VISAGE DE L’ALBANIE
Edition électronique réalisée par Vincent Gouysse à partir de l’ouvrage
publié en 1978 aux Editions « 8 NËNTORI », Tirana.
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Sommaire :
Notice (p. 5)
En guise de préface (p. 6)
PREMIERE PARTIE : NOTIONS GENERALES GEOGRAPHIQUES ET HISTORIQUES
Chapitre I — Devant la carte de l'Albanie (p. 9)
Situation géographique (p. 9)
Les frontières (p. 9)
Superficie (p. 9)
Relief (p. 9)
Eaux intérieures (p. 10)
Climat (p. 11)
La flore et la faune (p. 11)
Richesse du sous-sol (p. 12)
Chapitre II — La population de la R.P.S. d'Albanie (p. 14)
Origine du peuple albanais (p. 15)
L'appellation nationale des Albanais (p. 16)
Chapitre III — La division administrative et les villes principales du pays (p. 18)
Ancienneté des villes albanaises (p. 18)
Les principales villes de l'Albanie (p. 19)
Chapitre IV — Le peuple albanais a conquis sa liberté et son indépendance au prix du sang versé (p. 24)
L'épée à la main sur le chemin de l'histoire (p. 24)
L'épopée légendaire du peuple albanais sous la conduite de Georges Kastriote Skanderbeg (p. 26)
La figure de Skanderbeg, vivante à travers les siècles (p. 28)
La lutte séculaire du peuple albanais pour sa liberté et son indépendance (p. 30)
L'épopée de la Lutte de libération nationale (p. 35)
La contribution du peuple albanais à la grande victoire sur le fascisme (p. 41)
DEUXIEME PARTIE : LE SYSTEME SOCIAL ET ETATIQUE DE LA REPUBLIQUE POPULAIRE SOCIALISTE
D'ALBANIE.
Chapitre I — Le Parti du Travail d'Albanie (p. 44)
L'unité Parti-peuple (p. 45)
Pilote irremplaçable (p. 47)
A l'avant-garde de la Lutte contre l'impérialisme et le révisionnisme moderne (p. 49)
Chapitre II — L'Etat albanais, Etat de dictature du prolétariat (p. 54)
La renaissance de l'Etat albanais (p. 54)
La destruction de l'ancien appareil d'Etat et l'érection du pouvoir populaire (p. 55)
Les fonctions essentielles de l'Etat socialiste albanais (p. 56)
L'Assemblée populaire (p. 67)
Le Conseil des ministres (p. 69)
Les conseils populaires (p. 70)
Les tribunaux populaires (p. 71)
Chapitre III — Les organisations de masse (p. 74)
Le Front démocratique d'Albanie (p. 74)
Les Unions professionnelles d'Albanie (p. 77)
L'Union de la Jeunesse du Travail d'Albanie (p. 81)
L'Union des Femmes d'Albanie (p. 83)
Chapitre IV — La composition de classe de la société (p. 87)
La classe ouvrière (p. 87)
Le contrôle de la classe ouvrière (p. 89)
La paysannerie coopératrice (p. 91)
L'alliance indestructible de la classe ouvrière et de la paysannerie (p. 93)
Intelligentsia populaire (p. 95)
Dans le creuset du travail (p. 95)
Chapitre V — Les traits de la morale nouvelle (p. 97)
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TROISIEME PARTIE : LE SYSTEME ECONOMIQUE DE LA R.P.S. D'ALBANIE
Chapitre I — Entre deux époques (p. 104)
La propriété (p. 104)
Les premières transformations (p. 104)
La réforme agraire (p. 106)
La transformation socialiste des campagnes (p. 107)
Le peuple, maître du pays (p. 109)
La propriété socialiste (p. 109)
Le développement de la propriété socialiste (p. 111)
Principales caractéristiques de l'industrialisation socialiste en Albanie (p. 111)
La voie du développement de la propriété coopérative (p. 113)
Les coopératives de type supérieur - nouvelle étape dans le processus de socialisation de la propriété de groupe (p. 115)
Chapitre II — Caractéristiques essentielles du système économique de la R.P.S. d'Albanie (p. 118)
Le centralisme démocratique, principe fondamental de l'organisation et de la gestion de l'économie nationale (p. 118)
L'appui sur nos propres forces, voie principale de l'édification du socialisme dans notre pays (p. 120)
La gestion planifiée de l'économie nationale (p. 123)
D'un plan quinquennal à l'autre (p. 124)
Avantages de la gestion planifiée de l'économie (p. 138)
Le développement harmonieux de l'économie nationale (p. 139)
La coopération socialiste (p. 142)
L'élévation du potentiel économique des ressources naturelles (p. 143)
Le développement planifié de la technique nouvelle (p. 145)
La concentration de la production et ses avantages (p. 148)
La productivité du travail (p. 149)
Chapitre III — L'essor de l'industrie (p. 151)
Les fruits du travail créateur (p. 151)
L'Albanie, mosaïque de lumières (p. 152)
Le développement de l'industrie des combustibles (p. 153)
Le développement de l'industrie minière (p. 155)
L'industrie chimique, la plus jeune branche de l'industrie albanaise (p. 156)
L'industrie mécanique (p. 157)
L'industrie des matériaux de construction (p. 157)
L'industrie du verre et de la porcelaine (p. 158)
L'industrie du bois et du papier (p. 158)
L'industrie légère (p. 159)
L'industrie alimentaire (p. 159)
Chapitre IV — Le développement de l'agriculture socialiste (p. 163)
Les entreprises agricoles d'Etat (p. 163)
Les stations de machines et de tracteurs (p. 163)
Les coopératives agricoles (p. 165)
Les avantages du système coopératif (p. 166)
La mécanisation de l'agriculture (p. 169)
Le défrichement de terres nouvelles (p. 170)
La bonification et l'irrigation des terres (p. 171)
La chimisation de l'agriculture (p. 172)
L'élevage (p. 174)
La science au service de l'agriculture (p. 175)
Le crédit agricole (p. 176)
Chapitre V — L'Albanie, chantier de construction (p. 179)
Chapitre VI — Les artères de la République (p. 181)
QUATRIEME PARTIE : LA REPARTITION SOCIALISTE
Chapitre I — La répartition du revenu national (p. 182)
Accroissement et répartition du revenu national (p. 182)
Le budget d'Etat, instrument de répartition du revenu national (p. 188)
L'Albanie, premier pays au monde sans impôts (p. 190)
Chapitre II — Le commerce au service du peuple (p. 192)
Le commerce socialiste (p. 192)
Le développement du commerce (p. 192)
Le système unique des prix (p. 193)
Chapitre III — Tout pour l'homme (p. 196)
En Albanie le chômage a été supprimé (p. 196)
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Le travailleur albanais ne peut pas être licencié arbitrairement (p. 197)
La durée de la journée du travail (p. 198)
Les congés payés des travailleurs et de leurs familles (p. 199)
La protection du travail (p. 200)
La répartition selon le travail (p. 201)
Pour un rapport plus juste entre les hauts et les moyens salaires des travailleurs (p. 203)
Chapitre IV — Le système de sécurité sociale (p. 207)
Tous les travailleurs sont assurés (p. 207)
Les travailleurs bénéficient des assurances sociales sans devoir verser de cotisation (p. 207)
Avantages procurés aux travailleurs par les assurances sociales (p. 208)
La sécurité sociale est gérée par les travailleurs eux-mêmes (p. 208)
Indemnités d'incapacité temporaire de travail (p. 209)
Le système des pensions (p. 210)
Les pensions de vieillesse (p. 210)
Les pensions d'invalidité (p. 211)
Les pensions familiales (p. 212)
Les pensions pour services méritoires (p. 213)
L'extension du système des pensions et de la sécurité sociale aux campagnes (p. 213)
Chapitre V — L'école pour tous (p. 215)
L'analphabétisme, éliminé en Albanie (p. 215)
L'offensive de propagation de l'instruction et de la lumière (p. 216)
Le nouveau système d'enseignement, système complet et avancé (p. 220)
Le caractère populaire du système d'enseignement en R.P.S. d'Albanie (p. 226)
Le caractère de masse de l'école (p. 228)
Conditions d'études favorables (p. 231)
Le développement de la démocratie socialiste dans les écoles albanaises (p. 232)
Chapitre VI — La culture (p. 235)
Les antiques traditions culturelles du peuple albanais (p. 237)
Les découvertes archéologiques (p. 238)
Figures éminentes (p. 239)
Les monuments culturels (p. 246)
Le folklore (p. 248)
Le patrimoine ethnographique (p. 251)
La voie du développement de la littérature albanais (p. 255)
Le livre, compagnon de tout Albanais (p. 258)
Le théâtre (p. 260)
Le cinéma (p. 262)
La renaissance des arts figuratifs (p. 263)
L'essor de la musique (p. 265)
La radio et la télévision (p. 266)
La culture, patrimoine du peuple tout entier (p. 267)
La voie de la science albanaise (p. 269)
L'Académie des Sciences de la R.P.S. d'Albanie (p. 270)
Vers les cimes radieuses de la science (p. 271)
Chapitre VII — La santé publique (p. 275)
La lutte pour la santé du peuple (p. 275)
L'extension des services sanitaires dans les campagnes albanaises (p. 277)
La prophylaxie, caractéristique fondamentale des services de la santé publique en Albanie (p. 278)
La science médicale au service de la protection de la santé du peuple (p. 279)
La santé publique, affaire du peuple tout entier (p. 280)
Diminution et élimination des maladies endémiques (p. 281)
Régression de la tuberculose (p. 283)
La protection de la santé de la mère (p. 284)
La sollicitude pour l'enfance (p. 285)
La pharmacie au service du peuple (p. 286)
Le sport de masse (p. 287)
Chapitre VIII — Le logement, problème d'intérêt général (p. 290)
Chapitre IX — La campagne et la ville, toujours plus proches (p. 293)
CINQUIEME PARTIE : L'ALBANIE DANS L'ARENE INTERNATIONALE
La politique extérieure de la R.P.S. d'Albanie, politique révolutionnaire conséquente et conforme aux principes (p. 298)
En guise de conclusion (p. 307)
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NOTICE
En publiant ce volume en langue française, le propos des Editions «8 Nëntori» a été d'aller
au-devant des désirs des lecteurs étrangers et de leur offrir un panorama général de
l'Albanie, des aspects et particularités de notre pays, non sans dégager des conclusions et
découvrir les jalons de nos perspectives d'avenir. Cet ouvrage, qui paraît après le VIIe
Congrès du Parti du Travail d'Albanie tenu du 1er au 7 novembre 1976, permettra au lecteur
étranger de prendre connaissance des grandes lignes de l'histoire ancienne et présente de
l'Albanie, de cette histoire, à travers laquelle le peuple albanais, comme l'a dit le camarade
Enver Hoxha, s'est frayé son chemin, l'épée à la main. Nos amis étrangers y trouveront aussi
une description sommaire de la géographie si variée de l'Albanie, de sa culture depuis
l'époque illyrienne jusqu'à nos jours, des glorieux monuments de cette culture, des traditions
combattantes et révolutionnaires du peuple. Ce texte offre en outre un tableau brossé à
grands traits de la politique économique et sociale du pays et des mesures de
révolutionnarisation qui y sont prises de façon continue. Il fournit également des indications
sur le système étatique et social de notre République, que la nouvelle Constitution définit
comme un Etat de dictature du prolétariat et République Populaire Socialiste d'Albanie. Cet
ouvrage traite du rôle dirigeant du Parti du Travail d'Albanie dans la vie du pays, du rôle des
organisations de masse dans le système de dictature du prolétariat. Il ne manque pas
naturellement d'évoquer la politique extérieure du nouvel Etat albanais, les visées des
ennemis à son encontre, les fermes positions prises par notre peuple pour défendre son
indépendance, la lutte que le Parti du Travail d'Albanie, et le peuple albanais tout entier,
sous la direction du celui-ci, ont menée et continuent de mener pour la défense du marxismeléninisme,
contre le révisionnisme moderne, contre les deux superpuissances, contre
l'opportunisme, la réaction et pour la cause du socialisme et de la révolution.
Dans la préparation de cet ouvrage, la rédaction s'est fondée sur des documents, des données
et des études de nos auteurs des secteurs les plus divers: histoire, géographie, géologie,
politique intérieure et extérieure, économie, enseignement, culture, science, santé, etc.
En offrant ce livre aux lecteurs, la rédaction espère que ce tableau général de l'Albanie les
aidera à mieux connaître ce petit pays, riverain de la mer Adriatique et de la mer Ionienne,
dont le peuple construit le socialisme en tenant d'une main la pioche et de l'autre le fusil.
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L'ALBANIE FRANCHIT LES SIECLES
— EN GUISE DE PREFACE —
«Une expression géographique», c'est ainsi que Bismarck, en son temps, avait qualifié
l'Albanie. Cette appréciation dédaigneuse et cynique reflétait bien l'attitude de l'Europe
bourgeoise à l'égard de l'Albanie opprimée, qui n'en était pas moins l'objet de ses féroces
convoitises coloniales. Qui se souvenait alors que la patrie de Georges Kastriote Skanderbeg,
s'était dressée contre les envahisseurs ottomans et, au prix du sang versé par ses meilleurs
fils, avait contribué de façon si éminente au salut de la civilisation occidentale? Pour les
plumitifs bourgeois, qui ne l’avaient même pas visitée, l'Albanie était un pays sauvage.
Ces temps-là sont aujourd’hui révolus à jamais. Le peuple albanais, sous la conduite du Parti
du Travail d'Albanie, a libéré son pays par la force des armes et, déjouant les louches
machinations des puissances impérialistes et des révisionnistes, l'a porté aux sommets du
progrès. L'Albanie n'est plus une monnaie d'échange dans les marchandages de la diplomatie
secrète, mais un Etat capable d'assurer lui-même sa propre destinée, pourvu d'une base
économique solide, d'un potentiel défensif invulnérable à tout ennemi ou coalition d'ennemis,
un pays qui s'est créé toutes les conditions pour marcher constamment de l'avant dans la voie
du socialisme et du communisme.
Aujourd'hui non seulement les nombreux amis de l'Albanie aux quatre coins du monde, mais
même beaucoup de ceux qui n'avaient jamais ressenti de sympathie à son égard, parlent des
succès du peuple albanais qui «franchit les siècles».
