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Avant –Propos
La Seconde Guerre mondiale (1939-1945) fut un événement capital dans l'Histoire de l'humanité. Elle laissa des traces profondes dans le destin de nombreux peuples. Ce fut une guerre entre deux coalitions, comprenant, chacune, un grand nombre de pays. Le théâtre des opérations s'étendait à presque toute l'Europe, à de vastes territoires d'Asie, à une grande partie de l'Afrique, des bassins du Pacifique et de l'Atlantique. La guerre causa d'innombrables souffrances à l'humanité, fit 50 millions de victimes et anéantit nombre de valeurs matérielles et culturelles.
Le plus lourd fardeau de la lutte contre l'Allemagne nazie pesait sur l'Union soviétique et ses forces firent essuyer, elles aussi, des pertes considérables aux Etats de l'Axe. En outre, les peuples des pays occupés prirent une part active à la lutte armée contre les agresseurs. Après leur libération de l'occupation étrangère, beaucoup de ces pays s'engagèrent dans la lutte armée contre l'Allemagne fasciste.
La participation de la Bulgarie à la guerre contre l'Allemagne hitlérienne (1944-1945)(cette guerre est connue sous le nom de « guerre patriotique » de 1944-1945) occupe une place particulière dans son histoire récente (A la suite de la victoire des force antifascistes bulgare, grâce à l’aide décisive de l’Armée Soviétique, le pouvoir populaire et démocratique fut instauré le 9 septembre 1944 et le gouvernement du Front de la Patrie fut constitué dans le pays).
Ce fut l'une des premières grandes épreuves pour le nouveau pouvoir populaire et pour le peuple bulgare, le point culminant de sa longue lutte révolutionnaire contre le fascisme.
L'entrée de la Bulgarie dans la guerre contre l'Allemagne nazie fit logiquement suite à la lutte armée antifasciste qui fut engagée pendant l'été de 1941, sous la direction du Parti communiste bulgare. En effet, le 24 juin 1941, le Bureau politique du Comité central du parti prit la décision de procéder immédiatement à la préparation du peuple à la lutte armée contre les envahisseurs hitlériens et contre les monarchistes bulgares; cette décision eut une immense portée historique pour le destin du pays. Les travailleurs bulgares se joignirent au front commun antifasciste en Europe du Sud-Est, qui appuyait les opérations militaires des alliés sur les autres fronts durant la Seconde Guerre mondiale. Cette politique trouva son prolongement logique dans la décision catégorique, prise par le gouvernement du Front de la Patrie, de faire participer la Bulgarie à la guerre contre l'Allemagne nazie dès le 9 septembre 1944. On peut lire dans la proclamation du gouvernement au peuple: "Le Front de Patrie, oeuvre du peuple lui-même, joindra immédiatement toutes les forces tous les moyens aux efforts de l’Union Soviétique et de ses grans alliés pour chasser les Allemands des Balkans.
La participation de la Bulgarie à la guerre contre l’Allemagne fasciste en 1944-1945 fait partie intégrante de la Seconde Guerre Mondiale. C’est ce qui est indiqué aussi dans la lettre de George Dimitrov, l’illustre guide du peuple Bulgare, adressée au CC du PCB, où il formule le but politique de la guerre : « Nous devons être conscients que l’avenir de notre pays dépendra avant tout de cette contribution réelle que nous apporterons maintenant, en tant que peuple et Etat, aux opérations militaires communes afin d’écraser le plus rapidement possible l'Allemagne fasciste, d'obtenir • plus tôt possible la victoire et d'instaurer une nouvelle paix juste et durable.".
Afin d'atteindre ce but, le gouvernement du Front de la Patrie et surtout le Haut Commandement et l'État-major général de l'armée, organes de la direction stratégique des forces armées, se voyaient confrontés à la tâche de mobiliser toutes les n ces du pays et de l'Armée populaire bulgare, en tenant compte des conditions politiques et économiques et de la situation militaire et stratégique, afin de prendre ne part active à la guerre jusqu'à la défaite totale des troupes nazies.
Il fallait exécuter cette tâche d'une importance vitale pour le pays et le peuple ans une situation intérieure et internationale extrêmement complexe et contradictoire . A la suite de la politique antipopulaire menée par le régime monarcho-fasciste renversé , la Bulgarie se trouvait isolée sur le plan international. Les milieux dirigeants des Etats-Unis, de Grande-Bretagne et les forces réactionnaires de Bulgarie s’opposaient à la participation de l'Armée populaire bulgare à la guerre aux côtés de la coalition antihitlérienne. Le pillage systématique du pays par les hitlériens avait acculé l'économie nationale à l'abîme. Le peuple était épuisé par les longues mobilisations de 1939 au 9 septembre 1944. L'armée était dispersée en de nombreux endroits pour exécuter des tâches qui n'étaient pas toujours bien vues par les travailleurs. Les troupes allemandes fascistes, massées sur notre frontière occidentale, se préparaient à envahir le pays. Par conséquent, pour défendre la liberté récemment conquise, l'indépendance nationale et l'intégrité territoriale de la Bulgarie, pour répondre à la nécessité impérieuse pour le peuple bulgare de contribuer à la libération des peuples européens occupés, notre pays dut s'engager immédiatement dans la guerre contre l'Allemagne nazie. Malgré la ruine, toute l'énergie politique des organisations révolutionnaires et démocratiques, des masses populaires et tout le potentiel économique de la Bulgarie devaient être mis au service de l'armée. Dans cette situation, le PCB et le gouvernement devaient fournir beaucoup d'efforts pour faire renaître l'économie, satisfaire les besoins les plus pressants du front et de l’arrière-garde. Il fallait, pour ce faire, mobiliser toutes les ressources intérieures et créer la meilleure organisation possible de la vie économique.
Le slogan, lancé par G. Dimitrov et devenu extrêmement populaire: « Tout pour le front, tout pour la victoire rapide et définitive sur le fascisme, les criminels et esclavagistes allemands » en est une synthèse éloquente.
Le présent ouvrage, comptant six chapitres, se fonde sur un ouvrage du même titre, publié en quatre volumes, de 1981 à 1984. Les auteurs ont utilisé des documents d'archives et des sources littéraires qu'ils ont découverts et analysés.
La lutte armée de 1941 à 1944, organisée et dirigée par le PCB, se distinguait il particulièrement dans les longs combats que le peuple bulgare a livrés contre fascisme. Dans la Bulgarie alliée à l'Allemagne nazie, tout le pouvoir politique de l'État bourgeois se trouvait entre les mains d'un gouvernement "national". L’agresseur étranger opprimait les masses et dépouillait le pays de ses richesses par intermédiaire de l'appareil administratif local. C'est la raison pour laquelle les contradictions entre le peuple et les forces de la réaction étrangère ne se manifestaient façon aussi visible que dans les pays occupés. La vérité sur l'évolution des événements et sur leurs conséquences néfastes pour le pays parvenait plus difficilement plus lentement aux gens du peuple, ce qui réduisait considérablement la base sociale de la résistance antifasciste. L'élan de la lutte armée était également freiné par appareil étatique conservé et par l'armée et la police qui augmentaient progressivement leurs effectifs.
Malgré la situation intérieure difficile, les forces antifascistes, inspirées par les exploits glorieux du peuple soviétique et les succès de l'Armée soviétique, propulsaient sans cesse le processus révolutionnaire, préparaient la victoire des forces progressistes et l'établissement du pouvoir démocratique populaire.
La participation de la Bulgarie à la guerre contre l'Allemagne nazie inaugurait une étape nouvelle dans la lutte du peuple contre le fascisme. C'était la seule voie le vers le renforcement et l'approfondissement des conquêtes révolutionnaires, le gage du développement du pays sur la voie de la paix, de la démocratie et du socialisme. Le caractère progressiste et libérateur de la guerre menée par la Bulgarie contre l'Allemagne fasciste se retrouve renforcé par le fait qu'elle faisait partie du front de libération de la Seconde Guerre mondiale et qu'elle était étroitement à la Grande Guerre patriotique de l'Union soviétique. C'est pourquoi il s'agit de la guerre la plus progressiste de l'histoire treize fois séculaire de la Bulgarie.
Dans notre ouvrage nous avons porté une attention particulière à la préparation politique, diplomatique et économique de la guerre. Nous avons examiné les activités multiples de PCB visant à former l'Armée populaire bulgare. Nous avons étudié l’état de celle-ci au début de la guerre (organes de direction, types de forces armées, différentes armées, états-majors, conceptions opérationnelles tactiques des combats et des opérations militaires).
En été 1944, l'Armée soviétique entreprit une série d'offensives décisives sur les 500 kilomètres du front soviéto-allemand. Le Haut Commandement anglo-amécain ouvrit un deuxième front, le 6 juin 1944, en faisant une descente dans le nord de la France. La lutte de libération des peuples opprimés prenait de plus en plus ampleur. Malgré la situation difficile dans laquelle se trouvaient les troupes fasciste, les Balkans occupaient une place importante dans leurs plans. Les bases maritimes et aériennes, installées dans la péninsule permettaient de contrôler la navigation et le trafic aérien dans la partie orientale de la Méditerranée. En outre, la péninsule balkanique fournissait des minerais importants pour l'industrie de guerre et des céréales. C'est la raison pour laquelle le Haut Commandement hitlérien maintenait d'importants effectifs. Afin de les défaire, de libérer la Serbie et d'empêcher l'ennemi de se retrancher dans la partie sud de la péninsule balkanique, le Haut Commandement soviétique prépara, en septembre 1944, l'offensive de Belgrade qui serait effectuée par les armées soviétique, bulgare et yougoslave. Les opérations militaires menées par l'Armée populaire bulgare en Serbie méridionale, en Macédoine de Vardar et à Kossovo seront traitées dans la partie concernant l'offensive de Belgrade. Nous accordons une attention particulière à l'interaction et aux résultats obtenus par les armées des trois pays frères.
