(Numérisation réalisée par : Stéphane Dubois, pour le CDRM, Octobre 2008)

Les Illustrations de la brochure ne sont pas reproduites.

 

Un homme est mort qui continue la lutte Contre la mort contre l'oubli

Car tout ce qu'il voulait

Vous le voulions aussi

Nous le voulons aujourd'hui Que le bonheur soit la lumière

Au fond des yeux au fond du cœur

Et la justice sur la terre.

 

 

 

Paul ELUARD

A la Mémoire de JEAN CAGNE

Par Maurice THOREZ,  Secrétaire Général du Parti Communiste Français.

 

JEAN CAGNE appartenait à cette pléiade de militants qui sont la force et l'honneur de notre Parti.

Il avait, dès ses plus jeunes années, mené à Lyon la dure existence des prolétaires. Mais en lui s'étaient façonnées aussi très tôt les vertus prolétariennes : la volonté, le courage, l'endurance, le respect et le goût du travail, le désir généreux d'aider ses camarades.

 

Ce qui le caractérisait surtout, c'était l'enthousiasme, le dévoue­ment à son Parti, la passion de servir la plus juste des causes. Il se consuma dans un effort incessant, quotidien, renouvelé, qui donnait à sa vie une plénitude et un rayonnement extraordinaires.

 

Il connaissait, pour en avoir éprouvé l'amertume et les vicissitudes, la condition des travailleurs. Et il s'était juré de combattre jusqu'à son dernier souffle pour leur assurer des lendemains qu'il souhaitait éclatants de lumière et de bonheur.

 

JEAN CAGNE avait fait ses premières armes dans le Syndicat des Métallurgistes et le Secours Rouge. Il avait passé, entre 1931 et 1936, par l'école de la lutte contre le fascisme, pour l'unité ouvrière, pour le Front Populaire. C'est à cette époque qu'il adhéra à notre Parti. Pendant plus de vingt ans, il devait lui donner le meilleur de lui-même, avec une ardeur et un élan qui ne se ralentirent jamais.

 

Durant la clandestinité, il fut un des principaux animateurs de la Résistance dans les usines de la Région Lyonnaise avec le courage et le sang-froid qui étaient ses traits distinctifs, des manifestations de rues, des grèves revendicatives, des sabotages.

 

Quand _j'assistai en 1948 d la Conférence de la Fédération du Rhône, j'avais déjà pu apprécier les talents d'organisateur de JEAN CAGNE. Dans son intervention, il défendit avec clair­voyance et fermeté une ligne juste, en combattant, comme il le fit toujours, deux courants néfastes au mouvement ouvrier et qui, pour des raisons particulières, continuent à exercer une influence certaine dans la région lyonnaise : l'anarcho-syndicalisme d’une part, l'idéologie radicalisante de l'autre.

 

JEAN CAGNE m'apparut alors comme un militant ouvrier de grande qualité, un dirigeant de valeur, plein de tact et d'autorité, cœur chaud et tête froide. Je fus frappé par un mélange de réflexion et de spontanéité, de connaissances sérieuses et d'esprit d'initiative, de sens des responsabilités et d'audace, qui le désignaient pour les postes dirigeants. La Conférence l'élut Secrétaire fédéral.

 

Au lendemain de cette promotion, JEAN CAGNE fut terrassé par une crise cardiaque qu'il surmonta grâce à sa volonté : car il se sentait appelé à être encore utile à son Parti, à la classe ouvrière. Les médecins et ses camarades l'adjuraient de  réduire ses activités. Mais comment contraindre à un demi-repos ce conducteur d’hommes qui ne se reposait Jamais, ce passionné qui se dépensait sans compter dans la lutte ? Dès que JEAN CAGXE fut sur pieds, il ne se ménagea guère. Il remplit d'une activité prodigieuse le sursis que la maladie lui accordait.

 

Membre du Comité central depuis 1950, élit Député en 1951 et en 1956, Conseiller Municipal de Lyon en 1953, partout et en toute occasion, alors que sévissaient les guerres coloniales et que s’accumulaient  les menaces contre la démocratie, il défendit la politique dit Parti. Attentif à l'importance de la formation idéologique, il impulsa, avec Marius Tardivier, la diffusion des ouvrages marxistes, et mit ainsi Lyon à une place d'honneur. En mai 1958, il organisa dans la rue et dans nos permanences attaquées par les bandes fascistes la défense des libertés républicaines.

 

Il est tombé à son poste de militant, foudroyé par une crise cardiaque lors d'une séance du Conseil municipal, en se rasseyant après être intervenu en faveur des travailleurs. Fin digne de l'homme qui avait consacré sa vie au service de la classe ouvrière...

S'il est vrai, comme l'a dit le poète, que

 

Les morts sont des vivants mêlés à nos combats,

 

La mémoire de JEAN CAGNE vivra dans le souvenir de ceux qui l'ont connu et aussi de ceux qui, méditant sur l'exemple qu'il propose, voudront marcher dans la voie où il a laissé la clarté durable de son passage.

 

MAURICE THOREZ,

14 avril 1959

 

 

 

 

ENFANCE DU PEUPLE

 

E n24 août 1907, naissait jean CAGE à Beaune, faubourg Saint-Jacques, dans ce pays aux crus fameux, si justement appelé Côte-d'Or, où les vignes impeccables ondoient sur les collines. Son père était ferronnier d'art. Il fabriquait avec une grande dextérité, des ferrures pour les carrosseries, les portails, les grilles que les bourgeois de cette ville si coquette, aux maisons nettes et pures, bâties sur d'immenses caves, lui commandaient. La guerre de 1914 survint. Le père de jean, mobilisé, part pour Bourges où le rejoint sa mère accompagnée de son plus jeune frère. Jean, ainsi que sa soeur aînée, sa grande soeur Germaine tant chérie, est alors confié à une grand-mère et à une tante qui l'adoraient. Que de bonnes parties dans ce faubourg entouré de la Bouzaine aux eaux glauques, dans ce beau parc au lac miroitant, sur la place toujours fleurie, où la « tante Jeanne » tenait un café.

 

Enfant, jean a une voix si belle qu'on va le chercher pour lui faire chanter tout son petit répertoire dans les noces et les banquets. Après le certificat, il suit les cours du soir en faisant un petit travail de secrétariat.

