LES COURS DE

 

L'UNIVERSITE OUVRIERE DE PARIS

 

 

 

 

 

LES GRANDS PROBLÈMES

 

DE LA POLITIQUE CONTEMPORAINE

 

 

 

 

 

par

 

 

 

ETIENNE FAJON

 

 

 

DÉPUTÉ DE LA SEINE

 

 

 

 

 

Cours professés à l'Université Ouvrière de Paris de février à avril 1938.

 

 

 

1. L'ACTION POLITIQUE ET LE MARXISME (p. 2)

 

2. L'ÉTAT ET LA RÉVOLUTION (p. 11)

 

3. LA DÉMOCRATIE ET LE SOCIALISME (p. 22)

 

4. PLANISME ET SOCIALISME (p. 33)

 

5. LA CLASSE OUVRIÈRE ET LES PAYSANS (p. 43)

 

6. LA NATION ET L'INTERNATIONALISME (p. 54)

 

7. LES PROBLÈMES DE L'UNION (p. 65)

 

 

 

 

 

 

 

1. L'ACTION POLITIQUE ET LE MARXISME

 

I. — Le marxisme, science de l'action politique

 

La théorie dont Marx est le fondateur est désignée indistinctement par deux expressions différentes, l'expression : marxisme ou l'expression : socialisme scientifique.

 

 

 

En effet, une des caractéristiques principales de l'œuvre de Marx, de ses continuateurs et des marxistes en général, c'est d'avoir élargi aux phénomènes sociaux le domaine de la science, qui, jusqu'à eux, ne s'étendait qu'aux phénomènes de la nature.

 

 

 

Le socialisme utopique.

 

 

 

Marx n'est pas le premier penseur qui se soit consacré à l'étude des problèmes sociaux. Ces problèmes sont étudiés depuis des centaines d'années. Les premières œuvres du marxisme adulte datent du milieu du XIXe siècle, mais l'histoire de la première moitié du XIXe siècle est marquée dans les principaux pays capitalistes, par l'œuvre d'un certain nombre de socialistes, les plus connus en France étant Saint-Simon et Fourier.

 

 

 

Ces socialistes, qui ont précédé Marx, font le procès de la société capitaliste, apportant à l'appui de leurs critiques et de leur condamnation un nombre considérable de faits et de documents qui confèrent une grande richesse à leurs œuvres, d'ailleurs utilisées dans la suite par le marxisme. Mais ces socialistes, si positive, si intéressante que soit leur œuvre, ne trouvent pas la solution des maux qu'ils condamnent.

 

 

 

Ils critiquent la société capitaliste, mais ils ignorent les lois qui régissent son développement et ils ne découvrent pas les forces capables de conduire à l'instauration d'une société meilleure. Dans leur propagande, ils ne s'adressent pas particulièrement à la classe ouvrière ou à telle autre classe, mais à la société tout entière et notamment à la classe capitaliste considérée comme la plus instruite et par conséquent la plus apte à comprendre la justesse des positions socialistes. En outre, ils repoussent toute action politique, toute action de masse, et ils essaient de précipiter le triomphe de leurs vues en réalisant ou plutôt en essayant de réaliser des expériences sur une échelle réduite.

 

 

 

Par exemple, Fourier avait imaginé la création de « phalanstères », sociétés composées de quelques centaines d'individus, essayant de réaliser entre eux le socialisme. Ces expériences, bien entendu, échouent.

 

Comme on le voit, les socialistes qui ont précédé Marx ont le mérite de faire une critique très intéressante de la société dans laquelle ils vivent, mais ils recherchent les solutions à la situation qu'ils condamnent, non pas dans le domaine de la science, mais dans le domaine de leurs idées, de leurs rêves. C'est pourquoi on les appelle socialistes utopiques.

 

Lénine a résumé dans Karl Marx et sa doctrine notre appréciation du socialisme utopique dans les termes suivants :

 

 

 

Mais le socialisme utopique ne pouvait pas indiquer la bonne solution. Il ne savait ni expliquer la nature de l'esclavage salarié en régime capitaliste, ni découvrir les lois de son évolution, ni trouver la force sociale susceptible d'entreprendre la création d'une nouvelle société. (V. I. Lénine : Karl Marx et sa doctrine, p. 45. Paris, Bureau d'Editions, 1937 (Collection les Eléments du communisme).)

 

 

 

Le matérialisme dialectique.

 

 

 

C'est après ces socialistes qu'est venu Marx.

 

 

 

Comme nous l'avons dit plus haut, une caractéristique essentielle de Marx, et par la suite des marxistes, c'est d'étendre à l'étude des phénomènes sociaux la méthode scientifique qui permet d'étudier et de connaître les phénomènes de la nature. Cette méthode scientifique de connaissance s'appelle le matérialisme dialectique.

 

 

 

En quoi consiste le matérialisme dialectique ? Nous sommes obligés de l'expliquer de façon très sommaire.

 

 

 

Le matérialisme dialectique consiste d'une part, à expliquer les choses en partant de faits qui existent, qui sont contrôlables, en utilisant les acquisitions de la science, et à renoncer à toute explication idéaliste, surnaturelle.

 

 

 

Prenons un exemple : l'exemple de la grêle. Un matérialiste explique la grêle en montrant que d'abord l'eau s'est évaporée, puis que cette vapeur, soumise à certaines conditions atmosphériques, s'est condensée en liquide, puis en glaçons solides qui se sont abattus sur la terre. Un idéaliste cherchera la cause de la grêle en dehors des faits existants, par exemple dans les desseins de la Providence. Et la différence est que le matérialiste se protège de la grêle en lançant vers le ciel des fusées paragrêles, tandis que l'idéaliste, essaie de s'en protéger en lançant vers le ciel des prières ou l'aveu de son impuissance. Voilà un exemple qui peut montrer en quoi consiste la conception matérialiste. Le matérialisme dialectique consiste d'autre part à considérer les choses non pas comme immuables et figées, mais dans leur mouvement, dans leur développement, dans leur transformation continuelle. Pour le géographe, par exemple, le matérialisme dialectique consiste, quand il étudie une région montagneuse telle que le Massif central, à la considérer non pas uniquement comme il la voit, comme elle existe aujourd'hui, mais en tenant compte des transformations qu'elle a subies, des conditions dans lesquelles les volcans d'autrefois sont devenus des puits, etc... Voilà un exemple, qui montre en quoi consiste la conception dialectique.

 

 

 

Le matérialisme dialectique, en un mot, consiste à étudier toutes les questions en partant uniquement de faits existants, contrôlés, et en considérant tous les phénomènes dans leur mouvement et non pas sous une forme figée, arrêtée. Un des principaux mérites de Marx, c'est d'avoir étendu cette méthode d'étude, cette méthode de connaissance aux problèmes de la société, aux phénomènes sociaux, en un mot, à l'histoire.

 

 

 

Le matérialisme historique.

 

Avant Marx, comment expliquait-on l'histoire, c'est-à-dire la suite des changements qui se produisent dans la société ? On l'expliquait par les idées changeantes des principales personnalités historiques, le plus souvent sans rechercher les mobiles qui déterminent ces idées changeantes. Nombre d'historiens célèbres attribuaient les changements historiques à des causes surnaturelles. C'est ainsi qu'un grand historien du XVIIe siècle, l'évêque Bossuet, employait la formule : L'Histoire est l'œuvre de la Providence. Dans ces conditions, l'ensemble de faits qui constituent l'histoire de la société apparaissait comme un chaos inexplicable.

 

 

 

Marx a découvert, grâce à sa méthode scientifique, les lois qui régissent l'évolution et les transformations de la société. Il a établi en particulier que les actions des hommes sont déterminées, en dernière analyse, par leur situation économique, \par des causes économiques, et il a établi aussi le rôle fondamental, décisif, dans la succession des faits de l'histoire, qui est joué par les niasses populaires et par la lutte des masses.

 

Le matérialisme historique réside dans cette application de la science aux problèmes sociaux, à l'histoire.

 

 

 

La science de l'action politique

 

Cette découverte étant faite, le marxisme ayant établi que l'action des masses est le moteur de l'histoire, il en résulte que Marx et les marxistes vont s'efforcer d'élaborer les principes, les règles de cette action des masses qui joue dans la succession des événements un rôle décisif. Or, les principes et les règles de l'action des masses, c'est la politique.

 

 

 

 

 

Comme on le voit, la politique qui est élaborée par les marxistes est une politique scientifique. D'abord parce qu'elle est élaborée en tenant compte des expériences. Vous savez que l'expérience est le fondement de toute science. Par exemple, quand Marx trace des directives aux masses populaires de son époque, il ne les sort pas uniquement de sa tête, si géniale soit-elle. Il les sort des expériences qu'il a vécues ou étudiées, des mouvements de 1848 en France, de l'expérience de la Commune de Paris. Quand Lénine trace des directives aux masses populaires pour la Révolution de 1917, il les sort, entre autres expériences, de celle du mouvement de 1905 en Russie. Quand Staline fixe les principes de la lutte des masses populaires contre le fascisme, il les dégage de l'expérience douloureuse de la lutte contre !e fascisme en Allemagne, et de l'expérience positive de la lutte contre le fascisme en France.

 

 

 

La politique marxiste est scientifique aussi parce qu'elle est élaborée sur la base d'une étude rigoureuse du rapport des forces dans la société à chaque moment. Montrons par un exemple ce que cela signifie.

 

 

 

Les formes de l'action dans une usine, par exemple, ne sauraient être déterminées en tenant compte uniquement de la combativité des ouvriers de cette usine à un moment donné ; mais en tenant compte également de la force du patronat au même moment, de l'état d'esprit, au même moment, des ouvriers des autres usines et des gens des classes moyennes. Cette idée, nous la trouvons clairement exprimée dans la brochure de Lénine que je vous citais tout à l'heure, Karl Marx et sa doctrine. Lénine s'exprime ainsi :

 

 

 

Seule l'étude objective de l'ensemble des rapports de toutes les classes sans exception d'une société donnée peut servir de base à une tactique juste. (Lénine : ouvrage cité, page 36.)

 

 

 

En un mot, avec le marxisme, la politique de la classe ouvrière et des masses populaires dans leur ensemble n'est plus une affaire de spontanéité, d'impatience plus ou moins légitime, mais devient, nous l'avons montré, une véritable science.

 

 

 

II. — Le caractère vivant du marxisme.

 

Ainsi, sous tous ses aspects, et sous l'aspect politique en particulier, le marxisme est une science. Mais le propre de toutes les sciences, c'est qu'elles ne sont jamais achevées, qu'elles se développent sans cesse. Prenons n'importe laquelle, la chimie par exemple. La découverte de nouveaux corps, la réalisation de certaines expériences font que la chimie s'enrichit, se développe, et lorsque les savants chimistes d'aujourd'hui auront disparu elle continuera à s'enrichir et à se développer. Pour le marxisme, c'est la même chose. Le marxisme, nous l'avons vu, n'est pas le total des formules qui ont été écrites par Marx pendant qu'il vivait, mais la science créée par Marx.

 

 

 

Le marxisme est une science comme les autres, qui tire son nom du nom de l'homme qui, le premier, en a posé la pierre angulaire. C'est la science des phénomènes sociaux dont Marx a été l'initiateur. Pour que cette science ne se développe pas, il faudrait que les phénomènes sociaux qu'elle étudie soient des phénomènes figés, immobiles.

 

 

 

Le développement des phénomènes sociaux

 

Or, pour avoir une idée du développement des phénomènes sociaux, il suffit de réfléchir aux transformations les plus visibles qui se sont produites dans le domaine social depuis que Marx est mort, c'est-à-dire, en gros, depuis un demi-siècle.

 

 

 

Au point de vue technique, la lumière électrique est actuellement d'un emploi universel ; Marx n'a pas connu la lumière électrique, les automobiles sillonnent les rues ; Marx n'a pas connu l'automobile. Le téléphone est pour chacun d'un usage courant ; Marx n'a pas connu le téléphone. Nous voyons déjà, seulement au point de vue de la technique usuelle, les transformations considérables qui se sont produites dans la société depuis la disparition de Marx.

 

 

 

Au point de vue économique, ceux d'entre nous qui militent dans des organisations diverses, qui font des réunions, n'en font jamais une sans parler des trusts, sans attaquer l'oligarchie capitaliste. Or, quand Marx vivait, il n'y avait pas de trusts et l'oligarchie capitaliste ne s'était pas encore formée.

 

 

 

Au point de vue politique, chacun d'entre nous apprécie l'importance de faits sociaux comme la Révolution russe ou le fascisme. Ce sont des faits sociaux qui, du temps de Marx, n'existaient pas.

 

 

 

Les changements depuis quinze ans.

 

Si nous restons plus près de l'actualité, si nous regardons seulement le développement des faits sociaux dans la toute dernière période, dans les quinze dernières années, nous voyons qu'il y a quinze ans, le socialisme n'était pas édifié en U.R.S.S. ; il l'est aujourd'hui. La crise économique mondiale sans précédent qui a ravagé l'univers au cours des années dernières n'existait pas voici quinze ans. Il y a quinze ans, le fascisme était un phénomène encore isolé ; il n'avait triomphé que dans un seul pays important, en Italie ; aujourd'hui, c'est un des problèmes essentiels de la politique dans le monde. Il y a quinze ans, on ne possédait pas d'expériences aussi riches que celle de l'Allemagne à la suite de la victoire d'Hitler, et que celle de la France, où, grâce au Front Populaire on a réussi à empêcher jusqu'ici le succès du fascisme.

 

 

 

Je rappelle tout cela pour que l'on sente bien que si on mettait un point final à la science marxiste à la mort de Marx son fondateur, on la transformerait en une espèce de catéchisme mort, sans signification, pour que l'on sente bien, une fois de plus, que le marxisme n'est pas l'ensemble des choses dites ou écrites par Marx, mais le développement incessant, à travers les phénomènes nouveaux et les découvertes nouvelles, de la science créée par Marx et Engels eux-mêmes.

 

 

 

Ceux qui « révisent » Marx.

 

Le marxisme, comme toute science, est progressif, et par conséquent, comme toute science, il est combattu par les forces de conservation. De même que les féodaux d'autrefois torturaient Galilée pour lui faire avouer qu'il s'était trompé en découvrant que la terre tourne, de même la science marxiste est combattue par la couche conservatrice de la société, par la classe exploiteuse de la société actuelle, la grande bourgeoisie.

 

 

 

Quand on parle de la lutte de la grande bourgeoisie contre le marxisme, il ne faut pas avoir en vue seulement les articles anti-marxistes des journaux fascistes ou réactionnaires, il faut aussi avoir en vue le fait que la classe ouvrière, en France comme partout, n'est pas une classe isolée, qu'elle vit en contact avec les autres classes de la société, y compris avec la classe dominante, et qu'ainsi la classe dominante a certaines possibilités de faire pénétrer jusque dans les rangs de la classe ouvrière son idéologie, et parfois même ses hommes.

 

 

 

C'est ainsi seulement qu'on peut apprécier la lutte antimarxiste, anti-scientifique qui est menée à l'intérieur même des rangs du prolétariat. Cette lutte idéologique permanente contre le marxisme se déroule sur deux fronts différents, suivant les circonstances et suivant les intérêts du moment de la grande bourgeoisie.

