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suivi de :
Friedrich Engels et le socialisme scientifique dans la Chine contemporaine
par Peter Franssen

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TABLE DES MATIÈRES
Enfance et jeunesse
Le début de l'activité politique. Engels, démocrate révolutionnaire
Le passage au matérialisme et au communisme
Avec Marx. L'élaboration des principes du communisme scientifique. Le début de la lutte pour la création d'un parti prolétarien
Dans les combats révolutionnaires
Pendant la période de réaction et de nouvel essor des mouvements démocratiques et prolétariens
A l'époque de la 1ère Internationale et de la Commune de Paris
Les dernières années avec Marx
Guide et chef des socialistes européens
ENFANCE
?? JEUNESSE
Friedrich Engels naquit le 28 novembre 1820 à Barmen, dans la famille d'un fabricant de tissus.
La patrie d'Engels, la Prusse rhénane, fut la première région d'Allemagne dans laquelle s'implantèrent et se développèrent l'industrie mécanique et la grosse industrie capitaliste apparues d'abord en Grande-Bretagne. C'est ici que se formèrent les premiers éléments du prolétariat industriel et que commencèrent à se dessiner les contradictions entre la classe ouvrière et la bourgeoisie.Le système industriel capitaliste apporta de nouveaux malheurs aux masses laborieuses, accentua l'exploitation des ouvriers, y compris des femmes et des enfants.Les scènes de misère et de détresse observées par Engels dans son enfance lui laissèrent une impression ineffaçable. Dans son premier ouvrage intitulé Lettres du Wu???rtal (Le Wuppertal est la vallée de la Wupper. Deux villes voisines s'y trouvaient: Barmen et Elberfeld. Ces deux villes fusionnèrent ensuite et prirent le nom de Wuppertal en 1930.), Engels décrit avec une compassion sincère la condition difficile des ouvriers industriels et des artisans de Barmen et d'Elberfeld. Les ouvriers ne connaîtraient pas ces malheurs, écrit Engels, si les propriétaires ne faisaient pas «fonctionner leurs fabriques d'une manière aussi insensée (K. Marx et F. Engels. Œuvres, t. 1, p. 456, éd. russe. ) ».
Les Lettres du Wuppertal suscitèrent une vive indignation dans le milieu hypocrite et exploiteur dénoncé par Engels. Et aucun lecteur de cet article anonyme ne pouvait imaginer que son auteur appartenait à l'honora ble famille d'un riche fabricant.
Le père d'Engels était un homme très pieux, conservateur et despotique.
Friedrich avait trois frères et quatre seeurs. Par la suite, les fils suivirent les traces de leur père et devinrent fabricants. Les filles épousèrent des hommes de leur milieu. Seul Friedrich s'engagea dans une voie opposée à la tradition familiale. Curieux et fantasque, il révéla de bonne heure une intelligence acérée, une grande indépendance d'esprit et de caractère. Une lettre adressée par le père d'Engels à son épouse montre l'inquiétude que lui procure l'éducation de son fils de 15 ans.
«Extérieurement, comme tu le sais, il est devenu plus courtois, mais, malgré les punitions rigoureuses antérieures, il me donne l'impression de ne pas vouloir apprendre à obéir inconditionnellement. Ainsi, j'ai été peiné de trouver aujourd'hui dans son secrétaire un autre roman de chevalerie relatant une histoire du Xllle siècle... J'éprouve souvent de la crainte pour ce garçon pourtant admirable. Que Dieu protège son âme (K.Marx et F.Engels, Œuvres, t.41, p.526, éd.russe) .»
Possédant des dons exceptionnels, le jeune garçon manifestait un immense intérêt pour la littérature, l'art, la musique et les langues étrangères. Il écrivait des vers, dessinait des caricatures. Gai et enjoué de nature, Engels était aussi physiquement endurant et remuant. Il pratiquait avec passion l'équitation et l'escrime, était un excellent nageur. Engels conserva toute sa vie sa passion du sport.
Au mois de septembre 1837, Engels fut contraint d'abandonner le lycée sans avoir achevé la terminale. Le père, qui vouait son ?remier-né à la carrière de commercant souhaitant l'in?tie? au métier. Tout d'abord, Engels pendant un an au comptoir paternel, puis il fut dans une grosse maison commerciale de Brême.
cependant, la perspective de devenir commerçant rien pour séduire le jeune Engels. A Brême, grand port de commerce, Engels eut la possibilité de lire des journaux britanniques, hollandais et français, de prendre connaissance de textes interdits en Allemagne. Livres et journaux élargirent l'horizon de Friedrich et furent pour lui une excellente école de langues étrangères. Engels fréquentait avec délectation les théâtres et les salles de concert, s'éprenait des symphonies de Beethoven.
A Brême, le jeune Engels observa attentivement la vie des travailleurs qui ne possédaient rien, mais qui constituaient «le meilleur de ce que le roi pouvait avoir dans
son Etat ( K.Marx et F.Engels, Œuvres, t.41, p.97, éd.russe ) ».
Préoccupé du développement spirituel de son fils, le père d'Engels l'avait placé chez un pasteur de Brême. Mais c'est justement sous ce toit pastoral que Friedrich éprouva les plus grandes incertitudes quant à 1a religion et rompit définitivement avec la foi de ses aïeux.