Nos amis, qui ont visité notre pays naguère et qui le revoient aujourd'hui, y retrouvent un
monde entièrement nouveau. Ceux qui ont grandi en Albanie durant ces 25 années de liberté,
écrivait il y a dix ans Madame V. Pfenniger, qui séjourna en Albanie avant la dernière guerre
mondiale, peuvent difficilement imaginer l'Albanie d'alors. Permettez à une vieille amie d'en
évoquer pour vous certains aspects. Voici ce que je disais, entre autres, à un auditoire suisse
au cours d'une conférence que je tenais en 1931: «[...] Certes, on voit bien, çà et là, quelques
écoles en construction, mais elles sont très rares, et partout règne l'analphabétisme,
compagnon de la pauvreté — qui favorisent l'un et l'autre les desseins des exploiteurs du
peuple [...] A Shkodër, entre autres, nous avons rencontré des femmes qui nous ont semblé
des spectres sombres, pitoyables, des musulmanes fanatiques, le visage voilé d'un
«tchartchaf» noir [...] D'autres à la figure presque entièrement enveloppée ne découvraient
qu'un oeil!»
«L'Albanie actuelle [...] me paraît extraordinaire. On croit chez nous que les pays
méridionaux sont en général industriellement sous-développés. L'Albanie, telle que je la vois
aujourd'hui, est non seulement un pays avancé sur le plan culturel, mais un pays agricole et
industriel évolué.»
«Vous êtes partis de zéro. Cette volonté de vous élever de rien aux plus hautes cimes, je l'ai
sentie et vue chez vous, et je comprends toute l'ampleur de votre effort, car je me souviens de
votre situation passée.»
Un journaliste australien, dans un article intitulé «le régime monarchique de Zogu y aurait
mis 722 ans» écrit: «Lorsqu'on se rappelle la situation de l'Albanie, naguère l'un des pays les
plus arriérés d'Europe, il est difficile de nier ses progrès. En 1938, par exemple, la durée
moyenne de la vie des Albanais était de 38 ans, et elle s'est élevée aujourd'hui à 66 ans. [En
1976 la durée moyenne de la vie s'est élevée à 69 ans.] Avant le second conflit mondial, on y
comptait 83 pour cent d'analphabètes; aujourd'hui l'analphabétisme y a été entièrement
liquidé. L'Albanie était avec l'Islande le seul pays d'Europe dépourvu de chemins de fer; le
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premier train y a roulé en 1947, et cette voie ferrée a été construite avec le concours de
150.000 jeunes volontaires. Aujourd'hui, les jeunes gens et les jeunes filles d'Albanie
consacrent leur période de vacances à construire, dans les montagnes, une voie ferrée
[Aujourd'hui achevée.] qui reliera les gisements de ferronickel à un combinat métallurgique
que l'on bâtit actuellement à Elbasan».
«En 1938, poursuit l'auteur, le port de Durrës n'avait que 200 mètres de quai avec une seule
grue d'une capacité de deux quintaux. Aujourd'hui, des navires marchands relient Durrës aux
continents les plus lointains. Il aurait fallu au régime monarchique de Zogu, au rythme de
développement qui était le sien, 722 ans pour construire ce que l'Albanie populaire d'Enver
Hoxha a réalisé en 25 ans.»
Faisant part de ses impressions à la suite d'une visite de trois semaines effectuée en Albanie,
un journaliste égyptien écrit: «Le peuple albanais a accompli une véritable révolution dans
les domaines économique, social, culturel, militaire et autres. Je n'exagérerai pas en
affirmant que, au cours de ce dernier quart de siècle, depuis que les révolutionnaires
authentiques ont assumé la direction du pouvoir, le peuple albanais a connu une véritable
résurrection et qu'il mérite le plus grand respect. Les usines, les centrales hydro-électriques,
les palais de la culture, les grands ouvrages de bonification, les constructions de tous genres
et les villes nouvelles qui ont vu le jour et que j'ai eu la chance de visiter, sont un vivant
témoignage des grands progrès réalisés par l'Albanie durant ces dernières années».
«Tous les citoyens ont les mêmes droits et les mêmes devoirs, écrit un autre journaliste
égyptien. Les cadres dirigeants sont issus des rangs des ouvriers, des paysans et des masses
laborieuses. Il n'existe pas de fortes différences entre les salaires. L'Etat veille avec le plus
grand soin aux enfants durant toute leur croissance. Il a en charge leur instruction, leur
éducation et leur culture. Les masses discutent sans aucune restriction de la politique
intérieure et extérieure du Parti, elles font leurs suggestions, puis appuient avec
détermination et enthousiasme la politique adoptée. Tous les citoyens sont entraînés
militairement et prêts à se mobiliser à tout moment, l'arme à la main, pour défendre leur
patrie et les conquêtes réalisées. Les Albanais ne font aucune concession en ce domaine.»
«[...] Les succès obtenus par le peuple albanais dans l'agriculture, a déclaré un ami japonais,
à la suite d'une visite qu'il effectua en Albanie, m'ont laissé une impression particulièrement
profonde. Toutes les terres cultivables, jusque dans les montagnes, ont été mises en culture.
Partout ont été construits des canaux d'irrigation et de drainage, les anciens marais et
marécages ont été asséchés. La construction d'un bon nombre d'établissements industriels
modernes, telles les usines d'engrais chimiques et de pièces de rechanges pour tracteurs, est
coordonnée de manière à servir l'essor ultérieur de l'agriculture. Mais ce qui est le plus
important, c'est que le moral des travailleurs ruraux, comme celui du peuple albanais tout
entier, est des plus élevés».
Une revue ouest-allemande qualifie l'Albanie de «Paradis fiscal». «L'Etat albanais, écrit la
revue, a supprimé tous les types d'impôts sur les revenus pour tous les citoyens, il a abaissé
les prix des produits alimentaires et exonéré les coopératives agricoles de l'obligation de
restituer les emprunts contractés. Ces mesures épargneront aux deux millions d'Albanais une
dépense de 10 millions de marks par an».
«Résultats impressionnants» c'est ainsi que le journaliste français de renom, André Fontaine,
qualifie dans un article les succès remportés par le peuple albanais. «Huit ans de scolarité
obligatoire dans un pays qui, avant la guerre, comptait 85% d'analphabètes, l'espérance de la
vie doublée, un réseau ferré reliant entre elles les principales villes, presque tous les grands
axes routiers asphaltés, le pain quotidien, le travail, les services sociaux assurés à chacun, les
marais asséchés, la malaria éliminée, l'électrification sur le point d'être achevée avec dix ans
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d'avance sur les prévisions initiales, les usines qui se multiplient, ce sont là des résultats
impressionnants pour ce pays qui, avant l'invasion italienne, était plus un fragment de
Proche-Orient, qu'une terre d'Europe. Bien des nations dites en voie de développement
pourraient les lui envier.»
«D'autres traits ne sont pas moins frappants: l'exceptionnelle propreté des villes et des
villages, le bon aspect des cultures, la vivacité du regard des jeunes auxquels le régime a
confié des tâches souvent importantes, la présence de femmes à des postes de responsabilité,
d'une fréquence sans égale dans un pays de tradition islamique, enfin et surtout peut-être la
simplicité des dirigeants qui ont visiblement à coeur, pour la plupart, d'être non seulement
avec le peuple, mais du peuple.»
«L'Albanie socialiste, écrivait Gilbert Mury, ancien maître assistant à l'Université de
Bordeaux, et ancien Secrétaire général des Amitiés franco-albanaises, achève en ce moment
ce qu'aucun autre pays socialiste n'a pu faire — et ce qu'un vieux pays industriel comme la
France n'a pas encore réalisé: l'électrification du moindre village, du plus petit hameau
jusqu'au fond des montagnes les plus escarpées. C'est là un changement brusque, le
franchissement d'un seuil, d'une nouvelle étape dans la marche en avant de la révolution.»
Dans le journal «Ulus» d'Ankara, un professeur turc apprécie hautement les réalisations
accomplies en Albanie dans les années qui ont suivi la Libération. «L'Albanie, écrit-il
notamment, devient un pays industriel avancé dans les Balkans. Qu'il nous suffise de citer un
seul exemple: l'électrification. Chaque village d'Albanie est alimenté en électricité apporte le
progrès et la culture. L'Albanie a depuis longtemps éliminé l'analphabétisme, en un temps où
en Turquie en compte encore 50% d'illettrés».
Et les témoignages dans ce sens ne se comptent pas.
La fondation du Parti communiste d'Albanie (aujourd'hui Parti du Travail d'Albanie) huile de Sh. Hysa.
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PREMIERE PARTIE : NOTIONS GENERALES GEOGRAPHIQUES ET
HISTORIQUES
Chapitre I — Devant la carte de l'Albanie
Situation géographique
La République Populaire Socialiste d'Albanie est l'un des plus petits pays du continent européen. Elle
est située à l'ouest de la péninsule des Balkans et comprise entre les 39°38' (Konispol) et 42°39'
(Vermosh) de latitude nord et les 19°16' (Sazan) et 21°4' (Vernik, Korçë) de longitude est.
Les frontières
Les frontières actuelles de l'Albanie furent fixées à l'issue de la guerre balkanique, à la Conférence de
Londres en 1913. Les puissances impérialistes, en opposition à la lutte, à la volonté et aux justes
aspirations du peuple albanais, laissèrent en dehors de ses frontières une grande partie des terres
peuplées de ses fils.
L'Albanie confine au nord et à l'est à la Yougoslavie, au sud-est et au sud à la Grèce. La longueur
totale de ses frontières est de 1204 km, dont 476 avec la Yougoslavie et 256 avec la Grèce, le littoral
maritime s'étendant sur 472 kilomètres. Ainsi près des 3/5 de la ligne de frontière sont terrestres et 2/5
maritimes.
Superficie
L'Albanie a une superficie de 28.748 km2. Elle s'étend du nord au sud sur une longueur maximale de
340 km. Sa largeur, de l'ouest à l'est, varie de 75 à 150 km avec une moyenne de quelque 100
kilomètres.
Relief
L'Albanie, en dépit de l'exiguïté de son territoire, possède une morphologie variée aux multiples
contrastes. Son sol est géologiquement récent. Aussi le relief du pays est-il essentiellement
montagneux.
L'altitude moyenne du pays est de 700 mètres, soit le double de la moyenne européenne. Sur près de
1/3 (29.5%) de la superficie elle ne dépasse pas 300 mètres, alors que dans le reste (70,5%) de
l'Albanie, l'altitude va de 300 à 2700 mètres.
Le relief albanais est particulièrement varié et, sous cet aspect, le pays peut se diviser sommairement
en trois zones géophysiques: les Alpes de l'Albanie septentrionale, l'Albanie intérieur et l'Albanie
côtière.
Les Alpes couvrent une partie du nord du pays et leur altitude varie entre 2.000 et 2.700 mètres. Elles
s'étendent en longueur, de l'ouest à l'est sur 50 km environ et, en largeur, du nord au sud, sur 20 km.
Les plus hautes cimes des Alpes albanaises sont le mont Jezerca qui culmine à 2.694 m. le pic dit Maja
e Hekurave (la Cime de fer) avec la Cuka e Paqes (le Sommet de la paix) (2.600 m), le mont de
Radohime (2.570 m) etc.
Les Alpes d'Albanie, avec leurs cimes couvertes de neiges éternelles sont coupées de cours d'eau qui y
creusent des vallées d'une rare beauté où affluent les eaux limpides et glacées de torrents impétueux.
L'Albanie intérieure, c'est-à-dire l'Albanie orientale, est située au sud des Alpes albanaises et à l'est de
l'Albanie côtière. Elle s'étend depuis le Drin blanc et le Drin jusqu'au mont d'Ostrovice, à Leskovik et
à la frontière grecque. Les montagnes de cette zone diffèrent de celles de l'Albanie du Nord. La
direction des chaînes de montagne de l'Albanie intérieure est la même que celle des monts dinariques,
soit du nord-ouest au sud-est. Une seule exception, les montagnes de l'est de l'Albanie intérieure, dont
l'axe est orienté dans la direction nord-sud.
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L'Albanie intérieure est l'une des grandes zones montagneuses du pays. Les montagnes n'y forment pas
de longues chaînes, mais les cols de haute altitude, les lits des torrents et des fleuves, ainsi que les
nombreuses vallées qui les coupent, leur confèrent les particularités d'un groupe distinct.
Les forêts qui couvrent les versants des monts, et les riches pâturages qui en couronnent les sommets,
donnent à toute l'Albanie intérieure un aspect majestueux.
Les sommets les plus élevés de l'Albanie intérieure sont le mont Korab (2751 m), le plus haut
d'Albanie et le troisième des Balkans, Gjalica e Lumës (2484 m), et le Mali i Dejës (2,264 m).
L'Albanie côtière se situe au sud-ouest des Alpes albanaises et à l'ouest de l'Albanie intérieure, dont
elle est séparée par une ligne oblique, allant, dans le sens nord-ouest — sud-est, de Shkodër à
Leskovik. Borné au nord par la Yougoslavie, et au sud-est par la Grèce, le littoral est baigné sur sa
plus grande longueur par l'Adriatique, et, au sud. par la mer Ionienne.
L'Albanie occidentale diffère sensiblement des autres zones, principalement montagneuses. C'est en
effet une zone en majeure partie plate. Sa portion montueuse est traversée par de larges vallées. Cette
zone comprend les plaines fertiles du Mati, de Thumanë et celle de la Myzeqe, la plus vaste d'Albanie.
Autrefois submergées d'étangs et de marécages, ces plaines, aujourd'hui bonifiées et aménagées, sont
devenues de remarquables productrices de céréales panifiables et de plantes industrielles.
La nature de la côte montagneuse de Vlore à proximité de Sarande, est d'une particulière beauté. C'est
la renommée «riviera albanaise», une région pittoresque, au climat doux, baignée par la mer Ionienne.
Les plus hautes montagnes de l'Albanie côtière sont le mont Nemercka (2.485 m) et le Tomorri qui
culmine à la cime Partizani à 2.417 mètres.
Sur toute sa longueur, du nord au sud, le littoral albanais est jalonné de plages réputées. Les eaux
pures, le sable fin à haute teneur en iode, la beauté de la nature environnante, les maisons de repos, les
hôtels et les restaurants qui y ont été mis sur pied, en ont fait des centres de villégiature très appréciés
par des milliers de travailleurs et par les touristes.
Eaux intérieures
L'Albanie est riche en cours d'eau, en lacs et en étangs. Ils y couvrent une superficie d'environ 64.000
hectares.
L'ensemble du territoire est sillonné d'un dense réseau de cours d'eau, généralement courts, le territoire
albanais étant partout de largeur réduite et entouré, au nord comme à l'est et au sud, de montagnes
relativement peu distantes de la mer. Les principaux fleuves sont le Drin (281 km) ; le Seman (252
km), le Shkumbin (146 km), la Vjosa (238 km), le Mati (104 km), l'Erzen (91 km), l'Ishëm (70 km).
