5-1920, p. 39.) Oui, camarades, Trotski affaiblissait " la discipline de fer du Parti " et pas " tant soit peu ", mais à un degré extrême, tant avant qu’après la révolution d’Octobre.
L’incident à propos des syndicats et le comportement de Trotski firent dire à Lénine :
Voyez un peu : après deux réunions plénières du Comité central (les 9 novembre et 7 décembre), consacrées à une discussion extraordinairement détaillée, longue et passionnée, de l’avant-projet des thèses du camarade Trotski et de toute la politique du parti dans les syndicats qu’il préconise, un membre du Comité central [Trotski] reste seul contre dix-neuf ; il constitue autour de lui un groupe en dehors du Comité central, et présente un " ouvrage " " collectif " de ce groupe en guise de " programme ", en proposant au congrès d’ " opter entre deux tendances ". (Lénine 25-1-1921, p. 69.) Lénine poursuit : ‘Peut-on nier que, même si les " tâches et méthodes nouvelles " étaient décrites par Trotski d’une façon aussi totalement juste qu’elles le sont, en fait, d’une façon totalement fausse (ce que je montrerai plus loin), par sa seule attitude, Trotski porterait préjudice à la fois à lui-même, au Parti, au mouvement syndical, à l’éducation des millions de membres des syndicats, et à la République ?? (Lénine 25-1-1921, p. 72.)
Cet incident inquiéta tellement Lénine qu’il fit en sorte que le 10e congrès du P.C.U.S.(B) passe une résolution spéciale contre la formation de blocs, groupes et factions séparés au sein du parti. Lénine estimait que les membres du Parti avaient le droit de ne pas être d’accord entre eux et de résoudre leurs divergences par la discussion. Mais une fois qu’on avait obtenu une décision après toute une discussion approfondie et que la critique avait été complètement passée en revue, l’unité et la volonté d’action des membres du Parti était nécessaire, car sans cette unité, un parti prolétarien et une discipline prolétarienne sont inconcevables. Trotski n’allait jamais pouvoir comprendre cela. Chaque fois qu’il se retrouvait en minorité, il fonçait tête baissée pour constituer une faction au sein du Parti – mettant de la sorte le Parti et la République soviétique en danger. En résumé, camarades, sur la question du Parti, le Trotskisme ne choisit pas la position du léninisme. Il adopte une position anti léniniste. Sans une organisation d’avant-garde (le Parti), le prolétariat ne peut jamais conquérir le pouvoir. L’organisation est l’arme la plus puissante dont dispose le prolétariat pour sa propre libération. Sans organisation, sans le Parti, il ne peut y avoir de révolution prolétarienne. Sur cette question importante du parti d’avant-garde du prolétariat, la position de Trotski est similaire à celle des hommes politiques radicaux bourgeois et travaillistes libéraux. Sur les questions organisationnelles, le Trotskisme est partisan du libéralisme – c’est-à-dire que la création d’organisations de type labour Parti était censée fabriquer des machines électorales au sein du capitalisme – et de la destruction de partis du type bolchevique – les véritables partis communistes révolutionnaires au sein desquels règne une discipline de fer. " p. 98-100
6. La nouvelle oppositionLa nouvelle opposition est un remake du bloc d’août 1912
" Trotski battit quelques temps en retraite, guettant sa chance. Celle-ci vint lorsque Zinoviev et Kaménev, deux vieux bolcheviks, effrayés par les difficultés et en proie au défaitisme, passèrent dans l’opposition après que la Quatorzième conférence du Parti (avril 1925) eût affirmé la possibilité de construire le socialisme en U.R.S.S. Défaitistes et sceptiques invétérés, Zinoviev et Kaménev rejetaient la possibilité de construire le socialisme en Union soviétique et, de la sorte, trouvaient un terrain d’entente avec le pessimisme, le scepticisme et le défaitisme personnifiés, à savoir Trotski, l’auteur de la théorie de la " révolution permanente ", l’incarnation même de l’absence totale d’espoir.