 

 

 

Le premier front, c'est le front de ceux qui combattent ouvertement Marx et les marxistes. C'est ce qu'on appelle les « révisionnistes », parce qu'ils affirment que le marxisme est périmé ou erroné et qu'il faut, par conséquent, le réviser. Par exemple, en France, des hommes comme Déat, comme Montagnon, qui furent naguère les théoriciens du parti socialiste, combattent ouvertement le marxisme. Les révisionnistes veulent bien parfois adorer Marx comme une icône inoffensive, mais ils entendent retirer de son œuvre toute la substance vivante, progressive, toute la substance de lutte.

 

 

 

En Belgique, le ministre socialiste De Man intitule sa théorie « Au delà du marxisme », et affirme, contre Marx, qu'on peut « faire l'économie de la révolution ».

 

 

 

L'opportunisme

 

D'aucuns s'efforcent de conduire la classe ouvrière et le peuple dans une voie conforme à ces théories. Pour ceux-là, il n'est pas vrai que l'action des masses populaires soit le moteur de l'histoire ; manquant de confiance dans le peuple et ses forces créatrices, ils le détournent de l'action, lui enseignent qu'il faut se plier devant les événements du moment : le terme opportunisme désigne les tenants de cette politique au sein du mouvement ouvrier.

 

 

 

Les opportunistes sont les ennemis de la féconde action populaire ; en France, ils condamnaient plus ou moins ouvertement, en juin 1936, le magnifique et unanime mouvement ouvrier dont les résultats furent si heureux.

 

 

 

Les opportunistes, ennemis de l'action des masses, tentent d'entraîner celles-ci dans le chemin de la collaboration avec la grande bourgeoisie et des capitulations devant elle. Ce fut la politique de la social-démocratie allemande, qui a facilité grandement l'accession d'Hitler au pouvoir. En France, après les victoires de 1936, l'opportunisme fut à la base de maints reculs gouvernementaux devant l'offensive économique, financière et politique du grand capital (pause, dévaluation, non-intervention, etc.).

 

 

 

Les opportunistes développent dans le mouvement ouvrier les illusions parlementaires et prêchent la passivité au peuple. Ils accusent les marxistes d'être les adversaires des réformes, alors que les marxistes, forts de toute l'expérience passée, affirment seulement qu'il n'est pas de réforme sérieuse et durable sans le concours des masses populaires unies et actives (exemple : lois sociales de 1936).

 

 

 

Absence de confiance dans le peuple, recul devant les attaques de la grande bourgeoisie, « crétinisme » parlementaire, tels sont les traits les plus visibles de l'opportunisme. Tel est le premier front de lutte contre le marxisme au sein du mouvement ouvrier.

 

 

 

Les faux marxistes

 

Une autre forme de lutte contre le marxisme, c'est celle qui consiste à mettre sans cesse en avant des formules rigoureusement extraites de l'œuvre de Marx ou de marxistes authentiques, dans des situations différentes de celles auxquelles ces formules s'appliquaient. Nous allons nous arrêter sur cette forme de lutte contre le marxisme, mais je voudrais tout de suite l'illustrer par un exemple simple.

 

 

 

Supposons que l'on veuille aller en Algérie. On peut partir jusqu'au bord de la mer Méditerranée en automobile, c'est un moyen de transport rigoureusement scientifique et nul ne s'étonnera de le voir adopté ; par contre, si une fois au bord de la mer, on désire continuer le voyage vers l'Algérie, toujours en automobile, on est sûr de se noyer.

 

 

 

Pour la solution des problèmes sociaux ou politiques, il en est exactement de même. Il faut comprendre que ce n'est pas être marxiste que de prétendre résoudre les problèmes politiques du moment avec des formules de Marx, d'Engels ou de Lénine, qui ont été écrites à propos d'autres problèmes. Un marxiste russe, parlant un jour de ceux qui répètent constamment des formules de Marx et qui croient ainsi (ou feignent de croire) être des marxistes, disait que ces gens-là « ne se tenaient pas, mais gisaient sur la plate-forme du marxisme ». Et il avait parfaitement raison.

 

 

 

Une formule marxiste appliquée dans une situation différente de celle pour laquelle elle a été écrite, peut devenir une formule contre-révolutionnaire. C'est si vrai que le trotskisme, agence du fascisme hitlérien, ne se prive pas d'employer des formules révolutionnaires, des formules qu'on peut parfois retrouver dans tel ou tel livre de Marx ou de ses continuateurs. Quelques exemples : En 1905, en Russie, Trotski lançait le mot d'ordre : gouvernement ouvrier. En apparence, c'est très révolutionnaire, mais en Russie, en 1905, cela signifiait rupture entre les ouvriers, minorité de la population, et les paysans, majorité de la population, donc échec certain.

 

 

 

En Espagne, aujourd'hui, le parti trotskiste, le P.O.U.M., préconise l'instauration immédiate du socialisme. La socialisation des grands moyens de production est, sans conteste, un mot d'ordre marxiste, mais lancer ce mot d'ordre en Espagne en ce moment, cela signifie créer la division entre les anti-fascistes, partisans de la socialisation et les antifascistes, non partisans de la socialisation, donc travailler ouvertement pour Franco.

 

 

 

A quoi aboutit le gauchisme.

 

Quand en France aujourd'hui, on propose de remplacer le Front Populaire par un « front révolutionnaire », en apparence c'est aussi très « gauche », mais objectivement cela signifie préconiser la rupture entre la classe ouvrière et les classes moyennes, c'est-à-dire préconiser la réalisation d'une des conditions de la victoire du fascisme. Quand se tient à Paris un meeting où on se dresse contre le gouvernement de la République Espagnole, si « gauches » que soient les discours qu'on prononce à ce meeting, le seul qui puisse s'en féliciter est Franco, parce que le gouvernement de la République espagnole est le gouvernement qu'il veut abattre.

 

 

 

Tel est l'aboutissement du bavardage gauchiste. C'est pourquoi Marx, Engels, Lénine et Staline ont constamment lutté, non seulement pour la pureté des principes du marxisme, mais aussi contre le gauchisme, contre la tendance petite-bourgeoise consistant à remplacer par des phrases toutes faites l'analyse scientifique des situations qui se présentent devant nous.

 

Marx a consacré une part importante de son activité à lutter contre les gauchistes de son temps, notamment contre Bakounine. Lénine a consacre une part importante de son activité à la lutte contre le trotskisme. C'est Lénine qui nous a dit — il ne faut jamais l'oublier — : Ce qui a fait le plus de mal au mouvement ouvrier français, c'est la phrase anarchiste, c'est-à-dire la tendance à croire qu'on résout les problèmes en prononçant des phrases révolutionnaires qu'on a lues dans un livre.

 

 

 

La phraséologie gauchiste est tellement contraire aux intérêts du mouvement ouvrier et du mouvement populaire que, si on la suit jusqu'au bout de son développement, elle aboutit tout simplement à la contre-révolution fasciste.

 

 

 

Des exemples ? Le trotskisme, en U.R.S.S., a d'abord été un courant gauchiste, un courant phraseur ; il est devenu une bande d'assassins financés par Hitler et dirigée par la Gestapo. Le P.O.U.M., en Espagne, a commencé par être un mouvement gauchiste ; il est devenu l'instrument de Franco. En France, certains connaissent un ancien membre du Parti communiste français, symbole du gauchisme sectaire, un nommé Barbé, qui avait lancé la formule « la lutte pour le beefsteak est dépassée, maintenant il faut se battre pour la Révolution ». C'était une phrase très « gauche ». Aujourd'hui, Barbé est le lieutenant de Doriot, agent hitlérien en France.

 

 

 

Comme on le voit, les formules ne résolvent rien et peuvent servir aux plus misérables besognes.

 

 

 

Voilà pourquoi il ne faut jamais oublier que le marxisme n'est pas un catéchisme mort, mais une science vivante.

 

 

 

III. — Pas de politique figée

 

Chacun connaît l'idéal, le but des marxistes ; c'est une société sans classes, par conséquent sans exploitation et sans oppression, une société dans laquelle l'essor matériel et culturel des hommes sera libéré de toute entrave. Les marxistes ont établi, je l'ai rappelé plus haut, que le facteur déterminant pour la réalisation de cet objectif, c'est l'action des masses, c'est-à-dire des diverses classes qui composent la population laborieuse. Et la politique marxiste tend à diriger cette action des masses. Si l'on est d'accord avec ces prémisses, il est facile de comprendre que notre politique, c'est-à-dire le chemin de notre idéal, ne sera pas une ligne droite, mais va sans cesse se modifier.

 

 

 

Le chemin de notre idéal se modifie sans cesse.

 

 

 

Pour que l'action des masses soit soumise à des règles définitives, pour qu'elle se déroule suivant une ligne rigide, il faudrait que les classes qui composent ces masses soient toujours identiques, qu'elles ne subissent aucun changement.

 

 

 

Or, il suffit de réfléchir pour comprendre que les classes sociales ne sont pas des forces immobiles, sans changement. Le nombre des individus qui les composent change ; les idées de ces individus changent aussi.

 

 

 

Par exemple, on compte dix fois plus d'ouvriers d'industrie en France aujourd'hui qu'on en comptait il y a un siècle. La classe ouvrière de 1938, par le nombre de ses unités, n'est pas la classe ouvrière de 1838. De plus, les idées des hommes, l'état d'esprit d'une classe sociale, tout cela change, n'a rien d'immuable. Prenons les paysans français ; en juin 1936, au lendemain de la victoire du Front Populaire, par exemple, ils approuvent les mouvements ouvriers qui hâtent la réalisation des lois sociales, avec l'espoir que les réformes attendues par eux viendront aussitôt après. Plus tard, les réformes paysannes ne venant pas, il arrive que les paysans considèrent avec inquiétude, voire avec irritation tel mouvement gréviste qui se prolonge.

 

 

 

Par conséquent, de quel côté que nous examinions la question, nous voyons que les classes sociales sont des forces changeantes, qui n'ont rien de figé, rien d'immuable.

 

 

 

Voilà une des raisons pour lesquelles notre politique ne peut pas suivre une ligne droite.

 

Mais nous avons vu également que la politique marxiste était scientifique, parce qu'elle était fondée sur l'expérience. Or, l'expérience des masses s'enrichit sans cesse, et chaque expérience nouvelle impose des modifications pour la politique des marxistes. L'action des masses ne peut pas être la même après la Commune de Paris qu'avant la Commune de Paris. Elle ne peut pas être la même après la victoire d'Hitler en Allemagne qu'avant la victoire d'Hitler en Allemagne. Voilà la deuxième raison.

 

 

 

Faits nouveaux, obstacles nouveaux.

 

La troisième raison, c'est que le chemin, de notre idéal est un chemin semé d'obstacles, et ces obstacles on ne les connaît pas à l'avance. Il faut cependant en tenir compte.

 

 

 

Peut-on penser, par exemple, qu'à l'époque où le fascisme a réussi à s'implanter dans quelques-uns des grands pays du globe, on puisse ne pas tenir compte d'un fait aussi considérable, d'un obstacle de cette grandeur ? Il est clair que la victoire du fascisme dans un certain nombre de pays aggrave les difficultés de notre chemin, modifie le rapport des forces en présence, exige des changements dans la politique marxiste, dans la tactique de lutte des masses populaires.

 

 

 

Voilà une série de raisons qui montrent pourquoi la politique marxiste ne peut pas être une politique figée. Cette idée essentielle est brillamment exprimée par Lénine dans la Maladie infantile du communisme. Lénine s'exprime ainsi :

 

 

 

S'interdire d'avance tout louvoiement, n'est-ce pas exactement comme si, au moment d'entreprendre l'ascension malaisée d'une montagne inexplorée et inaccessible jusqu'à ce jour, nous nous interdisions d'avance de marcher parfois en zig zag, de revenir parfais sur nos pas et de renoncer à la direction choisie pour essayer des directions différentes ? (V. I. Lénine : la Maladie infantile du communisme, p. 56-57. Paris Bureau d'Editions, 1937 (Collection les Eléments du communisme).

 

 

 

L'image choisie par Lénine est suffisamment expressive. Je veux toutefois compléter cette démonstration par un certain nombre d'exemples tendant à bien montrer qu'il n'existe pas de formules applicables à toutes les situations.

 

 

 

Un exemple chez Marx.

 

Les plus grands des marxistes, à commencer par Marx lui-même, ont fréquemment modifié leur attitude à l'égard d'un problème donné, parce que la situation avait changé. Prenons d'abord l'exemple de Marx en 1870, au moment de la guerre franco-allemande. Quand la guerre éclate, Marx la caractérise comme une guerre progressive du côté allemand. Quelques mois après, il dénonce la guérie de conquête menée par l'Allemagne à l'égard de la France.

 

Marx modifie sa position parce que la situation s'est modifiée. Quand la guerre avait éclaté, l'Allemagne était formée d'une série d'Etats non unifiés, séparés par des barrières féodales ; la guerre, provoquée d'ailleurs par la politique aventurière de Napoléon III, allait avoir comme conséquence de faciliter l'unité allemande, la destruction des vestiges féodaux en Allemagne, le passage de ce pays au rang des grands pays capitalistes, progrès considérable par rapport au régime féodal. C'est pour cela que Marx souhaite à ce moment-là la défaite de la France napoléonienne. Puis l'Allemagne s'unifie en cours de guerre. Napoléon III est renversé, et la République est proclamée en France. Les années allemandes envahissent alors la France, et la guerre devient, du côté allemand, une guerre de conquête et de rapine. Situation absolument changée, et Marx aussitôt modifie radicalement, sa position à l'égard de la guerre franco-allemande.

 

 

 

Un exemple chez Lénine.

 

Prenons maintenant un exemple chez Lénine. En 1905, en Russie, le tsar envisage la convocation de la Douma (le Parlement). Il se propose d'organiser des élections à cet effet. Lénine recommande alors de boycotter ces élections, il appelle à l'action pour les empêcher d'avoir lieu. Et, en 1907, il condamne plusieurs membres du Comité Central du Parti bolchevik qui préconisaient une tactique analogue à celle qu'il avait fait triompher en 1905. Comment expliquer un tel changement chez Lénine ? Tout simplement par les changements survenus dans la situation, entre 1905 et 1907. En 1905, c'était la Révolution. Le tsar voulait organiser les élections à la Douma pour détourner les masses de l'action révolutionnaire et pour les orienter vers la compétition électorale. Les élections étaient, par conséquent, l'antidote de la Révolution, la planche de salut cherchée par les oppresseurs. Il fallait donc les combattre, les empêcher. En 1907, la révolution est battue, le mouvement prolétarien en recul, provisoirement écrasé. Il s'agit alors de s'accrocher à toutes les possibilités pour les marxistes de faire entendre la voix des masses, par quelque moyen que ce soit. Et à ce moment-là les élections peuvent être un moyen de parler, de reprendre contact avec les masses, de ne pas être complètement étouffé. Il serait criminel de boycotter les élections dans de telles conditions. D'où la position de Lénine.

 

 

 

Exemples d'aujourd'hui.

 

Autre exemple, la position des marxistes à l'égard de la Société des Nations. En 1930, les marxistes la dénonçaient, la combattaient. Aujourd'hui, ils la défendent. Peut-on expliquer un tel changement d'attitude ? Pourquoi la position des marxistes à l'égard de la S.D.N. s'est-elle modifiée ? C'est que la Société des Nations aujourd'hui n'a pas du tout la même signification, le même rôle que la Société des Nations en 1920. En 1920, elle est édifiée pour assurer la conservation des clauses du traité de Versailles, traité qui opprime économiquement, financièrement, les peuples vaincus, notamment le peuple allemand et qui — les marxistes l'avaient prévu — sera une des bases de la démagogie nationale d'Hitler, un des facteurs du succès du fascisme en Allemagne. Il faut, par conséquent, la combattre comme une institution malfaisante, nocive. Et aujourd'hui ? Aujourd'hui, en Allemagne, ce n'est plus la menace du fascisme, mais le pouvoir du fascisme, la dictature hitlérienne. Les clauses économiques et financières du traité de Versailles sont depuis longtemps démantelées. La Société des Nations est abandonnée par les puissances les plus agressives (Allemagne, Italie et Japon fascistes) dans la mesure où, avec son pacte, avec sa procédure, elle représente un obstacle, si faible soit-il, sur le chemin de la guerre.