La configuration montagneuse du pays influe considérablement sur le cours des fleuves. En raison de
la forte dénivellation, le courant des fleuves dans leur cours supérieur est très rapide. Le contraire se
produit dans leur cours inférieur où l'inclinaison est très faible. Presque tous les fleuves orientent leur
cours dans la même direction, de l'est à l'ouest. Aucun d'eux n'est navigable, sauf la Buna qui prend sa
source dans le lac de Shkodër et se jette dans l'Adriatique.
Cours d'eau et lacs albanais recèlent des ressources hydro-énergétiques qui atteignent quelque 1,5
million de kilowatts, alors que la production annuelle de ces ressources d'énergie pourrait atteindre 5
milliards de kilowatts-heure.
La variété du paysage albanais est complétée par les lacs et les étangs qui le parsèment et dont le
nombre dépasse 150. Ils sont situés pour la plupart au sud-est du pays et tout le long du littoral.
D'origine diverse, ils peuvent être classés en: 1) lacs tectoniques comme ceux de Shkodër, de Pogradec
et de Prespa; 2) lacs élastiques comme les lacs de Belsh; 3) lacs d'origine glaciaire comme ceux de
Lure, d'Allaman, etc; 4) lacs artificiels qui sont l'oeuvre de la main de l'homme — comme le lac
d'Ulze, celui de Vau i Dejës, sans parler du vaste lac qui sera bientôt créé par le barrage de la grande
centrale hydroélectrique de Fierze, etc. La plupart d'entre eux sont de dimensions réduites et situés à
de hautes altitudes, les plus étendus étant ceux des zones frontalières, de Shkodër, de Pogradec et de
Prespë, qui couvrent respectivement en territoire albanais une superficie de 370, 367 et 285 kilomètres
carrés.
11
Par leurs eaux cristallines et la nature majestueuse qui les environne, tous ces lacs sont d'une grande
beauté.
Climat
L'Albanie est située à une égale distance de l'équateur et du pôle Nord. Du fait même de la situation
géographique du pays le climat y est tempéré. Néanmoins, certains facteurs, tels que la, proximité de
l'Adriatique et surtout de la mer Ionienne, la grande diversité du relief, la direction des chaînes de
montagnes les masses d'air chaud qui soufflent de l'Atlantiques ainsi que des profondeurs de l'Europe
centrale et de la péninsule des Balkans, font que l'on peut y distinguer trois zones climatiques diverses.
Le long du littoral s'étire, comme un étroit ruban, la zone méditerranéenne-atlantique, qui présente
tous les traits du climat méditerranéen. L'est et le sud-est du pays subissent l'influence du climat
continental. L'air continental y prédomine à toutes les saisons de l'année, et, les précipitations,
températures et autres éléments présentent les mêmes caractéristiques. La zone climatique transitoire,
qui couvre tout le reste de l'Albanie, est située entre les deux premières. Elles s'en distingue par le fait
que l'air maritime y prédomine durant la moitié chaude de l'année et l'air continental durant la moitié
froide.
La température annuelle moyenne au nord-est du pays est de 14°, au sud-ouest de 18°. Le mois le plus
froid de l'année est le mois de janvier, au cours duquel la température moyenne, suivant les régions,
oscille entre 3° et 10°, alors que le mois le plus chaud est juillet, avec une température moyenne de
25°-26°.
Ces données attestent que l'Albanie est un des pays les plus chauds des Balkans. Pour l'ensemble des
saisons de l'année la température est relativement élevée, et le total des températures quotidiennes
varie, d'une région à l'autre, entre 2.000 et 5.000° centigrades. La côte de Himare avec un total annuel
de 5.000° est l'une des zones les plus chaudes.
Le niveau des précipitations annuelles dépasse 1.000 mm avec une répartition des pluies fort inégale
selon les saisons. La période estivale est particulièrement sèche dans les régions du sud et du littoral.
Les périodes de sécheresse, fréquentes, se prolongent parfois pendant plus d'un mois. L'automne et
l'hiver sont marqués par de fortes pluies.
La flore et la faune
Peu de pays au monde, proportionnellement a leur superficie, possèdent une si grande variété de
plantes, voire d'espèces, d'origine si diverse, que l'Albanie. La diversité du climat, la structure
géologique et la géographie physique de l'Albanie sont les causes de cette grande richesse et de la
variété de la flore et de la faune albanaises. L'Albanie voit croître sur son sol quelque 3.500 espèces de
plantes qui représentent non seulement la majeure partie de la flore balkanique, mais qui comprennent
aussi des plantes des régions les plus lointaines.
On peut distinguer en Albanie quatre zones de végétation. La plus basse est celle des maquis ou des
arbustes, typiquement méditerranéenne. Les cultures prédominantes sont généralement celles de
l'olivier, de la vigne et d'arbres fruitiers, notamment figuiers, orangers, citronniers etc. Parmi les arbres
non fruitiers de cette zone citons la bruyère, le chêne égilops, le genêt, le cyprès, etc. On y cultive
aussi dans d'excellentes conditions des céréales et des plantes industrielles, telles que le coton et le
tabac. La seconde zone, celle du chêne, est la plus étendue. On y trouve les plantes qui résistent à la
sécheresse relative propre à la zone méditerranéenne.
Des arbres fruitiers comme le noyer, le pommier, le poirier, le cognassier, le prunier, la vigne, etc.,
sont également fort répandus dans cette région.
La troisième zone, essentiellement humide, est celle des forêts. L'arbre caractéristique de cette zone est
le hêtre; les hêtraies constituent en Albanie l'extrême limite supérieure de boisement, mais on y trouve
également des pins. La quatrième zone, la plus élevée, est celle des pâturages alpestres.
La flore d'Albanie comprend également, pour une grande part, des plantes médicinales des plus
variées. On en compte plus de 300. Tels sont notamment le sureau, le romarin, la sauge, la camomille.
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Dans le passé, la riche flore de l'Albanie a été un objet d'étude pour de nombreux savants, étrangers,
alors que les régimes antérieurs ne lui attachaient pas le moindre intérêt A cette époque, non seulement
aucune étude n'avait été faite dans ce domaine, mais on n'avait pas rassemblé une collection, fût-ce
sommaire, de notre flore. Le pouvoir populaire, conscient de l'importance de l'étude de la végétation
du point de vue tant scientifique qu'économique, a arrêté une série de mesures visant à promouvoir le
collectage et l'étude de la flore du pays. Aujourd'hui, 90% des études et des publications ayant paru et
paraissant dans ce domaine, sont l'oeuvre des travailleurs scientifiques albanais. L'ensemble de ces
recherches a pour centre Tirana.
La douceur du climat, l'abondance des forêts, l'hydrographie et l'orographie du pays ainsi que le
caractère montagneux de son relief sont autant de facteurs qui ont concouru à donner à la faune
albanaise une richesse et une variété remarquables. Le monde animal en Albanie, de même que la
végétation est fort analogue à celui des pays méditerranéens et de l'Europe centrale. Outre les animaux
domestiques, on y rencontre de nombreuses espèces d'animaux sauvages, loups, ours, renards, ainsi
que des lièvres, chevreuils, chèvres sauvages, etc.
L'Albanie possède également de grandes richesses ornithologiques. En plus de toutes les espèces
d'oiseaux domestiques, elle est peuplée de nombreux oiseaux sauvages, rapaces et non rapaces.
Les eaux albanaises abritent les poissons les plus divers. On y trouve environ 110 familles de toutes
les espèces de poissons de la Méditerranée. Citons notamment le mulet, le bar, le rouget, etc.
Au lendemain de la Libération, le pouvoir populaire, conscient de la grande richesse que représentent
la flore et la faune, a pris des mesures afin d'en assurer la préservation et l'exploitation rationnelle au
profit du peuple tout entier.
Dans les lacs de montagne de Lurë.
Panorama des Alpes albanaises.
13
Le cours supérieur de Valbone.
Richesses du sous-sol
En dépit de sa faible superficie, l'Albanie renferme d'importantes ressources dans son sous-sol. Les
études géologiques ont révélé que celui-ci renferme plus de 30 sortes de minéraux, (minéraux
combustibles, bitumeux et métalliques), matériaux de construction et autres.
Du point de vue des richesses de son sous-sol, l'Albanie peut être divisée en deux zones principales: le
Sud-Ouest, riche en hydrocarbures et en combustibles, et le Nord-Est, qui recèle des réserves de
minéraux métalliques. Parmi les hydrocarbures viennent en tête le pétrole et le bitume naturel. Parmi
les combustibles, il faut surtout citer le charbon de terre.
L'Albanie possède des réserves de minerais métalliques tels que chrome, cuivre, ferronickel etc. Par
ses réserves en minerai de chrome, elle se range parmi les premiers pays du monde.
Le cuivre a été connu et exploité en Albanie depuis les temps les plus anciens. Il se situe dans les
roches éruptives basiques et se présente sous forme de colonnes et d'agglomérats.
Parmi les minéraux non métalliques il convient de mentionner le soufre, l'amiante, l'arsenic, le sable,
le gypse, l'argile, etc.
On y trouve des roches donnant des matériaux de construction et d'ornementation. Citons le marbre
blanc du Korab, le marbre rose de Burgayet et celui de Korçë.
Les sources d'eaux minérales ont été exploitées dès les temps antiques. Les Romains avaient aménagé
une station aux thermes d'Elbasan, dont les eaux ont un grand pouvoir curatif. Les plus importantes de
ces sources sont celles d'Elbasan, Peshkopi, Selenicë, Leskovik et Glinë.
Sous les régimes du passé, les grandes richesses du sous-sol albanais n'ont jamais été mises au service
du développement de l'économie nationale, mais exploitées au profit des sociétés monopoleuses
étrangères. Le pouvoir populaire a mis fin une fois pour toutes, à cet état de choses. Toutes les sociétés
et entreprises, propriété du capital étranger et local, ont été nationalisées. Ainsi les possibilités ont été
créées pour que les richesses du sous-sol soient exploitées au profit du développement et de
l'épanouissement du pays.
14
Chapitre II — La population de la R.P.S. d'Albanie
L'Albanie est l'un des pays du monde où le taux d'accroissement naturel de la population est le plus
élevé. Alors que de 1923 à 1938, le taux moyen annuel d'accroissement de la population a été de 1,7%,
de 1945 à 1973 ce taux moyen est monté à 2,4%.
Le fort accroissement de la population après la Libération est dû aux mesures prises par le pouvoir
populaire dans le domaine de l'économie, de la culture et de la santé publique. Le visage actuel,
socialiste, de la petite Albanie, présente une immense différence par rapport à sa physionomie passée.
L'Albanie connaît des réalisations imposantes auxquelles peu de pays dans le monde ont accédé. Elle
se range parmi les premiers pays totalement électrifiés. Elle est le premier pays au monde qui a
complètement supprimé les impôts et les taxes. En ce qui concerne le nombre des étudiants par rapport
à la population, elle se classe parmi les pays les plus avancés et, d'autre part, le niveau des dépenses
pour les besoins de la consommation sociale est relativement élevé, à quoi il convient d'ajouter que
beaucoup de services, notamment l'assistance médicale, sont gratuits. Au cours des deux dernières
décennies le fonds de la consommation individuelle s'est accru d'environ 4 fois.
Les travailleurs d'Albanie sont certains de la valeur de leurs revenus. Cette certitude a pour fondement
réel et inébranlable la nature même socialiste de l'économie. Celle-ci, se développe de manière
planifiée et proportionnée. En éliminant les contradictions antagonistes entre la production et la
consommation, et en assurant un budget d'Etat constamment excédentaire, elle a créé toutes les
conditions pour que les deux termes qui déterminent la valeur de ces revenus, les salaires et les prix,
ne varient qu'en sens contraire, les premiers dans le sens de la hausse, les seconds dans le sens de la
baisse, entraînant ainsi la hausse incessante des revenus réels de la population, accompagnée d'un
accroissement continu des biens matériels et culturels. La croissance naturelle est le facteur principal
de l'accroissement effectif de la population albanaise, l'émigration et l'immigration n'y jouant à présent
aucun rôle.
Avec la Libération du pays, les conditions politiques et économiques d'autrefois, qui contraignaient les
Albanais à prendre le chemin de l'émigration, furent supprimées.
En 1975, l'Albanie comptait environ 2.430.000 habitants, soit plus du double de la population de 1938.
Mais le nombre des Albanais est bien plus élevé si l'on compte ceux qui vivent en dehors des
frontières politiques actuelles de l'Etat albanais.
De 1938 à 1975, la densité de la population est montée de 36 à 84 habitants par km2. Bien entendu,
cette densité varie d'une région à l'autre. Généralement, les régions montagneuses ont une population
clairsemée, alors que les contrées basses de l'Albanie occidentale ainsi que le sud-est (région de
Korçë) sont plus peuplés.
Après la Libération, la densité de la population s'est sensiblement modifiée, à la suite du fougueux
essor de l'industrie, de la création de nouveaux centres industriels et agricoles, de l'assainissement des
marais, du défrichement de terres nouvelles, etc. Durant cette période, on a assisté à un vaste
mouvement de migration de la population des contrées montagneuses vers les plats pays et en
particulier vers les nouveaux centres industriels. Avant la Libération, 15% seulement de la population
vivaient dans les villes alors que ce pourcentage a maintenant atteint 33,9%.
De façon générale, les hommes sont plus nombreux que les femmes. Les hommes représentent 51,5%
de la population. En 1970, les personnes en âge de travailler constituaient 49,2% du total de la
population, les jeunes n'ayant pas atteint cet âge, 42,2% et ceux qui l'avaient dépassé 8,6%.
L'Albanie est l'un des pays d'Europe qui a le taux de mortalité le plus bas, le taux de natalité le plus
haut et la durée moyenne de vie la plus élevée. De pays à taux de mortalité élevé qu'elle était avant la
Libération (17,7% en 1938), l'Albanie a accédé au rang, de pays à faible taux de mortalité (7,9% en
1973). Ce taux est fonction directe des conditions de vie matérielles, culturelles et sanitaires de la
population. La sollicitude que témoigne le pouvoir populaire pour l'homme, qui est à ses yeux le
capital le plus précieux, a pour résultat direct l'allongement de la durée moyenne de la vie. De 38 ans
qu'elle était en 1938, la durée moyenne de la vie était passée en 1950 à 53 ans et elle a dépassé
aujourd'hui 69 ans.