La Nouvelle Opposition (comme on l’appela), conduite par Zinoviev et Kaménev, lança des attaques perfides contre la ligne léniniste du Parti (à propos de la possibilité de construire le socialisme) lors du 14e congrès du Parti, qui s’ouvrit en décembre 1925. Après avoir encaissé une cinglante défaite lors de ce congrès, la Nouvelle Opposition, dirigée par Zinoviev et Kaménev (qui, très peu de temps auparavant encore, avaient tenté d’écarter Trotski de la direction du Parti et que Trotski, à son tour, avait tenté d’éliminer de celle-ci), adopta ouvertement le Trotskisme. On assista donc à l’émergence d’un bloc d’opposition au Parti, vers lequel convergèrent les restes des divers groupes d’opposition précédemment expulsés du Parti – tous étant motivés par leur haine et leur hostilité vis-à-vis de la politique du Parti voulant renforcer la dictature du prolétariat et construire le socialisme en U.R.S.S.
Les dirigeants de cette opposition, Trotski, Zinoviev et Kaménev, " s’accordant mutuellement leur pardon ", comme le dit Staline, et usant de l’occasion et du prétexte de l’effondrement de la grève générale britannique (à propos de laquelle ils blâmèrent les instances supérieures du Parti bolchevik pour avoir prétendument été incapables de donner une direction et une ligne de conduite aux travailleurs britanniques), présentèrent leur plate-forme, rédigée par Trotski, laquelle plate-forme fut présentée, partiellement, au Plénum du Comité central du 6 au 9 avril 1926 et, complètement, à la réunion qui se tint du 14 au 23 juillet 1926. En rupture flagrante avec la discipline du Parti, l’opposition organisa des manifestations dans les usines, exigeant une discussion complète de leur plate-forme. Les travailleurs communistes dénoncèrent avec véhémence les dirigeants de l’opposition et leur firent quitter ces réunions. Confrontés à cette humiliante défaite, les dirigeants de l’opposition battirent en retraite et envoyèrent une déclaration, le 16 octobre 1926, dans laquelle ils confessaient leurs erreurs et promettaient de renoncer à l’avenir à leurs activités factieuses contre le Parti. Comme l’explique Ian Grey :
Consternés par leur propre témérité et leur propre imprudence, les six dirigeants – Trotski, Zinoviev, Kaménev, Piatakov, Sokolnikov et Evdokimov – admirent leur faute dans une déclaration publique et jurèrent de ne plus poursuivre d’activités factieuses à l’avenir. Ils dénoncèrent également leurs propres partisans de gauche du Comintern et du groupe d’Opposition ouvrière. (Grey 1979, pp. 213-214.) " p. 30-31
Autres références
Un autre regard sur Staline, Ludo Martens, éditions EPO, 1994 : p. 145 l’opposition unifiée Zinoviev-Kamenev-Trotski
Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S., Éditions Norman Bethune, 1971 : p. 313 en été 1926 bloc Zinoviev-Trotski avant la XVe conférence
7. La lamentable fin de Trotski dans le parti
Les thèses Trotskistes furent soumises au vote dans tout le parti lors de la préparation du XVe congrès. Elles ne rencontrèrent aucun succès. Face aux volte-face continuelles de Trotski, il fut exclu du comité central. Mais l’organisation de manifestations antiparti et antirégime en novembre 1927 causera son exclusion du Parti.