 

DUR APPRENTISSAGE

Mais la guerre finie, le père de jean ne revient pas à Beaune où son métier artisanal ne peut plus le nourrir. Et c'est quai de Serin à Lyon, la vie des grandes villes avec le logis étroit, cinq personnes (Une petite soeur est née) dans deux pièces, la lutte pour le pain.

 

Le père est en usine comme forgeron. Il se syndiquera dès son entrée dans l'usine. Jean, réalisant son rêve d'enfant le plus précis - je veux être mécanicien, disait-il toujours depuis l'âge de 6 ans  s'embauche chez un petit patron, le père L... comme apprenti mécanicien. Il a 14 ans, il n'a pas de bleus, c'est trop cher, il ne peut même pas arborer ce fier costume de métallo ; on a déniché pour lui un pantalon rayé de pâtissier et tous les jours à midi, avec ce déguisement qu'il déteste, il rapporte dans une gamelle, la soupe bouillante de son patron. Il apprend, apprend... l'établi est trop haut, il a un petit banc pour l'atteindre et déjà, il se révèle adroit et soigneux. Il suit les cours du soir à Vaise. Obstiné, il veut arriver à quelque chose. En cela, il ressemble à tous les apprentis désireux d'apprendre un métier.

 

AJUSTEUR-OUTILLEUR ENFIN

 

 A 17 ans, il entre comme compagnon chez LUMPP. Le bourguignon joyeux, au parler sonore, s'ancre dans ce quartier de Vaise, adopte l'esprit et le ciel brumeux de Lyon ; l'ajustage le passionne, comme ces vieux vignerons qui soignent leurs plans avec une ténacité méticuleuse, noueux comme leurs ceps dans son pays natal, il aime le travail bien fait, le fini.

 

C'est sans doute ces difficultés vaincues, cette ferme volonté exercée depuis son jeune âge, qui lui ont donné le pouvoir de comprendre les adolescents, de savoir leur parler, les aider à trouver leur voie. Avec cet enthousiasme jeune qu'on sentait en lui toujours brûler, il savait leur ouvrir des perspectives exaltantes, tout en évoquant pour eux, ses propres luttes. Ce goût de l'obstacle vaincu se manifestait dans le plaisir qu'il avait à ses moments de détente, à réciter les vers du Cid de Corneille :«... A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire... » « ... cette ardeur que dans les yeux je porte, sais-tu que c'est son sang. Le sais-tu ?      - que m'importe - à quatre pas d'ici, je te le fais savoir... » Il en récitait des scènes entières qu'il disait d'une voix claire.

 

Il s'est toujours intéressé aux machines, auxiliaires de l'homme, à leur perfectionnement, à l'évolution de la technique. Il se plaisait à interroger les apprentis, les élèves des écoles techniques, leur donnant ainsi la fierté de leur travail, et à comparer leurs exercices avec ceux qu'il faisait (le limage à main par exemple) pour mesurer les changements et les progrès dans le travail humain.

 

AU-DEVANT DE LA VIE

 

JEAN fait son service militaire comme artilleur. Il fallait l'entendre narrer, avec un humour courtelinesque, ses souvenirs de caserne. Puis c'est le retour à Vaise, aux Etablissement LUMPP, le Syndicat, les copains retrouvés. Le lendemain d'une joyeuse équipée de Noël  ils avaient tous même costume, même chapeau - c'est la rencontre avec Lily aux Cordeliers.

 

Ils se marient à la Saint­ Claude, le 6 juin 1931 : le jeune ménage, après avoir trouvé un asile provisoire chez une vieille tante, au « Vieux Château » de Francheville, s'installe dès 1934 dans ce quartier populaire du Vieux Lyon, au 8 de la rue Juiverie, qu'il ne quittera plus.

 

Ardent et tenace dans la pour­suite de son bonheur comme dans toutes les batailles pour une vie meilleure, jean ne cessa de songer à embellir et à moderniser son humble foyer, tout baigné de joie simple et chaud au visiteur. Il aimait sa compagne et cette dernière, admirable de courage et d'abnégation, le secondait discrètement, diligente, efficace.

 

Ses visiteurs, jean les recevait avec cette cordialité souriante qui devait, au lendemain de sa mort, faire dire à son collègue VIENNEY, adjoint radical-socialiste au Maire de Lyon : « ... Jean était un garçon souriant, correct, extrêmement honnête, d'un courage exemplaire. J'ai perdu un ami... »

 

Tous ceux qui ont vu l'appartement modeste qu'il occupait dans une maison vieille de plusieurs siècles, ont été frappés par le goût avec lequel il était meublé, artistiquement décoré. C'était son oeuvre ; dès qu'il disposait d'une heure, il bricolait, arrangeait, enjolivait son foyer. Jean aimait passionnément le travail bien fait, s'habillait élégamment et condamnait le genre débraillé où il voyait, disait-il, un relent d'anarchisme, n'ayant rien de commun avec la conception des ouvriers. Tout en lui, son amour pour les siens, pour son peuple, pour la classe ouvrière en qui il avait une confiance inébranlable, devait se résumer, s'harmoniser dans son attachement indéfectible et enthousiaste à son Parti.

L’ECOLE DU MILITANT

Cenpendant en Italie, le fascisme était au pouvoir. La France faisait la guerre au -Maroc. La répression s'abattait sauvagement sur les militants commu­nistes qui dénonçaient la guerre « de brigandage colonial ». Maurice THOREZ, qui venait une fois encore d'en appeler à l'unité de la classe ouvrière tout en démasquant les responsabilités des dirigeants socialistes avec à leur tête Léon BLUM et Paul FAURE, était poursuivi et condamné à quatorze mois de prison. Avec lui, 274 communistes, coupables de patriotisme et d'amour du peuple, et de haine des fauteurs de guerre, étaient emprisonnés.

 

En Allemagne montait l'hitlérisme, malgré la résistance du Parti Communiste Allemand.

C'est dans ces conditions que jean CAGNE se jeta dans la bataille. Les années 33-34 allaient être pour lui, des années décisives. Installé maintenant en ville, il allait pouvoir consa­crer toutes ses jeunes forces à l'action du prolétariat pour la paix, le progrès humain, la justice sociale. A Lyon, en cette année 34, paraissait le premier numéro de l'hebdomadaire communiste «La Voix du Peuple». Son Directeur, Georges LÉVY écrivait le 1er septembre :«... le prolétariat, en souvenir de l'ancienne guerre, doit lutter inexorablement contre la nouvelle, guerre qui vient... »

 

LE SECOURS ROUGE

A la Croix-Rousse, jean adhère au Secours Rouge. Son travail persévérant l'amène à prendre rapidement des responsabilités. Sa bonté, son souci de l'humain s'y donnent libre cours. Il y apprend la nécessité qu'il y a, dans toutes luttes ouvrières, à secourir ceux qui sont victimes de la répression, à assurer la vie matérielle de ceux et celles qu'atteignent la grève, le chômage, la détention.

