Avertissement au lecteur.
Lorsque « Afrique du Sud, Cap sur la Liberté » fut écrit et édité, nous étions en 1986-1987. A ceux qui s’interrogeront sur les conclusions du livre, il leur faudra garder en mémoire cette date. A ce moment là, personne, pas même la CIA, n’imagine que dans les trois ans qui viennent l’Union Soviétique et les pays socialistes d’Europe vont être balayés, entraînant une défaite historique sans précédent des trois composantes du mouvement révolutionnaire mondial : les pays socialistes, la classe ouvrière, le mouvement de libération national. Cette défaite va provoquer dans les rangs du mouvement défaitisme, capitulations, reculs. Cependant en 1986-87 le régime d’apartheid est en difficulté : la classe ouvrière s’est donnée de puissants syndicats (dans les conditions du fascisme), les luttes syndicales sont puissantes ; le Parti Communiste sud-africain, allié de l’ANC exerce une grande influence sur tout le mouvement. Les luttes contre le système d’apartheid proprement dit, ce régime colonial de type spécial, régime fasciste, s’étendent à toute la société et la lutte armée conduite par l’ANC et son bras armé (Umkhonto We Sizwe) porte des coups sensible au régime, tout en confortant les masses à la victoire. L’ANC évoque dans ses textes programmatiques la perspective du socialisme, qui est la perspective stratégique du PC. Et l’analyse qui découle de la situation renvoie à cette indubitable réalité : l’apartheid est le système qui organise l’exploitation coloniale et capitaliste des masses pour le profit des monopoles, dans un cadre politique marqué par la terreur ouverte.
Ainsi pour briser le cadre politique, pour faire émerger la société non-raciale de la Freedom Charter, la révolution nationale démocratique (dont la tâche fondamentale était de renverser l’apartheid) doit être porteuse de la révolution socialiste, révolution qui est la seule capable d’abolir les caractères hérités de la domination coloniale fasciste : le racisme, la misère, l’inégalité sociale (qui recoupe largement l’inégalité raciale).
Alors nous sommes nous trompés, si 15 ans plus tard, l’apartheid a été renversé et la révolution socialiste n’est pas faite ? C’est à y regarder de plus prêt.
Tout d’abord aujourd’hui, ce que nous dénoncions, comme par exemple le caractère fantoche de Buthelezi et de son pseudo mouvement Zoulou (en réalité des paramilitaires), est prouvé. Ce que nous écrivions sur la PAC et ses liaisons avec les Etats-Unis aussi (Panazanian Congress). Rappelons qu’à l’époque il était de très bon ton de s’esclaffer. Et d’hurler à la théorie du complot.
Mais au-delà je ne retirerai pas une ligne des conclusions sur le fond (sur la forme il est clair que ce ne pourrait être exprimé de la même manière) : seule la révolution socialiste peut mettre un terme à l’inégalité raciale, car elle est seule à s’attaquer à l’inégalité sociale. Le fait que les phases du processus révolutionnaire, la révolution démocratique nationale et la révolution socialiste, aient été scindés par la situation politique découlant de la victoire de la contre-révolution, ne modifie pas la question. Et aujourd’hui les progrès accomplis, qui ne peuvent être contestés, ne sauraient masquer, que les questions de fond, inégalité raciale et sociale, exploitation capitaliste exacerbée, misère, racisme diffus, violence généralisée, problèmes de santé et d’éducation, sont le lot de la masse de la population, et de la population noire en particulier. Par conséquent, oui, la révolution n’a pas eu lieu, mais sa nécessité est plus que jamais à l’ordre du jour. L’émergence d’une bourgeoisie noire (non monopoliste), n’y change rien. Au contraire : le caractère non-racial du mouvement révolutionnaire n’en est que plus évident. Mais partie prenante du processus révolutionnaire mondial, l’Afrique du Sud, sa classe ouvrière et ses organisations, ont subit le contrecoup de la contre-révolution (moins qu’ailleurs cependant). Pour une période la petite bourgeoisie, a relevé la tête : Thabo Mbeki, fils du militant communiste Gowan Mbeki, symbole de la fermeté et du courage, Thabo Mbeki est aujourd’hui président de l’Afrique du Sud, et l’enfant chéri du grand capital. Lorsqu’il est rentré au pays en 1990-1991, il avait annoncé sa rupture avec le communisme (je tendrais à penser qu’elle était antérieure à cette date). Azziz Pahad, aujourd’hui ministre adjoint des affaires étrangères, s’était associé à cette profession de foi anti-communiste, tandis que son frère Esop, représentant du Parti communiste à Prague, membre de son secrétariat et du comité central a lui aussi tourné casaque. Mais cependant le Parti communiste, comme les syndicats de classe, sont toujours debout et mène le combat pour faire appliquer le programme de l’ANC, et faire progresser les idées du socialisme dans les masses. La lutte pour le socialisme s’avère plus difficile que ce que la situation de 1987 semblait présager. Mais chacun conviendra que ce n’est pas un problème spécifique à l’Afrique du Sud.
