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suivi de :

 

Friedrich Engels  et le socialisme scientifique dans la Chine contemporaine

 

par Peter Franssen

 

 

 

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TABLE DES MATIÈRES

 

Enfance et jeunesse

 

Le début de l'activité politique. Engels, démocrate révolutionnaire

 

Le passage au matérialisme et au communisme

 

Avec Marx. L'élaboration des principes du communis­me scientifique. Le début de la lutte pour la création d'un parti prolétarien

 

Dans les combats révolutionnaires

 

Pendant la période de réaction et de nouvel essor des mouvements démocratiques et prolétariens

 

A l'époque de la 1ère   Internationale et de la Commune de Paris

 

Les dernières années avec Marx

 

Guide et chef des socialistes européens

 

 

 

 

 

 

 

ENFANCE

?? JEUNESSE

 

 

 

Friedrich Engels naquit le 28 novembre 1820 à Bar­men, dans la famille d'un fabricant de tissus.

 

 

 

La patrie d'Engels, la Prusse rhénane, fut la première région d'Allemagne dans laquelle s'implantèrent et se développèrent l'industrie mécanique et la grosse indus­trie capitaliste apparues d'abord en Grande-Bretagne. C'est ici que se formèrent les premiers éléments du prolé­tariat industriel et que commencèrent à se dessiner les contradictions entre la classe ouvrière et la bourgeoisie.Le système industriel capitaliste apporta de nouveaux malheurs aux masses laborieuses, accentua l'exploitation des ouvriers, y compris des femmes et des enfants.Les scènes de misère et de détresse observées par Engels dans son enfance lui laissèrent une impression ineffaçable. Dans son premier ouvrage intitulé Lettres du Wu???rtal (Le Wuppertal est la vallée de la Wupper. Deux villes voisines s'y trouvaient: Barmen et Elberfeld. Ces deux villes fusionnèrent ensuite et prirent le nom de Wuppertal en 1930.), Engels décrit avec une compassion sincère la condition difficile des ouvriers industriels et des arti­sans de Barmen et d'Elberfeld. Les ouvriers ne connaîtraient pas ces malheurs, écrit Engels, si les propriétaires ne faisaient pas «fonctionner leurs fabriques d'une manière aussi insensée (K. Marx et F. Engels. Œuvres, t. 1, p. 456, éd. russe. ) ».

 

 

 

Les Lettres du Wuppertal suscitèrent une vive indignation dans le milieu hypocrite et exploiteur dénoncé par Engels. Et aucun lecteur de cet article anonyme ne pouvait imaginer que son auteur appartenait à l'honora ble famille d'un riche fabricant.

 

 

 

Le père d'Engels était un homme très pieux, conserva­teur et despotique.

 

Friedrich avait trois frères et quatre seeurs. Par la suite, les fils suivirent les traces de leur père et devinrent fabricants. Les filles épousèrent des hommes de leur milieu. Seul Friedrich s'engagea dans une voie opposée à la tradition familiale. Curieux et fantasque, il révéla de bonne heure une intelligence acérée, une grande indé­pendance d'esprit et de caractère. Une lettre adressée par le père d'Engels à son épouse montre l'inquiétude que lui procure l'éducation de son fils de 15 ans.

 

 

 

«Extérieurement, comme tu le sais, il est devenu plus courtois, mais, malgré les punitions rigoureuses anté­rieures, il me donne l'impression de ne pas vouloir apprendre à obéir inconditionnellement. Ainsi, j'ai été peiné de trouver aujourd'hui dans son secrétaire un autre roman de chevalerie relatant une histoire du Xllle siè­cle... J'éprouve souvent de la crainte pour ce garçon pourtant admirable. Que Dieu protège son âme (K.Marx et F.Engels, Œuvres, t.41, p.526, éd.russe) .»

 

 

 

Possédant des dons exceptionnels, le jeune garçon manifestait un immense intérêt pour la littérature, l'art, la musique et les langues étrangères. Il écrivait des vers, dessinait des caricatures. Gai et enjoué de nature, Engels était aussi physiquement endurant et remuant. Il prati­quait avec passion l'équitation et l'escrime, était un excellent nageur. Engels conserva toute sa vie sa passion du sport.

 

 

 

Au mois de septembre 1837, Engels fut contraint d'abandonner le lycée sans avoir achevé la terminale. Le père, qui vouait son ?remier-né à la carrière de commercant souhaitant l'in?tie? au métier. Tout d'abord, Engels pendant un an au comptoir paternel, puis il fut dans une grosse maison commerciale de Brême.

 

 

 

cependant, la perspective de devenir commerçant rien pour séduire le jeune Engels. A Brême, grand port de commerce, Engels eut la possibilité de lire des journaux britanniques, hollandais et français, de prendre connaissance de textes interdits en Allemagne. Livres et journaux élargirent l'horizon de Friedrich et furent pour lui une excellente école de langues étrangères. Engels fréquentait avec délectation les théâtres et les salles de concert, s'éprenait des symphonies de Beethoven.

 

 

 

A Brême, le jeune Engels observa attentivement la vie des travailleurs qui ne possédaient rien, mais qui consti­tuaient «le meilleur de ce que le roi pouvait avoir dans

 

son Etat ( K.Marx et F.Engels, Œuvres, t.41, p.97, éd.russe ) ».

 

 

 

Préoccupé du développement spirituel de son fils, le père d'Engels l'avait placé chez un pasteur de Brême. Mais c'est justement sous ce toit pastoral que Friedrich éprouva les plus grandes incertitudes quant à 1a religion et rompit définitivement avec la foi de ses aïeux.

 

 

 

Il se mit à réfléchir sur les problèmes sociaux et politiques de l'évolution de la société. La situation socia­le et politique qui existait alors dans l'Allemagne prérévo­lutionnaire et les pays limitrophes fournissait riche matière à réflexion, et elle exerça une influence considérable sur la formation des idées du jeune Engels.

 

 

 

LE DÉBUT DE L'ACTIVITÉ POLITIQUE.

ENGELS,

DÉMOCRATE RÉVOLUTIONNAIRE

 

La révolution bourgeoise de 1830 en France introdui­sit des dissonances dans la réaction consommée qui régnait en Europe. Il s'ensuivit des premiéres actions de classe indépendantes du prolétariat: les insurrections des canuts de Lyon en 1831 et 1834. Des troubles éclatèrent en Belgique, Pologne, Italie et Espagne. La lutte de classe s'exacerba en Grande-Bretagne également. E? 1832, consécutivement à une réforme parlementaire, la bourgeoisie industrielle accéda au pouvoir. Les ouvriers, qui avaient lutté activement en faveur de la réforme, prirent conscience de la trahison de la bourgeoisie et constituérent un mouvement indépendant (le chartisme).

 

 

 

Dans la seconde moitié des années 1830 et au début des années 1840, on vit naître en Allemagne, au sein de la bourgeoisie et de l'intelligentsia, divers groupes et courants oppositionnels. Regroupés dans des cercles littéraires et philosophiques, les oppositionnels expri­maient leur critique encore hésitante sous forme d'ouvra­ges littéraires et philosophiques.

 

 

 

Les disciples de gauche—dits jeunes hégéliens—du philosophe allemand Hegel appartenaient à ces groupes oppositionnels.

 

 

 

Le très grand mérite d'Hegel était de considérer tou les phénomènes se déroulant dans le  monde de façon dialectique, du point de vue de leur apparition, de leur développement et de leur disparition. En recourant à cette méthode, Hegel avait tenté de mettre à jour les lois internes du développement de la nature et de la société humaine, de révéler la lutte des contraires sur laquelle repose ce développement.

 

 

 

Mais malgré tout son savoir encyclopédique et le caractére progressiste de sa méthode, Hegel ne réussit pas à élucider le problème qu'il s'était posé. Son système philosophique souffrait d'un vice fondamental: Hegel était idéaliste, par conséquent sa dialectique l'était aussi. Il considérait que l'assise du développement de la nature et de la société était le développement de l'esprit, de l' « idée absolue» qui aurait existé quelque part dès avant l'apparition du monde. L'« idée absolue» présentée par ??g?l comme créatrice de la nature et de la société humaine n'était rien d'autre que la foi en dieu sous enveloppe philosophique.

 

En fonction de ses vues politiques conservatrices, Hegel modifiait la dialectique, la rapportait seulement au passé et non au présent ni à l'avenir.

 

 

 

Les disciples d'Hegel influencés par la révolution fran­çaise de 1830 et l'exacerbation des contradictions socia­les et politiques en Allemagne étaient arrivés à d'autres conclusions. Si tout ce qui existe aujourd'hui doit tôt ou tard céder la place au nouveau, alors la fin ne doit-elle pas venir aussi pour la monarchie prussienne, la dominanation des seigneurs et le servage, l'arbitraire policier? Étant donné qu'à l'époque la politique était un domaine interdit en Allemagne, les jeunes hégéliens dirigeaient leur critique principalement contre la religion qui était l'un des piliers de la monarchie prussienne.

 

Cependant, ni la doctrine d'Hegel ni les idées de ses disciples de gauche qui, enfermés dans des questions de philosophie et de religion, étaient loin de la vie, de la pratique et de la politique, ne pouvaient satisfaire pleine­nment Engels. Et celui-ci entreprit de démontrer la nécessité de l'unité et de l'interaction entre la science et la vie la philosophie et la politique, la pensée et l'action.

 

 

 

Les lettres d'Engels à ses amis et ses premiers essais littéraires attestent l'activité politique et l'état d'esprit révolutionnaire du jeune homme. Il rêvait au moment où l'ancien monde s'écroulerait, se réjouissait de la lutte à venir, sûr de la victoire. Son poème Un soir porte en épigraphe les paroles «Un jour viendra» du poète anglais Shelley qu'il appréciait beaucoup. Dans ce poème, en décrivant les ténèbres profondes dans lesquelles l'Allemagne était plongée, Engels rêvait du jour où viendrai l'«aube de la liberté».

 

 

 

«La terre ne sera plus qu'un immense jardin

 

Où pousseront les plantes de toutes les contrées.

 

Les palmiers couvriront les rivages du nord,

 

Les rosiers pousseront aux sommets des glaciers...»

 

(Marcel Ollivier. Marx et Engels, pètes, Editions Bergis, Paris, 1933, pp.160.161 )

 

 

 

Engels souffrait de ne pouvoir exprimer ses pensées dans une forme poétique irréprochable. Et, progressive­ment, il abandonna la lyre du poète pour la plume du publiciste.

 

 

 

Dans des articles publiés dans le Telégraph für Deutschland sous le presudonyme de F. Oswald et les lettres qu'il adresse à ses amis, Engels se révèle un ardent démocrate révolutionnaire. La haine de la monarchie, une profonde compassion pour le peuple opprimé et un puissant tempérament de révolutionnaire perçaient déjà dans ces articles et lettres du jeune Engels. Il combattait la monarchie, la propriété foncière féodale et les privilè­ges de la noblesse, l'arbitraire des hobereaux et des fonctionnaires. Il lança le mot d'ordre: «Plus d'états, seulement une grande nation unie de citoyens égaux en droits !» ( K.Marx et F.Engels, Œuvres, t.41, p.427, éd.russe)

 

 

 

Dans ses articles, Engels énonça la tâche principale de la révolution démocratique bourgeoise en Allemagne: la réunification du pays économiquement et politiquement morcelé, constitué de 38 petits et minuscules Etats. Tout en luttant pour la création d'un Etat allemand démocrati­que unifié, Engels oeuvrait contre les tentatives entreprises par la Prusse réactionnaire pour accéder à la suprématie lo?s de la réunification du pays.

 

 

 

Telles étaient, succinctement, les idées politiques dé­veloppées par Engels dans les articles et lettres rédigés pendant son activité commerciale à Brême. Sa largeur de vues, son tempérament de révolutionnaire et sa compré­hension réelle des souffrances des masses laborieuses plaçaient le jeune Engels bien au-dessus de son milieu.

 

 

 

***

 

Au printemps 1841, Engels rentra à Barmen et, peu après, il gagna Berlin pour y accomplir ses obligations militaires.

 

 

 

A Berlin, il s'engagea dans une brigade d'artillerie où il put jouir de tous les «délices» du dressage militaire prussien. Cependant, Engels sut aussi en tirer profit: il étudia à fond la chose militaire et obtint bientôt le grade de brigadier d'artillerie. Par la suite, il étudia très sérieu­sument la science militaire.

 

 

 

Pendant ses loisirs, Engels fréquentait l'Université de Berlin en auditeur libre, attachant une attention toute particulière aux cours de philosophie. Engels s'y rappro­cha du cercle des jeunes hégéliens auquel appartenaient les frères Bruno et Edgar Bauer, Max Stirner et d'autres. Engels avait déjà beaucoup entendu parler de Karl Marx, mais celui-ci avait quitté ce cercle peu de temps avant son arrivée à Berlin.

 

 

 

Dans la capitale prussienne, Engels ne tarda pas à se passionner pour les joutes  philosophiques que menaient alors les jeunes hégéliens. Il publia un article anonyme,  puis deux brochures dénonçant les vues réactionnaires du philosophe Schelling et ses tentatives pour concilier religion et science, foi et savoir.

 

 

 

Avec la pression et la fougue juvénile qui lui étaient propres, le soldat, étudiant et philosophe se rua dans la bataille contre l'illustre savant. «...Une certaine passion est inhérente au combattant, écrivait Engels, celui qui met sabre au clair froidement est rarement profondément exalté par la cause pour laquelle il.combat » ( K.Marx et F.Engels, Œuvres, t.41, p.168, éd.russe).

 

 

 

Pour contrebalancer Schelling dont l'intention était de tailler en pièces la philosophie d'Hegel, Engels prit la défense de ce que cette philosophie recélait de rationnel et de progressiste. Dans le même temps, il mit l'accent sur l'inconséquence d'Hegel, sur l'immense contradic­tion entre sa «dialectique inquiète» et ses conclusions politiques conservatrices.

 

 

 

En critiquant la philosophie réactionnaire et mystique de Schelling, Engels fut le premier jeune hégélien à brandir ouvertement le drapeau de l'athéisme, et cela en citant à maintes reprises le livre de Ludwig Feuerbach Essence du christianisme (1841) dont la critique maté­rialiste de la religion exerça sur lui une profonde influence.

 

 

 

Dans les ouvrages d'Engels contre Schelling, certes encore imprégnés d'idéalisme, on note déjà la transition de l'idéalisme au matérialisme. Ces ouvrages philosophi­ques d'Engels se distinguent aussi de ceux des autres jeunes hégéliens par leur esprit combatif, révolutionnai­re. Dans les articles consacrés aux problèmes philoso­phiques, on sent déjà le grondement de la révolution qui approche. Et le jeune Engels la salue lorsqu'il achève la brochure Schelling et la révélation sur ces mots: «...II approche, le jour de la grande décision, le jour de la victoire des peuples, et la victoire sera pour nous! (Friedrich Engels, Sa vie, son œuvre, Editions du Progrès, Moscou, 1976, p.28 ) ».

 

 

 

Le 8 octobre 1842, Engels termine son service militai­re Quand il rentra à Berlin, son père lui proposa de faire un stage commercial en Grande-Bretagne, à la filature de coton «Ermen et Engels» à Manchester. Son père était visiblement mû moins par la volonté d'élever la qualifica­tion professionnelle de son fils que par le désir de l'éloigner de l'atmosphère toujours plus tendue de la lutte idéologique qui sévissait dans l'Allemagne prérévo­lutionnaire. Engels n'avait jamais signé ses articles de son vrai nom, néanmoins ses idées révolutionnaires et démocratiques n'étaient pas un secret pour sa famille. On ignore si Engels s'opposa au projet de son père. Il est aussi possible que ce plan ait été ce qu'il souhaitait le plus. Quoi qu'il en soit, le séjour en Grande-Bretagne c'est avéré extrêmement profitable au jeune Engels et a marqué un tournant dans son évolution idéologique.

 

 

 

 

 

 

 

LE PASSAGE

AU MATÉRIALISME

ET AU COMMUNISME

 

Friedrich Engels arriva à Londres par une journée de novembre 1842. A l'époque, la capitale de la Grande-Bre­tagne était aussi différente de la capitale prussienne que l'était la Grande-Bretagne, la patrie du capitalisme et de la grosse industrie, de l'Allemagne principalement agricole.

 

 

 

La révolution industrielle suscitée dans la seconde moitié du XVIIIe siècle par l'invention des machines et l'apparition des fabriques avait transformé la Grande-Bretagne en pays capitaliste. De nouvelles classes avaient vu le jour: la bourgeoisie industrielle et le prolétariat.

 

 

 

A l'époque, dans aucun autre pays, les contradictions entre le prolétariat et la bourgeoisie n'étaient aussi ai­guës qu'en Grande-Bretagne. Avec énormément d'atten­tion et de compassion, Engels étudie la condition des ouvriers, leur existence, leurs points de vue, les formes et les méthodes de leur lutte. Il ne se limite pas à l'étude de livres et de documents officiels. Engels erre dans les rues bruyantes de Londres, de Leeds et de Manchester, dans les quartiers ouvriers. Il connaissait particulièrement bien Manchester où il vivait et travaillait. Pendant ses loisirs, Engels quittait la partie commerciale de la ville pour les quartiers ouvriers. Il était fréquemment accompagné de Mary Burns, une jeune ouvriére irlandaise rencontrée à Manchester.

 

 

 

Le séjour d'Engels en Grande-Bretagne coïncida avec l'essor du mouvement chartiste. Engels assistait à des réunions et des meetings chartistes, il établit des liens avec les dirigeants de l'aile gauche du mouvement char­tiste, notamment avec George Julian Harney, rédacteur au journal chartiste The Northern Star (Etoile du Nord). Engels fit aussi la connaissance des socialistes britanni­ques, partisans des idées du grand socialiste utopiste Robert Owen. Il commença à collaborer à leur organe de presse The New Moral World (Le nouveau monde mo­ral), dans lequel il publia des articles consacrés au mouvement socialiste sur le continent. Dans ces arti­cles, Engels familiarisait les ouvriers britanniques avec le mouvement socialiste en France, en Allemagne et en Suisse, avec les idées des grands socialistes utopistes francais Henri Saint-Simon et Charles Fourier, avec les conceptions d'Etienne Cabet, de Pierre Leroux, de Pierre Joseph Proudhon, de Wilhelm Weitling. Sous une forme succincte, il parlait des philosophes allemands Kant, Fichte et Schelling, des théories d'Hegel qui consti­tuaient le sommet de la philosophie idéaliste allemande. Tout en critiquant leurs insuffisances, Engels met aussi l'accent sur ce que chacun d'eux a apporté au patrimoi­ne de la culture mondiale.

 

 

 

Dans l'article intitulé «Les succès du mouvement pour une transformation sociale sur le continent», Engels indique que dès l'automne 1842 certains disciples de gauche d'Hegel en étaient arrivés à la conclusion que les reformes politiques seules étaient insuffisantes et que seule une révolution sociale, fondée sur la propriété collective, pouvait instaurer un régime social répondant à leurs principes. Parmi ces hégéliens de gauche, Engels cite le nom de Karl Marx et le sien également. Par conséquent, dès avant son départ pour la Grande-Bretagne, Engels avait fait un premier pas vers le communisme, mais un communisme qui à l'époque était encore quelque chose de très indéterminé, de très confus.

 

 

 

C'est lors de son séjour en Grande-Bretagne qu'Engels devint définitivement communiste. Son cheminement indépendant vers le matérialisme et le communisme, un cheminement fondé sur ses recherches et sa propre expérience, est reflété dans les ouvrages écrits au cour de cette période. Dans Esquisse d'une critique de l'économie politique, il émet un jugement sévère à l'égard de l'économie politique bourgeoise et du capitalisme à partir de la position du prolétariat. A l'opposé des écono­mistes bourgeois qui considèrent que les lois du capita­lisme sont éternelles et immuables, Engels estime qu'elles sont conditionnées par l'histoire et éphémères.