" Comme on était en pleine préparation du 15e congrès du Parti, en septembre 1927, l’opposition établit une troisième déclaration concernant ses objectifs et sa politique. Il fallait mettre fin au fractionnisme de l’opposition, à ses activités désorganisatrices et aux mascarades des violations répétées de sa déclaration hypocrite d’aveu de culpabilité et de promesses de cesser toute activité factieuse. Ainsi, fin octobre 1927, au cours d’une réunion commune avec la Commission centrale de Contrôle, le Comité central expulsa Trotski et Zinoviev du Comité central, décidant en outre de soumettre au 15e congrès, afin qu’il les examine, tous les documents relatant les activités factieuses de l’opposition Trotskiste. Il faut rappeler que, durant la discussion au sein du Parti qui précéda le 15e congrès, 724 000 membres votèrent en faveur de la politique léniniste du Comité central, alors qu’un nombre dérisoire de 4 000 votes s’exprimèrent en faveur de la plate-forme du bloc d’opposition Trotskiste-zinoviéviste, c’est-à-dire un demi pour-cent des membres qui participèrent à ce débat. " p.33
" Le 7 novembre 1927, au dixième anniversaire de la révolution d’Octobre, Trotski et Zinoviev organisèrent des manifestations contre le Parti à Moscou et à Leningrad. Peu suivies, ces manifestations contre-révolutionnaires furent aisément dispersées par les manifestants de la classe ouvrière sous la direction du P.C.U.S. Par ses actions du 7 novembre, l’opposition avait fourni la preuve de sa conversion en une force contre-révolutionnaire ouvertement hostile à la dictature du prolétariat en U.R.S.S. Après avoir enfreint toutes les normes et règles de la vie du Parti, les Trotskistes s’engageaient désormais dans un parcours de violation des lois de l’État qui allait les conduire au meurtre, au sabotage, à la destruction et, finalement, à une alliance avec le fascisme. Le 24 novembre 1927, le Comité central expulsa Trotski et Zinoviev du Parti, alors que d’autres membres de leur groupe étaient évincés du Comité central et de la Commission centrale de Contrôle.
Relevant que l’opposition avait rompu idéologiquement avec le léninisme, qu’elle avait dégénéré en menchevisme, qu’elle avait adopté la voie de la capitulation face à l’impérialisme international et à la bourgeoisie interne et qu’elle était devenue un instrument de lutte contre la dictature du prolétariat, le 15e congrès du Parti (décembre 1927) approuva ces expulsions avec enthousiasme. En outre, il expulsa également septante-cinq membres du bloc Trotskiste-zinoviéviste, de même que quinze centralistes démocratiques. De plus, le congrès notifia aux organisations du Parti de purger leurs rangs des Trotskistes incorrigibles et de prendre des mesures en vue de rééduquer les simples affiliés de l’opposition dans l’esprit du léninisme.
Après le congrès, de nombreux membres ordinaires de l’opposition reconnurent leurs erreurs, rompirent avec le Trotskisme et furent ré affiliés au Parti. En janvier 1928, Trotski fut exilé à Alma-Ata, en Asie centrale (Kazakhstan). Même là, il continua clandestinement à se livrer à ses activités hostiles au Parti et à l’Union soviétique. Par conséquent, en janvier 1929, il fut chassé de l’Union soviétique. " p. 34
Autres références
Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S., Éditions Norman Bethune, 1971 ; p. 314 manifestation interdite en novembre 1927 et exclusion de Trotski et Zinoviev, p. 320 le XVe congrès sur les Trotskistes et leur éventuelle réadmission au parti
8. Tout cela n’était-il qu’une querelle d’hommes ?
Trotski avait combattu pendant 20 ans le noyau bolchevique et ce, avant l’arrivée de Staline à la tête du parti. Celui-ci ne devint secrétaire général qu’en 1923. Plékhanov, Boukharine et Trotski étaient des hommes populaires qui se sont tous trois détournés du marxisme. Le parti bolchevique s’est permis une lutte de sept ans après l’avertissement que Trotski devait arrêter ces menées fractionnistes, avant de l’exclure.
" L’opposition pense que sa défaite peut " s’expliquer " par des facteurs personnels, ou en raison de la dureté de Staline […]. Voilà vraiment une explication très bon marché ! C’est une incantation, pas une explication. Trotski combat le léninisme depuis 1904. Depuis 1904 jusqu’à la révolution de février, en 1917, il a traînaillé autour des mencheviks à combattre désespérément et en permanence le Parti de Lénine. Durant cette période, Trotski a encaissé un nombre de défaites de la main du Parti de Lénine. Pourquoi ? Peut-être la dureté de Staline était-elle à blâmer ? Mais Staline n’était pas encore secrétaire du Comité central, à l’époque ; il n’était pas à l’étranger, mais en Russie, combattant clandestinement le tsarisme, tandis que la lutte entre Trotski et Lénine faisait rage à l’étranger. Ainsi donc, qu’est-ce que la dureté de Staline a à voir là-dedans ?