Il se mit à réfléchir sur les problèmes sociaux et politiques de l'évolution de la société. La situation sociale et politique qui existait alors dans l'Allemagne prérévolutionnaire et les pays limitrophes fournissait riche matière à réflexion, et elle exerça une influence considérable sur la formation des idées du jeune Engels.
LE DÉBUT DE L'ACTIVITÉ POLITIQUE.
ENGELS,
DÉMOCRATE RÉVOLUTIONNAIRE
La révolution bourgeoise de 1830 en France introduisit des dissonances dans la réaction consommée qui régnait en Europe. Il s'ensuivit des premiéres actions de classe indépendantes du prolétariat: les insurrections des canuts de Lyon en 1831 et 1834. Des troubles éclatèrent en Belgique, Pologne, Italie et Espagne. La lutte de classe s'exacerba en Grande-Bretagne également. E? 1832, consécutivement à une réforme parlementaire, la bourgeoisie industrielle accéda au pouvoir. Les ouvriers, qui avaient lutté activement en faveur de la réforme, prirent conscience de la trahison de la bourgeoisie et constituérent un mouvement indépendant (le chartisme).
Dans la seconde moitié des années 1830 et au début des années 1840, on vit naître en Allemagne, au sein de la bourgeoisie et de l'intelligentsia, divers groupes et courants oppositionnels. Regroupés dans des cercles littéraires et philosophiques, les oppositionnels exprimaient leur critique encore hésitante sous forme d'ouvrages littéraires et philosophiques.
Les disciples de gauche—dits jeunes hégéliens—du philosophe allemand Hegel appartenaient à ces groupes oppositionnels.
Le très grand mérite d'Hegel était de considérer tou les phénomènes se déroulant dans le monde de façon dialectique, du point de vue de leur apparition, de leur développement et de leur disparition. En recourant à cette méthode, Hegel avait tenté de mettre à jour les lois internes du développement de la nature et de la société humaine, de révéler la lutte des contraires sur laquelle repose ce développement.
Mais malgré tout son savoir encyclopédique et le caractére progressiste de sa méthode, Hegel ne réussit pas à élucider le problème qu'il s'était posé. Son système philosophique souffrait d'un vice fondamental: Hegel était idéaliste, par conséquent sa dialectique l'était aussi. Il considérait que l'assise du développement de la nature et de la société était le développement de l'esprit, de l' « idée absolue» qui aurait existé quelque part dès avant l'apparition du monde. L'« idée absolue» présentée par ??g?l comme créatrice de la nature et de la société humaine n'était rien d'autre que la foi en dieu sous enveloppe philosophique.
En fonction de ses vues politiques conservatrices, Hegel modifiait la dialectique, la rapportait seulement au passé et non au présent ni à l'avenir.
Les disciples d'Hegel influencés par la révolution française de 1830 et l'exacerbation des contradictions sociales et politiques en Allemagne étaient arrivés à d'autres conclusions. Si tout ce qui existe aujourd'hui doit tôt ou tard céder la place au nouveau, alors la fin ne doit-elle pas venir aussi pour la monarchie prussienne, la dominanation des seigneurs et le servage, l'arbitraire policier? Étant donné qu'à l'époque la politique était un domaine interdit en Allemagne, les jeunes hégéliens dirigeaient leur critique principalement contre la religion qui était l'un des piliers de la monarchie prussienne.
Cependant, ni la doctrine d'Hegel ni les idées de ses disciples de gauche qui, enfermés dans des questions de philosophie et de religion, étaient loin de la vie, de la pratique et de la politique, ne pouvaient satisfaire pleinenment Engels. Et celui-ci entreprit de démontrer la nécessité de l'unité et de l'interaction entre la science et la vie la philosophie et la politique, la pensée et l'action.
Les lettres d'Engels à ses amis et ses premiers essais littéraires attestent l'activité politique et l'état d'esprit révolutionnaire du jeune homme. Il rêvait au moment où l'ancien monde s'écroulerait, se réjouissait de la lutte à venir, sûr de la victoire. Son poème Un soir porte en épigraphe les paroles «Un jour viendra» du poète anglais Shelley qu'il appréciait beaucoup. Dans ce poème, en décrivant les ténèbres profondes dans lesquelles l'Allemagne était plongée, Engels rêvait du jour où viendrai l'«aube de la liberté».
«La terre ne sera plus qu'un immense jardin
Où pousseront les plantes de toutes les contrées.
Les palmiers couvriront les rivages du nord,
Les rosiers pousseront aux sommets des glaciers...»
(Marcel Ollivier. Marx et Engels, pètes, Editions Bergis, Paris, 1933, pp.160.161 )
Engels souffrait de ne pouvoir exprimer ses pensées dans une forme poétique irréprochable. Et, progressivement, il abandonna la lyre du poète pour la plume du publiciste.
Dans des articles publiés dans le Telégraph für Deutschland sous le presudonyme de F. Oswald et les lettres qu'il adresse à ses amis, Engels se révèle un ardent démocrate révolutionnaire. La haine de la monarchie, une profonde compassion pour le peuple opprimé et un puissant tempérament de révolutionnaire perçaient déjà dans ces articles et lettres du jeune Engels. Il combattait la monarchie, la propriété foncière féodale et les privilèges de la noblesse, l'arbitraire des hobereaux et des fonctionnaires. Il lança le mot d'ordre: «Plus d'états, seulement une grande nation unie de citoyens égaux en droits !» ( K.Marx et F.Engels, Œuvres, t.41, p.427, éd.russe)
Dans ses articles, Engels énonça la tâche principale de la révolution démocratique bourgeoise en Allemagne: la réunification du pays économiquement et politiquement morcelé, constitué de 38 petits et minuscules Etats. Tout en luttant pour la création d'un Etat allemand démocratique unifié, Engels oeuvrait contre les tentatives entreprises par la Prusse réactionnaire pour accéder à la suprématie lo?s de la réunification du pays.