 

Aujourd'hui, pour défendre la paix, pour lutter contre le fascisme et ses plans, il est indispensable de renforcer l'obstacle que la S.D.N. constitue sous les pas des fauteurs de guerre. D'où notre changement d'attitude à l'égard de la Société des Nations.

 

 

 

Prenons un dernier exemple, celui de la situation en Chine et de la position des marxistes en Chine. Il y a une dizaine d'années, la révolution populaire dans leur pays ayant été trahie par les éléments réactionnaires de la bourgeoisie chinoise, les marxistes en Chine tendent tous leurs efforts contre les forces de réaction en Chine ; l'armée rouge populaire chinoise combat ces forces de réaction. Aujourd'hui, cette armée populaire des marxistes chinois combat aux côtés de toutes les forces armées chinoises contre l'intervention japonaise. Les marxistes chinois avaient raison voici dix ans comme ils ont raison aujourd'hui ; le problème d'aujourd'hui n'est pas celui d'il y a dix ans. Aujourd'hui la question essentielle du moment n'est pas : Est-ce que la révolution populaire chinoise va se développer ou rétrograder, la question immédiate est : Est-ce que le fascisme japonais va devenir maître de la Chine et écraser par là toute possibilité d'essor progressif dans le pays pour des années, ou bien est-ce que la Chine va rester indépendante avec les possibilités que cette indépendance comporte pour le développement du bien-être et des libertés de son peuple. Tel est le problème d'aujourd'hui, telle est la raison du changement de position des marxistes en Chine.

 

 

 

Voilà une série d'exemples qui montrent comment il est impossible de comprendre une formule de Marx, d'Engels, de Lénine ou de Staline, si on ne la rattache pas aux conditions précises dans lesquelles elle a été écrite ou prononcés.

 

 

 

IV. — Le développement de la science marxiste.

 

Abordons maintenant la dernière partie de la question : le développement de la science marxiste.

 

 

 

Nous avons vu que Marx et Engels ont les premiers élargi la science à l'étude des phénomènes sociaux et nous avons montré comment, après eux, il avait fallu développer leurs découvertes dans les conditions nouvelles qu'ils n'avaient pas connues. Ce développement de la science marxiste a été assuré dans toutes les directions par les continuateurs de Marx et d'Engels, qui s'appellent Lénine et Staline.

 

 

 

Lénine et Staline ont développé, enrichi le marxisme dans le domaine philosophique. Lénine et Staline ont généralisé toutes les découvertes scientifiques qui ont été faites après la mort de Marx et d'Engels et qui permettent d'enrichir la philosophie. Ils ont réfuté et démasqué les falsificateurs de la pensée philosophique marxiste. Lénine a notamment consacré à ce travail une de ses œuvres les plus importantes : Matérialisme et Empiriocriticisme. (V. I. Lénine : Œuvres complètes, tome XIII. Paris, Éditions Sociales Internationales, 1928.)

 

 

 

Lénine et Staline ont développé, enrichi le marxisme dans le domaine économique ; ils ont appliqué la méthode scientifique de Marx et d'Engels à l'étude des phases et systèmes économiques que Marx et Engels n'avaient pas connus. C'est ainsi que Lénine a étudié la phase impérialiste avec ses cartels, ses trusts, ses lois nouvelles de développement. C'est ainsi que les lois de l'économie socialiste ont été élaborées par Staline.

 

 

 

Lénine et Staline ont développé, enrichi le marxisme dans le domaine politique ; ils ont développé la théorie marxiste de l'Etat dans les conditions nouvelles, dans les conditions de la défaite de la bourgeoisie dans un pays, en U.R.S.S., puis dans les conditions de la liquidation des classes dans ce même pays entouré d'Etats capitalistes ; ils ont cherché et défini les conditions de la victoire du socialisme, et notamment résolu les problèmes de l'alliance du prolétariat et des paysans, de l'alliance du prolétariat des métropoles avec les mouvements nationaux et coloniaux.

 

 

 

Après la disparition de Lénine (1934), il reviendra à Staline d'analyser le fascisme, forme de domination nouvelle du grand capital sur le peuple.

 

 

 

Lénine et Staline ont enfin généralisé toutes les expériences du mouvement des masses postérieures à Marx et Engels, en particulier les révolutions russes de 1905 et 1917 et plus récemment les défaites du mouvement populaire allemand et les expériences positives du mouvement français.

 

 

 

Beaucoup de gens qui se disent marxistes, ne se privent pas d'adorer et de vénérer Marx et Engels, mais nient résolument l'étape léniniste, staliniste du développement du marxisme. Ces gens-là se prétendent marxistes, mais, comme on le voit, ils s'écartent du matérialisme dialectique, fondement de la science marxiste et conception du mouvement, du développement incessant ; comme on le voit, ils veulent ignorer les transformations subies par le capitalisme depuis Marx et Engels, notamment son passage à la phase impérialiste. Nier le développement du marxisme après Marx, c'est nier le marxisme lui-même.

 

 

 

D'autres gens veulent bien convenir que le marxisme a été développé après Marx, qu'il se développe encore, mais attribuent à d'autres que Lénine et Staline le rôle de continuateurs du marxisme.

 

 

 

Que répondre à cette objection ? Ce sont les faits eux-mêmes qui répondent. Que nous disent les faits ? Ils nous disent que dans tous les domaines les thèses de Lénine et de Staline, contrairement à celles de certains « marxistes distingués » ont le mérite d'avoir été vérifiées : par les événements et d'être réalisées dans la vie.

 

 

 

Chacun sait, par exemple, qu'en 1938, en pleine prospérité apparente des pays capitalistes, Staline annonçait la proximité d'une crue profonde, tandis qu'à la même époque certains théoriciens prévoyaient une période de hauts salaires et de prospérité pour le peuple. La vie s'est chargée de dire qui avait raison.

 

 

 

Autre exemple. En 1931, alors que Lénine expliquait, sur la base des riches expériences de la guerre et de l'après-guerre, les difficultés extrêmes de la lutte pour le pouvoir, les conditions de son succès, le « marxiste » autrichien Otto Bauer calculait, sur la base des progrès électoraux de son parti, la date approximative à laquelle il pourrait, ayant obtenu 51 % des voix, assurer en. Autriche le pouvoir du prolétariat. Les faits, là aussi, disent où est l'homme de science, le marxiste, le chef.

 

 

 

Enfin, Lénine et Staline ne se sont pas contentés de théoriser sur la révolution, sur le socialisme ou sur la lutte antifasciste, mais leur théorie, la théorie marxiste-léniniste a guidé pratiquement en U.R.S.S. la révolution, puis la construction du socialisme ; en France, leur théorie a guidé les initiateurs de la lutte victorieuse contre le fascisme.

 

La vérification par la pratique constitue, vous le savez, le critérium de toute science. La science de Marx, d'Engels, de Lénine et de Staline, le marxisme-léninisme a subi et subit chaque jour avec succès l'épreuve de la vie, qui réduit en poussière les théories des révisionnistes et des bavards, ennemis du marxisme.

 

 

 

18 février 1937.

 

 

 

LECTURES

 

Friedrich Engels : Socialisme utopique et socialisme scientifique, première partie. Paris, Bureau d'éditions, 1937.

 

V. I. Lénine : la Maladie infantile du communisme, chapitre IV. Paris, Bureau d'éditions, 1937,

 

V. I. Lénine : Karl Marx et sa doctrine, pages 19 à 25 et 45 à 52. Paris, Bureau d'éditions, 1937.

 

J. Staline : Questions du léninisme, tome II ; Entretiens avec une délégation d'ouvriers américains. Paris, Editions sociales internationales, 1937.

 

Maurice Thorez : Fils du peuple. Paris, Editions sociales internationales, 1937.

 

 

 

2. L'ÉTAT ET LA RÉVOLUTION

 

L'étude du problème de l'Etat est indispensable à qui veut comprendre les questions fondamentales de la politique contemporaine, et notamment les questions posées par la lutte contre le fascisme, pour la défense de la liberté.

 

 

 

I. — L'Etat avant la Révolution de 1789.

 

Il faut d'abord préciser ce qu'est l'Etat ; il faut le définir.

 

 

 

Comme chacun le sait, le gouvernement d'un pays se réalise au moyen d'un certain nombre d'organismes. Par exemple, pour la France d'aujourd'hui : le Conseil des Ministres, le Parlement, les divers corps de fonctionnaires, les juges, la police, etc.

 

 

 

L'Etat c'est l'ensemble des organismes par lesquels se réalise le gouvernement d'un pays.

 

 

 

Les origines de l'Etat.

 

L'Etat n'a pas toujours existé. Il n'y a pas toujours eu d'organismes chargés uniquement de gouverner.

 

 

 

Si l'on remonte à l'origine des sociétés humaines, si l'on étudie ce qui se passait voici plusieurs milliers d'années, on constate que les hommes primitifs, encore très arriérés, vivaient par tribus plus ou moins importantes. Ils produisaient si peu, leur technique était si rudimentaire qu'il était impossible aux uns de vivre aux dépens des autres. Il ne pouvait y avoir ni exploiteurs, ni exploités. La société n'était pas encore divisée en classes.

 

 

 

Dans cette société primitive, il n'y avait pas d'Etat. Le besoin de gouverner, d'imposer un « ordre » quelconque ne ce faisait pas sentir. Les hommes suivaient volontairement les usages de la tribu, ils suivaient sans aucune contrainte les conseils de leurs chefs, librement choisis parmi les plus anciens et les plus expérimentés de la tribu.

 

 

 

Mais, au sein de la société primitive, la technique se développe progressivement et la division du travail apparaît. La production se développe en conséquence. Et quand la société arrive à produire plus que ce qui est indispensable à sa subsistance, apparaît la possibilité pour certains hommes de vivre du travail des autres. C'est à ce degré du développement social que la société se divise en esclaves et en maîtres d'esclaves, qu'elle se divise en classes.

 

 

 

En même temps que s'effectue cette division de la société en classes, apparaît un groupe spécial d'hommes occupés uniquement à gouverner et ayant besoin pour cela d'un appareil fait pour la contrainte, prisons, détachements spéciaux d'hommes, armée, etc. (Lénine : De l'Etat, p. 11. Paris, au Bureau d'Editions, 1937 (Petite bibliothèque Lénine).)

 

 

 

Cet ensemble d'organismes chargés de gouverner, qui apparaît avec la division de la société en classes, c'est l'Etat.

 

 

 

L'Etat antique.

 

Pourquoi l'Etat apparaît-il à l'époque où la société se divise en classes, en esclaves et en maîtres ? Tout simplement parce que les esclaves n'acceptaient pas de plein gré de vivre dans l'esclavage et d'être exploités par leurs maîtres. L'histoire du temps de l'esclavage, l'histoire antique, est marquée par de nombreuses révoltes d'esclaves dont la plus, célèbre était dirigée par Spartacus.

 

 

 

Dans ces conditions, pour maintenir les esclaves sous leur domination, les maîtres d'esclaves sont obligés d'user de la contrainte ; ils se servent de l'Etat, de l'appareil de l'Etat pour contenir la lutte des esclaves, pour maintenir ceux-ci sous leur domination.

 

 

 

Ainsi l'Etat de cette époque, l'Etat antique, constitue aux mains des maîtres d'esclaves un instrument qui leur permet d'exercer leur domination sur les esclaves.

 

 

 

L'Etat féodal

 

La société qui a succédé, dans l'histoire, à la société antique, à la société des esclaves et des maîtres d'esclaves, c'est la société féodale. L'époque féodale s'étend en France sur les siècles qui précèdent la Révolution de 1789. Deux principales classes composent la société française dans cette période : la noblesse (seigneurs féodaux) qui possède la plupart des terres, et les paysans.

 

 

 

Les seigneurs exploitent les paysans sous des formes diverses, les principales étant la corvée (travail gratuit du paysan pour le seigneur pendant une partie de son temps) et la redevance (livraison au seigneur, gratuitement, d'une partie des récoltes et des produits créés par le paysan). L'histoire de France nous renseigne sur les luttes séculaires, les soulèvements des paysans contre les seigneurs qui les exploitaient et les écrasaient. La noblesse a réussi pendant des siècles à maintenir sa domination sur les paysans et les autres couches de la population (bourgeois, artisans, ouvriers). Le maintien de la domination de la noblesse n'a été possible que par la contrainte, par l'utilisation de l'Etat.

 

 

 

Ainsi l'Etat de cette époque, l'Etat féodal constitue l'instrument de domination de la noblesse sur les autres classes de la société.

 

 

 

Caractéristiques de l'Etat féodal

 

La première caractéristique de l'Etat féodal, c'est le pouvoir absolu du roi, représentant de la, noblesse. La nation n'a aucun droit de regard sur les affaires publiques.

 

 

 

La deuxième caractéristique de l'Etat féodal, c'est l'inégalité devant la loi. Les membres de la classe dominante d'alors, la noblesse, ne sont pas soumis aux mêmes lois que les membres des classes exploitées. Par exemple, si un homme commet un crime, suivant qu'il est noble ou qu'il n'est pas noble, il ne comparaît pas devant les mêmes tribunaux et il n'est pas passible des mêmes peines. Par exemple encore, la noblesse, malgré ses richesses, est exemptée officiellement du paiement de l'impôt. Toutes les charges fiscales incombent aux classes exploitées de la population.

 

 

 

La troisième caractéristique de l'Etat féodal, c'est l'absence totale de liberté pour le peuple laborieux.

 

 

 

Pas de liberté individuelle. Le paysan n'a même pas le droit, dans bien des cas, de se déplacer, de quitter la terre sur laquelle il travaille ; le serf est « rivé » à la terre.

 

 

 

Pas de liberté d'opinion. Les protestants, par exemple, furent l'objet de terribles persécutions aux 16e et 17e siècles.

 

 

 

Pas de liberté de recherche. On torture Galilée pour avoir découvert et dit que la terre se meut autour du soleil.

 

 

 

Pas de liberté d'expression. Au XVIIIe siècle, l'Etat empêchait la parution de l'Encyclopédie et emprisonnait les grands philosophes et écrivains, comme Diderot.

 

 

 

Seuls, les nobles, les féodaux étaient libres.

 

 

 

Ainsi, dans la société féodale comme dans la société antique, nous apprenons en premier lieu qu'une minorité de la population exploite la majorité, vit à ses dépens et en second lieu que cette minorité se sert de l'Etat pour maintenir sa domination sur la majorité.

 

 

 

C'est la lutte du peuple entier (paysans, bourgeois, artisans, ouvriers) au sein de la société féodale, contre la noblesse, pour la liberté, qui aboutit à la Révolution de 1789. Cette Révolution brisa l'Etat féodal et mit fin au règne de la noblesse.

