
(Numérisation réalisée par : Stéphane Dubois, pour le CDRM, Novembre 2008)
Les Illustrations de la brochure ne sont pas reproduites.
GEORGES LEVY
UNE VIE
AU SERVICE
DU PEUPLE
Témoignages de
· Marcel CACHIN
· Benoît FRACHON
· François BILLOUX
· Waldeck ROCHET
· Georges MARRANE
· Virgile BAREL
PREFACE DE MAURICE THOREZ
Un grand militant du prolétariat lyonnais :
Georges LÉVY
Il y a des hommes dont la vie, vouée à un seul et long combat, est aussi riche en vertus qu'en enseignements. Georges Lévy est de ceux la.
Avec un courage indomptable qui ne s'est jamais démenti, ce militant de la première heure à été de toutes les batailles menées par notre Parti. Enfant de Lyon, il avait dès sa jeunesse lié son destin à celui du prolétariat de la ville où, dès 1831, les canuts insurgés inscrivaient sur leurs drapeaux :« Vivre en travaillant ou mourir en combattant. »Ainsi son destin, mêlé à un demi-siècle de luttes prolétariennes, se confond-il avec l’ascension du mouvement ouvrier dans la région lyonnaise, mouvement dont Georges Lévy fut, aux heures les plus difficiles, la vivante incarnation.
La ville de Lyon possède des traditions glorieuses entre toutes. Durant le Moyen Age et la Renaissance, elle à joué un rôle international, elle s'est ouverte, non seulement commerce des marchandises, mais à l'échange des idées. Elle à été un grand centre intellectuel, un carrefour routier, une tête d’étape sur les chemins de l'Alsace, de Genève et surtout de l'Italie, une capitale dle l'édition. C'est à Lyon, en 1532, que vient se fixer, comme médecin de l'Hôtel-Dieu, Rabelais. C'est à Lyon que, la même année, il fait éditer son premier livre, l'immortel Pantagruel, où il dresse un réquisitoire contre l'ignorance, la bêtise, les abus, les injustices de son temps. C'est à Lyon qu’éclate l'une des premières grèves, celle des compagnons typographes contre les maîtres imprimeurs qui les exploitaient et les affamaient - grève victorieuse malgré l'intervention du guet. Trois siècles plus tard, la révolte des travailleurs de la soie, des canuts de la Croix-Rousse, jette à la face de la bourgeoisie et de son gouvernement, le premier cri des revendications prolétariennes. En mars 1871, les bataillons de la Guillotière suivent l'exemple des Communards parisiens et s’emparent de l’Hôtel de Ville …
Le prolétariat de Lyon peut, il juste titre, s'enorgueillir de ces grands souvenirs. mais l'histoire et l'économie ont imprimé au mouvement ouvrier lyonnais, un caractère particulier. Il lui a fallu surmonter maintes difficultés, maints obstacles avant de devenir un véritable mouvement de masse. C'est dans ce travail opiniâtre, continu, héroïque, dans cette lutte contre tout ce qui entravait la marche en avant de la, classe ouvrière dans le ralliement des masses à un Parti de type nouveau que se sont affirmés avec une vigueur peu commune, les mérites éclatants de Georges Lévy.
Si la ville de Lyon vit éclater la première insurrection ouvrière, elle fut aussi l'une des premières citadelles du capitalisme. Apre au gain, enfermée dans ses hôtels aux murs épais et dans son égoïsme de classe, la bourgeoisie lyonnaise a, de siècle en siècle, érigé d'immenses fortunes sur l'exploitation impitoyable des travailleurs.
Face à cette bourgeoisie opulente, un prolétariat malheureux, concentré dans les grandes usines du textile, des produits Chimiques, de la métallurgie. Mais aussi composé de façonniers, de petits artisans, de travailleurs à domicile, chez qui subsistait avec les anciens modes de travail, les anciens modes de pensée. Rien d’étonnant à ce que les conceptions anarcho-syndicalistes aient eu longtemps des racines vivaces à Lyon.
Ainsi, d’un côté , un patronat rapace,, dur et roué, menant une lutte sans merci, un patronat puissamment organisé et lié aux trusts internationaux. De l’autre un prolétariat souvent mal dégagé de son passé, attardé dans des formes de lutte élémentaires, entravé par ses illusions persistantes, affaiblie par ses divisions internes. Pour permettre au mouvement ouvrier lyonnais de vaincre, il lui fallait d’abord apprendre à vaincre certaines faiblesses et certaines survivances, héritées de sa situation économique, de ses formes de travail, de son histoire.
C'est à cette tâche que Georges Lévy a consacré son existence entière.
Depuis les jours lointains où il s'enflammait pour la cause du capitaine Dreyfus, l'innocent condamné au bagne, et vibrait au « J'accuse » de Zola, il n'a cessé de lutter pour la justice, le progrès social et la paix. En 1900, âgé de 26 ans, il s'établit médecin à Oullins et adhère au parti socialiste français que Jean, Jaurès devait, quelques années plus tard, conduire â l'unité avec le Parti socialiste de France de Jules Guesde. Il partage désormais son temps entre les soins prodigués à ses malades qu'il secourt de toutes les ,façons et la cause des exploités, méritant ainsi doublement ce beau surnom de « médecin des Pauvres », qui est un de ses titres de gloire.
Admirateur fervent de la Révolution socialiste d'Octobre, il mena avec son compagnon et ami Grandclément, qui fut aussi l'une des figures représentatives de notre Parti dans la région lyonnaise, une ardente campagne pour l'adhésion pour la III Internationale. Au Congrès de Tours, il apporta au grand idéal de LÉNNE le vote de la Fédération Socialiste du Rhône. Militant infatigable, directeur de la « Voix du Peuple », conseiller municipal, député, il s'appliqua, sur le plan local comme sur le plan national, à tenir dignement les engagements qu'il avait pris en 1920.
Inébranlablement fidèle à son Parti et à ses mandants, à la cause du prolétariat international, de Union Soviétique et de la France, il encourut en 1939 la vengeance des fossoyeurs de la patrie, livrée par eux à HITLER. Arrêté, jugé à huis clos par un tribunal militaire, il connut le « Chemin de l'Honneur » des vingt sept députés communistes, la prison, puis la déportation en Algérie.
Après la libération, à 70 ans passés, il continue avec tout le Parti son combat contre les mêmes ennemis, et toujours au service de la classe ouvrière, du peuple, pour une France libre, forte, et heureuse.
Ce sont des caractères de cette trempe, des lutteurs de ce courage, des hommes de cette fidélité qui ont fait de notre Parti ce qu'il est. Honneur à ce défenseur de la paix, toujours au créneau ! Honneur au patriote intrépide, au dénonciateur de la guerre et de l'impérialisme qui, sans jamais céder, affronta et endura l'enfer du bagne! Honneur au militant exemplaire qui, pendant un demi-siècle, sut éduquer, grouper, organiser le prolétariat lyonnais, l'entraîner dans la voie de LENINE et de STALINE ! Honneur à ce combattant levé avant le jour et qui contribua jusqu’à son dernier souffle, à faire se lever le jour !
Maurice THOREZ.
PROLOGUE
L'ouvrier dont les tempes, aujourd'hui, blanchissent, peut fouiller sa mémoire, chercher le nom qui symbolise le mieux, dans notre région, la lutte ardente pour le socialisme, depuis l'époque héroïque des débuts. Il n'en trouvera pas d'autre que celui de Georges LEVY.
Georges LEVY militant. Georges LEVY élu de son parti. Georges LEVY combattant de la Paix. Georges LEVY journaliste. Georges LEVY médecin. Chaque étape de cette vie est intimement liée à l'histoire de la classe ouvrière marchant à la conquête de l'avenir. La retracer c'est faire le récit d'un demi-siècle de combats. Calomnies, injures ne firent pas fléchir cet homme qui est la sensibilité, la modestie, la douceur incarnées. Les prisons ne brisèrent pas sa volonté, forgée par son Parti, et bien avant la dernière guerre, les simples gens, avec une ferveur touchante, le baptisèrent l'« Apôtre du Socialisme ».
Lorsque l'on entre dans l'appartement de Georges LEVY, avenue Henri Barbusse à Villeurbanne, ce que l'on découvre en premier, à droite, c'est la bibliothèque. On lit des titres :«Œuvres de Virgile », « Encyclopédie Socialiste », « Lénine ».
Et puis, Georges LEVY est là, devant vous, simple, avec, au col, ce noeud papillon que l'on voit sur toutes ses photos, avant 1914 déjà.
Il s'excuse. Des souvenirs ? Il craint les trous de sa mémoire, l'imprécision, l'absence de documents. Ceux qui ont échappé au temps, aux fouilles policières, suffiront-ils ? Les militants du début du siècle avaient trop à faire pour bâtir l'Histoire. Ils n'eurent pas le loisir de l'écrire.
Mais, soudain, Georges LEVY parle. Merveilleux, ressurgissent les événements: les années 1900, les actions des pionniers ouvriers. Et il n'y a plus qu'à se laisser porter par leur souffle.
CHAPITRE I
*
LA FAILLITE DE LÀ SOCIAL- DÉMOCRATIE
L'ÉVEIL À LAVIE POLITIQUE
Le 8 Février 1874, dans la famille LEVY, de condition moyenne, mais assez aisée, à GRAY, dans la Haute-Saône, non loin de Vesoul, un bébé poussait son premier cri à la vie. On le prénomma GEORGES.
Il n'avait qu'un an lorsque ses parents vinrent s installer à LYON, dans le III' arrondissement.
Georges, adolescent, étudie au lycée puis entre à la Faculté de Médecine où il conquiert ses titres d'externe, puis d'interne des Hôpitaux de Lyon.
Nous sommes en 1896. La France entière s’enflamme pour l'affaire DREYFUS. Des familles sont divisées, des passions s'affrontent. Des bagarres éclatent. Le bagnard de l'Ile du Diable est-il un espion?... Non... répondent les gens de progrès. Si... affirment, avec MAURRAS, les antisémites, les nationalistes à tous crins.
La tornade qui brasse l'opinion s'empare de Georges LEVY. Il lit une brochure de Bernard LAZARE qui démontre l'innocence de DREYFUS. Il se jette dans le combat pour la révision du procès. Son père lève les bras au ciel. Son fils fait de la politique... Malheur... que va-t-il lui arriver ?
Georges LEVY devient membre d'un Comité de Lutte en faveur de DREYFUS, siégeant rue de Condé. II y rencontre des gens de toutes opinions, des radicaux aux anarchistes.