Maurice Cukierman Paris décembre 2006
PREFACE
J'ai été très heureux que l'on me propose d'écrire la préface du livre de Maurice Cukierman — Maurice est un vieil ami à moi — car cela me donne l'occasion de dire ce que j'ai sur le coeur.
La lutte en Afrique du Sud a atteint un point critique. Le régime raciste de Botha plonge le pays d'une crise dans l'autre. Et cela au prix d'immenses sacrifices pour notre peuple qui a tout donné pour la liberté, y compris des vies humaines. Ce n'est pas en vain puisque nous en récoltons aujourd'hui les fruits.
Au centre de ce combat se trouve le Congrès national africain (ANC). II n'est pas seul, d'autant que la lutte contre l'apartheid a pris une dimension internationale. Ce qui est normal puisque la surexploitation du peuple noir d'Afrique du Sud par les multinationales tend à renforcer le pouvoir de ces dernières dans leur pays d'origine rendant ainsi plus puissant l'impérialisme international.
C'est bien d'impérialisme international qu'il s'agit. Les minéraux exploités en Afrique du Sud par les multinationales américaines sont utiles et mêmes vitaux pour le complexe militaro-industriel de l'Occident. Les peuples d'Europe se battent pour la paix. L'administration Reagan poursuit son programme de guerre des étoiles. Notre lutte contre l'apartheid va donc dans le sens de vos intérêts ; elle est liée à votre combat pour la paix et notre lutte armée est fondamentalement une lutte pour la paix.
Quel lien peut-il y avoir entre le Moyen-Orient, riche en pétrole, et la lutte contre l'impérialisme en Afrique australe ? Ce pétrole arrive en Occident via l'Afrique du Sud — la route du Cap. On nous dit que Ies routes maritimes qui passent par l'Afrique du Sud — utilisées pour le transport du pétrole — doivent être protégées de la « pénétration soviétique ». Il serait donc évident de soutenir l'apartheid ! Ainsi nos aspirations, souffrances et nos revendications sont toutes sacrifiées sur lute) de la politique de guerre froide.
Notre expérience nous enseigne que les intérêts de l'Union Soviétique ne sont ni séparés ni différents de ceux du reste de l’Humanité ; l'URSS veut la fin de l'apartheid. Les pays occidentaux devraient trouver, avec l'Union soviétique, les moyens de nous aider à abolir l'apartheid. Ils nous conseillent au contraire de rompre nos liens avec elle et avec les autres pays socialistes... Ils veulent aussi que nous rompions nos relations avec le Parti Communiste sud-africain ; ils en arrivent même à compter le nombre de communistes au Comité national exécutif de l'ANC, et ils insistent lourdement pour que l'ANC cesse la lutte armée. L'ANC doit être, disent-ils, un élément du « processus de réformes ». Mais de quelles réformes parlent-ils, alors qu'on laisse, qu'on encourage même le régime de Pretoria à tuer sans merci les Noirs, à les détenir par milliers en prison, y compris des enfants ; à coloniser et à piller la Namibie ; à occuper une partie de l'Angola et à déstabiliser l'ensemble de l'Afrique australe ?
N'est-ce pas un étrange paradoxe, et peut-être même une ironie de l'histoire, que l'Afrique du Sud, qui n'est menacée par aucun pays sur ses frontières, ait une « défense » aussi puissante. Cette « défense » est surdéveloppée si l'on considère que la frontière entre le Mozambique et l'Afrique du Sud mesure 541 kilomètres, entre l'Afrique du Sud et le Zimbabwe 243 kilomètres et entre l'Afrique du Sud et le Botswana 1 610 kilomètres, soit au total 2 394 kilomètres. En réalité, l'Afrique du Sud raciste veut exporter l'apartheid et les bantoustans, ce qui est impossible.