 

 

 

II. — La démocratie dans la société capitaliste

 

Par la Révolution de 1789, le peuple français conquit d'importantes libertés. A l'Etat féodal, détruit par la Révolution, va succéder un nouvel Etat, basé sur des principes nouveaux, les principes de la démocratie. Les plus essentiels de ces principes sont inscrits dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, élaborée en 1791.

 

 

 

Les principes essentiels de la démocratie

 

Le premier principe de la démocratie, c'est la souveraineté nationale.

 

 

 

Avant 1789, nous avions la souveraineté d'un homme, le pouvoir absolu du roi. La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen dit que le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Elle institue le principe de la soumission de la minorité à la majorité.

 

 

 

Le second principe de la démocratie, c'est l'égalité des citoyens devant la loi.

 

Dans l'Etat féodal, nous l'avons vu, l'inégalité des droits est non seulement pratiquée, mais proclamée. La démocratie pose le principe de l'égalité de tous les citoyens.

 

 

 

Le troisième principe de la démocratie, c'est la liberté.

 

Dans l'Etat féodal, il n'y a, pour la majorité de la population, ni liberté individuelle, ni liberté de pensée.

 

 

 

La démocratie accorde, en principe, à tous les citoyens la liberté d'opinion, de réunion, de presse, d'association, etc...

 

 

 

La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen proclame : Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.

 

 

 

Tels sont les principes de la démocratie, conquis en 1789.

 

 

 

La démocratie et les classes sociales.

 

Nous connaissons maintenant les principes de la démocratie. Mais cela ne saurait suffire. Il nous faut aussi examiner comment ces principes sont appliqués, en quoi consiste exactement la démocratie, dans la société où nous vivons.

 

 

 

D'abord une première constatation. Si la Révolution de 1789 a instauré la démocratie, si elle a supprimé l'inégalité devant la loi, qui existait auparavant, elle n'a pas supprimé l'inégalité devant la fortune; elle n'a pas supprimé l'exploitation de l'homme par l'homme. En conséquence, la démocratie française se situe, se développe dans une société qui continue à être divisée en classes.

 

 

 

La bourgeoisie financière, commerçante et industrielle, qui était déjà riche en 1789, a connu depuis un développement considérable. Aujourd'hui une oligarchie capitaliste composée d'un nombre restreint d'individus, les 200 familles, possède les richesses essentielles de la nation, exploite économiquement des millions d'ouvriers, en même temps qu'elle pressure et qu'elle ruine des millions de paysans et de petites gens des villes. Voilà dans quel milieu social se situe la démocratie conquise en 1789.

 

 

 

Il est aisé de comprendre que la domination de cette oligarchie sur l'ensemble de la population, c'est-à-dire la domination de la minorité sur la majorité, est incompatible avec l'application conséquente des principes de la démocratie, puisque ces principes ont pour hase la domination de la majorité sur la minorité.

 

 

 

Ces considérations éclairent l'histoire de notre pays depuis 1789 ; depuis qu'est instaurée en France la démocratie, une lutte constante oppose d'une part la grande bourgeoisie, qui s'efforce, pour maintenir sa domination, de fausser la démocratie, d'en empêcher le véritable exercice ; d'autre part, le peuple, classe ouvrière en tête, qui lutte pour défendra et pour élargir, dans la plus large mesure possible, la démocratie.

 

 

 

Cette lutte traverse toute l'histoire de la société française depuis 1789. Parfois le peuple remporte des succès dans la lutte pour l'élargissement de la démocratie. Par exemple, en 1848, le peuple français conquiert le suffrage universel qui constitue l'application véritable du principe de la souveraineté nationale. En 1864, la classe ouvrière française conquiert le droit de grève. En 1884, elle conquiert le droit syndical.

 

 

 

D'un autre côté, la bourgeoisie lutte pour fausser, pour rétrécir la démocratie.

 

 

 

Restriction de la souveraineté nationale.

 

Jusqu'en 1848, la principale méthode utilisée par la grande bourgeoisie française pour maintenir sa domination malgré la démocratie, a été la restriction de la souveraineté nationale par le moyen du suffrage censitaire. En quoi consiste ce moyen ? Il consiste à subordonner le droit d'être électeur au paiement d'une certaine somme au titre des impôts directs. Il consiste à subordonner le droit d'être éligible au paiement de contributions directes plus élevées encore. En d'autres termes, avec le suffrage censitaire, pour avoir le droit de vote, il faut être riche et pour être éligible, il faut être plus riche encore.

 

 

 

C'est ainsi que jusqu'en 1848, la grande bourgeoisie a réussi, malgré les principes démocratiques, à maintenir sa domination en écartant du droit de vote l'immense majorité des citoyens.

 

 

 

La Constitution de 1875.

 

Aujourd'hui les choses sont moins simples. Le suffrage universel a été conquis en 1848. La Constitution qui nous régit à l'heure actuelle, la Constitution de 1875, comporte le suffrage universel, le droit de vote pour tout le monde. Certes, la grande bourgeoisie a réussi à faire inclure dans cette constitution, élaborée par une assemblée à majorité monarchiste, un certain nombre de restrictions anti-démocratiques. C'est ainsi que la Constitution de 1875 n'accorde pas le droit de vote aux femmes, aux soldats. C'est ainsi qu'elle pose le principe du suffrage universel, mais ne l'organise pas, ce qui laisse place à la possibilité de fausser la souveraineté nationale par des lois électorales antidémocratiques, lésant les candidats défenseurs du peuple. Les exemples qui illustrent cet aspect antidémocratique de la Constitution de 1875 sont connus, mais nous pouvons en rappeler deux.

 

 

 

Aux élections cantonales dernières, si chaque Parti avait obtenu un nombre d'élus proportionnel au chiffre de ses voix, le Parti communiste aurait eu 476 élus, alors qu'il en a eu 107 seulement.

 

 

 

Le second exemple est celui du Conseil municipal de Paris. Cette assemblée est gouvernée par une majorité de conseillers réactionnaires, alors que la grosse majorité du corps électoral de la capitale vote pour les partis du Front populaire.

 

 

 

La Constitution de 1875 présente d'autres aspects non démocratiques ; elle a institué le Sénat, assemblée élue au suffrage restreint, qui peut, dans certains cas, faire échec aux volontés populaires exprimées par le suffrage universel. C'est ainsi que, dans la dernière période, un certain nombre de textes favorables aux paysans et aux petites gens des villes se heurtent à l'hostilité du Sénat.

 

 

 

Comme on le voit, le texte de la Constitution qui nous régît ne permet pas une application conséquente des principes de la souveraineté nationale, des principes de la démocratie.

 

 

 

Mais l'oligarchie capitaliste dispose de bien d'autres moyens pour faire échec à la démocratie.

 

 

 

Les procédés de la grande bourgeoisie pour fausser la démocratie.

 

La possession, par la grande bourgeoisie, des principales richesses de la nation, lui permet de fausser par divers procédés le fonctionnement normal de la démocratie.

 

 

 

Examinons, parmi ces procédés, les plus courants, les principaux.

 

 

 

Les fonctions de l'Etat sont exercées par des hommes. L'argent permet à la grande bourgeoisie, en premier lieu, de corrompre une partie de ces hommes.

 

 

 

Ou bien elle les achète directement (par exemple, Staviski rétribuant Tardieu, Oustric rétribuant Raoul Péret), ou bien elle s'assure indirectement leur concours (Flandin, avocat de l'Aéropostale, le général Weygand dans le Conseil d'administration de la Compagnie de Suez).

 

 

 

Les scandales qui ont éclaté périodiquement dans l'histoire de la IIIe République (scandale de Panama, scandale de la Légion d'honneur sous Jules Grévy, scandales Staviski et Oustric) attestent la profondeur de la corruption.

 

 

 

En second lieu, la grande bourgeoisie a la possibilité d'avoir à sa dévotion la plupart des hauts fonctionnaires qui dirigent les grandes administrations.

 

 

 

Le mode de recrutement de ces hauts fonctionnaires interdit pratiquement, en effet, l'accès des fils du peuple aux hautes fonctions administratives.

 

 

 

Cependant, il arrive que les ministres même, volontairement, par faiblesse ou par incompétence, soient prisonniers des dirigeants inamovibles des bureaux.

 

 

 

En troisième lieu, la grande bourgeoisie, bien que petite minorité, a la possibilité de faire élire ses propres représentants par la majorité. Propriétaire de la plupart des journaux, de nombreux postes de T.S.F., maîtresse de la publicité, elle exerce, en effet, sur le peuple, une pression idéologique constante qui peut masquer à celui-ci ses intérêts véritables. C'est ainsi que Napoléon III en France, Hitler en Allemagne furent portés au pouvoir par le suffrage universel.

 

 

 

Ainsi, l'inégalité sociale s'oppose à l'application conséquente du principe de la souveraineté nationale.

 

 

 

Egalité formelle devant la loi.

 

L'inégalité sociale constitue également un obstacle à l'application conséquente du principe de l'égalité devant la loi : un riche exploiteur et une humble ménagère, s'ils possèdent tous les deux un appareil de T.S.F., sont astreints par la loi à payer une taxe égale. Mais cette taxe représente une privation pour la ménagère, tandis qu'elle ne représente rien pour le gros patron. Cette idée du caractère formel de l'égalité dans une société divisée en classes est exprimée dans une forme originale par le grand écrivain français Anatole France.

 

 

 

La loi, a-t-il écrit, interdit aux banquiers et aux clochards de coucher sous les ponts.

 

 

 

La propriété capitaliste contre la liberté.

 

L'inégalité sociale n'est pas seulement une entrave à l'application conséquente des principes de la souveraineté nationale et de l'égalité devant la loi ; elle fausse également l'exercice des libertés démocratiques. Montrons-le par deux exemples.

 

 

 

La liberté d'opinion existe chez nous : chacun, en France, a le droit de penser ce qu'il veut. Mais il arrive chaque jour qu'un ouvrier sans travail se présente chez un patron qui acceptera de l'embaucher à condition qu'il adhère au Parti populaire français ou au Parti social français. La propriété capitaliste s'oppose ici à l'exercice de la liberté de conscience et l'on sait combien se généralisent, ces temps-ci, les renvois massifs d'ouvriers coupables seulement d'avoir voulu exercer leur liberté d'opinion.

 

 

 

Prenons la liberté de la presse. Elle existe en France ; tout le monde a le droit de fonder un journal. Mais on ne fonde pas un journal avec la liberté seule ; il faut aussi des fonds importants, si bien que la plupart des journaux appartiennent à la minorité parasite de la population, défendent les intérêts de cette minorité, s'efforcent de tromper la majorité du peuple.

 

 

 

Ainsi, l'inégalité sociale est incompatible avec une application conséquente de la démocratie.

 

 

 

Le double caractère de la démocratie

 

Nous voyons maintenant avec la netteté désirable double caractère de la démocratie.

 

En premier lieu, la démocratie constitue un progrès immense par rapport à l'Etat féodal, basé sur l'absolutisme, sur l'absence de liberté et d'égalité. Lénine a souvent insisté sur cet aspect positif de la démocratie. Il a écrit, dans sa brochure : De l'Etat :

 

 

 

La République démocratique et le suffrage universel ont marqué un énorme progrès en comparaison du servage, (Lénine, ouvrage cité, p. 26.) et plus loin :

 

 

 

La République bourgeoise, le Parlement, le suffrage universel, tout cela représente un énorme progrès au point de vue du développement de la société dans le monde entier. (Idem, p. 27.)

 

 

 

Tel est le premier caractère de la démocratie, son caractère positif.

 

 

 

Le second caractère de la démocratie, c'est son caractère limité, formel, dans la mesure où la propriété bourgeoise des grands moyens de production est incompatible avec une véritable démocratie.

 

 

 

C'est en tenant compte de ce double caractère de la démocratie que nos maîtres, Marx, Engels, Lénine, Staline, ont sans cesse lutté sur deux fronts différents.

 

 

 

La démocratie et le marxisme.

 

Lutte, d'une part, contre les opportunistes qui ne voient pas le second caractère, le caractère formel de la démocratie, qui placent la question de la démocratie en dehors des classes et de leur lutte, qui aboutissent à la conclusion que la démocratie permettra d'obtenir progressivement, pacifiquement, la majorité parlementaire et par voie de conséquence, le pouvoir.

 

Les événements politiques de notre époque justifient amplement la lutte du marxisme-léninisme sur ce terrain. Chacun se rappelle, par exemple, comment, en Autriche, en 1934, la grande bourgeoisie mit les urnes au rancart et fit appel aux mitrailleuses. Et, beaucoup plus près de l'heure actuelle, n'avons-nous pas l'exemple de la Roumanie, où la classe dirigeante n'hésite pas à bafouer le suffrage universel, à substituer aux élections régulières une parodie de scrutin, sous la menace ?

 

 

 

Ainsi, les illusions électoralistes ne résistent pas à l'expérience de la vie.

 

 

 

Marx, Engels, Lénine et Staline s'attaquent à ces illusions. Lénine, notamment, a mené une lutté continuelle contre les représentants de son temps de cette théorie, notamment contre le social-démocrate autrichien Karl Kautsky.

 

 

 

Mais, en même temps, les maîtres du socialisme scientifique mènent la lutte sur l'autre front, contre ceux qui ne voient pas, ou feignent de ne pas voir le caractère positif de la démocratie, contre les gauchistes en général et les anarchistes en particulier. Ceux-là adoptent une attitude absolument négative envers l'Etat ; ils prétendent se désintéresser des formes sous lesquelles s'exerce la domination de la grande bourgeoisie ; ils proclament qu'il ne faut pas participer aux élections, qu'il ne faut pas aller au Parlement ou dans les municipalités ; ils refusent d'utiliser les possibilités d'action dans les organismes de l'Etat, conquises au prix de dures luttes populaires dans le passé.

 

 

 

Ces conceptions se révèlent, à la lumière des événements contemporains, aussi néfastes que les conceptions opportunistes. Elles ont naguère servi de fondement à la lutte menée en Catalogne contre le gouvernement démocratique catalan. Et cette lutte, étayée par des arguments « gauches », a pu favoriser la guerre menée par l'hitlérien Franco contre la République espagnole en général, et la démocratie catalane en particulier.

 

 

 

Lénine, après Marx et Engels, a mis en garde les prolétaires contre les redoutables conséquences des conceptions gauchistes à l'égard du problème de l'Etat. Il a consacré à cette question les pages essentielles de son livre célèbre : la Maladie infantile du communisme.

 

 

 

III. — Le fascisme.

 

Nous pouvons maintenant comprendre la position actuelle de la grande bourgeoisie sur le problème de l'Etat.

 

 

 

La grande bourgeoisie et la démocratie.

 

Pendant des dizaines d'années, nous l'avons vu, la grande bourgeoisie en France a lutté pour rétrécir la démocratie, pour en fausser l'exercice, mais elle s'est accommodée en définitive de cette forme de gouvernement. La grande bourgeoisie s'accommode de la démocratie dans la mesure où l'usage des libertés démocratiques par le peuple ne met pas en cause la domination capitaliste.

 

 

 

Jusqu'aujourd'hui, l'Etat démocratique n'a pas empêché l'exploitation du peuple entier par la grande bourgeoisie. Mieux, l'Etat, dans la mesure où il maintenait « l'ordre établi », assurait la domination de la grande bourgeoisie sur le peuple.

 

 

 

Mais une situation nouvelle se présente aujourd'hui. Les masses populaires prennent conscience de leurs intérêts véritables et s'unissent pour les défendre.

 

 

 

De plus en plus, les masses populaires voient dans l'oligarchie capitaliste la source de leurs difficultés. Jusqu'ici, l'oligarchie utilisait la démocratie pour influencer les masses populaires. Aujourd'hui ces masses utilisent la démocratie pour lutter contre l'oligarchie.