Telles étaient, succinctement, les idées politiques développées par Engels dans les articles et lettres rédigés pendant son activité commerciale à Brême. Sa largeur de vues, son tempérament de révolutionnaire et sa compréhension réelle des souffrances des masses laborieuses plaçaient le jeune Engels bien au-dessus de son milieu.
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Au printemps 1841, Engels rentra à Barmen et, peu après, il gagna Berlin pour y accomplir ses obligations militaires.
A Berlin, il s'engagea dans une brigade d'artillerie où il put jouir de tous les «délices» du dressage militaire prussien. Cependant, Engels sut aussi en tirer profit: il étudia à fond la chose militaire et obtint bientôt le grade de brigadier d'artillerie. Par la suite, il étudia très sérieusument la science militaire.
Pendant ses loisirs, Engels fréquentait l'Université de Berlin en auditeur libre, attachant une attention toute particulière aux cours de philosophie. Engels s'y rapprocha du cercle des jeunes hégéliens auquel appartenaient les frères Bruno et Edgar Bauer, Max Stirner et d'autres. Engels avait déjà beaucoup entendu parler de Karl Marx, mais celui-ci avait quitté ce cercle peu de temps avant son arrivée à Berlin.
Dans la capitale prussienne, Engels ne tarda pas à se passionner pour les joutes philosophiques que menaient alors les jeunes hégéliens. Il publia un article anonyme, puis deux brochures dénonçant les vues réactionnaires du philosophe Schelling et ses tentatives pour concilier religion et science, foi et savoir.
Avec la pression et la fougue juvénile qui lui étaient propres, le soldat, étudiant et philosophe se rua dans la bataille contre l'illustre savant. «...Une certaine passion est inhérente au combattant, écrivait Engels, celui qui met sabre au clair froidement est rarement profondément exalté par la cause pour laquelle il.combat » ( K.Marx et F.Engels, Œuvres, t.41, p.168, éd.russe).
Pour contrebalancer Schelling dont l'intention était de tailler en pièces la philosophie d'Hegel, Engels prit la défense de ce que cette philosophie recélait de rationnel et de progressiste. Dans le même temps, il mit l'accent sur l'inconséquence d'Hegel, sur l'immense contradiction entre sa «dialectique inquiète» et ses conclusions politiques conservatrices.
En critiquant la philosophie réactionnaire et mystique de Schelling, Engels fut le premier jeune hégélien à brandir ouvertement le drapeau de l'athéisme, et cela en citant à maintes reprises le livre de Ludwig Feuerbach Essence du christianisme (1841) dont la critique matérialiste de la religion exerça sur lui une profonde influence.
Dans les ouvrages d'Engels contre Schelling, certes encore imprégnés d'idéalisme, on note déjà la transition de l'idéalisme au matérialisme. Ces ouvrages philosophiques d'Engels se distinguent aussi de ceux des autres jeunes hégéliens par leur esprit combatif, révolutionnaire. Dans les articles consacrés aux problèmes philosophiques, on sent déjà le grondement de la révolution qui approche. Et le jeune Engels la salue lorsqu'il achève la brochure Schelling et la révélation sur ces mots: «...II approche, le jour de la grande décision, le jour de la victoire des peuples, et la victoire sera pour nous! (Friedrich Engels, Sa vie, son œuvre, Editions du Progrès, Moscou, 1976, p.28 ) ».
Le 8 octobre 1842, Engels termine son service militaire Quand il rentra à Berlin, son père lui proposa de faire un stage commercial en Grande-Bretagne, à la filature de coton «Ermen et Engels» à Manchester. Son père était visiblement mû moins par la volonté d'élever la qualification professionnelle de son fils que par le désir de l'éloigner de l'atmosphère toujours plus tendue de la lutte idéologique qui sévissait dans l'Allemagne prérévolutionnaire. Engels n'avait jamais signé ses articles de son vrai nom, néanmoins ses idées révolutionnaires et démocratiques n'étaient pas un secret pour sa famille. On ignore si Engels s'opposa au projet de son père. Il est aussi possible que ce plan ait été ce qu'il souhaitait le plus. Quoi qu'il en soit, le séjour en Grande-Bretagne c'est avéré extrêmement profitable au jeune Engels et a marqué un tournant dans son évolution idéologique.
LE PASSAGE
AU MATÉRIALISME
ET AU COMMUNISME
Friedrich Engels arriva à Londres par une journée de novembre 1842. A l'époque, la capitale de la Grande-Bretagne était aussi différente de la capitale prussienne que l'était la Grande-Bretagne, la patrie du capitalisme et de la grosse industrie, de l'Allemagne principalement agricole.
La révolution industrielle suscitée dans la seconde moitié du XVIIIe siècle par l'invention des machines et l'apparition des fabriques avait transformé la Grande-Bretagne en pays capitaliste. De nouvelles classes avaient vu le jour: la bourgeoisie industrielle et le prolétariat.