Les opérations militaires de l'Armée populaire bulgare sur le territoire de la Yougoslavie septentrionale, de la Hongrie méridionale et de l'Autriche du sud-est, connues sous l'appellation de "deuxième période de la Guerre patriotique", seront étudiées dans le chapitre des opérations de Budapest, Balaton et Vienne, menées par l'Armée soviétique. Nous donnerons un aperçu de la situation politique et militaire en Europe fin 1944 et début 1945.
L'ouvrage présente une analyse détaillée des actions conjointes de la Première Armée bulgare avec les troupes du Troisième front ukrainien et celles de l'Armée populaire de Yougoslavie. Il met en relief l'assistance multilatérale que l'état-major du front accorda au commandement de nos troupes pour la réussite des opérations militaires.
Nous avons essayé d'analyser les facteurs qui ont conduit à l'issue victorieuse de la guerre patriotique: le rôle directeur du PCB; la force mobilisatrice du pouvoir démocratique populaire; le facteur économique; l'unité entre le front et l'arrière-garde; l'héroïsme des soldats et des travailleurs; le rôle décisif de l'Union soviétique dans la victoire.
Nous nous arrêtons aussi sur l'importance et les résultats de la Guerre patriotique, sur l'apport de la Bulgarie à la victoire sur l'Allemagne nazie, sur l'importance politique et morale de la guerre pour le peuple bulgare, ainsi que sur la reconnaissance internationale de la Guerre patriotique de la Bulgarie.
La politique du gouvernement du Front de la Patrie qui visait à réunir toutes les forces antifascistes, démocratiques et patriotiques du peuple revêtait une importance historique pour la participation du peuple bulgare à la guerre contre l'Allemagne fasciste. C'était un apport réel de la Bulgarie nouvelle à la libération de la Yougoslavie, de la Hongrie et de l'Autriche des conquérants nazis.
L'ouvrage comporte des photos et des cartes illustrant l'exposé des événements. Il contribue à l'éclaircissement de certains points. (les cartes seules ont été numérisé pour l’instant ,notes du CDRM)
En soulignant le rôle déterminant du peuple soviétique et de ses forces armées dans la victoire sur l'Allemagne fasciste, les auteurs ont mis l'accent, parallèlement, sur la lutte courageuse et la contribution du peuple bulgare et de l'Armée populaire bulgare à cette victoire.
L'expérience de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre patriotique menée par la Bulgarie a aujourd’hui aussi son importance. En effet, elle prouve que la sauvegarde de la paix est une tache d’importance vitale pour tous les peuples et tous les Etats, que la lutte entre les forces de la paix et celles de la guerre demeure un facteur décisif de l’évolution internationale contemporaine.
Chapitre premier
LA LUTTE ANTIFASCISTE ARMEE EN BULGARE ENTRE 1941 ET 1944 ;
1. La Bulgarie dans les projets militaro-politiques des grandes puissances et la politique des gouvernements monarcho-fascistes
Nombreux sont les peuples qui ont enduré les souffrances de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). Le peuple bulgare n'a pas été épargné à cet égard. Vers le milieu des années 30, se formèrent les deux blocs impérialistes. Le bloc des Etats impérialistes agressifs comprenait l'Allemagne nazie, l'Italie fasciste et le Japon militariste. Leur alliance devint le fer de lance de la réaction impérialiste mondiale dans la lutte contre le premier pays socialiste, contre le mouvement révolutionnaire mondial des ouvriers et les autres forces progressistes et antifascistes. Cependant la politique agressive de ces trois pays menaçait les marchés et les sphères d'influence de la Grande-Bretagne, de la France et des Etats-Unis d'Amérique qui, de leur côté, cherchaient à maintenir, aussi bien qu'à renforcer leurs positions dans les différentes région du monde.
Pendant ce temps, sur un sixième du globe, se développait et se stabilisait le premier pays socialiste – l'Union soviétique. Les forces les plus réactionnaires des deux blocs se préparaient fiévreusement à lutter contre ce pays.
Vers la fin des années 30, l'Allemagne et l'Italie commencèrent à mettre en oeuvre leur politique d'expansion, encouragées par la France et la Grande-Bretagne. Ces quatre pays signèrent, fin septembre 1938, les honteux accords de Munich, aux termes desquels l'Allemagne obtenait le droit d'annexer les Sudètes et d'autres territoires frontaliers de la Tchécoslovaquie. En mars de l'année suivante, la Wehrmacht s'emparait de toute la Tchécoslovaquie et en avril, l'Italie occupait l' Albanie.
Au moment dramatique où la guerre éclatait, seule l'Union soviétique insistait insistait pour qu'on opposât une résistance décisive aux agresseurs. Lors des négociations entamées, au printemps de 1939, avec la Grande-Bretagne et la France, l'URSS déploya de nombreux efforts pour que fût signé un pacte politique et militaire contre l'agression fasciste. Cependant, les milieux dirigeants de la Grande-Bretagne et de la France poursuivirent leur politique visant à pousser l'agression hitlérienne à l'Est, vers l’URSS.
Dans ces conditions, le gouvernement soviétique se vit obligé d'accepter le pacte de non-agression que lui proposait l'Allemagne. Il fut signé en août 1939, ce qui assura au pays des Soviets presque deux ans de répit qu'il employa à renforcer son potentiel défensif.
Quand le danger d'une Seconde Guerre mondiale commença à planer sur l'Europe,celle-ci devait compter avec la « poudrière » du vieux continent: la péninsule balkanique. Dans cette importante région stratégique où s'entremêlaient les intérêts des 2 blocs impérialistes, la situation géographique de la Bulgarie comme la point clé posa devant ses milieux dirigeants des problèmes complexes. La gravité de ces problèmes se trouvait en outre exacerber par le destin tragique du peuple bulgare n'avait pas encore réalisé son unification nationale.
Quelques mois à peine après de Libération russo-turque qui fit renaître des cendres la Bulgarie nouvelle dans ses frontières ethniques, les grande. puissances convoquèrent le Congrès de Berlin qui démembra la Bulgarie en trois parties : La Principauté de Bulgarie (Bulgarie du Nord et le sandjak de Sofia), la Roumélie orientale (Bulgarie du Sud) qui restait vassale du sultan, et les territoires demeurant dans les frontières de l'Empire roman (la Macédoine et la Thrace, c’est à dire la Bulgarie du Sud-Ouest et des régions de la Bulgarie du Sud et du Sud).
Le 6 septembre 1885, la principauté de Bulgarie et la Roumélie orientale s'unifièrent. Cet acte progressiste était en contradiction avec la politique d'hégémonie, menée par la bourgeoisie serbe dans les Balkans, avec les intérêts de l'Autriche-Hongrie et de certaines autres puissances occidentales, ce qui eut pour effet d'aboutir à Guerre serbo-bulgare. Cependant, la Jeune armée bulgare mit rapidement en déute les troupes serbes ayant fait irruption en Bulgarie.
L'unification du peuple bulgare ne put être réalisée jusqu'au bout par la voie de lutte de libération nationale de la population opprimée. Cela contraignit les milieux dirigeants bulgares à résoudre ce problème par la guerre. Les Guerres balkaniques ( note : Le refus du gouvernement turc d'octroyer l'autonomie à la Macédoine et à la région andrinopolitaine s'avéra être le casus belli de la Guerre balkanique. Le 26 septembre 1912, le Monténégro attaqua la Turc. Les autres alliés – la Bulgarie, la Grèce et la Serbie déclarèrent la guerre à la Turquie le 5 octobre. Les armées bulgares qui opéraient sur le théâtre principal des hostilités -- la Thrace – remportèrent des victoires, qui les couvrirent de gloire, sur le gros des forces turques et atteignirent Çatalca, à 40 km d'Istanbul. Les autres alliés remportèrent, eux aussi, des victoires en Macédoine et en Albanie. Le 17 mai 3 fut signé le Traité de paix de Londres, aux termes duquel la Turquie devait céder aux vainqueurs les terres à l'Ouest de la ligne Midye-Enez et les îles de la mer Egée. Après la Guerre balkanique les rapports entre les alliés prirent une mauvaise tournure. La Serbie et la Grèce s'approprièrent des noires peuplés de Bulgares. Elles exacerbèrent sciemment leurs contradictions avec la Bulgarie, ce fit éclater la Guerre inter-allier (les 16 juin-18 juillet 1913), une guerre entre la Bulgarie et ses ex-alliés: la Serbie, la Grèce et le Monténégro. le 27 juin 1913, la Roumanie déclara la guerre à la Bulgarie 30 juin, l'armée turque s’empara des territoires bulgares en Thrace méridionale, aux termes du Traité de Paix de Bucarest (28 juillet 1913), la Serbie et la Grèce s’emparèrent d’une plus grande partie des terres bulgares en Macédoine, et la Roumanie s’empara de Dobroudja du Sud) (1912-1913) et la Première Guerre mondiale acculèrent la Bulgarie à deux catastrophes nationales. Cette voie d'unification nationale n'amena que la libération d'une infime partie de la Macédoine, alors que la Grèce, la Roumanie et la Serbie s'approprièrent respectivement la Macédoine égéenne et la Thrace occidentale; la Macédoine de Vardar et ses confins occidentaux; la Dobroudja méridionale.
La nécessité de résoudre la question nationale influença fortement la politique extérieure de la Bulgarie à lit veille et pendant la Seconde Guerre mondiale. La bourgeoisie bulgare en tant que classe dirigeante de la société, ne pouvait renoncer à sa mission historique d'unifier la Patrie, mais l'expérience amère des deux catastrophes nationales exigeait une extrême prudence dans sa politique étrangère, la recherche de voies politiques pour réviser les traités de paix iniques et malhonnêtes.