 

 

 

Par exemple, la lutte victorieuse des syndicats pour l'amélioration de la condition des ouvriers, les manifestations contre la vie chère, l'essor de la presse ouvrière, les succès électoraux du Parti communiste montrent comment le peuple français fait usage aujourd'hui du droit syndical, de la liberté de réunion et de la presse, du droit de vote.

 

 

 

Cependant, la grande bourgeoisie entend, au même moment, maintenir et augmenter ses profits, par l'exploitation accrue des ouvriers, des paysans, des petites gens.

 

 

 

En d'autres termes, la démocratie qui pendant des années n'a pas empêché la domination de l'oligarchie sur le peuple, devient dans des circonstances changées un obstacle à cette domination ; si bien que l'oligarchie qui pendant des années s'est accommodée de la démocratie, s'efforce aujourd'hui d'anéantir la démocratie et d'instaurer une nouvelle forme de domination, un nouveau type d'Etat, le fascisme.

 

 

 

La grande bourgeoisie et le fascisme.

 

Staline, dans son rapport devant le 17e congrès du Parti communiste de l'U.R.S.S., caractérise le fascisme

 

 

 

comme un signe montrant que la bourgeoisie n'est plus en état d'exercer son pouvoir au moyen des anciennes méthodes de parlementarisme et de démocratie bourgeoise, ce qui l'oblige à recourir, dans sa politique intérieure, aux méthodes de domination terroriste. (J. Staline : Deux mondes, p. 12, Paris, au Bureau d'Editions, 1934.)

 

 

 

Telles sont les conditions qui expliquent la naissance et le développement du fascisme.

 

 

 

Signification du fascisme.

 

Que signifie le fascisme ? Il signifie la volonté du grand capital de maintenir sa domination par la dictature terroriste ouverte, liée à une démagogie sociale tendant à assurer au fascisme certains appuis dans les masses. C'est en tenant compte de ce double aspect du fascisme qu'on comprend l'erreur de « théoriciens » comme le social-démocrate autrichien Otto Bauer, ou l'Anglais Brailsford, qui présentent le laxisme comme un pouvoir au-dessus des classes, ou encore comme la dictature de la petite bourgeoisie sur les autres classes de la société ! Les auteurs d'aussi singulières découvertes confondent tout simplement la classe dont le fascisme est l'instrument avec les classes sur lesquelles s'exerce sa démagogie.

 

 

 

Que le fascisme soit l'arme du grand capital, il est peut-être superflu de le rappeler ici. Chacun sait que le roi allemand de l'acier Thyssen a fourni à lui seul plus de 3 millions de marks au parti nazi pour sa campagne électorale de 1933. Chacun connaît les liens qui unissent, en France, les de Wendel, les Michelin, les Gignoux et autres magnats avec les organisations fascistes de notre pays ?

 

 

 

Le fascisme, c'est donc la dictature ouverte du grand capital en premier lieu.

 

C'est en deuxième lieu la tentative de créer un nouveau type d'Etat, basé non plus sur les libertés démocratiques et la souveraineté nationale, mais sur la suppression de toute liberté.

 

 

 

C'est en troisième lieu l'aggravation rapide des conditions de vie des masses populaires. Rappelons qu'un Italien consomme en moyenne deux fois moins de viande qu'un Français, trois fois moins de sucre, six fois moins de beurre. (Chiffres officiels du Bureau International du Travail).

 

 

 

En quatrième lieu, c'est le développement inouï de la politique de guerre, la recherche à l'extérieur de la solution aux difficultés intérieures de l'oligarchie. Guerres du fascisme italien en Abyssinie, des fascismes de Berlin et de Rome en Espagne, du fascisme japonais en Asie, plan hitlérien d'encerclement et d'asservissement de la France, conjuration germano-japonaise contre l'U.R.S.S., provocations quotidiennes de Mussolini, autant de faits qui montrent l'usage que fait la grande bourgeoisie de la dictature fasciste.

 

 

 

Ce que serait la victoire du fascisme en France.

 

 

 

Ce qui se passe dans les pays fascistes, notamment en Allemagne, nous permet de mesurer la calamité que constituerait la victoire du fascisme en France :

 

 

 

La victoire du fascisme en France, ce serait l'écrasement économique et politique des masses laborieuses. Ce serait pour les ouvriers des salaires de famine, la suppression de leurs maigres lois sociales, l'interdiction de toute résistance à l'offensive économique du capital et à l'emploi de la grève, la destruction de nos syndicats, la dispersion ou la mise au pas de nos coopératives ; pour les fonctionnaires ce serait les traitements réduite à néant, les licenciements, le caporalisme outrancier des administrations. La victoire du fascisme, ce serait les boutiquiers, les artisans livrés sans défense à l'exploitation du grand capital, des propriétaires, des trusts, des compagnies de transports, de M. Mercier, de l'Electricité, de M. de Wendel, du Comité des Forges ; ce serait les paysans sacrifiés aux intérêts, aux privilèges des capitalistes monopolisateurs, des financiers, la ruine complète de leurs entreprises. Ce serait les intellectuels brimés. Déjà les plus grands savants comme Perrin, Langevin, subissent d'odieuses attaques. Les professeurs Sont attaqués vilement et bassement par les bandes fascistes. Ce serait, à l'exemple de l'Allemagne hitlérienne, les autodafés moyenâgeux, la suppression de toutes les libertés, la terreur sanglante, la population totalement asservie, les militants de la classe ouvrière emprisonnés, assassinés, les communistes, les socialistes, les républicains et les démocrates frappés par le fascisme. Ce serait, comme en Allemagne, après les Juifs, les catholiques, les protestants frappés par le fascisme ! Ce serait la catastrophe pour le pays, la réaction renforcée en Europe. Ce serait la guerre entre les peuples et l'agression contre l'Union Soviétique. A tout prix, nous voulons éviter et empêcher une telle horreur pour notre pays, pour le monde entier. (Maurice Thorez : l'Union de la nation française, p. 53. Paris, Publications révolutionnaires, 1936.)

 

 

 

La menace fasciste en France.

 

Le fascisme s'est montré en France pour la première fois à visage découvert il y a quatre ans, le 6 février 1934. Depuis, grâce à l'union de la classe ouvrière et à son alliance avec les classes moyennes, il a été tenu en échec. Mais cela ne signifie nullement que la menace fasciste soit écartée, eu même atténuée depuis quatre ans.

 

D'abord, parce que les ligues factieuses qui avaient organisé le 6 février 1934 se sont reconstituées après leur dissolution sous l'appellation de partis (Parti social français. Parti populaire français, etc...)

 

 

 

En second lieu, parce que l'armement des fascistes est beaucoup plus développé aujourd'hui qu'il y a quatre ans, comme le révèlent les découvertes faites à l'occasion, du complot des cagoulards.

 

 

 

En troisième lieu, parce que le fascisme, (on le voit par la libération successive des inculpés du C.S.A.R.) bénéficie de complaisances redoutables dans l'appareil de l'Etat démocratique.

 

 

 

En quatrième lieu, parce qu'il dispose de l'appui ouvert et malheureusement toléré des puissances étrangères où le fascisme est au pouvoir. Hitler notamment ne se gêne nullement pour financer et armer les hitlériens français, pour les aider à organiser la guerre civile en France.

 

 

 

Enfin, il importe de souligner que les abandons des gouvernements démocratiques dans l'application du programme du Front populaire ne peuvent que favorisa le fascisme. Si le programme comporte des mesures en faveur des chômeurs et que les gouvernements démocratiques reculent devant la réalisation de ces mesures, les chômeurs deviennent une proie possible pour la propagande fasciste ; il en est de même pour les petits commerçants, pour toutes les catégories de la population laborieuse.

 

 

 

IV. — Le problème du Moment et la position des marxistes

 

Nous avons maintenant la possibilité de dégager les données du problème posé actuellement devant nous.

 

 

 

Les données du problème

 

Première donnée. Nous, marxistes, nous luttons pour une démocratie complète, nous luttons pour des libertés sans entraves et comme nous avons établi que la domination capitaliste est une entrave à une démocratie conséquente, nous luttons pour mettre fin à la domination capitaliste.

 

 

 

Deuxième donnée. Aujourd'hui, nous, marxistes, nous avons à nous prononcer sur la forme que revêt la domination capitaliste, nous avons à faire un choix entre la démocratie et la dictature fasciste.

 

 

 

Troisième donnée. Le fascisme n'est pas inévitable. Il a triomphé dans de grands pays, en Allemagne en particulier, non parce qu'il est inévitable, mais parce que certaines conditions ont favorisé sa victoire. Le fascisme a triomphé en Allemagne grâce à la division de la classe ouvrière allemande, en raison de la politique de collaboration avec la bourgeoisie menée par les chefs de la social-démocratie allemande. Il a triomphé grâce à la mésentente entre la classe ouvrière divisée et les classes moyennes. Il a triomphé parce qu'il a réussi à tromper d'importantes couches populaires. Il a triomphé grâce à la complaisance, à la faiblesse des gouvernements démocratiques. Il a triomphé grâce aux appuis dont il disposait dans certains cadres de l'armée et de l'administration.

 

 

 

Notre position.

 

Le problème étant ainsi posé, les marxistes entendent tout mettre en oeuvre pour défendre la démocratie, empêcher la victoire du fascisme.

 

 

 

La défaite du fascisme est possible si l'on tient compte de l'expérience allemande que nous venons d'analyser. La défense de la démocratie exige qu'on s'efforce de réaliser les conditions suivantes :

 

 

 

1. L'unité de la classe ouvrière.

 

 

 

2. L'alliance de la classe ouvrière unie avec les classes moyennes, qui constituent l'objectif du « Front populaire » et de la politique d'union de la nation française.

 

 

 

3. Lutte idéologique contre le fascisme, en vue d'empêcher sa démagogie de toucher les masses, en vue de lui arracher le masque dont il se couvre.

 

 

 

4. Mesures efficaces contre les ligues factieuses et épuration des cadres de l'armée et des grandes administrations.

 

 

 

Tels sont les enseignements de la douloureuse expérience allemande. Tel est la position du marxisme, de la science, devant le problème politique essentiel de l'heure présente.

 

 

 

Le « gauchisme » et la démocratie

 

Les marxistes, alors qu'ils mènent une lutte conséquente pour la défense de la démocratie contre le fascisme, sont accusés par des gauchistes de tourner le dos à leur idéal, d'abandonner le chemin qui conduit à la libération des travailleurs.

 

 

 

Que préconisent donc ces bavards gauchistes à propos du problème : démocratie ou fascisme ?

 

 

 

Ils préconisent, sous prétexte d'aller plus vite, la lutte immédiate pour en finir avec la domination capitaliste, obstacle à une démocratie conséquente. La position gauchiste s'exprime par le mot d'ordre « tout est possible », par une politique tendant à substituer au Front populaire, alliance de la classe ouvrière et des classes moyennes, un « Front révolutionnaire » qui ne grouperait que les hommes déjà convaincus de la nécessité de mettre fin à la domination capitaliste, à l'exploitation de l'homme par l'homme.

 

 

 

Les marxistes, qui ne sont ni des bavards, ni des aventuriers, mais des militants responsables qui s'appuient sur la science, mettent le peuple en garde contre une telle politique dont il est aisé de mesurer les conséquences. Le résultat d'une telle politique, ce n'est nullement la victoire définitive du peuple, mais la défaite du peuple.

 

 

 

C'est l'enseignement de l'Histoire en général et de l'histoire de France en particulier.

 

 

 

L'enseignement de l'histoire.

 

L'expérience historique nous apprend que chaque fois qu'une avant-garde est allée isolée au combat contre la bourgeoisie, elle a été écrasée. En 1848, les ouvriers révolutionnaires français étaient aussi courageux que les ouvriers révolutionnaires d'aujourd'hui, ils se sont battus sans l'appui des paysans et des classes moyennes de Paris au cours des journées de Juin et ce fut la défaite. En 1871, la Commune de Paris, privée de l'appui des paysans, a été écrasée.

 

 

 

En 1938, dire qu'il faut remplacer le Front populaire par un front révolutionnaire, cela signifie préconiser la rupture des ouvriers révolutionnaires avec les classes moyennes et avec une partie de la classe ouvrière, rejeter ces classes moyennes et cette partie de la classe ouvrière vers le fascisme, créer les conditions de la défaite pour le peuple. Voilà ce que nous apprend l'histoire.

 

 

 

Au bout de la politique gauchiste, il y a donc la défaite et c'est si vrai que la grande bourgeoisie s'efforce par la provocation de diviser à tout prix les masses populaires.

 

 

 

Le « gauchisme » à l'œuvre.

 

On sait, par exemple, qu'en Espagne, en pleine guerre organisée par le fascisme, certains « gauchistes » ont effectué des tentatives partielles de socialisation immédiate. Or, les enquêtes provoquées en Espagne par ces tentatives ont permis de prouver que dans la plupart des cas, ces « gauchistes » étaient des agents directs du fascisme et de Franco. Rien d'étonnant à cela. Il est clair qu'à l'heure actuelle, le fascisme en Espagne ne peut être tenu en échec que par le rassemblement de la classe ouvrière et des classes moyennes, paysans en tête et qu'une politique qui, sous prétexte d'aller droit au but, provoque la scission entre la classe ouvrière et les classes moyennes et divise ainsi les ennemis de Franco, lait sans conteste le jeu du fascisme.

 

 

 

Lénine et les conditions de la victoire

 

La lutte contre l'aventurisme gauchiste occupe une place importante dans les œuvres fondamentales des maîtres du socialisme scientifique Permettez-moi de citer une nouvelle fois Lénine et la Maladie infantile du communisme.

 

 

 

On ne vainc pas avec une avant-garde seule. Jeter l'avant-garde seule dans une bataille décisive, alors que la classe dans son ensemble, la masse n'a pas adopté une attitude de franc soutien, ou tout au moins de neutralité bienveillante qui la rende complètement incapable de soutenir l'adversaire, ce serait plus qu'une sottise : un crime. Et pour que la classe entière, pour que les masses des travailleurs et des opprimés du Capital en arrivent à adopter cette attitude, il faut plus que la propagande et l'agitation. Il y faut l'expérience politique de ces masses mêmes. (V. I. Lénine : La Maladie infantile au communisme, p. 71. Paris, Bureau d'Editions, 1937 (collection les Eléments du communisme).

 

 

 

Ainsi, deux conditions sont indispensables à la lutte décisive contre le capital : d'abord, le rassemblement de toutes les masses ou de leur immense majorité et ensuite la conviction unanime, acquise par la propre expérience des masses, qu'il faut en finir avec la domination capitaliste. Voilà ce que nous enseigne Lénine.

 

 

 

De la défense de la démocratie à la lutte pour notre idéal.

 

La lutte d'aujourd'hui pour la défense de la démocratie va d'ailleurs dans le sens de la réalisation de notre idéal politique et cela pour trois raisons fort simples.

 

 

 

La première raison, c'est que la lutte pour la défense de la démocratie (même formelle) permet le rassemblement de la classe ouvrière et des classes moyennes, condition première d'une lutte plus décisive.

 

La deuxième raison, c'est qu'en luttant pour le maintien des libertés démocratiques actuelles, les masses acquièrent l'expérience dont parle Lénine ; en luttant pour les libertés actuelles, elles apprennent progressivement qu'il ne peut y avoir de démocratie complète dans le cadre de la domination capitaliste ; elles se convaincront par leur propre expérience de la nécessité d'en finir avec la domination capitaliste pour conquérir une démocratie conséquente.