II aurait pu suivre la voie bien pavée, bien droite de ses études, se désintéresser du sort du bagnard innocent. II préfère le chemin tourmenté de la vie militante, chemins ravinés, malaisés, mais combien exaltants. La première réunion qu'il fera, il s'en souvient, lui qui, dans sa vie, prit la parole tant de fois... Elle se tenait dans un dancing de la rue de l'Arquebuse. Elle se termina par des bagarres déclenchées par les anti-dreyfusards.
Puis, il enfourche un vélo. On le voit dans toute la région, à Oyonnax, dans le jura. Partout. II devient un combattant de la vérité.
Le coup de foudre du « J'ACCUSE » d'Emile ZOLA donne une plus grande ampleur à la campagne publique. La vague de protestation de l'opinion abat les murs du mensonge. DREYFUS sort du bagne, libre, réhabilité. VICTOIRE...
Le jeune Georges LEVY a beaucoup réfléchi au cours de cette lutte. Bien des croyances, des préjugés sont sortis vaincus de cette confrontation avec la vie.
Le 28 janvier 1898, à LYON, se tient le second Congrès Ouvrier, avec les délégués de groupements de travailleurs de vingt-quatre villes. Quoique le mot de « socialisme » y eut été prononcé plusieurs fois, le Congrès ne s'occupa que du sort de la femme et de l'enfant et repoussa « toute action, toute grève et violence ». Il ne constitua pas un pas en avant par rapport à son prédécesseur. Les théories de PROUDHON, l’anarcho-syndicaliste, pèsent encore sur le mouvement ouvrier.
Lorsque jean JAURES vient à LYON parler à une réunion publique, avenue de Saxe, au cirque Rancy, devenu plus tard le dancing l'Alcazar, aujourd'hui disparu, Georges LEVY, dans l'assistance, boit les paroles du tribun. Elles l'émeuvent profondément. Elles imprègnent d'une façon indélébile son esprit.
SOCIALISTE !
Georges LEVY entre dans des cercles de « Coopération d'idées », des cercles populaires qui viennent de se créer. Dans des réunions avec des jeunes intellectuels comme lui - M. Justin GODART entre autres -, il rencontre de jeunes ouvriers. On parle littérature, on débat les problèmes sociaux. Les théories s'affrontent. Combien d'utopiques « cités du soleil », d'idéaux phalanstères s'édifient au cours de ces soirées !
Un jour, Georges LEVY s'interroge. Et la réponse vient. IL EST SOCIALISTE ! Il s'inscrit à un groupe d'étudiants socialistes qui se réunit au café CHAMARANDE, 26, rue Paul-Bert. Encore aujourd'hui, il se souvient de l'adresse.
On étudie le socialisme. Mais on manque de littérature théorique. On ne dispose que de brochures de valeur médiocre.
Rue de la Charité, non loin de l'actuelle « Librairie Nouvelle », Georges LEVY et ses amis, mordus de littérature, fondent une librairie qui diffuse des livres progressistes.
Mais à 26 ans Georges LEVY, qui aimerait poursuivre ses études, doit ouvrir un cabinet de médecin à OULLINS, sa famille ne pouvant plus subvenir à son entretien. ! Il passe sa thèse et, en 1900, s'établit dans la banlieue. Il adhère au Parti Socialiste de Jean JAURES. Sa vie, alors, devient celle de tous les militants, entrecoupée de réunions. Il commence à mériter le nom de « Médecin des Pauvres ». De simples ouvriers forment sa clientèle. Pour les visiter il n'a pas de voiture et lorsqu'il se rend à domicile pour des cas urgents, il prend quelquefois un taxi. Il n'ose pas toujours réclamer le prix de la course au malade. Il en est de sa poche. On ne devient pas riche ainsi. Mais on gagne l'estime des gens, la richesse du coeur à défaut de celle de l'argent.
En 1910, les cheminots français mènent un combat farouche pour de meilleures conditions de vie. La grève immobilise les Ateliers d'Oullins, Georges LEVY rejoint alors le Parti Socialiste Unifié, parti unique de la classe ouvrière depuis 1905, date à laquelle les partis socialistes de GUESDE et de Jean JAURES fusionnèrent.
Georges LEVY devient bientôt Secrétaire Général de la Fédération Socialiste du Rhône, et il est élu Conseiller Municipal,
Deux ans plus tard, il se présente en troisième position aux élections législatives, mais le candidat tête de la liste socialiste se désiste, selon la tactique d'alors, en faveur du candidat radical « pour battre la réaction ».
L'OMBRE DE LA GUERRE
Nous sommes à la veille de la grande tourmente. L'Europe est une poudrière. Les Etats impérialistes se jalousent, s'apprêtent au combat. Déjà, dans les Balkans, les Turcs, les Grecs, les Italiens s'entre-tuent.
La IIem Internationale depuis Paris, en 1889, en passant par AMSTERDAM en 1902, STUTTGART (1907), COPENHAGUE (1910), BALE (1912), met en tête de ses objectifs la lutte contre la guerre impérialiste.
De la vieille cathédrale de BALE, les socialistes de toute l'Europe lancent un manifeste, protestation enflammée contre la tuerie qui parait reculer quelques mois.
Le 16 juillet 1914, le Congrès National du Parti Socialiste à PARIS, adopte une motion préconisant la grève générale contre la guerre.
Sur ces entrefaites, à Lyon, le député socialiste MARIETTON meurt. De nouvelles élections législatives vont avoir lieu. Le Parti Socialiste présente Marius MOUTET à Vaise. C'est Jean JAURES en personne qui soutient la campagne, et le 25 juillet 1914 il vient à LYON. Délaissant les arguments locaux, les anecdotes qui lui sont contées sur les candidats adverses, le leader prononce un discours qui, quelques jours avant sa mort tragique constitue un véritable testament politique.
C'est dans un jeu de boules vaisois, à la Maison du Peuple, montée de la Carrière, Georges LEVY à ses côtés, que le grand tribun socialiste parle :
« A l'heure actuelle nous sommes peut-être à la veille du jour où l'Autriche va se jeter Sur les Serbes, et alors, Autriche, Allemagne, se jetant sur les Serbes et les Russes, c'est l'Europe en feu, c'est le Monde en feu...
« La politique coloniale de la France, la politique sournoise de la Russie et la volonté brutale de l'Autriche, ont contribué à créer l'état de choses horrible où nous sommes. L'Europe se débat comme dans un cauchemar...
« Si la tempête éclate, tous, nous, Socialistes, nous aurons le souci de nous sauver le plutôt possible du crime que les dirigeants ont commis. »
AOUT 1914. Sombrant dans l'opportunisme le plus honteux, la IIeme Internationale renie ses engagements sacrés. En France, les Socialistes entrent au Gouvernement. Les armées se mettent en marche. Les premiers morts tombent...
Pendant quatre longues années, le monde est plongé dans les ténèbres.
Georges LEVY, médecin, est mobilisé dans l'Armée d'Orient. II rejoint le camp de Sathonay avec GRANDCLEMENT, comme lui médecin-maior dans les zouaves. Il reste dix-huit mois à SALONIQUE, vivant les horreurs des hôpitaux militaires Puis paludéen - il est d'ailleurs titulaire de la médaille d'argent des épidémies - il est rapatrié mais toujours mobilisé en France, à quarante et un ans. II soigne les blessés dont regorgent les hôpitaux.
CHAPITRE II
*
A L’AUBE DUN MONDE NOUVEAU
LA PAIX
Le Monde plonge dans les atrocités de la guerre impérialiste. Avec une furie implacable, des masses d'hommes s'affrontent. Des trésors d'art sont anéantis. Chaque famille, que ce soit en France, en Allemagne, en Russie ou dans un autre pays participant au conflit est mutilée dans sa chair, dans ses affections. Combien paraissent vains les efforts d'un groupe de bolcheviks que LENINE dirige de Suisse où il esquisse les développements futurs du monde et prépare la grande aurore d'Octobre.
Toutefois, à mesure que s'écoulent les mois renaît l'opposition à!a guerre, écrasée jusqu'alors par l'opium des discours chauvins.
En Mai 1915, la Fédération Socialiste de la Haute-Vienne condamne dans une résolution « la guerre à outrance » et exprime le désir que le Parti Socialiste prête une « oreille attentive à toute proposition de Paix d'où qu'elle vienne ». La Fédération du Rhône du Parti Socialiste se rallie à cette thèse tandis que « l'Eclaireur de l'Ain » reflète dans ses colonnes les symptômes de ce courant pacifique.
A ZIMMERWALD, a KIENTHAL, les Socialistes tentent de définir les conditions d'une action internationale contre la guerre. LENINE appelle les masses à la révolution. Dans le Rhône, dans l'Isère, une minorité soutient le Congrès de ZIMMERWALD.
Certains croient que le régime issu de cette révolution poursuivra la guerre impérialiste. Si c'est là le désir du Gouvernement provisoire russe, ce n'est pas celui du peuple groupé dans les Soviets.
Trois parlementaires français sont délégués par la Commission des Affaires Etrangères de la Chambre pour tâter le pouls de la Révolution : Marcel CACHIN, Ernest LAFFONT et Marius MOUTET, député du Rhône, la composent.
LA REVOLUTION
Soudain, en Mars 1917, la nouvelle d'une insurrection à PETROGRAD éclate : le Tzar abdique, son régime despotique s'effondre, un gouvernement provisoire se forme.
Partout où ils se rendent, les députés entendent les soldats dire : « Nous ne verserons plus une goutte de sang. »
Cette volonté emporte l'adhésion de Marcel CACHIN. A son retour en France, il dit son enthousiasme et appelle les Socialistes Français à soutenir le courant pour la Paix.
Sur le front français, ces événements ont un retentissement considérable. PETAIN organise les fusillades de terreur « pour maintenir l'ordre » er dans l'offensive du printemps 1917 fait faucher des dizaines de milliers de vies humaines.
En octobre 1917, en Russie, les ouvriers et les paysans, sous la conduite du Parti Bolchevik écrasent définitivement le régime bourgeois. Le premier état ouvrier installe son pouvoir. Son premier acte ? DECLARER LA PAIX AU MONDE.
La lutte contre l'atroce tuerie gagne alors en ampleur. Dans la Loire, en particulier, les métallurgistes arrêtent le travail pendant dix jours, luttent avec succès contre la répression et les femmes empêchent les 19 et 20 mai 1918 le départ de trains de mobilisés.
L’INTERVENTION BATTUE
Mais les impérialistes trament un nouveau et criminel dessein : écraser le jeune Etat Soviétique : c'est l'intervention. Au 6e Colonial de Lyon on réclame des volontaires pour le Maroc, On les embarque pour la Russie...