A l'époque, dans aucun autre pays, les contradictions entre le prolétariat et la bourgeoisie n'étaient aussi aiguës qu'en Grande-Bretagne. Avec énormément d'attention et de compassion, Engels étudie la condition des ouvriers, leur existence, leurs points de vue, les formes et les méthodes de leur lutte. Il ne se limite pas à l'étude de livres et de documents officiels. Engels erre dans les rues bruyantes de Londres, de Leeds et de Manchester, dans les quartiers ouvriers. Il connaissait particulièrement bien Manchester où il vivait et travaillait. Pendant ses loisirs, Engels quittait la partie commerciale de la ville pour les quartiers ouvriers. Il était fréquemment accompagné de Mary Burns, une jeune ouvriére irlandaise rencontrée à Manchester.
Le séjour d'Engels en Grande-Bretagne coïncida avec l'essor du mouvement chartiste. Engels assistait à des réunions et des meetings chartistes, il établit des liens avec les dirigeants de l'aile gauche du mouvement chartiste, notamment avec George Julian Harney, rédacteur au journal chartiste The Northern Star (Etoile du Nord). Engels fit aussi la connaissance des socialistes britanniques, partisans des idées du grand socialiste utopiste Robert Owen. Il commença à collaborer à leur organe de presse The New Moral World (Le nouveau monde moral), dans lequel il publia des articles consacrés au mouvement socialiste sur le continent. Dans ces articles, Engels familiarisait les ouvriers britanniques avec le mouvement socialiste en France, en Allemagne et en Suisse, avec les idées des grands socialistes utopistes francais Henri Saint-Simon et Charles Fourier, avec les conceptions d'Etienne Cabet, de Pierre Leroux, de Pierre Joseph Proudhon, de Wilhelm Weitling. Sous une forme succincte, il parlait des philosophes allemands Kant, Fichte et Schelling, des théories d'Hegel qui constituaient le sommet de la philosophie idéaliste allemande. Tout en critiquant leurs insuffisances, Engels met aussi l'accent sur ce que chacun d'eux a apporté au patrimoine de la culture mondiale.
Dans l'article intitulé «Les succès du mouvement pour une transformation sociale sur le continent», Engels indique que dès l'automne 1842 certains disciples de gauche d'Hegel en étaient arrivés à la conclusion que les reformes politiques seules étaient insuffisantes et que seule une révolution sociale, fondée sur la propriété collective, pouvait instaurer un régime social répondant à leurs principes. Parmi ces hégéliens de gauche, Engels cite le nom de Karl Marx et le sien également. Par conséquent, dès avant son départ pour la Grande-Bretagne, Engels avait fait un premier pas vers le communisme, mais un communisme qui à l'époque était encore quelque chose de très indéterminé, de très confus.
C'est lors de son séjour en Grande-Bretagne qu'Engels devint définitivement communiste. Son cheminement indépendant vers le matérialisme et le communisme, un cheminement fondé sur ses recherches et sa propre expérience, est reflété dans les ouvrages écrits au cour de cette période. Dans Esquisse d'une critique de l'économie politique, il émet un jugement sévère à l'égard de l'économie politique bourgeoise et du capitalisme à partir de la position du prolétariat. A l'opposé des économistes bourgeois qui considèrent que les lois du capitalisme sont éternelles et immuables, Engels estime qu'elles sont conditionnées par l'histoire et éphémères.
Le passage d'Engels aux conceptions communistes eut lieu en association étroite avec sa transition de l'idéalisme au matérialisme.
Les philosophes se classent en deux grands camps— les matérialistes et les idéalistes—en fonction des réponses quils donnent à la question du rapport de la conscience à l'être, du rapport de l'esprit à la nature. Ceux qui considèrent que le développement de l'esprit détermine le développement de la nature et qui, partant, admettent en dernière analyse la création du monde constituent le camp idéaliste. Ceux qui prennent la nature comme principe de base appartiennent aux diverses écoles matérialistes.
Le passage d'Engels aux positions matérialistes est nettement visible dans son analyse du système social et politique de la Grande-Bretagne. Engels conclut qu'en Grande-Bretagne la lutte politique a pour assise les intérêts matériels de classes différentes: il révèle la nature de classe des partis qui combattent sur la scène politique, le caractère de classe de l'Etat britannique. Engels définit le parti tory au pouvoir comme le parti de la noblesse et du clergé réactionnaire, le parti libéral whig comme celui des fabricants et des commerçants et le parti chartiste comme un parti dont les principes sont l'expression de la conscience collective des ouvriers britanniques.
C'est dans le livre « La situation de la classe laborieuse en Angleterre », achevé après sa rencontre avec Marx et publié en Allemagne en 1845, qu'Engels dressa le bilan de l'étude des rapports sociaux en Grande-Bretagne et, au premier chef, de la vie et de la lutte du prolétariat. Dans cet ouvrage, Engels est le premier socialiste à fournir une analyse des conséquences profondes de la révolution industrielle en Grande-Bretagne. Il y révèle plusieurs lois du capitalisme britannique, de la production capitaliste: crises économiques périodiques, formation d'une armée industrielle de réserve (les chômeurs), aggravation de l'exploitation de la classe ouvrière et des masses laborieuses au fur et à mesure de la croissance du capital. Après avoir décrit de manière éclatante et véridique les conditions de travail et d'existence des ouvriers, leur salaire, leur journée de travail et leurs conditions d'habitat, le dur travail des femmes et des enfants, la situation désespérée des sans-travail, Engels conclut que des intérêts du prolétariat et de la bourgeoisie sont incompatibles.