Durant cette période, la bourgeoisie bulgare au pouvoir fit maintes tentatives de gagner la sympathie des gardiens du Statu quo de Versailles: l'Angleterre et la France, en leur certifiant avoir tiré les leçons nécessaires du passé. Mais ces deux pays s'étaient trop engagés dans la protection de leurs alliés balkaniques de la Première guerre mondiale – la Yougoslavie, la Grèce et la Roumanie, qui de leur côté, maintenaient immuablement leurs positions anti-bulgares.
Dans l'entre-deux-guerres, la Bulgarie était entourée de méfiance et d'hostilité, elle se trouvait isolée et sans défense, exposée à des discriminations et humiliations. Les milieux dirigeants bulgares considéraient les décisions de Munich comme un bon prétexte pour exprimer plus ouvertement leurs prétentions à une "révision pacifique".
Le premier septembre 1939, la machine de guerre de l'Allemagne nazie s'abattit sur la Pologne. Pour l'Angleterre et la France, qui étaient ses garants, il n'y avait pas d'autre alternative que de déclarer la guerre à l'Allemagne. Le monde plongea dans les flammes de la Seconde Guerre mondiale.
Le pacte de non-agression signé entre l'URSS et l'Allemagne gênait les projets des Etats occidentaux. Ils s'orientèrent vers le renforcement de leur influence dans la péninsule balkanique, et, par là, dans toute l'Europe Centrale et du Sud-Est. Au début de 1940, la Grande-Bretagne et la France s'orientèrent nettement vers une politique antiallemande et antisoviétique dans les Balkans. Elle prévoyait d'occuper la Bulgarie avec l'assistance de la Turquie et de la Grèce et de la liquider en tant qu’Etat indépendant. Mais au printemps 1940, l'Allemagne écrasa la France et fit essuyer une lourde défaite à l'Angleterre à Dunkerque. Le plan militaire-stratégique anglo-français dirigé contre la Bulgarie, ne put être réalisé.
En automne 1940, le théâtre des opérations militaires se déplaçait au Sud-Est. L’Allemagne consolida sa domination sur la majeure partie de l'Europe. L'Italie se battait déjà à ses côtés. Privée de ses alliés du continent, la Grande-Bretagne fut exposée à de violentes attaques aériennes. Le pacte tripartite, signé le 27 septembre 1940, par les ministres des affaires étrangères de l'Allemagne, de l'Italie et du Japon, constitua définitivement la sinistre coalition agressive qui briguait l'hégémonie mondiale.
Les succès militaires de l'Allemagne nazie renforcèrent et élargirent ses positions dans les Balkans. L'influence de ses adversaires baissa nettement. L'Entente balkanique (la Yougoslavie, la Turquie, la Roumanie et la Grèce) liée au bloc anglo-français se désintégra.
En Roumanie eut lieu un regroupement des forces au profit de bourgeoisie pro-allemande. La Turquie se résignait de plus en plus à l'égard de l'Allemagne et de l'Italie. La politique de la Yougoslavie, jusque-là pro-anglaise, se réorientait progressivement vers l'Allemagne. De cette manière les grands succès dr l'Allemagne nazie dans la Guerre lui permirent de dominer totalement les pays de l'Europe du Sud-Est.
Après le 1er septembre 1939, les milieux dirigeant bulgares conçurent leurs projets politiques en se fondant sur l'espoir d'une victoire rapide de l'Allemagne et d'une révision des traités de paix. Bien qu'observant la neutralité déclarée, les milieux dirigeants bulgares commencèrent à estimer que les problèmes territoriaux pouvaient êt?e résolus par un rapprochement plus grand avec l'Allemagne.
Vers le début de 1940, naquit une tendance pro-germanique qui se fit sentir de plus en plus fort sur la scène politique bulgare. Cela ne liait pas directement la Bulgarie avec l'Allemagne, mais pouvait jouer un rôle décisif dans certaines circonstances de la politique extérieure.
Le 16 février 1940, le gouvernement de Bogdan Filov vint au pouvoir. Le premier ministre Filov déclara que la politique étrangère ne changerait pas d'orientation, mais en fait il ne s'agissait que d'une manoeuvre temporaire. Filov était très commode pour la bourgeoisie monarcho-fasciste, déjà prête à s'orienter vers l'Allemagne. Le nouveau gouvernement estimait le moment propice, après les changements survenus en Europe, de remettre en question la reprise de la Dobroudja du Sud à la Bulgarie. Le gouvernement soviétique déclara qu'il considérait les revendications bulgares comme bien fondées et qu'il les appuierait à une conférence future. L'Union soviétique jugeait, comme au début de la guerre, qu'il serait dans l'intérêt de la paix de rendre la Dobroudja méridionale à la Bulgarie. La position nettement exprimée de l'URSS obligea les nazis à soutenir les revendications bulgares vis-à-vis de la Roumanie. Aux termes de l'accord bulgaro-roumain, signé le 7 septembre 1940, à Craiova, la Roumanie rendait à la Bulgarie ces territoires. Ainsi les conditions favo?ables furent créées pour intensifier la propagande pro-allemande officielle en Bulgarie, mais cela ne signifiait pas encore que le pays était prêt à conclure une alliance politique et militaire avec l'Allemagne. Tout au contraire, la pression diplomatique allemande visant à s'assurer le soutien des Balkans dans la guerre immédiate contre l'URSS, se heurta à des difficultés à Sofia. Le gouvernement bulgare avait adopté une politique de louvoiements dont le but était de gagner du temps et de permettre à la Bulgarie de s'orienter vers ceux qui, après la guerre, "organiserait le monde" .
En automne 1940, les nuages s'amoncelaient dans le firmament de la Bulgarie. Vers le mi-octobre, Sofia s'avéra être le centre d'une activité internationale extrêmement effervescente. Le 14 octobre, le ministre plénipotentiaire britannique, Randall, remit au roi Boris III un message du roi d'Angleterre. Outre la déclaration que l'Angleterre loin de soutenir inconditionnellement le statu quo, était favorable à un accord de paix entre les peuples, le message contenait un clair avertissement que, en cas de complications, la Bulgarie se retrouverait dans le théâtre des opérations militaires.
Le message du roi d'Angleterre ne tarda pas à être suivi par une pression diplomatique de la part du Reich. Le 16 octobre le ministre plénipotentiaire allemand à Sofia Reichtoffen se rendit chez le ministre des Affaires étrangères de la Bulgarie pour le mettre au courant du télégramme envoyé par Ribbentrop où l'on proposai d'inclure la Bulgarie dans le Pacte Tripartite. Le gouvernement bulgare déclina cette proposition tout en essayant de trouver un compromis entre le désir de la Bulgarie de rester neutre et son aspiration à satisfaire, avec l'aide de l'Allemagne, ses revendications territoriales.
La neutralité bulgare gênait aussi les projets ambitieux de l'Italie fasciste quand aux Balkans. Les préparatifs des opérations militaires contre la Grèce incitaient le meneurs fascistes italiens à promettre généreusement la reconnaissance des droite incontestables de la Bulgarie sur la Thrace occidentale et la Macédoine, aussi bien qu'à exercer une pression, par leurs déclarations, laissant comprendre que c'était l'unique possibilité pour la Bulgarie de réaliser son unification. L'invitation, exprimée, à Sofia, par l'envoyé personnel de Mussolini, à savoir que la Bulgarie devait participer à l'agression italienne dans les Balkans, fut catégoriquement rejetée.
Le seul soutien que la Bulgarie pouvait obtenir contre les visées impérialiste; était celui d'un allié puissant et désintéressé. Le 19 octobre 1940, le commissaire populaire des Affaires étrangères de l'URSS, V. Molotov, proposa au gouvernement bulgare la signature d'un pacte de garanties entre la Bulgarie et l'URSS. La proposition fut rejetée par les milieux dirigeants de Sofia. Quelques jours plus tard, vin une autre proposition soviétique relative à la signature d'un pacte bilatéral d'entraide L'Union soviétique proposait à la Bulgarie une aide multiple, y compris militaire en cas d'agression ou de menace d'agression, mais sans plus de succès. La bourgeoisie bulgare fascisante craignait que le rapprochement avec l'URSS n'aboutisse à la démocratisation du pays, ce qui pouvait menacer son pouvoir. L'opposition bourgeoise non-fasciste n'était pas d'un avis suivi et unanime au sujet de la proposition soviétique. La seule force politique qui la soutint, fut le PCB. Ses membres et adeptes organisèrent un vaste mouvement social en faveur de la signature d'un Train d'assistance mutuelle. Les travailleurs firent preuve d'une grande maturité et prirent la défense des intérêts nationaux, persuadés que l'initiative soviétique était "une main tendue pour apporter le soutien au peuple slave frère en ces journées trouble de la Bulgarie". On étudiait la proposition du gouvernement soviétique à des réunions dans les villes et les villages.
D'après des données incomplètes, à l'Assemblés nationale furent adressées 34 000 lettres de protestation, télégrammes et résolution signées par environ 1 500 000 citoyens. Toutes les luttes et les actes de protestation de cette période, et surtout "l'Action Sobolev", prouvèrent que les masses populaires ne soutenaient pas la politique des milieux monarcho-fascistes dirigeants, qu'elles désiraient la démocratie, la paix et l'amitié avec l'URSS.
Entre temps, l'Allemagne nazie profita de l'ouverture des négociations germano yougoslaves en novembre 1940 pour faire monter les craintes de la diplomatie bulgare de voir, au cas où la Yougoslavie se joindrait au Pacte tripartite, les intérêt bulgares passer au second plan.