Quarante-cinq jours après leur débarquement, les hommes, lassés de leur sort de chair à canon, s'insurgent. La Révolution d'Octobre est contagieuse... Les marins de la flotte de la Mer Noire se soulèvent, hissent le pavillon rouge.
Des permissionnaires venant des ports de la Mer Noire et de BIZERTE apportent à LYON et dans les autres villes de garnison la nouvelle des événements De la Mer Noire.
La fièvre révolutionnaire gagne l'Europe : révolution en HONGRIE, insurrection en ALLEMAGNE.
A LYON, des groupes de marins, venus de TOULON entraînent des cuirassiers de la Part-Dieu qui manifestent en ville avec d’autres soldats de la garnison aux cris de « PLUS DE GUERRE EN RUSSIE … DEMOBISATION … ».
Les impérialistes signent la PAIX, saisi par la peur de voir éclater des insurrections.
Georges LEVY est rendu à la vie civile. Il se remet à la disposition du Parti Socialiste qui lui demande de venir à LYON. En effet, des élections vont avoir lieu et le Parti Socialiste ambitionne de conquérir la Mairie.
Tandis que le Parti Socialiste lutte pour reconquérir des positions, reconstituer ses sections perdues par sa politique opportuniste, Georges LEVY est candidat aux élections législatives de 1919, en quatrième position. Passant en troisième position, il est élu député derrière ROGNON et MOUTET Mais sur le plan national, le Parti Socialiste subit une défaite écrasante.
FONDATION DE L’A.R.A.C
La même année voit son élection au Conseil Municipal de LYON, dans le IIIem arrondissement. Le groupe socialiste est le plus fort dans l'assemblée municipale et occupe plusieurs postes d'adjoints, mais les élus partisans de la III' Internationale les refusent. On doit à ce groupe socialistes des réalisations telles que la construction de la salle Etienne-Dolet, de la salle de l'Unitaire, rue Boileau et la création de coopératives de consommation.
C'est justement salle de !'Unitaire, en 1919, que se tient le premier Congrès de l'Association Républicaine des Anciens Combattants, fondée après l'appel en Mars 1927 de BARBUSSE, VAILLANT-COUTURIER, Raymond LEFEBVRE et Georges BRUYERE. La devise de l'ARAC à ce premier congrès national auquel participe Georges LEVY est « GUERRE A LA GUERRE ». Lui qui est titulaire de la carte d'ancien combattant restera toute sa vie lié à cette association dont, de nos jours, il est toujours membre du Comité d'Honneur.
Georges LEVY assiste à un Congrès international des Anciens Combattants de GENEVE.
De 1920 à 1925, au Conseil Municipal de LYON, Georges LEVY déploie une très grande activité. Il est impossible même d'en donner un aperçu d'ensemble dans le cadre de cet ouvrage. Mais, Georges LEVY fait, en particulier, adopter par le Conseil, un voeu contre l'expulsion de militants antifascistes italiens. II s'élève également contre la violation des lois sociales, contre l'utilisation des briseurs de grèves da l'Union Civique, contre les conditions de travail aux pièces, contre les sanctions frappant les grévistes du Gaz. Il défend les chauffeurs de taxis en grève.
EN AVANT POUR LA IIIe INTERNATIONALE
Les débats pour l'adhésion pour l’adhésion a la IIIème Internationale qui s'est constituée le 4 mars 1919 dominent le Congrès du Parti Socialiste à Strasbourg. Le délégué du Rhône critique le groupe parlementaire socialiste qui, durant la guerre, reniant ses engagements, a voté les crédits militaires. Si les délégués décident de sortir de la IIe Internationale qui a failli à sa tâche, une majorité ne se dégage pas pour l'adhésion à la IIIe Internationale.
Georges LEVY mène l'action pour celle-ci.
Comme dit une de ses biographies « il a compris la lueur de la guerre de 1914-1918, la Révolution Soviétique, l'erreur de la social-démocratie ».
Dans des réunions à l'intérieur du Parti Socialiste et à l'extérieur, Georges LEVY avec CALZAN, CUMINAL, LEGOUHY et GRANDCLEMENT, combat en faveur des thèses de la IIIe Internationale, Une lutte âpre. Dans « l'Humanité », Marcel CACHIN, qui revient de MOSCOU, où il participa aux travaux du second Congrès de la IIIe Internationale explique sans répit le sens de l'adhésion.
L édification du monde nouveau en Russie Soviétique soulève l'enthousiasme. Mais faut-il accepter les vingt et une conditions de l'Internationale Communiste ?
Aux côtés de Georges LEVY et des partisans de l'adhésion surgissent les jeunes François BILLOUX, à Roanne ; Georges COGNIOT, aux Etudiants Collectivistes Révolutionnaires de Lyon, l'ouvrier métallurgiste Ambroise CROIZAT. En Octobre, les jeunesses Socialistes gagnées par les actions de ces avant-gardistes adhèrent à l'Internationale Communiste des Jeunes.
BLUM, les droitiers, les centristes du Parti Socialiste repoussent les conditions de l'Internationale. Ils sont contre la formation du parti nouveau de type nouveau, débarrassé de l'opportunisme, guidé par la boussole marxiste-léniniste.
NAISSANCE D'UN PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS
Le 25 décembre 1920, après des mois de controverses passionnées dans les fédérations, la bataille décisive s'engage. A TOURS, salle du Manège, s'ouvre le 18e Congrès National du Parti Socialiste. Les 285 délégués sont porteurs de 4.575 mandats.
Une à une, les délégations des fédérations apportent les prises de position de la province.
Voici que montent sur la tribune de bois blanc posée sur des tréteaux, les délégués de la région. Que vont-ils dire ?
- L'Ain « Les paysans désirent une transformation prochaine du régime ; l'adhésion à la IIIe Internationale la hâtera alors que la motion Blum la recule dans un avenir très éloigné ». Pour l'internationale...
- Loire : « A l'unanimité pour l'Internationale »...
- Saône-et-Loire : « Pour l'adhésion »...
- Haute-Savoie : « Pour l'adhésion »...
- Savoie : « Pour l'adhésion »...
Georges LEVY et GRANDCLEMENT sont dans la salle, assis sur de, modestes chaises de fer pliantes, louées à un limonadier. Voici que le délégué du Rhône, secrétaire de la Fédération, parle :
« Sur 101 mandats, nous en apportons 80 à la IIIe Internationale dont nous approuvons intégralement les thèses. »
Député du Rhône, MOUTET, au nom de 14 mandats défend, lui, la motion Blum, car il refuse de se plier à la loi démocratique de la majorité. Vingt sept ans plus tard, ministre, il portera la responsabilité du déclenchement de la guerre contre le V/iet-Nam qui avait un délégué â Tours, H0-CHI-MINH... Que de chemin parcouru sur la route de la trahison ouvrière...
Par 3.208 mandats, à une impressionnante majorité, le Congrès se prononce pour l'adhésion à la IIIe Internationale.
Le 29 DECEMBRE 1920, à 22 heures, NAIT LE PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS...
Le lendemain, le Congrès clôturait ses travaux. Au Comité Directeur du jeune Parti Communiste Français, on compte vingt-quatre titulaires, dont Georges LEVY. Il adopte le manifeste suivant :
« Le Congrès de Tours marquera une date historique dans la vie longue déjà et glorieuse du socialisme en France. S'il restaure parmi les conceptions traditionnelles de Marx et d'Engels, les doctrines jadis consacrées et trop souvent désertées dans la pratique, il adapte en même temps aux nécessités des temps nouveaux, aux obligations impérieuses que nous assigne la crise révolutionnaire mondiale, les méthodes de préparation et d'action qui doivent désormais prévaloir.
« En face du régime capitaliste qui croule politiquement, économiquement, socialement, notre discipline devait se resserrer, la rupture s'affirmer avec tout ce qui représente les classes déclinantes, la lutte des c!asses être proclamée dans toute son ampleur.
« Tel est le sens de l'adhésion du socialisme français à cette Internationale communiste qui a relevé le véritable drapeau de l'Internationale des travailleurs, et la majorité des trois quarts des suffrages exprimés qui s'est manifestée à Tours donne à cette adhésion sa valeur de souveraine puissance.
« Héritiers des hommes qui fondèrent et notre Parti en France et l'organisation ouvrière révolutionnaire dans le monde, nous poursuivons leur tâche. Du Congrès inaugural de
la Première Internationale. Il y a 56 ans, au Congrès d'Amsterdam en 1904, et de notre Congrès d'Unité de 1905 au Congrès de Tours, la chaîne est continue. A la droite de notre Parti, un petit nombre d'hommes, des élus plus que des militants, dont certains comptaient des états de service, mais qui s'étalent laissés conquérir car la conception révisionniste et purement parlementaire nous ont quitté délibérément. Leur position était prise d'avance ; Ils avaient préparé leurs schismes. Au Congrès de la Fédération de la Seine, le Secrétaire du Parti avait démasqué leurs desseins. Ils n’ont pas voulu comprendre la loi d'airain des temps nouveaux. Nous passons.
« Au centre, d'autres, en plus grand nombre, ont rompu avec nous. Ils ont hésité jusqu'a la dernière minute. Irrésolus, incapables de faire leur choix entre le réformisme parlementaire et le communisme marxiste, ils se sont rapprochés, des hommes même qu'ils avaient jadis combattus.
« Partisans, suivant leur motion, d'une adhésion à la IIIe Internationale, ils se sont refusés à suivre aucun des chemins qui pouvaient y conduire.
« Ils sont les véritables auteurs de la crise, si restreinte suit-elle, où pénètre notre Parti...
« Dans cette séparation d'avec des éléments anciens, nous regardons avec joie la puissance saine et majestueuse de notre grand Parti. Toutes les grandes Fédérations des régions industrielles sont avec nous les Fédérations paysannes sont venues. Par leur renfort, nous attester le fécond travail qui s’accomplit dans les masses rurales. Ainsi se marque le solidarité grandissante entre les travailleurs des villes et ceux des champs, les progrès de esprit de classe cette condition même de l'élaboration de la société future. Que l'adhésion à la IIIe Internationale retentisse à travers le monde comme l'annonce de grands changements prochains...
« Vive le socialisme français..,
« Vive l'internationale Communiste... »
Le Parti Communiste gardait la masse des adhérents, 89 Fédérations sur 96, mais les cadres passaient souvent aux scissionnistes. Pour les parlementaires, il en est de même, à l'exception de treize d'entre eux. Dans le Rhône, seul Georges LEVY reste fidèle à son idéal tandis que ROGNON et MOUTET deviennent des transfuges.