 

C'est ainsi qu'en mars 1936, lors de la grande grève de chez Berliet, jean CAGNE fit, à la Bourse du Travail, dans une réunion de métallurgistes présidée par Ambroise CROIZAT, une intervention sur la solidarité, montrant com­ment, dans le secteur de Vaise, on collectait vivres chez les commerçants, argent dans les usines.

 

Cette intervention, reprise par A.CROIZAT, devait apporter aux grévistes de chez Berliet, un soutien efficace. Ce jour-là, le jeune militant s'avérait un dirigeant.

 

« ... nos meilleurs militants de­vaient se consacrer au travail syndical... » (M. THOREZ, Fils du Peuple.)

 

Une autre école pour jean, fut le Syndicat. A partir de i934, tous les soirs, des militants des diverses usines se rencon­traient au Cercle vaisois, dans ces lieux où le 2 5 Juillet 1914, quelques jours avant sa mort, JAURÈS avait prononcé, contre la guerre imminente, un dis­cours qui était un véritable testament politique. On prépa­rait d'autres réunions plus im­portantes qui devaient se tenir au milieu des machines de l'atelier,  dans des jeux de boules. Les fascistes provoquaient des ba­garres, les syndicats professionnels brisaient l'unité. Avec ses camarades du Syndicat, jamais Jean ne se démoralisait. Il disait toujours, quoi qu'il arrive, nous vaincrons.

 

Un vieux camarade de lutte de la première heure le dépeint ainsi :

« J'ai connu jean CAGNE en 1934, nous nous retrouvions le soir à Vaise, en sortant de notre travail. Jean était plutôt d'un  naturel timide. En 1936, il devient délégué dans son usine et très vite, grâce à son action, il réussit à se faire aimer par tout le secteur de Vaise. Il fut comme beaucoup, victime de la « pause » de a Léon BLUM et se fit renvoyer de son travail. Mais sans relâche, a il continuera à militer. »

 

Les luttes anti-fascistes de 1934 auxquelles Jean participa de toute son ardeur, ont forgé un militant clairvoyant, combatif, organisateur.

 

LE PARTI

Mais cette action ouvre les yeux du jeune militant. Un soir, il déclara à Calixta ALLEGRET, respon­sable communiste de son quartier :«... vous êtes au Parti Communiste,  je voudrais y adhérer. La solidarité ne suffit pas. Il faut s'attaquer à la cause de cette répression. C'est sur le plan politique faut agir. Seul le Parti s’.y attaque. Mon devoir est là. »

 

Jean et Lily adhèrent ensemble à la cellule du 1er arrondisse­ment. Tout de suite, dit Calixta ALLEGRET, une vieille militante, Jean fut très actif. Les explications, les réunions renforcent sa maturité politique. Avec une foi et une ardeur jamais en défaut, il participe aux grandes luttes de 34-35-36. Foin de routines ! Avec lui, tout semble plus souriant, plus clair. Le Parti l'entraîne de plus en plus à l'action : rue de la République, au cours des journées glorieuses des 6 et 12 février 34, dans les usines parmi les ouvriers, dans son Syndicat. Il avait coutume de dire que les ouvriers français étaient les plus adroits du monde, il supputait les merveilleuses possibilités qu'ils auraient, ainsi que nos savants, nos paysans, au sein d'une République Socialiste. C'était un défenseur farouche de l'U.R.S.S. et la moindre petite attaque anti­soviétique, le faisait s'enflammer. Sa véhémence chaleureuse jointe à ses connaissances, ont convaincu tout au long du sa vie, bien des gens tièdes, trompés, hésitants, de la justesse des idées marxistes-léninistes.

 

Instruit par le Parti, jean était un réaliste. Il disait peut avant sa mort : « ... ils auront beau faire, il faudra bien laisse  la place au Peuple, de gré ou de force, mais notre Pays, notre Peuple, ne peuvent sortir de la misère sans notre Parti et sans l'unité de la classe ouvrière, sans l'union des Républicains. »

 

Prononçant son éloge funèbre, Raymond GUYOT devait dire :«... Jean était un Communiste, il avait compris, à la lumière des idées du socialisme scientifique répandues à Lyon par GRAND­CLÉMENT et G. LÉVY, que le prolétariat seul, ne pouvait vaincre, qu'il lui fallait agir en commun avec les autres couches laborieuses de la ville et des champs, et qu'un Parti, fort, uni, discipliné, développant son activité suivant les principes éprouvés de la science marxiste-léniniste était nécessaire. »

« ... c'était la grande  et juste leçon que le Parti avait su tirer de l'expérience grandiose de la Révolution d'Octobre, et que Jean avait su assimiler. »

 

1936-1939

UN DIRIGEANT SE LEVE

C'est 36 enfin, la victoire du Front Populaire : congés payés, journée de huit heures, conventions collectives. Avec ses camarades, jean CAGNE brûle le mannequin de la semaine de quarante-huit heures. UNITÉ ! UNITÉ ! Tout au long des jours de lutte, ce cri de ralliement le portait, le galvanisait.

 

DÉLÉGUÉ, OUVRIER

A force de l'union et de l'action des travailleurs surprenait le patronat. Mais à peine arrachées, les Victoires étaient déjà menacées. Se ressaisissant, les patrons ergotaient pour admettre les conven­tions collectives. Une grande manifestation eut lieu rue Guillotière, devant la Chambre Patronale. Jean CAGNE avait contribué à y entraîner tous les métallos de Vaise. Pendant toute la nuit, la discussion fut âpre mais à l'aube, la Convention collective était signée. Elle devait apporter de sérieux avan­tages aux métallos lyonnais.

 

Peu après, eurent lieu les élections des délégués.