 

 

 

Le passage d'Engels aux conceptions communistes eut lieu en association étroite avec sa transition de l'idéalisme au matérialisme.

 

 

 

Les philosophes se classent en deux grands camps— les matérialistes et les idéalistes—en fonction des ré­ponses quils donnent à la question du rapport de la conscience à l'être, du rapport de l'esprit à la nature. Ceux qui considèrent que le développement de l'esprit détermine le développement de la nature et qui, partant, admettent en dernière analyse la création du monde constituent le camp idéaliste. Ceux qui prennent la nature comme principe de base appartiennent aux diver­ses écoles matérialistes.

 

 

 

Le passage d'Engels aux positions matérialistes est nettement visible dans son analyse du système social et politique de la Grande-Bretagne. Engels conclut qu'en Grande-Bretagne la lutte politique a pour assise les intérêts matériels de classes différentes: il révèle la nature de classe des partis qui combattent sur la scène politique, le caractère de classe de l'Etat britannique. Engels définit le parti tory au pouvoir comme le parti de la noblesse et du clergé réactionnaire, le parti libéral whig comme celui des fabricants et des commerçants et le parti chartiste comme un parti dont les principes sont l'expression de la conscience collective des ouvriers britanniques.

 

 

 

C'est dans le livre « La situation de la classe laborieuse en Angleterre », achevé après sa rencontre avec Marx et publié en Allemagne en 1845, qu'Engels dressa le bilan de l'étude des rapports sociaux en Grande-Bretagne et, au premier chef, de la vie et de la lutte du prolétariat. Dans cet ouvrage, Engels est le premier socialiste à fournir une analyse des conséquences profondes de la révolution industrielle en Grande-Bretagne. Il y révèle plusieurs lois du capitalisme britannique, de la produc­tion capitaliste: crises économiques périodiques, formation d'une armée industrielle de réserve (les chômeurs), aggravation de l'exploitation de la classe ouvrière et des masses laborieuses au fur et à mesure de la croissance du capital. Après avoir décrit de manière éclatante et véridi­que les conditions de travail et d'existence des ouvriers, leur salaire, leur journée de travail et leurs conditions d'habitat, le dur travail des femmes et des enfants, la situation désespérée des sans-travail, Engels conclut que des intérêts du prolétariat et de la bourgeoisie sont incompatibles.

 

 

 

 

 

 

 

AVEC MARX.

L'ÉLABORATION DES PRINCIPES

DU COMMUNISME SCIENTIFIQUE.

LE DÉBUT DE LA LUTTE

POUR LA CRÉATION

D'UN PARTI PROLÉTARIEN

 

A la fin du mois d'août 1844, Engels quitta Manches­ter. Sur le chemin du retour au pays, il s'arrêta à Paris où il rendit visite à Karl Marx qui y vivait. Jusque-là, ils ne s'étaient vus qu'une fois, et en coup de vent. Il est vrai qu'Engels avait envoyé ses articles à la rédaction de la Gazette Rhénane à Cologne—dont Marx était le rédacteur—d'abord de Berlin, puis de Manchester. En janvier 1843, le gouvernement prussien décréta la ferme­ture de la Gazette Rhénane dont la tendance démocrati­que révolutionnaire se précisait.

 

 

 

Marx avait décidé de quitter l'Allemagne pour pouvoir faire paraître à l'étranger un organe de propagande révolutionnaire et socialiste. A la fin du mois d'octobre 1843, après avoir épousé Jenny von Westphalen, il s'était installé à Paris. Conjointement avec A. Ruge, Marx y avait lancé la publication des Annales franco­-allemandes.

 

 

 

Parmi les articles parus dans cette revue, il y avait eu «Esquisse d'une critique de l'économie politique» d'En­gels. Ce travail avait relancé l'activité de Marx en matière d'économie politique, activité commencée à l'occasion de la parution dans la Gazette Rhénane d'articles sur la condition de la paysannerie.

 

 

 

Les dix jours passés à Paris au mois d'août 1844 scellèrent l'amitié de Marx et d'Engels, que rien désormais ne détruira, l'alliance de deux grands esprits qui armèrent la classe ouvrière d'une théorie révolutionnaire, de principes stratégiques et tactiques. «Les légendes antiques rappportent des exemples touchants; d'amitié, écrivit Lénine. Le prolétariat d'Europe peut dire que sa science a été créée par deux savants, deux lutteurs, dont l'amitié surpasse tout ce que les légendes des Anciens offrent de plus émouvant (V.Lénine, Œuvres, t.2, Editions Sociales, Paris, Editions du Progrès, Moscou, p.20 ) .»

 

 

 

Au moment de leur rencontre à Paris, Marx et Engels étaient déjà communistes.

 

 

 

Le philosophe allemand Ludwig Feuerb??h joua un rôle considérable dans le passage de Marx et Engels au matérialisme. Dans son livre Essence du christianisme, Feuerbach démontrait que ce n'est pas dieu qui avait créé l'homme à son image, que c’est non pas l’esprit, lidée ou la pensée qui déterminait l’être, mais au contraire l’être qui déterninait la pensée.

 

 

 

Tout en portant une haute appréciation de I a philoso­phie de Feuerbach, Marx et Engels surent voiR en même temps le caractère restreint de son matérialisme. Dans l'appréhension du processus historique, Feuerbach res­tait un idéaliste Marx et Engels arrivèrent à la gonclusion que le point de vue matérialiste devait être appliqué de manière conséquente aussi bien lors de l'explication des phénomènes sociaux que lors de l'étude de l’histoire de la société humaine. A la différence de feuerbach, qui avait simplement rejeté la dialectique idéaliste d'Hegel, Marx et Engels entreprirent de la remanier sous un angle critique. La tâche consistait à réunir le matéralisme et la dialectique en un seul tout, en une conception du monde scientifique d'un seul tenant.

 

 

 

Pendant le séjour de dix jours d'Engels à Paris, il s'avéra que lui-même et Marx étaient arrivés à la même conclusion après avoir suivi des chemins différents. Ils décidèrent d'énoncer les principes de la nouvelle conception du monde révolutionnaire et matérialiste dans un livre conjoint dont ils entamèrent aussitôt la rédaction. Engels eut le temps d'écrire quelques chapi­tres; pour l'essentiel, c'est Marx qui réalisa cet important ouvrage. Celui-ci parut sous le titre ironique de La Sainte Famille ou la critique de la critique critique. Contre Bruno Bauer et Compagnie, il était dirigé contre les jeunes hégéliens avec qui ils avaient rompu à l'époque.

 

 

 

En critiquant les conceptions idéalistes de Bruno Bauer et de ses partisans, qui considéraient que seules des personnalités choisies créaient l'histoire, Marx et Engels avancent dans La Sainte Famille une des principales thèses du matérialisme historique selon laquelle ce sont non pas des «héros» isolés, mais les masses populaires qui sont les véritables créateurs de l'histoire. Ils démon­trent qu'au fil de l'histoire les masses populaires joueront un rôle de plus en plus grand et de plus en plus conscient dans le développement historique. L'idée déjà presque achevée de la mission libératrice historique de portée universelle du prolétariat est énoncée dans La Sainte Famille. A l'opposé des socialistes utopistes qui ne voyaient dans la classe ouvrière qu'une masse im­puissante et martyre, Marx et Engels démontrent que le prolétariat, la classe la plus opprimée, déjà organisée dans le processus même de la production capitaliste, était appelé à réaliser la transformation révolutionnaire du monde.

 

 

 

L'idée du rôle historique de portée mondiale du prolé­tariat fut le fondement solide sur lequel fut érigé l'édifice du communisme scientifique. «L'essentiel, dans la doc­trine de Marx, écrivait Lénine, c'est qu'elle a mis en lumière le rôle historique mondial du prolétariat comme bâtisseur de la société socialiste (V.Lénine, Œuvres, t.18, p.606 ) .» Cette découverte fondamentale transforma le socialisme d'utopie en scien­ce au service de la lutte révolutionnaire de la classe ouv?ière. Arrivé à Barmen, Engels entreprit d'achever La situ?tion de la classe laborieuse en Angleterre et se lança parallèlement dans l'action révolutionnaire pratique. Il se renndit dans plusieurs villes pour y nouer des liens avec les socialistes locaux. Dans les discours qu'il prononçait aux réunions, Engels expliquait que le développement du capitalisme aboutirait inévitablement à la révolution so­ciale qui donnera le jour à une sociéte fondée sur des principes collectivistes et dans laquelle les moyens de production appartiendront au peuple tout entier. Toute guerre de rapines sera exclue de cette société, prédisait Engels.

 

 

 

Dans des lettres enthousiastes, Engels parlait de ces ?éunions à Marx, heureux d'«être devant des hommes ??uls, en chair et en os, de leur enseigner la doctrine drrectement, concrètement, et sans ambages, au lieu de se livrer, devant les seuls «yeux de l'esprit », à ce maudit travail abstrait de scribouillard pour un public abstrait (Friedrich Engels, Sa vie, son œuvre,p.58 ) ».

 

 

 

Cependant, cette joie était assombrie par les rapports tendus au sein de sa famille du fait de son activité politique et de son renoncement au «maudit mercantilisme». Au printemps 1845, Engels part pour Bruxelles où se trouve Marx expulsé de Paris sur la demande du gouvernement prussien.

 

 

 

Se souvenant de sa rencontre avec Marx à Bruxelles, Engels écrivit par la suite: «Quand nous nous retrouvâ­mes à Bruxelles au printemps 1845, Marx avait déjà ... complètement construit sa théorie matérialiste de l'his­toire, et nous nous mîmes à développer par le détail et dans les directions les plus diverses notre nouvelle conception (K. Marx et F. Engels. Œuvres,choisies en trois volumes, t.III , Editions du Progrès, Moscou 1974, p. 185. )»

 

 

 

Leur nouvelle conception, Marx et Engels l'énoncère dans un grand ouvrage intitulé L’idéolo?ie allemand. Cet ouvrage ne devait pas paraître, aucun éditeur n'aya accepté de l'imprimer (L’idéologie allemande fut publié intégralement en U.R.S.S. en 1932 en allemand et en 1933 en russe) . «Nous abandonnâmes d'autant plus volontiers le manuscrit à la critique rongeuse d’une souris que nous avions atteint notre but principal, voir clair en nous-mêmes (K.Marx et F.Engels, Œuvres choisies en trois volumes, tome premier, p.526 ) », écrivit Marx.

 

 

 

Dans L’idéolo?ie allemande, en critiquant les vues des jeunes hégéliens, Marx et Engels critiquèrent la philosophie d'Hegel et la philosophie idéaliste en général. ??ut en rendant hommage aux mérites de Feuerbach dans lutte contre l'idéalisme, Marx et Engels révèlent les insuffisances de son matérialisme métaphysique, restrein passif, contemplatif. De nombreuses pages sont consacrées à la dénonciation du «socialisme vrai» petit bourgeois dont les adeptes se prononçaient contre 1a lutte de classe en catéchisant l'amour, la fraternité, justice, etc.

 

 

 

La portée théorique de L’idéolo?ie allemande réside dans le fait que cet ouvrage a énoncé pour la première fois les principes essentiels du matérialisme historique cette grande découverte de Marx qui marqua un tournant radical, révolutionnaire dans la philosophie et la compréhension de l'histoire universelle. Cette découverte transforma l'histoire en science véritable.

 

 

 

Marx montra que l'assise du processus historique est constituée par les conditions de vie matérielle de la société et les modes de production des biens matériels. Par conséquent, les raisons fondamentales des change­ments historiques doivent être recherchées non pas dans des idées, des théories ou des conceptions politiques abstraites, mais dans les conditions de vie matérielles de la société, dans la vie sociale dont ces idées, théories et ?onceptions politiques sont le reflet.

 

 

 

C'est dans L’idéolo?ie allemande que fut avancée pour la première fois l'idée de la loi objective de la sucession historiquement conditionnée des formations socio-économiques. La croissance des forces producti­ves met celles-ci en contradiction avec les rapports de production existants. Ces contradictions trouvent leur expression politique dans la lutte de classe qui est la force motrice du développement dans le contexte des sociétés antagoniques. Cette force conduit à la révolution et au remplacement d'une formation socio­onomique par une autre (par exemple, le féodalisme remplacé par le capitalisme). Au cours de la révolution, hommes modifient les rapports sociaux et se transforment eux aussi.

 

 

 

Plusieurs thèses fondamentales de l'économie politi­que marxiste sont énoncées dans L’idé?l?g?? allemande. Su? la base de l'analyse des lois du développement du capitalisme, Marx et Engels démontrent l'inéluctabilité d. sa mort, fondent théoriquement la nécessité de la solution socialiste. Pour détruire la société capitaliste, le prolétariat doit, comme toute classe voulant accéder à la domination, tout d'abord s'emparer du pouvoir politi­que. Cette thèse recèle l'embryon de la doctrine marxiste la dictature du prolétariat. Certains contours de la future société communiste sont aussi ébauchés dans L'idéologie allemande.

 

 

 

A la différence des socialistes utopistes, pour Marx et Eng?ls le communisme n'est pas le rêve fantastique d'un devenir merveilleux, mais une nécessité objective, un oh?ectif historiquement conditionné, réalisé à l'aide de moyens révolutionnaires concrets. En critiquant le maté­rialisme passif contemplatif de Feuerbach, Marx et En­gels soulignent avec force l'unité indéfectible de la théorie et de la pratique révolutionnaires, le rôle efficace, transformateur de la théorie d'avant-garde. Cette idée est exprimée avec une clarté et une concision extrême dans les fameuses Thèses sur Feuerbach écrites par Marx 1845: «Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, mais il s'agit de le transformer ( K.Marx et Friedrich Engels, Œuvres choisies en trois volumes, tome premier, p.9) » .  L'Idéologie allemande fut une étape très importa dans la formation des principes théoriques et philosophiques du communisme scientifique que sont le matérialsme dialectique et le matérialisme historique.

 

 

 

***

 

En soulignant le caractère révolutionnaire dynamique de leur doctrine pour contrebalancer la philosophie Feuerbach, Marx et Engels ne pouvaient se contenter de fonder scientifiquement leurs vues et de les énoncer au monde «scientifique». Simultanément à l'élaboration leur théorie révolutionnaire, ils engagèrent la lutte pour l'union du socialisme avec le mouvement ouvrier, pour la création d'un parti ouvrier. Cette tâche était particulièrement actuelle du fait de la maturation de la situation révolutionnaire dans plusieurs pays d'Europe. A l'époque, il existait à Paris—et par la suite à Londre également—quelques sections de l'organisation clandestine de la Ligue des Justes, principalement constituée d'artisans allemands. En 1843, à Londres, Engels avait fait la connaissance de trois dirigeants de la Ligue: K Schapper, Heinrich Bauer et Joseph Moll. Il renoua contact avec eux au cours d'un voyage de six semaines accompli avec Marx en Angleterre en 1845. Ces membres de la Ligue des Justes avaient pris la direction de Société civilisatrice des ouvriers allemands créée à Londres en 1840.

 

 

 

Le congrès de la Ligue se tint à Londres au début du mois de juin 1847. En raison de difficultés financières, Marx ne put s'y rendre; les communes parisiennes y déléguèrent Engels tandis que les Bruxellois envoyèrent Wilhelm Wolff.

 

 

 

Au cours du congrès, la Ligue des Justes fut rebaptisée Ligue des communistes. L'ancien slogan de la Ligue « Tous les hommes sont frères» fut remplacé par le mot d'ordre proclamé par Marx et Engels : «Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!» Ce mot d'ordre, exprimant le principe de l'internationalisme prolétarien, est resté le mot d'ordre de combat des prolétaires en lutte contre l'esclavage capitaliste.

 

 

 

Les projets des Statuts et du programme adoptés par le congrès furent soumis à l'examen des communes et définitivement entérinés au Ile Congrès de la Ligue des communistes.

 

 

 

Le IIe  Congrès de la Ligue des communistes s'ouvrit le 29 novembre 1847 à Londres. Engels y assista en qualité de représentant des communes parisiennes et Marx comme envoyé de la commune bruxelloise de la Ligue. Le congrès entérina certaines modifications du projet des Statuts. La formulation classique de Marx et Engels du premier article des Statuts était dorénavant: «Le but de la Ligue, c'est le renversement de la bourgeoisie, le règne du prolétariat, la suppression de la vieille société bour­geoise fondée sur les antagonismes de classes et la londation d'une nouvelle sociéte sans classes et sans propriété privée (K.Marx et F.Engels, Œuvres choisies en trois volumes, t.III, pp. 188-189. ).» Au terme de débats animés et prolon­gés sur le programme, au cours desquels Marx et Engels défendirent la nouvelle théorie, les principes défendus par eux furent adoptes à l'unanimité. Marx et Engels furent chargés d'élaborer un manifeste.

 

 

 

Marx et Engels mirent à profit leur séjour à Londres pour élargir les contacts avec les ouvriers communistes ainsi qu'avec des démocrates de divers pays. Ils assistè­rent à un meeting international des démocrates consacré à l'anniversaire de l'insurrection polonaise de 1830. Dans les discours qu'ils y prononcèrent, Marx et Engels tracèrent les grandes lignes de la politique du prolétariat en ce qui concerne la question nationale. Ainsi, Engels avança une thèse qui devait devenir un principe directeur pour le prolétariat dans la question nationale: «Une nation qui en opprime d'autres ne saurait être libre. (Friedrich Engels, Sa vie, son œuvre , p .118 ) »

 

 

 

De retour à Bruxelles, Marx et Engels travaillèrent conjointement sur le Manifeste jusqu'à la fin du mois de décembre, après quoi Engels rentra à Paris, tandis que Marx mit la dernière main à l'élaboration du programme de la Ligue des communistes.

 

 

 

Le Manifeste du parti communiste fut publié à Londres au mois de février 1848. Ce premier document de pro­gramme du communisme scientifique devint par la suite, comme l'écrivit Engels, «l'œuvre la plus répandue, la plus internationale de toute la littérature socialiste, le programme commun de millions d'ouvriers de tous les pays, de la Sibérie à la Californie (K.Marx et Friedrich Engels, Œuvres choisies en trois volumes, tome premier, P.105 )  ».

 

 

 

Le Manifeste du parti communiste fournit pour la première fois un énoncé extrêmement succinct et précis de la théorie révolutionnaire du prolétariat : le communis­me scientifique. «Cet ouvrage expose avec une clarté et une vigueur remarquables la nouvelle conception du monde, le matérialisme conséquent étendu à la vie so­ciale, la dialectique, science la plus vaste et la plus profonde de l'évolution, la théorie de la lutte des classes et du rôle révolutionnaire dévolu dans l'histoire mondiale au prolétariat, créateur d'une société nouvelle, la société communiste (V. Lénine. Œuvres, t. 21, p. 42. ) », écrivait Lénine.

 

 

 

Tout le contenu du Manifeste est consacré à l'argu­mentation scientifique de l'inéluctabilité de la mort his­torique du capitalisme et de son remplacement—en ?ésultat de la révolution prolétarienne et de l'instauration de la domination politique du prolétariat—par une so­ciété sans classes.

 

 

 

Dans le Manifeste, les fondateurs du marxisme démon­tre que toute l'histoire de l'humanité est l'histoire de la lutte des classes entre exploiteurs et exploités, entre classes dominantes et asservies. La société capitaliste qui succédé au féodalisme n'a fait que remplacer les anciennes classes par de nouvelles, qu'accentuer et exacerber les contradictions de classes. A l'opposé des idélogues bourgeois qui prétendent que l'État se situe au-dessus des classes, les pères du marxisme montrent dons le Manifeste que, dans la société capitaliste, le pouvoir d'État n'est rien d'autre qu'«un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière ( K.Marx et Friedrich Engels, Œuvres chosies en trois volumes, tomes premier, p.114) ».

