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Avertissement

Les « notes de bas de pages » ont été incorporer au corps du texte,

 elles sont de couleur verte

 

 

Avant –Propos

La Seconde Guerre mondiale (1939-1945) fut un événement capital dans l'Histoire de l'humanité. Elle laissa des traces profondes dans le destin de nombreux peuples. Ce fut une guerre entre deux coalitions, comprenant, chacune, un grand nombre de pays. Le théâtre des opérations s'étendait à presque toute l'Europe, à de vastes ter­ritoires d'Asie, à une grande partie de l'Afrique, des bassins du Pacifique et de l'Atlantique. La guerre causa d'innombrables souffrances à l'humanité, fit 50 mil­lions de victimes et anéantit nombre de valeurs matérielles et culturelles.

 

Le plus lourd fardeau de la lutte contre l'Allemagne nazie pesait sur l'Union so­viétique et ses forces firent essuyer, elles aussi, des pertes considérables aux Etats de l'Axe. En outre, les peuples des pays occupés prirent une part active à la lutte armée contre les agresseurs. Après leur libération de l'occupation étrangère, beau­coup de ces pays s'engagèrent dans la lutte armée contre l'Allemagne fasciste.

 

La participation de la Bulgarie à la guerre contre l'Allemagne hitlérienne (1944-1945)(cette guerre est connue sous le nom de « guerre patriotique » de 1944-1945) occupe une place particulière dans son histoire récente (A la suite de la victoire des force antifascistes bulgare, grâce à l’aide décisive de l’Armée Soviétique, le pouvoir populaire et démocratique fut instauré le 9 septembre 1944 et le gouvernement du Front de la Patrie fut constitué dans le pays).

 

Ce fut l'une des premières grandes  épreuves pour le nouveau pouvoir populaire et pour le peuple bulgare, le point culminant de sa longue lutte révolutionnaire contre le fascisme.

 

L'entrée de la Bulgarie dans la guerre contre l'Allemagne nazie fit logiquement suite à la lutte armée antifasciste qui fut engagée pendant l'été de 1941, sous la direction du Parti communiste bulgare. En effet, le 24 juin 1941, le Bureau politique du Comité central du parti prit la décision de procéder immédiatement à la préparation du peuple à la lutte armée contre les envahisseurs hitlériens et contre les monarchistes bulgares; cette décision eut une immense portée historique pour le destin du pays. Les travailleurs bulgares se joignirent au front commun antifasciste en Europe du Sud-Est, qui appuyait les opérations militaires des alliés sur les autres fronts durant la Seconde Guerre mondiale. Cette politique trouva son prolongement logique dans la décision catégorique, prise par le gouvernement du Front de la Patrie, de faire participer la Bulgarie à la guerre contre l'Allemagne nazie dès le 9 septembre 1944. On peut lire dans la proclamation du gouvernement au peuple: "Le Front de Patrie, oeuvre du peuple lui-même, joindra immédiatement toutes les forces tous les moyens aux efforts de l’Union Soviétique et de ses grans alliés pour chasser les Allemands des Balkans.

 

La participation de la Bulgarie à la guerre contre l’Allemagne fasciste en 1944-1945 fait partie intégrante de la Seconde Guerre Mondiale. C’est ce qui est indiqué aussi dans la lettre de George Dimitrov, l’illustre guide du peuple Bulgare, adressée au CC du PCB, où il formule le but politique de la guerre : «  Nous devons être conscients que l’avenir de notre pays dépendra avant tout de cette contribution réelle que nous apporterons maintenant, en tant que peuple et Etat, aux opérations militaires communes afin d’écraser le plus rapidement possible l'Allemagne fasciste, d'obtenir • plus tôt possible la victoire et d'instaurer une nouvelle paix juste et durable.".

 

Afin d'atteindre ce but, le gouvernement du Front de la Patrie et surtout le Haut Commandement et l'État-major général de l'armée, organes de la direction stratégique des forces armées, se voyaient confrontés à la tâche de mobiliser toutes les n ces du pays et de l'Armée populaire bulgare, en tenant compte des conditions politiques et économiques et de la situation militaire et stratégique, afin de prendre ne part active à la guerre jusqu'à la défaite totale des troupes nazies.

 

Il fallait exécuter cette tâche d'une importance vitale pour le pays et le peuple ans une situation intérieure et internationale extrêmement complexe et contradictoire . A la suite de la politique antipopulaire menée par le régime monarcho-fasciste renversé , la Bulgarie se trouvait isolée sur le plan international. Les milieux diri­geants des Etats-Unis, de Grande-Bretagne et les forces réactionnaires de Bulgarie s’opposaient à la participation de l'Armée populaire bulgare à la guerre aux côtés de la coalition antihitlérienne. Le pillage systématique du pays par les hitlériens avait acculé l'économie nationale à l'abîme. Le peuple était épuisé par les longues mobilisations de 1939 au 9 septembre 1944. L'armée était dispersée en de nombreux endroits pour exécuter des tâches qui n'étaient pas toujours bien vues par les travailleurs. Les troupes allemandes fascistes, massées sur notre frontière occidentale, se préparaient à envahir le pays. Par conséquent, pour défendre la liberté récemment conquise, l'indépendance nationale et l'intégrité territoriale de la Bulgarie, pour ré­pondre à la nécessité impérieuse pour le peuple bulgare de contribuer à la libération des peuples européens occupés, notre pays dut s'engager immédiatement dans la guerre contre l'Allemagne nazie. Malgré la ruine, toute l'énergie politique des orga­nisations révolutionnaires et démocratiques, des masses populaires et tout le potentiel économique de la Bulgarie devaient être mis au service de l'armée. Dans cette situation, le PCB et le gouvernement devaient fournir beaucoup d'efforts pour faire renaître l'économie, satisfaire les besoins les plus pressants du front et de l’arrière-garde. Il fallait, pour ce faire, mobiliser toutes les ressources intérieures et créer la meilleure organisation  possible de la vie économique.