15
Origine du peuple albanais
Le processus de formation du peuple albanais remonte à une époque si reculée qu'il se perd dans la
nuit des temps. La question de l'origine du peuple albanais fut soulevée pour la première fois par les
humanistes du XVe siècle, et notamment par les Albanais Marin Barleti et Marin Becichemi.
Partant d'arguments historiques, ils considéraient les Albanais à juste titre comme les descendants des
anciennes populations établies en Albanie dans les temps antiques, autrement dit des Illyriens. Cette
thèse fut scientifiquement étayée par l'historien I.G. Thunmann en 1774. Des arguments
essentiellement linguistiques furent apportés en faveur de cette explication par les philologues G.
Meyer, P. Kretschmer, N. Jokl, V. Cimochovsky et beaucoup d'autres. Ils ont démontré qu'un bon
nombre de données recueillies de l'illyrien, entre autres les noms de lieu, de personne et certains
termes isolés que nous fournissent les inscriptions ou les auteurs antiques, ne peuvent s'expliquer
qu'avec l'aide des vocables albanais. Les observations anthropologiques renforcent également cette
thèse. Elle révèlent en effet que le caractère brachycéphale des Albanais actuels correspond à celui de
la plupart des crânes retrouvés dans les métropoles illyriennes.
Selon les résultats recueillis par les fouilles systématiques effectuées surtout après la libération, on
peut dire que les premières traces de l'homme découvertes à ce jour sur le territoire d'Albanie
remontent au paléolithique moyen et récent.
Les Illyriens ne sont cependant pas le maillon initial dans le processus de formation du peuple albanais
actuel. La science archéologique et linguistique s'emploie à rechercher plus en arrière dans le temps les
prédécesseurs des Illyriens, autrement dit les tout premiers ancêtres des Albanais actuels. S'appuyant
sur un bon nombre de très anciens vestiges subsistant dans la langue albanaise ainsi que dans la culture
matérielle du pays, certains hommes de science étrangers, notamment I.G. Hahn, G. Stier, L. Bülow,
ont, dès le siècle dernier, avancé la thèse selon laquelle le peuple albanais descendrait directement des
Pélasges, que l'on considérait comme les plus anciens habitants de la péninsule balkanique et du bassin
méditerranéen. De nos jours également, certains chercheurs se sont attachés à démontrer l'existence de
ces vestiges linguistiques et culturels dans l'albanais, qu'ils estiment être la langue d'un peuple très
ancien. C'est ce que viennent confirmer aussi les résultats des récentes fouilles et recherches des
archéologues albanais. Ces travaux ont en effet montré que l'ancienne thèse d'après laquelle les
Illyriens se seraient transplantés dans les régions de l'Albanie actuelle au début du premier millénaire
avant notre ère, autrement dit au début de l'époque du fer, ne peut plus être soutenue. Les archéologues
albanais pensent que la présence des Illyriens et de leur culture dans les régions d'Albanie remonte au
moins à l'âge du bronze, sinon à une époque antérieure. Comme on le voit, on a lieu de rechercher les
ancêtres des Albanais en des époques encore plus reculées de l'histoire.
L'opinion selon laquelle le peuple albanais se serait établi très anciennement dans les régions qu'il
habite aujourd'hui s'est vue ainsi étayée de plus en plus solidement. Tout en assimilant dans les
périodes postérieures de nouveaux éléments ethniques et culturels, notamment sous la domination
romaine et byzantine comme durant la colonisation slave, la population illyrienne a préservé dans le
fond son propre caractère ethnique ainsi que sa langue et sa culture, et formé ainsi, à la faveur de
nouvelles circonstances historiques, sociales et économiques, la nationalité albanaise actuelle.
Fouilles à Pojan.
16
Maison-musée de l'ancienne province de Gjirokastër.
Au musée de Pojan.
L'appellation nationale des Albanais
Notre peuple, aujourd'hui se dénomme lui-même «Shqiptar» et il appelle son pays «Shqipëri», mais les
étrangers, eux, nous appellent Albanian, Albanais, Albaner, Albanese, et ils désignent notre patrie sous
le nom d'Albania. Albanie. Albanien. De ces deux noms, le second est le plus ancien et il a été,
jusqu'aux XVIIe et XVIIIe siècles le seul nom national de notre peuple.
Quelle est l'origine historique de ce nom?
Au IIe siècle de notre ère, le géographe Ptolémée, qui vécut à Alexandrie d'Egypte, fait figurer dans sa
carte du monde une tribu qu'il dénomme Albanoi et une ville d'Albanopolis dans une zone qui
correspond à l'Albanie centrale actuelle entre Durrës et Dibër. On a tout lieu de croire que la ville
d'Albanopolis se situait sur l'emplacement du village de Zgërdhesh, (non loin de la ville de Krujë, à
proximité de laquelle on distingue encore les ruines d'une ancienne cité illyrienne). C'est du nom de
cette tribu que le peuple albanais a hérité son ancien nom national, sous lequel tous les autres, peuples
du monde le désignent aujourd'hui. Aux XIe siècle, les Albanais sont cités pour la deuxième fois par
les chroniqueurs byzantins comme Albanoi, Albanitai, et l'Albanie comme Albanon. On retrouve ces
noms dans tous les documents historiques des siècles postérieurs du Moyen Age.
On sait qu'au cours du XIVe siècle et surtout du XVe siècle, à la suite de l'invasion turque, des milliers
d'Albanais émigrèrent en Grèce et en Italie, où ils fondèrent des villages albanais, préservant
17
opiniâtrement jusqu'à ce jour leur ancienne langue maternelle. Ces colons se nommèrent eux-mêmes
«Arberèches» et ils appelaient leur patrie Arbër.
Les noms de Shqiptar et Shqipëri leur étaient totalement inconnus. On peut en déduire que ces noms,
pour le moins jusqu'au XVe siècle, n'étaient pas encore en usage. Même les anciens auteurs albanais
des XVIe et XVIIe siècles citent uniquement le nom d'Arbër. Cette dénomination survit encore de nos
jours sur le territoire même de l'Albanie, en particulier dans la région comprise entre Vlorë et Delvinë.
Non loin de Tirana, dans la zone où devait se trouver l'antique Albanopolis, se situe aujourd'hui le
village d'Arbanë, dont le nom, comme il est facile de le voir, n'est qu'une autre forme de celui d'Arbën.
Jusqu'au XVIIIe siècle, les Albanais qui se transplantaient dans des contrées étrangères baptisaient de
ce nom leurs nouveaux villages. Le premier nom des Albanais et de l'Albanie est donc Arbër.
Les formes en Alb- usitées par les étrangers sont dues, suivant la plupart des savants qui se sont
occupés de cette question, à une altération de Arb- en alb-.
Les nouvelles appellations de «Shqiptar», «Shqipëri», «Shqipni» sont apparues ces derniers siècles.
Gjon Buzuku (1555), le plus ancien écrivain albanais connu jusqu'à ce jour, est le premier à avoir
employé le mot «shqip», mais pour désigner la langue, cependant qu'il dénomme le pays «Arbën». De
même, les autres auteurs du XVIIe siècle utilisent le mot «shqip» uniquement pour la langue. A partir
de ce terme, qui désignait le parler, se créèrent postérieurement les noms de «shqiptar» et de
«Shqipëri», qui se substituèrent progressivement aux anciens noms d'Arbër, et d'Arbëri.
Quant à l'étymologie du mot «shqip», beaucoup d'explications ont été avancées à ce sujet, sans qu'on
soit parvenu à une conclusion pleinement acceptable. L'opinion la plus répandue retient que le nom de
Shqiptar a son origine dans le mot «shqipe» (aigle), qui est particulièrement en honneur chez les
Albanais.
18
Chapitre III — La division administrative et les villes principales du pays
La République Populaire Socialiste d'Albanie est divisée en 26 unités administratives, ou districts, qui
relèvent directement de l'appareil central de l'Etat. Quelques districts se divisent à leur tour en un
certain nombre de localités. La localité est une subdivision administrative qui se compose d'un certain
nombre de villages constituant une unité territoriale. Le village regroupé occupe, dans la hiérarchie
administrative, le même rang que la localité; il se compose de plusieurs villages qui, eux aussi,
présentent une unité territoriale et économique, laquelle conduit à la création de coopératives
regroupées. L'unité de base de la division administrative est, dans les régions rurales, le village.
Aujourd'hui la carte d'Albanie comprend 62 villes, et agglomérations importantes assimilées
administrativement aux villes. L'unité de base de la division administrative dans les zones urbaines est
le quartier. Les grandes villes sont divisées en quartiers.
Les organes du pouvoir dans les districts, localités, villages regroupés, villages, villes et quartiers, sont
les conseils populaires.
Cette division administrative de la République Populaire Socialiste d'Albanie a pour but de porter le
pouvoir le plus près possible du peuple, de donner aux masses travailleuses la possibilité de participer
activement au gouvernement de tout le pays et de concourir à l'heureux règlement des diverses
questions d'ordre étatique, économique, culturel, etc.
Ancienneté des villes albanaises
Selon les époques historiques qui les virent naître, les villes d'Albanie se divisent en plusieurs
catégories: les anciennes cités illyriennes, Scodrinon (Shkodër actuelle), Epidamnos ou Dyrrachium
(Durrës), Antipatrea (Berat), Apollonie (aujourd'hui le village de Pojan dans la région de Fier),
Buthroton (Butrint actuel); les villes qui ont vu le jour à l'époque de la colonisation hellène: Lissus
(Lezhë actuelle), Nymphaîon (Shëngjin), Orikon (proche de Pasha Liman, dans le district de Vlorë),
Phoinike (Finiqi actuel, village de Delvinë), Aneksimas (Sarandë); les villes qui furent fondées à
l'époque des Etats illyriens: Byllis (lieu aujourd'hui non habité: Gradishte); Olympe (aujourd'hui le
village de Margëlliç) etc.; les villes fondées à l'époque de l'occupation romaine: Aulon (Vlorë
actuelle), Hadrianopolis (ville proche de Gjirokastër), Albanopolis (ville située à l'intérieur du triangle
Durrës — Elbasan — Krujë), Skampa (sur l'emplacement de la Vile actuelle d'Elbasan), Claudiana
(Peqin), Epicaria (Pukë actuelle); les villes apparues durant l'occupation byzantine: Krujë et Petrelë;
les villes enfin qui ont été bâties au cours de l'occupation turque: Fier, Lushnjë, Kavajë, Tirana,
Pogradec, Korçë, Voskopojë, Vithkuq, Leskovik, Përmet, Elbasan (sur les ruines de l'antique
Skampa).
Berat.
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Les principales villes de l'Albanie
L'Albanie a pour capitale Tirana, ville qui s'est vu décerner le titre Héros. C'est le principal centre
économique, administratif et culturel de la République Populaire Socialiste d'Albanie. Elle est située
au centre du pays et presque à égale distance des frontières du nord et du sud, de l'est et de l'ouest. La
ville est environnée de toutes parts de molles collines.
Tirana est une ville relativement jeune. Il n'en est pas fait état dans des documents historiques avant le
XVe siècle, époque des guerres de Skanderbeg. Jouissant d'une situation favorable, elle connut durant
le XVIIe siècle un rapide essor et, bien que n'étant pas encore un centre administratif, elle joue à partir
de 1614 un rôle important dans l'histoire du pays.
En 1920, Tirana devient la capitale de l'Albanie. Sa population, de 10.845 qu'elle était en 1923, était
montée, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, à 25.079 habitants. Aujourd'hui la ville de Tirana
compte 190.000 habitants.
Durant l'occupation nazi-fasciste, elle devint le centre de la Lutte de libération nationale. C'est là que
fut fondé, le S novembre 1941, le Parti communiste d'Albanie, qui guida le peuple dans la Lutte de
libération nationale. Des centaines d'actions y furent accomplies contre les occupants.
La bataille pour la libération de Tirana qui dura trois semaines (du 27 octobre au 17 novembre 1944),
fut l'une des plus violentes et des plus glorieuses de la Lutte de libération nationale. Le 28 novembre
1944, le premier gouvernement démocratique présidé par le camarade Enver Hoxha faisait son entrée
dans la capitale. [Le Conseil antifasciste de libération nationale dans sa deuxième réunion, tenue du
20 au 23 octobre dans Berat libéré, décida de constituer le Comité antifasciste de libération nationale
en Gouvernement démocratique d'Albanie.]
Dehors les envahisseurs ! (Monument consacré à la victoire de Mushqeta sur les nazis, à la veille de la
libération de Tirana).
Au cours des 30 années qui se sont écoulées depuis la Libération, la capitale de la R.P.S. d'Albanie a
complètement changé d'aspect. Elle a revêtu les traits d'une ville moderne. En même temps que de
grands ouvrages industriels et à destination socio-culturelle on y a construit des milliers de logements,
des parcs et des jardins, des centaines de locaux modernes, qui assurent les services de la population.
Tirana est aussi aujourd'hui la première ville du pays quant à la production industrielle globale. Par
rapport à 1938, la production industrielle de Tirana a augmenté de plus de 75 fois et elle représente
aujourd'hui 21% de la production industrielle totale du pays. Les entreprises industrielles de la capitale
satisfont aux besoins de l'économie en moteurs et électro-moteurs, en grues et excavatrices, en
turbines, tubes d'acier et transformateurs, ainsi qu'à ceux de la population en tissus, vêtements,
chaussures, articles alimentaires, meubles et articles ménagers, produits de verre et de porcelaine,
ustensiles de cuisine, médicaments, cosmétiques et des centaines d'autres produits.
Aujourd'hui le combinat des textiles «Staline» à Tirana, produit 80 fois plus de cotonnades et de
lainages que n'en produisait tout le pays en 1938.
20
Tirana est le plus important centre éducatif et culturel du pays. Le nombre des écoles et des
établissements éducatifs et culturels s'y est accru d'année en année. A Tirana ont leur siège l'Académie
des Sciences de la R.P.S.A., l'Université, l'Ecole supérieure du P.T.A. «V.I. Lénine», plusieurs
instituts de recherche scientifique, l'Institut supérieur d'agronomie, l'Ecole supérieure des arts, de
nombreux établissements d'enseignement secondaire, des polytechnicums et des technicums, le
Théâtre de l'Opéra et du ballet, le Théâtre populaire (dramatique), le théâtre des marionnettes, les
studios cinématographiques «Albanie nouvelle», les musées archéologiques ethnographiques, de la
Lutte de libération nationale, des sciences naturelles, le musée «Lénine-Staline», la maison-musée du
Parti du Travail, la Galerie des arts, le palais de la culture, le palais des pionniers, et l'on y dénombre
de nombreux stades et terrains de sports. Dans le district de Tirana, un habitant sur trois va à l'école.