 

Jean CAGNE, le plus jeune de l'usine, est élu délégué titulaire aux Etablissements LUMPP. Puis, aidé puissamment par le regretté Antoine DUMAS QUI LE SOUTIENT DANS SA LUTTE contre le réformisme diviseur dont la faconde en imposa un moment aux travailleurs, il accède à la responsabilité du secteur de la métallurgie à Vaise. L'activité grandissante des organisations ouvrières, notam­ment des syndicats, l'amène à tenir des permanences deux ou trois fois par semaine. Il assure des réunions dans toutes les usines, petites et grandes. En délégation auprès des patrons, il défend les travailleurs ; de 1937 à 1938 il crée de nouvelles sections syndicales, renforce partout l'organisation.

 

L'expérience et l'autorité acquises ainsi par le militant dans la défense des droits des travailleurs et sa valeur d'organisateur qui s'impose, le font élire au Congrès de 1938, membre de la Commission Exécutive de l'Union Syndicale des Travail­leurs de la Métallurgie.

 

JEAN SUBIT LA REPRESSION PATRONALE

Le patronat ne pardonne pas à CAGNE, pas plusqu'à des centaines de militants. La répression allait

préparer la défaite et l'occupation   -plutôt Hitler que le Front Populaire, disait la bourgeoisie. Le lendemain de la grève du 30 novembre, déclenchée en signe de protestation contre les décrets-lois de misère de Paul REYNAUD, Jean et sa compagne sont licenciés de leur usine. Pendant des semaines, il rencontre de grosses difficultés pour trouver du travail. Le patronat le poursuit partout où il se présente, malgré ses essais réussis. Avec ses camarades du Bureau du Syndicat, pendant ce chômage forcé qui se pro­longe, sans jamais récriminer il participe aux réunions, perma­nences dans les quartiers de Lyon pour le renforcement des sections syndicales et le maintien de l'unité. Cette unité, concrétisée par le pacte d'unité d'action entre les Partis commu­niste et socialiste en juillet 1934 et par la réunification syndicale décidée par le Congrès de Toulouse en février1936, les menées du patronat allaient l'ébranler. Au début de 1939, il réussit à se faire embaucher avec pas mal d'autres licenciés, sa valeur personnel aidant, dans une nouvelle usine de Lyon, les Etablissements REPP.

 

LA GUERRE

C'est dans cette usine que la guerre le surprend. Son affectation spéciale chez LUMPP déchirée sur ordre du patron, il est envoyé immédiatement sur le front.

 

1940-1948

LE COMBATTANT DE LA LUTTE PATRIOTIQUE

 

des combattants saignant le feu

ceux qui feront la paix sur terre

 des ouvriers et des paysans

 des guerriers mêlés à la foule

 et quels prodiges de raison pour mieux frapper

(Paul ÉLUARD.)

 

C’est la drôle de guerre. Les fossoyeurs de la   République préparent la voie de Hitler et de Pétain. Le 28 septembre 1939, un décret dissout  le Parti Communiste Français. Puis c'est la défaite et l'occupation. Les autorités nazies, sous la signature de Von Stupnagel proclament :

 

« ... toute personne ayant des acti­vités communistes ou qui fait de la propagande communiste ou qui soutient de quelque manière que ce soit, l'agitation communiste, est l'ennemie de l'Allemagne. Le châtiment est la mort... »

 

Pour toute réponse, le Parti Communiste Français, qui de­viendra le Parti des 75.000 fu­sillés, organise aux toutes pre­mières heures, la lutte patrio­tique. A peine démobilisé et avant même de se préoccuper de trouver du travail, jean cherche à joindre la Résistance.

 

Il y parvient le 10 septembre 1940 et grâce à Antonin DUMAS, Marius TARDIVIER, Louis DUPIC qu'il rencontre dans l'Isère, il est mis en liaison avec son Parti, clandestin, et intégré dans le Groupe Perrache-Presqu'île, sa tâche étant l'organisation de la Résistance dans les usines.

 

14 JUILLET 1942

La lutte pour le pain et la liberté se mène alors dans les conditions chaque jour plus dures de la clandesti­nité. Autour de la classe ouvrière, tous les patriotes se rassemblent contre l'occupant affameur et destruc­teur de notre patrimoine national. Jean CAGNE, responsable syndical, est parmi ceux qui préparent la manifestation du 14 juillet 42, d'inoubliable mémoire. Des dizaines de milliers de Lyonnais battent le pavé de la ville en conspuant les nazis et les traîtres. Hommes, femmes, enfants arborent les couleurs tricolores à la barbe des policiers ahuris et tout de suite dé­bordés par cette marée humaine emplissant de son flot toutes les rues de Perrache à Bellecour et fleurissant la statue de la république des heures durant.

 

A la tête d'un important groupe d'ouvriers, jean CAGNE entonnait la Marseillaise, reprise bientôt par des milliers de poitrines. Le succès de cette manifestation est une étape très importante de la lutte de la population lyonnaise contre l'occupation hitlérienne. Dès lors, l'unité progresse avec la lutte revendicative. Chaque usine établit son programme de revendications précises. C'est aussi, la lutte contre le « franc Pétain », ce sont les périlleuses prises de parole aux sorties d'usines (cinq minutes et il faut partir poursuivi quelquefois par la Gestapo).

 

Jean mangeait un casse-croûte à un coin de rue, sur une marche de Fourvière, changeait de domicile. Il savait joindre la prudence au courage. En 1943, son appartement était perquisitionné. On y trouve rien. Une autre fois, en 1944, trois sbires l'attendaient dans le couloir obscur. Il réussit à leur échapper.

 

Dès le début de 1943, des grèves patriotiques et revendi­catives commençaient à éclater : Bronzavia, Gendron, Sigma, Berliet, les Fonderies Roux, etc. Jean s'entendait à merveille pour rendre confiance à ceux qu'ébranlait la répression et (lui qui aimait le travail bien fait) pour expliquer la nécessité du sabotage dans les usines travaillant pour l'armée allemande.

 

La lutte patriotique à la faveur de cette unité qui, chaque jour, gagne du terrain, monte en flèche. STALINGRAD a tenu bon. L'Armée Rouge avance. Dans une rencontre avec SAILLANT, VIVIER-MERLE, BERTHON, DEDIEU, CHA­ZAUD (tué à Saint-Genis-Laval) les bases de la formation de l'Union Départementale des Syndicats étaient jetées. De grandes grèves continuent à secouer Lyon, Marseille, Grenoble, Limoges. Jean CAGNE est chargé d'organiser le sabotage de la production de guerre nazie et l'activité des Milices Patriotiques. Sa foi dans la victoire qu'il sentait proche, aigui­sait son courage. Aujourd'hui encore, ses compagnons ne peuvent évoquer son souvenir sans rappeler avec une grande émotion, ce courage, cette confiance qui lui permirent à travers la nuit de l'occupation nazie, de garder le sourire que nul de ses amis ne peut oublier.