A la tribune de l'Assemblée, Georges LEVY dénonce alors les liaisons des députés avec les conseils d'administration de la Haute Finance et son activité de parlementaire se développe dans les questions sociales.
CHAPITRE III
FORGÉ AU FEU DES COMBATS
VOYAGE EN UNION SOVIETIQUE
En 1923, George Lévy par pour MOSCOU où il siègera trois mois à la IIIe internationale, LENINE est malade, mais il lui es donné de voir STALINE, élu l’année précédente secrétaire général du Parti Communiste (bolchevik)
Le délégué Français assiste à l'enfantement du nouveau régime. La jeune république des Soviets sort du communisme de guerre. Son économie est délabrée, ruinée par l'intervention étrangère et les conspirations des contre -révolutionnaires. La N.E.P. (nouvelle économie politique) marque le redressement du pays.
Le médecin qu'est Georges LEVY apprécie les immenses efforts que l'Etat Soviétique développe dans le domaine de la Santé, pour combattre les conséquences de la famine et les épidémies.
Puis, c'est le retour en France, le passage des frontières bloquées par le « cordon sanitaire, derrière lequel les Etats capitalistes désirent étouffer le prolétariat soviétique.
Voyage semé de dangers, d'embûches innombrables. Il faut déjouer les ruses des argousins.
Georges LEVY est conquis par l’œuvre de l’Etat Soviétique qu’il a soutenu dès sa naissance. Ce pays gagne déjà des sympathies parmi les hommes politiques bourgeois, et à son retour d’un voyage a Moscou Edouard HERRIOT déclare sur le quai de la gare des Brotteaux en Octobre 1922 « que notre intérêt, l'intérêt de la paix est de renouer avec U. R S S.
Georges LEVY, un des treize députés dont dispose encore notre le jeune Parti Communiste Français est envoyé en Algérie pour candidature de MAZOYER au premier tour. Il sera un des premiers communistes français à prendre pied à Alger. Les réunions se succèdent, calmes à Alger, tumultueuses dans les campagnes où les colons suscitent des bagarre, montent des provocations, rageant de voir qu'un communiste ose se présenter là où leur pouvoir était incontesté.
MAZOYER arrive en tête à Alger-Ville. Il faut une coalition colonialiste au second tour, pour lui faire échec.
En France, une campagne organisée par le Parti, en faveur des mutins de la Mer Noire emprisonnés, remporte de grands succès. Les bagnards sont présentés aux élections municipales, notamment à Vaise, et sur le nom de quelques-uns c'était l'action de tous qui était approuvée.
En Août 1922, le sénateur BONNEVAY propose au Conseil Municipal de Lyon, qui l'adopte, y compris le Maire, une motion en faveur des Mutins de la Mer Noire.
La scission, comme nous l'avons vu, avait privé le Parti d'un certain nombre de cadres. A Lyon, le siège fédéral passe à la S.F.I.O. Un nouveau local, ne payant guère de mine, est trouvé, rue Molière.
LE CONGRES DU PARTI
SALLE ETIENNE DOLET
Le IIIe Congrès National du Parti Communiste Français fut convoqué à LYON, pour le 20 JANVIER 1929. Il s'ouvrit salle Etienne-Dolet et Georges LEVY y prononça un discours d'ouverture. C'est a ce Congrès qu'un jeune mineur militant du « Ch' Nord » est élu membre du Comité Central. Il se nomme Maurice THOREZ...
Le lendemain, le congrès est pétrifié dans une douleur atroce :
« Le 21 janvier à 6 h. 50, est mort à GORKI, VLADIMIR ILITCH OULIANOV dit LENINE ».
Tandis que son oeuvre progresse à pas de géant, le génial continuateur du marxisme n'est plus.
Les militants du Parti Communiste Français se mettent à l'école du magistral maître de la Révolution d'Octobre. Ils réorganisent leur Parti sur des bases nouvelles. Jusqu'ici les communistes appuyaient sur des bases locales, exclusivement. Dorénavant, ce sont les bases dans les usines, là où les ouvriers souffrent, sont en contact avec l'ennemi de classe, qui primeront.
A Berliet-Vénissieux, immense usine où le patron a sa propre police qui perquisitionne les placards des ouvriers selon son bon plaisir, naît la première cellule d'entreprise. Les réunions se tiennent dans des conditions précaires, à l'heure du repas ou dans le train qui, chaque matin, amène des Brotteaux les ouvriers qu'il remmène le soir.
La cellule mène la lutte pour les 4 francs 50 de l'heure, contre la taylorisation, contre le système d'amende, contre la chiourme patronale.
POUR LE FRONT UNIQUE
Le IIIe Congrès du Parti Communiste Français fait également des propositions au congrès socialiste réuni à Marseille pour la présentation de listes communes aux élections législatives du 11 Mai. Les socialistes refusent et se groupent avec les radicaux dans le « Bloc des Gauches » dont le gouvernement allait faire la politique du grand capital.
Le Congrès adopte également un programme préconisant un Front Unique de tous les travailleurs de la ville et des campagnes en vue d'un Gouvernement ouvrier et paysan. Il met en garde contre les illusions entretenues par le Cartel des Gauches et appelle les masses laborieuses sous le mot d'ordre : « Bloc ouvrier et paysan ».
A ces élections, Georges LEVY est candidat tête de liste dans le Rhône. Dix-huit mille voix se retrouvent sur son nom, mais il est battu par les candidats du « Bloc des Gauches ». Son Parti l'appelle alors au secrétariat administratif du groupe parlementaire où il utilise ses qualités, son expérience de la vie parlementaire.
Mais le Parti Communiste Français n'est pas riche et il doit, deux mois p!us tard, supprimer plusieurs dizaines de postes de permanents. Rien qu'ils soient loin de percevoir des salaires royaux, il ne peut plus les payer.
Alors Georges LEVY revient à LYON, dans son cabinet de la rue Pierre Corneille, d'où certains, dans leur haine du militant communiste, tentent de l'expulser. De toute la ville, les malades vont le consulter. II redevient à nouveau le « Docteur des pauvres ».
UN MILITANT EXEMPLAIRE
A plusieurs reprises, il est candidat dans des élections municipales Ou générales. Il n'est pas élu. L'ensemble des partis mènent contre les communistes une campagne effrénée. La presse déverse des calomnies odieuses.
Georges LEVY, médecin, accaparé par des tâches multiples, reste un militant exemplaire.
Le Parti l'envoie soutenir des candidatures dans toute la France. Il écrit des articles dans des journaux qui ne peuvent subsister, tués sous les attaques de la presse d'argent. Il parle dans des réunions.
Il contribue, par son travail, à la création de ce grand Parti que devient le Parti Communiste Français. Il ne manque jamais une réunion de sa cellule, lorsqu'il séjourne à LYON et que le Parti ne l'envoie pas en mission. Ceux qui l'ont connu à cette époque nous ont dit : « Il respectait scrupuleusement ses engagements et pour lui, l'heure était l'heure ».
En 1925, éclate la guerre au Maroc où les impérialistes français, assoiffés de surprofits, se heurtent à la résistance du peuple marocain. Un Comité Central d'Action, présidé par Maurice THOREZ, impulse un mouvement contre cette guerre injuste, et à LYON, un Congrès Ouvrier se tient.
Le Parti Communiste, à son Congrès de Lille, en juin 1926, mène la lutte contre l'étroitesse et le sectarisme. A l'extérieur, se renforcent les dangers de guerre contre l'Union Soviétique. Le Parti défend la Paix et combat les éléments qui, dans son sein, ne comprennent pas la tactique « classe contre classe ».
A LYON, certains de ces groupes réussissent à s'emparer de la direction fédérale. Pierre SEMARD, secrétaire général du Parti, vient à Lyon liquider ces activités fractionnelles.
Une nouvelle direction fédérale est installée avec, à sa tête, Benoît FRACHON.
Epuré de ces éléments, le Parti va pouvoir aller vers de nouveaux succès.
CHAPITRE IV
*
VERS L'UNITÉ OUVRIÈRE...
DENONCIATION DES REFORMISTES
En Juillet 1930, Maurice THOREZ devient Secrétaire Général du Parti Communiste Français. Dans des articles, des rapports, des discours il définit les conditions qui assureront les victoires ouvrières de 1934 et 1936
Les syndicats réformistes sont dénoncés et M. THOREZ note que dans les tramways de Lyon, ceux-ci tentent de « provoquer des mouvements prématurés pour parvenir à briser l'organisation et réduire notre influence ».
A COURS, une grande grève des ouvriers du textile dure plus de six mois. Elle est marquée par une marche des grévistes et des heurts avec les gardes-mobiles. Le syndicat réformiste liquidé, 700 travailleurs rejoignent le syndicat unitaire. Aux élections municipales, les électeurs approuvent la politique communiste qui augmente ses voix d'une façon notable. En 1929, 1.200 voix aux socialistes, 150 aux communistes. En 1931 : 550 voix aux socialistes et 520 aux communistes.
Le 1er Août 1931, se déroulent dans toute la France des manifestations pour la défense de l'Union Soviétique et des revendications. Maurice THOREZ explique à propos du plan de travail, à Lyon, « qu'il est nécessaire de suivre les événements au jour le jour, pour les expliquer, les commenter et rendre toujours plus sensibles nos arguments, toujours plus convaincantes nos démonstrations. C'est aussi pourquoi il est indispensable de déterminer les revendications immédiates pour chaque entreprise, pour les lier à nos revendications d'ordre général ».
Le secrétaire général du Parti, dans d'autres écrits, condamne le sectarisme qui fait qu'un responsable de la région lyonnaise après avoir désavoué la politique sectaire qu'il menait, rédigeait ensuite une résolution atténuant son autocritique. Maurice THOREZ dénonce l'état d'esprit « qui amène à vouloir commander aux syndicats au lieu de persuader tous les syndiqués ».
POUR LE FRONT UNIQUE
En février et Mars 1931, les Socialistes perdent 43 % de leurs voix à Lyon, tandis que les
Communistes doublent leurs voix. C'est le résultat de la politique juste du Parti Communiste. Mais en Octobre 1931, à l'occasion d'autres élections le Parti recule « parce que la tactique du Front Unique a été négligée » note M. THOREZ.
A Pierre-Bénite, lors d'élections municipales, les communistes ont fait une liste commune avec les socialistes fidèles au programme de leur parti et refusant un programme commun. C'est là un exemple d'opportunisme, souligne Maurice THOREZ qui appelle les travailleurs à l'unité. Des lettres sont adressées au Parti Socialiste.