Le nombre des médecins dans les établissements sanitaires de la capitale est aujourd'hui supérieur au
total du personnel sanitaire de l'Albanie en 1938. Aujourd'hui Tirana compte 31 établissements
hospitaliers modernes, outre 16 polycliniques diverses, en regard d'un seul hôpital de 300 lits qui
existait en 1938.
Si en 1938, il n'y avait dans tout Tirana qu'un seul jardin d'enfants avec 45 enfants et 2 éducatrices, on
en comptait en 1972 72 avec 7.601 enfants et 429 éducatrices. En 1938, Tirana ne possédait pas une
seule crèche. Elle en a aujourd'hui 44, avec 3.890 berceaux.
A l'ouest de Tirana se situe la ville de Durrës, l'une des plus antiques cités d'Europe, fondée en 627
avant notre ère. Epidamnos ou Dyrrachium, comme on l'appelait dans les temps antiques, ville
importante et principal port de la côte orientale de l'Adriatique, a joué dans l'Antiquité un rôle très
important. Le grand nombre de monuments qui y ont été découverts témoignent du haut degré de
civilisation de la ville. Durrës, maintes fois dévasté par les tremblements de terre et les invasions
étrangères, a été libéré le 14 novembre 1944 par l'Armée de libération nationale.
Durrës compte aujourd'hui plus de 60.000 habitants. Le district de Durrës occupe la deuxième place
dans la République pour la production industrielle globale.
Les industries mécanique, alimentaire et légère y sont particulièrement développées.
Aujourd'hui, dans ce district, fonctionnent 211 institutions culturelles et éducatives, 12 établissements
d'enseignement secondaire général, 83 écoles de huit ans, un grand nombre d'écoles professionnelles
inférieures. Il possède en outre un large réseau d'établissements d'éducation pré-scolaire, des filiales de
l'Université de Tirana, qui préparent des ingénieurs mécaniciens et des économistes, ainsi que de
l'Institut supérieur d'agronomie et de l'Institut pédagogique.
La plage, qui s'étend au sud de la ville, est l'une des plus vastes et des plus salubres de l'Adriatique.
Elle est bordée d'hôtels, de villas et de bungalows à l'usage des travailleurs et des touristes. Le sable y
est très fin, le taux d'iode et l'ensoleillement très élevés.
Au nord-ouest du pays s'étend l'ancienne ville de Shkodër, baignée par son lac et la Buna, et dominée
par la citadelle de Rozafat. Il en est fait mention dix siècles avant notre ère comme une cité de la tribu
illyrienne des Labéates, puis comme la capitale du grand Etat illyrien des Ardiéens, qui livra de
longues guerres à Rome. Elle a conservé son importance au long des âges. Shkodër est la dernière ville
du pays, d'où l'Armée de libération nationale albanaise chassa, le 29 novembre 1944, les occupants
fascistes. Ce jour est célébré comme la Fête nationale de la libération de l'Albanie. Aujourd'hui la
ville, grâce à la sollicitude du pouvoir populaire, a changé de visage. Elle s'enorgueillit de sa zone
industrielle qui s'étend d'année en année, et qui comprend notamment une puissante centrale hydroélectrique,
une importante tréfilerie, une cimenterie, une briqueterie, une fabrique de fermentation du
tabac et une manufacture de cigarettes. L'industrie alimentaire, qui fournit 40% de la production totale
du district, occupe une place importante dans l'activité économique du district. Citons, entre autres,
une importante minoterie, une fabrique de pâtes alimentaires, une grande laiterie industrielle, etc.
Au cours des deux dernières décennies, l'industrie du district de Shkodër s'est accrue de plus de 30
fois. Elle fournissait en 1974 8,4% de la production industrielle globale du pays. La part du district de
Shkodër dans la production agricole globale était de 7,9%.
21
A Shkodër, autrefois, la lutte et la division religieuse étaient particulièrement marquées, les femmes y
vivaient quasiment cloîtrées. Aujourd'hui, par contre, elle est devenue un important centre culturel.
Elle possède un Institut supérieur pédagogique, de nombreux établissements d'enseignement
secondaire et de huit ans. En outre, dans le district de Shkodër fonctionnent 138 établissements
culturels et artistiques.
Des dizaines de femmes y occupent des postes de responsabilité et y exercent des professions diverses.
La plus grande ville de l'est de l'Albanie est Korçë, l'un des principaux centres économiques et
culturels du pays. Libérée par l'Armée de libération nationale albanaise le 24 octobre 1944, la ville
possède une industrie moderne et un artisanat développé, renommé surtout pour ses tapis d'art. A
l'échelle du district, Korçë se situe au troisième rang dans le pays pour la production industrielle,
cependant que la production agricole, considérable, représente plus de 1/10 de la production globale
du pays. Korçë se classe au premier rang pour la superficie de terres arables, pour la production des
céréales panifiables, de la pomme de terre, de l'avoine et de la luzerne, ainsi que pour le nombre de
vaches, de porcs, d'équidés, etc.
La région de Korçë est également réputée pour ses cultures fruitières. Rien que sur les terres pauvres
autrefois abandonnées de Dvoran et de Kamenicë ont été aménagés des centaines d'hectares de grands
vergers, où ont été plantés plus de 107.000 pommiers, poiriers, cerisiers, pruniers, etc., qui donnent
des fruits de haute qualité.
Outre Tirana, il existe en R.P.S. d'Albanie deux autres villes qui ont reçu le titre de Héros du peuple:
Krujë et Vlorë.
Les visiteurs étrangers ont appelé Krujë, l'ancienne capitale de Georges Kastriote-Skanderbeg, le
«balcon de l'Adriatique», et ce non seulement parce que de cette ville le regard se porte au loin sur
cette mer, mais aussi parce que, à l'époque de Skanderbeg, c'était le lieu vers lequel tous les peuples
des Balkans et d'Europe dirigeaient leurs regards, comme un lieu inexpugnable, comme le centre des
invincibles Albans. Après la mort de Skanderbeg, le flot dévastateur des expéditions ottomanes ruina,
en même temps que les villes, les plus beaux ouvrages d'architecture, châteaux, cathédrales, palais de
la noblesse et édifices publics hérités des siècles passés. En même temps, les peintures et sculptures,
de précieux documents et manuscrits furent brûlés ou dégradés. Mais la citadelle de Krujë, bien que
sérieusement endommagée par les guerres et l'usure du temps, se dresse encore sévère et majestueuse,
sur une colline rocheuse solitaire, à quelque 600 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Aujourd'hui, Krujë est le centre de toute la région du même nom, qui a été transformée en un
importante zone industrielle et agricole. Les courbes de croissance et de développement de ce district
sont particulièrement brillantes. La production industrielle en 1973 avait crû de 72,8 fois par rapport à
1930 grâce à la mise sur pied d'un combinat d'engrais chimiques phosphatés, d'une importante
cimenterie et autres. La superficie des terres arables a augmenté de 4 fois par rapport à 1938, et on en
recueille, rien qu'en blé, une quantité 54 fois supérieure à celle qu'on en obtenait en 1938, grâce surtout
aux grands travaux de bonification effectués après la libération du pays.
La ville de Vlorë, elle aussi honorée du titre de Héros, se situe au sud-ouest du pays. Ptolémée, le
géographe alexandrin du IIe siècle de l'ère nouvelle, la cite sous le nom d'Aulona. C'est dans cette ville
que fut proclamée, le 28 novembre 1912, l'indépendance nationale de l'Albanie après le long joug
ottoman, et instauré le gouvernement albanais ayant à sa tête Ismail Qemal. Vlorë est devenue
aujourd'hui un important port et un centre industriel et culturel en plein essor. La production qu'on y
obtient actuellement en 12 jours égale celle de l'ensemble de l'année 1938. En 1938 on ne comptait
dans la région que 13 établissements, ateliers et petites fabriques, alors qu'on y dénombre à présent
plus de 60 entreprises, dont une usine de soude caustique et une autre de chlorure de polyvinyle une
fabrique d'ampoules électriques, une cimenterie, des fabriques de produits alimentaires etc. Vlorë
possède aujourd'hui plus de 100 écoles de diverses catégories et 112 institutions culturelles et
artistiques.
Vlorë et le district du même nom se sont transformés en un jardin fleuri. La superficie des terres en
culture a doublé par rapport à l'avant-guerre. La ville est entourée de plantations d'oliviers et
d'agrumes.
22
Vlorë fut libérée par les forces de notre Armée de libération nationale le 25 octobre 1944. Si notre
peuple honore Vlorë du point de vue historique ce n'est pas seulement parce qu'il y fut proclamé
l'indépendance le 28 novembre 1912, mais aussi parce que c'est précisément à Vlorë, en 1920, que les
forces des envahisseurs italiens furent rejetées à la mer par les patriotes albanais. Vlorë est aussi le
port dont les révisionnistes khrouchtchéviens s'efforcèrent de faire la base de leur agression socialimpérialiste
en Méditerranée. On connaît la ferme attitude de notre Parti et de notre peuple à cet égard.
Le lecteur étranger trouvera cette position clairement illustrée dans le tome XIX des Oeuvres du
camarade Enver Hoxha et dans le tome III de ses Oeuvres choisies, d'ores et déjà traduites en plusieurs
langues.
Les deux villes-musées, Berat et Gjirokastër, présentent, par leur pittoresque, un intérêt particulier.
Berat, ou, comme on l'appelle encore, la ville aux mille fenêtres, a été fondé aux IVe-IIIe siècles avant
l'ère nouvelle. Il a été plusieurs fois détruit et reconstruit. Dans l'état actuel de la ville, il y subsiste des
ensembles architecturaux de réelle valeur qui appartiennent à la période comprise entre le milieu du
XVIIIe s. et la fin du XIXe s. C'est aux maisons d'habitation que Berat doit son attrait sur le plan de
l'architecture. La maison type de Berat à galerie intérieure, qui se généralise sous cette forme au milieu
du XVIIIe siècle, est une bâtisse volumineuse de deux étages aux murs de pierre. Le rez-de-chaussée
est occupé par les pièces de service; un escalier extérieur soutenu par une voûte conduit à la galerie du
premier étage, sur laquelle donnent toutes les pièces d'habitation. Ce type de maison que l'on retrouve
aussi dans d'autres villes de notre pays, s'est développé sur la base des habitations paysannes, les
populations qui peuplèrent la ville au long des siècles de son essor étant venues des campagnes.
L'habitation bératoise offre de riches éléments de travail du bois. L'attention est surtout attirée par les
pièces de réception où les maîtres albanais ont fait preuve d'une grande habileté technique et d'une
réelle finesse de goût. Citons parmi ces travaux les plafonds, les placards, les «mafils» sculptés, qui
sont de véritables oeuvres d'art. On trouve, entre autres, des sculptures d'une grande beauté à
l'iconostase de la cathédrale de Berat.
Berat offre de grands ensembles pittoresques de constructions, tel celui de Mangalem, qui par son
unité architecturale et son' caractère massif, produit l'impression d'une gigantesque construction
unitaire. L'architecture de Berat se caractérise par l'équilibre, la composition horizontale, et une très
adroite utilisation du terrain. Elle charme le regard et ses ensembles harmonieux, créés avec goût par
la main sensible des maîtres populaires, éveillant un sentiment de sérénité. Le développement actuel
de la ville a pour souci de préserver l'harmonie des constructions nouvelles avec la partie de la ville
considérée comme musée, soit les quartiers de Kala, Mangalem et Goricë. On y effectue chaque année
de nombreux travaux de conservation et de restauration, qui mettent de mieux en mieux en lumière
leurs valeurs esthétiques.
L'industrie, dans le district de Berat, a connu un grand essor. Il comprend, entre autres, le centre
pétrolier de Qytet-Stalin et le Combinat textile. C'est en outre un très important centre agricole dont les
principaux produits sont les céréales, le coton, le tabac, les fruits, les olives. Une grande plantation de
plus de 200.000 figuiers couvre une partie des collines environnant la ville.
Gjirokastër, située dans le sud du pays, constitue dans son ensemble un majestueux musée. La
conception de la ville, sous l'aspect de l'urbanisme, est particulièrement intéressante et l'architecture
médiévale d'une réelle originalité. Après avoir visité cette ville-musée, le publiciste français G.
Chantepleure a dit: «Gjirokastër m'émerveille. Elle ne me rappelle aucune ville que je connaisse ni
même que j'aie vue en rêve... De quelque côté que je me tourne, m'apparaît la cité argentée,
capricieusement massée autour de sa citadelle... Je la regarde et la regarde encore sans me lasser...»
L'architecture originale de cette cité de pierre, construite sur le roc, enchante par sa force, son rythme
dynamique, sa sveltesse et sa liaison organique avec l'environnement. Gjirokastër paraît avoir surgi
des rochers sur lesquels elle se dresse. Dans son état actuel, la ville conserve des ensembles de
constructions et des quartiers complets, qui appartiennent à la période allant de la fin du XVIIIe siècle
à la fin du XIXe. Elle s'étage sur le versant du Mali i Gjerë, sur un terrain rocheux dénudé. La citadelle,
construite sur une colline au centre de la ville et entourée de toutes parts de quartiers habités, domine
la cité de toute sa masse imposante et monumentale. Les divers quartiers, fort pittoresques, couvrent le
versant du Mali i Gjerë ou les sommets des collines. L'habitation de Gjirokastër, dont la fonction de
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défense apparaît manifestement, est une création typiquement albanaise. Elle s'est développée à partir
des formes les plus simples jusqu'à sa forme achevée, à travers un long processus, qui s'est étendu sur
quelque trois siècles, en répondant continûment aux besoins du temps.
L'intérieur d'un grand nombre des maisons reflète l'esprit créateur et le goût très fin des maîtres
populaires: plafonds, portes, armoires, etc., en bois sculpté, cheminées travaillées en plâtre et décorées
de motifs floraux;
La ville, qui a été libérée par les forces partisanes le 18 septembre 1944, est riche en musées qui ont
tous été créés après la Libération. Citons le Musée de la Lutte de libération nationale; le Musée de la
Renaissance albanaise dans la maison des grands patriotes Çerçiz et Bajo Topulli, le Musée des Armes
aménagé à l'intérieur même de la citadelle, etc. Des établissements des industries mécanique, légère et
alimentaire y ont été mis sur pied. L'agriculture est très développée, surtout dans la vallée du Drino:
céréales, tabac, fruits.