Le 17 novembre 1940 le roi Boris III partit pour la résidence d'Hitler à Berchtesgaden. Le roi déclina la proposition de faire adhérer le pays au Pacte tripartite en motivant cette position par la préparation militaire insuffisante de la Bulgarie et par là les éventuelles complications qui pourraient survenir avec les Etats voisins et avec l'URSS. En même temps, il comprit bien qu'au printemps de 1941, les armées hitlériennes occuperaient les Balkans et qu'il ne disposerait que de 2 ou 3 mois pour décider de l'attitude qu'il devrait adopter vis-à-vis des envahisseurs: les considérer comme des adversaires ou comme des amis.
Au début de 1941, le gouvernement des Etats-Unis commença à porter de l'intérêt pour la péninsule balkanique. A la veille de l'invasion allemande dans cette région, Roosevelt dépêcha en mission spéciale dans les capitales balkaniques, son envoyé personnel, le colonel W.Donovan, qui fut chargé de s'entretenir avec les chefs d'Etats et de les convaincre de la nécessité de la création d'un "front balkanique neutre". La mission de Donovan se solda par un échec, mais elle prouva que le gouvernement américain se proposait, lui aussi, des objectifs dans les Balkans, visant une politique ultérieure plus active dans cette région.
Au début de janvier 1941, B. Filov se rendit au Reich et s'entretint avec Hitler et Ribbentrop. Il avait décidé de ne pas s'opposer à leurs propositions d'allier la Bulgarie à l'Allemagne, afin de ne pas laisser passer la faible possibilité d'une révision du statu quo territorial. De retour à Sofia, le premier ministre rapporta au roi que le gouvernement "n'avait pas d'autre issue" que celle de s'en tenir aux conseils des Allemands et de signer le pacte tripartite. Le 20 janvier le Conseil des ministres décida que le pays n'était pas en mesure de s'opposer à un éventuel passage des troupes allemandes, et que le pacte bon gré mal gré devait être signé. Le premier mars 1941, Filov signa à Vienne, au moment ou une armée allemande de 600 000 soldats entrait de Roumanie en Bulgarie, le protocole sur l'adhésion de la Bulgarie au Pacte tripartite.
La Bulgarie devint de fait un satellite de l'Allemagne nazie. Cet acte était en contradiction avec le désir catégorique du peuple bulgare de signer un pacte d'entraide avec l'URSS.
Après le 1er mars 1941, la Bulgarie se trouva dans un isolement international considérable. Son destin dépendait dorénavant du Pacte tripartite, et plus spécialement de l'Allemagne. Il est vrai que le gouvernement bulgare refusa d'envoyer des forces armées dans les opérations militaires contre la Yougoslavie et la Grèce, mais son territoire devint une base militaire de l'invasion nazie contre ces pays. Après la capitulation de ces derniers, un pouvoir militaire et administratif bulgare fut instauré en Macédoine de Vardar et dans la région égéenne avec l'accord de l'Allemagne. Mais l'Allemagne ne reconnaissait pas ces territoires comme étant définitivement annexés à la Bulgarie. Cette situation floue fut mise au profit par le Reich en tant que moyen de lier encore plus notre pays au Pacte tripartite.
Après l'invasion par l'Allemagne nazie de l'URSS, le 22 juin 1941, la Bulgarie en tant que satellite allemand, fut placée dans une situation particulièrement délicate. A la différence des autres pays satellites, la Bulgarie ne déclara pas la guerre .1 l'Union soviétique et maintint ses relations diplomatiques avec elle. Mais parallèlement les déclarations officielles du gouvernement soulignaient que la politique extérieure bulgare obéissait uniquement aux "intérêts nationaux". Or ces derniers "coïncidaient" avec les "aspirations politiques" de l'Allemagne. Le 3 novembre 1941. Le gouvernement décida de rattacher la Bulgarie au Pacte antikomintern. Et le 13 décembre 1941, sans aucun motif fondé, il déclara la guerre à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Ainsi notre pays fut définitivement entraîné dans le conflit mondial et lié à la stratégie balkanique de l'Allemagne nazie. Le gouvernement de B. Filov accepta aussi la demande du Reich, émise le 24 décembre 1941, d'envoyer en Serbie trois divisions bulgares pour remplacer les armées d'occupation nazies.
Jusqu'au début de 1943, le gouvernement du III Reich réalisa son programme visant le rattachement de la Bulgarie au bloc fasciste et l'emploi d'une partie de l'armée bulgare à la mise en oeuvre de ses projets stratégiques dans les Balkans. La cour et le gouvernement à Sofia tâchaient de collaborer à la politique nazie dans la mesure Où les intérêts fondamentaux de la dynastie n'en souffriraient pas. Ils parvinrent même à obtenir deux résultats positifs: primo, l'armée bulgare ne participa pas nu offensives contre la Grèce et la Yougoslavie, et, secondo, les relations diplomatiques furent maintenues. La période d'avril 1941 à février 1943 se caractérisa par un équilibre relatif des rapports bulgaro-allemands.
Après la défaite écrasante infligée aux armées nazies et à leurs alliés à Stalingrad par l'Armée rouge, le bloc fasciste vécut une crise profonde. Alors que l'Allemagne nazie se préparait à une guerre totale, ses satellites commencèrent à chercher le moyen de sortir de la guerre et de signer un traité de paix séparé. Ils tentèrent d'établir des contacts avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne bien qu'ils ne parvenaient encore à se soustraire à leurs obligations vis-à-vis du Reich.
L'offensive victorieuse de l'Armée rouge et la sortie de l'Italie fasciste de la guerre seme le trouble et la confusion au sein des dirigeants de la Bulgarie. Après la mort roi Boris III (le 28 août 1943) la Bulgarie fut paralysée par une profonde crise politique et administrative. La gestion de l'Etat fut confiée à un conseil de régents et à un nouveau gouvernement.
Aptes la bataille de Stalingrad, le nouveau gouvernement conserva, vis-à-vis du une même position générale. Néanmoins il commença à s'orienter, bien qu’avec beaucoup de précaution, vers une autre politique: la réduction des engagement envers l'Allemagne nazie. Dans le même temps, les dirigeants monarcho-fasciste bulgares concevaient leurs projets avec la conviction que le Reich n'avait pas encore perdu la guerre et avec l'espoir qu'il conclurait un traité de paix séparé avec Grande-Bretagne et les Etats-Unis.
Aussi sans avoir l'intention de rompre avec l’Allemagne, commencèrent-ils à analyser l'attitude de ces deux puissances occidentales envers la Bulgarie.
Les contacts établis avec les Anglais et les Américains en 1943 furent maintenus en 1944. Les milieux dirigeants anglo-américains adressèrent à la Bulgarie un ultimatum exigeant que celle-ci rompît ses engagements avec l'Allemagne et sortît du pacte; qu'elle retirât ses armées des territoires qui, avant le début d'avril 1941, appartenaient à la Yougoslavie et à la Grèce, et qu'elle capitulât. Par ailleurs, ils ne se décidaient pas à négocier avec les politiciens bulgares à l'insu de l'URSS.
Comme ils ne réussirent pas à s'accorder avec les Etats occidentaux au profit de leur cause, les dirigeants bulgares entreprirent une nouvelle manoeuvre. Par l'intermédiaire de représentants de l'opposition bourgeoise, ils tentèrent de connaître l'opinion de l'Union soviétique sur les conditions de capitulation, posées par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, et de s'assurer son intercession en vue du maintien de « l'unification », comptant sur la "rivalité" entre les alliés. Dans plusieurs notes, de janvier à mai 1944, l'Union soviétique dénonçait les dirigeants monarcho-fascistes bulgares. Elle les accusait de poursuivre activement leur collaboration avec les nazis tout en prétextant leur neutralité. Il y eut une brusque détérioration des relations diplomatiques avec l'URSS. Les notes soviétiques provoquèrent ainsi une crise gouvernementale.
Le 1er juin 1944, la Bulgarie changea de gouvernement. Le nouveau gouvernement monarcho-fasciste fut présidé par Ivan Bagrianov. Le dessein principal de la politique extérieure du nouveau cabinet était le maintien des relations avec l'Allemagne et l'amélioration des rapports avec l'URSS. Le désir du gouvernement de Bagrianov de gagner la confiance de l'URSS n'était étayé en réalité que par des déclarations creuses car le seul but était de gagner du temps. Dans ses relations avec l'Allemagne, Bagrianov commença à se dédire de certains engagements antérieurement pris. En ce qui concerne les Etats occidentaux, le gouvernement de Bagrianov n'entreprit jusqu'à la fin de juillet 1944, rien qui dépassât le cadre des contacts établis en 1943, et ne leur attribuait pas une importance primordiale. Il évitait de prendre quelque engagement que ce soit pouvant contraindre la Bulgarie à sortir de la guerre. Il espérait toujours avancer des prétentions comme une condition à d'éventuelles négociations.