Durant la période s’étendant de la révolution d’Octobre à 1922, Trotski, déjà membre du Parti bolchevik, s’arrangea pour faire deux " importantes " sorties contre Lénine et son Parti : en 1918, sur la question de la paix de Brest ; et en 1921, sur la question des syndicats. Ces deux sorties se terminèrent par la défaite de Trotski. Pourquoi ? Peut-être doit-on blâmer ici la dureté de Staline ? Mais à l’époque, Staline n’était pas encore secrétaire du Comité central. Les postes de secrétaires étaient alors occupés par des Trotskistes notoires. Ainsi donc, qu’est-ce que la dureté de Staline a à voir là-dedans ?
Plus tard, Trotski fit un nombre de sorties virulentes contre le Parti (en 1923, 1924, 1926, 1927) et chacune d’elles se termina par une sévère défaite pour lui.
Ne ressort-il pas manifestement de tout ceci que les tentatives des Trotskistes en vue de remplacer le léninisme par le Trotskisme sont la principale cause de l’échec et de la faillite de la ligne entière de l’opposition ?
Notre Parti est né et a grandi dans la tempête des batailles révolutionnaires. Ce n’est pas un parti qui a grandi durant une période de développement paisible. Pour cette raison même, il est riche en traditions révolutionnaires et ne transforme pas ses dirigeants en fétiches. À une certaine époque, Plékhanov était l’homme le plus populaire du Parti. Plus encore, il était le fondateur du Parti et sa popularité était incomparablement plus grande que celle de Trotski ou de Zinoviev. Malgré cela, le Parti se détourna de Plékhanov dès qu’il commença à s’écarter du marxisme et à passer à l’opportunisme. Est-il surprenant, dans ce cas, que des personnes qui ne sont pas si " en vue ", des personnes comme Trotski et Zinoviev, se soient retrouvées à la queue du Parti après qu’elles eussent tenté de se démarquer du léninisme ? (Staline 23-10-1927, pp. 199-201.) " p.35
IV. Trotski en exil, fervent combattant du parti bolchevique.
En 1929 le Daily Express (e.a. 27, 28 février) donnait une série d’interviews de Trotski en première page. Trotski n’y faisait que fulminer contre le socialisme en URSS. Après coup, il déclara qu’il n’avait été aucunement censuré. Il n’avait donc même pas profité de cette occasion pour attaquer l’impérialisme anglais… Le Daily Express profitait de l’aura de Trotski à l’étranger où les gens étaient beaucoup moins au courant des luttes internes dans le PCUS pour laisser descendre la révolution russe par un de ses artisans… (annexe 2, p. 507-8)
1. Trotski défend la continuation de la N.E.P.
En 1922, le parti avait lancé la NEP (la nouvelle économie politique) pour revitaliser l’économie détruite par les guerres d’intervention. Elle comportait un développement capitaliste dans la campagne et dans le commerce sous strict contrôle de la dictature du prolétariat. Elle toléra l’existence et un certain renforcement des koulaks, les paysans riches. Seulement, vers 1927, le secteur étatique et coopératif était devenu assez fort à la campagne pour commencer à évincer la classe koulak ce qui fut chose quasiment faite en 1932.
" En 1933, Trotski publia son pamphlet L’économie socialiste en danger, dans lequel il se révéla en opposition vis-à-vis de sa seconde attaque contre le capitalisme, c’est-à-dire son attaque lancée au travers de l’industrialisation et la collectivisation socialistes, deux mesures d’une importance historique révolutionnaire de portée mondiale. Il déclara qu’une " collectivisation correcte et économiquement solide, à un stade donné, ne devrait pas aboutir a l’élimination de la NEP, mais à la réorganisation progressive de ses méthodes ". (Trotski 1933a) En d’autres termes, on ne devait pas tenter d’éliminer le capitalisme en général ni le capitalisme dans les campagnes en particulier. Dans le style de Gorbatchev, prétendant prôner l’une ou l’autre forme de contrôle du marché, la méthode de Trotski pour contrôler le marché revient, ni plus ni moins, à permettre au marché qu’il se contrôle lui-même ! Le contrôle du marché, dit-il, doit lui-même dépendre des tendances qui apparaissent par le biais de ce même marché (ibid.). " p 39
Autres références
Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S., Éditions Norman Bethune, 1971 :
p.286 Trotski propose d’aller plus loin que la NEP en 1922 ;
p. 291 Trotski voulait exploiter l’économie paysanne au profit de l’industrie ;
p.324 le groupe Boukharine-Rykov contre les mesures d’exception contre les spéculateurs koulaks, sous phrases de gauche comme les Trotskistes
Un autre regard sur Staline, Ludo Martens, EPO, 1994 : p. 94 Trotski contre la collectivisation en 1930 " utopique et réactionnaire "