Les masses ouvrières aspirent à l'unité d'action. Les travailleurs socialistes font pression sur leurs chefs.
Le 2 Décembre 1932, au cours d'un meeting, Salle BULLIER, Maurice THOREZ appelle les travailleurs à l'Unité. Des lettres sont adressées au Parti Socialiste et, le 14 Décembre 1932, dans une lettre « Réponse à une réponse », la direction du Parti Communiste propose aux socialistes la tenue de « controverses publiques sur la question de l'Unité du prolétariat à partir de la mi-janvier » dans plusieurs grandes villes dont LYON. On sait comment, le 27 juillet, l'essor du mouvement d'unité, animé par le Parti Communiste, amène la direction du Parti Socialiste à signer avec lui un pacte d'unité d'action contre la guerre et le fascisme.
Ainsi se forgeait peu à peu le Parti Communiste Français, mieux trempé pour les luttes qu'il allait entreprendre pour la défense de la Paix, la réalisation de l'Unité ouvrière et contre le danger fasciste qui grandit.
A LYON, des actions sont menées contre les manoeuvres de guerre organisées par ceux qui veulent habituer les esprits à une nouvelle tuerie. M. HERRIOT sanctionne les ouvriers des Abattoirs qui y participent.
Mais des rassemblements ont lieu place Carnot - où la police charge et blesse MARCELLIN, maire communiste de Vaulx-en-Velin - et au boulodrome MELLERET, avenue Debourg, pour la libération de THAELMANN, contre les décrets lois, contre les manoeuvres aériennes et les ligues fascistes.
CONTRE LE FASCISME
En parait le premier numéro d'un hebdomadaire communiste, « La Voix du Peuple » dont Georges LEVY devient immédiatement le directeur politique, poste qu'il assumera jusqu'à ces dernières années. A cette époque, les bureaux modestes du Journal sont installés 31, rue de Sévigné
Le 1er Septembre, Ceorges LEVY y écrit :
« Le prolétariat, au souvenir de l'ancienne guerre, doit lutter inexorablement contre la nouvelle guerre qui vient ».
En Octobre 1934, il est candidat dans le IIe canton de Lyon. Avec Marcel CACHIN, il organise des réunions à la Mairie du VIe arrondissement et salle de l'Unitaire, dans lesquelles il dénonce les menées fascistes qui, à LYON comme à PARIS, se traduisent le 6 Février par des tentatives émeutières rue de la République. Le 12, les ouvriers ripostèrent par une grande manifestation au parc Bonneterre à Villeurbanne où la police matraque.
A ces élections, le Parti Communiste gagne de nouvelles positions. Dans, le Rhône, en 1931, il n'avait que 8.293 voix. En 1934 : 18.576 voix.
A Villeurbanne : 2.167 voix en 1931 , 5.812 en 1934.
A Lyon : 2.167 voix en 1931 , 7.703 voix en 1934.
Georges LEVY, dans son canton, a doublé ses voix. Il explique ce progrès :
« Le succès est plus précis lorsque le Parti apparaît comme le champion de l'Unité d'action, comme le guide de la lutte antifasciste ».
Georges LEVY se passionne pour les problèmes internationaux et presque chaque semaine il signe des éditoriaux dans « La Voix du Peuple ».
Le 1er Décembre, par exemple, il affirme que l'alliance franco-soviétique dans le pacte en préparation, est une alliance pour la Paix et non une alliance destinée à duper le pays du socialisme, à le lancer seul dans une guerre contre l'Allemagne ainsi que le rêvent certains, dans l'espoir de le voir s’affaiblir.
FRONT UNIQUE : OUI
TROMPRERIE : NON !
L 5 mai 1935, les élections municipale appellent les électeurs aux urnes. La tactique du Parti Communiste est claire : assurer l'échec de la réaction et du fascisme. Partout où le Front Unique est une réalité, les Communistes, en cas de ballottage, se désisteront pour les socialistes arrivés avant eux au premier tour. Ils demandent la réciprocité, ce n'est que justice. Mais les dirigeants socialistes conçoivent le Front sous un autre angle. La fédération S.F.I.O. envisage des listes communes « sauf où la municipalité est socialiste » et elle propose même aux communistes qui tiennent la Mairie de Vaulx-en-Velin, la constitution d'une liste unique : 11 socialistes, 11 communistes et un vingt-troisième tiré au sort... Avec les radicaux, ils parviennent à enlever la municipalité, mais malgré ces marchandages, les élections ne marquent pas, et de loin, un succès des socialistes.
A Villeurbanne, le communiste JOLY devient maire, la liste du député-maire GOUJON, coalisée avec les radicaux, est battue. De même, la commune de VENISSIEUX se donne une municipalité communiste.
Le 26 Mai 1935, en remplacement de son ami GRANDCLEMENT, décédé, le Parti Communiste pose la candidature de Georges LEVY au Conseil Général avec comme programme :
- Pour le Front populaire ;
- Pour des grands travaux d'utilité ouvrière et paysanne (ponts de Saint-Clair, d'Oullins, de la Guillotière) ;
-Pour un Front National du Chômage
- Pour les 40 heures sans diminution de salaires ;
- Pour les dégrèvements en faveur des petits commerçants et des paysans ;
- Pour la dissolution des ligues fascistes ;
Durant son mandat au Conseil Général, Georges LEVY dépose et défend quatre voeux :
- contre les décrets-lois LAVAL de juillet 1935 ;
-contre les provocations gouvernementales qui ont marqué les manifestations de BREST et de TOULON et qui ont causé des morts et des blessés (arsenaux) ;
-contre l'ajournement de la session du Conseil Général par le gouvernement ;
-pour le désarmement et la dissolution des ligues factieuses (de La Rocque).
A multiples reprises, il intervient pour les revendications des travailleurs et en faveur des chômeurs dont il demande l'augmentation de l'allocation.
Aux élections sénatoriales, quelques mois plus tard, Georges LEVY souligne la gravité exceptionnelle de la situation : persistance de !a crise économique - menaces fascistes - guerre italo-éthiopienne en perspective.
Il propose la constitution d'une liste commune avec Bonnevay, président du Conseil Général, qui eut une attitude antifasciste le 6 Février, les radicaux-socialistes et les communistes, en s'appuyant sur un ordre du jour de Bender, condamnant les Ligues fascistes.
Puis, il propose une liste radicale-socialiste et communiste,
« car toutes les formations politiques conçues autrefois n'ont plus aujourd'hui le même sens. Toutes les discussions, tous les intérêts doivent s'effacer devant la grandeur des problèmes qui se posent à nous. Pour vaincre le fascisme, notre Parti est prêt à tous les sacrifices. Battre le fascisme, empêcher la guerre, sont à l'heure présente les deux buts immédiats vers lesquels sont orientées toutes nos activités ».
C'est le premier pas vers le grand rassemblement national contre le fascisme ..
LA VICTOIRE DE 1936
Par ses écrits, Georges LEVY poursuit la réalisation de cette grande idée du Parti Communiste : le Front Populaire. Lorsque la nouvelle de la mort d'Henri: BARBUSSE parvient à Lyon. Georges LEVY, oui a connu le grand homme de la Paix dés la fondation de l'A.R..A.C., tire les enseignements de sa vie :
« Nous inspirant de l'exemple donné par notre illustre camarade, nous devons poursuivre l'œuvre qu'il avait entreprise. Nous devons sceller en un Front Populaire solide toutes les forces de ce pays et lutter vigoureusement pour chasser le spectre de la guerre qui rôde à nouveau sur le monde »
L'année 1935 voit les prémices du Front Populaire. Le Congrès socialiste se prononce en sa faveur et le Parti Communiste fait des propositions au Congres Radical réuni à Lyon, où il déclare :
« Il peut y avoir une autre politique que celle de DOUMERGUE, que celle de FLANDIN, il peut y avoir une autre politique que celle de l'Union Nationale. Il peut y avoir une autre politique, qui ne soit pas encore la politique du gouvernement ouvrier et paysan, la politique des Soviets ».
Les radicaux se montrent favorables au Front Populaire et M. Jules, JULIEN, au nom de son parti, le dit.
En janvier 1936, à Villeurbanne, s'ouvre le VIIIe Congrès du Parti Communiste qui constate les succès remportés, en approfondit les raisons pour en assurer la persistance et l'élargissement.
En Avril, ce sont les élections législatives. La campagne enthousiaste touche plus de 10.000 travailleurs. Sous les préaux des écoles, dans toute l'agglomération lyonnaise, des réunions se tiennent.
Georges LEVY, en compagnie de Félix BRUN est élu avec 11.019 suffrages sur 21.790 exprimés.
Pour la première fois, depuis 1924, le Parti Communiste a des élus du Rhône à la Chambre.
Georges LEVY assume un des secrétariats de la Commission Législative Civile et une des vice-présidences de la Commission d'Hygiène.
Il prononce le serment des élus communistes auquel il restera fidèle jusque dans les prisons de la déportation :
Ce serment disait :
« Elus et militants du Parti Communiste Français, nous jurons de lutter pour la grandeur du peuple de notre pays et la défense du prolétariat international.
« Elus et militants du Parti Communiste Français, nous sommes totalement au service des classes laborieuses assemblées dans le Front Populaire pour le Pain, la Paix, la Liberté.
Nous rangeant avec joie sous la discipline de notre parti, confiants dans son irrésistible marche en avant, nous jurons de tout mettre en oeuvre pour l'union de la nation française, pour réaliser la France libre, forte et heureuse que veulent et que feront les communistes ».
1936... C'est l'année des grandes luttes ouvrières, des grandes conquêtes sociales.
Les 7.G00 ouvriers de chez Berliet sont en grève, Vénissieux est en état de siège, les travailleurs sont lockoutés, mais ils obtiennent, en reprenant le travail, que leurs heures perdues soient payées.
Dans un grand cortège, les travailleurs du Textile enterrent les 48 heures. A Vaulx-en-Velin, les gardes-mobiles chargent les femmes, les enfants, brutalement. Vingt-cinq personnes dont trois enfants de 3 à 8 ans sont blessées.
Au Conseil Général, Georges LEVY proteste contre ces brutalités, le Préfet BOLLAERT a cette réponse scandaleuse :« la police a gardé son sang-froid... »
OMBRES SUR LE MONDE
Le fascisme qui, à Lyon, a tué FUENTES et Daniel LLACER à Vienne, déclenche de nouvelles guerres dans le monde. Après l'Ethiopie, la Chine, l'Espagne est mise à feu et â sang. L'Autriche, la Tchécoslovaquie, livrée à Munich, tombe dans les pattes d'HITLER.