Certains événements, survenus dans la seconde moitié de juillet, entraînèrent des changements dans la politique étrangère de la Bulgarie. L'ouverture du Deuxième front dissipa les illusions des milieux dirigeants quant à la signature d'un éventuel traité de paix séparé entre l'Allemagne d'une part et la Grande-Bretagne et les Etats-Unis de l'autre. Durant des mois d'été fort troubles, les diplomates bulgares envoyèrent rapport après rapport confirmant l'intensification des tendances de la Hongrie et de la Roumanie à se détacher de l'Allemagne. Il devenait clair que les monarcho-fascistes bulgares ne pouvaient plus compter sur une aide militaire et politique de la part du Reich. Ils ne pensaient plus à la question nationale s'évertuant dorénavant à trouver de nouveaux protecteurs, en l'occurrence la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, et, avec leur aide, empêcher la pénétration des armées soviétiques en Bulgarie, se maintenir au pouvoir et prévenir l'insurrection populaire. Le 22 juillet 1944, le gouvernement chargea l'ex-président de l'Assemblée nationale, Stoïtcho Mochanov, de partir pour la Turquie, d'entrer en contact avec les représentants de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis et d'examiner les conditions suivant lesquelles la Bulgarie pourrait sortir de la guerre qu'elle leur avait déclarée en 1941. La mission de Mochanov signifiait en fait une réorientation des monarcho-fascistes bulgares dans lit politique extérieure. Sans rompre avec l'Allemagne nazie, ils s'en distanciaient de plus en plus et n'attendaient plus l'approbation de Berlin pour lancer la moindre les entreprises.
La tendance du gouvernement de Bagrianov de faire sortir le pays de la guerre
par l'intermédiaire de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis n'était pas une surprise pour les alliés. Déjà en mars 1944, le gouvernement des Etats-Unis avait été confronté a un grave problème: comment accélérer la sortie de la Bulgarie de la guerre?
Il prit l'initiative de discuter avec les Britanniques le problème du sort futur de la Bulgarie. Ce problème était à la base des aspirations des Américains à parvenir à l'hégémonie mondiale après la guerre. Le gouvernement des Etats-Unis établit les
conditions concrètes à la capitulation de la Bulgarie devant les Etats-Unis et l'Angleterre.
Début août 1944, l'attitude des Etats occidentaux envers le gouvernement de Bagrianov avait considérablement changé. Ils espéraient, par son intermédiaire, provoquer un changement dans la politique bulgare afin de prévenir l'entrée de l' Armée rouge dans les Balkans. entre temps, le département d'Etat des Etats-Unis, l'accord de Londres, fit comprendre au gouvernement bulgare leur volonté d’ouvrir un dialogue. Le 15 août 1944, S. Mochanov partit pour Ankara. Mais les premiers espoirs de parvenir à un accord rapide se heurtèrent à une certaine réserve 1.i part de l'Angleterre et des Etats-Unis, qui quelque intéressés qu'ils fussent contacts avec le gouvernement bulgare, ne se hâtaient pas de trancher cette question. De toute évidence, ils devaient compter avec l'attitude de l'URSS.
Malgré leur défaite certaine, les nazis ne comptaient pas de leur plein gré quitter. la Bulgarie. Berlin pensait pouvoir retenir la Bulgarie dans le pacte, bien que provisoirement, par un coup d'Etat. On prévoyait d'y faire participer les partisans de Mikhaïlov et les unions nationalistes fascistes de l'opposition (la "Légion", "Ratnik »,etc. ») avec le soutien militaire de la Wehrmacht. La légation allemande à Sofia devint le centre des préparatifs du coup d'Etat. Fin août, les nazis se rendirent compte qu'ils avaient plus les forces nécessaires pour réaliser leurs desseins. C'est pourquoi le 28 Août l’ambassadeur du Reich, Beckerle, exerça une pression sur les régents afin de les contraindre à passer le pouvoir à A.Tsankov, chef d'une partie des forces fascistes non gouvernementales dans le pays, mais ils refusèrent. Dans ces conditions, la légation allemande tenta une autre variante: les nazis allaient se charger de créer une base pour instituer un contre-gouvernement bulgare en Macédoine de Vardar laquelle devrait lancer une offensive avec le soutien des forces de la Wehrmacht concentrées dans cette région.
L'écrasement des troupes hitlériennes dans la région de Jassy-Kichinev ouvrit la voie à l'Armée soviétique vers la Bulgarie et déjoua ainsi les plans des nazis ainsi que ceux de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis à l'égard de notre pays. Ce qui contraignit les milieux dirigeants des Etats-Unis et de l'Angleterre à accepter l'éventualité de négociations pour faire sortir la Bulgarie de la guerre, afin de prévenir l'entrée des troupes soviétiques dans le pays. Le 28 août 1944, un télégramme d'Ankara parvint à Sofia où l'on insistait, au nom des milieux dirigeants d'Angleterre, pour le départ d'urgence au Caire de S. Mouchanov qui était rentré à Sofia pour des instructions supplémentaires.
Afin de sauvegarder leur pouvoir, les milieux dirigeants bulgares s'évertuaient, eux-aussi, à prévenir l'entrée de l'Armée rouge en Bulgarie. Ils cherchaient de cette manière à écraser l'insurrection populaire qui se préparait dans tout le pays. Toutes les questions ne pouvaient être réglées par le gouvernement de Bagrianov, déjà compromis. Les régents cherchèrent un soutien dans les milieux bourgeois, orientés vers les pays occidentaux. Ils chargèrent un de leurs représentants Constantin Mouraviev, du Parti agrarien bulgare "Vrabtcha" de former un gouvernement. L'entrée en fonction du gouvernement fut annoncée par un arrêté des régents du 2 septembre 1944. Avec ce nouveau cabinet, la Bulgarie réadoptait les mêmes positions qu'elle occupait au 1er mars 1941. Il ne se rendait pas compte que, par la faute des gouvernements précédents, le pays avait été un satellite de l'Allemagne nazie et que cela ne pouvait être racheté qu'au prix d'une participation active à la guerre, cette fois pour la défaite de l'Allemagne.
La position de neutralité, annoncée trop tard par le gouvernement de Mouraviev, était conçue conformément aux recommandations de l'ambassadeur anglais en Turquie Hugheson. A la veille de la déclaration du gouvernement de Mouraviev, l'attaché militaire bulgare en Turquie, envoya le télégramme suivant: "Les Anglais et les Américains sont déjà plus enclins à attirer la Bulgarie à leurs côtés au cas où l'éventuel nouveau gouvernement tendrait à gagner du temps en arrêtant, par voie politique, les Russes à notre frontière Nord."
Les négociations amorcées le 1er septembre au Caire en vue d'un armistice avec les Anglais et les Américains se poursuivaient. Les dirigeants à Sofia ne hâtaient pas la conclusion de cet armistice avec l'Angleterre et les Etats-Unis. Ils voulaient ainsi se décharger de la responsabilité vis-à-vis du peuple des pénibles conditions imposées. Après l'Opération de Jassy-Kichinev, les Anglais et les Américains ne se pressaient pas, eux non plus, de signer l'armistice. Leurs diplomates soulignaient qu'à ce moment là, il était plus important de faire rompre la Bulgarie avec l'Allemagne que de conclure l'armistice, ce qui allait être dans l'intérêt de la Bulgarie et les Etats-Unis. La démission du gouvernement de Bagrianov entraîna la suspension les négociations. Elles ne furent pas reprises le 6 septembre, le délégué anglais les ayant déclarées interrompues.
Ayant épuisé tous les moyens diplomatiques, le 5 septembre, l'Union soviétique déclara la guerre à la Bulgarie. Ce fait contraignit le gouvernement bulgare à rompre les relations diplomatiques avec le Reich.
La politique extérieure du gouvernement de Mouraviev se solda par un échec total. Il ne parvint pas à prévenir, même avec l'aide de l'Angleterre et des Etats-Unis, l'entrée de l'Armée soviétique en Bulgarie. Sa politique intérieure qui cherchait à prévenir l'insurrection du peuple, n'eut pas plus de succès. Le nouveau gouvernement ne pouvait régler le profond conflit socio-politique en Bulgarie, exacerbé à l'extrême. Dans cette situation révolutionnaire, le conflit ne pouvait se régler que par l'insurrection des masses, unies par le Front de la Patrie, et conduites par le PCB.
2. La lutte armée du peuple bulgare contre le fascisme
La conquête des Balkans par l'Allemagne fasciste en fit une place d'armes destinée à préparer la guerre contre l'Union soviétique. Disposant des ressources de presque toute l'Europe qu'ils avaient envahie, les nazis estimaient qu'ils étaient prêts à mener une guerre éclair (Blitzkrieg) à l'Est. Ils concentraient un grand nombre de troupes à la frontière soviétique, s'assurant la suprématie en effectifs et en matériel de guerre et, en dépit du pacte de non-agression qu'ils avaient signé avec l'URSS, ils attaquèrent, le 22 juin 1941, le pays des Soviets. Les Soviétiques durent abandonner leurs occupations paisibles et s'engager dans la Grande Guerre patriotique pour défendre leur terre natale.
A la nouvelle de l'attaque de l'Allemagne hitlérienne contre l'Union soviétique, le 22 juin 1941, le Bureau politique du Comité central du Parti communiste bulgare examina la situation née de cette offensive imprévue et lança au peuple bulgare un
appel dans lequel il condamnait l'agression nazie et exprimait la ferme conviction
milieux démocratiques du pays que la victoire finale "ne peut être que la victoire de l’Union soviétique, du socialisme ! " . Fixant comme tâche principale du peuple bulle "de faire tout ce qui est dans ses possibilités pour aider le peuple soviétique dans sa pénible lutte", le CC du PCB lança le slogan: « Pas un grain de blé bulgare, pas un morceau de pain bulgare pour les fascistes et pillards allemands! Pas un seul Bulgaree à leur service! » .
Le 24 juin 1941, le Bureau politique du CC du PCB adopta la décision historique de procéder sans retard à la préparation du peuple bulgare à la lutte armée contre envahisseurs hitlériens et les monarcho-fascistes bulgares.
Ces décisions des dirigeants du parti apportaient d'importants changements à la stratégie du PCB. La nouvelle tâche stratégique consistait à aider le peuple soviétique dans la lutte et à anéantir le fascisme allemand et bulgare.