Elbasan dans l'antiquité Scampa, fut d'abord un important relais, puis une ville prospère, sur la
fameuse Via Egnatia qui reliait Rome à Constantinople. Détruite par les Goths, et reconstruite par les
empereurs de Byzance, la ville a dû son existence, et aussi sa destruction, précisément à la Via
Egnatia. Au XVe siècle le sultan Mehmet le Conquérant reconstruisit la forteresse et en fit la base et le
point de départ de ses attaques contre Kruja. C'est lui qui lui donna le nom d'Elbasan.
Avant la Libération Elbasan était une petite ville de 15.000 habitants à l'aspect moyenâgeux. Libérée
le 11 novembre 1944 par l'Armée de libération nationale, elle s'est depuis lors agrandie et a prospéré
dans tous les domaines. La population a triplé et son industrie a connu de grands progrès: Citons la
Raffinerie de pétrole de Cërrik, la scierie «Nako Spiro», les cimenteries, les fabriques de produits
alimentaires, etc. Aux portes d'Elbasan a été construit un grand centre métallurgique. L'agriculture est
prospère (céréales, tabac, fruits, olives, etc.). C'est aussi un important centre culturel. Elle possède une
filiale de l'Université de Tirana, plusieurs écoles secondaires, un théâtre professionnel, des musées, et
connaît une vie artistique très active.
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Chapitre IV — Le peuple albanais a conquis sa liberté et son indépendance
au prix du sang versé
L'épée à la main sur le chemin de l'histoire
29 juin 1969. Les anciens partisans et partisanes de la XVe brigade de choc sont alignés pour
commémorer le jour de la formation de leur brigade. Aux côtés de ceux qui ont affronté les fascistes
italo-allemands dans des combats acharnés se tient une jeune fille, qui est venue prendre la place de
son père.
Elle est née en 1949, un mois après que son père, le capitaine Bektash, fut tombé au combat en
défendant les frontières de la patrie. Elle représente, dans sa famille, la quatrième génération
successive qui n'a pas connu son père.
Son arrière-grand-père, Bektash Merko, fut tué dans la lutte contre l'envahisseur ottoman au début de
ce siècle...
... A Panarit, village dans les montagnes du district de Korçë trouvaient abri les paysans insoumis aux
beys et a l'oppression étrangère. La liberté était pour eux le bien suprême. Ils possédaient fort peu de
terre et souvent leur pain ne leur suffisait pas. Et pourtant, ces montagnards étaient prêts a échanger
leur pain contre un pistolet, symbole, à leurs yeux, de force et de liberté.
En 1898, les Turcs encerclèrent Panarit, espérant contraindre les insurgés à se rendre. Les combats,
très acharnés, se livraient de talus en talus, de maison en maison. L'artillerie turque mit tout en oeuvre,
fit de terribles ravages. Mais la détermination des insurgés l'emporta sur les obus de l'occupant.
Les Turcs se retirèrent en direction de Berat. Pendant ce temps, le village de Panarit disait le dernier
adieu à ses fils tombés pour la patrie, et, parmi eux, à Bektash Merko, seul homme de sa famille.
Ces jours-là sa femme mit au monde un garçon. On le nomma Bektash pour perpétuer la mémoire de
son père. Le petit Bektash grandit vite... On eût dit qu'il avait hâte de rallier la guérilla, pour y prendre
la place de son père. Et le jour vint où, encore enfant, il empoigna un fusil et alla remplacer son père.
De 1911 à 1917, il se battit toujours dans la même guérilla où avait combattu son père, contre les
chauvins grecs qui attaquaient Panarit et les villages des zones avoisinantes. Rares furent les endroits
où ne le menèrent pas les combats... Né dans le feu de la bataille, il mourut de même, à la bataille de
Melekë.
Quelques jours plus tard, sa femme mettait au monde un garçon. L'histoire se répète... On l'appela
aussi Bektash. Lorsqu'il grandit, il commença à courir la région, pratiquant son métier de maçon. Le
jeune Bektash, le troisième du nom, était fort travailleur.
Quand éclata la lutte partisane, Bektash troqua sa toque en papier de maçon contre le calot de partisan.
Après la libération il termina ses études à l'Ecole d'officiers, et fut promu capitaine.
Le 2 août 1949, à la tête de son bataillon, il tomba sur le champ de bataille en défendant la frontière.
Le troisième Bektash ne put, lui non plus, voir l'enfant qu'il attendait. Un mois après sa mort, naissait
une fille, son premier enfant.
Elle est née et a grandi dans l'Albanie libre. Elle a seulement entendu parler de la Lutte de Libération
nationale mais, demain, si la Patrie l'appelle, elle prendra les armes et combattra comme son père, son
grand-père, son arrière-grand-père...
L'histoire héroïque de cette famille ne constitue pas un cas rare. Elle est à l'image de l'histoire du
peuple albanais qui, de génération en génération, a défendu avec acharnement sa liberté et sa terre.
Encerclés par de grands empires rapaces qui exerçaient sur eux une pression à la fois militaire,
économique et politique, les Albanais ont toujours du combattre l'épée à la main pour défendre leur
existence, leur langue et leur culture. Avec une force vitale et une énergie extraordinaires ils ont fait
échec aux efforts des envahisseurs pour les assimiler, pour les chasser des terres fertiles, des grandes
voies de communication, du littoral, pour les maintenir sous leur domination, pour leur faire grossir les
rangs des légions romaines, des armées de Byzance, des sultans ou des rois serbes.
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Dans la voie ardue qu'il lui a fallu parcourir pour occuper la place que lui confèrent ses mérites, le
peuple albanais a trempé et pétri en lui les traits qui lui sont propres, et ce caractère combatif et
opiniâtre, qui l'ont distingué au long des siècles.
Le peuple albanais est un des peuples les plus anciens d'Europe. Les trouvailles archéologiques et les
résultats des recherches sont là pour l'établir de façon scientifique.
Dans les temps antiques, le territoire de l'Albanie actuelle était, comme on l'a déjà indiqué, habité par
les Illyriens. Ils constituaient une des plus nombreuses populations d'Europe. Les recherches faites par
les archéologues albanais ces dernières années attestent que les Illyriens ont peuplé le territoire de
l'Albanie au moins depuis le début du troisième millénaire avant notre ère.
Dans le premier millénaire avant notre ère, la société illyrienne s'est considérablement développée. Les
Illyriens commencèrent notamment à utiliser le fer, l'argent, le bronze, et à fabriquer des objets en
terre cuite. Ils s'adonnaient à l'agriculture et à l'élevage, ils inventèrent des métiers et pratiquèrent
l'artisanat avec bonheur. Ils bâtirent de puissantes citadelles et des villes réputées, développèrent le
commerce et frappèrent leur propre monnaie. Constructeurs de navires, ils furent de hardis
navigateurs. Plus tard, ils devaient constituer des Etats dotés de puissantes armées. Citons au nombre
des Etats illyriens les plus connus, l'Etat des Enchéléens, celui des Taulantins et surtout celui des
Ardiéens.
Les Illyriens avaient établi des rapports commerciaux avec les Etats grecs. Pour raffermir ces relations,
les Grecs fondèrent au VIIe siècle avant notre ère les colonies sur le littoral albanais. Telles Durrës
(Dyrrachium ou Epidamnos — 627 avant l'ère nouvelle), Pojan, dans la région de Fier (Apollonie, 588
avant notre ère), Butrint et d'autres encore. Il y fleurit une haute civilisation, qui subit aussi l'influence
de la civilisation illyrienne, ne fut-ce que parce que ces cités se développèrent sur le territoire des
grands Etats illyriens, qui se les assujettirent. Des monuments de haute valeur artistique ont été
découverts à Butrint, à Pojan, à Durrës etc. mais malheureusement une bonne partie d'entre eux ont été
pillés par les étrangers avant même la Libération du pays.
Le développement ultérieur de ce processus qui devait conduire à la formation de la nationalité
illyrienne fut entravé et retardé par l'occupation romaine qui se poursuivit du IIe siècle av.n.é. jusqu'au
IVe siècle de n.è. Les ancêtres des Albanais durent défendre l'épée à la main leur liberté et leur
indépendance contre l'occupant étranger. Ils opposèrent une vigoureuse résistance aux tentatives des
troupes romaines pour occuper le pays. Ce ne fut qu'à l'issue de trois guerres longues et sanglantes que
les Romains réussirent, en 167 av.n.è., à occuper l'Illyrie. Les Etats illyriens indépendants furent
liquidés. L'empire romain transplanta de force d'entières populations illyriennes, les emmenant,
comme captives ou suspectes, dans diverses régions distantes de l'Illyrie. Il établit à demeure sur les
territoires de l'Albanie actuelle de puissantes colonies romaines, exerçant en même temps une
puissante pression dans tous les domaines par le moyen de sa culture et de sa technique plus avancées.
Ces facteurs engendraient pour la population illyrienne le danger de romanisation et de la création, au
lieu d'une nationalité illyrienne, d'une nationalité romaine ou néo-latine.
Mais les Illyriens résistèrent aux envahisseurs l'arme à la main. En 135 av.n.è., les Ardiéens se
soulevèrent. L'insurrection prit une telle ampleur que les Romains se virent contraints d'envoyer contre
eux des forces considérables, et de les transplanter dans les régions intérieures de l'Herzégovine.
Même par la suite, les Illyriens continuèrent de déclencher révolte sur révolte contre Rome. Suétone
lui-même écrivait que l'insurrection illyrienne des années 6-9 de notre ère, donna lieu à la plus terrible
des guerres extérieures que Rome ait eu à livrer après les guerres puniques.
De même, les événements qui se produisirent par la suite firent ressortir l'étonnante vitalité de la
population illyrienne. Après le partage de l'Empire en 395, l'Albanie fut placée sous la domination
byzantine, qui pendant quelque deux siècles n'apporta aucun changement à la situation antérieure dans
ces régions. Les institutions esclavagistes demeurèrent en vigueur et le latin resta la langue officielle,
ecclésiastique et culturelle. Au cours de cette période, les territoires d'Albanie furent envahis par
diverses peuplades barbares, Wisigoths, Ostrogoths, Huns, Vandales. Les Wisigoths, qui s'établirent
pendant près de 150 ans, dans les régions de l'Albanie centrale, y demeurèrent le plus longtemps. Vers
le Vème siècle, commença la migration en masses des populations slaves qui, au VIIe siècle, se fixèrent
définitivement dans les pays d'Illyrie et cherchèrent à en devenir les maîtres. Pas même les villes ou
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les colonies romanisées, qui diminuèrent d'importance avec une extrême rapidité pour finalement
s'étioler complètement, ne purent tenir tête à leur flot dévastateur. Tout comme l'occupation romaine,
la colonisation slave créa pour les Illyriens le danger de se voir assimilés. Les Illyriens, qui avaient
échappé à la romanisation, entamèrent ainsi une nouvelle phase de leur lutte pour l'existence ethnique,
lutte qu'il n'est malheureusement pas possible de retracer de près, les documents historiques sur cette
obscure période médiévale faisant presque totalement défaut. Les textes extrêmement rares de cette
époque ne font même pas mention de l'existence de cette ancienne population illyrienne. Mais celle-ci,
quoique resserrée sur le territoire de l'Albanie, existait bien et elle résistait étonnamment à la pression
slave et byzantine. Elle commença même à regagner peu à peu ses positions perdues, émergeant
définitivement de la coquille des communautés tribales et paysannes, où les pressions étrangères
l'avaient contrainte à se retrancher.
Durant cette période, les rapports féodaux connurent une vaste expansion, et devinrent la forme
principale des rapports de production. Cela permit aux féodaux albanais de renforcer sensiblement
leurs positions. En 1185, les seigneurs albanais s'affranchirent du contrôle byzantin pour former leur
premier Etat, la principauté d'Arbërie. La capitale était Krujë et son premier chef fut Progon (1190-
1198).
Mais cet Etat eut la vie brève. Anéanti par les forces supérieures des peuples voisins, son influence ne
s'en fit pas moins sentir sur l'évolution ultérieure de l'histoire. Le pays se redresse avec des forces
renouvelées comme pour rattraper le temps perdu. Les villes, reconstruites, se développaient et
s'étendaient à un rythme sans précédent; dans les plaines fertiles fleurissaient l'agriculture et l'élevage.
L'art et la culture connurent un essor remarquable. C'est précisément à cette époque que furent fondées
un certain nombre de dynasties féodales, Thopia, Shpata, Balsha, Kastriote, etc., qui formèrent
chacune leur principauté féodale et qui se combattaient pour étendre leurs possessions respectives.
Cependant un nouveau danger menaçait le pays. Alors que le processus historique de centralisation
pour la formation d'un Etat unique, y était en cours, aux portes de l'Albanie apparurent les Turcs-
Ottomans.
Mettant à profit la division féodale et la faiblesse de l'empire byzantin, ils lancèrent contre l'Albanie
des attaques réitérées, occupant tout le pays à l'exception des régions de montagne.
Durant cette période, qui vit les hordes ottomanes, à l'apogée de leur puissance, avancer
irrésistiblement et menacer la civilisation européenne tout entière, le peuple albanais écrivit de son
sang des pages éclatantes de l'histoire du continent.
L'épopée légendaire du peuple Albanais sous la conduite de Georges Kastriote Skanderbeg
Pas plus que les précédents envahisseurs, Romains et Byzantins, Wisigoths et Ostrogoths, Huns et
Slaves, les Ottomans ne trouvèrent sur le sol albanais des populations soumises. En novembre 1443,
sous la conduite de Skanderbeg, éclata une insurrection générale contre le nouvel occupant. Les
insurgés libérèrent Krujë et, le 28 novembre, ils proclamaient la restauration de la principauté libre
d'Albanie, hissant sur la citadelle blanche de la ville, l'emblème de Kastriote, l'aigle bicéphale noire
sur fond rouge. En décembre 1443, toutes les forces turques étaient chassées de l'Albanie centrale.
Les Ottomans seraient venus facilement à bout des insurgés si ceux-ci n'avaient été puissamment unis
et bien organisés en un seul front du point de vue politique et militaire etc. Skanderbeg, sans perdre de
temps, s'attaqua à cette tâche primordiale, c'est-à-dire à la formation d'un front uni antiturc et d'une
armée albanaise bien organisée pour endiguer l'offensive imminente des forces ottomanes. Il convoqua
donc tous les seigneurs albanais en une assemblée générale qui tint ses assises au mois de mars 1444
dans la ville albanaise de Lezhë (alors en possession de Venise) qui décida la formation d'une alliance
politique et militaire, connue sous le nom de «Ligue albanaise» ou «Ligue de Lezhë»; la création d'une
armée albanaise et d'un fonds commun. L'assemblée élut Skanderbeg chef de la Ligue et commandant
suprême de l'armée fédérée.