Le régime raciste d'Afrique du Sud affirme que l'indépendance namibienne dépend du retrait d'Angola des forces internationalistes cubaines. C'est aussi ce que répète l'administration Reagan dont les troupes sont présentes dans le monde entier, y compris à Cuba. Ne faut-il pas rappeler quelques vérités à propos de ce linkage ? D'abord que les forces de l'apartheid sont entrées en Angola avant les internationalistes cubains. Ensuite que l'armée cubaine a été invitée par un gouvernement angolais souverain et indépendant, ce qui n'est pas le cas des troupes sud-africaines qui occupent illégalement le sud de l'Angola. C'est là une politique d'agression et d'expansionnisme. L'apartheid ne veut pas seulement changer la carte de l'Afrique australe, il menace également l'indépendance de toute l'Afrique et par là même devient une menace pour la paix mondiale.
L'Afrique du Sud est un pays développé et ce, en partie, grâce aux travailleurs d'Angola, du Lesotho, du Mozambique, du Botswana, du Swaziland, du Zimbabwe, et d'ailleurs, venus travailler dans les mines sud-africaines et contribuer ainsi au développement de ce pays. Au lieu de leur en être reconnaissante, l'Afrique du Sud raciste attaque leurs pays, y causant des pertes et des souffrances indicibles. Exprimer son soutien et sa solidarité envers les États de la ligne de front face à cette agression est un devoir urgent. A l'intérieur de l'Afrique du Sud, en Namibie et en Angola, l'apartheid est plus qu'une menace pour la paix : c'est une violation de la paix.
Le peuple français a une raison supplémentaire de combattre l'apartheid et de soutenir notre lutte. Les ambassades de l'apartheid et ses consulats diffusent, à travers le monde, des idées odieuses sur le racisme. En outre, la simple existence de l'apartheid fournit une motivation et un encouragement aux forces racistes, y compris en France. Le soutien à notre lutte en Afrique du Sud contribue donc à votre lutte en France. En ce sens votre combat est notre combat, et en Afrique du Sud nos batailles sont les vôtres.
Quel est le but de notre combat ?
En Afrique du Sud, nous luttons contre les maux du colonialisme, du racisme et de l'impérialisme. Nous combattons pour une Afrique du Sud démocratique et non raciale fondée sur les principes exprimés dans la Charte de la liberté, adoptée par notre peuple à Kleeptown les 25 et 26 juin 1955. Plusieurs organisations nées depuis ont fait leur cette Charte de la liberté. La politique de l'ANC est acceptée et suivie par des millions de gens. Pour avoir suivi et appliqué cette politique, nombreux sont ceux qui sont allés en prison.
L'ANC, c'est le peuple, car l'ANC combat pour la libération nationale de la majorité noire opprimée, particulièrement les Africains, et pour l'émancipation sociale de chacun, Noirs et Blancs. La majorité de notre peuple est engagée dans ce combat. Elle participe aux grèves, aux manifestations, au boycott des loyers et des écoles ; d'autres se battent à partir de leurs positions religieuses. Ce sont des travailleurs, des femmes, des jeunes et des étudiants. La lutte armée est un point crucial dans cette confrontation, les soldats d'Umkhonto we Sizwe étant un élément totalement intégré aux luttes du peuple.
Un mot sur les sanctions. Il est fréquent d'entendre dire que l'isolement de l'Afrique du Sud affectera principalement les Noirs. Mais pourquoi le régime raciste est-il contre les sanctions ? t-il de la sympathie pour les Noirs ? Nous ne voulons pas de la sympathie du régime Botha. Nous n'avons jamais dit que des sanctions mettraient le régime raciste à genoux. Ce que nous disons c'est que des sanctions affaibliraient le régime raciste et que nous aurions donc à faire face à un ennemi plus faible. Ce qui signifie moins d'effusion de sang, moins de vies perdues et une disparition plus rapide de l'apartheid. Les sanctions ne vont pas se substituer à nos luttes, mais elles nous aideraient. L'ANC est déterminé non seulement à poursuivre le combat, mais à l'intensifier.
Le peuple français a un rôle particulièrement important à jouer dans cette confrontation avec les forces du colonialisme et du racisme dans cette partie australe de l'Afrique. Nous connaissons tous le rôle du colonialisme français en Afrique, comme nous connaissons les sentiments anticolonialistes et les luttes du peuple français, vos traditions de lutte. Il est en votre pouvoir d'obliger votre gouvernement à observer les résolutions des Nations unies concernant des sanctions globales et obligatoires, économiques, sportives et culturelles, l'embargo sur les armes et les sanctions sur le pétrole. Les travailleurs français ,doivent refuser d'aller travailler en Afrique du Sud.