 

 

 

Les pères du marxisme ont montré dans le Manifeste que la propriété privée des moyens de production freinait le développement des forces productrices. On voit s'exacerber de plus en plus la principale contradic­tion du capitalisme, la contradiction entre le caractère social de la production et le mode capitaliste privé d'accaparement des résultats de la production. Les contradictions du capitalisme apparaissent avec éclat dans les crises qui ébranlent périodiquement la société capitaliste. La bourgeoisie tente de surmonter les crises en détruisant ce que produisent les travailleurs, en conquérant de nouveaux marchés, en déclenchant des guerres de rapines qui apportent des malheurs incal­culables à l'humanité. Mais en prenant toutes ces mesu­res, est-il dit dans le Manifeste, la bourgeoisie ne fait que préparer des crises encore plus dévastatrices. En défendant la propriété privée des moyens de production, la bourgeoisie, classe qui jadis fut progressiste, se transforme en classe de plus en plus réactionnaire, en frein sur la voie menant l'humanité au système supérieur, au communisme.

 

 

 

La révolution socialiste et la conquête du pouvoir politique par le prolétariat constituent le moyen radical permettant d'affranchir l'humanité laborieuse des innombrables malheurs et souffrances que le capitalisme porte en soi.

 

 

 

Au cours de son développement, le capitalisme crée les prémisses matérielles pour la future société communiste et, en la personne du prolétariat, la classe qui sera le fossoyeur du capitalisme et le créateur de la société nouvelle. Classe révolutionnaire conséquente, le prolétariat ne peut s'affranchir sans affranchir aussi l'humanité tout entière de toute exploitation, de toute oppression.

 

 

 

Le Manifeste met en avant la thèse du rôle dirigeant du parti communiste en tant que condition de la lutte efficace et de la victoire du prolétariat. Les communiste expliquent Marx et Engels, sont la fraction la plus résolue, la plus avancée de la classe ouvrière; ils ont sur le reste des ouvriers l'avantage d'être armés d'une théorie révolutionnaire qui leur permet de comprendre les conditions, la marche et les finalités générales du mouvement prolétarien. Les communistes font valoir les intérêt communs des ouvriers indépendamment de leur nationalité. Ils prônent l'internationalisme prolétarien conséquent. A toutes les étapes de la lutte de la class ouvrière, des communistes partent des intérêts commun fondamentaux du prolétariat, de la tâche consistant anéantir toute oppression, toute exploitation.

 

 

 

En dénonçant la calomnie et le mensonge que la bourgeoise diffusait au sujet des vues et des intentions des commu nistes, les pères du marxisme énoncent ainsi dans Manifeste les véritables buts du parti prolétarien : renversement de la domination bourgeoise, conquête du pou­voir politique par le prolétariat.

 

 

 

«Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l'État, c'est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives (K.Marx et F.Engels, Œuvres choisies en trois volumes, tomes premier, p.130) .»

 

 

 

Cette thèse du Manifeste formule une des idées les plus remarquables du marxisme concernant la question de l'État.

 

 

 

«L'État, c'est-à-dire le prolétariat organisé en classe dominante, écrivait Lénine, c'est ça la dictature du prolétariat (V.Lénine, Œuvres complètes, t.33, p.119, éd.russe.).»

 

 

 

Le Manifeste contient une argumentation théorique approfondie du principe de l'internationalisme proléta­rien proclamé par Marx et Engels. La domination du prolétariat, démontrent-ils, met fin au joug national, affranchit à jamais l'humanité de guerres de rapines.

 

 

 

La force de la prévision scientifique des pères du marxisme apparaît avec éclat dans le fait que dans le Manifeste ils ont tracé les grandes lignes de la société communiste de demain et démontré l'immense supériorité du régime social créé par le prolétariat. Marx et Engels ont montré que dans la société communiste il n'y aura aucun obstacle et, par conséquent, aucune limite au développement des forces productives. A l'opposé de la société capitaliste où prédomine le principe: «celui qui travaille n'acquiert rien tandis que celui qui acquiert ne travaille pas »,

 

dans la société communiste le travail sera un moyen d'enrichissement, d'allégement de la vie des travailleurs.

 

 

 

 

 

DANS LES COMBATS RÉVOLUTIONNAIRES

 

La parution du Manifeste du parti communiste coïncida avec de grands événements révolutionnaires en Europe.

 

 

 

En janvier 1848, une insurrection éclate en Sicile (Italie). Les 23 et 24 février, soutenus par la petite bourgeoisie, les ouvriers parisiens dressent des barrica­des et défont les troupes du «roi des banquiers» Louis-Philippe ler; ils contraignent le gouvernement provisoire à proclamer la République française. Fin février-début mars, la vague révolutionnaire déferle sur les Etats d'Al­lemagne occidentale et méridionale situés à proximité de la France (Bade, Wurtemberg, Bavière, Saxe). Dans le même temps, un mouvement révolutionnaire de libéra­tion nationale se déploie e? Hongrie qui fait partie de l'Autriche multinationale. Le 13 mars, la révolution éclate à Vienne, la capitale autrichienne. Le 18 mars, des événements analogues se produisent dans la capitale de la Prusse, Berlin. Enfin, en mars-avril, une nouvelle vague du mouvement chartiste déferle en Angleterre.

 

 

 

Les tâches historiques de l'époque étaient le renverse­ment des monarchies absolues, l'abolition de la propriété foncière féodale, l'affranchissement du joug étranger, la création d'Etats nationaux démocratiques unis. Les pères du marxisme pensaient que s'il y avait évolution favora­ble de la lutte de classe, la révolution démocratiquebourgeoise dans plusieurs pays d'Europe pouvait être le prélude à la révolution prolétarienne.

 

 

 

Marx et Engels, qui voyaient dans la révolution le grand moteur, la locomotive de l'histoire, saluèrent avec joie l'annonce des combats révolutionnaires. Les fondateurs du marxisme considéraient que leur tâche principa­les était de se porter à l'aide des masses populaires, d'introduire la conscience et l'organisation dans leur mouvement spontané.

 

 

 

«Dans l'activité même de Marx et d'Engels, écrivait Lénine, la période de leur participation à la lutte révolu­tionnaire des masses de 1848-1849 se détache comme un point central (V.Lénine, Œuvres, t.13, p.32  ).»

 

 

 

La veille de la révolution de février en France, Engels, qui avait été expulsé de Paris par le gouvernement français pour son activité révolutionnaire parmi les ou­v?iers, arrive à Bruxelles. Mais son séjour y est extrême­ment bref. Après le début de la révolution en France, Marx et Engels décident de gagner Paris qui est le centre de la lutte. Le gouvernement belge accélère la réalisation de cette intention. Le 3 mars, Marx est sommé de quitter le territoire du pays «dans les 24 heures»; dans la nuit du 4 mars, Marx, puis son épouse sont arrêtés, mais libérés quelques heures plus tard. Ayant été mis en demeure de quitter le pays le soir même, Marx part pour Paris en compagnie de sa femme. Engels reste deux semaines à Bruxelles afin d'organiser une campagne de protestation contre l'expulsion de Marx.

 

 

 

Lorsque Engels arrive à Paris, Marx a déployé un grand travail révolutionnaire. Sur la base des pouvoirs que lui a donnés le C.C. londonien, Marx a mis en place un nouveau Comité central de la Ligue des communistes. Marx et Schapper en sont élus respectivement prési­dent et secrétaire; Engels fait partie du Comité central.

 

 

 

A la fin du mois de mars, Marx et Engels élaborent les Revendications du parti communiste en Allemagne, im­portant document dans lequel ils énoncent la plate-forme politique du prolétariat dans la révolution alleman­de. En tête de ces Revendications, on trouve le principal mot d'ordre des communistes dans la révolution bour­geoise allemande: la formation d'une république alle­mande une et indivisible. Ensuite viennent l'armement du peuple, la suppression sans rachat de toutes les redevan­ces féodales frappant la paysannerie, la confiscation de terres seigneuriales, le remplacement de toutes les ban­ques privées par une banque d'État, la nationalisation des mines, des moyens de transport et de communication, la séparation totale de l'Église de l'État, l'établissement d'impôts progressifs élevés, la création d'ateliers nationaux.

 

 

 

Les Revendications du parti communiste en Allema­gne, signées par les membres du C.C. de la Ligue des communistes, avaient été publiées sous forme de tracts et distribuées avec le Manifeste du parti communiste en qualité de matériaux politiques directeurs aux ouvriers allemands se rendant en Allemagne. Simultanément Marx et Engels donnent aux membres de la Ligue des communistes des indications relatives à la création en. Allemagne de communes de la Ligue et d'organisations ouvrières.

 

 

 

Après avoir réalisé ce travail préliminaire, au début du mois d'avril Marx et Engels quittent Paris pour l'Allemagne.

 

 

 

A ce moment, l'insurrection des ouvriers et de la petite bourgeoisie dans les villes, de la paysannerie à la campa­gne avait contraint les gouvernements des États allemands à faire des concessions. Cependant, partout, c'est la grosse bourgeoisie qui s'appropria les fruits de la victoire du peuple. Après avoir accédé au pouvoir, la bourgeoisie libérale se révéla rapidement comme une force antirévolutionnaire s'efforçant d'aboutir à un compromis avec la monarchie et la noblesse. Si bien que

 

Le pouvoir réel : l'armée, la police et l'appareil d'État, resta entre les mains des seigneurs et de leurs monarchies. Le combat décisif devait encore être livré. Ce  n'est pas un hasard si Marx et Engels choisirent Cologne comme lieu de séjour. En effet, c'était la princi­pale ville de la Rhénanie industrielle avancée, un des plus grands centres du mouvement ouvrier. Qui plus est, il existait à Cologne des conditions favorables pour la réalisation du plan de Marx et d'Engels, à savoir la publication d'un grand quotidien révolutionnaire.

 

 

 

Dès leur arrivée en Allemagne, Marx et Engels prirent ­plusieurs mesures en vue de créer des communes de la Ligue des communistes et des organisations ouvrières. Cependant, constitué principalement d'ouvriers artisale prolétariat allemand était encore faible, inorganisé, ­plein de préjugés petits-bourgeois.

 

 

 

Ho?tiles à tout sectarisme, Marx et Engels furent néanmoins contraints de tenir compte du niveau du prolétariat allemand. C'est la raison pour laquelle ils décidèrent, les premiers temps, de se joindre au mouvement démotique qui s'était déployé en Allemagne et d'y occuper une position sur son aile gauche, pratiquement prolétarienne. Dans ce contexte, le drapeau du journal qu'ils avaient créé « ne pouvait être que celui de la démocratie, mais d'une démocratie qui révélait partout, à la moindre occasion, son caractère spécifiquement prolétarien (K.Marx et F.Engels. Œuvres choisies en trois volumes, t.III, p.172 )  ...»

 

 

 

Pour  mettre en oeuvre cette politique, Marx et Engels entrèrent au sein de la Société démocratique de Cologne et recommandèrent à leurs partisans d'en faire autant. Le 1er  juin 1848 parut le premier numéro de La Nouvelle Gazette Rhénane avec comme sous-titre: «Organe de la Démocratie».

 

 

 

La Nouvelle Gazette Rhénane était le seul organe poursuivant une politique prolétarienne révolutionnaire donnant une orientation juste dans les péripéties complexes de la lutte des classes en 1848-1849. Les premiers temps, en tant que rédacteur du journal, Marx y intervint relativement peu: il était occupé par la direction politique générale et assumait l'essentiel du travail d'organisation. La plupart des articles politiques de fond qui paraissaient dans La Nouvelle Gazette Rhénane était écrits par Engels qui, grâce à sa plume rapide et légèr son immense talent de publiciste, était irremplaçable au journal. Comme dans les autres domaines, ici aussi Marx et Engels se complétaient à merveille l'un l'autre.

 

 

 

La Nouvelle Gazette Rhénane considérait que sa tâche immédiate et essentielle était de combattre impitoyablement l'illusion largement répandue selon laquelle la révolution avait pris fin avec les combats du mois de mars et qu'il ne restait plus qu'à en recueillir les fruits. En luttant contre cette illusion, Marx et Engels dénoncent la fourberie de la grosse bourgeoisie qui n'a réglé aucune des tâches de la révolution bourgeoise et qui par hantise du peuple révolutionnaire a conclu une alliance défensive offensive avec la réaction.

 

 

 

En fustigeant la trahison de la bourgeoisie vis-à-vis de la paysannerie, le journal se prononçait pour la suppression sans rachat des redevances féodales, pour l'abolition de la propriété foncière seigneuriale.

 

 

 

Maîtrisant parfaitement la raillerie et le sarcasme, Engels tournait en dérision la création en Allemagne assemblées représentatives qui avaient remplacé les actions révolutionnaires par un verbiage parlementaire, des résolutions aussi lâches qu'inutiles. En contrepoid à la pleutrerie et aux hésitations des leaders de la démocratie petite-bourgeoise, Marx et Engels appelaient le peuple à lutter implacablement contre la réaction féodal la bourgeoisie contre-révolutionnaire.

 

 

 

Les pères du marxisme considéraient l'établissement de la dictature révolutionnaire du peuple comme condition sine qua non de la victoire de la révolution.

 

 

 

«Toute situation provisoire de l'Etat après une révolution réclame une dictature, et même une dictature énergique (Friedrich Engels, Sa vie, son œuvre,p.142 )  », soulignait La Nouvelle Gazette Rhénane.

 

 

 

En ébauchant un programme d'action pour la démo­cratie allemande et aussi européenne, La Nouvelle Ga­zette Rhénane appelait les démocrates de l'Europe tout entière à défendre les peuples opprimés et à s'unir pour mener un combat révolutionnaire contre les ennemis les dangereux de la révolution: la Russie tsariste, la bourgeoisie contre-révolutionnaire de l'Angleterre et la Prusse seigneuriale réactionnaire. Dans plusieurs de ses articles, Engels éclaira les principes ­fondamentaux de la politique nationale du proléta­riat et ses formes concrètes dans le contexte de la révolution de 1848-1849. Avec toute la force et la passion du révolutionnaire qu'il était, il dénonça la trahison de la bourgeoisie allemande qui poursuivait la politi­que d'oppression appliquée jusque-là par l'Allemagne à égard des autres peuples.

 

 

 

Engels soulignait que l'affranchissement des nationali­tés opprimées était la condition sine qua non du développpement du peuple allemand en tant que nation libre et démocratique.

 

 

 

«L'Allemagne ne sera libre que dans la mesure où elle accordera la liberté aux peuples voisins (Friedrich Engels. Sa vie,son œuvre, p.145 ) .»

 

 

 

Pour Marx et Engels, la question nationale n'était pas une question isolée, se suffisant à elle-même, ils la c?nsidéraient du point de vue des intérêts de la révolu­tion. D'où l'appréciation différente qu'ils donnaient des mouvements nationaux des peuples. Dans le contexte des années 1848-1849, Marx et Engels soutinrent énergiquement le mouvement de libération nationale des Polonais et des Hongrois. Ils saluèrent aussi l'insurrec­I?on pragoise des Tchèques contre le joug autrichien.

 

 

 

Cependant, leur attitude vis-à-vis du mouvement national des Tchèques et des autres peuples slaves faisant partie de l'Empire autrichien changea lorsque le tsarisme russe et la monarchie des Habsbourg commencèren monter ces peuples contre les mouvements démocratiques allemand et hongrois et à utiliser leur lutte nationale à des fins réactionnaires.

 

 

 

La dure défaite du prolétariat parisien en juin 1848 fut le signal de l'offensive de la contre-révolution partout en Europe. La bourgeoisie avait poussé les ouvriers à l'insurrection armée qui avait été noyée dans le sang après quatre journées de lutte héroïque sur les barricades. Tout en glorifiant le général Cavaignac qui avait réprimé l'insurrection, la presse bourgeoise du monde entier déversa des flots de calomnies sur les prolétaires vaincus. C'est alors que le caractère authentiquement révolutionnaire et prolétarien de La Nouvellee Gazette Rhénane se fit sentir avec une force toute particulière. Elle fut seul journal en Allemagne et presque le seul en Europe lever haut le drapeau ensanglanté des prolétaires vaincus. Marx consacra aux combattants du mois de juin l'un de ses articles les plus puissants qu'il termina par ces mots : «... C'est le privilège, c'est le droit de la presse démocratique de tresser des lauriers sur leur front asso bri de menaces (K.Marx et F.Engels. La Nouvelle GazetteRhénane, tome premier, Editions Sociales. Paris 1963, P.185  ) .»

 

 

 

A l'occasion de l'insurrection de juin, Engels écrit plusieurs articles. Il y exalta la vaillance héroïque, l'organisation improvisée et l'unanimité des insurgés. Ce furent les premiers articles d'Engels portant sur les questions militaires, dans l'étude desquelles il obtint rapidement de brillants résultats. Il est significatif qu'Engels commence son travail sur les problèmes militaires par l'étude des questions de l'insurrection armée.

 

 

 

La Nouvelle Gazette Rhénane mit en garde les masses contre le coup d'État contre-révolutionnaire qui se préparait en Allemagne. Engels déploya un travail consistant ?rg?niser les masses pour combattre la contre-révolution arrogante. Le 13 septembre, il prend la parole à Cologne, à un grand meeting organisé par La Nouvelle Gazette Rhénane et au cours duquel un Comité de comité est constitué. Marx et Engels sont élus à cet o révolutionnaire des masses populaires. uatre jours plus tard, le 17 septembrrgane, une réunion convoquée par la rédaction de La Nouvelle Gazette Rhénane et l'Union ouvrière de Cologne rassemble plu­?ieurs milliers d'ouvriers et de paysans à proximité du village de Worringen, sur le Rhin. Engels y est élu secrétaire de l'assemblée. Dans son discours, il appelle à lutter pour une république démocratique, mot d'ordre qui inséré dans la résolution adoptée par l'assemblée.

 

 

 

Quand arriva à Cologne la nouvelle de l'insurrection des ouvriers et des paysans à Francfort et dans ses environs, La Nouvelle Gazette Rhénane prit aussitôt le parti des insurgés. Sous l'influence de Marx et d'Engels, une grande assemblée populaire se tint le 20 septembre à Cologne sous le signe de la solidarité avec les combattants des barricades.

 

 

 

Le gouvernement prussien était très préoccupé par la puissante montée du mouvement populaire en Rhénanie, dont la principale ville éditait La Nouvelle Gazette Rhé­nane et où se trouvait l'état-major de la Ligue des comunistes dirigée par Marx et Engels. Le gouvernement envoya en Rhénanie une quantité considérable de troupes, attendant le moment propice pour provoquer les masses et se livrer à un massacre. La Nouvelle Gazette Rhénane mit instamment en garde les travailleurs contre une insurrection prématurée, non préparée. Le 25 septembre les autorités se livrèrent à une provocation en arrêtant Schapper et Becker, deux dirigeants en vue du mouvement ouvrier de Cologne. Joseph Moll, un des responsables les plus populaires de l'Union ouvrière, était menacé lui aussi. Pour empêcher l'arrestation de les ouvriers décidèrent de commencer l'insurrection. Marx, Engels et leurs partisans durent déployer bien efforts pour empêcher les masses de déclencher insurrection prématurée et isolée.

 

 

 

Ayant échoué dans leur ,provocation, les autorités proclament l'état de siège à Cologne le 26 septembre désarment la milice civile, ferment Les organisations ouvrières et démocratiques ainsi que les journaux. La Nouvelle Gazette Rhénane fut interdite elle aussi. Simultanément, des mandats d'arrêt furent lancés contre certains de ses rédacteurs, dont Engels qui s'était montré parculièrement actif parmi 1es organisateurs et les dirigeants du mouvement de masse de septembre en Rhénanie.