 

 Le slogan, lancé par G. Dimitrov et devenu extrêmement populaire: « Tout pour le front, tout pour la victoire rapide et définitive sur le fascisme, les criminels et esclavagistes allemands » en est une synthèse éloquente.

 

Le   présent ouvrage, comptant six chapitres, se fonde sur un ouvrage du même titre, publié en quatre volumes, de 1981 à 1984. Les auteurs ont utilisé des documents d'archives et des sources littéraires qu'ils ont découverts et analysés.

 

La lutte armée de 1941 à 1944, organisée et dirigée par le PCB, se distinguait il particulièrement dans les longs combats que le peuple bulgare a livrés contre fascisme. Dans la Bulgarie alliée à l'Allemagne nazie, tout le pouvoir politique de l'État bourgeois se trouvait entre les mains d'un gouvernement "national".  L’agresseur étranger opprimait les masses et dépouillait le pays de ses richesses par intermédiaire de l'appareil administratif local. C'est la raison pour laquelle les contradictions entre le peuple et les forces de la réaction étrangère ne se manifestaient façon aussi visible que dans les pays occupés. La vérité sur l'évolution des événe­ments et sur leurs conséquences néfastes pour le pays parvenait plus difficilement plus lentement aux gens du peuple, ce qui réduisait considérablement la base so­ciale de la résistance antifasciste. L'élan de la lutte armée était également freiné par appareil étatique conservé et par l'armée et la police qui augmentaient progressive­ment leurs effectifs.

 

Malgré la situation intérieure difficile, les forces antifascistes, inspirées par les exploits glorieux du peuple soviétique et les succès de l'Armée so­viétique, propulsaient sans cesse le processus révolutionnaire, préparaient la victoire des forces progressistes et l'établissement du pouvoir démocratique populaire.

 

La participation de la Bulgarie à la guerre contre l'Allemagne nazie inaugurait une étape nouvelle dans la lutte du peuple contre le fascisme. C'était la seule voie le vers le renforcement et l'approfondissement des conquêtes révolutionnaires, le gage du développement du pays sur la voie de la paix, de la démocratie et du socialisme. Le caractère progressiste et libérateur de la guerre menée par la Bulgarie contre l'Allemagne fasciste se retrouve renforcé par le fait qu'elle faisait partie du front de libération de la Seconde Guerre mondiale et qu'elle était étroitement à la Grande Guerre patriotique de l'Union soviétique. C'est pourquoi il s'agit de la guerre la plus progressiste de l'histoire treize fois séculaire de la Bulgarie.

 

Dans notre ouvrage nous avons porté une attention particulière à la préparation politique, diplomatique et économique de la guerre. Nous avons examiné les activités multiples de PCB visant à former l'Armée populaire bulgare. Nous avons étudié l’état de celle-ci au début de la guerre (organes de direction, types de forces armées, différentes armées, états-majors, conceptions opérationnelles tactiques des combats et des opérations militaires).

 

En été 1944, l'Armée soviétique entreprit une série d'offensives décisives sur les 500 kilomètres du front soviéto-allemand. Le Haut Commandement anglo-amé­cain ouvrit un deuxième front, le 6 juin 1944, en faisant une descente dans le nord de la France. La lutte de libération des peuples opprimés prenait de plus en plus ampleur. Malgré la situation difficile dans laquelle se trouvaient les troupes fascis­te, les Balkans occupaient une place importante dans leurs plans. Les bases maritim­es et aériennes, installées dans la péninsule permettaient de contrôler la navigation et le trafic aérien dans la partie orientale de la Méditerranée. En outre, la péninsule balkanique fournissait des minerais importants pour l'industrie de guerre et des cé­réales. C'est la raison pour laquelle le Haut Commandement hitlérien maintenait d'importants effectifs. Afin de les défaire, de libérer la Serbie et d'empêcher l'enne­mi de se retrancher dans la partie sud de la péninsule balkanique, le Haut Comman­dement soviétique prépara, en septembre 1944, l'offensive de Belgrade qui serait effectuée par les armées soviétique, bulgare et yougoslave. Les opérations militaires menées par l'Armée populaire bulgare en Serbie méridionale, en Macédoine de Var­dar et à Kossovo seront traitées dans la partie concernant l'offensive de Belgrade. Nous accordons une attention particulière à l'interaction et aux résultats obtenus par les armées des trois pays frères.

 

Les opérations militaires de l'Armée populaire bulgare sur le territoire de la You­goslavie septentrionale, de la Hongrie méridionale et de l'Autriche du sud-est, connues sous l'appellation de "deuxième période de la Guerre patriotique", seront étudiées dans le chapitre des opérations de Budapest, Balaton et Vienne, menées par l'Armée soviétique. Nous donnerons un aperçu de la situation politique et mili­taire en Europe fin 1944 et début 1945.

 

L'ouvrage présente une analyse détaillée des actions conjointes de la Première Ar­mée bulgare avec les troupes du Troisième front ukrainien et celles de l'Armée popu­laire de Yougoslavie. Il met en relief l'assistance multilatérale que l'état-major du front accorda au commandement de nos troupes pour la réussite des opérations militaires.

 

Nous avons essayé d'analyser les facteurs qui ont conduit à l'issue victorieuse de la guerre patriotique: le rôle directeur du PCB; la force mobilisatrice du pouvoir démocra­tique populaire; le facteur économique; l'unité entre le front et l'arrière-garde; l'hé­roïsme des soldats et des travailleurs; le rôle décisif de l'Union soviétique dans la victoire.

 

Nous nous arrêtons aussi sur l'importance et les résultats de la Guerre patrioti­que, sur l'apport de la Bulgarie à la victoire sur l'Allemagne nazie, sur l'importance politique et morale de la guerre pour le peuple bulgare, ainsi que sur la reconnais­sance internationale de la Guerre patriotique de la Bulgarie.