2. Reconnaissance des réalisations soviétiques pour rester entendu.
Pour garder audience dans un public en Occident qui, confronté lui-même avec l’énorme crise économique consécutive au krach de Wall Street, voyait progresser l’URSS avec des taux de croissance de 16%, Trostki changea une fois de plus son fusil d’épaule mais débitait encore une fois des phrases de gauche pour couvrir une politique de droite.
" Dans La Révolution trahie de 1933, il écrit : Les immenses résultats obtenus par l’industrie, le début plein de promesses d’un essor de l’agriculture. la croissance extraordinaire des vieilles villes industrielles, la création de nouvelles, la rapide augmentation du nombre des ouvriers, l’élévation du niveau culturel et des besoins, tels sont les résultats incontestables de la révolution d’Octobre […] le socialisme a démontré son droit à la victoire, non dans les pages du Capital, mais dans une arène économique qui couvre le sixième de la surface du globe ; non dans le langage de la dialectique, mais dans celui du fer, du ciment et de l’électricité. […] la révolution prolétarienne a permis à un pays arriéré d’obtenir en moins de vingt ans des résultats sans précédent dans l’histoire.
Ainsi se clôt le débat avec les réformistes dans le mouvement ouvrier. Peut-on, ne serait-ce qu’un moment, comparer leur agitation de souris à l’œuvre titanesque d’un peuple appelé par la révolution à une vie nouvelle ? (Trotski 1936, p. 13.)
Donc, de façon tout à fait mystérieuse et sans la moindre explication, sans une correction ou une précaution de Trotski, nous trouvons que " l’appareil bureaucratique plein de suffisance, négatif, dédaigneux, cliquesque " caractérisé, d’une part, par l’ " inertie " et, d’autre part, par une " violence antagoniste à l’égard de la critique ", au sein duquel on ne trouve que des " carriéristes et des parasites politiques ", tellement éloignés de la réalité qu’ils risquent de perdre le soutien des masses et de se faire ravir la domination de l’État par les " tendances contre-révolutionnaires " que l’on trouve parmi les " détaillants, les intermédiaires […] et les koulaks – cet appareil bureaucratique ", c’est-à-dire la direction du Parti bolchevik et de l’État soviétique, a, d’une manière ou d’une autre, profité de l’occasion et a organisé " dix années de succès sans précédent dans l’histoire " ! " p. 42-43
3. Prédire le désastre soviétique à la grande joie des fascistes
" Les diatribes de Trotski contre le régime soviétique ont été promptement reprises par les fascistes allemands et italiens : " Voyez, mes amis, dit Goebbels aux socialistes et communistes allemands, ce que Trotski dit de l’État soviétique. Ce n’est plus un État socialiste, mais un État dominé par une bureaucratie parasitaire, vivant sur le dos du peuple russe. " (Voir Annexe 2.) Ce genre d’arguments, et d’autres du même ordre, diffusés par les fascistes aussi bien que par les autres États impérialistes, étaient destinés à affaiblir en même temps la foi que les masses auraient pu nourrir à l’égard de l’U.R.S.S. et la leur propre dans leur capacité à se construire une nouvelle existence. Ces arguments Trotskistes étaient – et continuent d’être – utilisés par les opposants au communisme dans le mouvement travailliste aussi bien que par l’intelligentsia petite-bourgeoise radicale. Le Trotskisme avait donc pour fonction (et a toujours) de semer la confusion et de désarmer le mouvement ouvrier tant politiquement qu’idéologiquement.