 

 

 

Pour éviter de tomber entre les mains de la clique militaire prussienne et de se retrouver en prison en ceyye chaude période révolutionnaire, Engels gagna Bruxelles. Mais les autorités locales l'arrêtèrent et l'expulsèrent du pays. Alors Engels prit le chemin de Paris.

 

 

 

Paris où la contre-révolution avait triomphé produisit sur Engels une impression extrêmement pénible.

 

 

 

«Je ne pouvais tenir plus longtemps dans ce Paris mort, écrivait-il, il fallait que je m'en aille ailleurs, peu importe où. Et c'est ainsi que je pris "le chemin de la Suisse. Possédant peu d'argent, je dus par conséquent partir à pied  (Friedrich Engels. Sa vie,son œuvre, p.153 ) ...»

 

 

 

Deux semaines furent nécessaires à Engels pour atteindre la Suisse. Il séjourna à Genève, puis à Lausanne. De là, après que Marx lui eut remis de l'argent, il rendit à Berne où il s'installa provisoirement.

 

 

 

Ce séjour forcé en Suisse petite-bourgeoise, èloignée des tempêtes révolutionnaires, était insupportable pour Engels. Pourtant, ce séjour d'Engels à l'étranger n'avait rien d'une «cure de désoeuvrement». Il participait au mouvement ouvrier suisse. Au mois de décembre 1848.

 

 

 

Engels assista à un congrès ouvrier à Berne en qualité de délégué l'Union ouvrière de Lausanne qui lui avait remis un mandat comme «vieux militant pour les intérêts prolétariat (Friedrich Engels. Sa vie, son œuvre, p.155  ) ». A Berne, sur la demande de Marx qui, au prix de sacrifices matériels personnels, avait fait reparaître La Nouvelle Gazette Rhénane, Engels écrivit plusieurs arti­cle sur la Suisse ainsi que l'article «La lutte en Hongrie », dans lequel il saluait avec enthousiasme les méthodes révolutionnaires utilisées par les insurgés magyars face à la contre-révolution.

 

 

 

C’est seulement à la mi-janvier 1849 qu'Engels put enfin rentrer en Allemagne.

 

 

 

Lorsque Engels arriva à Cologne, la contre-révolution. avançait déjà sur l’ensemble du front. La Nouvelle Gazette Rhéna?e de Marx levait hardiment le drapeau de la lutte ?ésolue face à la contre-révolution, avançant les mots d'ordre: «résistance par tous les moyens à la perception des impôts», «armement des masses», « création de comités de sécurité». En cette période critique, La Nouvelle Gazette Rhénane indiqua quelles mesures énergiques et urgentes devait prendre l'Assemblée nationale de Berlin qui se limitait à des appels invitant à la résistance passive, au non-paiement des impôts. Cette Assemblée fut dissoute le 5 décembre.

 

 

 

Désormais, la contre-révolution tentait de soumettre à la répression les chefs du prolétariat. Le 7 février, Engels et Marx furent traduits en cour d'assises pour «outrage envers les autorités ». Mais les accusés se transformèrent accusateurs et la cour d'assises n'osa pas prononcer un arrêt et acquitta les prévenus.

 

 

 

Au printemps 1849, la situation en Allemagne avait atteint une âpreté et une intensité particulières: la contr-révolution accumulait des forces pour porter le dernier coup. A présent, tous les éléments intermédiaires, hésitants et irrésolus, qui refusaient l'affrontement décisif et exerçaient une influence démobilisatrice sur les masses, étaient devenus particulièrement dangereux.

 

 

 

L'expérience politique acquise par les masses ouvrières, la déception causée chez ces dernières par la démocratie petite-bourgeoise, l'aspiration à l'union des ouvriers permettaient maintenant de poser la question de création d'un parti prolétarien. Marx et Engels renforcèrent des liens avec les membres de la Ligue des communistes dispersés dans toute l'Allemagne, leur donna des instructions et les incitant à mener un travail énergique en direction des masses.

 

 

 

Au fur et à mesure de l'approche des combats décisif le ton de La Nouvelle Gazette Rhénane devenait de plus en plus incisif et passionné, le caractére authentiquement prolétarien du journal se précisait. Les éditions spéciales d'avril et de mai furent de véritables appels à préparer à l'assaut décisif.

 

 

 

Dans cette situation tendue, même le parlement Francfort décida d'« agir ». Mais pour lancer un appel résolu aux masses et engager hardiment la lutte révolutionnaire, il élabora à la hâte une «constitution impériale». Seulement ni le roi de Prusse ni les autres gouvernements allemands ne voulurent reconnaître cet constitution. Les troupes prussiennes commencérent se concentrer à proximité de Francfort. Il devint évident que le conflit ne pouvait étre réglé que par la force armée.

 

 

 

Les masses populaires se levèrent pour défendre constitution impériale. Au début du mois de mai, l'Allemagne occidentale et méridionale—la Saxe, la Rhénanie, la estphalie, le Palatinat et Bade—était plongée dans le feu d'une insurrection partout dirigée par la peti bourgeoisie.

 

 

 

Marx et Engels s'attachèrent à aider les masses insurgées, à donner au mouvement un objectif clair, à prêt assistance dans l'organisation de la lutte.

 

 

 

C'est à Engels que revient le mérite historique d'avoir élaboré un plan d'insurrection armée qui fut le premier exem?le concret d'approche marxiste de l'insurrection comme d'un art. Dans son plan d'insurrection armée, Engels misait principalement sur la libération totale de l’énergie révolutionnaire des masses, sur la direction str?ctement centralisée de l'insurrection, sur la hardiesse et la rapidité des actions. Engels liait son plan d'insurrection à la perspective générale de la lutte révolutionnaire en Europe, à une nouvelle poussée de la révolution en France et en Italie, à la guerre révolutionnaire en Hongrie.

 

 

 

L?s 9 et 10 mai, une insurrection armée éclata dans un dist?ict industriel de la Rhénanie.

 

 

 

Aussitôt après avoir appris la nouvelle, Engels se rendit à Elberfeld, un des centres de l'insurrection. Sur place, il vit que la plus grande confusion régnait, constata que le Comité de sécurité petit-bourgeois conduisant le mouvement  était incapable de prendre les mesures qui s'imposaient. En s'appuyant sur quelques centaines d'ouviers armés, Engels obtint du Comité de sécurité l'auto­risation d'observer l'aménagement des barricades. Il mit rapidement sur pied une compagnie du génie, fit achever la construction des barricades en cours et restructurer celles qui étaient déjà prétes, prit des mesures relatives à l’armement des ouvriers, répartit les hommes, les canons sur les barricades. Les plans ultérieurs d'Engels pré­voyaient l'extension de l'insurrection aux districts voisins l'organisation de la défense de l'ensemble de la région.

 

 

 

Dans le but de maintenir, à cette étape, un front commun avec les démocrates petits-bourgeois, Engels avance aucune revendication spécifiquement prolétarrienne, socialiste. Cependant, la venue même d'Engels, un des rédacteurs de La Nouvelle Gazette Rhénane, fit peur à la bourgeoisie d'Elberfeld. Le 14 mai, sous ses pres?ions, le Comité de sécurité adopta un arrêté dans lequel, tout en rendant hommage à Engels, il lui demandait de quitter Elberfeld, en invoquant le fait que «sa présence peut susciter un malentendu quant au caractèrè du mouvement». Cette décision provoqua une immense indignation parmi les ouvriers qui exigèrent qu'Engels reste, en promettant de le protéger au prix de leur vie. Mais Engels ne voulait pas être la cause d'une scission chez les insurgés alors que les troupes prussiennes approchaient, aussi tranquillisa-t-il les ouvriers et, après avoir délégué ses fonctions à son aide de camp, il quitta Elberfeld.

 

 

 

Peu de temps après, les affaires des insurgés d'Elberfeld prirent une tournure catastrophique. Les insurrec­tions isolées dans les villes voisines subirent, elles aussi, une défaite.

 

 

 

La défaite des insurrections sur le Rhin porta aussi un coup mortel à La Nouvelle Gazette Rhénane. La réaction s'enhardit à faire taire l'organe exécré du prolétariat révolutionnaire. Une action en justice fut intentee contre certains rédacteurs, les autres, non Prussiens, furent sommés de quitter sans tarder le territoire de la Prusse. Mettant à profit le fait qu'en 1845 Marx avait renoncé à la citoyenneté prussienne, le gouvernement édita un décret sur son expulsion de Prusse en tant qu'« étranger» ayant enfreint le «droit d'asile». Tout cela signifiait la fin de La Nouvelle Gazette Rhénane.

 

 

 

Son dernier numéro parut en caractères rouges le 19 mai 1849.

 

 

 

Une adresse de la rédaction «Aux ouvriers de Cologne» se terminait par ces mots: «En vous disant adieu, les rédacteurs de La Nouvelle Gazette Rhénane vous remercient du soutien que vous leur avez exprimé. Leur dernier mot sera toujours: libération de la classe ouvrière ! (Friedrich Engels. Sa vie, son œuvre, P.164. ) »

 

 

 

Trente-cinq ans plus tard, à propos de la fin de La Nouvelle Gazette Rhénane, Engels pouvait dire avec une fierté Légitime: «Nous dûmes livrer notre citadelle, mais nous battîmes en retraite avec armes et bagages, tam­bour battant et musique en tête, sous le drapeau du dernier numéro rouge ( K.Marx et F.Engels. La Nouvelle Gazette Rhénane, p.21. ) .»

 

 

 

Quittant Cologne, Marx et Engels gagnèrent l'Allema­gne du Sud-Ouest où l'insurrection faisait rage. Ils firent tout pour étendre et approfondir l'insurrection, pour inciter les démocrates petits-bourgeois à déployer une activité révolutionnaire énergique. A Mannheim (Bade), Marx et          Engels rencontrèrent les dirigeants du mouvement et tentèrent de les convaincre de réaliser le plan d'Engels. Mais, privés de courage, d'énergie, d'esprit d'initiative, les responsables de Bade restèrent sourds à leurs conseils.

 

 

 

De Bade, Marx et. Engels se rendirent dans le Palatinat, le second centre de l'insurrection, où ils rencontrèrent les membres du gouvernement provisoire du Palatinat. Marx et Engels furent arrêtés par des soldats de Hesse, accusés de participation à l'insurrection et dirigés sur Francfort où ils furent bientôt libérés.

 

 

 

Estimant que dans le contexte existant il était impossi­ble de parvenir à quelque chose de sérieux en Allemagne et s'attendant à des événements révolutionnaires d'en­vergure en France, Marx se rendit à Paris avec un mandat du Comité démocratique central. Engels, lui, retourna dans le Palatinat. Ayant appris l'offensive des troupes prussiennes contre-révolutionnaires, il prit les armes et rejoignit le détachement de volontaires, constitué en majorité d'ouvriers, de A. Willich, membre de la Ligue communistes.

 

 

 

Le 13 juin, Engels arriva à Offenbach où se trouvait le principal état-major de Willich et devint son officier ordonnance. Engels prit part aux combats livrés par le détachement de Willich qui avait la difficile et dangereuse ­mission de couvrir le repli de l'armée de Bade en s’offrant aux coups des Prussiens.

 

 

 

Engels s'avéra rapidement un remarquable organisateur, ne craignant ni le travail ni le danger. Mal équipées et mal armées, les unités avaient besoin de tout et Engels ne ménageait pas son énergie pour trouver et acheminer poudre, plomb, cartouches, armes, vètements, vivres. Engels était au nombre de ceux qui se souciaient au plus haut degré de l'instruction militaire des combattants. Pendant les combats, il se tenait invariablement en pre­mière ligne; il prit part à trois grandes batailles, dont celle de Rastatt. «Tous ceux qui le virent sous le feu ne se lassaient point de parler de son sang-froid exceptionnel et de son mépris absolu du danger (Souvenir sur Marx et Engels, Editions du Progrès, Moscou, 1982, p.200 )», écrivit Eleanor Marx à propos d'Engels.

 

 

 

Le 12 juillet, 24 heures après le gros des troupes, le détachement de Willich, dans lequel se trouvait Engels, passa en territoire suisse, quittant le dernier le sol allemand.

 

 

 

L'insurrection en Allemagne méridionale et occidenta­le fut ainsi étouffée à la mi-juillet 1849. ?? fut là la défaite définitive de la révolution allemande de 1848­-1849.

 

 

 

Les partis et les classes, les diverses théories et plates-formes furent testés au cours des événements révolu­tionnaires de 1848-1849. Les révolutions de 1848-1849 portèrent un coup mortel à toutes les variétés de socialis­me prémarxiste et utopique, et dans le même temps elles montrèrent la supériorité de la théorie scientifique du prolétariat qui triompha brillamment de sa première épreuve historique. «La théorie nouvelle se trouva bril­lamment confirmée par le cours des événements révolu­tionnaires de 1848-1849, et ensuite par tous les mouve­ments prolétariens et démocratiques dans tous les pays du monde.» (V. Lénine. (Euvres, t. 21, ?. 42.)

 

 

 

Si avant 1848 Marx et Engels avaient consacré l'es­sentiel de leur attention à la formation des principes philosophiques du communisme scientifique, au cours des combats révolutionnaires de 1848-1849 ils firent passer au premier plan les idées politiques, les questions de stratégie et de tactique.

 

 

 

Ainsi que Lénine le souligna à maintes reprises en luttant contre les diverses tentatives entreprises pour dénaturer la tactique de Marx et Engels lors des révolu­tions de 1848-1849, cette tactique des pères du marxis­me était la seule juste. Et si elle ne conduisit pas à la victoire de la révolution, la raison en fut la préparation insuffisante du prolétariat et le développement insuffi­sant du capitalisme. En mettant l'accent sur ce qu'il y avait de fondamental et de décisif dans la ligne politique de Marx et Engels en 1848-1849, Lénine écrivit que la tactique qu'ils «ont enseignée au prolétariat est une tactique révolutionnaire qui consiste à développer la lutte jusqu'à ses formes les plus élevées, à entraîner la sannerie à la suite du prolétariat et non à mettre le létariat à la remorque des traîtres libéraux». (V. Lénine. Œuvres, t. 15, p. 45. )

 

 

 

* * *

 

Lorsque Marx quitta l'Allemagne pour Paris, les contacts entre les deux amis et compagnons de lutte furent rompus pendant plus de deux mois. Marx était très inquiet au sujet d'Engels, sachant que celui-ci s'efforcerait de se trouver aux points les plus chauds. De son côté, Engels n'éprouvait pas moins de crainte pour son ami. Ainsi, dans la première lettre qu'il put envoyer de à l'épouse de Marx (en date du 25 juillet 1849), Engels écrivit avec une grande appréhension: «Si seule-

t j'avais l'assurance que Marx est en liberté! J'ai souvent pensé que, sous les balles prussiennes, je trouvais à un poste bien moins périlleux que les nôtres en Allemagne, et surtout que Marx à Paris. Délivrez-au plus tôt de cette incertitude.» (K. Marx, F. Engels. Correspondance, Editions du Progrès, Moscou 1980, p. 38)

 

 

 

C'est Marx en personne qui répondit. «Je te ré quelle peur ma femme et moi avons éprouvée à ton sujet et quelle heureuse surprise ce fut pour nous de recevoir des nouvelles sûres de toi.»  (Friedrich Engels. Sa vie, son ??uvre, p. 167. ) Dans cette même le Marx écrivait à Engels: «Tu as maintenant l'occasion rêvée d'écrire une histoire ou un pamphlet sur la révolution dans le pays de Bade et du Palatinat... Tu as l'occasion de justifier brillamment la position de N[eue] Rh [einische] Z [eitung] envers le parti démocrate.» (Friedrich Engels. Sa vie, son o?uvre ,p.168).

 

 

 

Cette proposition de Marx coïncidait pleinement avec les intentions d'Engels. Le fameux ouvrage intitulé Campagne pour la Constitution du Reich fut bientôt prêt.

 

 

 

Sous une forme claire et vivante, d'une plume souveraine, Engels y décrit les étapes de la lutte armée en Prusse rhénane, au pays de Bade et dans le Palatinat en mai-juillet 1849, analyse les prémisses et le cours de la lutte pour la constitution impériale, fournit une caractéristique juste des positions des classes et des partis dans cette lutte, met en relief les particularités du rôle du prolétaria et de la paysannerie.

 

 

 

En relatant la lutte armée en Allemagne occidentale et méridionale non pas comme un observateur étranger, mais comme participant, Engels parle avec un mépris non dissimulé des chefs petits-bourgeois qui avaient pris la tête du mouvement et l'avaient entraîné à sa perte. En analysant en détail le cours des combats, il montre de façon convaincante comment il ne faut pas diriger une insurrection armée. La théorie marxiste de l'insurrection armée, qu'Engels avait commencé à élaborer dans ses articles consacrés aux combats de juin livrés par les ouvriers parisiens et à la lutte révolutionnaire menée en Hongrie et en Italie, fut développée dans Campagne pour la Constitution du Reich.

 

 

 

? la fin du mois d'août 1849, Engels reçut de Paris une lettre de Marx dans laquelle celui-ci l'informait qu'il était assigné à résidence dans le département du Morbihan, unerégion marécageuse de Bretagne. Ne voulant pas accepter cette tentative masquée d'assassinat, Marx décida de quitter la France. En faisant part de son intention se rendre à Londres où il espérait lancer la publication une revue allemande, Marx écrivait: «II faut donc que tu rendes immédiatement à Londres. Ta sécurité l'exi­ge reste. Les Prussiens te fusilleraient deux fois: 1° à cause de la Bade; 2° à cause d'Elberfeld. Et qu'irais-tu cacher en Suisse; où tu ne pourras rien faire? Les affaires nous attendent à Londres.» (K. Marx—F. Engels. Correspondance, tome premier, Alfred Costes, éditeur, Paris 1931, p. 180. )

 

 

 

Engels suivit volontiers le conseil instant de son ami. Etant donné qu'il ne pouvait partir ni par l'Allemagne ni la France, où il aurait été aussitôt arrèté, il se rendit à Gênes, en Italie. Le 6 octobre, Engels s'y embarqua à  d'un voilier et à la mi-novembre il arriva à Londres. Il  reprit son activité révolutionnaire conjointe avecMarx. La situation était extrèmement difficile. La réaction triomphait partout. L'abattement et le doute se répandaient parmi les émigrés politiques les moins stables. Dans cette conjoncture, Marx et Engels se montrèrent des chefs du prolétariat révolutionnaire à la hauteur de leur tâche.

 

 

 

Tout d'abord, ils décidèrent de reconstituer la Ligue des communistes. Les membres de l'organisation qui avaient pris une part active au mouvement avaient été arrêtés ou avaient gagné des villes différentes. Les contacts avaient été rompus; pour cette raison et le courrier risquant d'être ouvert, toute correspondance fut un certain temps suspendue.

 

 

 

Cependant, grâce à l'activité énergique de Marx, Comité central de la Ligue fut réorganisé dès le mois d septembre 1849. Presque tous les anciens dirigeants de la Ligue des communistes se retrouvèrent bientôt autour de Marx et Engels. Il y avait aussi des forces nouvelle parmi lesquelles se détachaient Willich, avec lequel Engels avait fait la campagne de Bade et du Palatina, Konrad Schramm et Wilhelm Liebknecht.

 

 

 

Pour établir une liaison avec l'Allemagne, au mois mars 1850, le C.C. de la Ligue envoya un émissaire spécial: Heinrich Bauer. Il emporta avec lui l'«Adresse du Comité central à la Ligue des communistes» rédigée par Marx et Engels. Dans cet important document, Marx et Engels dressaient le bilan de la révolution de 1849 en Allemagne, concrétisaient la ligne tactique communistes dans la révolution démocratique bourgeoise, donnaient une formulation de leur idée de la révolution permanente.