 

LA LUTTE ARMÉE

Dans les bois de Vaugneray, jean est parmi les responsables de secteur qui entraînent les métallos recrutés dans les Milices Patriotiques au maniement des armes. Les difficultés sont grandes, les armes manquent. Une seule mitraillette devait parfois passer dans les mains d'une dizaine de patriotes.

 

Au lendemain du bombardement du 25 mai 1944, éclate une grève puissante pour le pain. Puis ce sont les grèves insurrectionnelles du 10 août 1944. La Bourse du Travail était occupée par la Gestapo. Cependant, les militants gardés par des camarades vigilants, sortaient des tracts, lançaient des appels et distribuaient tout ce matériel dans les usines.

Le 24 août, la Bourse du Travail est complètement occupée par la Police et la Gestapo. Mais l'appel aux ouvriers pour la lutte contre l'occupant est lancé. Par centaines, les ouvriers quittent leurs usines (GENDRON est désertée complètement et beaucoup partent aux maquis).

 

A partir du 24 août, c'est la bataille armée à Villeurbanne, Oullins. A la veille de la Libération, les ponts sautent, les gens de la Gestapo tirent du Dôme de l'Hôtel-Dieu. Jean réussit à passer, arrive à temps à son rendez-vous avec Char­reton, un des responsables syndicaux du moment.

 

Dans le feu de l'action, jamais il n'oubliait ses camarades, il allait voir les blessés, leur apportait un morceau de pain, un bout de fromage ; quand il avait perdu une liaison avec un camarade en danger, il s'arrangeait pour trouver une estafette capable d'aller prendre de ses nouvelles. Le 3 septembre à l'unanimité, jean CAGNE est nommé responsable à l'U.S.T.M. Ainsi, jean, qui grâce à son Parti n'avait jamais douté de la classe ouvrière, se voyait chargé d'une responsabilité qu'il n'oublia jamais, fier de sentir la confiance qu'en retour les travailleurs accordaient au militant communiste.

 

LES TACHES DE LA RECONSTRUCTION

AUSSITOT Lyon libéré, des tâches immenses et nou­velles se présentaient pour la libération de la Patrie (la guerre contre Hitler n'était pas terminée en septembre 44) et pour la renaissance de la France.

 

Il fallait procéder à la réorganisation rapide de notre éco­nomie délabrée par quatre années d'occupation étrangère et de domination des traîtres de Vichy. La remise en marche de nos usines et de nos transports par voies ferrées, par mer, et par canaux était indispensable pour écraser le fascisme hitlérien.

 

A Lyon et dans la région lyonnaise, il fallait reconstruire les ponts, remettre sur pied les usines comme Sigma, Berliet, Bronzavia et le Centre de Génissiat, les usines de textile.

 

Grâce à sa lutte inflexible pour l'indépendance nationale et au sacrifice de ses militants, le Parti Communiste avait reçu le nom de Parti des Fusillés. Poursuivant, au service de l'intérêt national, sa tâche naturelle, il s'affirmait la force essentielle capable d'animer le mouvement patriotique, contribuant à rassembler et à guider toutes les bonnes volontés, à coordonner tous les efforts pour faire de la France, un pays libre, indé­pendant et démocratique.

 

Chaque Membre du Parti Communiste devait être non seulement un actif propagandiste, mais aussi et surtout, un organisateur sérieux.

 

Le discours de Maurice THOREZ à Waziers retentit forte­ment. L'idée était nette :

 

« retroussons les manches pour remettre debout le Pays pour la renaissance française ».

C'est précisément cette tâche très délicate, réclamant un esprit d'initiative et de responsabilité, cette capacité de s'orienter rapidement et de prendre une décision soi-même dans toutes les situations, qui révéla en jean CAGNE, un remarquable dirigeant.

 

MEMBRE DE LA COMMISSION DE RECONSTUCTION ÉCONOMIQUE

A la Libération, jean était nommé membre de la Commission tripartite de reconstruction économique. Ce n'était pas une petite affaire. Les Alle­mands avaient tout pillé et les industriels collabo­rateurs avaient dissimulé les stocks de matières premières. Il fallait approvisionner d'abord les industries de première néces­sité, répartir les sources d'énergie, trouver les matériaux pour le rétablissement des voies de communication. Les trusts sabotaient la reconstruction. Or, il fallait à tout prix gagner la guerre contre Hitler.

 

Dans son secteur, jean CAGNE s'employa alors à convaincre les ouvriers du caractère patriotique et national de cette lutte.

 

Des Comités Patriotiques d'entreprises très larges furent créés. Après le sabotage du temps de l'occupation, le mot d'ordre était « retrousser les manches », économiser le temps, le combus­tible, la matière première et produire au maximum.

 

Jean ne se laissait jamais prendre aux palinodies démago­giques des patrons qui cherchaient à biaiser, et redoutaient l'action du peuple.

 

Pour les usines mises sous séquestre, Berliet, Brondel, Somua, Chauffé, Stella, il fallait forcer les banques à avancer l'argent, voir le Ministre des Finances, déjouer les tractations des patrons collaborateurs voulant reprendre leurs usines, épauler les revendications, susciter et encourager les initiatives ouvrières pour le ravitaillement général et pour empêcher le torpillage de la volonté populaire.

 

LES GRÈVES DE 1947

Mais avec l'application du Plan MARSHALL, c'est la mainmise des trusts américains sur notre économie et l'inter­vention ouverte dans nos affaires intérieures. L'expulsion des ministres communistes du gouvernement par le socialiste RAMADIER appliquant les ordres du grand capital, aggrave la situation de la classe ouvrière.

 

C'est alors qu'éclatent les grandes grèves de 1947. Il faut beaucoup de maîtrise et de sang-froid pour guider l'action. Jean est parmi les dirigeants des grèves dans le département, un des plus clairvoyants. Evitant les actions avant-gardistes, il est surtout soucieux du développement de l'action des masses.

 

Son audience auprès des travailleurs grandit sans cesse.