Défiant toute réalité, ignorant les développements de la construction du socialisme en U.R.S.S., Trotski continuait à prédire le désastre et à prôner le renversement de la " bureaucratie stalinienne " – un euphémisme pour la direction léniniste du Parti bolchevik et de l’État soviétique –, en d’autres termes, le renversement de la dictature du prolétariat. Dans un article écrit en octobre 1933, Trotski prédisait la restauration du capitalisme si la " bureaucratie stalinienne " continuait à maintenir sa domination :
[…] un développement ultérieur sans obstacle du bureaucratisme devrait inévitablement mener à un arrêt de la croissance économique et culturelle, à une crise sociale terrible et à un recul de toute la société. Mais cela signifierait non seulement l’effondrement de la dictature du prolétariat, mais aussi en même temps la fin de la domination bureaucratique. Pour remplacer l’État ouvrier, viendraient des rapports non pas " social-bureaucratiques ", mais capitalistes. (Trotski 1-10-1933, p. 259.)
En février 1935, Trotski annonça " l’effondrement inévitable du régime politique stalinien " et son remplacement par " la contre-révolution fasciste-capitaliste ", à moins que n’intervienne la suppression du régime soviétique en tant qu’ " acte conscient de l’avant-garde prolétarienne ", à savoir ces mêmes contre-révolutionnaires Trotskistes qui réfutaient la possibilité de construire le socialisme en premier lieu, qui essayaient de mettre n’importe quel obstacle (bien que sans succès) dans la voie de la construction du socialisme, qui, main dans la main avec la bourgeoisie impérialiste, calomniaient l’État soviétique et la direction du Parti bolchevik, qui minimisaient et dénigraient la moindre réalisation de l’industrie, de l’agriculture, de la science, de la technologie socialiste et qui finirent par devenir les alliés et les outils du fascisme allemand et japonais ! " p.40-41
Autres références
Trotski, Ludo Martens, Éditions PTB 1978 Chapitre V, Une alliance Hitler Trotski, Étude du " programme de transition " L’agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale (1938)
Un autre regard sur Staline, Ludo Martens, EPO, 1994 : p. 220-224 appels à l’insurrection contre l’URSS ; p. 226 Trotski contre la politique de sécurité collective URSS-France en 1935 ; p. 294-5 Tito devient boukharinien et Djilas affirme que Staline égale Hitler en citant Trotski 1951.
4. Le communisme est le fascisme selon Trotski.
Trotski fut le vrai père de la théorie du totalitarisme, qui met sur le même pied communisme et fascisme.
" Poussé par sa haine intense et absurde de l’État soviétique, son subjectivisme stupide et sa rancœur sans limite contre le régime bolchevique pour la simple raison que ce dernier avait décidé de l’expulser pour son fractionnisme incorrigible, Trotski pousse la bassesse jusqu’à dire, dans le chapitre onze de son ouvrage La révolution trahie, que " le stalinisme et le fascisme sont des phénomènes symétriques. Par bien des traits, ils montrent une similitude accablante. " (Trotski 1936, p. 185.)
Autres références
Un autre regard sur Staline, Ludo Martens :
p. 213-217 Les théories de Trotski sur bolchevisme = nazisme plus ses propos défaitistes.
p. 150-51 1934 pour en finir avec Hitler il faut renverser le komintern
p. 153-54 appels à la terreur et à une 4e révolution antibureaucratique 1934
5. …Et de prédire la défaite de l’Armée rouge face au nazisme.
Les dernières prédictions de Trotski avant qu’il ne soit assassiné – non pas par le KGB, c’est à dire la main invisible de Staline, mais par un coreligionnaire Trotskiste (Frank Jacson) pour une banale affaire de femmes – ont été des plus grotesques. Mais l’histoire réelle a une fois de plus mis Trotski en tort. Les peuples de l’Union soviétique n’ont pas accueilli les nazis en libérateurs de leur " joug bureaucratique ". Une demi année après un déferlement de 5 millions de soldats, ils ramassèrent une première défaite sanglante lors de la contre-offensive de Moscou. Au lieu de fuir comme l’a fait par exemple le gouvernement belge à l’arrivée des nazis, Staline organisa personnellement la résistance. Et contrairement à Napoléon, Hitler n’a même pas assisté à l’incendie de Moscou.