AVEC MARX.
L'ÉLABORATION DES PRINCIPES
DU COMMUNISME SCIENTIFIQUE.
LE DÉBUT DE LA LUTTE
POUR LA CRÉATION
D'UN PARTI PROLÉTARIEN
A la fin du mois d'août 1844, Engels quitta Manchester. Sur le chemin du retour au pays, il s'arrêta à Paris où il rendit visite à Karl Marx qui y vivait. Jusque-là, ils ne s'étaient vus qu'une fois, et en coup de vent. Il est vrai qu'Engels avait envoyé ses articles à la rédaction de la Gazette Rhénane à Cologne—dont Marx était le rédacteur—d'abord de Berlin, puis de Manchester. En janvier 1843, le gouvernement prussien décréta la fermeture de la Gazette Rhénane dont la tendance démocratique révolutionnaire se précisait.
Marx avait décidé de quitter l'Allemagne pour pouvoir faire paraître à l'étranger un organe de propagande révolutionnaire et socialiste. A la fin du mois d'octobre 1843, après avoir épousé Jenny von Westphalen, il s'était installé à Paris. Conjointement avec A. Ruge, Marx y avait lancé la publication des Annales franco-allemandes.
Parmi les articles parus dans cette revue, il y avait eu «Esquisse d'une critique de l'économie politique» d'Engels. Ce travail avait relancé l'activité de Marx en matière d'économie politique, activité commencée à l'occasion de la parution dans la Gazette Rhénane d'articles sur la condition de la paysannerie.
Les dix jours passés à Paris au mois d'août 1844 scellèrent l'amitié de Marx et d'Engels, que rien désormais ne détruira, l'alliance de deux grands esprits qui armèrent la classe ouvrière d'une théorie révolutionnaire, de principes stratégiques et tactiques. «Les légendes antiques rappportent des exemples touchants; d'amitié, écrivit Lénine. Le prolétariat d'Europe peut dire que sa science a été créée par deux savants, deux lutteurs, dont l'amitié surpasse tout ce que les légendes des Anciens offrent de plus émouvant (V.Lénine, Œuvres, t.2, Editions Sociales, Paris, Editions du Progrès, Moscou, p.20 ) .»
Au moment de leur rencontre à Paris, Marx et Engels étaient déjà communistes.
Le philosophe allemand Ludwig Feuerb??h joua un rôle considérable dans le passage de Marx et Engels au matérialisme. Dans son livre Essence du christianisme, Feuerbach démontrait que ce n'est pas dieu qui avait créé l'homme à son image, que c’est non pas l’esprit, lidée ou la pensée qui déterminait l’être, mais au contraire l’être qui déterninait la pensée.
Tout en portant une haute appréciation de I a philosophie de Feuerbach, Marx et Engels surent voiR en même temps le caractère restreint de son matérialisme. Dans l'appréhension du processus historique, Feuerbach restait un idéaliste Marx et Engels arrivèrent à la gonclusion que le point de vue matérialiste devait être appliqué de manière conséquente aussi bien lors de l'explication des phénomènes sociaux que lors de l'étude de l’histoire de la société humaine. A la différence de feuerbach, qui avait simplement rejeté la dialectique idéaliste d'Hegel, Marx et Engels entreprirent de la remanier sous un angle critique. La tâche consistait à réunir le matéralisme et la dialectique en un seul tout, en une conception du monde scientifique d'un seul tenant.
Pendant le séjour de dix jours d'Engels à Paris, il s'avéra que lui-même et Marx étaient arrivés à la même conclusion après avoir suivi des chemins différents. Ils décidèrent d'énoncer les principes de la nouvelle conception du monde révolutionnaire et matérialiste dans un livre conjoint dont ils entamèrent aussitôt la rédaction. Engels eut le temps d'écrire quelques chapitres; pour l'essentiel, c'est Marx qui réalisa cet important ouvrage. Celui-ci parut sous le titre ironique de La Sainte Famille ou la critique de la critique critique. Contre Bruno Bauer et Compagnie, il était dirigé contre les jeunes hégéliens avec qui ils avaient rompu à l'époque.
En critiquant les conceptions idéalistes de Bruno Bauer et de ses partisans, qui considéraient que seules des personnalités choisies créaient l'histoire, Marx et Engels avancent dans La Sainte Famille une des principales thèses du matérialisme historique selon laquelle ce sont non pas des «héros» isolés, mais les masses populaires qui sont les véritables créateurs de l'histoire. Ils démontrent qu'au fil de l'histoire les masses populaires joueront un rôle de plus en plus grand et de plus en plus conscient dans le développement historique. L'idée déjà presque achevée de la mission libératrice historique de portée universelle du prolétariat est énoncée dans La Sainte Famille. A l'opposé des socialistes utopistes qui ne voyaient dans la classe ouvrière qu'une masse impuissante et martyre, Marx et Engels démontrent que le prolétariat, la classe la plus opprimée, déjà organisée dans le processus même de la production capitaliste, était appelé à réaliser la transformation révolutionnaire du monde.