 

 

 

Dans l'«Adresse», Marx et Engels firent remarquer tout d'abord que pendant les années révolutionnaires membres de la Ligue des communistes restèrent invariablement aux premiers rangs du prolétariat, la seule et révolutionnaire conséquente, et que la plate-forme politique de la Ligue s'avéra la seule juste. Cependant, à cette époque, la Ligue était considérablement affaiblie. Dans plusieurs endroits, ses organisations étaient tombées sous l'influence du parti démocrate petit-bourgeois. Dans la prochaine révolution allemande, indiquèrent Marx et Engels, le parti ouvrier devra se montrer plus organisé, plus uni et plus indépendant.

 

 

 

Dans la future révolution, était-il dit dans l'«Adresse » les démocrates petits-bourgeois assumeront le rôle traîtres que les bourgeois libéraux allemands ont joué en 1848. Présentement, les petits-bourgeois propose prolétariat l'union et s'évertuent à le mobiliser au sein d’un grand parti d'opposition qu'ils dirigeraient. Une lutte résolue doit être menée contre ces tentatives de transformer le prolétariat en appendice de la démocratie petite-bourgeoise. Les ouvriers doivent créer une organisation indépendante, ouverte et secrète. L'attitude du partiouvrier révolutionnaire vis-à-vis de la démocratie petite

-bourgeoise doit être celle-ci: lutter avec elle contre l'ennemi commun; la combattre toutes les fois qu’elle veut se consolider dans son propre intérêt. Alors que les petits bourgeois démocrates s'attachent à limiter la révolution à la réforme du système social existant, à conserver l'assise du système, à savoir l'esclavage rémunéré des ouvriers, «... il est de notre intérêt et de notre devoir de rendre la révolution permanente, jusqu'à ce que toutes les classes plus ou moins possédantes aient été écartées du pouvoir, que le prolétariat ait conquis le pouvoir

... Il ne peut s'agir pour nous de transformer la propriété privée, mais seulement de l'anéantir; ni de masquer les antagonismes de classes, mais d'abolir les classses, ni d'améliorer la société existante, mais d'en fonder une nouvelle.» ( F. Engels. Œuvres  choisies en trois volumes, p. 187. )

 

 

 

Pour s’opposer efficacement à la politique traître des démocrates bourgeois, les ouvriers doivent être armés et avoir organisation militaire indépendante. Enfin, il est indispensable de combattre les tentatives des démocrates bourgeois de s'attacher les masses paysannes au moyen de réformes transactionnelles. Les ouvriers doivent exiger que la propriété foncière féodale confisquée devienne propriété de l'État et soit transformée en colonies ouvrières que le prolétariat rural groupé en associations exploite avec tous les avantages de la grande culture » (F. Engels. C>=uvres choisies en trois volumes, p. 191.)

 

 

 

A l'opposé des démocrates petits-bourgeois qui veulent établir une république fédérative avec le plus grand nombre possible de régions indépendantes, les ouvriers doivent défendre la république allemande une et indivible et parvenir à la centralisation la plus résolue pouvoir politique.

 

 

 

Les ouvriers doivent tendre à faire avancer la révolution le plus loin possible. «Leur cri de guerre doit êtr La révolution en permanence !»  (K. Marx et F. Engels. Œuvres  choisies en trois volu         ME ?tome premier, p. 193. )

 

 

 

Le travail intensif fourni par Marx et Engels en vue reconstituer et de réorganiser la Ligue des communistes donna des résultats. Dans la seconde «Adresse du Comité central à la Ligue des communistes» rédigée par eux en juin 1850, ils parlaient déjà, au nom du C.C., des succès de la Ligue. En luttant pour la création d'un parti prolétarien de masse en Allemagne, Marx et Eng regroupèrent en même temps autour d'eux les meilleurs éléments révolutionnaires du mouvement ouvrier international.

 

 

 

Marx et Engels considéraient que le nouvel organe périodique avait un grand rôle à jouer en matière cohésion des révolutionnaires prolétariens. Six numéro de La Nouvelle Gazette Rhénane, revue de politique d'économie parurent en 1850. Cette publication ét rédigée par Marx et imprimée à Hambourg. Marx Engels y firent paraître plusieurs articles consacrés résultats des révolutions de 1848-1849 en France et Allemagne, ainsi que des critiques et des exposés sur situation internationale.

 

 

 

Comme il ressort des exposés sur la situation intertionale publiés dans les numéros de février et d'avril de la revue, Marx et Engels espéraient une nouvelle vague révolutionnaire. Mais au cours de l'été 1850, ils prir conscience que ces espoirs étaient dépourvus de fondement. La crise industrielle de 1847, qui avait préparé la Révolution de 1848, avait pris fin, une période d'essor industriel impétueux avait commencé.

 

 

 

Tenant compte des nouvelles conditions objectives, avec la droiture et le courage propres aux authentiques chefs prolétariens, Marx et Engels demandèrent une révision de la tactique du parti. Il fallait s'atteler à une longue tâche consistant à rassembler les forces et à les préparer systématiquement en vue de la révolution prochaine dont le déclenchement avait été repoussé.

 

 

 

Cette position nouvelle de Marx et Engels suscita une brusque tension au sein de la Ligue des communistes et de son C.C. Une partie des membres du C.C. conduite

 

Willich et Schapper, soutenue par de nombreux membres londoniens de la Ligue, s'opposèrent à Marx et Engels.

 

 

 

C'était là une fraction opportuniste de «gauche», inca­pable de mener une lutte révolutionnaire conséquente dans le difficile contexte du reflux révolutionnaire. Ignora­nt les conditions objectives, ils appelaient à l'organisa­ntion immédiate d'une insurrection armée. Le groupe illich-Schapper s'était engagé dans la voie de la scis­sion. En novembre 1850, il fut exclu de la Ligue.

 

 

 

Les premières années qui suivirent la révolution de 1848-1849, Marx et Engels consacrèrent l'essentiel de leur travail théorique à établir une synthèse de la nouvel­le e?périence de lutte révolutionnaire. A ces fins, Marx écrivit Les luttes de classes en France (1848-1850) et Le 8 Brumaire de Louis Bonaparte, tandis qu'Engels rédigea La Guerre des paysans en Allemagne et Révolution contre-révolution en Allemagne.

 

 

 

Ces écrits attestent avec éclat qu'en tant que doctrine vivante et créatrice le marxisme a pris corps et s'est évoppé en liaison indissoluble avec la pratique révotionnaire. En synthétisant l'expérience de la lutte du prolét??iat et des masses laborieuses au cours d'une impétueuse époque révolutionnaire, quand l'activité et

 

l'initiative, le rôle créateur des masses populaires dans le processus historique se manifestent avec le plus de force, Marx et Engels firent d'importantes conclusion qui enrichirent leur doctrine. L'expérience des révolutions permit à Marx de développer sa théorie de révolution prolétarienne et de la dictature du prolétariat.

 

En fustigeant le socialisme petit-bourgeois qui a fait fiasco durant la révolution, Marx lui oppose le socialisme révolutionnaire; le communisme qui n'est d'autre que «... la déclaration permanente de la révolution, la dictature de classe du prolétariat, comme point de transition nécessaire pour arriver à la suppression différences de classes en général, à la suppression tous les rapports de production sur lesquels elles reposent, à la suppression de toutes les relations sociales correspondent à ces rapports de production, au bouleversement de toutes les idées qui émanent de ces relations sociales».  (K. Marx et F. Engels. Œuvres choisies en trois volumes tome premier, p. 292.) Ainsi, dans Les luttes de classes France, Marx utilisa pour la première fois la formule «dictature du prolétariat».

 

 

 

Dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852), parlant de la vieille machine d'État, Marx en arrive à cette conclusion importante: «Toutes les révolutions politiques n'ont fait que perfectionner cette machine, au lieu de la briser.» (K. Marx et F. Engels. Œuvres choisies en trois volume tome premier, p. 497. )

 

 

 

Citant cette conclusion, Lénine écrivait: «Dans remarquable aperçu, le marxisme accomplit un très grand pas en avant par rapport au Manifeste communiste, où la question de l'État était encore posée d'une manière très abstraite, dans les notions et termes les plus généraux. Ici, la question est posée de façon co?créte et la déduction est éminemment précise, définie, pratiquement tangibles toutes les révolutions antérieures ont perfectionné la machine de l'État; or il faut la briser, la démolir.

 

 

 

Cett? déduction est le principal, l'essentiel, dans la doctinre marxiste de l'État.» (V Lénine. ??uvres, t. 25, p. 439.)

 

 

 

Dans Les luttes de classes en France aussi bien que Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Marx attache une très grande importance aux rapports réciproques le prolétariat et la paysannerie. Marx démontre que les intérêts bien compris de la paysannerie doivent l'inciter à s’allier au prolétariat urbain.

 

 

 

Engels, lui aussi, accorda une attention considérable à question paysanne. Dans La Guerre des paysans en Allemagne, il fournit une analyse des causes, du cours et des résultats de la grande insurrection antiféodale de la paysannerie allemande en 1525. Pour Engels, ce travail permettait de mettre en relief le rôle joué par la paysanerie dans la lutte de classes, la nécessité, pour le prolétariat révolutionnaire, de lutter pour la direction des masses paysannes. En analysant la grande insurrection nodale qui eut lieu en Allemagne en 1525, Engels déduit que la défaite des jacqueries eut pour origine la traitrise des bourgeois d'alors, ainsi que le morcellement politique, le particularisme local en résultat duquel au lieu d'un vaste mouvement national on vit éclater en Allemagne des centaines d'insurrections locales écrasées séparément. Dans son ouvrage, Engels mit en relief les grandes figures de la Grande guerre des paysans, il rapp?la au peuple allemand ses traditions révolutionnaires.

 

 

 

L’ouvrage d'Engels Révolution et contre-révolution en Allemagne (1851-1852) dresse, lui aussi, le bilan de combats révolutionnaires de 1848-1849. Sa connaissan­ce parfaite de la méthode du matérialisme historique, sa profonde compréhension des événements auxquels il avait directement participé permirent à Engels de fournir une brillante analyse des prémisses, des forces motrices des principales étapes, de la conjoncture internationale, des leçons et des résultats de la révolution allemande de 1848-1849.

 

 

 

Cet ouvrage donne une formulation classique de la doctrine marxiste sur l'insurrection armée en tant qu’art on y trouve indiquées avec une extrême précision principales «règles» de l'insurrection sur lesquelles le prolétariat doit se guider pour remporter la victoire : «...L'insurrection est un art aussi bien que la guerre ou n importe quel autre art; elle est soumise à certaines règles pratiques dont la négligence entraîne la ruine parti qui les omet... Premièrement, ne jamais jouer l'insurrection si vous n'étes pas absolument décidés à affronter toutes les conséquences de votre jeu... Deuxièmement, une fois entré dans la carriére insurrectionnelle agir avec la plus grande détermination et de façon offensive. La défensive est la mort de tout soulèvement armé... Attaquez vos adversaires à l'improviste, pendant que leurs forces sont éparpillées; préparez de nouveaux succès, si petits soient-ils, mais quotidiens; maintenez l'ascendant moral que vous a donné le premier soulèvement victorieux; ralliez ainsi à vos côtés les éléments vacillants qui toujours suivent l'impulsion la plus fort et cherchent toujours à aller du côté le plus sûr; forcez ennemis à battre en retraite avant qu'ils aient pu réunir leurs forces contre vous...» (K. Marx et F. Engels. Œuvres choisies en trois votu tome premier, p. 392. )

 

 

 

 

 

Avant de déclencher une insurrection, il faut analyser sainement la situation politique et militaire. Mais une foisla décision prise et la préparation de l'insurrect commencée, il est indispensable de considérer cette dernière comme un art et d'agir avec la plus grande résolution, la plus grande hardiesse, avec un élan offensif incessant. Les déductions géniales d'Engels sur l'insurection en tant qu'art sont entrées dans le patrimoine rte en qualité d'élément important de la doctrine révolution prolétarienne.

 

 

 

Pallélement à leur travail théorique, Marx et Engels poursuivaient leur activité au sein de la Ligue des communistes.

 

 

 

Dès la scission de septembre 1850, la Ligue des communistes connut une période difficile. Au travail de désorganisation de Willich-Schapper et leurs partisans s’ajoutait la répression policière. En mai-juin 1851, plusieurs membres du C.C. de Cologne et d'autres respon­sables en vue de la Ligue furent arrêtés en Allemagne. En utilisant des provocateurs manipulés par la police, le gouverrnement prépara un procès monstre contre les communistes arrétés.

 

 

 

Engels fit un grand apport à l'activité intense déployée par Marx à l'occasion du procès en préparation. Dans plusieurs journaux anglais et allemands, ils dénoncèrent les provocations, les faux et autres machinations de la police prussienne, tout en collectant des matériaux et documents pour la défense des inculpés.

 

 

 

A l'époque, Marx et Engels devaient faire front aux attaques toujours plus vives de la part de la fraction Willich-Schapper et de l'émigration petite-bourgeoise à lauquelle elle était liée. En mai-juin 1852, Engels écrit Marx le pamphlet Les grands hommes officiels de l’imigration, donnant une caractéristique meurtrière des chefs petits-bourgeois de l'émigration londonienne qui se perdaient en palabres au lieu de déployer une vérita­ble activité révolutionnaire.

 

 

 

En octobre-novembre 1852, à Cologne se déroula le procès intenté à onze membres de la Ligue des communistes qui avaient été arrêtés. Sept d'entre eux furent condamnés à diverses peines d'emprisonnement. Pour dénoncer les vils procédés au moyen desquels le gouvernement prussien avait manigancé la condamnation des communistes de Cologne, Marx écrivit la brochure Révélations sur le procès des communistes de Cologne tandis qu'Engels rédigea pour le New York Daily Trinube l’article «Le récent procès de Cologne».

 

 

 

Les arrestations des communistes en Allemagne et le procès de Cologne qui s'ensuivit causèrent à la ligue des communistes un préjudice irréparable. Le groupe de Londres dirigé par Marx et Engels perdit le contact avec le continent. La Ligue cessa pratiquement d'exister. A la mi-novembre 1852, sur proposition de Marx, la Ligue des communistes proclama sa dissolution.

 

 

 

L'activité de la Ligue des communistes laissa une empreinte profonde dans l'histoire du mouvement ouvrier en tant qu'organisation politique qui marqua le début de l'union du socialisme avec le mouvement ouvrier, en tant que première étape dans la lutte par Marx et Engels pour la création de partis prolétarien.

 

 

 

PENDANT LA PÉRIODE RÉACTION ET DE NOUVEL ESSOR DES MOUVEMENTS DÉMOCRATIQUES ET PROLÉTARIENS

 

L’offensive de la réaction avait créé des conditions extrèmement difficiles pour l'activité théorique et politique de Marx et Engels. Ils connaissaient maintenant la proscription et les problèmes matériels. Si Engels pouvait encore subsister tant bien que mal grâce au journalisme, la chose était impossible pour Marx qui avait la charge d’une famille nombreuse.

 

 

 

els était prêt à tous les sacrifices pour alléger la vie Marx, pour conserver au prolétariat son chef.

 

 

 

Dans ?? contexte, le seul moyen qui pouvait permettre à Engels d'aider son ami était de retourner au comptoir, au « maudit commerce». Et c'est ce qu'il fit sans une te, sans un murmure. Il n'y avait pas d'autre issue. Marx considéra comme toute naturelle cette preuve d’abnégation totale de son ami. Ils continuaient en effet de lutter côte à côte pour le succès de la cause à laquelle ils avaient consacré leur vie. Les conditions nouvelles les avaient seulement contraints à modifier la division du travail entre eux. Engels, qui avait toujours admis la supériorité de son ami, qui s'inclinait devant lui, considé­nrait maintenant comme tout à fait naturel de couvrir une grande partie des besoins matériels de Marx et de sa famille de manière à lui permettre de poursuivre son travail théorique et politique. Au mois de novembre 1850, Engels s'installa à Manchester en qualité de

 

représentant commercial de la société «Ermen Engels ».

 

 

 

Le retour d'Engels au comptoir et les visites assidues de Marx à la bibliothèque du British Museum servir de prétextes à l'émigration petite-bourgeoise, qui continuait de jouer aux «comités européens» et « gouvernements provisoires», pour déverser un flot de mensonges et de calomnies à leur égard. Cependant, la  conscience de remplir son devoir protégeait Engels contre ces piques. Et il calmait Marx furieux et prêt à se ruer au combat, l'invitant à ne pas prêter attention à l'«école de la médisance et de la vilenie» de l'émigration. Engels considérait qu'en facilitant à Marx son travail sur  Le Capital, l'ouvrage essentiel de sa vie, il faisait immensément plus pour la victoire de la révolution prolétarienne que tous ces petits-bourgeois champions de la phraséologie révolutionnaire pris ensemble.

 

 

 

Néanmoins, Engels espérait qu'il n'aurait pas à supporter longtemps le fardeau exécré du «maudit commerce ». Il s'attendait à la cessation prochaine l'essor industriel, à l'éclatement d'une crise à laquelle ferait suite une nouvelle tempête révolutionnaire.

 

 

 

Cependant, ses espérances ne devaient pas se rééliser.

 

Engels était entré dans la société en qualité de représantant commercial. En 1860, il en devint fondé de pouvoir et, quatre ans plus tard, associé après avoir investi da la société la part de l'héritage qu'il avait reçue après mort de son père.

 

 

 

·              En vertu de son travail, Engels devait fréquenter milieu qui lui était étranger, respecter l'étiquette et, par conséquent, mener une double vie. Engels ne se reposait de ce milieu qu'en compagnie de sa femme Mary Burn une simple ouvrière irlandaise dont il était tombé amoureux lors de son premier séjour à Manchester. Cet femme dévouée et aimante fut un soutien et un réconfort pour Engels en cette difficile période de sa vie. Il fut cruellement affecté par la mort de Mary survenue le 6 janvier 1863, des suites d'une maladie de cceur. «On ne peut pas vivre avec une femme pendant tant d'années sans ressentir terriblement sa mort, écrivit-il à Marx. Je sentais qu'avec elle j'enterrais le reste de ma jeunesse.»  (Marx, Engels. Correspondance, Editions Sociales, Pari 1979. ?. 124.)

 

 

 

Marx et Engels avaient été contraints de vivre dans des viles différentes, pourtant leur alliance s'était consolidée. Les voyages de Marx à Manchester ou d'Engels à Londres ne pouvaient être fréquents. Mais d'autant plus animée était leur correspondance. C'est précisément grâ­ce fait que les pères du communisme scientifique furent contraints de vivre de longues années dans des différentes que nous sommes aujourd'hui en pos­sesion d'une énorme correspondance qui est en queque sorte le laboratoire théorique de Marx et Engels, la perle de l'ensemble de leur héritage littéraire.

 

 

 

Dans  la correspondance apparaissent comme dans un miroir les qualités personnelles des grands chefs du prolétariat. La répression, les mensonges et les calomnies déversées par la presse bourgeoise, la lutte sordide et exténuante pour l’existençe étaient le lot quotidien de Marx et Engels; pourtant, la joie de vivre, l'humour, la vivacité et la volonté irrésistible de lutter ne les quittaient jamais.

 

 

 

Après avoir relu la correspondance à l'occasion de l’analyse de l'héritage littéraire de Marx, Engels écrivit à Becker : «J'ai revécu l'ancien temps et les innombrables moments joyeux que nous procuraient nos ennemis. Ces vieilles histoires m'ont fréquemment fait rire jusqu'aux larmes. Nos ennemis n'avaient jamais réussi à nous priver de notre humour.» (K. Marx et F. Engels. Œuvres, t. 36, p. 24, éd. russe. )

 

 

 

La correspondance de Marx et Engels recèle un richisime  matériel permettant de les caractériser en tant que théor?ciens et chefs du prolétariat, dotés d'une intelligence, d'une énergie et d'une ténacité prodigieuses. Enfin, seule la correspondance montre pleineme lutte difficile, éreintante et permanente que Marx' mener pour ne pas sombrer dans le besoin; seu correspondance donne une idée complète du désint sement et du dévouement exemplaires de l'ami de Friedrich Engels.