 

 

 

La troisième raison, c'est que les formes démocratiques de gouvernement ne conviennent plus, à l'heure actuelle, au maintien de la domination de l'oligarchie. Comment, alors, ne pas comprendre que dans la mesure où nous luttons pour maintenir la démocratie, nous luttons pour une larme d'Etat dont l'oligarchie ne veut plus, dont elle ne peut plus se servir et nous affaiblissons, en conséquence, la domination capitaliste que nous voulons abattre ?

 

 

 

Ainsi, la lutte des marxistes pour la défense de la démocratie, dans les circonstances actuelles, est conforme aux intérêts présents du peuple en même temps qu'à son avenir.

 

Nous suivons de cette matière la directive de Marx qui écrit dans ses Lettres à Kugelmann :

 

 

 

Il faut prendre les choses telles qu'elles sont, c'est-à-dire faire prévaloir l'intérêt révolutionnaire d'une façon qui corresponde aux conditions nouvelles. (Karl Marx : Lettres à Kugelmann, p. 55. Editions sociales internationales, Paris, 1928. (Bibliothèque marxiste).

 

 

 

V. — Conclusions

 

De notre étude du problème de l'Etat, nous pouvons, en terminant, dégager les conclusions suivantes :

 

 

 

1. L'Etat est le produit de la division de la société en classes ;

 

 

 

2. A chaque étape du développement social, la classe dominante fait usage de l'Etat pour maintenir sa domination ;

 

 

 

3. La domination de la minorité de la population sur la majorité est incompatible avec une démocratie conséquente ;

 

 

 

4. Les marxistes ne sont nullement indifférents aux formes que revêt la domination du capital ; en défendant la démocratie contre le fascisme, ils défendent l'intérêt présent du peuple et préparent les conditions de l'épanouissement de la démocratie, incompatible avec le maintien de la domination capitaliste.

 

 

 

4 mars 1938.

 

 

 

LECTURES

 

V. I. Lénine : de l'Etat, première partie. Paris, Bureau d'Editions, 1937.

 

Georges Dimitrov : l'Unité de la classe ouvrière dans la lutte contre le fascisme, première partie. Nouvelle édition, Paris, Bureau d'Editions, 1937.

 

V. I. Lénine : la Maladie infantile du communisme, chapitre VII et X. Paris, Bureau d'Editions, 1937.

 

J. Staline : des Principes du léninisme, chapitre « La théorie ». Paris, Bureau d'Editions, 1937.

 

V. I. Lénine) ; l'Etat et la révolution, chapitre premier. Edition du XXe anniversaire, Paris, Bureau d'Editions, 1937.

 

 

 

 

 

3. LA DÉMOCRATIE ET LE SOCIALISME

 

 

 

I. — Les conditions d'une démocratie conséquente

 

Dans le chapitre précédent, nous avons, analysé la démocratie telle qu'elle existe en France et dans un certain nombre de pays capitalistes. Cette analyse nous a permis de dégager le double caractère de la démocratie : d'une part, son caractère positif, dans la mesure où elle représente, avec les droits et les libertés qu'elle comporte, un progrès immense par rapport à l'état féodal ; d'autre part, son caractère limité, formel, dans la mesure ou la persistance de l'inégalité sociale, l'exploitation de la majorité de la population par la minorité capitaliste, empêchent l'exercice véritable des libertés que comporte la démocratie.

 

 

 

Qu'entendons-nous par démocratie conséquente ? Nous entendons par démocratie conséquente une démocratie qui ne comporte pas seulement des libertés, mais qui comporte en même temps les moyens matériels d'exercer ces libertés, une démocratie réelle et non formelle. La réalisation de cette démocratie conséquente figurant parmi les objectifs des marxistes, il convient de rechercher les conditions d'une telle démocratie.

 

Abolition de l'exploitation de l'homme.

 

 

 

Puisque la démocratie, dans la société capitalistes est formelle, limitée, en raison de l'exploitation de l'homme par l'homme, en raison de l'inégalité sociale, la première condition d'une démocratie conséquente, c'est l'abolition de l'inégalité sociale, de l'exploitation de l'homme par l'homme.

 

 

 

On trouve cette idée exprimée en toute clarté dans les déclarations de Maurice Thorez au journaliste M. Millet.

 

 

 

La liberté véritable, dit Maurice Thorez, c'est la suppression de la domination de l'homme sur l'homme. Tant que cette exploitation subsiste, l'homme ne saurait être libre. Or, le mode de production capitaliste est basé précisément sur l'exploitation de l'homme par l'homme. C'est pourquoi il ne saurait connaître la liberté totale. C'est pourquoi dans les Etats capitalistes les plus démocratiques, éclate constamment la contradiction entre l'égalité reconnue par les lois et supprimée par les faits, entre les Constitutions, qui accordent les libertés démocratiques au peuple, et la pauvreté, qui l'empêche d'en faire un plein usage, entre la liberté formelle et la sujétion effective.

 

 

 

En un mot, il ne peut y avoir de démocratie véritable, de démocratie conséquente tant qu'existe l'inégalité sociale, l'exploitation de l'homme par l'homme ; et, comme, dans la société capitaliste, l'inégalité sociale et l'exploitation de l'homme par l'homme, sont inhérentes à la propriété privée des grands moyens de production par la minorité capitaliste, la condition d'une démocratie conséquente, c'est l'abolition de la propriété privée des grands moyens de production.

 

 

 

 

 

Pas d' « égalitarisme ».

 

L'inégalité que les marxistes veulent supprimer, c'est l'inégalité sociale, l'inégalité entre les classes.

 

 

 

L'accusation selon laquelle le marxisme tend à supprimer les différences qui existent entre les individus, à étouffer la personnalité de chacun, à créer un homme « standard » ne repose sur aucun fondement. Jamais le marxisme n'a professé la théorie de l'égalisation des individus, la théorie de « l'égalitarisme ». Engels, dans son célèbre ouvrage l'Anti-Dühring s'exprime, à ce sujet, dans les termes suivants :

 

 

 

Le contenu réel de la revendication prolétarienne de l'égalité mène à la revendication de la liquidation des classes. Toute revendication d'égalité qui dépasse ce but conduit inéluctablement à l'absurde.

 

 

 

Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu'il serait absurde de nier que les hommes, les individus ne sont pas égaux. Ils naissent avec des dons physiques et des dons intellectuels qui ne sont pas les mêmes ; ils sont, de nature, plus ou moins forts, plus ou moins intelligents.

 

 

 

En accusant les marxistes de vouloir égaliser les individus, les défenseurs du capitalisme disent le contraire de la vérité.

 

 

 

En effet, ce n'est nullement les marxistes, mais bien la société capitaliste, fondée sur l'inégalité sociale, qui empêche le développement des individus, leur épanouissement personnel. Montrons-le par un fait très simple. N'est-il pas vrai que parmi les fils des classes pauvres de la population, dans la société capitaliste, beaucoup, bien qu'extrêmement doués du point de vue intellectuel, ne peuvent enrichir leurs connaissances, développer leur personnalité, parce qu'à partir de l'âge de treize ans, ils sont obligés d'aller travailler pour gagner leur vie ? Le système capitaliste tend à réaliser ce que ses défenseurs reprochent aux marxistes de vouloir faire, c'est-à-dire l'égalisation par en bas des individus qu'il empêche de se développer et de s'épanouir.

 

 

 

Tandis que, lorsqu'il n'y aura plus exploitation de l'homme par l'homme, les hommes, dès leur naissance, bénéficieront de chances égales de développer leur personnalité. L'idéal humain des marxistes, comme l'indique Maurice Thorez au cours des déclarations rappelées ci-dessus,

 

 

 

c'est l'homme libre développant sa personnalité originale dans une société libre.

 

 

 

Ainsi, l'abolition de la propriété capitaliste des grands moyens de production, permettant d'en finir avec l'exploitation de l'homme par l'homme, et libérant la personnalité humaine, constitue la condition d'une démocratie conséquente.

 

 

 

La conquête du pouvoir.

 

Il est facile de comprendre que la suppression de la propriété des capitalistes sur les grands moyens de production ne s'effectuera pas sans contrainte. On imagine difficilement que l'oligarchie capitaliste, maîtresse des diverses entreprises industrielles et commerciales, ainsi que des grandes banques, se laissera convaincre de la nécessité de renoncer à ses privilèges.

 

Il faudra, évidemment, l'y contraindre ; il faudra que la majorité, c'est-à-dire le peuple tout entier, l'ensemble des classes opprimées par l'oligarchie capitaliste, impose sa loi à la minorité exploiteuse. Comment la lui imposer ?

 

 

 

Nous savons, après avoir étudié le problème de l'Etat,, qu'une partie de la population d'un pays ne peut imposer sa volonté à l'autre partie qu'en, se servant d'un appareil fait pour la contrainte, l'Etat. Il en résulte que la population laborieuse ne pourra imposer à l'oligarchie capitaliste la socialisation des grands, moyens de production qu'au moyen de l'Etat, en faisant, usage du pouvoir.

 

 

 

Voilà pourquoi une des conditions, indispensables pour réaliser une démocratie conséquente, c'est la conquête du pouvoir par les masses laborieuses, par le peuple.

 

 

 

Cette conquête du pouvoir n'est pas une chose facile. L'étude du fascisme nous a permis de constater que les oligarchies capitalistes n'hésitent pas à s'opposer par la violence, lorsque les circonstances l'exigent, à la conquête du pouvoir par la classe ouvrière et le peuple.

 

 

 

C'est dire que ce serait un vain espoir d'envisager l'accession au pouvoir des masses laborieuses par la conquête pacifique d'une majorité parlementaire, de la moitié plus un des suffrages des électeurs. Une telle conception de la conquête du pouvoir, dite théorie des 51 %, fut défendue par le « théoricien » socialiste autrichien Otto Baiser, et l'histoire contemporaine de l'Autriche a montré le cas qu'il faut en faire. Puisque nous savons que l'oligarchie capitaliste est décidée à user de la violence pour empêcher l'exercice du pouvoir par le peuple, celui-ci doit organiser l'union de ses forces en vue de briser la résistance des oligarchies et de conquérir le pouvoir, malgré leurs efforts.

 

 

 

II. — Le gouvernement du peuple

 

Le peuple doit conquérir le pouvoir, il doit faire usage du pouvoir ; il n'y aura pas de démocratie conséquente sans gouvernement du peuple. Telles sont nos premières conclusions.

 

 

 

Elles nous conduisent à l'étude de la question du gouvernement du peuple. Pourquoi ce gouvernement est-il indispensable ? Quel est son rôle ? Quelles sont ses formes ? Autant de questions auxquelles nous devons répondre. Il importe d'abord de dégager, dans ce domaine, les enseignements de l'histoire.

 

 

 

Les enseignements de l'histoire.

 

L'histoire nous apprend qu'il ne, suffit pas que l'ensemble des classes exploitées d'un pays abolisse les privilèges de la classe exploiteuse pour en avoir fini avec elle ; elle nous apprend que chaque fois que les classes exploitées ont aboli les privilèges des exploiteurs, il y a eu immanquablement de la part de ceux-ci des tentatives acharnées de restauration qu'il a fallu briser. C'est en particulier la leçon de la Révolution de 1789 ; la noblesse d'alors, ayant été dépossédée de ses privilèges par la Révolution, ne s'est pas avouée vaincue ; elle à organisé des soulèvements dans le pays, elle a fomenté des trahisons dans lés rangs des représentants des autres classes, elle n'a pas hésité à faire appel au concours des pays étrangers où la noblesse était encore au pouvoir pour essayer de reconquérir sa primauté perdue.

 

L'histoire de la Révolution de 1789 nous apprend que les classes nouvelles ont dû défendre avec énergie leurs conquêtes, organiser un nouvel Etat afin de briser les résistances de la noblesse et ses tentatives de restauration.

 

 

 

Dans la suite des événements historiques, lorsque le peuple a eu affaire, non plus à la noblesse, mais à la nouvelle classe d'exploiteurs, la bourgeoisie capitaliste, la nécessité pour le peuple de se servir de l'Etat pour maintenir ses conquêtes s'est révélée avec la même clarté. On sait qu'en 1871 par exemple, en France, le peuple de Paris ayant pris le pouvoir, les capitalistes réussirent à reconquérir, avec l'appui des Prussiens, leurs privilèges.

 

 

 

A cette expérience de la Commune de Paris, Marx a consacré un ouvrage : la Guerre civile en France (Karl Marx : la Guerre civile en France (1871). Paris, au Bureau d'Editions, 1936.), et il a abouti à la conclusion suivante :

 

 

 

Entre la société capitaliste et la société communiste, se place la période de transformation révolutionnaire de la première en la seconde. A quoi correspond une période de transition politique où l'Etat ne saurait être autre chose que la dictature révolutionnaire du prolétariat. (Karl Marx et Friedrich Engels : Critiques des programmes de Gotha et d'Erfurt, page 33. Paris, au Bureau d'Editions, 1934.)

 

 

 

Marx nous enseigne donc qu'après l'expropriation des capitalistes, il faudra que le prolétariat, allié aux autres classes laborieuses de la société, pendant toute une période historique, prenne les mesures nécessaires pour briser les tentatives de restauration du capital ; il faudra qu'il crée pour cela un ensemble d'organismes, un Etat apte à la réalisation de cette tâche.

 

 

 

Nécessité du gouvernement du peuple.

 

Pourquoi cet Etat est-il indispensable ? Comment la grande bourgeoisie, une fois expropriée, conserve-t-elle la possibilité de menacer les conquêtes du peuple, la force nécessaire pour tenter la restauration de ses privilèges ?

 

 

 

Il est facile de répondre à cette question en étudiant la riche expérience de la Révolution russe et du pouvoir soviétique. Au mois d'octobre 1917, chacun le sait, les peuples de l'ancienne Russie, les ouvriers, les paysans, les petites gens de ce pays, ont réussi à conquérir le pouvoir et s'en sont aussitôt servi pour procéder à l'expropriation des grands capitalistes et des grands propriétaires fonciers.

 

 

 

Les événements qui suivirent cette conquête du pouvoir par le peuple montrent bien que les capitalistes ne se considèrent pas comme définitivement vaincus et restent forts après leur expropriation, qu'il peut être plus difficile au peuple de garder le pouvoir que de le conquérir. Voyons-en les raisons à la lumière de l'expérience soviétique.

 

 

 

En premier lieu : dépossédés de leurs privilèges dans un pays, les capitalistes disposent de l'appui de la grande bourgeoisie restée au pouvoir dans les autres pays ; l'histoire de la Révolution russe nous apprend que dans les années qui ont suivi la conquête du pouvoir par le peuple, les capitalistes des autres pays (notamment de la France et de l'Angleterre) ont organisé l'intervention armée, la guerre directe contre l'Union soviétique en vue d'aider à la restauration des privilèges capitalistes dans ce pays.