 

La politique du gouvernement du Front de la Patrie qui visait à réunir toutes les forces antifascistes, démocratiques et patriotiques du peuple revêtait une importance historique pour la participation du peuple bulgare à la guerre contre l'Allemagne fasciste. C'était un apport réel de la Bulgarie nouvelle à la libération de la Yougosla­vie, de la Hongrie et de l'Autriche des conquérants nazis.

 

L'ouvrage comporte des photos et des cartes illustrant l'exposé des événements. Il contribue à l'éclaircissement de certains points. (les cartes seules ont été numérisé pour l’instant ,notes du CDRM)

 

En soulignant le rôle déterminant du peuple soviétique et de ses forces armées dans la victoire sur l'Allemagne fasciste, les auteurs ont mis l'accent, parallèlement, sur la lutte courageuse et la contribution du peuple bulgare et de l'Armée populaire bulgare à cette victoire.

L'expérience de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre patriotique menée par la Bulgarie a aujourd’hui aussi son importance. En effet, elle prouve que la sauvegarde de la        paix est une tache d’importance vitale pour tous les peuples et tous les Etats, que la lutte entre les forces de la paix et celles de la guerre demeure un facteur décisif de l’évolution internationale contemporaine.

 

Chapitre premier

LA LUTTE ANTIFASCISTE ARMEE EN BULGARE ENTRE 1941 ET 1944 ;

 

1. La Bulgarie dans les projets militaro-politiques des grandes puissances et la politique des gouvernements monarcho-fascistes

 

 

Nombreux sont les peuples qui ont enduré les souffrances de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). Le peuple bulgare n'a pas été épargné à cet égard. Vers le milieu des années 30, se formèrent les deux blocs impérialistes. Le bloc des Etats impérialistes agressifs comprenait l'Allemagne nazie, l'Italie fasciste et le Japon mi­litariste. Leur alliance devint le fer de lance de la réaction impérialiste mondiale  dans la lutte contre le premier pays socialiste, contre le mouvement révolutionnaire mondial des ouvriers et les autres forces progressistes et antifascistes. Cependant la politique agressive de ces trois pays menaçait les marchés et les sphères d'influence de la Grande-Bretagne, de la France et des Etats-Unis d'Amérique qui, de leur côté, cherchaient à maintenir, aussi bien qu'à renforcer leurs positions dans les différentes région du monde.

 

Pendant ce temps, sur un sixième du globe, se développait et se stabilisait le pre­mier pays socialiste – l'Union soviétique. Les forces les plus réactionnaires des deux blocs se préparaient fiévreusement à lutter contre ce pays.

 

Vers la fin des années 30, l'Allemagne et l'Italie commencèrent à mettre en oeu­vre leur politique d'expansion, encouragées par la France et la Grande-Bretagne. Ces quatre pays signèrent, fin septembre 1938, les honteux accords de Munich, aux termes desquels l'Allemagne obtenait le droit d'annexer les Sudètes et d'autres ter­ritoires frontaliers de la Tchécoslovaquie. En mars de l'année suivante, la Wehr­macht s'emparait de toute la Tchécoslovaquie et en avril, l'Italie occupait l' Albanie.

 

Au moment dramatique où la guerre éclatait, seule l'Union soviétique insistait insistait pour qu'on opposât une résistance décisive aux agresseurs. Lors des négociations entamées, au printemps de 1939, avec la Grande-Bretagne et la France, l'URSS dé­ploya de nombreux efforts pour que fût signé un pacte politique et militaire contre l'agression fasciste. Cependant, les milieux dirigeants de la Grande-Bretagne et de la France poursuivirent leur politique visant à pousser l'agression hitlérienne à l'Est, vers l’URSS.

 

Dans ces conditions, le gouvernement soviétique se vit obligé d'accepter le pacte de non-agression que lui proposait l'Allemagne. Il fut signé en août 1939, ce qui assura au pays des Soviets presque deux ans de répit qu'il employa à renforcer son potentiel défensif.

 

Quand le danger d'une Seconde Guerre mondiale commença à planer sur l'Europe,celle-ci devait compter avec la « poudrière » du vieux continent: la péninsule balkanique. Dans cette importante région stratégique où s'entremêlaient les intérêts des 2 blocs impérialistes, la situation géographique de la Bulgarie comme la point clé posa devant ses milieux dirigeants des problèmes complexes. La gravité de ces problèmes se trouvait en outre exacerber par le destin tragique du peuple bulgare n'avait pas encore réalisé son unification nationale.

 

Quelques mois à peine après de Libération russo-turque qui fit renaître des cendres la Bulgarie nouvelle dans ses frontières ethniques, les grande. puissances convoquèrent le Congrès de Berlin qui démembra la Bulgarie en trois parties : La Principauté de Bulgarie (Bulgarie du Nord et le sandjak de Sofia), la Roumélie orientale (Bulgarie du Sud) qui restait vassale du sultan, et les territoires demeurant dans les frontières de l'Empire roman (la Macédoine et la Thrace, c’est à dire la Bulgarie du Sud-Ouest et des régions de la Bulgarie du Sud et du Sud).

 

Le 6 septembre 1885, la principauté de Bulgarie et la Roumélie orientale s'unifièrent. Cet acte progressiste était en contradiction avec la politique d'hégémonie, menée par la bourgeoisie serbe dans les Balkans, avec les intérêts de l'Autriche-Hon­grie et de certaines autres puissances occidentales, ce qui eut pour effet d'aboutir à Guerre serbo-bulgare. Cependant, la Jeune armée bulgare mit rapidement en dé­ute les troupes serbes ayant fait irruption en Bulgarie.