Contre HITLER, qui trouve dans la péninsule ibérique un terrain d'essai pour ses Stukas, contre la politique criminelle de la non-intervention, des volontaires partent de France combattre en Espagne.
Dans les brigades internationales, des dizaines de Lyonnais font le coup de feu. Beaucoup tombent, comme TRONTIN et CHAFFANGEON, sur le front d'Aragon.
Georges LEVY, le 1 8 Mars 1938, interroge :
« Après l'Autriche, l'Espagne, la Tchécoslovaquie ? »
Il fait le procès de la politique néfaste pratiquée jusqu'ici par la diplomatie française et réclame du gouvernement Blum qu'il cesse la politique devant le fascisme et d'injustices criminelles vis-à-vis de l'Espagne envahie.
Georges LEVY a ce cri d'alarme : « De quel droit veut-on interdire à l'Espagne Républicaine la possibilité de se défendre contre ses agresseurs. »
Le 27 janvier 1939, alors que passent en gare de Perrache des trains de réfugiés, de blessés qui seront parqués à MIRIBEL, à GRENOBLE, Georges LEVY écrit :
« Il n'y a pas une heure à perdre » et il condamne les ministres munichois dans un meeting au Théâtre de Villeurbanne,
« Chaque fois qu'HITLER frappe sur les tables, nous sommes obligés de chercher nos ministres dessous » et « La défaite du Front Populaire de l'autre côté des Pyrénées sonnerait le glas du Front Populaire Français. »
Paroles prophétiques..,
GEORGES LEVY DEPUTE
Député, Georges LEVY tient tous les samedis une permanence. Il possède un gros livre, offert au médecin par un laboratoire pharmaceutique et, méthodiquement, il note chaque visite d'électeurs, le but de cette visite, le nom, l'adresse du demandeur et la suite donnée à leur démarche.
« Tout ce qu'il promettait, il le tenait », nous disait un ami. Il n'a jamais manqué à une promesse et sa ponctualité étonne chacun, lui qui aurait si facilement pu inventer une excuse, tant il est surchargé de tâches.
Dans les meetings, il vient les mains vides, ne semblant avoir rien préparé. Dès son installation à la tribune, il sort sa montre de son gousset. Elle reste dans sa main tout le temps de son intervention. Faut-il que celle-ci dure vingt minutes ? Elle ne dépassait pas ce temps. Et le plan de son discours, au fur et à mesure qu'il parle, s'élabore dans sa tête. Quand il se tait, tout a été dit. Cette facilité, jointe à son éloquence, conquiert les auditeurs et, dans la contradiction, il est un adversaire redouté.
CHAPITRE V
LE CHEMIN DE L'HONNEUR
*
EMPRISONNE A 66 ANS
Le 26 Septembre 1939, le gouvernement décrète l'interdiction du Parti Communiste. Depuis le 3 Septembre, c'est la guerre contre l'Allemagne, mais Daladier la conduit en réalité contre les meilleurs fils du peuple de France. « Le prétexte à l'interdiction, c'est la fidélité du Parti à l'amitié Franco-Soviétique » comme le précise Maurice THOREZ dans « Fils du Peuple ». La suite des événements a montré qui avait raison en cet automne de la drôle de guerre. Le Parti continue à vivre clandestinement, «l'Humanité » à paraître ronéotypée. Florimond BONTE, au nom du groupe ouvrier et paysan, nouveau nom du groupe communiste, demande à M. HERRIOT, président de l'Assemblée de convoquer les Chambres et de prévoir un débat sur la politique internationale. Le 1er octobre 1939, l'arrestation des députés communistes, représentant 1.500.000 électeurs est décrétée. C'est la réponse du gouvernement.
Des policiers viennent quérir Georges LEVY à Oullins et l'emmènent à Saint-Jean «pour être entendu comme témoin », disent-ils, dans l'affaire de la dissolution du Groupe Ouvrier et Paysan.
Le 9 octobre 1939, l'intendant de la police, CUSSONAC, qui devait payer de sa vie ses crimes commis sous l'occupation, informe Georges LEVY que le mandat de témoin est transformé en mandat d'arrêt. En compagnie de Félix BRUN, grand mutilé de guerre, on le transfère à la prison de la Santé où le régime des droits communs leur est imposé.
Le gouvernement prépare le procès des députés communistes accusés d'avoir propagé les mots d'ordre émanant ou relevant de la III' Internationale Communiste : formation du groupe ouvrier et paysan français, rédaction et diffusion de la lettre du 1er octobre 1939 « prônant la paix sous les auspices de l'Union Soviétique ». Mais DALADIER a peur des débats publics dont il devine qu'ils ne tourneraient pas à son avantage. Le 16 février 1940, à la Chambre, BONNEVAY constate que la France n'est plus en démocratie. Le huis-clos est ordonné.
Les députés communistes, au cours du procès, écraseront les mensonges, les calomnies laborieusement échafaudés.
Doyen des accusés, Georges LEVY prend la parole et fait d'une voix vibrante une émouvante intervention.
La détention, à 66 ans, l'a rudement frappé. Il a maigri de dix kilos.
FIDELE A SON PARTI
- Nous étions hier des hommes politiques, dit Georges LEVY, nous resterons demain des hommes politiques, et ces hommes politiques attendent depuis cinq mois, dans les prisons de la République, l'heure de se justifier, de justifier leur honneur politique. Car, moi, qui ai trente trois ans de vie publique derrière moi, au service de mes idées - dont je ne me suis jamais servi, mais que j'ai servies - j'ai servi mon parti, je ne m'en suis jamais servi et sur moi, il n'y a pas l'ombre d'une affaire financière, pas l'ombre d'une Aéropostale ; il y a une vie publique et une vie privée qui se sont écoulées dans une maison de verre ; il y a un médecin qui, depuis quarante ans, s'est dévoué à ses clients, sans une défaillance de conscience, qui n'a jamais subi une condamnation et, à l'heure où il va pouvoir, devant la tribune du Parlement, se défendre, on l'incarcère.
« Il espère au moins qu'au débat public à la Chambre du 16 janvier, il va être appelé à se défendre à la tribune. On ne l'appelle pas, et je rappelle ici qu'aux heures les plus violentes de la Convention, aucun élu du peuple n'a été accusées sans pouvoir se défendre.
« Ce que la Convention, à des heures troublées, à des heures plus troubles qu'aujourd’hui, où la Révolution sévissait, où les armées ennemies étaient à la frontière, a permis à ses représentants, le refuserez-vous aujourd'hui, dans une période qui n'est pas aussi grave, malgré tout, qu'elle ne l'était alors, sans méconnaître la gravité de l'heure ?
« Et puis, nous avons espéré que devant la Commission nous serions appelés à nous disculper. La Chambre nous l'a refusé, elle nous a déchus sans nous entendre, par une loi d'exception, sans précédent dans l'histoire, une loi qui a violé la non-rétroactivité des lois, une loi qui a violé le droit, une loi qui a violé le droit de défense. Et il ne nous reste plus, à cette heure, pour défendre notre honneur politique, que la majesté de cette enceinte ; et vous voudriez, alors que nous attendons depuis six mois, après toutes nos souffrances, vous voudriez nous arracher ce droit sacré ?
« Nous avons plus que ce droit, nous avons un devoir, un devoir non seulement devant le présent, mais devant l'Histoire car, Messieurs, ce n'est pas notre modeste personne qui fait rentrer ce procès dans l'Histoire ; depuis cent cinquante ans, il n'y a eu que quatre précédents à des arrestations massives de députés ; les Girondins, sous la Convention, sous le Directoire, sous le Consulat et au 2 décembre 1852. C'est sous la République que le cinquième phénomène se produit. Et alors, est-ce que vous nous laisserez accuser, est-ce que vous nous laisserez disqualifier, non seulement devant les hommes que nous représentons, dans le présent, mais pour l'avenir ?
DE PRISON EN PRISON
Avec ses camarades, Georges LEVY est condamné à cinq ans de prison, à 5.000 fr. d'amende, à la perte des droits civiques et politiques. Félix BRUN « bénéficiait » du sursis à cause de son invalidité. Il n'en est pas moins arrêté à la sortie du Tribunal...
Le 18 Mai 1940, un gardien avise les députés emprisonnés qu'ils vont être transférés de la Santé pour une destination inconnue.
Georges LEVY, terriblement affecté par la prison, a maigri de 15 kilos. Emmenés dans des camionnettes militaires, gardés par des gardes mobiles, les députés arrivent à ANGERS où on les scinde en trois groupes. Georges LEVY et huit de ses camarades sont emmenés à Poitiers.
La vie de la réclusion commence. Les députés sont traités en criminels : tenue de forçats, cheveux à ras, fiche anthropométrique, une lettre, une visite par semaine, une promenade de dix minutes par jour, la nourriture soupe aux légumes le matin, soupe aux haricots le soir. Voilà le régime inhumain que la bourgeoisie réserve à des hommes coupables d'être restés fidèles à leur idéal. Des demandes de régime politique son repoussées par Albert Sérol, ministre de la justice qui a décrété la « balle dans la nuque » pour les communistes.
Après Poitiers, c'est le fort du Hà, à Bordeaux, la prison de Toulouse, celle de Tarbes, celle du Puy, voyage atroce dans des voitures cellulaires, en butte aux injures, aux sarcasmes de gardiens odieux, soigneusement sélectionnés.
Au Puy, les vingt-sept députés se retrouvent, Georges LEVY a maigri de vingt kilos.
Nous sommes en juillet 1940. La débâcle, l'armistice honteux signé par ceux que les communistes mirent en accusation bien avant la guerre. Toute la situation prouve que le Parti Communiste, une fois de plus, avait vu juste avant n'importe qui.
AU PUY, c'est un régime de famine qui attend les prisonniers déjà affaiblis par leurs mois de détention. Dans leurs cellules, ils reçoivent cependant une lettre d'encouragement de Maurice THOREZ et Jacques DUCLOS et l'appel historique au peuple de France appelant a à la résistance.
Il fait froid (25° au-dessous de zéros), colis interdit…. les rations de pain réduites à 300 gr., pas de viande, de matières grasses… De i'eau chaude où nagent les morceaux de légumes, voilà l'unique nourriture.
Puis c'est le départ pour Valence, de nouvelles étapes dans le Tour de France pénitentiaire. Enfin, le fort Saint-Nicolas-, à Marseille.