 

 

 

Quand Engels était représentant de la société, son aide à  Marx était encore très insuffisante. Le besoin étranglais, littéralement Marx, contraint, avec sa famille, de renoncer à l'indispensable, de mener une «guerre» interminable contre les créanciers, d'échapper aux poursuites du propriétaire et du boutiquier. La famille de Marx concèdait sacrifice sur sacrifice. Particulièrement pénible pour Marx fut la perte de son fils Edgar, le chouchou de la famille, que l'on appelait aussi Musch (petit moineau).

 

 

 

Après avoir enterré son fils, Marx écrivit à Engels: « Je ne puis te dire à quel point l'enfant nous manque chaque instant. Des revers, j'en ai connu de toutes sortes, mais ce qu'est le vrai malheur, c'est maintenat seulement que je l'ai appris...

 

 

 

Au milieu de toutes les épreuves de ces jours derniers ce qui m'a permis de tenir le coup, c'est de penser à toi à ton amitié et aussi l'espérance que, sur cette terre, il nous reste encore à faire ensemble des choses qui sont pas dérisoires.» (K. Marx— F. Engels. Correspondance, t. IV, Éditions S les, Paris 1974, p. 215. ) .

 

 

 

Engels faisait tout pour que la famille de Marx ne connaisse pas les privations. Toutes les fois quil le pouvait, il accordait une aide matérielle complémentaire à Marx par le biais des publications. Au mois d'août 1851, le journal progressiste américain New York Daily Tribune proposa à Marx de collaborer. Marx écrivit à Engels pour lui demander de l'aider: «Quant au NewYork Tribune, il faut que tu me donnes un coup de main en ce moment où je suis plongé jusqu'au cou dans économie politique. Écris une série d'articles sur l'Alle­magne à partir de 1848.»  (K. Marx—F. Engels. Correspondance, t. II, Alfred Costes Editeur, Paris 1931, p. 183) Engels se mit aussitôt au travail et commença à envoyer à Marx article sur article que celui-ci envoyait régulièrement au New York Daily Tribune. C'est ainsi que vit le jour la fameuse série Révolution et contre-révolution en Allemagne. Seule la publication de la correspondance révéla que cet ouvrage était dû non pas à la plume de Marx, mais à celle d’Engels.

 

 

 

Outre ces articles destinés au New York Daily Tribune, il traduisait en anglais des articles de Marx (celui-ci commença à écrire en anglais qu'à partir de 1853). Au moins un tiers des innombrables articles envoyés par Marx au New York Daily Tribune plusieurs années durant fut écrit par Engels.

 

 

 

Cependant, malgré l'important travail littéraire réalisé par Ma?x avec l'aide d'Engels pour le New York Daily Tribune, les honoraires qu'il recevait étaient insignifiants. Cha?les Dana, le rédacteur du journal, se conduisait en me d'affaires à l'égard de son correspondant et finalement il n'accorda que la moitié de ses honoraires à Marx. La condition matérielle de ce dernier empira brusquement une nouvelle fois.

 

 

 

En cette période difficile pour Marx, le même Dana lui posa de collaborer à la Nouvelle encyclopédie améri­caine qu'il envisageait d'éditer. Engels accepta volontiers participer à ce travail de façon à aider Marx. Étant donné que la journée il était occupé au comptoir, c'est la nuit qu'il travaillait sur l'encyclopédie. Le sachant, Marx voulut plusieurs fois «envoyer au diable» cette entreprise. ­Mais lui aussi devait écrire les articles la nuit pour ne pas interrompre son travail en matière d'économie.

 

 

 

Engels aidait Marx non seulement dans le domaine du journalisme. Marx prenait conseil auprès de son ami au sujet de questions théoriques les plus diverses et, invariablement, il recevait des réponses circonstanciées, mûrement pesées. De son côté, Marx aidait activement ami, il lui faisait part de son avis sur de nombreuses questions intéressant Engels; fréquemment, il passait des journées entières au British Museum à la recherches de matériaux concernant la chose militaire, l’histoire, la littérature, la linguistique, etc.

 

 

 

Pendant son séjour à Manchester, Engels prêta une attention toute particulière à l'étude des sciences militaires.

 

 

 

Engels s'intéressa de près à l'expansion coloniale des Etats capitalistes et à la guerre de libération nationale menée par les peuples asservis contre le colonialisme. Dans la plupart de ses articles, il sort largement du cadre de l'analyse purement militaire. Ainsi, outre une anal magistrale des actions de guerre, les articles consacrés à l'insurrection de libération nationale en Inde recèlent aussi un acte d'accusation contre la politique coloniale anglaise. Dans l'article «La Perse et la Chine», Engels remarque avec joie que la masse populaire prend une part active à la lutte contre les étrangers.

 

 

 

Engels attachait une très grande attention aux destinées des peuples de l'Afrique, il manifestait une rare compréhension à l'égard de la lutte qu'ils mena contre le colonialisme rapace. Ainsi, sur l'exemple de la conquête de l'Algérie par les Français, Engels dénonce les méthodes cruelles de la domination coloniale et lourdes conséquences pour les peuples asservis. Il marque avec satisfaction que, malgré trois décennies guerres sanglantes, les classes dominantes de France n'ont pas réussi à briser la résistance du peuple algérien. Des articles d'Engels sur l'Afghanistan et la Perse furent eux aussi, consacrés au colonialisme. Les articles de Marx et Engels sur l'Inde et la Chine, publiés dans années 1850 dans le New York Daily Tribune, en association avec leurs appréciations du problème national en Europe, jetèrent les fondements de la politique révolutionnaire prolétarienne en ce qui concerne la question nationale et coloniale.

 

 

 

En lisant les articles militaires d'Engels, on est frappé par s?n érudition, par la profondeur de l'analyse qu'il fournit des faits concrets. D'ailleurs, les lecteurs attri­buaient à une sommité militaire les articles d'Engels; ordinairement anonymes. Jenny, la fille de Marx, avait ommé Engels le «Général » et ses amis l'imitaient.

 

 

 

Engels fut le premier spécialiste militaire du prolétariat révolutionnaire, son premier théoricien militaire. Un hori­zon politique extrêmement vaste, la connaissance de l’économie, une vision claire des relations internationales et chose essentielle, une possession magistrale de la dialectique matérialiste permettaient à Engels, à l'opposé des spécialistes militaires de métier, d'appréhender la guerre comme un phénomène social, conditionné par le développement social et la lutte des classes.

 

 

 

Dans l'Asti-Dühring, Engels donna une formulation ise de la thèse marxiste relative à la guerre et à la chose militaire. «Rien n'est plus dépendant de conditions économiques préalables que précisément l'armée et marine, écrivit-il dans cet ouvrage. Armement, communication, organisation, tactique et stratégie dépendent avant tout du stade de production et de l'état des comunications à un moment donné. Ce qui a produit cette en matière des effets révolutionnaires, ce ne sont pas les «libres créations de l'esprit» de capitaines gé­niaux, mais l'invention d'armes meilleures et la modifica­tion du matériel soldat; l'influence des généraux de gén?e se borne tout au plus à adapter le mode de combat aux arme nouvelles et aux combattants nouveaux.»  (F.Engels. M. E. Dührin? bouleverse ia science (Anti­hiu?g), t. II, Alfred Costes, éditeur, Paris 1932, pp. 41-42. )

 

 

 

Sous cet angle, Engels offre dans l'Asti-Dühring un remarquable précis historique du développement de l’art militaire.

 

 

 

Dans ce même ouvrage, Engels prévoit que la croissance du militarisme après la guerre franco-prussienne de 1870 exacerbera au maximum toutes les contradictions de la société capitaliste, en résultat de quoi l'armée, utilisée comme instrument par les classes dominantes, se transformera en puissant facteur de la révolution prolétarienne victorieuse. «Le militarisme, écrit Engels, domine et dévore l'Europe. Mais ce militarisme porte aussi en lui le germe de sa propre ruine. La concurrence des Etats particuliers entre eux les contraint, d'une part, à dépenser chaque année plus d'argent pour l'armée, pour la marine, pour l'artillerie, etc., à accélérer ainsi de plus en plus la catastrophe financière; d'autre part, à prendre toujours, plus au sérieux le service militaire obligatoire et général, et à rendre par là le peuple tout entier familier avec le maniement des armes, capable donc d'opposer à un moment donné sa volonté à la souveraineté du commandement militaire. Et ce moment arrivera dès que la masse du peuple—travailleurs des villes et des campagne et paysans—aura une volonté. A ce moment, l'armée des princes se transforme en armée du peuple; la machine refuse le service, le militarisme périt par la dialectique de son propre développement.» (F. Engels. M. E. Dühring bouleverse la science (A Dühring), t. 11, pp. 48-49)

 

 

 

Les très nombreux écrits militaires d'Engels ont conservé toute leur valeur. Lénine, qui attachait grande importance à la science militaire, appela maintefois le parti à apprendre auprès d'Engels la chose militaire, mettant l'accent sur l'immense portée du savoir militaire, des matériels militaires et de l'organisation militaire en tant qu'armes utilisées par les classes laborieures pour régler les grands affrontements historiques.

 

 

 

A Manchester, outre des recherches dans le domaine des sciences militaires, Engels étudiait les langues. Possédant déjà à la perfection les principales langues euro­péennes, connaissant bien les langues anciennes (le grec et le latin), en 1850, Engels se mit sérieusement à l’étude du du russe. Il écrivit que la langue russe «... mérite amplement d'être étudiée, d'abord, parce que c'est une des langues vivantes les plus fortes et les plus riches, et ensuite, parce qu'elle révèle une littérature...» (  K. Marx et F. Engels. Œuvres, t. 18, p. 526, éd. russe.).

 

 

 

En liaison avec la guerre de Crimée et l'étude poussée de la question orientale, Engels apprend la langue persa­nne.La guerre des Duchés en 1864 et la lutte pour le Schelswig-Holstein incitèrent Engels à s'initier aux lan­gues scandinaves.

 

 

 

A la fin des années 1860, quand la question irlandaise se posa de façon aiguê à la 1ère  Internationale, Engels s’attela  à l'étude des langues celto-irlandaises. Ces années-là, il travailla sur les langues hollando-frison et écossaise. Au crépuscule de sa vie, Engels étudia le roumain et le bulgare étant donné la nécessité de diriger mouvements socialistes qui avaient vu le jour dans ces pays.

 

 

 

Vér?table polyglotte, Engels parlait couramment et écrivait douze langues et en lisait une vingtaine.

 

 

 

Sa connaissance des langues permit à Engels de se pencher sur les problèmes globaux de la linguistique et la linguistique comparée, de placer ces sciences  égal?ment sur une solide assise marxiste. Cela lui servit énormément lorsqu'il travailla, dans les années 1880, sur l’histoire des Germains anciens ainsi que sur le livre L’origine de la famille, de la propriété privée et de l'État.

 

 

 

Dans l'aperçu écrit en 1876 et resté inachevé «Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme», Engels donna une formulation précise des idées marxis­te sur l'origine des langues.

 

 

 

En  liaison étroite avec ses travaux linguistiques, lors de son séjour à Manchester, Engels poursuivit l'étude littérature mondiale. Dans ce domaine également, Engels, l'un des plus grands érudits de son siècle, obtint de brillants résultats. C'était un remarquable connaisseur des littératures modernes et, anciennes des différents peuples européens et orientaux. Appréhendant la littérature et l'art comme des formes de la conscience humaine, déterminée en dernière analyse par l'assise économique de la société, Engels révéla les racines de classe de la lutte entre les courants divers dans la littérature et l'art. Il se prononçait pour la conviction idéologique, pour la vérité dans la littérature et l'art, pour le réalisme qui «... suppose, outre la vérité des détails, la vérité de la reproduction des caractères typiques dans des situations typiques ». (K Marx, F. Engels. Correspondance, Editions du Progrès,Moscou 1980, pp.412-413 ) ;

 

 

 

A la fin des années 1850, Engels entreprit l'étUDEndamentale des sciences naturelles: chimie, physique,physiologie et biologie.

 

 

 

Ce qui l'intéressait principalement, c'était l'application de la dialectique matérialiste dans le domaine des sciences naturelles. Engels accueille avec enthousiasme la parution de l'ouvrage de Charles Darwin De l'originedes  espèces par voie de sélection naturelle, le qualifie tentative grandiose et réussie de prouver le dévelopement historique dans la nature.

 

 

 

Les premières années de son séjour à Manchester, la participation au mouvement chartiste occupa une plus très importante dans le travail révolutionnaire pratique d'Engels. Après la défaite subie en avril 1848, le chartisme connut une dure période de régression. L'essor industriel rapide qui avait transformé l'Angleterre en «atelier industriel du monde», l'exploitation d'immenses colonies par la bourgeoisie anglaise avaient entraîné une certaine amélioration de la condition des ouvriers anglais les plus qualifiés et favorisé l'apparition d'idées opportunistes dans leur milieu. Dans cette situation, une partie des responsables chartistes avait renoncé au programme chartiste et pactisé les radicaux bourgeois.

 

 

 

Marx et Engels expliquèrent aux chartistes de gauche la nécessité de rompre avec les opportunistes, d'établir un lien entre le charisme et le socialisme, d'associer la lutte politique aux combats économiques livrés quoti­diennement par la classe ouvrière.

 

 

 

Tout en faisant le maximum pour contribuer à la naissance du chartisme sur une base nouvelle, Marx et Engels ne se faisaient pas beaucoup d'illusions, conscients qu'ils étaient que le chartisme se tournait de en plus vers les radicaux bourgeois.

 

 

 

Dans une lettre adressée à Marx le 7 octobre 1858, Engels révèle les raisons de la régression du mouvement ouvrier révolutionnaire anglais: «... Le prolétariat angalis s'embourgeoise de plus en plus, et ... cette nation, la plus bourgeoise de toutes, veut donc, apparemment, en venir à posséder une aristocratie bourgeoise et un prolétariat bourgeois à côté de la bourgeoisie. Il va sans dire que pour une nation qui exploite le monde entier c’est assez normal.» (K.Marx, F. Engels. Correspondance, Editions du Progrès, Moscou 1980, p. 104 ).

 

 

 

*     *     *

 

A la  fin des années 1850, les mouvements de libération nationale et démocratiques bourgeois s'animèrent en Europe.

 

 

 

Les questions non résolues de la révolution bourgeois? posaient avec une force nouvelle dans plusieurs pays. Au fur et à mesure du développement du capitalisme, la tâche consistant à réunifier le pays morcelé, à créer un Etat indivisible gagnait en acuité en Allemegne et en Italie.

 

 

 

Cependant, la question était aussi de savoir avecquelles forces, avec quels moyens et en suivant quelle voie cette tâche serait menée à bien.

 

 

 

La question nationale en Allemagne s'aggrava, 1859, du fait de la guerre déclenchée par l'empereur français Napoléon III (Louis Bonaparte) contre l'Autriche à cause de l'Italie du Nord. De maniére à rendre cette guerre «populaire» et consolider ainsi son trône chancelant, Louis Bonaparte avait démagogiquement invoqué l'affranchissement de l'Italie du joug autrichien.

 

 

 

A ce sujet, Engels publia la brochure anonyme le pô et le Rhin. Il s'y montre un partisan ardent de la libération nationale de l'Italie et dénonce Bonaparte qui impose au peuple italien un noveau joug sous le couvert d'une lutte pour son indépendance nationale. Engels démontre aussi qu'en menant une guerre sur le Pô Bonaparte en réalité, porte atteinte au Rhin, c'est-à-dire qu'il prépare une agression contre l'Allemagne. La France bonapartiste était intéressée au morcellement économique et politique de l'Allemagne voisine. C'est la raison pour laquelle Engels jugeait indispensable de combattre Bonaparte estimant qu'une guerre de la Prusse contre lui suscita un vaste mouvement populaire qui balayerait le gouvernement prussien et réunifierait l'Allemagne «par le bas », au moyen de la révolution.

 

 

 

En 1860, Engels publia une seconde brochure, anonyme elle aussi, intitulée La Savoie, Nice et le Rhin s'inscrivant en prolongement de la première.

 

 

 

La position de Marx et d'Engels pendant la guerre austro-italo-française révéla de profonds désaccords entre eux et Ferdinand Lassalle, ancien démocrate, qui s'était à plusieurs reprises proclamé partisan du parti de Marx.

 

 

 

A l'opposé de Marx et Engels qui luttaient avec conséquence en faveur de la réunification révolutionnaire de l’allemagne par le bas, par le biais d'une république démocratique, Lassalle se prononçait pour le soutien de la Prusse réactionnaire en tant que force prédominante dans l'Allemagne réunifiée. Alors que Marx et Engels dénonçaient la France bonapartiste, qui prétendait à l ‘hégémonie en Europe, et appelaient le peuple italien à entreprendre sa libération nationale et à unifier le pays, Lassalle semait des illusions au sujet de la «mission libératrice» de Louis Bonaparte à l'égard du peuple italien, soutenant ainsi la politique expansionniste de l’empereur francais.

 

 

 

Les contradictions entre Marx et Engels, d'une part, et Lassalle, de l'autre, s"aggravèrent lorsque ce dernier prit la tête de l'Association générale des travailleurs alle­mands qui venait de se créer.

 

 

 

Dans plusieurs articles et discours, il ébaucha le programme de cette association, un programme qui se disntiguait radicalement des principes que Marx et Engels avaient proclamés dans le Manifeste du parti communiste et dans l'«Adresse du Comité central à la Ligue des communistes».

 

 

 

Lasalle préconisait la lutte pacifique, légale pour la classe ouvrière. Il considérait qu'avec l'introduction du droit de vote pour tous, l'État s'était transformé en «État populaire libre», garantissant l'égalité des droits et aussi l’égalité matérielle de ses citoyens. Lassalle donnait aux ouvriers l'illusion qu'en introduisant le droit de vote pour tous l'État prussien voulait les aider à acquérir les moyens de production et à s'affranchir de l'exploitation, il avait unit une attitude négative vis-à-vis de la lutte de classe, des grèves et des syndicats.

 

 

 

A la différence de principe entre les vues théoriques de Marx et Engels et celles de Lassalle correspondait une différence radicale de tactiques, de démarches politiques. Marx avait nettement déclaré à Lassalle: «.. ,Nous n'avons rien de commun sur le plan politique, sinon des objectifs finales très éloignés`.» (Friedrich Engels. Sa vie, son oeuvre, p. 227.) .

 

 

 

Si e? ce qui concerne la réunification nationale de l'Allemagne Marx et Engels prônaient la révolution à laquelle les masses paysannes participeraient sous la direction du prolétariat, Lassalle considérait la paysannerie et les autres couches non prolétariennes de la population comme une masse réactionnaire, et les mouvements paysans combattant les propriétaires fonciers et le socialisme comme des mouvements réactionnaires.

 

 

 

Lassalle alla volontiers au-devant du gouvernement Bismark quand celui-ci tenta de réunifier l'Allemagne «par le haut», sous 1a prédominance des propriétaires fonciers prussiens. Lorsqu'au cours du conflit constitionnel Bismark commença à faire des avances au prolétariat pour obtenir son soutien contre la bourgeoisie libér?l?, Lassalle entama des négociations directe lui.