L'idée du rôle historique de portée mondiale du prolétariat fut le fondement solide sur lequel fut érigé l'édifice du communisme scientifique. «L'essentiel, dans la doctrine de Marx, écrivait Lénine, c'est qu'elle a mis en lumière le rôle historique mondial du prolétariat comme bâtisseur de la société socialiste (V.Lénine, Œuvres, t.18, p.606 ) .» Cette découverte fondamentale transforma le socialisme d'utopie en science au service de la lutte révolutionnaire de la classe ouv?ière. Arrivé à Barmen, Engels entreprit d'achever La situ?tion de la classe laborieuse en Angleterre et se lança parallèlement dans l'action révolutionnaire pratique. Il se renndit dans plusieurs villes pour y nouer des liens avec les socialistes locaux. Dans les discours qu'il prononçait aux réunions, Engels expliquait que le développement du capitalisme aboutirait inévitablement à la révolution sociale qui donnera le jour à une sociéte fondée sur des principes collectivistes et dans laquelle les moyens de production appartiendront au peuple tout entier. Toute guerre de rapines sera exclue de cette société, prédisait Engels.
Dans des lettres enthousiastes, Engels parlait de ces ?éunions à Marx, heureux d'«être devant des hommes ??uls, en chair et en os, de leur enseigner la doctrine drrectement, concrètement, et sans ambages, au lieu de se livrer, devant les seuls «yeux de l'esprit », à ce maudit travail abstrait de scribouillard pour un public abstrait (Friedrich Engels, Sa vie, son œuvre,p.58 ) ».
Cependant, cette joie était assombrie par les rapports tendus au sein de sa famille du fait de son activité politique et de son renoncement au «maudit mercantilisme». Au printemps 1845, Engels part pour Bruxelles où se trouve Marx expulsé de Paris sur la demande du gouvernement prussien.
Se souvenant de sa rencontre avec Marx à Bruxelles, Engels écrivit par la suite: «Quand nous nous retrouvâmes à Bruxelles au printemps 1845, Marx avait déjà ... complètement construit sa théorie matérialiste de l'histoire, et nous nous mîmes à développer par le détail et dans les directions les plus diverses notre nouvelle conception (K. Marx et F. Engels. Œuvres,choisies en trois volumes, t.III , Editions du Progrès, Moscou 1974, p. 185. )»
Leur nouvelle conception, Marx et Engels l'énoncère dans un grand ouvrage intitulé L’idéolo?ie allemand. Cet ouvrage ne devait pas paraître, aucun éditeur n'aya accepté de l'imprimer (L’idéologie allemande fut publié intégralement en U.R.S.S. en 1932 en allemand et en 1933 en russe) . «Nous abandonnâmes d'autant plus volontiers le manuscrit à la critique rongeuse d’une souris que nous avions atteint notre but principal, voir clair en nous-mêmes (K.Marx et F.Engels, Œuvres choisies en trois volumes, tome premier, p.526 ) », écrivit Marx.
Dans L’idéolo?ie allemande, en critiquant les vues des jeunes hégéliens, Marx et Engels critiquèrent la philosophie d'Hegel et la philosophie idéaliste en général. ??ut en rendant hommage aux mérites de Feuerbach dans lutte contre l'idéalisme, Marx et Engels révèlent les insuffisances de son matérialisme métaphysique, restrein passif, contemplatif. De nombreuses pages sont consacrées à la dénonciation du «socialisme vrai» petit bourgeois dont les adeptes se prononçaient contre 1a lutte de classe en catéchisant l'amour, la fraternité, justice, etc.
La portée théorique de L’idéolo?ie allemande réside dans le fait que cet ouvrage a énoncé pour la première fois les principes essentiels du matérialisme historique cette grande découverte de Marx qui marqua un tournant radical, révolutionnaire dans la philosophie et la compréhension de l'histoire universelle. Cette découverte transforma l'histoire en science véritable.
Marx montra que l'assise du processus historique est constituée par les conditions de vie matérielle de la société et les modes de production des biens matériels. Par conséquent, les raisons fondamentales des changements historiques doivent être recherchées non pas dans des idées, des théories ou des conceptions politiques abstraites, mais dans les conditions de vie matérielles de la société, dans la vie sociale dont ces idées, théories et ?onceptions politiques sont le reflet.
C'est dans L’idéolo?ie allemande que fut avancée pour la première fois l'idée de la loi objective de la sucession historiquement conditionnée des formations socio-économiques. La croissance des forces productives met celles-ci en contradiction avec les rapports de production existants. Ces contradictions trouvent leur expression politique dans la lutte de classe qui est la force motrice du développement dans le contexte des sociétés antagoniques. Cette force conduit à la révolution et au remplacement d'une formation socioonomique par une autre (par exemple, le féodalisme remplacé par le capitalisme). Au cours de la révolution, hommes modifient les rapports sociaux et se transforment eux aussi.
Plusieurs thèses fondamentales de l'économie politique marxiste sont énoncées dans L’idé?l?g?? allemande. Su? la base de l'analyse des lois du développement du capitalisme, Marx et Engels démontrent l'inéluctabilité d. sa mort, fondent théoriquement la nécessité de la solution socialiste. Pour détruire la société capitaliste, le prolétariat doit, comme toute classe voulant accéder à la domination, tout d'abord s'emparer du pouvoir politique. Cette thèse recèle l'embryon de la doctrine marxiste la dictature du prolétariat. Certains contours de la future société communiste sont aussi ébauchés dans L'idéologie allemande.