 

En second lieu : dépossédés de leurs privilèges, les capitalistes conservent un certain nombre d'avantages. Ils ont de l'argent (et il est impossible de supprimer l'argent comme moyen d'échange le jour où le peuple s'empare du pouvoir). Avec cet argent, ils ont la possibilité d'organiser et de financer des bandes de guerre civile destinées à appuyer leurs tentatives de restauration. Ils conservent des liaisons avec le haut personnel technique (en France, le complot des cagoulards a révélé les liens des Gignoux, Michelin et autres avec certains ingénieurs, comme ceux qui réalisèrent les attentats de l'Etoile). Et comme le peuple, après avoir dépossédé les capitalistes de leurs privilèges, ne dispose pas d'un corps suffisant de hauts techniciens dévoués à sa cause, il est obligé d'utiliser les cadres existants et parfois de conserver dans la place les agents de l'ennemi. Il n'est pas inutile de rappeler à ce propos que les premiers grands procès de saboteurs en Union soviétique poussaient au banc des accusés des personnages ayant précédemment assume la direction technique d'entreprises capitalistes.

 

 

 

En troisième lieu : les capitalistes déchus ont à leur dévotion une partie importante des anciens hauts cadres militaires qui, en cas de guerre civile en vue de la restauration du capitalisme, jouent un rôle important dans la direction des forces opposées aux forces populaires. C'est là un des facteurs qui ont permis aux exploiteurs expropriés en U.R.S.S. de conduire une guerre civile de quatre ans, au lendemain de la conquête du pouvoir par le peuple.

 

 

 

En quatrième lieu : lorsque le peuple prend le pouvoir, il exproprie les grands capitalistes possesseurs des moyens de production essentiels, mais il n'exproprie qu'eux. Il ne touche pas à la propriété personnelle des petits et moyens producteurs de l'industrie et de l'agriculture. Ces petits producteurs n'exploitent pas le travail d'autrui ; leur propriété est le fruit de leur travail personnel ; elle ne s'oppose nullement à l'exercice des libertés populaires. Mieux, le concours des millions de paysans, artisans, petits commerçants, est indispensable aux autres couches laborieuses, tant pour conquérir le pouvoir que pour le préserver des tentatives de restauration du, grand capital. Seulement, la petite et moyenne bourgeoisie risque, dans certaines conditions de développement, sur lesquelles nous reviendrons, de permettre la renaissance du capitalisme. Tant que ces couches moyennes de la population ne se convainquent pas par leur propre expérience de la nécessité des formes collectives de production et de propriété, persiste le danger de voir renaître le capitalisme de ses cendres.

 

 

 

Les tâches du peuple au pouvoir.

 

Telles sont les raisons pour lesquelles le peuple, ayant conquis le pouvoir, ne peut conserver sa victoire qu'aux conditions suivantes :

 

 

 

1. Etre capable de briser toute tentative d'intervention du capitalisme étranger.

 

 

 

2. Etre capable de briser toute tentative de restauration des capitalistes, organisée sur le plan intérieur.

 

 

 

3. Etre capable d'organiser une économie nouvelle, socialiste, fondée sur la propriété collective des moyens de production, sur le passage volontaire des couches moyennes du peuple aux formes sociales de la production et de la propriété.

 

 

 

Ces tâches, le peuple ne peut les réaliser que s'il dispose de moyens de contrainte suffisants contre les anciens exploiteurs, s'il dispose d'un Etat.

 

Pour en finir avec l'intervention des gouvernements capitalistes étrangers, l'Union soviétique, par exemple, a dû créer son armée, partie de son Etat. Pour en finir avec le sabotage et les crimes des anciens exploiteurs, elle a dû créer ses tribunaux, ses juges, ses prisons, l'ensemble des organismes qui constituent l'Etat, Il ne suffit pas au périple, pour remporter te victoire sur l'oligarchie capitaliste, de s'emparer du pouvoir, mais il doit ensuite créer son pouvoir à lui, son Etat à lui, pour empêcher le succès de toute tentative de restauration des oligarchies.                                     

 

 

 

Et l'expression aujourd'hui courante de « dictature du prolétariat » se rapporte à cet Etat dont nous venons de montrer la nécessité pour le peuple.

 

 

 

Signification de la dictature du prolétariat.

 

Examinons maintenant cette notion de dictature du prolétariat. La dictature du prolétariat, gouvernement du peuple, ne signifie pas la démocratie, la liberté pour tout le monde. Les exploiteurs qui ont été dépossédés de leurs privilèges par le peuple ne sauraient être laissés libres de poursuivre leurs tentatives de restauration. Ce serait une folie pour le peuple, après qu'il a exproprié les grands capitalistes, de leur laisser la possibilité de préparer leur retour au pouvoir en s'organisant librement, en utilisant leurs ressources pour corrompre ou tromper en toute liberté.

 

 

 

Le gouvernement du peuple n'est pas la démocratie, ni la liberté pour les ennemis du peuple. Il brise, au contraire, par tous les moyens, y compris les plus énergiques, toutes tentatives des anciennes classes dépossédées, en vue de recouvrer leurs privilèges. C'est dans ce sens qu'on peut, en évoquant ce pouvoir, parler de dictature.

 

 

 

En ce qui concerne les anciennes classes exploitées (ouvriers, paysans, petits commerçants, petites gens), la dictature du prolétariat, gouvernement du peuple, leur assure non seulement lés libertés les plus larges, mais les moyens de les exercer. La démocratie conséquente remplace la démocratie formelle, puisque la domination capitaliste, qui conférait à la démocratie un caractère formel, est abolie.

 

 

 

Ainsi, la dictature du prolétariat ne signifie nullement la dictature de la classe ouvrière sur les autres couches de la société, mais le pouvoir du peuple entier sur l'infime minorité d'anciens exploiteurs. Le prolétariat, la classe ouvrière, joue seulement dans ce pouvoir du peuple un rôle particulièrement important ; de sérieuses raisons motivent le rassemblement du peuple entier autour du prolétariat, pour la conquête et la conservation du pouvoir.

 

 

 

Le rôle du prolétariat.

 

Quelles sont ces raisons ? Les ouvriers sont-ils plus intelligents que les paysans ou que les commerçants ? La question ne se pose pas ainsi.

 

 

 

Dans le gouvernement du peuple, le rôle prédominant appartient au prolétariat pour les raisons suivantes :

 

 

 

Première raison : le prolétariat est une classe nombreuse, dont l'importance va croissant à mesure que se développe la société. Rappelons que depuis cent ans, le nombre des prolétaires en France est décuplé.

 

 

 

Deuxième raison : Le prolétariat est la classe la plus concentrée, et par vole de conséquence la mieux organisée. Chez Renault, il y a près de 40.000 prolétaires, rassemblés dans un même syndicat ; comment pourrait-on s'y prendre pour rassembler et organiser en un seul bloc un nombre égal de paysans ?

 

 

 

Troisième raison : le prolétariat est une classe homogène ; tous les prolétaires ne touchent pas le même salaire, mais ils sont tous exploités sous une forme unique, sous la forme du salariat ; au contraire, des autres classes, par exemple les paysans dont certains sont des ouvriers agricoles, d'autres travaillent partie pour un patron, partie pour leur propre compte ; il y en a qui sont fermiers, d'autres qui sont métayers, d'autres qui sont petits propriétaires et travaillent tout seuls leurs terres, d'autres enfin qui travaillent et emploient en même temps un ou deux salariés. L'unité de vues, condition d'une action efficace, est favorisée par l'homogénéité du prolétariat.

 

 

 

Quatrième raison : le prolétariat est directement exploité par les oligarchies ; il ne possède rien. Marx, parlant de la révolution socialiste, a pu dire le prolétariat n'a rien à y perdre que ses chaînes.

 

 

 

Il en résulte que la lutte du prolétariat contre l'oligarchie est caractérisée par l'absence de toute hésitation, par sa fermeté et sa continuité.

 

 

 

Enfin, le prolétariat détient dans la société moderne les leviers de commande, puisqu'il occupe les centres essentiels de la production, des transports, des services publics, etc... Telles sont les raisons fort simples qui confèrent à la classe ouvrière un rôle décisif dans la lutte du peuple entier pour conquérir le pouvoir et pour s'en servir. C'est pour cela qu'on parle de dictature du prolétariat.

 

 

 

Mais répétons qu'il ne s'agit pas de dictature des ouvriers sur les autres classes de la société, qu'il s'agit du gouvernement du peuple entier autour du prolétariat.

 

 

 

Lénine et la dictature du prolétariat

 

Cette idée a été maintes fois développée par Lénine qui caractérise la dictature du prolétariat comme une forme particulière de l'union de classe entre le prolétariat, avant-garde des travailleurs et les couches non prolétariennes des travailleurs.

 

 

 

Lénine donne également dans l'Etat et la Révolution les caractéristiques suivantes de la dictature du prolétariat :

 

 

 

la démocratie pour l'immense majorité du peuple et la répression par la force de l'activité des exploiteurs, des oppresseurs du peuple, leur exclusion, en d'autres termes, de la démocratie, telle est la transformation que subit la démocratie dans la période de transition du capitalisme au communisme.

 

 

 

Nous sommes à présent renseignés sur la conception marxiste du gouvernement du peuple, sur la théorie de la dictature du prolétariat.

 

 

 

Mais quelles sont les formes de gouvernement du peuple.

 

 

 

 

 

 

Les formes de gouvernement du peuple

 

Ces formes, le peuple les a cherchées à travers les révolutions qu'il a accomplies dans le passé.

 

 

 

La première forme du gouvernement du peuple, nous la trouvons dans la première des révolutions prolétariennes, la Commune de Paris. Les organismes de l'Etat, sous la Commune, ne ressemblaient en rien aux organismes de l'Etat bourgeois. L'expérience de la Commune fut soigneusement étudiée par Marx, puis par Lénine, et les révolutions ultérieures ; celles de 1905, puis de 1917, en Russie, s'inspirèrent de cette expérience, en la développant et en la perfectionnant.

 

 

 

Au cours de la Révolution russe de 1905, naquirent les Soviets, conseils d'ouvriers, de paysans et de soldats, organisations directes du peuple entier.

 

 

 

Et la Révolution russe de 1917, développant à la fois les exemples de la Commune et de la Révolution russe de 1905, a créé une nouvelle forme d'Etat, un système de gouvernement du peuple basé, appuyé tout entier, sur les Conseils d'ouvriers et de paysans, sur les Soviets.

 

 

 

Caractéristiques du pouvoir soviétique

 

Il n'entre pas dans notre objet de procéder à un examen, détaillé de la structure et du fonctionnement d'un Soviet. Ceux qui veulent en connaître les détails pourront lire, dans la collection « Voici l'U.R.S.S. », une utile brochure intitulée Qu'est-ce qu'un Soviet ? (Marcel Koch : Qu'est-ce qu'un Soviet ? Paris, au Bureau d'Edition, 1936.), Mais ce que nous devons examiner, ce sont les caractéristiques essentielles de cette nouvelle forme d'Etat, la forme soviétique.

 

 

 

Le pouvoir soviétique, pour la première fois, assure la participation effective du peuple à la gestion des affaires publiques. Gomment cela ?

 

 

 

D'abord, parce que le pouvoir soviétique est fondé sur l'abolition de l'exploitation capitaliste, parce que les droits et les libertés qu'il accorde au peuple ne peuvent être faussés, limités par l'inégalité sociale.

 

 

 

En second lieu, le pouvoir soviétique donne au suffrage universel sa pleine efficacité. En Union soviétique, le suffrage universel signifie le droit de vote pour tous les citoyens, sans distinction de sexe et sans distinction de nationalité. On peut rappeler, par exemple, au moment où la réaction en France s'oppose furieusement au projet Violette qui tend à donner le droit de vote a une mince couche d'indigènes en Algérie, que le pouvoir soviétique confère aux peuples autrefois colonisés et opprimés par le tsarisme les mêmes droits électoraux qu'au peuple russe.

 

 

 

En troisième lieu, l'Etat soviétique assure la participation du peuple au pouvoir par le contrôle de l'électeur sur l'élu, en instituant l'obligation pour les élus à tous les échelons de rendre compte de leur mandat à leurs électeurs et le droit pour ceux-ci de révoquer, de changer leurs élus s'ils ne se montrent pas dignes de leur confiance.

 

 

 

En quatrième lieu, l'Etat Soviétique abolit la séparation des pouvoirs. En France, comme dans d'autres pays capitalistes, la séparation du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif permet en bien des cas de faire échec aux volontés populaires.

 

C'est ainsi que le Parlement français (pouvoir législatif) a voté voici plusieurs années une loi instituant la carte d'identité fiscale en vue de lutter contre la fraude fiscale. Mais le gouvernement (pouvoir exécutif) a pu jusqu'ici ne pas appliquer cette loi en vertu de la séparation des pouvoirs. Le pouvoir soviétique abolit cette séparation arbitraire.

 

Enfin, le pouvoir soviétique appelle les masses à la gestion directe des affaires publiques. Le nombre considérable des élus, dans les Soviets aux divers échelons, le fonctionnement, à côté de chaque Soviet, de nombreuses sections de travail ouvertes à des citoyens non membres du Soviet et déployant leur activité dans les différents secteurs des affaires publiques (urbanisme, santé publique, loisirs, etc..) tout cela répond à la volonté autrefois exprimée par Lénine :

 

 

 

Nous voulons que chaque cuisinière apprenne à gouverner l'Etat.

 

 

 

Ainsi l'Etat soviétique tend à ne plus être un ensemble de « détachements spéciaux d'hommes » et devient dès sa création la chose de la société tout entière, à l'exception de la minorité capitaliste qui a été dépossédée.

 

 

 

Telles sont les principales caractéristiques de l'Etat soviétique, du gouvernement du peuple.

 

 

 

Les ennemis de la dictature du prolétariat

 

La théorie marxiste de la dictature du prolétariat, le pouvoir soviétique qui en est l'application pratique, sont âprement combattus au sein même de la classe ouvrière.

 

 

 

Nous avons montré, dans le Chapitre premier comment la grande bourgeoisie a la possibilité de faire pénétrer dans les rangs du prolétariat ses idées et même ses hommes.

 

 

 

La théorie et la pratique de la dictature du prolétariat sont combattues par les opportunistes. Les opportunistes posent la question de la démocratie ou de la dictature en général, sans tenir compte de l'existence des classes sociales. Aux pays de démocratie bourgeoise, l'Angleterre, la France, les Etats-Unis, les opportunistes opposent les pays de dictature et placent sur le même plan l'Union soviétique où le peuple est au pouvoir et les puissances fascistes comme l'Allemagne de Hitler et l'Italie de Mussolini.

 

 

 

A quoi aboutit, dans la pratique, cette singulière conception de la démocratie et de la dictature ? On le voit en étudiant ce qui s'est passé au lendemain de la guerre, dans un certain nombre de grands pays capitalistes, au premier rang desquels il faut mettre l'Allemagne.

 

 

 

Les opportunistes, sous prétexte de défendre la démocratie qui était à cette époque la forme essentielle de domination de la grande bourgeoisie, se sont opposés par la violence et le massacre au triomphe de la dictature du prolétariat, c'est-à-dire à l'abolition de la domination capitaliste. C'est au nom de la démocratie qu'en Allemagne les ministres social-démocrates Noske et Scheidemann couvrirent l'assassinat des meilleurs chefs du peuple allemand, Liebknecht et Rosa Luxembourg.

 

 

 

Plus près de nous, le récent procès de Moscou a révélé comment le social-démocrate russe Dan, sous prétexte sans doute de défendre la démocratie et de lutter contre la dictature du prolétariat en U.R.S.S., n'a pas hésité à se faire le jouet des puissances capitalistes contre l'Union soviétique.

 

 

 

Ces exemples prouvent que les conceptions opportunistes aboutissent en dernière analyse, quand elles triomphent, au maintien de la domination capitaliste sur la population laborieuse.