 

 

 

Marx et Engels n'étaient pas au courant de ces négociations, néanmoins ils ne pouvaient que constater les ronds de jambe de Lassalle devant les propriétaires fonciers prussiens et le gouvernement Bismark. Lorsque Lassalle commença son travail d'agitation en direction des ouvriers allemands, Marx et Engels réstérent tout d'abord dans l'expectative et évitèrent condamner publiquement étant donné que Lassalle avait joué, à un moment donné, un rôle positif en contribuant à l'affranchissement des ouvriers de l'influence du parti bourgeois des progressistes. Par le truchement de leurs partisans, au premier chef Wilhelm Liebknecht, Marx et Engels s'efforcèrent d'influencer l'Association générale des travailleurs allemands, d'aider les ouvriers qui s’y trouvaient à adopter une position juste. Après appris la trahison de Lassalle, ils se mirent à combattre ouvertement le lassallisme. Mais les traditions lassallistes s’étaient profondément enracinées dans le mouvement ouvrier allemand et les pères du communisme scientifique durent mener une ­longue lutte contre l'héritage de l'opportunisme dans la social-démocratie allemande

 

 

 

 

 

À L'ÉPOQUE DE LA Ire INTERNATIONALE

ET DE LA COMMUNE DE PARIS

 

La lutte inlassable et persévérante pour la cohésion internationale des travailleurs que Marx et avaient menée dans les conditions extrêmement durent de la réaction fut couronnée en 1864 par la création l'Association Internationale des Travailleurs : l'Internationale.

 

 

 

La crise industrielle de 1857 avait été le point de  départ d'une nouvelle montée du mouvement ouvrier. Au fur et à mesure du développement du capitalisme, la communauté des destinées et la communauté de souffrances des prolétaires de tous les pays étaient apparues avec toujours plus d'évidence. Les ouvriers l’avaient ressenti tout particulièrement pendant la crise, quand la bourgeoisie avait tenté de faire retomber sur les travailleurs tout le poids des difficultés. Les ouvriers avaient répondu par des grèves. Les capitalistes avaient alors recouru à la main-d'oeuvre étrangère. Des actions  unifiées et concertées des prolétaires de tous les pays contre l'offensive du capital étaient donc indispensables.

 

 

 

Le regain d'activité des mouvements démocratiques bourgeois, en particulier de libération nationale, a la fin des années 1850 et au début des années 1860, contribua à l'éveil politique de la classe ouvrière.

 

 

 

La campagne lancée par les ouvriers anglais à l’occasion de la guerre de Sécession aux Etats-Unis fut une manifestation éclatante de solidarité internationaliste du prolétariat. Les manifestations et meetings de protesta­tions des ouvriers empêchèrent les classes dominantes d’intervenir pour défendre le Sud esclavagiste contre les Etatss du Nord plus progressistes.

 

 

 

La solidarité internationaliste du prolétariat se manifesta ­avec plus de force encore lors de l'insurrection de 1863 en Pologne; à de nombreux meetings internatio­naux ouvriers pr??lamère?t leur chaleureuse sympathie pour les Polonais opprimés et leur haine du tsarisme russe, leur oppresseur sanguinaire.

 

 

 

Après avoir donné une juste appréciation de la situation économique et politique internationale et de la nouvelle montée du mouvement ouvrier, Marx conclut que l'idée de la solidarité prolétarienne internationaliste, pour laquelle il avait combattu avec Engels, pouvait maintenant se matérialiser. Le 28 septembre 1864, il a à un meeting international à St. Martin's Hall à Londres , au cours duquel fut fondée l'Association Internationale des Travailleurs. Marx en devint le chef et le théoricien.

 

 

 

La complexité de la direction de l'Association Internanationale

des Travailleurs devint évidente au lendemain même de sa création: il fallait réunir les mouvements ouvriers de divers pays se trouvant à des niveaux de développement très divers, organiser l'activité conjointe d’éléments extrêmement hétérogènes, en surmontant leur sectarisme et leurs tendances petites-bourgeoises, en élvant le  mouvement ouvrier à un plus haut degré.

 

 

 

En rédigeant l'Adresse inaugurale de l'Internationale, Marx avait misé sur le fait que l'expérience pratique des masses et aussi la lutte qu'il continuait de mener avec Engels les conceptions petites-bourgeoises aideraient les ouvriers à comprendre le communisme scientifique. Ainsi dès les premiers jours de l'existence de l’Association Internationale des Travailleurs, Marx entreprit une lutte et systématique et opiniâtre pour la prédominance des idées du communisme scientifique au sein d l'Internationale.

 

 

 

Vivant à Manchester, Engels n'avait pu participer directement à la fondation de l'Internationale et aux travaux de son organe directeur, le Conseil Général. Quoi qu'il en soit, il aidait activement Marx dans la direction de cette organisation. Marx informait régulièrement Engels de la lutte qu'il devait livrer au sein du Conseil Général. Il prenait conseil auprès d'Engels, lui demandait de préparer des matériaux pour les séances Conseil Général. Engels constitua, par exemple, un rapport détaillé sur les ligues des mineurs dans les houillères de la Saxe, qui fut publié en 1869 par le Conseil Général de l'Internationale en qualité de rapport de Karl Marx, secrétaire du Conseil Général pour l'Allemagne.

 

 

 

En liaison avec la lutte livrée au sein de l'Internationale, Engels intervint à plusieurs reprises dans la presse pour défendre le marxisme contre ses adversaires bourgeois et petits-bourgeois.

 

 

 

Le premier adversaire auquel Marx se heurta dès fondation de l'Internationale fut le proudhonisme. L’influence du politique petit-bourgeois français Proudhon était encore forte en France, en Belgique, en Italie et  dans plusieurs autres pays où la petite production et l'artisanat étaient encore solidement implantés.

 

 

 

Une des questions au sujet de laquelle les Proudhonistes s'opposaient à Marx au sein de l'Internatioale était celle de l'indépendance de la Pologne. Les proudhonistes refusaient l'inscription à l'ordre du jour du congrès de l'Internationale, qui devait se tenir en 1866 à Genève, de la question de la Pologne qui était, eux, une question «politique» ne concernant pas les ouvriers. Sur la demande de Marx, Engels écrivit contre les proudhonistes une série d'articles sous le titre : En quoi la question polonaise regarde la classe ouvrière ? Dans ces articles, Engels dénonça les proudhonistes qui en renonçant à défendre les Polonais, soutenaient en fait la politique répressive des monarchies prussienne et richienne, ainsi que du tsarisme russe.

 

 

 

Simultanément, Marx et Engels livraient un combat contre le lassallisme.

 

 

 

Peu de temps après la fondation de l'Internationale, Marx se vit proposer, par un responsable de l'Association générale des travailleurs allemands, Schweitzer, de collaborer à son journal, le Social-Demokrat. La lettre de Schweitzer, qui soulignait le rôle de Marx en tant que fondateur et militant d'avant-garde du mouvement ouvrier allemand, et l'absence de mots d'ordre lassallistes typiques dans le prospectus du journal qui accompagnait la missive, laissaient espérer à Marx et Engels que ce journal pourrait être utilisé pour diffuser les idées de de l’Interationale en Allemagne. Aussi donnèrent-ils leur accord. Marx envoya tout d'abord au journal l'Adresse inaugurale de l'Internationale. Mais les premiers numéros spécimens du journal suscitèrent l'inquiétude de Marx et d’Engels.

Dans l'esprit des traditions lassallistes, le journal commença à faire des courbettes devant le gouvernement seigneurial de Bismark. Marx utilisa un article qu'il avait écrit à l'occasion de la mort de Proudhon pour intervenir

dans le Social-Demokrat contre «tout compromis, même apparent, avec le pouvoir en place », en qualifiant de «vilenies» les ronds de jambe de Proudhon devant Louis Bon????t?. (Cf K.Marx et F. Engels. Œuvres choisies en trois volumes, t.II, p.25)  De son côté, Engels envoya au Social-démokrat la traduction d'une vieille chanson paysanne danoise, brossant un épisode d'une jacquerie contre les propriétaires fonciers, en l'accompagnant d’une conclusion fort instructive : «Dans un pays comme l’Allemagne où les classes possédantes comptent autant de féodaux que de bourgeois et où le prolétariat comprend autant, sinon plus, d'ouvriers agricoles que d'ouvriers industriels, la bonne vieille chanson paysanne est tout à fait de mise.» ( Friedrich Engels. Sa vie, son œuvre, p.246).

 

 

 

Mais toutes les tentatives entreprises par Marx et Engels pour corriger l'orientation du journal restère sans résultats, et ils furent contraints de faire une déclaration officielle contre le Social-Demokrat. Dans cett déclaration, ?n date du 23 février 1865, ils indiquèrent qu'ils ne figuraient plus parmi les collaborateurs du journal, en motivant leur décision par le fait que la rédaction n'avait pas tenu compte de leurs demandes réitérées de mener contre le ministère de Bismark et du parti féodal absolutiste une lutte au moins aussi résolue que contre la bourgeoisie.

 

 

 

Peu après la rupture avec le Social-Demokrat, Engels soumit à la même critique les lassallistes dans la brochure spéciale la Question militaire en Prusse et le Parti ouvrier allemand, parue en 1865. La question militaire en Prusse et celle de la réorganisation de l'armée prussienne avaient acquis alors en Allemagne une acuité toute particulière et suscité le fameux «conflit constitutionnel » entre la bourgeoisie et le gouvernement.

 

 

 

Sur l'exemple concret de ce conflit, Engels expliqua quelle devait être l'attitude du parti prolétarien à l'égard des fractions des classes possédantes ?? lutte: les propriétaires fonciers et leur gouvernement, d'un côté, et la bourgeoisie libérale, de l'autre.

 

 

 

Contrairement aux lassallistes, Engels affirmait qu’en aucun cas le prolétariat ne devait soutenir le gouvernement réactionnaire prussien et les propriétaires fonciers. Dans le but de combattre la bourgeoisie, la réaction cherche en général à trouver grâce devant les ouvriers et leur fait certaines concessions. Mais quand le mouvement ouvrier se transforme en force indépendante, le gouvernement s'attache à y mettre fin par la répression.

 

 

 

Après avoir analysé la conduite de la bourgeoisie prussienne dans le conflit constitutionnel, Engels conclut qu'elle tendait de plus en plus à un compromis avec la monarchie. Les ouvriers devaient dénoncer la politique timorée de la bourgeoisie et, si celle-ci se trahissait elle-même, le parti ouvrier devait, en dépit des positions de la bourgeoisie, poursuivre l'agitation en faveur des revendications démocratiques bourgeoises, la liberté de la presse, pour le droit de réunions, d’associations, etc. Le parti ouvrier devait intervenir comme parti indépendant, en expliquant aux ouvriers quels étaient leurs intérêts de classe, et se tenir prêt à agir l’approche de la tempête révolutionnaire. C'est ainsi qu’Engels concrétisa la tactique énoncée dans le Manifeste du parti communiste, appliquée aux conditions de l’Allemagne des années 1860.

 

 

 

La menée par Marx et Engels contre le lassallisme exerça une influence considérable sur la formation en Allemagne d'une organisation ouvrière distincte de l'organisation lassalliste. L'expérience pratique des masses ouvrières de plus en plus convaincues du caractère erroné des dogmes lassallistes y contribua également.

 

 

 

C’est ainsi que se créèrent des conditions propices à la fondation d'un parti nouveau, socialiste, faisant contrepoids  à l'Association générale des travailleurs  alemands.

 

 

 

L’ouvrier tourneur August Bebel et Wilhelm Liebknecht particcipant à la révolution de 1848 et partisan de Marx et d’ Engels, furent les organisateurs de ce nouveau parti. Le programme du Parti ouvrier social-démocrate, connu sous le nom de parti d'Eis?n??h, fut 1869 au congrès d'Eisenach.

 

 

 

Jusqu’en 1875, le mouvement ouvrier allemand fut marqué par une lutte entre les lassallistes et le parti d’Eisenach. La raison historique de cette lutte résidait en  ce que les lassallistes et les sociaux-démocrates occupaeint des positions foncièrement différentes au sujet de la question essentielle de la vie politique de l'Allemagne, la question des voies menant à la réunification nationale du pays.

 

 

 

Vu le rapport des forces à l'époque, cette réunification pouvait se faire de deux façons: ou bien par la révolution dirigée par le prolétariat et aboutissant à la formation d'une république panallemande, ou bien au moyen guerres dynastiques menées par la Prusse et consolidant l'hégémonie des propriétaires fonciers prussiens dans l'Allemagne réunifiée.

 

 

 

Dans l'esprit de la position nationaliste de Lassalle et de Schweitzer, les lassallistes refusèrent d'adhérer à l'Internationale. Quant aux sociaux-démocrates, ils entrérent dans l'Internationale, faisant leurs son programme et ses principes.

 

 

 

Au demeurant, Marx et Engels devaient fréquemment critiquer et corriger les sociaux-démocrates. Mais malgré toutes leurs erreurs, ceux-ci réussirent, grâce à une tactique juste dans les questions fondamentales qui se posaient alors au prolétariat allemand et grâce aussi à la direction de Marx et Engels, à placer le parti ouvrier social-démocrate sur une assise solide.

 

 

 

La parution en 1867 du premier tome du Capital, l'ouvrage immortel de Marx, le fruit d'un gigantesque travail théorique de longue haleine, contribua dans une grande mesure aux succés des sociaux-démocrates dans la lutte contre le lassallisme.

 

 

 

Marx acheva le premier tome du Capital dans un contexte très difficile. Outre des recherches théoriques intenses, il réalisait un travail aussi volumineux complexe que complexe en matière de direction de l'Internationale. La  tension permanente et le besoin matériel minait sa santé déjà précaire.

 

 

 

Dans un de ces moments difficiles, s’adressant à Engels pour une nouvelle aide, Marx lui écrivit : «Je t’en donne l'assurance, j'aurais mieux aimé me faire couper le  pouce que de t'écrire cette lettre. C'est vraiment déprimant de rester, durant la moitié de ma vie, incapable de me suffire. La seule pensée qui me soutienne, c'est que nous sommes deux associés et que dans notre affaire je donne mon temps pour la partie théorique, pour la vie du parti » (K.Marx-F. Engels. Correspondance, t. VIII, Alfred Costes éditeur Paris 1934, ?. 227. ) .

 

 

 

Chaque fois Engels s'empressait de venir en aide à Marx avec l'affection et le dévouement de l'ami et la sollicitude infinie du membre du parti pour son chef admirable. Devant la brusque aggravation de l'état de santé de Marx, Engels, très inquiet, prend conseil auprès de médecins, persuade Marx de venir se reposer à Man­chester, de soigner sérieusement sa maladie qui peut une issue fatale.

 

«... Fais-nous, à ta famille et à moi, le seul plaisir de te laisser guérir. Que deviendrait tout le mouvement s'il t'arrivait quelque chose; et ceci est  inévitable à la façon dont tu opères. Vraiment, je n’aurais de tranquillité ni jour ni nuit, tant que je ne te saurai tiré d'affaire; et chaque jour où je n'ai pas de tes nouvelles je m'inquiète et je me dis que tu vas de nouveau plus mal.» (K.Marx-F. Engels. Correspondance, t. IX, Alfred Costes Editeur, Paris 1934, ?. 23) .

 

 

 

L’aide accordée par Engels à Marx dans son travail sur Le Capital  ne se limitait pas à une assistance matérielle. Ordinairement, Marx le consultait sur des problèmes théoriques majeurs, énonçant par écrit ses déductions, demandant l'avis d'Engels sur telle ou telle question. Marx faisait souvent appel aux connaissances approfon­dies d’Engels dans le domaine de l'économie.

 

 

 

Souvent, Engels sermonnait amicalement Marx pour son perfecionnisme démesuré, pour sa manière de ne jamis considérer un ouvrage terminé tant qu'il ne s'était convaincu d'avoir lu tous les livres concernant la question donnée, d'avoir pesé toutes les objections. Connaissant ces pa?ticularités de Marx, qui faisaient que l'impression du premier tome du Capital était sans cesse repoussée, Engels pressait Marx, le persuadait de faire paraître le premier tome du Capital sans attendre d'avoir terminé les tomes suivants.

 

 

 

Enfin, le 27 mars 1867, Marx écrivit à Engels qu'il avait terminé le manuscrit du premier tome et lui fit part de son intention de l'envoyer chez l'éditeur à Hambourg. Engels accueillit cette nouvelle par un « hourra!» enthousiaste.

 

 

 

Lorsque les épreuves commencèrent à arriver de Hambourg, Marx les expédia à Manchester pour avoir l'avus de son ami qu'il estimait plus que tout.

 

 

 

Le 16 août 1867, Marx informa Engels qu'il avait terminé la correction de la dernière main du Capital. La préface était elle aussi envoyée. «Ce volume est donc fini, écrivait Marx. C'est à toi seul que je dois d'avoir pu le faire! Sans ton dévouement pour moi, il ne m'eût pas été possible de faire les travaux énormes nécessités par les trois volumes. Je t'embrasse le coeur rempli de gratitude!... Salut, mon cher, mon très cher ami.» (K.Marx-F.Engels. Correspondance, t.IX, Alfred Costes, Editeur Paris 1934, pp.180-190 ) .

 

 

 

L'achèvement du premier tome ne fut pas seulement un très grand événement dans la vie de Marx et Engels. Ce fut aussi un événement d'une immense portée historique universelle pour le mouvement ouvrier tout entier pour le développement de la théorie révolutionnai?e du prolétariat.

 

 

 

«Depuis qu'il y a des capitalistes et des ouvriers dans le monde, il n'est pas paru de livre qui fût de paraille impo?ance pour les ouvriers que celui-ci »,  (K.Marx-F.Engels, Œuvres Choisie en trois volumes, t.II, pp.154 ) écrivait Engels à propos du Capital.

 

 

 

Il fallut à Marx vingt-cinq années de recherches intenses pour que sa doctrine économique acquière un caractère achevé, classique. Cette oeuvre immortelle associe la stricte valeur scientifique à la passion révolutionnaire, l’obectivité rigoureuse à l'esprit de parti le plus profond. En utilisant le puissant instrument de la dialectique matérialiste, Marx créa une doctrine qui suscita un tournant radical dans l'économie politique.

 

 

 

Le principal vice de toute l'économie politique bourgeoise résidait en ce que même ses meilleurs représentants,Adam Smith et David Ricardo, considéraient les lois économiques de la société bourgeoise comme éternelles et immuables, et cette même société comme le systéme économique correspondant à la nature humaine, ce qui interdisait toute étude objective, scienti­fique de la société capitaliste.

 

 

 

Seul un idéologue du prolétariat, la classe affranchie des restrictions et des préjugés cupides des classes exploiteuses, était à même de révéler les lois objectives développement du capitalisme, d'étudier la société capitaliste dans son devenir, son évolution et sa régression ­de démontrer son caractère temporaire au plan historique.

 

 

 

Dans Le Capital, Marx démontra que tous les vices et chancres du capitalisme—anarchie de la production, chômage, paupérisation absolue et relative du prolétariat, ruine de la petite bourgeoisie urbaine et de la paysannerie—découlent de la contradiction essentielle du capitalisme, la contradiction entre le caractère social de la production et la forme capitaliste privée d’appropriation.

 

 

 

Une plus grandes découve?es de Marx fut sa doctrine sur la plus-value, la pierre angulaire, selon Lénine, de toute sa théorie économique. Marx prouva

scientifiquement qu'en régime capitaliste la source principale de

tous les revenus ne provenant pas du travail (bénéfices,rentes foncières, etc.) était le labeur non rémunéré du travailleur, la plus-value, c'est-à-dire la différence entre la valeur des biens produits par le travailleur et le prix de sa force de travail (valeur des moyens d’existence indispensables pour le survivance du travailleur et de sa famille). La loi de la plus-value est la principale loi économique du capitalisme, elle exprime la nature de la production capitaliste. La théorie marxiste de la plus-value révéla le secret de l'exploitation capitaliste soigneusement caché par les apologistes du capitalisme, elle montra le fondement économique de l'antagonisme entre le prolétariat et la bourgeoisie.

 

 

 

Conformément à la loi générale de l'accumulation capitaliste découverte par Marx, cet antagonisme gagne en acuité au fur et à mesure du développement de la société capitaliste. Non seulement les prémisses matérielles de la révolution socialiste, mais aussi la force sociale qui réalisera la révolution prolétarienne victorieuse, qui établira la dictature du prolétariat et en fini à jamais avec le joug et l'exploitation, prennent corps dans la société capitaliste.