Des changements furent apportés aussi à la tactique de la lutte menée avant le 22 juin 1941. Le CC décida d'adopter de nouvelles formes telles que la création de groupes de partisans, de groupes de combat et de sabotage, le noyautage de l'armée,l'installation de stations de radio clandestines et la formation d’une alliance, de combat des forces antifascistes. Une Commission militaire centrale, attachée au CC le 24 juin 1941, fut chargée de l'organisation globale de la lutte armée. On procéda à la création de commissions militaires auprès des comités départementaux du parti.
La ligne de lutte armée contre le fascisme allemand et bulgare que le PCB avait adoptée répondait entièrement aux intérêts nationaux et internationaux du prolétariat et de tous les travailleurs bulgares. Elle visait à abattre la dictature fasciste, à reconquérir l'indépendance nationale et à assurer la liberté et le développement démocratique du pays.
La lutte antifasciste armée du peuple bulgare comportait des particularités qui la distinguaient de la lutte des autres peuples. En Bulgarie, la seule force importante qui organisait les masses et menait une lutte active contre le fascisme était le PCB, opposé aux milieux dirigeants monarcho-fascistes qui avaient attiré une partie de la grosse bourgeoisie et la réaction politique. Après l'agression hitlérienne dans les Balkans, l'opposition bourgeoise et petite-bourgeoise furent paralysées. Leurs leaders, pliant l'échine, faisaient constamment des concessions au gouvernement. L'arrêt presque total de l'activité de l'opposition bourgeoise non-fasciste provoqua une situation nouvelle à laquelle le mouvement antifasciste dut faire face. Cette polarisation rendit la lutte des antifascistes bulgares et des masses populaires beaucoup plus difficile que dans les pays occidentaux où il n'existait pas, de fait, une unité d'action des forces antipopulaires et réactionnaires.
L'union des fascistes bulgares avec les hitlériens était masquée sous l'étiquette de "mission libératrice" de l'armée fasciste allemande: ceci causa de grandes difficultés lors de l'organisation de la lutte armée. La bourgeoisie au pouvoir spéculait habilement sur le sentiment national du peuple, ravivé par les catastrophes nationales et les intérêts nationaux touchés2. De cette façon le pouvoir monarcho-fasciste élargit pour un certain temps sa base sociale, réussissant à leurrer de larges couches de la petite-bourgeoisie et une partie des intellectuels.
La destruction de l'appareil d'État dans les pays qui avaient été victimes de l'agression hitléro-fasciste ouverte facilitait l'organisation de la lutte antifasciste des peuples. Elle avait, en effet, le caractère d'une lutte de libération nationale du peuple entier, avec une base sociale beaucoup plus large. En Bulgarie, l'appareil d'État et de répression fut non seulement conservé, mais encore élargi et consolidé avec l'aide des envahisseurs hitlériens. Ceci ne fut pas sans provoquer certaines difficultés lors de l'organisation de la lutte armée.
A la différence des autres pays alliés de l'Allemagne, la lutte armée en Bulgarie commença immédiatement après l'offensive hitlérienne contre l'URSS et prit rapidement de l'ampleur.
La lutte antifasciste du peuple bulgare avait une direction politique solide. En effet, le PCB possédait une grande expérience historique dans la direction des luttes révolutionnaires des masses. En 1941, il comptait environ 10 000 adhérents clandestins et malgré les grandes pertes subies au cours des années de lutte, ils étaient 25 000 à la veille du 9 septembre 1944.
La résistance bulgare se distinguait par son caractère social de classe fort prononcé.
"Par son caractère , la lutte antifasciste en Bulgarie, souligne T. Jivkov, et surtout une lutte de classe, une guerre civile entre les travailleurs et leur propre gouvernement bourgeois fasciste." ;
Les premiers groupes de combat se créèrent selon la forme la plus adéquate à lutte armée. Il s'agissait de groupes armés organisés par le parti pour semer le mordre dans l'arrière-garde hitlérienne en Bulgarie, pour punir les traîtres et les provocateurs, pour s'emparer d'armes et de munitions dans les entrepôts ennemis pour défendre les actions antifascistes. Les groupes de combat étaient des unit destinées à mener la guérilla dans les lieux habités.
En été 1941, des centaines de groupes de combat avaient déjà été constitués da le pays. Ils détruisaient les communications de la Wehrmacht, provoquaient des incendies et des pannes de machines dans les fabriques, dans les transports et l'agriculture. Des actions particulièrement importantes étaient entreprises dans les usines qui travaillaient pour les nazis, les entrepôts et les transports. En outre, des attaques audacieuses étaient lancées contre des militaires allemands. Malgré la répression des groupes de combat agissaient de plus en plus énergiquement et jusqu'à la fin année 1941, ils comptaient déjà 150 actions de sabotage et autres.
Les groupes de renseignement, créés dans le pays, inscrivirent aussi des pages glorieuses dans l'histoire de la lutte antifasciste. Ils transmettaient de précieux renseignements sur l'ennemi au Haut commandement de l'Armée soviétique qui constituait la principale force militaire sur le front antihitlérien. Un des premiers groupes fut celui du général Vladimir Zaïmov, un groupe particulièrement actif. Les groupes du Dr Alexandre Péev (Boévoï) et du général Nikifor Nikiforov (Jourine) de Pavel Chatev et d'Elefter Arnaoudov et bien d'autres travaillaient pour le service de renseignements soviétique. Les renseignements fournis par les groupes du littoral de la mer Noire assuraient le succès des sous-marins soviétiques contre les navi?es ennemis.
Les actions des groupes de combat et leur influence sur les travailleurs inquiétaient fortement le Haut commandement hitlérien. Dans un de ses rapports, le commandement du groupe naval "Sud" exprima son inquiétude de l'extension des actes de subversion, entrepris par les communistes, qui menaçaient particulièrement les plans allemands à Bourgas et à Varna et qui imposaient l'examen de "la proposition pour le transfert de renforts allemands à Varna et à Bourgas". Dans une série de documents de juillet, août et septembre 1941, le commandement hitlérien indiquait la lutte armée en Bulgarie s'élargissait de plus en plus et que la Wehrmacht devait prendre des mesures pour la protection de ses unités, des échelons de transport et, en général, de ses intérêts en Bulgarie.
En été 1941, le PCB procéda à la création d'unités de partisans. Fin juin 194 fut créée la compagnie de Razlog, en juillet celle de Gorna-Djoumaïa, en août celle de Varvara, en septembre celles de Doupnitsa, Batak, Tchekhlaré et Karlovo. En décembre, la première compagnie de Varna fut formée.
Pour aider le parti, le Bureau de CC du PCB à l'étranger décida d'introduire en Bulgarie, en août et en septembre 1941, sept groupes d'émigrés politiques par sous-marin et par avion. La plupart d'entre eux tombèrent dans des embuscades et durent mener des combats inégaux contre l'ennemi. Les survivants entrèrent en contact avec le parti et prirent une part active à l'organisation et à la direction de la lutte armée.
Pendant la première moitié de l'année 1942, la lutte armée s'étendit en Bulgarie malgré les coups rud?s qu'elle subit. Les groupes armés formaient des compagnies et ces dernières des détachements. En été 1942, le détachement "Christo Botev", constitué dans la Sredna-Gara orientale, comptait déjà, à la fin de la même année, 100 combattants. Au début de septembre, le groupe de partisans, opérant dans la chaîne de la Stara-Planina, devint le détachement "Tchavdar". En octobre, trois compagnies dans le Rhodope se réunirent pour former un détachement appelé plus tard "Antan Ivanov". Le mois suivant, dans la région de Sliven et de Yambol furent formées les compagnies "Sabi Dimitrov" et "Guéorgui Guéorguiev". Des groupes de partisans furent organisés aussi dans les régions de Gabrovo, Sévliévo, Lom et Lovetch. De nouveaux groupes de combat continuaient à être formés. Ils étaient au nombre de 27 dans la seule ville de Sofia. Les groupes de combat de Sofia et de son district accomplirent, de juillet à octobre, 156 actions de sabotage. A Plovdiv, Assénovgrad, Gabrovo et dans d'autres villes, les groupes de combat détruisirent des objectifs allemands et des entreprises bulgares mises au service dé l'Allemagne. D'importantes quantités de produits laitiers furent anéantis lors d'actions de maquisards dans les régions de Razlog, Kazanlak et Karlovo. Les maquisards punissaient sévèrement les agents et provocateurs de la police, engageaient des fusillades contre l'ennemi, causaient à la police et aux autres limiers fascistes de sérieuses pertes d'hommes. Ils entreprenaient également des subversions sur les voies ferrées, coupant ainsi la ligne de téléphone et télégraphe Sofia-Berlin.
L'ennemi ne parvenait pas à étouffer la lutte armée dont la recrudescence exerçait une influence psychologique, morale, idéologique et politique sur la politique intérieure et les masses populaires.
Parallèlement à ses activités visant à déployer la lutte antifasciste armée, le PCB fut aussi l'initiateur et le facteur principal de la création du Front de la Patrie, alliance de combat de toutes les forces antifascistes du pays. Sur proposition de Georges Dimitrov, le Bureau politique à l'étranger en composa le programme qui fut retransmis, le 17 juillet 1942, par l'émetteur clandestin "Christo Botev". Ce programme fixait des tâches démocratiques et antifascistes afin de réunir toutes les forces patriotiques du pays. Le Parti commença à former le Front de la Patrie conjointement avec l'aile gauche du parti agrarien bulgare, avec le groupement politique "Zvéno", ( Organisation socio-politique, fondée en 1927, qui exprimait les intérêts de la grande bourgeoisie bulgare. "Zvéno" prépara politiquement le coup d'État du 19 mai 1934, par lequel il renforça la dictature fasciste. Par la suite, certains de ses militants, guidés par Kimon Guéorguiev passèrent peu à peu à des idées progressistes ils prirent part à l’insurection armée du 9 septembre et furent représentés au premier gouvernement au premier gouvernement du Front de la Patrie) avec des représentants à tendances progressistes des autres partis et milieux non-fascistes et avec des hommes publics et militants indépendants. Jusqu'à la fin de 1942 des comités du Front de la Patrie furent formés dans la plupart des districts du pays leurs nombre se montait à 136. Certains d'entre eux avaient leur propre organe presse, ils imprimaient des tracts, des bulletins et d'autres informations clandestine le 10 août 1943 fut composé le noyau du Comité national du Front de la Patrie con prenant des représentants du PCB, du Parti agrarien bulgare "Pladné", du cers ""Zvéno", du Parti social-démocrate et des personnalités politiques indépendantes.