Fin Mars 1941, Georges LEVY, Ambroise CROIZAT et Virgile BAREL sont embarques. Ainsi, les vingt-sept députes du « Chemin de l'Honneur » sont déportés en Algérie, sur un vieux rafiot, enfermés dans des soutes à légumes.
Les portes de la « Maison Carrée », la prison d'Alger, se referment sur eux dans les premiers jours d'avril.
LE BAGNE AFRICAIN
Au bagne africain de Maison-Carrée il suffisait d'un an pour assassiner, à petit feu, l'effectif de la prison. Chaque mois, près d'une centaine de détenus périssaient de misère physiologique. Les malades ne sont pas soignés et GeoRges LEVY, à 67 ans, voit son état de santé s'aggraver dangereusement. Mais il en faut plus pour effriter le bloc des élus communistes. Ils mènent une lutte opiniâtre contre les brimades, la maladie. Le 9 Novembre 1942 les Alliés débarquent sur le continent africain. Le même jour, le sous-directeur de la prison reçoit l'ordre de fusiller les vingt-sept députés du « Chemin de l'Honneur ». Un retard de quelques heures et les élus du peuple sont sauvés. Mais pas libres encore, malgré leurs lettres, leurs protestations. Les Anglo-Américains ne sont pas pressés d'ouvrir les portes de la prison aux frères de ceux qui, en France, sont les meilleurs combattants de la lutte clandestine. Les vichystes restent toujours en fonction. Finalement, par leur attitude ferme, les députés obtiennent gain de cause. Le 5 février 1943 les portes s'ouvrent devant ces hommes durement frappés dans leur chair.
Devant le Monument aux Morts où ils se rendent, ils lisent le magnifique « Salut à la Liberté » que Florimond BONTE a reproduit dans son livre «Le Chemin de l'Honneur ».
Georges LEVY et ses amis reprennent le combat pour tirer leur pays de la tyrannie fasciste.
Sur le sol de France, dans la lutte clandestine, le Parti Communiste Français mérite, par l'héroïsme de ses membres, le titre de « Parti des Fusillés ».
CHAPITRE VI
*
TOUJOURS AU SERVICE DU PEUPLE
MAIRE DE VILLEURBANNE
Les ans ne semblent pas avoir de prise sur Georges LEVY, pourtant affaibli par des années de détention. A soixante-dix ans, nommé par le Comité de Libération, il accepte le poste de Maire de la Cité de Villeurbanne, cite ouvrière dont tant de fils donnèrent leur vie dans la lutte clandestine et l'insurrection libératrice. En Septembre 1944, un avion le ramène en France. En Avril 1945, les électeurs ratifient ce choix. Jusqu'en 1947, Georges LEVY dirige la commune et jusqu en 1948, le quotidien « La Voix du Peuple ».
Autant il pardonne les petites erreurs, les égarements passagers autant il serre les poings, il devient de roc lorsque son Parti est en cause.
Lui qui, au cours d'un demi-siècle de vie publique avait montré ses immenses capacités, s'interroge modestement : « Sera-t-il digne du poste qu’il occupe ? » En réalité, il applique à sa tache ses immenses qualités d'administrateur communiste.
Tout d'abord, il redresse les finances de la commune, laissées dans un état déplorable par ses prédécesseurs. La santé des Finances allait permettre les réalisations des années suivantes.
Dans le domaine du logement, la construction d'H. L. M. chemin des Buers est soumise au Ministre, approuvée.
Un second projet de construction de 120 logements dans le domaine des Brosses est étudié : l'office municipal reloge 126 personnes, 378 prorogations de réquisition sont obtenues.
C'est également la bataille sanctionnée par de multiples documents municipaux, pour un meilleur ravitaillement de la cité.
L'enfance a droit à toute sa sollicitude : colonie, tasse de lait, cantines à prix modique, surveillance médicale, gymnastique médicale, aide aux mamans, etc...
L'Ecole laïque qui, sous Vichy, ne recevait que 10 Millions (en 1944) en reçoit près de 40 en 1947. Toutes les écoles primaires sont dotées d'imprimerie : des groupes sont rénoves, réparés.
L'Université Populaire, créée par JOLY, Maire en 1935, refonctionne.
Rue Bonneterre, un gymnase est créé, les piscines sont réaménagées.
L'hôpital de Villeurbanne va recevoir une nouvelle destination : un cours complémentaire y sera installé.
Construction d'égouts, plantations d'arbres, établissements de projets, etc.
C'est avec la conviction d'avoir accompli un bon travail « Au service du peuple » comme le veut leur devise que les élus communistes se présentent devant les électeurs en octobre 1947.
Une loi électorale inique, machine de guerre contre le Parti Communiste, est adoptée à l'Assemblée. Une coalition allant des socialistes aux fascistes R. P. F. place le docteur GOUJON à la tête de la nouvelle municipalité.
Georges LEVY, lui, n'a pu se représenter. La fatigue des prisons et des années d'administration municipale l'ont frappé. Il est obligé de prendre du repos. Mais il ne prend pas sa retraite... 1953 le verra, à nouveau, tête de liste et élu municipales à Villeurbanne.
SYMBOLE VIVANT DE L’HOMME COMMUNISTE
Il dirige toujours l'heBdomadaire « La Voix du Peuple » et, en 1950, le Congrès National du Parti Communiste Français l'a confirmé dans les fonctions qu'il occupe depuis de longues années a la Commission Centrale de Contrôle Financier.
Le 8 Décembre 1950, lors du grand meeting à la Bourse du Travail à l'occasion du XXXe anniversaire du Parti Communiste, il préside. II monte à la tribune, tendue de rouge et de tricolore et des milliers de gens se lèvent pour acclamer le doyen, vivant symbole de vivant symbole de l'homme communiste.
Les applaudissements crépitent en l'honneur du combattant des premières heures du mouvement ouvrier ; de l'homme clairvoyant saluant la Révolution russe, luttant au Congrès de Tours pour la formation d'un parti de type nouveau, du militant forgeant ce Parti, de l'élu fidèle servant son Parti, son peuple, du « médecin des Pauvres », du journaliste combattant de la Paix, du bagnard glorieux.
HONNEUR et GLOIRE à Georges LEVY à l'occasion de son quatre-vingtiéme anniversaire...
HONNEUR et GLOIRE au PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS qui, sous la direction de Maurice THOREZ, sait donner au service du peuple de tels hommes.
TEMOIGNAGES DE :
Marcel CACHIN
Benoît FRACHON
François BILLOUX
Waldeck ROCHET
Georges MARRANE
Virgile B A R E L
Georges Lévy a 80 ans.
Il a consacré toute sa vie à la défense courageuse des causes les plus nobles et les plus humaines!
Nous l'avons trouvé à nos côtés, à l'un des moments les plus décisifs de l'Histoire de la classe ouvrière française! Dès sa jeunesse, il avait été un admirateur et un disciple de Jaurès. Et lorsqu'en 1920 sonna l'heure du choix, Georges n'hésita pas.
Avec les meilleurs les plus fidèles, les plus désintéressés des militants de notre pays, il reconnut que les disciplines et les idéaux tenus de Jaurès et de Guesde étaient appliqués pour la première fois à Moscou, à Leningrad et dans toute la Russie par Lénine et Staline !
Georges LÉVY adhéra De plein coeur et en plein accord doctrinal à la Révolution formidable qui devait ouvrir à l'Histoire mondiale des chemins nouveaux, comme cela est expliqué dans la présente brochure avec droiture, avec netteté, aime une rare clairvoyance.
Et depuis plus de 30 ans, il a défendu avec une tranquille fermeté obstinée et sans défaillance, les thèses du Marxisme et du Léninisme qui, à l’heure présente, font dans l’univers entier des progrès continus et gigantesques.
La vie de Georges LFVY fut toute de dévouement quotidien, modeste à la défense et aux progès du Communisme National et International!
Il accepta et alla un devant des plus grands sacrifices avec une admirable abnégation. Notre ami exemplaire, notre Cher frère de combat a grandement, noblement honoré son Parti qui lui a voué une affection et respect et son réserve.
Et nous souhaitons qu'il vive encore assez longtemps pour assister aux grands événements sociaux dont il a contribué de toutes ses forces à préparer l'avènement prochain.
Marcel CACHIN,
Député de la Seine,
Membre du Bureau Politique du Parti Communiste Français.
Je ne saurais manquer l'occasion m’associer a tous les communistes lyonnais pour célébrer le 80e anniversaire de Georges Lévy.
Comme secrétaire de la région lyonnaise du Parti Communiste, de 1926 à 1928, j'ai, en bien des circonstances, pu apprécier les grandes qualités, la fermeté et l’attachement de Georges LÉVY à notre Parti.
Dans cette période, où nous nous forgions notre Parti, où il fallait lutter contre les ennemis de l’extérieur et nous garder à 1'intérieur contre les courants déviationnistes, et contre le trotskisme, je n’ais jamais trouvé la moindre hésitation chez Georges Lévy.
Avec un dévouement inlassable, il mettait son autorité, qui était grande, sa droiture, son honnêteté proverbiale, au service entier du Parti.
On peut dire de Georges LÉVY qu'il est l'un de ces hommes qui ont grandement contribué à faire de notre Parti ce qu'il est.
A un age déjà avancé, il a connu la prison durant les cinq années de la guerre.
Pour moi, qui le connaît bien, le courage qu'il a montré en cette circonstance, son calme et sa certitude des lendemains victorieux ne pouvaient m’étonner.
J’ai eu le plaisir de le revoir voilà quelques semaines. Ses 80 ans n'ont en rien entamé sa foi, ni la confiance qu’ill n’a cessé d’avoir dans les destinées de notre Parti.
Un seul regret me disait-il, « Je ne puis donner au Parti tout ce que je voudrais ».
A l’occasion de son 80e anniversaire, je salue notre ami avec l'émotion d'un militant qui se, souvient des luttes communes de jadis. Je le salue comme un bon compagnon, un bon camarade de combat, comme un ami dont on évoque le souvenir avec plaisir.
Benoît FRACHON,
Ancien Secrétaire de la région lyonnaise du P. C.,
Secrétaire Général de la C.G.T.
Membre du Parti Socialiste depuis de longues années, en 1920, Georges LÉVY fut un des fondateurs du Parti Communiste Français.
Député dut Rhône en 1919, son activité dépassait de loin ce département pour s'étendre dans toute la région lyonnaise oit il fut un infatigable propagandiste pour l'adhésion è l'Internationale Communiste.