L'histoire assignait au peuple albanais une tâche que les coalitions des princes balkaniques ne
pouvaient mener à bien et que les Etats occidentaux, plus riches, plus puissants et mieux organisés, ne
voulurent point assumer. Alors commencèrent les années orageuses où les Albanais, avec des
ressources humaines et des moyens économiques relativement limités, grâce à leurs capacités et à leur
27
expérience guerrières, à l'esprit de sacrifice qui caractérisait les masses populaires, sous la conduite de
Skanderbeg, non seulement hardi homme de guerre, mais aussi maître achevé dans l'art militaire,
écrivirent l'épopée albanaise du XVe siècle qui demeurera à jamais l'un des chapitres les plus glorieux
non seulement de l'histoire d'Albanie mais de l'histoire de tout le continent. Durant un quart de siècle
ils firent échec à 22 grandes expéditions turques, remportant toujours la victoire, à une époque où les
Ottomans étaient considérés comme invincibles.
On sait que par trois fois, Mourad II, puis son fils Mehmet II, furent contraints de lever honteusement
le siège de Krujë, centre politique et militaire de l'Albanie. L'héroïque Krujë illustra de façon éclatante
aux yeux du monde entier que face à la vaillante résistance d'un peuple épris de liberté, toute politique
d'intimidation s'appuyant sur les armes les plus modernes et les plus meurtrières est vouée à un
honteux échec. Par trois fois devant les murs de Knujë échouèrent les plus gros canons que connaissait
la technique militaire de l'époque, canons qui «épouvantaient» même des pays éloignés de centaines
de kilomètres de l'Albanie. Dans les batailles connues de l'histoire et qui portent les noms de Torvioll,
Drin, Uji i Bardhë etc., Georges Kastriote sut allier magistralement la tactique de la guerre de guérilla,
faite d'attaques de surprise, de retraits brusques et d'embuscades, avec la guerre en rase campagne. Par
les opérations qu'il mena, il fit des vallées du Drin i Zi et du Shkumbin supérieur le tombeau des
armées turques, plusieurs fois supérieures en nombre et équipées de moyens de guerre des plus
modernes pour l'époque.
Grand maître de l'art militaire, Skanderbeg maintenait l'ennemi dans un état de tension constante, le
harcelait par de petites attaques soudaines, lui coupait ses voies de ravitaillement, pour finalement
fondre sur lui de façon fulgurante, après l'avoir attiré dans un piège. Appliquant le principe «se
défendre en attaquant», Skanderbeg avait précisément l'attaque pour meilleure arme défensive.
En Albanie existaient les conditions objectives indispensables pour mener avec succès cette longue
guerre contre les Ottomans. Le pays pouvait compter en effet sur ses importantes ressources
économiques et sur l'appui des masses populaires, dotées d'anciennes traditions de liberté et d'une
grande expérience guerrière.
Les masses populaires devinrent la principale force motrice de la lutte pour la terre, la liberté et
l'indépendance. En fait, les chefs féodaux étaient divisés. Seuls certains d'entre eux se montrèrent prêts
à défendre leur intérêts l'arme à la main, les autres s'étant mis au service des Turcs.
Tout le secret des victoires de Skanderbeg, qui émerveillent aujourd'hui encore nombre d'historiens,
réside dans le fait qu'il sut, mieux que quiconque à son époque, se gagner les larges masses de son
peuple et donner à la lutte de libération un caractère populaire.
Les Albanais furent contraints de combattre seuls, en ne comptant que sur leurs propres forces. Dans la
guerre juste qu'ils menaient, sans aucun secours de l'étranger, l'appui sur ses propres forces devint une
condition déterminante de la victoire. Cela impliquait que les dirigeants eussent une confiance
inébranlable dans les forces immenses des masses populaires et que celles-ci à leur tour acquissent
confiance en elles-mêmes, confiance qui fut toujours plus renforcée par les événements et devint une
puissante force motrice dans l'épopée albanaise.
Skanderbeg, réussissant à allier ces deux facteurs, les mit en oeuvre sur le terrain albanais, et s'assura
ainsi la victoire.
«La liberté ce n'est pas moi qui vous l'ai apportée, je l'ai trouvée parmi vous... les armes, ce n'est pas
moi qui vous les ai apportées, je vous ai trouvés armés» — de ces mots mémorables que le héros
adressait aux masses populaires dans Krujë à peine libérée, ressort le haut prix qu'il attachait aux
forces populaires, en tant que principales forces motrices de la Lutte de libération.
Et Skanderbeg, dès le début, s'appuya sur les masses populaires dans son action. Les masses
populaires voyaient dans la lutte qu'il menait la seule voie de leur salut. Son armée y puisait ses forces,
et ces combattants, que des Turcs mêmes de l'époque comparent à des «tigres de la guerre de
montagne», «ne connaissaient pas la peur ni la soumission, et n'hésitaient pas à faire de leur pays une
«terre brûlée». Il réussit de la sorte à parer à l'attitude chancelante et séparatiste des féodaux.
28
Les incursions systématiques des hordes ottomanes, les pillages et dévastations qui les
accompagnaient, entraînèrent la ruine économique et la dégradation des villes. Dans ces conditions, le
but fondamental de la lutte populaire d'un quart de siècle menée par Skanderbeg, non seulement sur le
plan national mais aussi sur le plan international, consistait à défendre le pays contre cet épuisement
des forces économiques et humaines, contre la destruction des forces productives en voie de
développement, à défendre l'ensemble du développement socio-politique et culturel atteint à l'époque.
Voilà pourquoi les masses populaires se rallièrent étroitement à leur chef et combattirent sans réserve à
son côté. Leur lutte était une lutte «totale»; elle engloba même vieillards, femmes et enfants qui, s'ils
en furent les victimes, représentèrent une force active de combat.
La lutte attisa et alimenta au sein des masses populaires un puissant patriotisme. Elle prit les traits d'un
combat essentiellement populaire. Pendant des dizaines d'années, les masses albanaises, héroïnes
anonymes, luttèrent sous la conduite de Skanderbeg pour défendre leur sol, leur liberté et leur
indépendance, jetant les solides fondements de cet édifice dont les générations futures devaient
achever la construction: l'union de peuple albanais en un Etat national. L'époque de Skanderbeg est
une brillante illustration de la force vitale et des plus hautes vertus du peuple albanais.
Sans doute les qualités personnelles de Georges Kastriote furent-elles pour beaucoup dans la victoire.
La figure de Skanderbeg contrastait profondément avec celles des princes européens. Lorsqu'il se
rendit à Rome, en 1466, les masses populaires qui remplissaient les rues, s'attendaient à voir un de ces
cortèges de personnages aux habits somptueux, coutumiers pour l'Europe, mais quelle ne fut leur
surprise à la vue du héros albanais, d'universel renom, «vêtu comme un pauvre». Cette simplicité du
héros national albanais se manifestait dans toutes ses activités. Dans ses rapports avec le peuple, avec
ses combattants, dans la vie pacifique comme à la guerre, Skanderbeg était un exemple de modestie,
de courage et d'intelligence. Ces vertus lui gagnèrent le coeur de son peuple, qui s'unit autour de lui
comme un seul homme.
Le 17 janvier 1468, après 25 années de luttes et de victoires, la mort arracha à son peuple le héros
légendaire qui avait été l'incarnation de ses vertus héroïques et le symbole de la lutte pour la liberté.
Cette mort ne pouvait cependant supprimer les conséquences objectives de cette lutte gigantesque, ni
son souvenir dans le coeur du peuple albanais et dans le monde entier.
L'immortalité de Skanderbeg réside dans le fait que son oeuvre n'est pas celle d'un homme, mais d'un
peuple tout entier, pas celle d'un seul siècle, mais de siècles entiers.
L'époque de Skanderbeg ne prit pas fin en 1468 avec la mort du héros, car le rapport des forces
sociales et les tâches historiques à l'ordre du jour demeurèrent les mêmes pendant encore, des dizaines
d'années, durant lesquelles la lutte se poursuivit sous une forme organisée. Témoin la défense héroïque
de Krujë qui se prolongea plus de dix ans, et les deux sièges de Shkodër en 1474 et en 1478-1479,
dont la citadelle tomba finalement, vaincue non par les armes de l'ennemi, mais par la faim.
La tradition de la grande lutte populaire et l'esprit de la lutte indomptable du XVe s. ne s'éteignirent
jamais, pas même dans les siècles qui suivirent et ils ne pouvaient jamais s'éteindre chez un peuple qui
avait donné le jour à Skanderbeg. Plus de 500 ans se sont écoulés depuis le temps des luttes de
Skanderbeg. Mais cette époque est aujourd'hui toujours actuelle, en ce qu'elle sert de source
d'inspiration pour défendre la patrie et affronter tous les obstacles. L'héroïsme du valeureux peuple
albanais qui résistait au XVe siècle à l'envahisseur en tenant le manche de la charrue dans une main et
l'épée dans l'autre, vit dans les coeurs de ses descendants, qui, «la pioche dans une main et le fusil dans
l'autre», défendent les conquêtes du socialisme. Ce ne sont là que les deux faces d'une même médaille.
La figure de Skanderbeg, vivante à travers les siècles
«Georges Kastriote — disait un de ses contemporains Enea Silvio Piccolomini — vaincra les siècles».
Le temps a confirmé ce jugement.
Les luttes menées contre l'empire ottoman par le peuple albanais sous la conduite de Skanderbeg ont
dépassé par leur portée les limites du pays et revêtu une importance internationale. Les Albanais ont
engagé une part importante de l'armée ottomane lui ont infligé des pertes réitérées, et l'ont contrainte à
consumer une bonne part de ses forces de combat, allégeant par là le fardeau des Hongrois et
empêchant le passage des Turcs en Italie.
29
«L'invasion de l'Europe est certaine — écrivait en 1456 John of Newport, un chevalier anglais qui
avait servi comme volontaire dans l'armée de Skanderbeg — car il n'est aucune autre force qui puisse
opposer aux Turcs une pareille résistance si la citadelle albanaise vient à tomber». Et, en fait, à peine
la dernière forteresse d'Albanie eut-elle été prise en 1479, que Mehmet II, se sentant plus ou moins
assuré sur ses arrières, passa immédiatement à l'attaque de l'Italie du Sud, qu'il rêvait d'envahir depuis
un quart de siècle. Une armée turque de dix mille hommes, partie de Vlorë, prit pied en Italie,
s'emparant de la citadelle d'Otranto (1480). Mais, à la faveur de l'engagement des turcs en Italie, des
soulèvements armés éclatèrent en Albanie et, en 1481, à l'appel des chefs de l'insurrection, Jean
Kastriote, fils de Skanderbeg, regagna son pays avec quelques centaines d'Albanais exilés. Pris entre
deux feux, les Ottomans furent obligés d'abandonner Otranto pour rentrer en Albanie où ils
entreprirent de vastes opérations contre les insurgés. C'est seulement en 1482 que le mouvement
insurrectionnel succomba sous les coups des Turcs et Jean Kastriote se vit contraint de quitter une
nouvelle fois l'Albanie.
Karl Marx a fait une haute appréciation de l'épopée albanaise du XVe siècle, de cette épopée, que les
fils de l'aigle écrivirent de leur sang. Dans la lutte des Albanais conduits par Skanderbeg, il ne voyait
pas seulement la lutte d'un peuple et d'un pays pour défendre leur liberté, mais aussi un coup porté au
seul Etat véritablement militaire du Moyen Age, qui s'opposait au développement historique du
capitalisme naissant et au progrès universel. Ainsi estimait-il Skanderbeg avant tout comme une figure
qui avait concouru à accélérer le progrès de l'humanité. Cette appréciation nous fournit la clé pour
saisir l'essence du rôle international de Skanderbeg et de ses gestes immortelles.
La figure de Skanderbeg et ses gestes ne peuvent être correctement considérées si on les détache de
l'époque où il vécut, de la Renaissance européenne. Par sa lutte il s'est hissé sur le piédestal «des titans,
par la puissance de la pensée, de la passion et du caractère», qu'engendra cette époque.
Ce que les esprits éclairés de la Renaissance prônaient avec feu-la liberté de l'homme et de la patrie, la
confiance dans les capacités créatrices du peuple et dans la raison, l'optimisme et la foi en l'avenir,
l'éveil de la conscience nationale, — Skanderbeg non seulement le propagea par le verbe mais il le
défendit par la force de l'épée et le traduisit dans les faits. Il dressa un peuple pour la défense de ces
grandes idées, permit à la Renaissance européenne de respirer plus librement et la sauva du danger
ottoman qui menaçait de l'étouffer. Ainsi devint-il un titan albanais de la Renaissance, qui, s'il ne
laissa pas d'écrits en latin, écrivit de son sang une oeuvre vivante grandiose, dans laquelle non
seulement son siècle mais les siècles futurs ont cherché et trouvé une source d'inspiration. Georges
Kastriote obligea tous les siècles postérieurs à parler de lui.
Par son héroïsme, par les idéaux élevés qu'il défendit, Georges Kastriote était entré, déjà de son vivant,
dans la littérature orale, dans les légendes et les chants du peuple albanais et des autres peuples des
Balkans. Ces créations populaires et les oeuvres d'historiens, de publicistes et de philosophes, les
jugements portés aux diverses époques sur le héros, inspirèrent après sa mort toute une littérature, qui
fleurit depuis le début du XVIe siècle dans beaucoup de langues et dans les genres les plus divers:
sonnets, poèmes, romans historiques et histoires romancées, drames, livrets d'opéra, etc. En dépit de
leurs particularités respectives et de l'évolution qu'a connue l'approche artistique de la figure du héros
au long des siècles, ces oeuvres se rejoignent par un élément fondamental: dans la totalité d'entre elles
Skanderbeg apparaît comme un héros positif, d'une grande force de caractère, vaillant, généreux; bref,
comme le génie du bien qui l'emporte en toute circonstance sur les forces du mal.
Rares sont les héros des luttes de libération qui, dans la littérature mondiale, aient été pris comme
sujets aussi souvent que Georges Kastriote Skanderbeg tout au long des cinq siècles qui se sont
écoulés depuis le jour où sa main lâcha à jamais son épée invaincue. La bibliographie publiée sur le
héros légendaire, à l'occasion du cinquième centenaire de sa mort comporte plus de 1.000 oeuvres en
21 langues.
Pendant la Lutte de libération nationale, l'époque et les prouesses de Skanderbeg étaient souvent
évoquées dans la presse clandestine. Après la Libération, nos écrivains, compositeurs, peintres et
sculpteurs, ont choisi Skanderbeg comme figure centrale de plusieurs de leurs oeuvres.