 

L'unification du peuple bulgare ne put être réalisée jusqu'au bout par la voie de lutte de libération nationale de la population opprimée. Cela contraignit les milieux dirigeants bulgares à résoudre ce problème par la guerre. Les Guerres balkaniques ( note : Le  refus du gouvernement turc d'octroyer l'autonomie à la Macédoine et à la région andrinopolitaine s'avéra être le casus belli de la Guerre balkanique. Le 26 septembre 1912, le Monténégro attaqua la Tur­c. Les autres alliés – la Bulgarie, la Grèce et la Serbie déclarèrent la guerre à la Turquie le 5 octobre. Les armées bulgares qui opéraient sur le théâtre principal des hostilités -- la Thrace – remportèrent des victoires, qui les couvrirent de gloire, sur le gros des forces turques et atteignirent Çatalca, à 40 km d'Istanbul. Les autres alliés remportèrent, eux aussi, des victoires en Macédoine et en Albanie. Le 17 mai 3 fut signé le Traité de paix de Londres, aux termes duquel la Turquie devait céder aux vainqueurs les terres à l'Ouest de la ligne Midye-Enez et les îles de la mer Egée. Après la Guerre balkanique les rapports entre les alliés prirent une mauvaise tournure. La  Serbie et la Grèce s'approprièrent des noires peuplés de Bulgares. Elles exacerbèrent sciemment leurs contradictions avec la Bulgarie, ce fit éclater la Guerre inter-allier (les 16 juin-18 juillet 1913), une guerre entre la Bulgarie et ses ex-alliés: la Serbie, la Grèce et le Monténégro. le 27 juin 1913, la Roumanie déclara la guerre à la Bulgarie 30 juin, l'armée turque s’empara des territoires bulgares en Thrace méridionale, aux  termes du Traité de Paix de Bucarest (28 juillet 1913), la Serbie et la Grèce s’emparèrent d’une plus grande partie des terres bulgares en Macédoine, et la Roumanie s’empara de Dobroudja du Sud) (1912-1913) et la Première Guerre mondiale acculèrent la Bulgarie à deux catastro­phes nationales. Cette voie d'unification nationale n'amena que la libération d'une infime partie de la Macédoine, alors que la Grèce, la Roumanie et la Serbie s'appro­prièrent respectivement la Macédoine égéenne et la Thrace occidentale; la Macé­doine de Vardar et ses confins occidentaux; la Dobroudja méridionale.

 

La nécessité de résoudre la question nationale influença fortement la politique extérieure de la Bulgarie à lit veille et pendant la Seconde Guerre mondiale. La bour­geoisie bulgare en tant que classe dirigeante de la société, ne pouvait renoncer à sa mission historique d'unifier la Patrie, mais l'expérience amère des deux catastrophes nationales exigeait une extrême prudence dans sa politique étrangère, la recherche de voies politiques pour réviser les traités de paix iniques et malhonnêtes.

 

Durant cette période, la bourgeoisie bulgare au pouvoir fit maintes tentatives de gagner la sympathie des gardiens du Statu quo de Versailles: l'Angleterre et la Fran­ce, en leur certifiant avoir tiré les leçons nécessaires du passé. Mais ces deux pays s'étaient trop engagés dans la protection de leurs alliés balkaniques de la Première guerre mondiale – la Yougoslavie, la Grèce et la Roumanie, qui de leur côté, main­tenaient immuablement leurs positions anti-bulgares.

 

Dans l'entre-deux-guerres, la Bulgarie était entourée de méfiance et d'hostilité, elle se trouvait isolée et sans défense, exposée à des discriminations et humiliations. Les  milieux dirigeants bulgares considéraient les décisions de Munich comme un bon prétexte pour exprimer plus ouvertement leurs prétentions à une "révision pa­cifique".

 

Le premier septembre 1939, la machine de guerre de l'Allemagne nazie s'abattit sur la Pologne. Pour l'Angleterre et la France, qui étaient ses garants, il n'y avait pas d'autre alternative que de déclarer la guerre à l'Allemagne. Le monde plongea dans les flammes de la Seconde Guerre mondiale.

 

Le pacte de non-agression signé entre l'URSS et l'Allemagne gênait les projets des Etats occidentaux. Ils s'orientèrent vers le renforcement de leur influence dans la péninsule balkanique, et, par là, dans toute l'Europe Centrale et du Sud-Est. Au début de 1940, la Grande-Bretagne et la France s'orientèrent nettement vers une politique antiallemande et antisoviétique dans les Balkans. Elle prévoyait d'occuper la Bulgarie avec l'assistance de la Turquie et de la Grèce et de la liquider en tant qu’Etat indépendant. Mais au printemps 1940, l'Allemagne écrasa la France et fit essuyer une lourde défaite à l'Angleterre à Dunkerque. Le plan militaire-stratégique anglo-français dirigé contre la Bulgarie, ne put être réalisé.

 

En automne 1940, le théâtre des opérations militaires se déplaçait au Sud-Est. L’Allemagne consolida sa domination sur la majeure partie de l'Europe. L'Italie se battait déjà à ses côtés. Privée de ses alliés du continent, la Grande-Bretagne fut exposée à de violentes attaques aériennes. Le pacte tripartite, signé le 27 septembre 1940, par les ministres des affaires étrangères de l'Allemagne, de l'Italie et du Japon, constitua définitivement la sinistre coalition agressive qui briguait l'hégémonie mondiale.

 

Les succès militaires de l'Allemagne nazie renforcèrent et élargirent ses positions dans les  Balkans. L'influence de ses adversaires baissa nettement. L'Entente balkanique (la Yougoslavie, la Turquie, la Roumanie et la Grèce) liée au bloc anglo-français se désintégra.

 

En Roumanie eut lieu un regroupement des forces au profit de bourgeoisie pro-allemande. La Turquie se résignait de plus en plus à l'égard de l'Allemagne et de l'Italie. La politique de la Yougoslavie, jusque-là pro-anglaise, se réorientait progressivement vers l'Allemagne. De cette manière les grands succès dr l'Allemagne nazie dans la Guerre lui permirent de dominer totalement les pays de l'Europe du Sud-Est.