 

« Le Communiste n'est pas ce sectaire, ce fanatique borné dont parlent les ennemis du Peuple ; il est le lutteur d'avant-garde, le pionnier de l'avenir, l'homme nouveau qui s'efforce de convaincre les travailleurs et  les gagne par l'exemple de son dévouement inaltérable « à leur cause. »

 

(M. THOREZ, Fils du Peuple.)

 

LE DIRIGEANT COMMUNISTE

JEAN fut élu au Secrétariat fédéral en 1948, à la Conférence fédérale à laquelle M. THOREZ avait participé.

 

«Il nous arrivait, écrit Camille VALLIN-, actuel Secrétaire de « la Fédération du Rhône, riche dune grande expérience des luttes ouvrières. Il possédait aussi un sens de classe très aigu et cela l'aidait à adopter, sur des problèmes complexes, des positions justes. Jean connaissait  admirablement l'état d'esprit des ouvriers. Il était resté Membre  de la Commission Exé­cutive du Syndicat des Métaux, constamment  réélu par ses camarades et, chaque fois qu'il le  pouvait, malgré ses  lourdes charges, il assistait à ses réunions.  « Ses interventions étaient « toujours très appré­ciées. »

 

LA MALADIE VAINCUE

« Mon coeur bat avec l'étoile la plus lointaine. »« 

(Nazim HIKMET.)

 

Or à peine élu secrétaire fédéral, Jean tombe malade. Des jours et des nuits, sa compagne veille sur lui. Lui-même lutte secrètement, héroïquement et bientôt, grâce à son énergie, il surmonte la terrible maladie. Ce n'était hélas qu'une trêve et il savait que sa vie était comme suspendue à un fil. Mais quelle vie intense pendant cette trêve !

 

UN HOMME VERITABLE

Il était infatigable. Pendant dix ans, prenant l'avion, voyageant sans cesse, parlant sous le grand soleil aux fêtes populaires, circulant de jour et de nuit sur les routes, il donnait le maximum de ses forces, de sa vie à son Parti.

 

C'est ainsi qu'il eut l'occasion de retourner en URSS où il avait séjourné plusieurs se­maines en cure de repos, le Comité Central ayant désigné les députés MERCIER et CAGNE pour représenter le Groupe parlementaire commu­niste dans la délégation parle­mentaire française qui, en 1956, rencontra KROUCHTCHEV et les dirigeants de l'URSS.

 

Enthousiasmé par le pre­mier Pays socialiste, il recueillit toute une documentation pho­tographique afin de rapporter à ses amis, des souvenirs vivants, pleins de saveur, et de riches enseignements.

 

Tout ce qui était beau l'enthousiasmait. C'était un boute­-en-train remarquable, courtois, délicat, gai. On l'aimait pour sa gentillesse, sa sérénité, son optimisme. C'était là sûre­ment, le secret de l'affection joyeuse qu'il inspirait à tous. Sa personnalité avait fortement impressionné André STIL, écrivain qui disait à Lily au lendemain de la mort de jean :

 

«J'avais pensé, et je l'avais dit à jean, écrire un roman à partir  de son exemple, un peu dans l'esprit de  UN\ HOMME VERITABLE ». Nous devions nous revoir pour cela, pour en parler plus longuement. »

 

 

UN DIRIGEANT FRATERNEL

Il savait être attentif à toute requête, chaque cas particulier retenant son attention ; particulièrement
accessible aux plus vulnérables : vieux, femmes, jeunes, il trouvait les mots justes et le ton apaisant
pour régler les situations les plus délicates ; il était d'autre part inflexible ; quand un camarade était malade, il devait se reposer. Payant toujours de sa personne, il excellait à mesurer le travail d'autrui et à prendre les initiatives efficaces pour éviter les peines inutiles où les erreurs. Par exemple, pour faciliter le travail des camarades journalistes de La République, il faisait taper un double de ses interventions à leur intention et lorsqu'il prit la tête du Groupe au Conseil .Municipal, il les fit assister aux réunions où s'élaborait l'essentiel des interventions. C'était un connaisseur d'hommes et un organisateur.

 

LE LUTTEUR

Lorsque Jean reprit son activité, la guerre du Viet-Nam faisait rage. Dix années chargées de lutte l'attendaient : grèves, manifestations contre l'arrestation de militants de la Paix comme le magnifique débrayage de l'O.T.L. pendant le procès des militants de Roanne. Puis ce fut l'arrestation de Jacques DUCLOS et le complot contre le Parti Communiste, la guerre d'Algérie, les élections du 2 janvier i956, la tentative contre­ révolutionnaire en Hongrie et ses conséquences en France, le coup de force du 13 mai et l'ardente bataille pour la République.

 

Dans les périodes les plus difficiles, jean CAGNE sut tenir la barre avec une fermeté que rien ne pouvait abattre. Il se montrait impitoyable contre les ennemis du Parti Commu­niste et intransigeant avec ceux qui, de l'intérieur, tentaient parfois de désagréger ses rangs, développant des idées révisionnistes et néfastes à l'action de classe des travail­leurs.

 

De nombreux amis gardent le souvenir de Jean juché sur le monument de la place de la République en novembre 1956, haranguant les manifestants anti­fascistes malgré les charges des C.R.S. La veille, sous la direc­tion de nervis organisés mili­tairement, l'assaut avait été donné contre le siège de la Fédération et contre les locaux du journal « La République ».

 

A l'intérieur, jean organisait la riposte, malgré la pluie de tous projectiles et aidait à chasser les fascistes qui, bien qu'armés et protégés par la Police, ne parvinrent pas à s'emparer des sièges.

 

A cette indomptable énergie, jean savait joindre un grand courage physique, l'école de la Résistance l'avait profondément aguerri.

 

LE DÉFENSEUR DE LA REPUBLIQUE

Le  14 juillet 1958, la manifestation républicaine ayant été interdite, le Comité de Résistance au fascisme avait décidé de déposer des gerbes devant le Monument de la République. Les C.R.S, entouraient la statue, refoulant avec brutalité la masse des mani­festants. Ceint de son écharpe tricolore, jean, écartant les C.R.S. stupéfaits, alla déposer sa gerbe au pied de la statue, puis, malgré les coups de crosses des policiers, il entonna la « Marseillaise », reprise par des milliers de poitrines.