 

 

 

Le Capital fit prendre conscience à la classe ouvrière de l'inéluctabilité historique de la mort du capitallisme et du triomphe de la société nouvelle, communiste. C’est dans Le Capital que le communisme scientifique a été le plus solidement argumenté. Cette oeuvre géniale a réalisé un bond considérable dans le développement de toutes les parties constituantes du marxisme: l'économie politiqueque, la philosophie, le socialisme.

 

 

 

Comment la science bourgeoise accueillit-elle Le Capital?

 

 

 

Incapable de fournir une critique scientifique de l’approche rigoureusement scientifique de Marx, elle préféra taire l'apparition du Capital.

 

 

 

Pour briser ce mur du silence de la presse bourgeoise, Engels ne se limita pas à publier des critiques de lecture facile dans les organes de presse ouvriers ou proches du mouvement ouvrier, rares encore à l'époque. Par le biais de préte-noms, il réussit à faire paraître plusieurs articles critiques dans des journaux bourgeois. Ce faisant, Engels révéla une aptitude étonnante à présenter au sous forme critique, les idées de Marx de telle façon que le lecteur restait avec l'impression que c'était quand même Marx et non pas son «critique» qui avait raison. Engels considéra l'achèvement du premier tome du Capital comme le début d'un tournant dans la vie de Marx et aussi dans son destin personnel. L'espoir était né que les revenus littéraires de Marx augmenteraient quelque peu et que lui-mème pourrait en finir une fois pour toutes avec le commerce et vivre avec Marx avec les moyens qu'Engels devait recevoir en quittant la société et avec les droits d'auteur. «Je ne souhaite rien aussi ardemment que d'être débarrassé de ce sacré commerce qui, par les pertes de temps qu'il m'inflige, me démoralise complètement», écrivait-il à Marx (K. Marx— F. Engels. Correspondance, t. IX, Alfred Costes, Editeur, Paris 1934, p. 154.) . Mais plus de deux années s'écoulèrent encore après achèvement du premier tome du Capital avant qu'En­gels puisse réaliser ce voeu.

 

 

 

Eleanor (Tussy), la fille cadette de Marx, alors er visite chez Engels, rapporte ainsi, dans ses mémoires, le dernier jour de travail d'Engels au comptoir: «Je n'oublierai jamais son cri de triomphe: «Pour la dernière fois!» quand un matin il enfila ses bottes pour rendre pour la dernière fois à son travail. Quelques heures plus tard, nous l'attendions à la porte et nous le vîmes traverser le petit champ attenant à sa maison. Il brandissait sa canne, chantait et rayonnait de joie.Ensuite, nous nous mimes à table pour fêter ce grand jour. Nous bûmes du champagne, nous étions heureux.

 

J’étais trop jeune alors pour tout comprendre. Maintenant je ne puis y songer sans pleurer.» (Souvenirs sur Marx et Engels, p. 201).

 

 

 

Cette joie d'un homme enfin affranchi du lourd fardeau qui l'avait écrasé de longues années durant se sent aussi dans les lettres qu'écrit Engels à ses parents et

 

amis. «Aujourd'hui, c'est mon premier jour de libe?té... écrit-il à sa mère. J'apprécie infiniment ma nouvelle liberté. Depuis hier, je suis un tout autre homme, rajeuni de dix ans.» (K.Marx et F.Engels, Œuvres, t.32, pp.512,514, ed. russe ) .

 

Il entama la réalisation d'un grand ouvrage sur l'histoire de l'Irlande. En compagnie de son épouse Lizzy Burns (la soeur de Mary, décédée) et d'Eleanor Marx, il fit périple en Irlande pour avoir une connaissance approfondie de ce pays opprimé.

 

 

 

L'intérêt manifesté par Engels à l'égard de l'Irlande n'avait rien de fortuit. A cette époque, la question irlandaise jouait un grand rôle au sein de l'Internationale. Selon Marx et Engels, l'animosité nationale entre les ouvriers irlandais et anglais, attisée par les classes dominantes, était à l'origine de la faiblesse de la classe ouvrière anglaise. Ils considéraient que l'Internationale devait éveiller dans le prolétariat anglais la conscience que «...l'émancipation nationale de l'Irlande n’est pas pour elle une question of abstract justice or humanitarian sentiment [question abstraite de justice et d'humanitarisme], mais the first condition of their own émancipation sociale [la première condition de sa propre émancipation sociale ». (K. Marx et F. Engels. Correspondance, Editions Moscou 1980, p. 235.) .

 

 

 

La séparation de l'Irlande et la révolution agraire dans ce pays devaient être un coup puissant assené aux classes dominantes anglaises (la bourgeoisie et propriétaires fonciers) et concourir au déclenchement de la révolution en Angleterre même.

 

 

 

«La politique de Marx et d'Engels dans la irlandaise, écrivait Lénine, a fourni un très grand exemple, qui conserve jusqu'à présent une énorme importance pratique, de la façon dont le prolétariat des nations qui oppriment d'autres doit se comporter envers les mouvements nationaux...» (V.Lénine. Œuvres, t. 20, ?. 467.).

 

 

 

Engels s'attela à l'étude de l'Irlande à un moment où la question irlandaise avait acquis une acuité toute parti­culière du fait de la montée du mouvement agraire et de la répression sanglante des révolutionnaires irlandais— les fenians—par le gouvernement anglais.

 

 

 

L’épouse d'Engels Lizzy Burns, une Irlandaise aux convictions révolutionnaires, communiait avec la lutte menée par son peuple pour l'indépendance nationale et aidait activement les révolutionnaires irlandais qui, pour échapper aux poursuites, trouvaient refuge et assistance dans la maison d'Engels.

 

 

 

Si Engels accordait tout le soutien possible au mouve­ment de libération nationale irlandais, cela ne l'empê­cait pas de critiquer les fenians pour leur tactique conpiratrice, pour leur politique de «putschs», pour l’absence de liens avec les masses populaires irlandaises éprises de liberté.

 

 

 

En conférant une immense portée théorique et politi­que à la question irlandaise, Engels voulait, dans un ouvrage portant sur l'histoire de l'Irlande, montrer le processus de transformation de ce pays en première colonie anglaise.

 

 

 

Cependant, il ne réussit pas à terminer ce livre. Comme il l’avait prévu, de grands événements politiques se produisirent bientôt en Europe et ils l'écartèrent pour lontemps du travail théorique. Il s'agissait de la guerre prussienne et de la Commune de Paris.

 

 

 

***

 

 

 

La guerre entre la France et 1a Prusse commenca le 19 juillet 1870. Dès le 23 juillet, le Conseil Général de l'Internationale lança un appel spécial, rédigé par Marx aux ouvriers de tous les pays au sujet de la guerre franco-prussienne.

 

 

 

Dans cet appel, Marx qualifiait la guerre menée par la France de dynastique, déclenchée dans l'intérêt de Bonaparte, et celle menée par l'Allemagne de défensive étant donné qu'elle était menée contre la France bonapartiste intéressée au morcellement de l'Allemagne et empêchant sa réunification nationale. Cependant, Marx soulignait aussitôt la nette distinction entre les véritables intérêts de l'Allemagne dans cette guerre et les objectifs expansionnistes que poursuivait la Prusse réactionnaire.

 

 

 

Marx appelait les ouvriers à empêcher qu'en raison des aspirations expansionnistes de la Prusse la guerre défensive se transforme en guerre de rapines. En citant plusieurs appels et résolutions adoptés par les ouvriers allemands et français, Marx relevait avec satisfaction que les ouvriers d'avant-garde avaient su prendre dans cette guerre une position juste, internationale. «Ce fait unique sans parallèle dans l'histoire du passé, ouvre la voie à un avenir plus lumineux. Il prouve qu'à l'opposé de la vieille société, avec ses misères économiques et son délire politique, une nouvelle société est en train de naître dont la règle internationale sera la Paix, parce que dans chaque nation régnera le méme principe: le Travail!

 

 

 

Le pionnier de cette nouvelle société, c'est l'Association Internationale des Travailleurs.» (K. Marx et F. Engels. Œuvres  choisies en trois volumes, t.II p. 205.) .

 

 

 

Dans une lettre adressée à Marx le 15 août 18 Engels lui exposa, comme convenu, son point de vu sur la tactique des ouvriers allemands et de leur parti dans les conditions complexes de la guerre franco-prussienne: établir une distinction rigoureuse entro intérêts nationaux allemands et les intérêts dynastiques prussiens; s'opposer à l'annexion de l'Alsace-Lorraine chercher à obtenir la paix dès qu'un gouvernement républicain arrivera au pouvoir à Paris; mettre constamment l'accent sur l'unité des ouvriers allemands et français q­ui n'ont pas approuvé la guerre et qui ne combat­tent pas les uns contre les autres. Marx approuva entiè­tièrement cette orientation et donna des instructions dans ce sens au Parti socialiste allemand.

 

 

 

Au moment du vote des crédits militaires en juillet 1870, les députés du Reichstag Bebel et Liebknecht firent abstention, soulignant ainsi leur défiance vis-à-vis de la politique du gouvernement prussien. Par contre, l'esprit de leur position nationaliste, les lassallistes votèrent les crédits, accordant de cette façon un soutien inconditionnel à Bismark.

 

 

 

bientôt, deux événements—l'intention franchement exprimée par Bismark d'annexer l'Alsace-Lorraine et la chute, prévue par Marx, de Louis Bonaparte, et la procla­mation de la république , en France (4 septembre 1870)—amenèrent le Conseil Général à lancer un nou­vel appel. Marx y indiquait que la guerre menée par l’Allemagne avait d'ores et déjà pris un caractère expan­iste et proposait aux ouvriers de protester contre l’annexion de l'Alsace-Lorraine, de proposer une paix honorable à la France et de reconnaître la République Française. Il invitait les ouvriers français à ne pas tomber le nationalisme, à ne pas faire confiance au nouveau g­ouvernement et à utiliser les libertés républicaines organiser leur propre classe. Cet appel pronostiquait ­avec une clairvoyance étonnante que l'annexion de Alsace-Lorraine pousserait la France dans les bras de la Russie tsariste. La partie de l'appel, dans laquelle il était démontré que d'un point de vue stratégique militaire également l'Allemagne n'avait pas intérêt à annexer l’Alsace-Lorraine, avait été écrite par Engels.

 

 

 

La modification du caractère de la guerre obligea les ouvriers allemands à modifier aussi leur tactique. Lors du votes des crédits militaires au Reichstag, Bebel et Liebknecht votèrent contre, condamnant ainsi la guerre de rapines menée contre le peuple français.

 

 

 

Peu après cela, Bebel et Liebknecht, et ensuite plusieurs autres sociaux-démocrates furent arrêtés et jetés en prison. Engels s'efforça d'accorder une aide morale et matérielle aux emprisonnés et à leurs familles. Dans une lettre adressée à l'épouse de Liebknecht, il écrivait : « Les ouvriers allemands ont manifesté durant cette guerre une perspicacité et une énergie qui les placent de la tête du mouvement ouvrier européen... et vous comprendrez la fierté qui nous emplit.» (Friedrich Engels. Sa vie, son oeuvre, p. 271 ) .

 

 

 

Dirigée par Marx, l'Internationale surmonta brillament cette épreuve historique, elle fournit un bel exemle d'internationalisme prolétarien dans le contexte difficile  de la guerre franco-prussienne.

 

 

 

Au tout début de la guerre, Engels écrivit plusieurs correspondances brossant le déroulement des opérations militaires. Ses articles, Notes sur la guerre, faisaient sensation étant donné que les prévisions qu'ils contenaient relatifs au cours ultérieur des opérations militaires se réalisaient invariablement. Par exemple, Engels huit jours à l'avance prédit le revers de l'armée francaise à Sedan. Du fait que ces articles étaient anonymes, on les attribuait à la plume d'un grand spécialiste militaire.

 

 

 

Au mois de septembre 1870, Engels quitta Manchester pour Londres et s'installa à dix minutes à pied de la maison de Marx. Maintenant les deux amis pouvaient se voir quotidiennement et examiner ensemble toutes les questions, chose qu'auparavant ils ne pouvaient faire que par lettre principalement.

 

 

 

 

 

 

 

«Dans l'intervalle de leurs rencontres, raconte Paul Lafargue, le mari de la fille de Marx Laura, chacun faisait des recherches sur la question débattue afin d'aboutir à un même résultat. Aucune critique de leurs idées et de leurs travaux n'avait à leurs yeux l'importance de ceelle qu’ils échangeaient ainsi : ils avaient la plus haute opinion l’un de l'autre.

 

 

 

Marx se laissait pas d'admirer les connaissances universelles d'Engels, l'extraordinaire souplesse de son intellegence qui lui permettait de passer facilement d'un dujet à l'autre. Engels, de son côté, se plaisait à reconnaître la puissance d'analyse et de synthèse de Marx » (Souvenirs sur Marx et Engels, pp. 94-95. )

 

 

 

Après son installation à Londres, Engels fut admis au Conseil Général de l'Internationale sur proposition de Marx. C'est avec une joie insigne qu'Engels s’occupe du travail d'organisation politique. Avec Marx, à dirigé la campagne en faveur de la reconnaissance de république française et critique vigoureusement les

 

des trade-unions anglais et les membres de l’Internationale qui n'y participent pas assez activement.

 

 

 

Dans la série d'articles Notes sur la guerre, Engels fustigeait la politique expansionniste du gouvernement Bismark et les méthodes barbares de conduite de la guerre «à la prussienne». Il saluait les francs-tireurs français qui avaient pris les armes pour résister aux occupants.

 

 

 

En se prononçant pour la reconnaissance de la Répu­blique française, Marx et Engels dénonçaient en même temps le gouvernement et le corps des officiers généraux français qui, mus par la hantise des ouvriers, s'atta­chaient à conclure la paix avec les Prussiens à n'importe qu’elles conditions, de façon à avoir les mains libres pour se retourner contre le peuple français.

 

 

 

Dans la nuit du 18 mars, le gouvernement Thiers tenta porter un coup décisif au prolétariat parisien et de s’emparer de l'artillerie de la garde nationale disposée les hauteurs de Montmartre. En réponse, le peuple se souleva. Pris de peur, le gouvernement s'enfuit à Versailles. Pour la première fois dans l'histoire, les ouvriers s'emparèrent du pouvoir.

 

 

 

Marx et Engels avaient mis en garde le prolétariat français contre une insurrection prématurée, à un moment où les troupes prussiennes étaient aux portes Paris. Mais dès que la logique de la lutte de classes aboutit à la révolution du 18 mars, Marx et Engels portèrent à l'aide des ouvriers parisiens avec toute l' ardeur, toute la passion des chefs prolétariens qu’ils étaient.

 

 

 

Dès le 21 mars, devant le Conseil Général, Engels fit une communication détaillée sur les événements de Paris. Sur sa proposition, une résolution appelant les ouvriers anglais à soutenir les insurgés parisiens fut adoptée.

 

 

 

? la session du Conseil Général du 11 avril, en informant du déroulement de la lutte à Paris, Engels l'accent sur l'une des principales erreurs commises par la Commune: «C'était lorsque Versailles était faible fallait l'attaquer, mais l'occasion a été perdue. Maintenant, il semble que Versailles prend le dessus et bouscule les Parisiens.» Cependant, fit remarquer Engels, les ouvriers «sont bien mieux organisés que lors de toutes les insurrections précédentes ».  (Cf. K. Marx et F. Engels, Œuvres, t. 17, p. 625, éd.russe. ) .

 

 

 

Engels prit une part active au travail intense que le Conseil Général de l'Internationale avait déployé, sous la direction de Marx, en vue de mobiliser le prolétariat international et les ouvriers de France pour aider le Paris révolutionnaire.

 

 

 

Marx et Engels aidaient les communards en leur donnant des conseils et en critiquant leurs erreurs, leur communiquaient des renseignements secrets sur      l' l'armée prussienne, donnaient des indications relative la défense de Paris, etc.

 

 

 

Mais les conseils que Marx et Engels faisaient parvenir, au prix de mille difficultés, dans Paris assiégé, ne pouvaient éliminer le défaut fatal du mouvement ouvrier français: l'absence d'un parti prolétarien d'avant-garde. Ni les blanquistes ni les proudhoniens n'étaient à même diriger correctement la Commune, d'élaborer une stratégie et une tactique justes et de les appliquer avec une persévérance de fer.

 

 

 

Tout en critiquant les erreurs de la Commune, Marx et Engels portèrent une haute appréciation de l'héroïsme, la créativité et l'esprit d'initiative des ouvriers parisiens; sur la base de l'expérience de la lutte communarde, ils firent plusieurs déductions très importantes pour la théorie révolutionnaire. Dans une lettre de l'époque, Marx rele­va: «... Non plus à faire passer la machine bureaucratique militaire en d'autres mains, comme ce fut le cas jusqu'ici, mais à la détruire. C'est la condition première toute révolution véritablement populaire sur le continent.C'est aussi ce qu'ont tenté nos héroïques camara­de de Paris. De quelle souplesse, de quelle initiative historique, de quelle faculté de sacrifice sont doués ces Parisiens ! ... L'histoire ne connaît pas encore d'exemple aussi grand !» (Marx, F. Engels. Correspondance, Éditions du Progrès, 1980, ?. 261) .

 

 

 

Alors que les combats se poursuivaient sur les barrica­de de Paris, Marx rédigea l'appel du Conseil Général de nationale «La guerre civile en France», qui fut rendu public à la session du Conseil Général du 30 mai.

 

 

 

En proposant une synthèse de l'expérience historique des masses, Marx faisait dans ce nouvel écrit un pas nouveau, d'une importance exceptionnelle, dans le développement de sa théorie de l'État, de la dictature du prolétariat. Sur la base de l'analyse de l'activité de la Commune, Marx étaya sa thèse majeure, élaborée précé­demment, sur la nécessité pour le prolétariat de briser la vieille machine d'État. Marx et Engels attachaient tellement d'importance à cette conclusion sur les tâches de de la classe ouvrière à l'égard du vieil appareil d'Etat bour­geois que dans la préface qu'ils rédigèrent en 1872 pour le Manifeste du parti communiste ils la présentèrent comme un complément substantiel au premier document de programme du marxisme.

 

 

 

L'expérience de la Commune de Paris permit aussi à Marx d'ébaucher les contours du nouveau type d'Etat que le prolétariat devait construire. Marx arriva à la conclusion que le type d'Etat de la Commune était «... la forme politique enfin trouvée qui permettait de réaliser l'émancipation économique du Travail ». (K. Marx et F. Engels.  Œuvres choisies en trois volumes, t.II ,?. 236 ) .

 

 

 

Dans son ouvrage, Marx démontra que la Commune avait été un véritable gouvernement national de la Fran­ce, le défenseur des intérêts de la paysannerie et de la petite bourgeoisie urbaine, la représentante de tous les éléments sains de la société française. Marx y glorifia l'exploit des communards et stigmatisa leurs bourreaux.

 

 

 

Avec la guerre franco-prussienne et la Commune de Paris prit fin une formidable période de l'histoire du mouvement ouvrier. Si au début de cette période la doctrine de Marx et d'Engels était très loin d'ètre prédominante si elle n’était qu’un seul des innombrables courants du socialisme, la révolution de 1848 et plus encore la Commune de Paris portèrent un coup mortel toutes les variétés du socialisme petit-bourgeois d'avant Marx. L'inconsistance de toutes les écoles et sectes socialistes qui avaient combattu le marxisme était apparue dans toute son évidence au cours des âpres affrontements révolutionnaires.

 

 

 

Cependant, les divers courants petits-bourgeois au sein du mouvement ouvrier défendaient leurs positions. Après la Commune de Paris, qui avait posé avec forces  les questions fondamentales de la révolution prolétaienne, la lutte s'exacerba à l'Internationale: les b