 

Après le 1er septembre 1939, les milieux dirigeant bulgares conçurent leurs pro­jets politiques en se fondant sur l'espoir d'une victoire rapide de l'Allemagne et d'une révision des traités de paix. Bien qu'observant la neutralité déclarée, les milieux di­rigeants bulgares commencèrent à estimer que les problèmes territoriaux pouvaient êt?e résolus par un rapprochement plus grand avec l'Allemagne.

 

Vers le début de 1940, naquit une tendance pro-germanique qui se fit sentir de plus en plus fort sur la scène politique bulgare. Cela ne liait pas directement la Bulgarie avec l'Allemagne, mais pouvait jouer un rôle décisif dans certaines circonstances de la politique extérieure.

 

Le 16 février 1940, le gouvernement de Bogdan Filov vint au pouvoir. Le premier ministre Filov déclara que la politique étrangère ne changerait pas d'orientation, mais en fait il ne s'agissait que d'une manoeuvre temporaire. Filov était très com­mode pour la bourgeoisie monarcho-fasciste, déjà prête à s'orienter vers l'Allema­gne. Le nouveau gouvernement estimait le moment propice, après les changements survenus en Europe, de remettre en question la reprise de la Dobroudja du Sud à la Bulgarie. Le gouvernement soviétique déclara qu'il considérait les revendications bulgares comme bien fondées et qu'il les appuierait à une conférence future. L'Union soviétique jugeait, comme au début de la guerre, qu'il serait dans l'intérêt de la paix de rendre la Dobroudja méridionale à la Bulgarie. La position nettement exprimée de l'URSS obligea les nazis à soutenir les revendications bulgares vis-à-vis de la Roumanie. Aux termes de l'accord bulgaro-roumain, signé le 7 septembre 1940, à Craiova, la Roumanie rendait à la Bulgarie ces territoires. Ainsi les condi­tions favo?ables furent créées pour intensifier la propagande pro-allemande officielle en Bulgarie, mais cela ne signifiait pas encore que le pays était prêt à conclure une alliance politique et militaire avec l'Allemagne. Tout au contraire, la pression diplomatique allemande visant à s'assurer le soutien des Balkans dans la guerre immédiate contre l'URSS, se heurta à des difficultés à Sofia. Le gouvernement bulgare avait adopté une politique de louvoiements dont le but était de gagner du temps et de permettre à la Bulgarie de s'orienter vers ceux qui, après la guerre, "organiserait le monde" .

 

En  automne 1940, les nuages s'amoncelaient dans le firmament de la Bulgarie. Vers le mi-octobre, Sofia s'avéra être le centre d'une activité internationale extrêmement effervescente. Le 14 octobre, le ministre plénipotentiaire britannique, Ran­dall, remit au roi Boris III un message du roi d'Angleterre. Outre la déclaration que l'Angleterre loin de soutenir inconditionnellement le statu quo, était favorable à un accord de paix entre les peuples, le message contenait un clair avertissement que, en cas de complications, la Bulgarie se retrouverait dans le théâtre des opérations militaires.

 

Le message du roi d'Angleterre ne tarda pas à être suivi par une pression diplo­matique de la part du Reich. Le 16 octobre le ministre plénipotentiaire allemand à Sofia Reichtoffen se rendit chez le ministre des Affaires étrangères de la Bulgarie pour le mettre au courant du télégramme envoyé par Ribbentrop où l'on proposai d'inclure la Bulgarie dans le Pacte Tripartite. Le gouvernement bulgare déclina cette proposition tout en essayant de trouver un compromis entre le désir de la Bulgarie de rester neutre et son aspiration à satisfaire, avec l'aide de l'Allemagne, ses revendications territoriales.

 

La neutralité bulgare gênait aussi les projets ambitieux de l'Italie fasciste quand aux Balkans. Les préparatifs des opérations militaires contre la Grèce incitaient le meneurs fascistes italiens à promettre généreusement la reconnaissance des droite incontestables de la Bulgarie sur la Thrace occidentale et la Macédoine, aussi bien qu'à exercer une pression, par leurs déclarations, laissant comprendre que c'était  l'unique possibilité pour la Bulgarie de réaliser son unification. L'invitation, exprimée, à Sofia, par l'envoyé personnel de Mussolini, à savoir que la Bulgarie devait participer à l'agression italienne dans les Balkans, fut catégoriquement rejetée.

 

Le seul soutien que la Bulgarie pouvait obtenir contre les visées impérialiste; était celui d'un allié puissant et désintéressé. Le 19 octobre 1940, le commissaire populaire des Affaires étrangères de l'URSS, V. Molotov, proposa au gouvernement bulgare la signature d'un pacte de garanties entre la Bulgarie et l'URSS. La proposition fut rejetée par les milieux dirigeants de Sofia. Quelques jours plus tard, vin une autre proposition soviétique relative à la signature d'un pacte bilatéral d'entraide L'Union soviétique proposait à la Bulgarie une aide multiple, y compris militaire en cas d'agression ou de menace d'agression, mais sans plus de succès. La bourgeoisie bulgare fascisante craignait que le rapprochement avec l'URSS n'aboutisse à la démocratisation du pays, ce qui pouvait menacer son pouvoir. L'opposition bourgeoise non-fasciste n'était pas d'un avis suivi et unanime au sujet de la proposition soviétique. La seule force politique qui la soutint, fut le PCB. Ses membres et adeptes organisèrent un vaste mouvement social en faveur de la signature d'un Train d'assistance mutuelle. Les travailleurs firent preuve d'une grande maturité et prirent la défense des intérêts nationaux, persuadés que l'initiative soviétique était "une main tendue pour apporter le soutien au peuple slave frère en ces journées trouble de la Bulgarie". On étudiait la proposition du gouvernement soviétique à des réunions dans les villes et les villages.