C'est de ces questions, et de bien d'autres, que traite le livre de Maurice Cukierman, militant de l'AFASPA, organisation française antiapartheid. Combinant son expérience des luttes de la classe ouvrière française avec ses activités antiapartheid, sa connaissance de l'histoire de notre pays avec ses contacts avec l'ANC, il nous offre là un ouvrage bien différent de ceux qu'écrivent les « spécialistes » des bibliothèques universitaires. Ce livre montre combien il est important pour la classe ouvrière de faire sienne la cause de la libération nationale. Voilà ce qu'est l'internationalisme. II démontre également, pour tous ceux qui participent au mouvement de solidarité, la nécessité de comprendre la politique du mouvement de libération (l'ANC) pour soutenir sa lutte efficacement.
Nous sommes à un moment particulièrement difficile de l'histoire de notre lutte : une période caractérisée par la tentative d'écraser les syndicats alors que les dirigeants de l'UDF et d'autres organisations sont en détention ou dans la clandestinité, alors que l'état d'urgence et le blocus de l'information rendent impossible à notre peuple et à la communauté internationale de savoir réellement ce qui se passe dans notre pays. D'une certaine manière, la parution de ce livre est une tentative de briser cette conspiration du silence. Nous vivons à l'âge de l'« explosion de l'information ». Dans ce domaine, malheureusement, la relation entre l'Occident industrialisé et les anciennes colonies est caractérisée par l'impérialisme de l'information provoquant une soif de savoir non satisfaite. Ce livre nous aide à combattre le premier et à étancher la seconde.
Contrairement aux gauchistes, Maurice Cukierman analyse le processus sans donner de leçon à l'ANC sur la méthode à adopter et sur la manière et les raisons de combattre. II soutient la lutte en cours. Là réside l'intérêt de son livre et sa force de conviction. Son message est clair : la répression et la résistance en Afrique du Sud exigent un écho international, une réaction vive et une réponse rapide pour assurer la fin des atrocités de l'apartheid. Combien de temps l'apartheid vivra-t-il encore? Aussi longtemps que nous le permettrons.
Francis Meli,
membre du Comité exécutif national de l'ANC,
directeur de la revue Sechaba
Londres, juin 1987
AVERTISSEMENTS
1) La Table des Matières n’est pas inclus, dans cette édition,cette dernière étant différente dans la version numérique.
2) Les notes de « bas de page » sont inséré dans le corps du texte (de couleur verte) pour une meilleur compréhension de la version numérique du texte.
Pour le 75 anniversaire de l'ANC.
A tous ceux qui ont combattu et à ceux qui combattent pour une Afrique du Sud non raciale, démocratique et pacifique. En souvenir de mon beau père, Pedro Ardiaca, dirigeant communiste catalan et espagnol, auprès de qui les premiers chapitres de ce livre ont été écrits.
QUATRIEME DE COUVERTURE
Afrique du Sud, apartheid, Mandela, Albertini... des noms au cœur de l'actualité. Derrière eux, un combat, celui du peuple noir d'Afrique du Sud, depuis des siècles opprimé par une minorité de Blancs, un peuple noir qui se bat pour sa libération.
Derrière ces mots, il y a aussi une réalité ignorée ou camouflée : les liens économiques, politiques et militaires qui unissent le gouvernement raciste de Pretoria à d'autres pays, dont la France, liens qui éclairent les enjeux nationaux et internationaux de la lutte anti-apartheid.
L'Afrique du Sud est un pays que Maurice Cukierman connaît bien. Enseignant d'histoire et géographie, spécialiste de l'Afrique australe, il est aussi secrétaire national de l'Association française d'amitié et de solidarité avec les peuples d'Afrique (AFASPA).
PREMIÈRE PARTIE
La genèse de l'Afrique du Sud
Zone administratives et urbaines

Les quatorze zones administratives .
