[ Accueil ] [ Plan du Site ] [ Notre Blog ] [ L' A.I.T 1er Internationale ] [ 3eme Internationale ] [ Presse Révolutionnaire ] [ Biographies ] [ Histoire ] [ Iconographie ] [ Audio ] [ VIDEO GIF ] [ Philosophie ] [ Economie et Sociale ] [ Conférences ] [ Cours ] [ Abréviations ] [ Pseudonymes ] [ Bibliographie ] [ O de Gouge  ] [ Marx-Engels ] [ Lénine ] [ R. Luxembourg ] [ G. Dimitrov ] [ Staline ] [  Mao Zedong ] [ Envers Hoxha ] [ Erich Honecker ] [ Fidel Castro ] [ Liens ] [ ressources ]
MESSAGE de FIDEL CASTRO
À LA XIè CONFÉRENCE DES NATIONS UNIES
SUR LE COMMERCE ET LE DÉVELOPPEMENT

"Ce qui est pratiqué contre l'humanité est un crime permanent de génocide."
 

La CNUCED, organisation créée il y a quarante ans, était une noble
tentative du monde sous-développé pour instaurer au sein des Nations unies,
moyennant un commerce international rationnel et juste, un instrument qui
satisferait les aspirations de progrès et de développement.  À l'époque les
expectatives étaient nombreuses, dans la croyance naïve que les anciennes
métropoles avaient pris conscience du devoir et du besoin de partager cet
objectif.
Raoul Prebisch fut l'inspirateur principal de cette idée.  Il avait analysé
le phénomène de l'échange inégal comme une des grandes tragédies
qu'entravait le développement économique des peuples du tiers monde. Voilà
une de ses plus importantes contributions à la culture économique de notre
époque.   En reconnaissance à ses qualités relevantes, il fut élu le
premier Secrétaire général de cette institution des Nations unies sur le
Commerce et le Développement.
Aujourd'hui le terrible fléau de l'échange inégal est à peine mentionné
dans les discours et les conférences.
Le commerce international n'a pas été un instrument pour le développement
des pays pauvres,  bien qu'ils constituent l'immense majorité de l'humanité.
Pour quatre-vingt six d'entre eux, les produits de base représentent plus
de la moitié de leurs recettes d'exportation.  Le pouvoir d'achat de ces
produits, sauf le pétrole, est à présent  moins du tiers de ce qu'il était
au moment de la création de la CNUCED.
Bien que les chiffres se répètent et sont parfois ennuyeux, souvent nous
n'avons pas d'autre choix que d'utiliser ce langage éloquent et
irremplaçable.
… Les pays pauvres concentre 85 p. 100 de la population mondiale, mais leur
part au commerce international n'est que de 25 p. 100.
… La dette extérieure de ces pays en 1964, lorsque cette Institution des
Nations unies est née, était d'environ 50 milliards de dollars.
Aujourd'hui elle atteint le chiffre de 2,6 millions de millions.
… De 1982 au 2003, c'est à dire en vingt et un ans, le monde a payé 5,4
millions de millions de dollars au titre du service de la dette, ce qui
veut dire que la dette actuelle a été doublement épongée par les pays
riches.
On a promis aux pays pauvres une aide au développement et que l'abîme entre
riches et pauvres se réduirait petit à petit, l'on leur a même promis que
l'aide monterait à 0,7 p. 100 du dit PIB des pays économiquement
développés. Si tel aurait été le cas, celle-ci serait actuellement
d'environ 175 milliards de dollars par an.
Les pays du tiers monde ont reçu 54 milliards de dollars en 2003 en Aide
publique au développement . Cette même année, les pays pauvres ont payé aux
riches 436 milliards de dollars au titre du service de la dette. Les Etats
Unis, - le plus riche -, c'est le moins qui a respecter l'engagement,
puisqu'il n'a destiné que 0,1 p. 100 de son PIB à cette aide. Nous n'en
tenons pas compte des sommes énormes qui  leurs ont été arrachées comme
conséquence de l'échange inégal.

En plus, les pays riches dépensent chaque année plus de 300 milliards de
dollars pour des subventions afin d'empêcher l'accès des exportations des
pays pauvres à leurs marchés.
Par ailleurs, il est presque impossible d'évaluer les dommages provoqués à
ces pays par le type de relations commerciales qui, à travers les démarches
sinueuses de l'OMC et les traités de libre commerce, sont imposées aux pays
pauvres, incapables de rivaliser avec la technologie sophistiquée, le
monopole quasiment total de la propriété intellectuelle et les ressources
financières colossales des pays riches.