Le pouvoir fasciste s'évertuait à en découvrir et capturer les dirigeants afin c décapiter le mouvement antifasciste croissant. En mars 1942, la police arrêta 46 militants du parti dont plusieurs membres de la Commission militaire centrale. Un procès judiciaire fut intenté contre le groupe d'émigrés politiques qui étaient revenus clandestinement en Bulgarie en 1941, et un autre contre des membres et des collaborateurs du CC du PCB. Le tribunal fasciste condamna à mort 18 des émigrés politiques et 12 membres et collaborateurs du CC du PCB, parmi lesquels se trouva Antan Ivanov, secrétaire du Comité central.
De juin 1941 à février 1943, la situation en Bulgarie détermina la tactique de la lutte armée dont la forme essentielle était des opérations de groupes de combat. En outre, sous la direction du PCB, des préparatifs politiques, organisationnels et militaires intensifs furent amorcés en vue d'élargir le mouvement de la résistance.
La lutte héroïque du peuple soviétique contre les envahisseurs nazis renforça la foi du peuple bulgare en la victoire finale des forces antifascistes. La victoire historique de l'Armée rouge dans la bataille de Stalingrad eut une influence particulièrement favorable. Le CC du PCB constata que grâce à cette bataille, la résistance renforcée par l'afflux de nouvelles forces et il estima que la lutte antifasciste accédait A une nouvelle étape. Aux termes de la directive du CC du PCB de février le parti prit une série de mesures destinées à transformer la lutte armée en insurrection nationale. Les groupes de partisans et les groupes de combat multiplièrent leurs actions.
En mars-avril 1943, le CC du PCB établit un plan global d'opérations militaire regrouper les forces des partisans et de réorganiser leur future tactique; la Commission militaire centrale fut transformée en Etat-major général de l'Armée insurrectionnelle de libération nationale (AILN) qui était en train de se constituer. L’Etat-major général était dirigé directement par le Bureau politique du CC du PCB. Le pays fut divisé en treize zones opérationnelles d'insurrection . Les unités de combat de l'AILN furent formées dans les zones dirigées politiquement par les comité départementaux du PCB et les représentants du CC.
La formation de l'Armée insurrectionnelle de libération nationale fut un processus complexe et difficile qui, dans certaines régions du pays, se poursuivit jusqu'au printemps de 1944.
Parallèlement à la création des zones opérationnelles de l'insurrection et de leurs états-majors, le CC du PCB, l'État-major général de l'AILN et les comités départementaux du parti s'attachaient activement à accroître les effectifs de la résistance pour en faire un mouvement de masse. C'est ainsi que beaucoup de compagnies dans plusieurs zones militaires opérationnelles se regroupèrent pour former des détachements et que de nouvelles compagnies furent constituées.
L'extension et la réorganisation de la Résistance au sein de l'Armée insurrectionnelle de libération nationale furent accompagnées d'une recrudescence des actions de combat de ses unités et subdivisions. D'après des renseignements des services secrets allemands, pendant les neuf premiers mois de 1943, au total 1 052 actes de sabotage furent accomplis dans le pays.
Le déploiement du mouvement antifasciste dans le pays força le régent, le général Nikolas Mikhov, à avouer qu'il existait un véritable "front intérieur" qui allait s'élargissant et "menaçait la sécurité de l'État".
Sous l'influence des victoires historiques de l'Armée soviétique et en raison de la crise politique intérieure qui ne cessait de s'exacerber, les compagnies et les détachements de partisans passèrent, en automne 1943, à des offensives plus audacieuses contre la dictature monarcho-fasciste. De septembre à décembre 1943, ils entreprirent 512 actions, dont 125 pour s'emparer de certaines localités. Malgré les conditions pénibles de l'hiver 1944, 254 actions furent réalisées en janvier et en février. Le gouvernement monarcho-fasciste profita de l'hiver pour entreprendre une nouvelle offensive contre l'AILN.
Les forces militaires et la gendarmerie réussirent à anéantir quelques unités de partisans, mais la campagne d'hiver n'eut pas les résultats escomptés. Les groupes de partisans conservèrent leurs forces, continuèrent à augmenter leurs effectifs et à accomplir des actes audacieux afin de s'emparer de certaines localités.
La recrudescence de la lutte antifasciste armée dans le pays obligea le Haut commandement hitlérien à prendre, début mars 1944, des mesures spéciales pour protéger ses unités en Bulgarie.
Le déploiement de la lutte armée, sous la direction du PCB, ainsi que les victoires remportées par l'Armée soviétique au printemps 1944 conduisirent à un nouvel élan du mouvement de libération nationale. Dans la 1ère zone insurrectionnelle opérationnelle (Sofia), des centaines de membres du PCB et de l'Union de la jeunesse ouvrière furent mobilisés et en un bref laps de temps, trois brigades de partisans furent formées. Le 15 avril 1944, au pied du mont Mourgache, Todor Jivkov annonça devant 400 partisans la décision de l'état-major de la zone de former la brigade "Tchavdar". En mai 1944, dans la 1ère zone insurrectionnelle opérationnelle (ZIO) furent créées la 1ère et la 2ème brigades de libération nationale de la région de Sofia, qui menèrent des luttes sanglantes contre l'ennemi qui les dépassait en effectifs et en matériel de guerre. De nombreux nouveaux détachements se formèrent dans le pays.
Les succès obtenus dans la lutte antifasciste favorisèrent le travail du parti au sein de l'armée. Dès le début de l'invasion de l'URSS par l'Allemagne fasciste, des organisations clandestines commencèrent à se former dans les unités militaires bulgares. De juin 1941 à la fin 1942, 734 soldats, sous-officiers et officiers furent condamnés au cours de 80 procès au tribunal militaire. En 1943, les groupes militaires clandestins approvisionnaient les partisans de plus grandes quantités d'arme et de munitions. Une des tâches du parti dans l'armée était de gagner une partie des officiers à la cause de l'insurrection.
Après avoir adopté la ligne de la lutte armée, la solidarité antifasciste internationale du PCB s'enrichit de formes nouvelles. A l'unité d'action avec les peuples voisins, on vit s'ajouter, après le 22 juin 1941, l'amitié et l'entraide de combat avec les antifascistes yougoslaves et grecs. Le parti intensifia le noyautage des unités envoyées en Serbie et dans certaines régions de la Grèce septentrionale pour remplacer les troupes hitlériennes. Il oeuvrait à faire avorter la politique fasciste, à suggéra aux soldats bulgares une attitude humanitaire envers la population locale, un soutien à sa résistance et une fraternisation avec ses combattants.
Répondant aux appels du PCB, dès octobre et novembre 1941, certains militais bulgares, installés en Serbie, rejoignirent les maquisards. Des militaires antifasciste bulgares en Serbie fournissaient aux résistants locaux des armes, des munitions et autre matériel de guerre. Dans beaucoup de cas, les soldats bulgares procédaient d’une façon toute formelle aux perquisitions et faisaient preuve de passivité dans la chasse aux partisans. Dans un télégramme adressé à Georges Dimitrov à Moscou, le 22 février 1942, Josip Broz Tito déclarait: "Jusqu'à présent les soldats bulgare se sont pas mal conduits avec la population serbe. Certains soldats bulgares sont passés dans les rangs de nos maquisards."
Les partisans bulgares ayant rejoint le mouvement yougoslave de libération nationale conquirent confiance et respect non seulement par leur participation à la lutte, mais aussi par leurs qualités personnelles et leurs exploits. Slavtcho Drotsano (Assen Balkanski) fut nommé chef de l'état-major du détachement de résistants de la Nisava, et Trifon Balkanski – commissaire politique de la 3ème zone opérationnelle Macédoine de Vardar.
Les partisans bulgares opérant en Bulgarie du Nord-Ouest, établirent des relations étroites avec les partisans serbes du bassin du Timok et de la Nisava. Le PC? et les résistants de la région de Tran opérèrent la jonction avec le 2ème détachement de la Morava du Sud et entrèrent en contact avec le comité départemental de Vranje du Parti Communiste yougoslave. Ces contacts devinrent le principal levier des deux partis pour édifier l'unité d'action des forces antifascistes bulgares et yougoslaves.
Le PCB suivait également une ligne internationaliste conséquente dans l'édifies de l'unité d'action et de la collaboration de combat avec les forces antifasciste Grèce. Beaucoup de membres et de sympathisants du parti, qui travaillaient dan Thrace égéenne comme employés, militaires ou fonctionnaires, établissaient des relations avec les antifascistes et les résistants grecs afin de leur apporter leur soutien organisations antifascistes clandestines s'étaient créées dans les garnisons.
En 1943, le CC du PCB poursuivit son oeuvre de consolidation de l'unité de combat entre les antifascistes bulgare et ceux de Yougoslavie et de Grèce . Le18 septembre 1943, le Bureau du CC à l'étranger envoya un groupe d'émigrés politiques bulgares guidés par Chtério Athanassov, auprès de l'État-major général de l'Armée yougoslave de libération nationale (AYLN). En automne 1943, les représentants bulgares à l'État-major général de l'AYLN entrèrent en contact avec le CC du Parti communiste grec et avec des unités de l'Armée albanaise de libération nationale.