Transvaal : 1 West Rand – 2 East Rand – 3 Central Transvaal -4 West Transvaal – 5 High Veld – 6 East Transvaal – 7 Northern Transvaal
Etat libre d’Orange: 8 Orange vaal – 9 South Orange Free State
Natal: 10 Drakensberg – 11 Port Natal
Province du Cap: 12 West Cape – 13 East Cape – 14 North Cape
Données de géographie générale cadre, économie, population
L'Afrique du Sud, République sud-africaine par la décision de la seule communauté blanche depuis 1961, s'étend entre le 22° degré et le 35` degré de latitude Sud, sur une superficie de 1 224 000 km2. Située, comme son nom l'indique, à la pointe Sud du continent africain, elle possède du nord-est au nord-ouest des frontières avec la République populaire du Mozambique, le Zimbabwe, le Botswana et la Namibie. Cette dernière, ancienne colonie allemande, étant occupée par l'Afrique du Sud depuis 1915, une force armée de cent mille hommes permet le « contact » militaire de l'État sud-africain avec la Zambie et la République populaire d'Angola. L'Afrique du Sud a des frontières avec
L'Afrique du Sud, République sud-africaine par la décision de la seule communauté blanche depuis 1961, s'étend entre le 22° degré et le 35` degré de latitude Sud, sur une superficie de 1 224 000 km2. Située, comme son nom l'indique, à la pointe Sud du continent africain, elle possède du nord-est au nord-ouest des frontières avec la République populaire du Mozambique, le Zimbabwe, le Botswana et la Namibie. Cette dernière, ancienne colonie allemande, étant occupée par l'Afrique du Sud depuis 1915, une force armée de cent mille hommes permet le « contact » militaire de l'État sud-africain avec la Zambie et la République populaire d'Angola. L'Afrique du Sud a des frontières avec deux autres États : le Lesotho, totalement enclavé, et le Swaziland, situé entre la RSA et le Mozambique.
L'océan Indien borde sa côte Est et l'océan Atlantique sa côte Ouest, les deux océans faisant leur « jonction » au large du cap de Bonne-Espérance.
Relief et climat
Le relief de l'Afrique du Sud est considéré comme simple. Le soubassement est constitué par le vieux socle précambrien. On distingue un plateau intérieur déprimé en cuvette vers le centre, le Kalahari, limité à sa périphérie par des hautes terres : une immense barrière, surnommée le Grand Escarpement par les premiers colons. En réalité, à l'exception du Drakensberg, qui sur 4 000 kilomètres au sud-est (frontière avec le Lesotho) culmine à 3 000 mètres, le Grand Escarpement ne présente pas un véritable obstacle à la pénétration vers le plateau intérieur (altitude comprise entre 1 200 et 2 500 mètres).
Du Grand Escarpement à 1a dépression on est en présence de plateaux en demi-cercle descendant en pente douce. A l'ouest, cela prend la forme d'étendues de pierres et de sable, coupées par des lagunes, au nord par des plateaux dolomitiques. La dépression est constituée de deux cuvettes inégales : au sud, l'Orange avec ses bas plateaux, entaillés par des cours d'eau, où l'érosion n'a souvent laissé que des collines coniques, surmontées par une épaisseur de roches dures ; au nord, le Kalahari, étendue de sable, de dunes et de lagunes salées. Par contraste, les régions bordières sont peu étendues, coincées entre les océans et le Grand Escarpement sur des distances de 75 à 350 kilomètres. A l'est, la plaine côtière du Natal va s'élargissant vers le nord, tandis qu'à l'ouest elle reste étroite. Au sud, la zone bordière voit la quasi-disparition de la plaine côtière qui fait place aux chaînes du Cap. Parallèles au Grand Escarpement, elles encadrent deux dépressions intérieures : au nord le Grand Karroo et au sud le Petit Karroo.
Si la variété du relief définit des régions naturelles, c'est le climat qui en détermine, cependant, le caractère.
A l'est, le Natal est marqué par un climat tropical chaud et humide. La moyenne des précipitations est comprise entre 800 et 1 500 millimètres par an. La végétation est dominée par la savane et la brousse. Au sud-ouest, la région du Cap connaît un climat de type méditerranéen : hivers arrosés et étés secs. La végétation est faite de maquis, de garrigues, tandis que sur les hauteurs domine la forêt claire avec des pins. Sur la côte Sud, Mossel Bay et sa région orientale connaissent une forte pluviosité, avec un maximum de 875 millimètres par an. La végétation y est de type forêt tempérée. Les dépressions du Karroo sont marquées par l'aridité.
Le reste du pays a un climat tropical à saison sèche, les températures et la pluviosité variant en fonction de l'altitude, l'aridité l'emportant au fur et à mesure que l'on se dirige vers la côte Ouest.
L'Afrique du Sud est traversée par deux fleuves importants : l'Orange et le Limpopo. Leur régime est irrégulier et c'est durant la période estivale qu'ils sont en hautes eaux.