30
Kruja. C'est de là que, durant vingt-cinq années. Skanderbeg organisa lutte légendaire du peuple albanais
contre les envahisseurs ottomans.
En outre, le P.T.A. et le pouvoir populaire ont pris une série de mesures et ont organisé différentes
manifestations dans le but d'honorer dignement la figure du Héros national du peuple albanais. La
place centrale de Tirana, une école militaire, une grande ferme d'Etat, le Musée de Kruja etc. portent le
nom de Skanderbeg. L' «Ordre de Skanderbeg», une des plus hautes décorations pour mérites
militaires, a été institué par loi spéciale. On a érigé partout des monuments qui évoquent les grandes
victoires remportées par Skanderbeg contre les Ottomans. Deux statues équestres, oeuvres de
sculpteurs albanais, dominent les places centrales de Tirana et de Kruja. Et pour terminer, rappelons
qu'en 1968, à l'occasion du cinq centième anniversaire de la mort du Héros on a organisé une série de
grandes manifestations à Tirana, à Krujë, à Lezhë et dans d'autres villes du pays.
La lutte séculaire du peuple albanais pour sa liberté et son indépendance
L'établissement du régime féodalo-militaire ottoman sur le territoire albanais, en interrompant le
développement normal et général du pays, marqua un tournant désastreux. Les Turcs tentèrent
d'implanter leurs lois et leurs coutumes dans l'Albanie occupée, mettant en oeuvre tous les moyens
pour turquiser le peuple albanais. Mais les efforts des envahisseurs ottomans pour attacher
définitivement les destinées du pays au char de Constantinople furent vains. Les Albanais opposèrent
une résistance sans pareille à ce nouveau danger. Les cinq siècles de domination ottomane sont
remplis d'insurrections incessantes du peuple albanais contre le joug turc.
Le souvenir de Georges Kastriote devint une force mobilisatrice, comme toute idée qui a de profondes
racines dans les masses populaires. Son autorité fut si grande que dans les années 80-90 du XVe siècle,
les masses, soulevées pour conquérir la liberté, tout comme elles s'étaient adressées un demi-siècle
plus tôt au héros, firent appel cette fois, par-delà l'Adriatique, à son fils et à son petit-fils en exil, pour
qu'ils reviennent et se mettent à leur tête. Le pays fut de nouveau libéré depuis Himarë jusqu'aux
chaînes de montagnes du Nord. Les sultans ottomans se virent contraints d'organiser de nouvelles
expéditions de rapine pour réoccuper l'Albanie. Du XVIe au XVIIIe siècle éclatèrent une série de
grandes insurrections qui avaient pour principaux foyers les zones montagneuses du pays. Ces
mouvements, qui n'étaient pas dirigés seulement contre l'occupant étranger, mais aussi contre les
féodaux renégats, renforcèrent le sentiment national et développèrent le patriotisme populaire.
Au XVIIIe siècle on relève d'importants changements dans les domaines économique et politique: le
passage du système de la propriété féodale militaire au système du tchiflig, le rattachement de ce
système au marché, l'essor des villes, le développement de la production et des échanges ainsi que la
formation de marchés régionaux et interrégionaux. Ce développement des forces productives dans le
pays entraîna l'émancipation économique et politique des féodaux albanais et la formation des grands
pachaliks albanais — ceux de Shkodër et de Janine — qui menèrent des luttes incessantes pour
s'affranchir de la dépendance envers la «Sublime Porte».
31
Au milieu du siècle passé, les mouvements populaires contre la féroce domination ottomane gagnèrent
en ampleur et en fréquence. Les luttes dans les montagnes de Melesini (Leskovik) en 1831 et de
Shkodër en 1835, de Dibër et de Gjakovë en 1844, furent à l'origine de la grande insurrection
paysanne de 1847, lorsque les Albanais, comme l'évoquent les chansons populaires, combattirent
«flamberge au vent», «pour toute l'Albanie». Ces tentatives pour «accéder à la liberté» furent aussi
noyées dans le sang par les pachas turcs. Elles n'en eurent pas moins d'importantes conséquences.
Elles furent le prologue de tous les événements qui suivirent en Albanie de 1878 à 1912. Dans cette
période commencèrent à briller à l'horizon albanais toute une pléiade d'hommes éminents maniant «la
plume ou le fusil», qui se mirent à la tête du mouvement national pour la liberté et l'indépendance
complète. Cette lutte avait pour but non seulement de briser les chaînes de la séculaire servitude
étrangère, mais aussi d'établir l'indépendance nationale, de créer l'Etat albanais, un Etat qui ne fût plus
cependant un Etat féodal, mais un Etat démocratique. Cette période, connue dans l'histoire du pays
comme «la renaissance nationale albanaise» est une brillante page de l'histoire de notre peuple.
La nouvelle phase de la lutte du peuple albanais pour sa liberté et son indépendance commença dans
les années 1878-1881. Par le traité de San Stefano du 3 mars 1878, on décidait de démembrer
l'Albanie, en donnant à la Bulgarie, à la Serbie et au Monténégro des terres purement albanaises. Le
danger du morcellement de la Patrie qui s'accrut encore après le Congrès de Berlin en 1878, dressa le
peuple albanais pour sa propre défense. Face à cette calamité, il créa la ligue de Prizren, qui étendit
son activité dans toute l'Albanie. La ligue avançait des programmes de revendications, qui allaient de
l'autonomie au complet affranchissement du pays du joug ottoman.
Cet événement donna une nouvelle impulsion au mouvement de libération nationale. Durant cette
période, la lutte du peuple albanais contre la Turquie se caractérisait par une plus forte prise de
conscience nationale. En même temps, elle était dirigée contre les grandes puissances qui, par le traité
de San Stefano et surtout au Congrès de Berlin, cherchèrent à amputer l'Albanie au profit des pays
voisins. Derrière cette politique se cachaient les plans coloniaux des grandes puissances elles-mêmes
attirées par la position stratégique de l'Albanie dans l'Adriatique, qui en faisait un important tremplin
sur la Méditerranée, et également par ses richesses naturelles.
Précisément à cette époque, éclatèrent coup sur coup les révoltes des années 1883, 1885, 1892, 1898,
etc. Le mouvement devient encore plus puissant et organisé surtout après 1900. En 1905, se forment
les premières guérillas de la liberté. Elles n'effectuaient pas seulement des actions isolées mais
livraient aussi bataille aux garnisons turques. Dans les montagnes du nord les guérillas comptaient
quelque 15.000 hommes armés.
En même temps que l'extension de la lutte armée, l'ouverture des écoles albanaises et de clubs
patriotiques, la publication de journaux et de revues ainsi que de livres écrits dans la langue
maternelle, maintinrent vivant et développèrent le sentiment national du peuple albanais et
concoururent à l'extension du mouvement de libération.
Les «Jeunes Turcs», qui accédèrent au pouvoir en 1908 voyant l'Albanie leur échapper, dépêchèrent
contre le peuple insurgé leur général le plus redoutable, Shefqet Turgut Pacha, croyant ainsi soumettre
l'Albanie par le sang et la terreur. Mais ils ne parvinrent pas à leurs fins. Les Albanais prirent les armes
en 1911, et se dressèrent comme un seul homme. Au cours de 1912, les soulèvements albanais contre
la Turquie entrèrent dans une nouvelle phase, celle de l'insurrection générale armée, conduite par un
comité général de l'insurrection qui avait son siège dans la région de Kosovë. Les patriotes de Kosovë
donnèrent le premier signal de l'insurrection générale, qui se répandit dans toute l'Albanie. Ces luttes
et soulèvements incessants aboutirent à la proclamation, le 28 novembre 1912, de l'indépendance du
pays, et à la constitution, à Vlorë, d'un gouvernement albanais sous la présidence du grand patriote
Ismaïl Qemal. «Le déploiement du drapeau en 1912, a dit le camarade Enver Hoxha, couronna les
luttes gigantesques du peuple albanais, il montra que par sa lutte armée, son union d'acier autour d'un
grand dessein, pour la défense de la patrie, de son honneur, de ses coutumes, de sa langue et de ses
nobles traditions, le peuple albanais avait vaincu ses ennemis puissants, cruels et perfides. Le peuple
albanais s'est montré indomptable, intrépide, avisé, inflexible et juste, et c'est pour cela qu'il l'a
emporté et qu'il l'emportera dans les siècles contre n'importe quel ennemi, si grand et si fort qu'il soit,
qui tenterait de porter atteinte à ses droits souverains».
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Les années 1913-1939 sont marquées par les luttes du peuple albanais pour la consolidation de son
indépendance et de son existence en tant qu'Etat, pour la défense de son intégrité territoriale, par ses
efforts pour faire échec aux attaques et aux machinations des puissances impérialistes rapaces et
chauvines et pour assurer son progrès social, économique et culturel ainsi qu'un ordre démocratique.
Les grandes puissances ne reconnurent pas l'indépendance proclamée à Vlorë. Elles continuaient
d'ourdir d'autres plans monstrueux pour effacer de la carte politique des Balkans l'Albanie en tant
qu'Etat indépendant et nation distincte.
Cependant, le gouvernement patriotique présidé par Ismail Qemal fit de gros efforts tant pour
organiser l'Etat albanais à l'intérieur que pour affirmer son existence dans l'arène internationale.
L'action qu'il mena fit comprendre au monde entier que le peuple albanais est capable de se gouverner
lui-même et de vivre en tant que nation.
Ce ne fut que le 29 juillet 1913, à l'issue de longs marchandages, que les grandes puissances se virent
contraintes de reconnaître l'indépendance de l'Albanie, mais sous leur contrôle et leur garantie. D'autre
part, les frontières délimitées laissaient en dehors de la mère-patrie près de la moitié des territoires
albanais. Les grandes puissances, contrairement à la volonté du peuple et sans l'approbation du
gouvernement national de Vlorë, qu'ils obligèrent à se démettre, dictèrent au pays le statut défini par
elles-mêmes, et placèrent à la tête du jeune Etat un prince étranger, le prince Guillaume deWied.
Au cours de la Première Guerre mondiale, l'Albanie fut transformée en un champ de bataille où
s'affrontaient les armées des puissances impérialistes et chauvines. Les Italiens, après s'être emparés de
Vlorë, qu'ils entendaient utiliser comme un point d'appui pour leur pénétration ultérieure en Albanie et
dans les Balkans, avaient, à la fin de la guerre, éparpillé leurs troupes, se montant à plus de 50.000
hommes, sur une grande partie du pays. Leurs rivaux yougoslaves, qui avaient envahi les régions du
nord-est, ne demeurèrent pas en reste. Korçë et Gjirokastër, étaient occupées par les forces françaises
et italiennes.
Après la guerre, les représentants des puissances impérialistes, Etats-Unis, Angleterre, France et Italie,
— cherchèrent, de la façon la plus éhontée, à résoudre leurs divergences sur le dos des peuples. C'est
ainsi, entre autres qu'ils rédigèrent projet sur projet pour le démembrement de l'Albanie. Cette attitude
s'enchaînait avec la politique anti-albanaise qui se matérialisa dans le traité tristement fameux de
Londres d'avril 1915, et se manifesta aussi de si odieuse façon dans les marchandages engagés à la
Conférence de la paix, convoquée à Paris en 1919. Mais les fils d'Albanie ne laissèrent pas leur sort
dans les mains des puissances impérialistes, qui s'appliquaient à dresser la nouvelle carte du monde.
La publication et la dénonciation des traités secrets impérialistes par le gouvernement soviétique avec
à sa tête Lénine à la fin de 1917, et notamment du traité de Londres d'avril 1915, stipulant le
démembrement de l'Albanie, venaient apporter un puissant appui au mouvement national antiimpérialiste
albanais. Cet acte aiguisa la vigilance des masses patriotes et donna une nouvelle
impulsion au mouvement anti-impérialiste.
Au mois de janvier 1920, le nouveau plan des puissances impérialistes envisageant de donner à la
Yougoslavie l'Albanie du Nord et à l'Italie Vlorë et ses environs, ainsi que de confier à cette dernière
le mandat sur les territoires albanais restants apparut au grand jour. En janvier 1920, les patriotes
albanais convoquèrent dans la petite ville de Lushnjë le Congrès historique qui dit «non» aux
marchandages des puissances impérialistes. Le congrès rejeta les plans de la Conférence de la paix de
Paris sur le démembrement de l'Albanie, et déclara que les Albanais étaient prêts à verser leur sang
jusqu'à la dernière goutte pour repousser «toute décision qui mettrait en danger l'intégrité territoriale
de leur pays et leur indépendance complète». Le congrès choisit un gouvernement ayant à sa tête
Sulejman Delvina, et élut un Conseil suprême, qui incarnait la souveraineté de l'Etat albanais.
Le Congrès de Lushnjë ne fut pas un acte politique purement formel, ni le produit de combinaisons
politiques des puissances étrangères. Il ne vit pas le jour dans les coulisses diplomatiques. Il était le
résultat de la lutte politique des masses populaires qui s'étaient dressées pour défendre la liberté et
l'indépendance de la patrie. Il constitue un maillon important dans l'histoire séculaire du peuple et
porte une nette empreinte nationale et anti-impérialiste.
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L'idée de la lutte armée pour la défense de la liberté et de l'indépendance, qui fut lancée à Lushnjë,
exprimait la ferme détermination des masses travailleuses. Au mois de juin de la même année, cellesci
écrivirent de leur sang une nouvelle épopée, l'épopée des vaillants combattants qui se battirent,
comme le dit une chanson populaire, «à coups d'épée, de poignards, et avec des fusils ayant une ficelle
en guise de bretelle» contre les divisions italiennes armées jusqu'aux dents, qu'elles rejetèrent à la mer
dans la région de Vlorë, que Rome considérait comme «le Gibraltar de l'Adriatique». Les Albanais,
par leur lutte héroïque, contraignirent le gouvernement italien à négocier avec le gouvernement de
Tirana et à signer, le 2 août 1920, une convention sur l'évacuation des zones occupées par ses troupes
et à reconnaître l'indépendance et l'intégrité territoriale du pays.
La victoire de Vlorë, outre son importance nationale, eut également une portée internationale,
l'impérialisme italien considérant l'Albanie, et Vlorë en 'particulier, comme une base stratégique pour
son expansion ultérieure vers l'Orient. S'y fût-elle maintenue, cela eût constitué un danger pour les
autres peuples également. Par là même la victoire de Vlorë sauvegarda les intérêts des peuples voisins.
Les événements de 1920 confirmèrent un éminent enseignement de l'histoire albanaise, une vérité