 

Pendant la campagne du référendum de septembre 1958, il allait, à midi et le soir, à la porte des usines de Lyon et de sa banlieue, payant largement de sa personne, faisant entendre la voix du Parti à plus de trente mille ouvriers et ouvrières.

 

Par son exemple, il montra que l'activité de chaque commu­niste au sein des entreprises, que le rôle de la cellule communiste d'entreprise sont indispensables pour assurer la victoire politique de la classe ouvrière sur les forces anti-républicaines du capital et, dans l'avenir, pour le triomphe du socialisme.

 

Malgré sa fatigue, il rayonnait de confiance (le bon grain semé germera, disait-il). Son incroyable activité stupéfiait bon nombre de ses adversaires.

 

Au cours d'une intervention qu'il fit à la Conférence Natio­nale de -Montreuil en juillet 1958, Jean rappela dans quelles conditions les fascistes, depuis deux ans, menaient leur sale combat dans l'ombre d'abord, en plein jour ensuite, et com­ment en face d'eux, les forces ouvrières, ardentes et comba­tives, les tinrent en échec :

 

« Deux exemples seulement, dit-il : le 27 mai, 70.000 travailleurs a débrayent, le 29 Mai, 20.000 républicains manifestent,  tous les «jours, ce sont des débrayages, des manifestations, des actions de  toutes sortes. Depuis des mois, nous nous battons physiquement. Les murs sont à nous. Nos affiches sont partout. Les fascistes  n'ont pu empêcher- aucune de nos réunions, mais nous avons empêché  les leurs. »

 

Quand l'offensive de mai 1958 commence à se faire plus forte, à Lyon plus qu'ailleurs, où la conspiration était organisée pour l'instauration du pouvoir personnel du Général de GAULLE, aidé de SOUSTELLE et du Général DESCOURS, le Fédération du Rhône, conduite par jean CAGNE, unie, solide comme un roc, engagea résolument le combat anti­fasciste, la grande bataille pour la République. Si Lyon peut écrire cette page glorieuse en ce mois de mai, une très grande part en revient au dirigeant jean CAGNE.

 

 

 

MEMBRE DU COMITÉ CENTRAL -ÉLU POPULAIRE

 

En 1950, le XIIe Congrès du Parti l'avait désigné comme Membre suppléant du Comité Central, dont il devient en 1954, -Membre titulaire.

 

Ses interventions sont toujours pleines de bons sens ; on sent chez lui, une connaissance profonde de la vie des travailleurs, de leurs besoins.

 

Cette juste récompense de sa fidélité, de son esprit de responsabilité, de son esprit de Parti, allait galvaniser son ardente énergie. Sa faculté de travail, décuplée encore par une organisation impeccable, était exceptionnelle. L'ordre dans lequel il tenait ses dossiers, ses lectures, toute sa documentation, lui qui était pourtant si spontané, si vivant, est pour ceux, et ils sont nombreux, qui voudront suivre son exemple, un modèle de méthode et d'efficacité.

 

En 1951, puis en 1956, 80.000 Lyonnais l'envoient siéger à l'Assemblée Nationale. Il était le défenseur ardent des tra­vailleurs et intervenait souvent pour défendre leurs droits menacés, protestant contre les sanctions frappant les cheminots, les postiers. Il avait aussi pour les problèmes de la science, de la culture, un attachement extrême. Son souci de défendre le patrimoine culturel national l'avait amené à déposer une proposition de loi pour la création d'une Cité Universitaire à Lyon. Les grands Maîtres Lyonnais de la médecine et de la chirurgie lui savaient gré des efforts qu'il fit pour obtenir des crédits nécessaires à l'équipement du Centre anti-cancéreux de Lyon. Parmi les milliers de messages reçus au lendemain de sa mort, le Directeur du Centre tint à saluer :«.., cette jeune personnalité lucide et sincère, dont l'intervention à l'Assemblée Nationale, unanimement approuvée par ses collègues, avait été une des preuves les plus tangibles de l'intérêt passionné qu'il vouait à l'organisation de la lutte contre le cancer... »

 

C'est avec le même amour de l'homme qu'à l'Assemblée, il se fit le défenseur des travailleurs algériens, plus exploités encore que leurs frères français. Au cours d'une de ses interventions sur ce problème, il mit à nu leur misère, argu­mentant à l'aide de chiffres, précis, documenté, réfléchi comme il l'était toujours. Il dénonça les ratissages, les méthodes policières, l'arbitraire. Il mit en évidence les exemples de solidarité ouvrière. Il cita le Comité d'Entreprise de Rhône­-Poulenc (C.G.T.-F.O.-C.F.T.C.-Cadres) qui avait demandé la libération d'un travailleur algérien arbitrairement détenu et dont la femme et les quatre enfants, dénués de toutes ressources, purent continuer à vivre grâce à la solidarité du personnel.

 

Avec Camille VALLIN, il alerta le Président du Conseil sur la fameuse affaire des tortures de la rue Vauban, et aucune pression (il reçut des menaces de mort) ne parvient à le faire taire. Il fit éclater la vérité et obligea enfin le journal réactionnaire « Le Progrès » à sortir de son silence.

 

 

L'ÉLU MUNICIPAL

Depuis 1953, il siégeait au Conseil Municipal de Lyon et c'est à ce poste que la mort le foudroya en plein combat alors qu'avec sa fougue habituelle, il défendait une vieille revendication populaire. Il apportait dans l'accomplissement de son mandat, une conscience extraordinaire. Il tenait des permanences, écoutant avec attention les doléances, prenait note avec soin, intervenait ensuite, veillait à ce que l'affaire soit menée jusqu'au bout et ne laissait jamais une lettre sans réponse.

 

Malgré la multiplicité de ses tâches, jean CAGNE participait à fond à la vie du Conseil Municipal de Lyon. Il apportait à la défense des mal-logés, des vieux, des humbles, la même ardeur qu'il avait pour tout ce qu'il entreprenait. Des dizaines de fois, il fit entendre à l'Hôtel de Ville, la voix du peuple lyonnais. Face à la gestion réactionnaire, il proposait des mesures concrètes pour « faire payer les riches ». Nul n'a oublié les remous qu'il provoqua chez ces messieurs de la Finance et de l'Industrie quand il révéla qu'entre autre la Rhodiacéta avait fraudé l'Elec­tricité de France durant des années et qu'elle devait plu­sieurs dizaines de millions, en admettant que les fraudes sur les taxes n'aient porté que sur cinq ans.