 

D'après des données incomplètes, à l'Assemblés nationale furent adressées 34 000 lettres de protestation, télégrammes et résolution signées par environ 1 500 000 citoyens. Toutes les luttes et les actes de protestation de cette période, et surtout "l'Action Sobolev", prouvèrent que les masses populaires ne soutenaient pas la politique des milieux monarcho-fascistes dirigeants,  qu'elles désiraient la démocratie, la paix et l'amitié avec l'URSS.

 

Entre temps, l'Allemagne nazie profita de l'ouverture des négociations germano yougoslaves en novembre 1940 pour faire monter les craintes de la diplomatie bulgare de voir, au cas où la Yougoslavie se joindrait au Pacte tripartite, les intérêt bulgares passer au second plan.

 

 

Le 17 novembre 1940 le roi Boris III partit pour la résidence d'Hitler à Berchtes­gaden. Le roi déclina la proposition de faire adhérer le pays au Pacte tripartite en motivant cette position par la préparation militaire insuffisante de la Bulgarie et par là les éventuelles complications qui pourraient survenir avec les Etats voisins et avec l'URSS. En même temps, il comprit bien qu'au printemps de 1941, les armées hitlé­riennes occuperaient les Balkans et qu'il ne disposerait que de 2 ou 3 mois pour décider de l'attitude qu'il devrait adopter vis-à-vis des envahisseurs: les considérer comme des adversaires ou comme des amis.

 

Au début de 1941, le gouvernement des Etats-Unis commença à porter de l'inté­rêt pour la péninsule balkanique. A la veille de l'invasion allemande dans cette ré­gion, Roosevelt dépêcha en mission spéciale dans les capitales balkaniques, son en­voyé personnel, le colonel W.Donovan, qui fut chargé de s'entretenir avec les chefs d'Etats et de les convaincre de la nécessité de la création d'un "front balkanique neutre". La mission de Donovan se solda par un échec, mais elle prouva que le gou­vernement américain se proposait, lui aussi, des objectifs dans les Balkans, visant une politique ultérieure plus active dans cette région.

 

Au début de janvier 1941, B. Filov se rendit au Reich et s'entretint avec Hitler et Ribbentrop. Il avait décidé de ne pas s'opposer à leurs propositions d'allier la Bulgarie à l'Allemagne, afin de ne pas laisser passer la faible possibilité d'une révi­sion du statu quo territorial. De retour à Sofia, le premier ministre rapporta au roi que le gouvernement "n'avait pas d'autre issue" que celle de s'en tenir aux conseils des Allemands et de signer le pacte tripartite. Le 20 janvier le Conseil des ministres décida que le pays n'était pas en mesure de s'opposer à un éventuel passage des troupes allemandes, et que le pacte bon gré mal gré devait être signé. Le premier mars 1941, Filov signa à Vienne, au moment ou une armée allemande de 600 000 soldats entrait de Roumanie en Bulgarie, le protocole sur l'adhésion de la Bulgarie au Pacte tripartite.

 

La Bulgarie devint de fait un satellite de l'Allemagne nazie. Cet acte était en contradiction avec le désir catégorique du peuple bulgare de signer un pacte d'entraide avec l'URSS.

 

Après le 1er mars 1941, la Bulgarie se trouva dans un isolement international considérable. Son destin dépendait dorénavant du Pacte tripartite, et plus spécialement de l'Allemagne. Il est vrai que le gouvernement bulgare refusa d'envoyer des forces armées dans les opérations militaires contre la Yougoslavie et la Grèce, mais son territoire devint une base militaire de l'invasion nazie contre ces pays. Après la capitulation de ces derniers, un pouvoir militaire et administratif bulgare fut instauré en Macédoine de Vardar et dans la région égéenne avec l'accord de l'Allemagne. Mais l'Allemagne ne reconnaissait pas ces territoires comme étant définitivement annexés à la Bulgarie. Cette situation floue fut mise au profit par le Reich en tant que moyen de lier encore plus notre pays au Pacte tripartite.

 

Après l'invasion par l'Allemagne nazie de l'URSS, le 22 juin 1941, la Bulgarie en tant que satellite allemand, fut placée dans une situation particulièrement délicate. A la différence des autres pays satellites, la Bulgarie ne déclara pas la guerre .1 l'Union soviétique et maintint ses relations diplomatiques avec elle. Mais parallèlement les déclarations officielles du gouvernement soulignaient que la politique ex­térieure bulgare obéissait uniquement aux "intérêts nationaux". Or ces derniers "coïncidaient" avec les "aspirations politiques" de l'Allemagne. Le 3 novembre 1941. Le gouvernement décida de rattacher la Bulgarie au Pacte antikomintern. Et le 13 décembre 1941, sans aucun motif fondé, il déclara la guerre à la Grande-Bre­tagne et aux Etats-Unis. Ainsi notre pays fut définitivement entraîné dans le conflit mondial et lié à la stratégie balkanique de l'Allemagne nazie. Le gouvernement de B. Filov accepta aussi la demande du Reich, émise le 24 décembre 1941, d'envoyer en Serbie trois divisions bulgares pour remplacer les armées d'occupation nazies.

 

Jusqu'au début de 1943, le gouvernement du III Reich réalisa son programme visant le rattachement de la Bulgarie au bloc fasciste et l'emploi d'une partie de l'armée bulgare à la mise en oeuvre de ses projets stratégiques dans les Balkans. La cour et le gouvernement à Sofia tâchaient de collaborer à la politique nazie dans la mesure Où les intérêts fondamentaux de la dynastie n'en souffriraient pas. Ils parvin­rent même à obtenir deux résultats positifs: primo, l'armée bulgare ne participa pas nu offensives contre la Grèce et la Yougoslavie, et, secondo, les relations diploma­tiques furent maintenues. La période d'avril 1941 à février 1943 se caractérisa par un équilibre relatif des rapports bulgaro-allemands.