A la différence des socialistes utopistes, pour Marx et Eng?ls le communisme n'est pas le rêve fantastique d'un devenir merveilleux, mais une nécessité objective, un oh?ectif historiquement conditionné, réalisé à l'aide de moyens révolutionnaires concrets. En critiquant le matérialisme passif contemplatif de Feuerbach, Marx et Engels soulignent avec force l'unité indéfectible de la théorie et de la pratique révolutionnaires, le rôle efficace, transformateur de la théorie d'avant-garde. Cette idée est exprimée avec une clarté et une concision extrême dans les fameuses Thèses sur Feuerbach écrites par Marx 1845: «Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, mais il s'agit de le transformer ( K.Marx et Friedrich Engels, Œuvres choisies en trois volumes, tome premier, p.9) » . L'Idéologie allemande fut une étape très importa dans la formation des principes théoriques et philosophiques du communisme scientifique que sont le matérialsme dialectique et le matérialisme historique.
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En soulignant le caractère révolutionnaire dynamique de leur doctrine pour contrebalancer la philosophie Feuerbach, Marx et Engels ne pouvaient se contenter de fonder scientifiquement leurs vues et de les énoncer au monde «scientifique». Simultanément à l'élaboration leur théorie révolutionnaire, ils engagèrent la lutte pour l'union du socialisme avec le mouvement ouvrier, pour la création d'un parti ouvrier. Cette tâche était particulièrement actuelle du fait de la maturation de la situation révolutionnaire dans plusieurs pays d'Europe. A l'époque, il existait à Paris—et par la suite à Londre également—quelques sections de l'organisation clandestine de la Ligue des Justes, principalement constituée d'artisans allemands. En 1843, à Londres, Engels avait fait la connaissance de trois dirigeants de la Ligue: K Schapper, Heinrich Bauer et Joseph Moll. Il renoua contact avec eux au cours d'un voyage de six semaines accompli avec Marx en Angleterre en 1845. Ces membres de la Ligue des Justes avaient pris la direction de Société civilisatrice des ouvriers allemands créée à Londres en 1840.
Le congrès de la Ligue se tint à Londres au début du mois de juin 1847. En raison de difficultés financières, Marx ne put s'y rendre; les communes parisiennes y déléguèrent Engels tandis que les Bruxellois envoyèrent Wilhelm Wolff.
Au cours du congrès, la Ligue des Justes fut rebaptisée Ligue des communistes. L'ancien slogan de la Ligue « Tous les hommes sont frères» fut remplacé par le mot d'ordre proclamé par Marx et Engels : «Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!» Ce mot d'ordre, exprimant le principe de l'internationalisme prolétarien, est resté le mot d'ordre de combat des prolétaires en lutte contre l'esclavage capitaliste.
Les projets des Statuts et du programme adoptés par le congrès furent soumis à l'examen des communes et définitivement entérinés au Ile Congrès de la Ligue des communistes.
Le IIe Congrès de la Ligue des communistes s'ouvrit le 29 novembre 1847 à Londres. Engels y assista en qualité de représentant des communes parisiennes et Marx comme envoyé de la commune bruxelloise de la Ligue. Le congrès entérina certaines modifications du projet des Statuts. La formulation classique de Marx et Engels du premier article des Statuts était dorénavant: «Le but de la Ligue, c'est le renversement de la bourgeoisie, le règne du prolétariat, la suppression de la vieille société bourgeoise fondée sur les antagonismes de classes et la londation d'une nouvelle sociéte sans classes et sans propriété privée (K.Marx et F.Engels, Œuvres choisies en trois volumes, t.III, pp. 188-189. ).» Au terme de débats animés et prolongés sur le programme, au cours desquels Marx et Engels défendirent la nouvelle théorie, les principes défendus par eux furent adoptes à l'unanimité. Marx et Engels furent chargés d'élaborer un manifeste.
Marx et Engels mirent à profit leur séjour à Londres pour élargir les contacts avec les ouvriers communistes ainsi qu'avec des démocrates de divers pays. Ils assistèrent à un meeting international des démocrates consacré à l'anniversaire de l'insurrection polonaise de 1830. Dans les discours qu'ils y prononcèrent, Marx et Engels tracèrent les grandes lignes de la politique du prolétariat en ce qui concerne la question nationale. Ainsi, Engels avança une thèse qui devait devenir un principe directeur pour le prolétariat dans la question nationale: «Une nation qui en opprime d'autres ne saurait être libre. (Friedrich Engels, Sa vie, son œuvre , p .118 ) »
De retour à Bruxelles, Marx et Engels travaillèrent conjointement sur le Manifeste jusqu'à la fin du mois de décembre, après quoi Engels rentra à Paris, tandis que Marx mit la dernière main à l'élaboration du programme de la Ligue des communistes.
Le Manifeste du parti communiste fut publié à Londres au mois de février 1848. Ce premier document de programme du communisme scientifique devint par la suite, comme l'écrivit Engels, «l'œuvre la plus répandue, la plus internationale de toute la littérature socialiste, le programme commun de millions d'ouvriers de tous les pays, de la Sibérie à la Californie (K.Marx et Friedrich Engels, Œuvres choisies en trois volumes, tome premier, P.105 ) ».