Méticuleux à 1'extrême, ennemi farouche de l'à-peu-près., Georges LÉVY expliquait patiemment, faisait disparaître même les plus petites incompréhensions.
Il s'intéressait alors particulièrement à la jeune génération pour lui faire aimer la Jeune Révolution Russe qui venait de taire triompher le socialisme.
Les jeunes militants d'alors se souviennent de son aide précieuse à ce moment pour guider leurs premiers pas dans l'action.
La 17e Entente des Jeunesses Communistes groupait le Rhône, la Loire, la Saône-et-Loire; le Jura, l'Ain, la Savoie, la Haute-Savoie, l'Isère, et la Haute-Loire.
Sur cet immense territoire, il n'y avait guère que quelques centaines de jeunes organisés. Cependant Georges LÉvy, avec son camarade et ami, Jules GRANDCLEMENT, venait souvent assister aux travaux des Jeunesses Communistes pour leur apporter ses conseils.
Pour touts les camarades, Georges Lévy était ce qu'i1 est resté ; un exemple, un modèle d’honnêteté, la confiance en la classe ouvrière, de dévouement à la cause du socialisme et de fidélité à toute épreuve au Parti Communiste.
Lorsque sur les indications de LENINE, l’Internationale Communiste engagea tous les Partis à aller aux masses, il fut un de ceux qui combattirent pour faire triompher la politique de Front Unique.
En octobre 1939, Georges LÉvY est arrêté. Au procès des députés communistes, il est un des accusateurs les plus mordants : « J'ai trente-trois ans de vie publique derrière moi, une vie publique et une vie privée qui se sont écoulées dans une maison de verre. »
Il revendique, hautement et fièrement, son accord absolu avec la politique de paix et d'indépendance nationale du Parti Communiste Français sous la direction de Maurice Thorez.
Malgré son âge et sa maladie, Georges LÉvy est condamné avec ses vingt-six camarades.
Tout au long de son séjour dans les prisons et au bagne de Maison-Carrée, Georges LÉVY à beaucoup souffert. Jamais un mot de plainte n'est sorti de sa bouche. Son moral est toujours investi au niveau le plus élevé. Son seul regret : ne pas pouvoir participer plus activement au grand combat pour la libération de la France.
A l'occasion de son 80° anniversaire, le meilleur cadeau qui puisse être offert à Georges LFVY est de renforcer nos efforts pour faire triompher une politique de paix et d’indépendance nationale, de liberté et de progrès social.
François BILLOUX,
Député des Bouches-du-Rhône, Membre du Bureau Politique
du Parti Communiste Français.
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C'est en 1932, lorsque je devins secrétaire de la région lyonnaise du Parti Communiste Français, que je fis connaissance avec le docteur Georges LÉVY, militant aimé de la classe ouvrière et respecté de tous, y compris des adversaires.
Souvent en parlant de Georges Lévy, les militants communistes de la région lyonnaise disaient avec fierté :
« C'est notre Marcel Cachin, à nous Lyonnais »
Effectivement, Georges LÉVY était non seulement la personnalité communiste la plus marquante de la troisième cille de France, mais il personnifiait déjà, il l'époque, le dévouement indéfectible à la cause de la classe ouvrière, et la fidélité inconditionnelle de son Parti, au grand Parti Communiste.
Lorsque, à l'occasion de quelques grandes manifestations politiques, nous avions le souci de voir notre Parti être représenté dignement et avec autorité. Nous faisions alors appel à Georges LEVY, qui s'acquittait toujours de la mission qui lui était avec honneur.
Georges LÉvy faisait partie du groupe des vingt – sept député communiste, qui, arrêtés à la fin 1939, furent déportés par Pétain, au début de 1941, au la bagne de Maison-Carrée, en Algérie.
D'antres camarades rappelleront sans doute comment Georges LÉVY fut, pendant toute cette période, un exemple de droiture, de fermeté et de fidélité , et à la France et à la grande du communisme.
Durant notre séjour à la prison de Maison-Carré, il y à quelques chose, chez Georges LÉVY, qui m'à particulièrement frappé : son goût de l’étude.
Qu’il s'agisse de l'étude des problèmes scientifiques, philosophiques ou politiques, Georges LEVY - il avait alors près de 70 ans –en débattait avec la même passion que lorsqu’il était jeune étudiant.
A la prison de Maison-Carrée nous avions organisé entre nous avec les faibles moyens dont nous disposions, une école du Parti.
Non seulement Georges Lévy -- cependant sous-alimenté comme tous les camarades -- suivait tous les suivait avec passion, mais il en a, lui-même, présenté plusieurs.
Ainsi faisant, Georges Lévy donnait à tous les militants – jeunes ou vieux – un magnifique exemple.
Waldeck ROCHET,
Député de Saône-et-Loire,
Membre du Bureau Politique
du Parti Communiste Français.
Le 80° anniversaire de Georges LÉVY, un des fondateurs de notre Parti Communiste Français, me remet en mémoire quelques souvenirs.
Nous avons fait ensemble, il y a environ 30 ans, un meeting au cirque de Dijon. Excellent orateur, confiant dans les destinées de la Révolution russe, convaincu de la justesse (les théories de Lénine, informé des arrières pensées des diviseurs socialistes au Congrès de Tours, il fit un excellent discours et remporta un très grand succès.
Il fut un des premiers communistes français élus conseillers généraux.
En 1935, il fut élu adjoint et, après la Libération, Maire de Villeurbanne. Dans ses fonctions, il fit la démonstration de sa compétence étudiant avec soin toutes les répercussions des délibérations à prendre et apportant son appui généreux à la partie de la population plus atteinte par les méfaits du régime capitaliste.
C'est pourquoi, il fut arrêté en 1939 parmi les glorieux- députés du chemin de l’honneur
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Chacun sait qu'il n'y eut jamais de sa part aucune hésitation sur la justesse de la position politique de la direction du Parti.
Même lorsque, pendant sa détention pénible, il fut atteint par la maladie, sa fermeté politique ne faiblit point. Sa vaillante compagne, que je vis quelquefois pendant cette période de l'action clandestine en 1940 et 1941, fut également admirable de confiance dans le Parti.
De plus, à de nombreuses reprises alors que j’était inconnu de mes interlocuteurs, j’ais fréquemment eu la preuve de e l’affection de la population de la région lyonnaise pour le vaillant militant communiste que n'a cessé d'être Georges LÉVy depuis 1930.
Tonte la vie de Georges LEVY constitue un grand exemple pour les militants communistes. Il a passionnément aimé son Parti et il a su le faire aimer.
Que Georges LÉVY reçoive ici, d'un camarade de 30 années de lutte, un hommage mérité et mes vœux de bonne santé et de longue vie pour qu’il continue à œuvrer efficacement pour la défense des revendications des travailleurs, des libertés démocratiques et le maintien de la Paix.
Georges MARRANE,
Responsable du Parti dans la Région Lyonnaise en 1940 et 1941.
Dans le plus lointain de mes souvenirs, je trouve le nom de Georges LÉVY, Le docteur Georges LÉVY, le camarade Georges LÉVY, Georges LÉVY, député. Cela sonne dans ma mémoire de membre du Parti, qui y comptera trente cinq ans d'appartenance lorsque Lyon célébrera les quatre-vingts ans de Georges LÉVY, un des pionniers du Socialisme.
Ce nom et cette personnalité de Georges Lévy étaient dans ma tête lorsque à la fin de 1939 le gouvernement DALADIER fit arrêter les députés communistes, après et avant d'autres militants du P.C.F., de la C.G.T. et d’autres organisations démocratiques.
Le 8 octobre 1939, Georges LÉVY, Félix BRUN et vingt-cinq autres Députés étions enfermés, chacun isolé dans une cellule, à la Prison de la Santé.
Que l'on se représente ce que cet acte abominable du Gouvernement contenait d'esprit fasciste et de volonté de guerre. Que l'on se représente les réflexions que pouvait se faire le militant populaire Georges LÉVY, le médecin et le député des travailleurs lyonnais.
Je les ai bien connu es ces réflexions! C'étaient celles de tous les bons Français désireux que la France continua la politique de liberté, de pair et de Bien-être qu’avaient inaugurée la majorité du Front Populaire dont l'aile marchante, fidèle à ses engagements, était soutenue par la classe ouvrière française employant cette forme nouvelle de lutte que furent les occupations d`usine.
Marxiste, Georges LÉVY s'expliquait et expliquait, comme suit, le reniement de cette politique par la Social-Démocratie et les chefs radicaux : « Ils défendent les intérêts de la classe capitaliste, disait-il, dont ils sont en réalité les agents; leurs phrases de gauche camouflent leur activité réactionnaire ».
Condamnation sans appel, ce jugement de Georges LÉVY !
Communiste., Georges LÉvY sapait que sa présence en prison, sa fermeté devant les gardes-chiourmes, devant les juges de classe, c'étaient autant d'actes permanents qui ne pouvaient que servir d'exemple aux yeux du peuple de .Fronce.
Il a tenu bon, Georges LEVY!
Un mois après notre incarcération à la Santé, les cellules de cette prison devenaient insuffisantes en nombre, an fur et à mesure que les policiers de DALADIER, d'Albert SARRAUT et de SÉROL. arrêtaient des Français qui voulaient la paix, pendant que leur gouvernement et l'état-major pratiquaient « la drôle de guerre ». Alors, on nous mit deux députés par cellule: je fus désormais le compagnon de détention de Georges LÉVY.
J'en porte témoignage : Georges Lévy eut un moral de fer. Et cependant, les conditions matérielles étaient mauvaises. Il faisait froid à la Santé. Georges grelottait. A 69 ans, il tournait dans notre cellule pour essayer de se réchauffer, « je fais le cheval de cirque », me répétait-il. Quand il était assis, je le couvrais de tout ce dont nous pouvions disposer.
Il a tenu bon, partout : devant le tribunal militaire de Paris, dans les treize prisons où nous sommes passés.
A Alger, pour nous conduire de la prison militaire au bagne de Maison-Carrée, on nous enchaîna deux par deux. Nous étions vingt sept du « Chemin de l’Honneur », les trois derniers furent enchaîné ensemble : Georges Lévy, Ambroise CROIZAT et moi-même.
Je suis heureux de voir que Georges Lévy tient bon, toujours. Fidèle à lui-même, fidèle à notre Parti, fidèle au peuple de France.
Il est un Des exemples vivants de droiture, de fermeté politique et de dévouement à la cause du socialisme dont s'enorgueillit le Parti Communiste Français.
Vive le camarade Georges Lévy
!
Virgile BAREL.