À ces formes de pillages viennent s'ajouter d'autres : l'exploitation
grossière de la main d'oeuvre bon marché avec les maquilas,  qui
s'installent et partent à la vitesse de la lumière, la spéculation des
monnaies au rythme de millions des millions de dollars par jour, le
commerce d'armes, l'appropriation des biens du patrimoine national,
l'invasion culturelle et biens d'autres actions de pillage et de vol
impossible de citer.  Il est reste à étudier, car nous ne le trouvons pas
dans la littérature classique économique, le plus brutal transfert de
ressources financières des pays pauvres aux pays riches : la fuite de
capital, caractéristique obligatoire de l'ordre économique imposé.
L'argent du monde entier fuit vers les Etats Unis pour se protéger de
l'instabilité monétaire et de la fièvre spéculative qu'engendre le propre
ordre économique.  Sans ce cadeau que les Etats Unis reçoivent du reste du
monde, notamment des pays pauvres, l'actuelle administration ne pourrait
soutenir les déficits fiscaux et commerciaux qui ensemble sont  de l'ordre
de non moins d'un million de millions de dollars en 2004.
Oserait-on nier les conséquences sociales et humaines de la mondialisation
néolibérale imposée au monde ?
… S'il y a vingt cinq ans 500 millions de personnes souffraient de faim,
maintenant il y en a 800 millions.
… Dans les pays pauvres 150 millions d'enfants n'ont pas le poids requis à
la naissance, ce qui augmente les risques de mort et de sous-développement
mentale et physique.
… Il y a 325 millions d'enfants qui ne vont pas  à l'école.
… La mortalité enfantile dans la première année de vie est douze fois
supérieure à celle des pays riches.
… 33 mille enfants meurent chaque jour dans le tiers monde à cause des
maladies guérissables.
… 2 millions de fillettes sont obligées de pratiquer la prostitution.
… 85 p. 100 de la population du monde, constituée  par des pays pauvres, ne
consomme que 30 p. 100 de l'énergie, 25 p. 100 de métaux et 15 p. 100 de
bois.
… Il y a des milliers d'analphabètes absolus ou fonctionnels qui vivent
dans la planète.
Comment les leaders de l'impérialisme et ceux qui partagent avec lui le
pillage du monde, peuvent-ils parler de droits de l'homme,  ni mentionner
les termes liberté et démocratie dans un monde si brutalement exploité ?
Ce qui est pratiqué contre l'humanité est un crime permanent de génocide.
Chaque année meurent - par manque d'aliments, de soins médicaux et faute de
médicaments- autant d'enfants, de mères, d'adolescents et  de jeunes et
adultes que l'on pourrait sauver ; que ceux qui sont morts pendant
n'importe lesquelles des deux guerres mondiales. Cette situation se répète
tous les jours, à tout moment, sans qu'aucun des grands leaders du monde
développé et riche en ait consacré un traître mot.
Est-ce que cette situation pourrait-elle demeurer ainsi indéfiniment ?
Absolument pas et ce par des raisons objectives.
L'humanité, après des dizaines de milliers d'années, a atteint à cette
minute et presque subitement, - dont le chiffre a plus que doublé, étant
donné le rythme accéléré des derniers quarante cinq ans -  les 6,350
milliards d'habitants.   Ils doivent être habillés, chaussés, nourris,
logés et éduqués. Ils seront presque inévitablement 10 milliards dans
cinquante ans à peine.  Pour cette datte on n'aura plus les réserves de
combustible prouvées ou prouvables que la planète a mis 300 millions
d'années à créer. Elles auraient été émises à l'atmosphère, versées dans
les eaux et les sols accompagnées d'autres produits chimiques polluants.
Le système impérialiste qui règne aujourd'hui, vers lequel la société
capitaliste développée a inévitablement évoluée, a atteint un niveau
économique global et néolibéral si impitoyablement irrationnel et injuste,
qu'il s'avère insoutenable et  contre lequel les peuples vont  se révolter,
ils ont déjà commencé à le faire.  Ceux qui affirment que cela est le fruit
des partis, des idéologies ou des agents subversifs et des déstabilisateurs
cubains ou vénézuéliens sont vraiment des imbéciles.