L'agriculture
L'Afrique du Sud dispose d'un certain nombre d'atouts économiques. Même s'il subsiste des secteurs dits traditionnels qui sont peu en contact avec le marché ( . Voir deuxième partie, chapitre 7. ) ,1'agriculture est moderne et aux mains de fermiers blancs capitalistes. La province du Cap, malgré la relativement faible étendue des zones propices aux activités agricoles (même en y incluant les zones irriguées), est le fleuron de l'agriculture sud-africaine : agrumes, légumes, blé, vignoble, fruits et élevage du mouton à laine. Les trois autres provinces ne sont cependant pas en reste.
La première production est le maïs qui en temps normal non seulement « satisfait » la demande intérieure (dans les conditions de misère de la population noire), mais permet l'exportation. Plus de 40 % des surfaces cultivées lui sont consacrées.
Depuis 1980, l'Afrique du Sud — comme la majorité des pays du continent — connaît une sécheresse persistante. Elle perturbe les activités agricoles et contribue à l'aggravation de l'endettement des fermiers blancs, tandis que l'agriculture déjà insuffisante des bantoustans est détruite, entraînant les petits agriculteurs noirs dans 1a misère et engendrant la famine. Les exportations de produits agricoles sont passées de 21,9 % du total en 1965 à 5,3 % en 1984. La part de l'agriculture dans la production intérieure brute ne cesse de diminuer : 10,2 % en 1965 ; 9,4 % en 1975 ; 5,2 % en 1984. Elle était de 21 % en 1911 !
Les matières premières minérales
Mais la richesse de l'Afrique du Sud, c'est avant tout ses matières premières minérales.
En premier lieu, l'or (46,1 % des exportations) dont l'Afrique du Sud est le premier producteur mondial (55 % de la production) et possède 51 % des réserves connues. Dans une certaine mesure, le métal jaune est le baromètre de l'économie : dans les années soixante-dix, la poussée du prix de l'or faisait le bonheur des autorités et des propriétaires des mines ; depuis 1980, la chute des cours a contribué à l'aggravation de la situation économique et à l'augmentation de la dette extérieure.
L'or n'est pas, et de loin, la seule « manne » minérale de la RSA. Le charbon joue un rôle important : avec des réserves de près de 110 milliards de tonnes, la RSA est au 3e rang occidental (6e mondial), ainsi que pour l'exportation. Depuis 1974 — « année du choc pétrolier » —, l'Afrique du Sud a particulièrement développé ce secteur pour deux raisons.
La première, c'est qu'elle possède beaucoup de ressources, mais pas de pétrole. Les autorités ont donc utilisé le charbon pour épargner leurs achats à l'extérieur, tandis que, dans le même temps, ils profitaient de la demande supérieure sur le marché capitaliste mondial. Les exportations sont passées de 6 millions de tonnes en 1976 à 29,7 en 1983. Pretoria envisageait d'atteindre les 44 millions de tonnes en 1986. L'évolution de la situation politique en Afrique du Sud, la vague de solidarité internationale avec son peuple que concrétisent les actions pour des sanctions globales et obligatoires, conjuguées à l'effondrement des prix du pétrole sur le marché mondial, n'ont pas permis d'atteindre les objectifs visés et les exportations sont au contraire appelées sinon à décroître, du moins à stagner.
La deuxième réside dans la perspective des sanctions de là communauté internationale, en particulier dans le domaine pétrolier. C'est ce qui explique que les trois quarts du charbon soient consommés sur place, fournissant 76 % des besoins énergétiques, l'objectif étant d'augmenter encore ce pourcentage jusqu'à dépendre le moins possible des pressions extérieures. En 1981, l'Afrique du Sud possédait vingt et une centrales au charbon, pour la plupart installées sur les carreaux des mines, produisant 80 % de l'électricité à des prix deux à trois fois moins élevés qu'en Europe occidentale : l'avantage de l'installation sur place se conjuguant aux salaires de misère payés aux mineurs noirs. Le reste est fourni par des centrales hydrauliques à gaz et par la centrale nucléaire de Koeberg. C'est une société d'État, l'ESCOM qui fournit l'électricité et qui est donc le plus gros acheteur et consommateur du charbon sud-africain. Les mines sont privées.
Le charbon est d'autre part utilisé comme matière première pour la fabrication d'hydrocarbures synthétiques. Créée par l'État raciste, la société SASOL escompte pouvoir couvrir à terme 20 à 30 % des besoins nationaux.