 

 

 

Les anarchistes et la dictature du prolétariat

 

La théorie et la pratique de la dictature du prolétariat sont également combattues par les anarchistes. Les anarchistes sont contre l'Etat en général, sans se soucier de la classe que sert cet Etat ou des classes qu'il opprime. Ainsi, les anarchistes, tout autant que les opportunistes, posent le problème de l'Etat sans tenir compte des classes qui composent la société et de leurs luttes. En conséquence, ils combattent la dictature du prolétariat. Pour apprécies cette conception, il suffit d'examiner comment elle se traduit dans la pratique. On l'a vu en Union soviétique, au cours de la guerre civile, de 1917 à 1921. A cette époque, tandis que les capitalistes dépossédés organisaient, avec l'appui des gouvernements capitalistes étrangers, la lutte armée contre le pouvoir soviétique, les dirigeants anarchistes les plus connus, par exemple Makhno, organisaient dans les campagnes russes des détachements et combattaient, les armes à la main, le pouvoir soviétique, aux côtés des gardes blancs et des forces d'intervention étrangère.

 

 

 

Ainsi la conception anarchiste aboutit comme la conception opportuniste à sauvegarder la domination capitaliste.

 

 

 

Les positions de Trotski et de Boukharine dans le passé.

 

Le trotskisme, au temps où il n'était pas encore un détachement conscient dit fascisme, combattait également la théorie et la pratique de la dictature du prolétariat.

 

 

 

Il affirmait que les paysans constituent une masse réactionnaire par nature et ne sauraient en conséquence participer à l'édification du socialisme. Il en résulte que la dictature du prolétariat ne saurait être, selon les trotskistes, la manifestation de l'alliance des ouvriers et des paysans, mais la domination brutale de la classe ouvrière sur les autres classes de la société.

 

 

 

Cette conception fut à la base du mot d'ordre trotskiste de la Révolution russe de 1905 : « gouvernement ouvrier », mot d'ordre combattu par Lénine.

 

 

 

Plus tard, le trotskiste Préobrajenski, définissant la conception trotskiste des rapports entre la classe ouvrière et le monde paysan, les comparaît aux rapports entre un cavalier et son cheval, la classe ouvrière, selon la théorie trotskiste, devait atteindre ses objectifs en montant sur la classe des paysans, en écrasant les paysans.

 

 

 

Il n'est pas besoin d'insister sur le fait qu'une telle théorie, Si elle était mise en pratique, aboutirait infailliblement à jeter dans les bras de l'oligarchie capitaliste la paysannerie qui constitue une des couches décisives de la population, même dans les pays les plus développés du point de vue industriel. Ainsi la conception trotskiste, comme les précédentes, aboutissait à des conséquences favorables au maintien de la domination capitaliste.

 

 

 

Il faut enfin dire un mot des conceptions développées à propos de la dictature du prolétariat par Boukharine, avant qu'il fût démasqué et châtié comme agent direct des puissances fascistes.

 

Boukharine soutenait la théorie selon laquelle, après la prise du pouvoir par le prolétariat et le peuple, chaque succès remporté dans l'édification du socialisme, atténuera la lutte des classes, rendra superflue la dictature du prolétariat, les anciens éléments capitalistes s'intégrant pacifiquement dans le socialisme.

 

 

 

Les marxistes-léninistes affirment, au contraire, que chaque succès remporté dans la construction du socialisme exaspérera les tentatives de restauration des anciennes classes privilégiées, exigera un accroissement de la puissance de l'Etat prolétarien.

 

 

 

Les faits, là aussi, ont justifié notre conception. On sait que dès les premiers succès remportés, en Union soviétique, pour la construction du socialisme à la campagne, la classe des paysans riches, la classe des koulaks, s'efforça de désagréger les entreprises agricoles collectives, notamment en organisant le massacre en série du bétail, et de compromettre la victoire du nouveau système économique.

 

 

 

Ainsi, la théorie de Boukharine, en conduisant à l'abandon de la vigilance à l'égard de la classe ennemie, aurait concouru, si elle avait été suivie, au retour victorieux de la domination capitaliste, aussi bien que les conceptions précédemment analysées.

 

 

 

En résumé, nous constatons que toutes les théories anti-marxistes sur le problème du gouvernement du peuple et de la dictature du prolétariat sont, en définitive, favorables du maintien de la domination du capital.

 

 

 

III. — Signification de la nouvelle constitution soviétique

 

Dans les derniers mois de 1936, en Union soviétique, une nouvelle Constitution a été élaborée, remplaçant la Constitution de 1924.

 

 

 

Pourquoi une nouvelle Constitution ? Celle de 1924 était-elle mauvaise ? Ce n'est pas ainsi que se pose la question. La Constitution, c'est-à-dire l'ensemble des règles qui régissent l'Etat et des droits des individus dans un pays, est le reflet sur le terrain juridique, des rapports sociaux qui existent dans ce pays. Quand ces rapports sociaux changent, quand se produisent dans le pays des transformations sociales, la Constitution ne convient plus, ne correspond plus aux nouveaux rapports sociaux.

 

 

 

Une nouvelle Constitution a été élaborée en U.R.S.S. parce que, de 1924 à 1936, des transformations économiques et sociales considérables se sont produites dans ce pays.

 

 

 

Les transformations économiques et sociales en Union Soviétique.

 

Transformation de l'industrie : en 1936, la production industrielle est entièrement socialisée sur la base d'une technique très développée ; elle atteint un niveau sept fois supérieur à celui d'avant-guerre ; la propriété privée des capitalistes sur les moyens de production n'existe plus.

 

 

 

Transformation de l'agriculture : en 1936, l'agriculture est entièrement collectivisée sur la base d'une mécanisation très développée ; la classe des exploiteurs n'existe plus.

 

 

 

Transformation du commerce : en 1936, le commerce est entièrement aux mains de l'Etat et des coopératives, ce qui signifie que dans le commerce, comme dans l'industrie et dans l'agriculture, la classe des exploiteurs, qui subsistait sous certaines formes dans la première période de la Révolution, a été éliminée.

 

En résumé, ce qui caractérise l'U.R.S.S. de 1936, c'est la disparition de l'exploitation de l'homme par l'homme.

 

 

 

Le tableau des classes en Union soviétique est complètement changé par rapport à 1924, non seulement parce qu'il n'y a plus de classes exploiteuses, mais aussi parce que les anciennes classes exploitées se sont transformées.

 

 

 

La classe ouvrière, en U.R.S.S., n'est plus une classe qui vend aux capitalistes sa force de travail et qui crée de la plus-value pour les capitalistes, mais une classe libérée de toute exploitation, maîtresse des moyens de production de l'industrie. La classe paysanne n'est plus une classe exploitée par les hobereaux, par les trusts, les compagnies de transports, mais une classe libre, propriétaire collective des entreprises agricoles. En Union soviétique, s'est édifiée la société socialiste, dans laquelle les contradictions entre classes antagonistes ont disparu.

 

 

 

Et c'est pour cela, à cause de ces changements, qu'une nouvelle Constitution est devenue nécessaire.

 

 

 

Signification de la nouvelle Constitution.

 

Elle signifie la victoire du socialisme en Union soviétique. Dans l'article 4 de la nouvelle Constitution est inscrit le principe du socialisme, de la propriété sociale des grands moyens de production :

 

 

 

La base économique de l'U.R.S.S. est constituée par le système socialiste de l'économie et par la propriété socialiste des instruments et moyens de production, établis à la suite de la liquidation du système capitaliste, de l'abolition de la propriété privée des instruments et moyens de production et de la suppression de l'exploitation de l'homme par l'homme.

 

La suppression de l'exploitation de l'homme par l'homme permet d'inscrire dans la Constitution de l'Union soviétique certains droits qui ne sauraient figurer dans les Constitutions les plus démocratiques des pays capitalistes.

 

 

 

Par exemple, la Constitution la plus démocratique, en régime capitaliste, ne peut proclamer le droit au travail, puisque le système de production capitaliste engendre fatalement le chômage.

 

 

 

Ce droit est inscrit dans la Constitution de l'U.R.S.S., article 118 :

 

 

 

Les citoyens de l'U.R.S.S. ont droit au travail, c'est-à-dire le droit de recevoir un emploi garanti avec rémunération de leur travail selon sa quantité et sa qualité. Le droit au travail est assuré par l'organisation socialiste de l'économie nationale, par la croissance continue des forces productrices de la société soviétique, par l'élimination de la possibilité des crises économiques et par la liquidation du chômage.

 

 

 

Enfin, la caractéristique de la Constitution stalinienne de l'Union soviétique, ce qui la distingue essentiellement des Constitutions des démocraties capitalistes, c'est qu'elle ne se borne pas à proclamer des libertés et des droits, mais assure aux citoyens la possibilité matérielle d'exercer ces droits et de jouir de ces libertés. Le caractère limité, formel, de la démocratie bourgeoise disparaît. La démocratie conséquente est réalisée. Cette caractéristique apparaît nettement à la lecture de l'article 125 de la nouvelle Constitution de l'U.R.S.S. :

 

 

 

Conformément aux intérêts des travailleurs et afin d'affermir le régime socialiste, sont garantis par la loi aux citoyens de l'U.R.S.S. :

 

a) la liberté de parole ;

 

b) la liberté de la presse ;

 

c) la liberté des réunions et des meetings ;

 

d) la liberté des cortèges et démonstrations de rue. Ces droits des citoyens sont assurés par la mise à la disposition des travailleurs et de leurs organisations des imprimerie, des stocks de papier, des édifices publics, des rues, des moyens de communication postale et électrique, et autres conditions matérielles nécessaires à la réalisation de ces droits.

 

 

 

Le système électoral en U.R.S.S.

 

Cette analyse serait incomplète si nous ne montrions pas comment l'instauration du suffrage universel, direct, égal et secret, atteste également la victoire du socialisme en U.R.S.S.

 

 

 

On sait que les défenseurs du capitalisme ont présenté cette modification comme un recul du socialisme, comme un retour à ce qui existe dans les démocraties bourgeoises.

 

 

 

Un instant de réflexion suffit pour comprendre que ces calomnies des ennemis du socialisme ne reposent sur rien.

 

 

 

Pourquoi, en effet, le droit de vote n'était-il pas accordé à tous, dans l'Union soviétique d'avant la Constitution nouvelle ? Parce que les représentants des anciennes classes exploiteuses étaient encore considérés comme un danger. L'instauration du suffrage universel prouve la victoire définitive du socialisme, à l'intérieur, sur le capitalisme.

 

 

 

Pourquoi, avant la nouvelle Constitution, le suffrage n'était-il pas égal ? Pourquoi les suffrages des ouvriers comptaient-ils plus que ceux des paysans ? Parce que dans l'U.R.S.S., à majorité paysanne, il fallait assurer le rôle dirigeant du prolétariat, tant qu'on n'était pas convaincu de l'intégration des paysans dans le socialisme.

 

 

 

L'instauration du suffrage égal signifie la victoire définitive du socialisme dans les campagnes de l'Union soviétique.

 

 

 

Pourquoi, enfin, avant la nouvelle Constitution le vote n'était-il pas secret ? Parce que le vote public, dans une période où la victoire du socialisme pouvait être mise en cause, permettait de dépister plus facilement les ennemis du peuple, les agents des anciennes classes dépossédées. L'instauration du vote secret atteste la victoire du socialisme sur ces représentants des anciens exploiteurs.

 

 

 

Quant au suffrage direct à tous les échelons, il assure la participation des larges masses populaires au gouvernement de l'Etat, autrefois instrument de la domination de la minorité sur la majorité.

 

 

 

IV. — La société sans classes et l'état.

 

L'exemple de l'U.R.S.S. prouve qu'il est possible d'en finir dans un seul pays, avec l'exploitation de l'homme par l'homme et avec la domination capitaliste sans que le peuple ait conquis le pouvoir dans les autres pays.

 

A ce stade, le rôle de l'Etat comme instrument de domination du peuple sur les anciens exploiteurs du pays est terminé, puisque les anciens exploiteurs ont été éliminés en tant que classe.

 

 

 

La condition de la victoire définitive du socialisme.

 

Mais si la victoire intérieure du socialisme en U.R.S.S. est achevée au point de vue intérieur, il n'en est pas de même de la victoire définitive du socialisme en U.R.S.S. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que l'U.R.S.S., si elle est dirigée par le gouvernement du peuple et si elle a pu ainsi construire le socialisme, est entourée d'autres pays dans lesquels persiste l'inégalité sociale, la domination capitaliste, et qui sont, en conséquence, hostiles en général à l'U.R.S.S. C'est pourquoi persiste en Union soviétique la nécessité de l'Etat, la nécessité de défendre les conquêtes du peuple contre les tentatives de restauration du capital. Cette défense a changé seulement de terrain, l'Etat soviétique n'a plus affaire aux capitalistes sur le plan intérieur, mais sur le plan international. La lutte est maintenant entre le pays où le socialisme a vaincu et les pays où le capitalisme reste encore tout-puissant et veut abattre l'Union soviétique.

 

 

 

Cette transformation du rôle du gouvernement du peuple apparaît nettement quand on examine les procès qui se sont déroulés en U.R.S.S. contre les saboteurs et les ennemis du pouvoir soviétique. Les premiers étaient, en général, des procès contre les agents des capitalistes russes. Les procès d'aujourd'hui sont des procès contre les agents de l'Intelligence Service, de la Gestapo, des polices étrangères. Ainsi, la nécessité de la dictature du prolétariat en tant qu'arme contre les ennemis de l'intérieur s'efface, mais la nécessité de la dictature du prolétariat en tant qu'arme contre les ennemis de l'extérieur et leurs agents persiste. Une résolution de la 14e Conférence du Parti communiste de l'U.R.S.S. exprime cette idée essentielle dans les termes suivants :

 

 

 

La victoire définitive du socialisme dans le sens d'une garantie complète contre la restauration des rapports bourgeois n'est possible qu'à l'échelle internationale.

 

 

 

La conclusion, c'est que dans un pays, le peuple ayant conquis le pouvoir, l'exploitation de l'homme par l'homme étant abolie, le socialisme étant réalisé dans l'essentiel, tant que ce pays reste entouré de pays capitalistes, la lutte n'est pas achevée, la nécessité de défendre les conquêtes du peuple, et par conséquent de maintenir l'Etat, continue à exister.

 

 

 

Les conditions de la disparition de l'Etat.

 

Avec la victoire du socialisme à l'échelle internationale disparaîtra le rôle de l'Etat en tant qu'instrument de défense du pays du socialisme.

 

 

 

En même temps, le développement de la société socialiste la conduit vers une phase supérieure, la phase du communisme. Cette phase supérieure du développement social peut être brièvement caractérisée dans les termes suivants :

 

 

 

1. Le développement de la productivité du travail sera tel que la répartition des richesses produites pourra se faire suivant la formule : « à chacun selon ses besoins », alors que dans la phase socialiste est appliquée la formule « à chacun selon son travail » ;

 

 

 

2. Parallèlement au développement de la productivité, à la liquidation définitive des vestiges du capitalisme dans l'économie, la transformation de la conscience des hommes s'achèvera ; l'homme nouveau, débarrassé de toutes les survivances idéologiques du capitalisme, n'aura pas besoin, pour observer les règles de la vie sociale, de mesures de contrainte, il les observera comme on observe une simple habitude ;

 

 

 

3. Les fonctions administratives de la société seront à tel point simplifiées, que tous les hommes, initiés à la gestion des affaires publiques, grâce aux formes de l'Etat au cours de la période socialiste, pourront les exercer.