Cette évolution a entraîné, d'une manière également inévitable dans les
bases et normes qui régulent le système régnant, les soi-disant  sociétés
de consommation.  Celles-ci, avec ses tendances gaspilleuses et
irresponsables ont empoisonnés les esprits de nombreuses personnes à
travers le monde, qui plongées dans l'ignorance politique et économique
généralisée sont manipulées par la publicité commerciale et politique des
médias fabuleux que les sciences ont crées.
Ces conditions n'ont pas été les plus favorables pour l'apparition et
l'épanouissement dans les pays riches et puissants, des leaders compétents
et responsables, dotés des connaissances et des principes politiques et
éthiques que ce monde extrêmement complexe demande.  On n'en peut pas les
responsabiliser, car ils sont eux mêmes résultat et à la fois instrument
aveugle de cette évolution. Est-ce qu'ils seront en capacité de gérer avec
responsabilité les situations politiques extrêmement compliquées
qu'apparaissent de plus en plus dans le monde ?
Il y aura bientôt soixante ans de l'explosion de la première bombe atomique
à Hiroshima. À présent, dans le monde prolifèrent de milliers de ces armes,
dix fois plus puissantes et précises. On en produit toujours et se
perfectionnent. On envisage même dans le espace des bases de projectiles
nucléaires.  De nouveaux systèmes d'armes meurtrières et sophistiquées
voient le jour.
Pour la première fois dans l'histoire l'homme aurait crée le potentiel
technique pour son autodestruction totale. Par contre, il n'a pas été en
capacité de créer le minimum de garanties pour la sécurité et l'intégrité
de tous les pays sur le même pied d'égalité. On conçoit et même l'on
applique des théories relatives au recours préventif ou par surprise des
armes plus sophistiquées " à n'importe quel obscur coin du monde " , " en
soixante pays ou plus ",  qui pâlissent devant la barbarie proclamée
pendant les jours ténébreux du nazisme. Nous avons déjà  été témoins de
guerres de conquêtes et des méthodes sadiques de torture qui nous
rapportent les images diffusées pendant les dernières journées de la
Deuxième Guerre Mondiale.
Le prestige des Nations unies est en train d'être miné jusqu'aux assises.
Loin d'être améliorée et démocratisée, l'Institution est devenue un
instrument que la toute puissance et ses alliés prétendent utiliser
uniquement pour masquer ses aventures de guerres et des crimes effroyables
contre les droits les plus chers des peuples.
Il ne s'agit pas de fantaisies ni des fruits de l'imagination. Nous sommes
devant un fait réel : deux grands dangers mortels pour la propre survie de
l'espèce ont surgi en à peine un demi siècle.  Celui découlant du
développement technique des armes et celui qui vient de la destruction
systématique et accélérée des conditions naturelles pour la vie de la
planète.
Face à la disjonctive vers laquelle elle a été entraînée par le système, il
n'y a pas d'alternative pour l'humanité : la situation actuelle du monde
change, ou la espèce courre le risque réel d'extinction.   Pour comprendre
cela il ne faut pas être scientifique ou expert en mathématiques, il suffit
de l'arithmétique qu'on apprend aux enfants au primaire.
Les peuples seront impossibles à gouverner.  Il n'y a pas de méthodes
répressives, de tortures, de disparitions physiques ni d'assassinats en
masse qui puissent l'empêcher.  Et dans la lutte pour la survie, pour celle
de ses enfants et des enfants de ses enfants, seront non seulement les
affamés du tiers monde ; mais aussi toutes les personnes conscientes du
monde riche, des travailleurs manuels  ou des intellectuels.
De cette crise inévitable, plus tôt que tard, surgiront des penseurs, des
guides, des organisations sociales et politiques les plus diverses qui
déploieront de gros efforts pour préserver l'espèce.  Tous les cours d'eau
s'uniront vers une seule direction pour effacer les obstacles.
Semons des idées et  toutes les armes créées par cette civilisation barbare
seront de trop. Semons des idées et nous pourrons éviter la destruction
irrémédiable de notre environnement naturel de vie.
L'on pourrait se demander, s'il n'est pas trop tard.  Je suis optimiste et
je répondrai que non, et  je partage l'espoir qu'un monde meilleur  est
possible.

Fidel Castro Ruz
Président du Conseil d'État de la République de Cuba
La Havane, le 13 juin 2004
[ Fidel Castro ]
Copyright © CDRM, Centre de Documentation et de Recherches Marxistes