Pretoria est le premier producteur de diamants du monde capitaliste avec 46 % de la production et 41 % des diamants mis en vente sur ce marché.
Le sous-sol comprend également un certain nombre de minerais stratégiques, fondamentaux pour le développement économique futur de la planète et indispensables aux complexes militaro-industriels des pays impérialistes engagés dans la course aux armements et la préparation de la guerre des étoiles. I1 s'agit du platine et de ses dérivés, du vanadium, du chrome et du ferrochrome, du manganèse, pour lesquels la RSA se situe à la première place mondiale, tant pour la production que pour les réserves. On peut distinguer aussi parmi la masse des minéraux : l'antimoine (20 % de la production mondiale), le titane (20 %), le zirconium (17 %), le spath-fluor (11 % de la production mondiale, mais 36 % des réserves) et aussi le zinc, le cuivre, le cobalt, le plomb, le nickel, etc. Et l'uranium qui permet (sans compter celui pillé en Namibie) à l'Afrique du Sud d'avoir une source directe pour la production d'uranium enrichi. En tout, le secteur des mines produit 23 % du PIB du pays (27,2 % en 1911).
L’INDUSTRIE
L’économie sud-africaine comprend aussi un secteur manufacturier représentant 22,7 % du PIB. Le développement de l'industrie a commencé à la fin des années trente et a connu une nette expansion dans les années soixante. Le secteur industriel s'est développé pour faire face aux besoins de l'exploitation minière dans une première période (en 1911, il représentait 4 % du PNB). Puis, notamment avec la Deuxième Guerre mondiale, il s'est agi de faire face à la coupure des relations avec 1a Grande-Bretagne. Durant les trente dernières années, plusieurs motivations ont joué : le développement du capital afrikaner ; l'existence d'une main-d'oeuvre à bon marché ; le risque de l'isolement économique qui s'est fait jour après 1963 et qui a incité à produire ce qui jusque-là était importé ; l'éloignement des centres industriels impérialistes qui renchérit les coûts... Très tôt l'industrie d'armements a joué un rôle moteur et elle constitue aujourd'hui un secteur clé de l'économie.
Tout comme le charbon, les secteurs industriels produisant les marchandises de grande consommation tendent à satisfaire au maximum les « besoins intérieurs » de la seule communauté blanche : c'est le cas de l'alimentation, du tabac, du meuble et des produits du bois, de la métallurgie, du textile et de la chaussure ; de l'industrie chimique, où la couverture des besoins est assurée à plus de 80 % et jusqu'à près de 100 %u dans certains secteurs.
Même dans des secteurs où 1a rentabilité capitaliste n'est pas assurée en raison du caractère réduit du marché, l'Afrique du Sud possède une base solide : c'est le cas pour les constructions mécaniques, l'électrotechnique et les équipements de transport. Dans les secteurs où le taux de profit global est faible (voire insuffisant), des sociétés d'État ont été constituées qui, par le financement public, permettent d'assurer des taux de profit satisfaisants aux monopoles qui y sont associés et de protéger le capital afrikaner (ou d'en assurer la présence). C'est le cas des sociétés ARMSCOR (armement), SASOL, ISCOR (acier), etc.
Finalement l'économie de l'Afrique du Sud se présente comme une force considérable, si on la compare au reste de l'Afrique : elle assure 40 % de la production industrielle, 75 % de la production d'acier et 66 % de la consommation d'électricité, 35 % du réseau téléphonique, 50 % du trafic ferroviaire et plus de 50 % des véhicules automobiles, 87 % de la production de :Charbon, 41 % de la production de maïs, 25 % du PNB de l'ensemble du continent. Le décalage est plus énorme si on limite a comparaison avec les seuls pays de l'Afrique australe : l'Angola, le Mozambique, la Zambie, le Botswana, le Zimbabwe, Malawi, la Tanzanie, la Namibie, le Lesotho et le Swaziland. La RSA a en effet un revenu national qui voisine 80 % du revenu global de toute la région. Elle réalise près des deux tiers de son volume commercial extérieur et contrôle en fait tous les débouchés extérieurs de la Zambie, du Zimbabwe et même du Zaïre. L'industrie sud-africaine se trouve essentiellement répartie autour de quatre centres industriels : Le Cap, Port Elizabeth-Uitenhage, Durban-Pietermaritzburg, Pretoria -Vaal Triangle.