 

Après la défaite écrasante infligée aux armées nazies et à leurs alliés à Stalingrad par l'Armée rouge, le bloc fasciste vécut une crise profonde. Alors que l'Allemagne nazie se préparait à une guerre totale, ses satellites commencèrent à chercher le moyen de sortir de la guerre et de signer un traité de paix séparé. Ils tentèrent d'éta­blir des contacts avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne bien qu'ils ne parvenaient encore à se soustraire à leurs obligations vis-à-vis du Reich.

 

L'offensive victorieuse de l'Armée rouge et la sortie de l'Italie fasciste de la guerre seme le trouble et la confusion au sein des dirigeants de la Bulgarie. Après la mort roi Boris III (le 28 août 1943) la Bulgarie fut paralysée par une profonde crise politique et administrative. La gestion de l'Etat fut confiée à un conseil de régents et à un nouveau gouvernement.

 

Aptes la bataille de Stalingrad, le nouveau gouvernement conserva, vis-à-vis du une même position générale. Néanmoins il commença à s'orienter, bien qu’avec beaucoup de précaution, vers une autre politique: la réduction des engagement envers l'Allemagne nazie. Dans le même temps, les dirigeants monarcho-fa­sciste bulgares concevaient leurs projets avec la conviction que le Reich n'avait pas encore perdu la guerre et avec l'espoir qu'il conclurait un traité de paix séparé avec Grande-Bretagne et les Etats-Unis.

 

Aussi sans avoir l'intention de rompre avec l’Allemagne, commencèrent-ils à analyser l'attitude de ces deux puissances occidentales envers la Bulgarie.

 

Les contacts établis avec les Anglais et les Américains en 1943 furent maintenus en 1944. Les milieux dirigeants anglo-américains adressèrent à la Bulgarie un ultima­tum exigeant que celle-ci rompît ses engagements avec l'Allemagne et sortît du pac­te; qu'elle retirât ses armées des territoires qui, avant le début d'avril 1941, apparte­naient à la Yougoslavie et à la Grèce, et qu'elle capitulât. Par ailleurs, ils ne se dé­cidaient pas à négocier avec les politiciens bulgares à l'insu de l'URSS.

 

Comme ils ne réussirent pas à s'accorder avec les Etats occidentaux au profit de leur cause, les dirigeants bulgares entreprirent une nouvelle manoeuvre. Par l'inter­médiaire de représentants de l'opposition bourgeoise, ils tentèrent de connaître l'opinion de l'Union soviétique sur les conditions de capitulation, posées par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, et de s'assurer son intercession en vue du maintien de « l'unification », comptant sur la "rivalité" entre les alliés. Dans plusieurs notes, de janvier à mai 1944, l'Union soviétique dénonçait les dirigeants monarcho-fascistes bulgares. Elle les accusait de poursuivre activement leur collaboration avec les nazis tout en prétextant leur neutralité. Il y eut une brusque détérioration des relations diplomatiques avec l'URSS. Les notes soviétiques provoquèrent ainsi une crise gou­vernementale.

 

Le 1er juin 1944, la Bulgarie changea de gouvernement. Le nouveau gouverne­ment monarcho-fasciste fut présidé par Ivan Bagrianov. Le dessein principal de la politique extérieure du nouveau cabinet était le maintien des relations avec l'Alle­magne et l'amélioration des rapports avec l'URSS. Le désir du gouvernement de Bagrianov de gagner la confiance de l'URSS n'était étayé en réalité que par des déclarations creuses car le seul but était de gagner du temps. Dans ses relations avec l'Allemagne, Bagrianov commença à se dédire de certains engagements antérieure­ment pris. En ce qui concerne les Etats occidentaux, le gouvernement de Bagrianov n'entreprit jusqu'à la fin de juillet 1944, rien qui dépassât le cadre des contacts établis en 1943, et ne leur attribuait pas une importance primordiale. Il évitait de prendre quelque engagement que ce soit pouvant contraindre la Bulgarie à sortir de la guerre. Il espérait toujours avancer des prétentions comme une condition à d'éventuelles négociations.

 

Certains événements, survenus dans la seconde moitié de juillet, entraînèrent des changements dans la politique étrangère de la Bulgarie. L'ouverture du Deuxième front dissipa les illusions des milieux dirigeants quant à la signature d'un éventuel traité de paix séparé entre l'Allemagne d'une part et la Grande-Bretagne et les Etats-Unis de l'autre. Durant des mois d'été fort troubles, les diplomates bulgares envoy­èrent rapport après rapport confirmant l'intensification des tendances de la Hongrie et de la Roumanie à se détacher de l'Allemagne. Il devenait clair que les monarcho­-fascistes bulgares ne pouvaient plus compter sur une aide militaire et politique de la part du Reich. Ils ne pensaient plus à la question nationale s'évertuant dorénavant à trouver de nouveaux protecteurs, en l'occurrence la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, et, avec leur aide, empêcher la pénétration des armées soviétiques en Bulgarie, se maintenir au pouvoir et prévenir l'insurrection populaire. Le 22 juillet 1944, le gouvernement chargea l'ex-président de l'Assemblée nationale, Stoïtcho Mochanov, de partir pour la Turquie, d'entrer en contact avec les représentants de la Gran­de-Bretagne et des Etats-Unis et d'examiner les conditions suivant lesquelles la Bul­garie pourrait sortir de la guerre qu'elle leur avait déclarée en 1941. La mission de Mochanov signifiait en fait une réorientation des monarcho-fascistes bulgares dans lit politique extérieure. Sans rompre avec l'Allemagne nazie, ils s'en distanciaient de plus en plus et n'attendaient plus l'approbation de Berlin pour lancer la moindre les entreprises.

 

La tendance du gouvernement de Bagrianov de faire sortir le pays de la guerre
par l'intermédiaire de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis n'était pas une surprise pour les alliés. Déjà en mars 1944, le gouvernement des Etats-Unis avait été confronté a un grave problème: comment accélérer la sortie de la Bulgarie de la guerre?