" Dans ces déclarations, Trotski prédit, avec une jubilation malveillante, la défaite militaire de l’U.R.S.S. au cours de la guerre à venir. En fait, il va même plus loin encore, en affirmant qu’une guerre de longue durée sans défaite militaire " devrait déboucher sur une révolution bonapartiste bourgeoise ". Voici les propos mêmes de Trotski : Peut-on espérer que l’U.R.S.S. sortira de la prochaine guerre sans défaite ? Répondons nettement à cette question posée en toute netteté : si la guerre n’était qu’une guerre, la défaite de l’U.R.S.S. serait inévitable. Sur les rapports de la technique, de l’économie et de l’art militaire, l’impérialisme est infiniment plus puissant que l’U.R.S.S. S’il n’est pas paralysé par la révolution en Occident, il détruira le régime né de la révolution d’Octobre. (Trotski 1936, p. 153.)
Que se passerait-il si l’Union soviétique parvenait à survivre au sort que lui assigne Trotski. l’histoire comme nous le voulons – défaite militaire ou pas – l’Union soviétique ne pourrait pas survivre à la guerre : 47. Mais, précisément, la longueur de la guerre, écrit Trotski, révélera inévitablement les contradictions entre l’économie de transition de l’U.R.S.S. et sa planification bureaucratique […] En d’autres termes, dans le cas d’une guerre longue, le prolétariat mondial restant passif, les contradictions sociales internes en l’U.R.S.S. non seulement peuvent conduire, mais également conduiraient à une contre-révolution bourgeoise-bonapartiste. (Trotski 10-6-1934, p. 69.)
En 1940, approchant de la fin de sa vie – une vie d’hostilité irréconciliable envers le léninisme – Trotski, avec un zèle digne des meilleures causes, prédit à nouveau la défaite de l’U.R.S.S. et le triomphe de l’Allemagne hitlérienne : Nous sommes toujours partis du fait que la politique internationale du Kremlin était déterminée les intérêts de la nouvelle aristocratie […] par son incapacité à mener une guerre. (Trotski 2-9-1939, p. 384.) […] la caste dirigeante n’est plus désormais capable de penser au lendemain. Sa devise est celle de tous les régimes condamnés : " Après nous le déluge ! " (Ibid., p. 387.) La guerre va démolir bien des choses et bien des individus. Artifices, tricheries, impostures et trahisons ne permettront pas d’échapper à la sévérité de son jugement. (Ibid., p. 387.) Staline ne peut pas faire la guerre avec des ouvriers et des paysans mécontents et une Armée Rouge décapitée. (Trotski 4-9-1939, p. 390.) Le niveau de ses forces productrices [de l’U.R.S.S.] lui interdit une grande guerre. (Trotski 4-12-1939, p. 176.) Mais l’entrée de l’U.R.S.S. dans une guerre majeure, avant que ce moment ait été atteint, signifierait de toutes façons un combat à armes inégales. Le facteur subjectif, qui n’est pas moins important que le facteur matériel, a profondément empiré au cours des dernières années. (Ibid., p. 176.) Il [Staline] ne peut entreprendre une guerre offensive avec quelque espoir de remporter la victoire. Au cas où l’U.R.S.S. entrerait en guerre, avec les innombrables victimes et privations que cela implique, tout le caractère frauduleux du régime au pouvoir, ses outrages et sa violence provoqueraient inévitablement une violente réaction de la part d’un peuple qui a déjà mené à bien trois révolutions au cours de ce siècle. (Ibid., p. 177.) La guerre actuelle peut jeter bas la bureaucratie du Kremlin bien avant le déclenchement de la révolution dans les pays capitalistes. (Ibid., p. 183.) " p. 45-46
6. Deux mythes anticommunistes : " le testament de Lénine " et les prouesses militaires de Trotski.
Dans ce cours nous ne traitons pas de ces deux mythes, mais pour les intéressés voici
Quelques références sur le testament de Lénine
Dans Trotskisme ou léninisme de Harpal Brar : annexe 1 : p. 497-506, p. 25-29 la mort de Lénine.