 

Les petits vieux et petites vieilles de l'Hôtel des Invalides étaient l'objet de toute son attention ; un jour il apprend que trois fois par semaine, on leur servait du boudin. Il va les visiter à l'heure du repas et obtient qu'on varie davantage leurs repas. Le boudin ne sera servi qu'une fois par semaine.

 

Il obtient une autre fois, qu'on ne les fasse pas entrer dans les bâtiments neufs avant l'installation de l'eau chaude. Enfin, il menait une campagne tenace pour faire mettre à leur inten­tion, plus de bancs dehors au soleil.

 

«  ... nous avons perdut notre défenseur » ont écrit les petits vieux et petites vieilles des Invalides en envoyant une gerbe.  Mais Jean faisait cela au nom de son Parti. L'oeuvre sera poursuivie. Jean lui-même, lorsqu'il envisageait sa mort, savait que l'honneur des militants de son Parti serait de continuer sa tâche.

 

JEAN ET L'AMITIÉ

Jean CAGNE avait, au travers de l'action et des enseignements de son Parti, forgé son caractère, donnant, de son Parti, à qui il devait tout, une belle image.

 

L'amitié de Jean était exceptionnelle. Il savait créer avec ses amis, un climat de confiance et d'égalité. Sa bonté avait un prix inestimable car elle n'était pas indulgence mais compré­hension fraternelle et profonde.

 

Dans l'admirable éloge funèbre qu'il prononça, Pierre COT fit vibrer bien des coeurs à l'unisson du sien.

« jean CAGNE était un frère pour moi. Je l'aimais autant « que je l'admirais. Impitoyable avec ses adversaires, ou plutôt avec leurs idées - car il avait le respect des hommes et comprenait jusqu'à leurs défauts - il était avec nous, ses amis et ses a camarades, d'une gentillesse que j'ai bien souvent éprouvée. Le trait a dominant de son caractère, c'était l'énergie, non pas une énergie farouche et brutale, mais souriante, faite de conviction et de loyauté. Il alliait ainsi à un degré surprenant, l'intelligence et la vitalité,  l'enthousiasme et la maturité d'esprit. Jean, mon cher ami jean, mon frère de combat, nous ne lasseront ni tomber, ni s'éteindre ce flambeau que tu portais si haut et si droit sur la route où nous piétinons. »

 

Camille VALLIN se souvient tout particulièrement des conversations agréables et instructives qu'il avait avec lui, notamment dans le train du mardi, celui du temps où les travailleurs du Rhône avaient pour les représenter, trois députés. «C'était un compagnon charmant, d'humeur toujours égale, inébranlablement confiant. Bien que solides comme le roc, ses amitiés ne l'empêchaient jamais de faire au militant des critiques sévères s'il jugeait que c'était nécessaire à l'intérêt du Parti. »

 

Le sculpteur Georges SALENDRE a fait un buste de Jean CAGNE en déclarant :

«Je sculpterai le portrait de jean avec mon coeur de sculpteur communiste, pour que les générations futures gardent le souvenir  de notre cher camarade que j'ai vu tomber à son poste. »

 

JEAN ET LA JEUNESSE

 

 

Le XIVe Congrès du Parti décidant la création de la jeunesse communiste, engagea une fois de plus, les militants communistes à porter leurs efforts en direction de la jeunesse. Jean CAGNE aida au développement des organisations de jeunesse dans le départe­ment.

 

Jean savait montrer aux jeunes combien il était important qu'ils prennent eux-mêmes en main la défense de leurs intérêts en luttant pour leur avenir. Aucun problème de la jeunesse lui était indifférent et il s'insurgeait vertement contre les « ... ah... de mon temps... ! » et les « ... ah, cette jeunesse d'aujourd’hui... ! ». En septembre 1958, lors de la fête de la jeunesse à Jonage, les nervis avaient menacé de faire un mauvais coup.

 

Ils ne s'y frottèrent pas, mais ce fut le Commissaire de permanence entouré de dizaines de policiers, qui intervint, désirant visiblement gêner le déroulement de cette fête champêtre. Informé, jean intervenait sur les lieux même de la fête de la jeunesse, ceint de son écharpe de député. Ce fut la dernière fois qu'il l'utilisa... les jeunes s'en souvien­dront longtemps. Le même jour, 15 garçons et filles adhéraient à l'U.J.C.F. et à l'U.J.F.F.

 

L'HOMME QU'ÉTAIT JEAN CAGNE

Son rayonnement était tel, son activité si intense, son intérêt pour la chose publique si grand que lorsque la mort eut vaincu cet élu du Peuple, affluèrent de toutes parts, des témoignages de regret. La  Fédération des Oeuvres Laïques du Rhône, les syndi­cats ouvriers, des centaines d'organisations, de personnalités et de modestes amis, saluèrent le disparu comme un homme « ... sincère, dévoué, loyal, agissant, fidèlement attaché à son idéal... ».

 

L'ampleur et la profondeur de l'hommage rendu à jean CAGNE prouvent que le Peuple sait reconnaître les siens et que son oeuvre sera durable. Jamais on a vu tant de fleurs à un enterrement à Lyon, et tant de visages baignés de larmes. Mais ce sont les innombrables gestes de simples gens qui restent le gage le plus émouvant et le plus rassurant de la durée de son combat.

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L'essentiel est pour l'homme «.., de faire souche... » comme l'avait dit le grand savant JOLIOT-CURIE. Ceux qui, le jour de l'enterrement ont vu cette petite mémé de 83 ans, refusant de quitter la tombe, malgré la pluie, avant qu'elle n'ait été complètement recouverte, ne sont pas prêts de l'oublier, ainsi que ces fleurs constamment renouvelées, petits bouquets de violettes, quelques oeillets, quatre roses, cette gerbette accompagnée d'une lettre d'une croyante, espérant trouver jean « ... à la droite de Dieu, avec les justes... » et cet autre témoignage émouvant d'une maman lyonnaise signant le livre d'or avec ces mots :

 

 

 

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Quel plus bel hommage pouvait-on rendre à ce Communiste ardent, généreux.

Le corps de jean CAGNE était encore exposé à la Bourse du Travail, quand un travailleur bouleversé d'émotion se présentait à la Fédération et déclarait :«.., je viens faire mon adhésion à la promotion jean CAGNE... »

 

 

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