La population
Lorsqu'on aborde l'étude de la population il est impossible de contourner les réalités politico-idéologiques du régime d'apartheid.
En effet, la population est classifiée à partir de la « race », notion antiscientifique s'il en est. Quand il s'agit de la répartition numérique des ethnies, elle ne concerne que la catégorie des Africains » alors qu'elle n'est pas prise en compte pour les Blancs, pourtant issus d'horizons et d'ethnies différents. Les Africains » sont intégrés à une ethnie sur la base de leur langue ou de leurs parents, ce qui n'est pas plus scientifique. Métis et Asiatiques sont pris globalement.
Ces remarques amènent quelques précisions
— premièrement : a contrario des idées racistes à dominante paternaliste, même habillées de « gauche », nous récusons l'idée de la non-unicité de l'humanité que sous-tend le fameux « droit à la différence » et qui fait qu'une population est abordée avant tout par ce qui la différencie — différenciation posée comme immuable ;
— deuxièmement : si l'approche « ethnique » dans l'étude d'une population est légitime pour expliquer son histoire, sa culture, son apport, elle ne peut légitimer l'établissement de classements ou d'échelles de valeurs, encore moins « figer » l'existence de facteurs tout aussi secondaires et superficiels que la couleur des cheveux, des yeux, de la peau, la forme du nez, et d'en faire des critères de différenciation sociale et culturelle ;
— troisièmement : nous n'utiliserons les termes de la classification raciste (Blancs, métis, Indiens, Africains) que parce qu'ils décrivent des réalités sociales, des statuts différents.
Les chiffres de population donnés par l'Afrique du Sud ne correspondent pas à ceux retenus par les statistiques internationales. Officiellement, en 1986, la population était de 28,7 millions d'habitants quand en réalité elle approchait 32,9 millions. La raison du décalage tient au fait que les autorités racistes ont retiré de la population sud-africaine des habitants (tous Noirs) de quatre pseudo-États, appelés bantoustans ou homelands, auxquels on a attribué une indépendance fictive, justement en vue de diminuer la population noire du pays. Nous raisonnerons quant à nous sur les chiffres réels, 32,9 millions donc, répartis « racialement » par la statistique de la manière suivante :
Africains = 24,7 millions
Blancs = 4,6 millions
Métis = 2,8 millions
Indiens = 0,8 millions
Les Africains, appelés autrefois « Bantous », constituent et de loin le groupe majoritaire de la population. C'est lui qui ne possède aucun droit. Les autorités ont voulu morceler la population africaine en dix « nations » sur la base de la langue. En réalité, il n'y a que quatre groupes linguistiques qui se répartissent de la manière suivante :
Nguni— 57 %, lequel se subdivise en Zoulou, Xhosa, Swazi et Ndebele, possédant 70 % de vocabulaire commun ;
Sotho- 36 %, mais qui présente avec le premier groupe, comme le souligne Marianne Cornevin (Voir Marianne Cornevin, la République sud-africaine, « Que sais-je ? », PUF, Paris 1982. ) , des rapports du même type que le français et l'italien, ou la langue d'oc, et bien plus proches qu'entre les deux langues « blanches » — l'afrikaans et l'anglais
— les deux autres groupes sont le Shangaan-tsonga— 4 %, et le Venda-3 %.
Par rapport à d'autres pays d'Afrique (ou d'autres continents), la population africaine ici a une homogénéité linguistique et culturelle remarquable. Avec beaucoup d'à-propos, Marianne Cornevin souligne que cette répartition linguistique est très proche de celle de la communauté b1anche.
Les Blancs forment deux communautés linguistique : les Africaners perlen l’africaans, dialecte issu du Néerlandais, et représente 58 % de la population blanche ;les anglophones :37 %. Le reste est composé d'éléments gardant leurs spécificités linguistiques et culturelles : Allemands, Portugais, etc., mais s'intégrant peu à peu dans le groupe anglophone. Une communauté juive importante (5 % de la population blanche) est pour l'essentiel intégrée aux anglophones.
Les métis sont concentrés dans la province du Cap (87 % d'entre eux y vivent) ; ils sont nés de l'union au cours des trois derniers siècles des colons européens avec les femmes aborigènes, puis avec leurs esclaves provenant du Mozambique, de Madagascar, des colonies hollandaises de l'océan Indien. Ils parlent à 90% l’afrikaans. Ils sont victimes de l’apartheid adopté un certain nombres de lois les visant particulièrement.