Un autre regard sur Staline, Ludo Martens, EPO, 1994 : p. 34
p. 39 le testament de Lénine, les jugements sur Staline et Trotski
Quelques références sur la carrière militaire de Trotski
Un autre regard sur Staline, Ludo Martens, EPO, 1994 : p. 32 comparaison militaire Trotski-Staline lors des guerres d’intervention 1918-1920 ; p. 218 Trotski défend Toukhatchevski en 1938 ou le bonapartisme dans l’armée.
Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S., Éditions Norman Bethune, 1971 : p.262-3 Trotski combat Koltchak avec mesure et donne sa démission contre la position divergente du parti à ce sujet, il est retiré du commandement de la région Sud. p. 260 au VIIIe congrès l’opposition de délégués communistes dans l’armée contre la direction de Trotski à l’armée.
V. Quelques considérations générales sur l’évolution de Trotski et les caractéristiques de sa ligne politique.
Personne n’est à l’abri d’erreurs quand on tente de faire une politique révolutionnaire. La question est : pouvons-nous accepter les leçons données par les évènements et par la lutte populaire ? Transformer sa conception du monde est une tâche de toute une vie pour un militant révolutionnaire. Il faut continuellement adapter le subjectif à l’objectif. L’évolution négative de Trotski est un précieux enseignement. Cela montre que même quelques excellentes qualités se noient dans un océan de crimes et deviennent ainsi insignifiantes et tout au plus au service de la politique et des intérêts des adversaires acharnés de la Révolution.
1 .Trotski rassemble toujours les opposants à la ligne bolchevique que ce soit au IIième congrès en 1903, lors du Bloc d’août en 1912 ou au moment de la nouvelle opposition en 1925.
Dès le départ, le centralisme démocratique d’un parti révolutionnaire est pour lui le bureaucratisme :
" L’application du principe de la minorité se soumettant à la majorité et du principe des corps dirigeants inférieurs liés aux décisions des corps dirigeants supérieurs, ainsi que du principe de diriger le travail du parti à partir d’un centre, déboucha sur des accusations de " bureaucratisme ", de " formalisme ", de " rouages et engrenages ", etc. lancées par messieurs Trotski, Martov et d’autres opportunistes. " p.91
2. Individualisme.
La petite divergence de Trotski avec Lénine au IIe congrès concerne notamment la composition de la rédaction du journal l’Iskra. Trotski n’est pas d’accord qu’on en modifie la composition. C’était pourtant une décision du congrès. Trotski, mis en minorité, fulmine.
" Tu es un bureaucrate, parce que tu as été désigné par le congrès à l’encontre de ma volonté ; tu es un formaliste, parce que tu t’appuies sur les décisions formelles du congrès, et non sur mon accord ; tu agis d’une façon grossièrement mécanique, car tu te réclames de la majorité " mécanique " du congrès du Parti et ne tiens pas compte de mon désir d’être coopté ; tu es un autocrate parce que tu ne veux pas remettre le pouvoir entre les mains de la vieille et bonne compagnie " p. 92
3. Phrases de gauche pour politique de droite et alliance avec la droite
" Staline, dans son rapport au 17e congrès du Parti (26 janvier 1934) fait l’observation suivante à propos du programme Trotskiste : Nous avons toujours dit que les " gauches " étaient ces mêmes droitiers qui masquaient leur politique de droite par des phrases gauchistes. Aujourd’hui, les " gauches " eux-mêmes confirment nos dires. Prenez le Bulletin Trotskiste de l’an dernier. Qu’exigent messieurs les Trotskistes ? Qu’écrivent-ils ? En quoi consiste leur programme " de gauche " ? Ils demandent : la dissolution des sovkhozes, parce que de mauvais rapport ; la dissolution de la plus grande partie des kolkhoz, parce que fictifs ; l’abandon de la politique de liquidation des koulaks ; le retour à la politique concessionnaire et la remise en concession de toute une série de nos entreprises industrielles, parce que de mauvais rapport.
Tel est le programme des méprisables poltrons et capitulards, le programme contre-révolutionnaire de restauration du capitalisme en U.R.S.S. !
En quoi diffère-t-il du programme des éléments d’extrême droite ? En rien, évidemment. Les " gauches " se sont donc ralliés ouvertement au programme contre-révolutionnaire des | |