Le Manifeste du parti communiste fournit pour la première fois un énoncé extrêmement succinct et précis de la théorie révolutionnaire du prolétariat : le communisme scientifique. «Cet ouvrage expose avec une clarté et une vigueur remarquables la nouvelle conception du monde, le matérialisme conséquent étendu à la vie sociale, la dialectique, science la plus vaste et la plus profonde de l'évolution, la théorie de la lutte des classes et du rôle révolutionnaire dévolu dans l'histoire mondiale au prolétariat, créateur d'une société nouvelle, la société communiste (V. Lénine. Œuvres, t. 21, p. 42. ) », écrivait Lénine.
Tout le contenu du Manifeste est consacré à l'argumentation scientifique de l'inéluctabilité de la mort historique du capitalisme et de son remplacement—en ?ésultat de la révolution prolétarienne et de l'instauration de la domination politique du prolétariat—par une société sans classes.
Dans le Manifeste, les fondateurs du marxisme démontre que toute l'histoire de l'humanité est l'histoire de la lutte des classes entre exploiteurs et exploités, entre classes dominantes et asservies. La société capitaliste qui succédé au féodalisme n'a fait que remplacer les anciennes classes par de nouvelles, qu'accentuer et exacerber les contradictions de classes. A l'opposé des idélogues bourgeois qui prétendent que l'État se situe au-dessus des classes, les pères du marxisme montrent dons le Manifeste que, dans la société capitaliste, le pouvoir d'État n'est rien d'autre qu'«un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière ( K.Marx et Friedrich Engels, Œuvres chosies en trois volumes, tomes premier, p.114) ».
Les pères du marxisme ont montré dans le Manifeste que la propriété privée des moyens de production freinait le développement des forces productrices. On voit s'exacerber de plus en plus la principale contradiction du capitalisme, la contradiction entre le caractère social de la production et le mode capitaliste privé d'accaparement des résultats de la production. Les contradictions du capitalisme apparaissent avec éclat dans les crises qui ébranlent périodiquement la société capitaliste. La bourgeoisie tente de surmonter les crises en détruisant ce que produisent les travailleurs, en conquérant de nouveaux marchés, en déclenchant des guerres de rapines qui apportent des malheurs incalculables à l'humanité. Mais en prenant toutes ces mesures, est-il dit dans le Manifeste, la bourgeoisie ne fait que préparer des crises encore plus dévastatrices. En défendant la propriété privée des moyens de production, la bourgeoisie, classe qui jadis fut progressiste, se transforme en classe de plus en plus réactionnaire, en frein sur la voie menant l'humanité au système supérieur, au communisme.
La révolution socialiste et la conquête du pouvoir politique par le prolétariat constituent le moyen radical permettant d'affranchir l'humanité laborieuse des innombrables malheurs et souffrances que le capitalisme porte en soi.
Au cours de son développement, le capitalisme crée les prémisses matérielles pour la future société communiste et, en la personne du prolétariat, la classe qui sera le fossoyeur du capitalisme et le créateur de la société nouvelle. Classe révolutionnaire conséquente, le prolétariat ne peut s'affranchir sans affranchir aussi l'humanité tout entière de toute exploitation, de toute oppression.
Le Manifeste met en avant la thèse du rôle dirigeant du parti communiste en tant que condition de la lutte efficace et de la victoire du prolétariat. Les communiste expliquent Marx et Engels, sont la fraction la plus résolue, la plus avancée de la classe ouvrière; ils ont sur le reste des ouvriers l'avantage d'être armés d'une théorie révolutionnaire qui leur permet de comprendre les conditions, la marche et les finalités générales du mouvement prolétarien. Les communistes font valoir les intérêt communs des ouvriers indépendamment de leur nationalité. Ils prônent l'internationalisme prolétarien conséquent. A toutes les étapes de la lutte de la class ouvrière, des communistes partent des intérêts commun fondamentaux du prolétariat, de la tâche consistant anéantir toute oppression, toute exploitation.
En dénonçant la calomnie et le mensonge que la bourgeoise diffusait au sujet des vues et des intentions des commu nistes, les pères du marxisme énoncent ainsi dans Manifeste les véritables buts du parti prolétarien : renversement de la domination bourgeoise, conquête du pouvoir politique par le prolétariat.
«Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l'État, c'est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives (K.Marx et F.Engels, Œuvres choisies en trois volumes, tomes premier, p.130) .»
Cette thèse du Manifeste formule une des idées les plus remarquables du marxisme concernant la question de l'État.
«L'État, c'est-à-dire le prolétariat organisé en classe dominante, écrivait Lénine, c'est ça la dictature du prolétariat (V.Lénine, Œuvres complètes, t.33, p.119, éd.russe.).»
Le Manifeste contient une argumentation théorique approfondie du principe de l'internationalisme prolétarien proclamé par Marx et Engels. La domination du prolétariat, démontrent-ils, met fin au joug national, affranchit à jamais l'humanité de guerres de rapines.
La force de la prévision scientifique des pères du marxisme apparaît avec éclat dans le fait que dans le Manifeste ils ont tracé les grandes lignes de la société communiste de demain et démontré l'immense supériorité du régime social créé par le prolétariat. Marx et Engels ont montré que dans la société communiste il n'y aura aucun obstacle et, par conséquent, aucune limite au développement des forces productives. A l'opposé de la société capitaliste où prédomine le principe: «celui qui travaille n'acquiert rien tandis que celui qui acquiert ne travaille pas »,
dans la société communiste le travail sera un moyen d'enrichissement, d'allégement de la vie des travailleurs.