 

Il prit l'initiative de discuter avec les Britanniques le problème du sort futur de la Bulgarie. Ce problème était à la base des aspirations des Américains à parvenir à l'hégémonie mondiale après la guerre. Le gouvernement des Etats-Unis établit les
conditions
concrètes à la capitulation de la Bulgarie devant les Etats-Unis et l'Angleterre.

 

Début août 1944, l'attitude des Etats occidentaux envers le gouvernement de Bagrianov avait considérablement changé. Ils espéraient, par son intermédiaire, provoquer un changement dans la politique bulgare afin de prévenir l'entrée de l' Armée rouge dans les Balkans. entre temps, le département d'Etat des Etats-Unis, l'accord de Londres, fit comprendre au gouvernement bulgare leur volonté d’ouvrir un dialogue. Le 15 août 1944, S. Mochanov partit pour Ankara. Mais les premiers espoirs de parvenir à un accord rapide se heurtèrent à une certaine réserve 1.i part de l'Angleterre et des Etats-Unis, qui quelque intéressés qu'ils fussent contacts avec le gouvernement bulgare, ne se hâtaient pas de trancher cette quest­ion. De toute évidence, ils devaient compter avec l'attitude de l'URSS.

 

Malgré leur défaite certaine, les nazis ne comptaient pas de leur plein gré quitter. la Bulgarie. Berlin pensait pouvoir retenir la Bulgarie dans le pacte, bien que provisoirement, par un coup d'Etat. On prévoyait d'y faire participer les partisans de  Mikhaïlov et les unions nationalistes fascistes de l'opposition (la "Légion", "Ratnik »,etc. ») avec le soutien militaire de la Wehrmacht. La légation allemande à Sofia devint le centre des préparatifs du coup d'Etat. Fin août, les nazis se rendirent compte qu'ils avaient plus les forces nécessaires pour réaliser leurs desseins. C'est pourquoi le 28 Août l’ambassadeur du Reich, Beckerle, exerça une pression sur les régents afin de les contraindre à passer le pouvoir à A.Tsankov, chef d'une partie des forces fascistes  non gouvernementales dans le pays, mais ils refusèrent. Dans ces conditions, la légation allemande tenta une autre variante: les nazis allaient se charger de créer une base pour instituer un contre-gouvernement bulgare en Macédoine de Vardar laquelle devrait lancer une offensive avec le soutien des forces de la Wehrmacht concentrées dans cette région.

 

L'écrasement des troupes hitlériennes dans la région de Jassy-Kichinev ouvrit la voie à l'Armée soviétique vers la Bulgarie et déjoua ainsi les plans des nazis ainsi que ceux de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis à l'égard de notre pays. Ce qui contraignit les milieux dirigeants des Etats-Unis et de l'Angleterre à accepter l'éven­tualité de négociations pour faire sortir la Bulgarie de la guerre, afin de prévenir l'entrée des troupes soviétiques dans le pays. Le 28 août 1944, un télégramme d'An­kara parvint à Sofia où l'on insistait, au nom des milieux dirigeants d'Angleterre, pour le départ d'urgence au Caire de S. Mouchanov qui était rentré à Sofia pour des instructions supplémentaires.

 

Afin de sauvegarder leur pouvoir, les milieux dirigeants bulgares s'évertuaient, eux-aussi, à prévenir l'entrée de l'Armée rouge en Bulgarie. Ils cherchaient de cette manière à écraser l'insurrection populaire qui se préparait dans tout le pays. Toutes les questions ne pouvaient être réglées par le gouvernement de Bagrianov, déjà com­promis. Les régents cherchèrent un soutien dans les milieux bourgeois, orientés vers les pays occidentaux. Ils chargèrent un de leurs représentants Constantin Moura­viev, du Parti agrarien bulgare "Vrabtcha" de former un gouvernement. L'entrée en fonction du gouvernement fut annoncée par un arrêté des régents du 2 septembre 1944. Avec ce nouveau cabinet, la Bulgarie réadoptait les mêmes positions qu'elle occupait au 1er mars 1941. Il ne se rendait pas compte que, par la faute des gouver­nements précédents, le pays avait été un satellite de l'Allemagne nazie et que cela ne pouvait être racheté qu'au prix d'une participation active à la guerre, cette fois pour la défaite de l'Allemagne.

 

La position de neutralité, annoncée trop tard par le gouvernement de Mouraviev, était conçue conformément aux recommandations de l'ambassadeur anglais en Tur­quie Hugheson. A la veille de la déclaration du gouvernement de Mouraviev, l'atta­ché militaire bulgare en Turquie, envoya le télégramme suivant: "Les Anglais et les Américains sont déjà plus enclins à attirer la Bulgarie à leurs côtés au cas où l'éven­tuel nouveau gouvernement tendrait à gagner du temps en arrêtant, par voie politi­que, les Russes à notre frontière Nord."

 

Les négociations amorcées le 1er septembre au Caire en vue d'un armistice avec les Anglais et les Américains se poursuivaient. Les dirigeants à Sofia ne hâtaient pas la conclusion de cet armistice avec l'Angleterre et les Etats-Unis. Ils voulaient ainsi se décharger de la responsabilité vis-à-vis du peuple des pénibles conditions imposées. Après l'Opération de Jassy-Kichinev, les Anglais et les Américains ne se pressaient pas, eux non plus, de signer l'armistice. Leurs diplomates soulignaient qu'à ce moment là, il était plus important de faire rompre la Bulgarie avec l'Alle­magne que de conclure l'armistice, ce qui allait être dans l'intérêt de la Bulgarie et les Etats-Unis. La démission du gouvernement de Bagrianov entraîna la suspension les négociations. Elles ne furent pas reprises le 6 septembre, le délégué anglais les ayant déclarées interrompues.

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