Grâce à l'activité révolutionnaire déployée par le PCB au sein des troupes bulgares stationnées sur les terres reprises et dans certaines régions occupées de la Serbie et de la Grèce septentrionale, des unités entières rejoignirent les partisans. Le 15 décembre 1943, les militaires bulgares du sous-secteur frontalier du village de Konsko (région de Gevgelija), conduits par le sous-lieutenant Ditcho Pétrov, passèrent du côté des forces antifascistes. En janvier et en février 1944, le Bataillon de soldats résistants "Christo Botev", qu'ils avaient formé, mena des combats violents contre les forces fascistes, de concert avec les maquisards de l'Armée yougoslave de libération nationale et de l'ELAS.
Le 17 mai 1944, la 1ère compagnie du 123e régiment d'infanterie, composée de 250 hommes sous le commandement du lieutenant Athanasse Roussev, rejoignit les partisans et fraternisa avec la 11e brigade serbe de libération nationale. La compagnie forma la 3e brigade de partisans de libération nationale "Georges Dimitrov".
En été 1944, sous l'influence des victoires remportées par l'Armée soviétique et de l'exacerbation de la crise révolutionnaire dans le pays, la lutte armée antifasciste en Bulgarie accéda à une étape nouvelle décisive. Des patriotes de tous les coins du pays répondirent à l'appel du parti et vinrent grossir les rangs de la Résistance. En juillet et en août 1944, les effectifs des détachements dans la 2e (Plovdiv) et la 3e (Pazardjik) zones insurrectionnelles opérationnelles augmentèrent considérablement.
De nouveaux détachements et compagnies furent créés, répondant ainsi à l'extension du mouvement de Résistance. L'organisation d'importantes offensives nécessita la formation, en juillet et en août de la même année, de nouvelles brigades de maquisards: "Christo Botev", "Vassil Levski" et "Guéorgui Benkovski", qui devaient opérer dans la Sredna Gora; "Georges Dimitrov", "Vassil Kolarov" et "Tchépinets" – dans le Rhodope; la 2e brigade de partisans de la région de Sofia "Tchavdar" (1ère zone insurrectionnelle opérationnelle) et la brigade "Georges Dimitrov" (5e ZIO).
En été 1944, la démoralisation des troupes envoyées en Macédoine de Vardar, en Serbie et en Grèce septentrionale s'accentua. Des centaines de militaires antifascistes se joignirent aux maquisards, formant de nouvelles unités de résistance. Au début de septembre, quelque 1 500 militaires bulgares avaient déserté pour combattre les occupants nazis aux côtés des résistants yougoslaves et g???s.
Au cours de l'été 1944,1'unité d'action des partisans bulgares avec les résistant de l'AYLN et de PELAS se renforça. Dans la nuit du 2 au 3 juin, la 3e brigade de libération nationale "Georges Dimitrov", de concert avec la 11ème brigade serbe, attaqua et anéantit l'aéroport hitlérien près de Leskovac. J.B.Tito écrivit personnellement une lettre au commandant de la brigade pour féliciter ses soldats du succ8 obtenu dans l'accomplissement de cette tâche.
A la demande des antifascistes grecs, le détachement "Anton Popov" de Pétritch fut transféré, en août, dans la région de Serres où il déploya, de concert avec les résistants grecs, de grandes activités politiques et de combat. Le 28 août, le détachement "Vassil Levski", aidé par les combattants du 81e régiment de PELAS, attaqua les garnisons allemands dans la zone "neutre" (bande de terre s'étirant le long de la frontière gréco-turque sur le cours inférieur de la Maritsa). Au bout d'une semaine de combats, ils défirent complètement, par des efforts communs, le régiment avant poste allemand "Dimotika".
La situation favorable en l'été de 1944, permit à l'Armée insurrectionnelle de libération nationale bulgare d'entreprendre des attaques générales. En juin, elle effectua 350 actions, en juillet – plus de 500.
L'offensive des forces antifascistes semait la panique dans les milieux dirigeant fascistes. En août, ceux-ci lancèrent contre les résistants des unités de la gendarmerie, de la police et de l'armée, totalisant plus de 100 000 hommes. Malgré la supériorité numérique de ces forces, le régime monarcho-fasciste ne parvint pas à briser la résistance dans le pays. Les troupes de l'AILN l'en empêchèrent. Elles accomplirent, de plus, 609 actions armées au cours de ce même mois. L'offensive du moi d’Août , menée selon toutes les règles de l'art militaire comme un "combat contre l’ennemi en temps de guerre", confirma une nouvelle fois l'impuissance de la dictature monarcho-fasciste à démanteler le mouvement de résistance, à surmonter la crise par la force des armes et à arrêter l'avance des forces antifascistes.
L'avance victorieuse de l'Armée soviétique vers la frontière bulgare en été 1944 et les offensives de l'Armée insurrectionnelle de libération nationale créèrent une situation favorable qui permit de conjuguer les efforts des facteurs intérieurs et extérieurs pour conduire l'insurrection antifasciste du peuple à la victoire.
3. La victoire de la Révolution Socialiste
? la fin de l'été 1944, la Bulgarie était déjà mûre pour des changements socio-politiques radicaux. Le pillage systématique de la population par les hitlériens, la politique de trahison menée par les gouvernements monarcho-fascistes, les contradictions socio-économiques sans cesse croissantes dans l'État bourgeois eurent pouf de créer une situation révolutionnaire.
Le peuple ne voulait plus vivre comme avant et les cercles dirigeants ne le pouvaient plus.
La crise politique que t?aversait la classe au pouvoir fit monter le mécontentement et l'indignation des classes opprimées. En outre, la crise bulgare ne touchait que certaines parties de la bourgeoisie monarcho-fasciste mais ébranlait tout l'appareil d'État et toutes ses institutions. Les milieux dirigeants disposaient de possibilités fortement réduites pour maintenir les masses en état de soumission, tandis que la volonté des travailleurs d'entreprendre des actions révolutionnaires décisives augmentait sans cesse. Des couches de plus en plus larges de la population se joignaient à la résistance antifasciste et soutenaient sans réserves le Front de la Patrie et le Parti communiste bulgare dans leur lutte pour renverser la dictature monarcho-fasciste.
Les forces armées du mouvement antifasciste tinrent ferme contre la pression furieuse de la réaction et devinrent un puissant appui du Front de la Patrie. Fin août et début septembre, la Résistance comprenait une division, 10 brigades, 36 détachements, 7 bataillons et détachements de soldats maquisards, plusieurs compagnies indépendantes et autres.
Outre une situation objective favorable, il y avait aussi un facteur subjectif favorisant la victoire de la révolution: le prolétariat bulgare, organisé, conscient et discipliné, guidé par son avant-garde politique: le parti marxiste-léniniste. Dans la circulaire N° 4 du 26 août, le CC du PCB estima que l'heure H avait sonné pour la Bulgarie et il fixa le programme des préparatifs directs de l'insurrection. Les forces antifascistes révolutionnaires avaient à affronter une tâche stratégique fondamentale: chasser les troupes hitlériennes, renverser le pouvoir monarcho-fasciste et instaurer le gouvernement du Front de la Patrie. Les moyens de réaliser cette tâche étaient également précisés: lutte générale contre les nazis et leurs suppôts bulgares; organisation de réunions, meetings, manifestations et grèves politiques et leur protection armée; renforcement des attaques contre les troupes hitlériennes et leurs objectifs en concentrant les unités de maquisards et les groupes de combat et en les lançant contre d'importants objectifs stratégiques qui devraient être pris avec l'aide de la population; passage de l'armée du côté des insurgés.
Des membres du Comité central aidèrent les comités départementaux du parti et les états-majors des zones lors des préparatifs de l'insurrection. Ils tracèrent des plans concrets pour mobiliser toutes les forces du parti, de la jeunesse ouvrière, du Front de la Patrie et autres forces patriotiques. Ils fixèrent les tâches des unités de partisans et des groupes de combat, des organisations du parti et de la jeunesse ouvrière, des comités du Front de la Patrie, des forces révolutionnaires dans l'armée pour la prise des objectifs principaux. Ils incitèrent les travailleurs des villes et des villages à mener une lutte politique active, à organiser des grèves, des meetings et des manifestations. Les groupes de maquisards intensifièrent leurs opérations aux environs des villes. Un jour après la distribution de la Circulaire No 4, Georges Dimitrov envoya, au nom du Bureau du Comité central à l'étranger, un radiogramme à la direction du parti, dans lequel il donnait des directives sur l'organisation de l'insurrection. Fin août, le Comité national du Front de la Patrie publia un "Manifeste au peuple bulgare" par lequel il l'exhortait à une lutte audacieuse et énergique contre le fascisme.
Dans cette situation politique dynamique, la bourgeoisie bulgare, pour sauvegarder sa domination de classe, tenta d'empêcher l'entrée de l'Armée soviétique dans notre pays et d'écraser l'insurrection armée qui se préparait. A cette fin, elle eut recours à un remaniement gouvernemental, afin d'obtenir le soutien des milieu bourgeois non fascistes, orientés vers les USA et la Grande-???tagne.
Le nouveau cabinet, aux tendances non fascistes et à caractère démocratique bourgeois, prit certaines décisions démocratiques et déclara qu'il mènerait une politique de "neutralité stricte et inconditionnelle". Dans sa politique intérieure il fi preuve de laxisme, d'inconséquence et d'indécision. Sa politique extérieure étai pro-occidentale et antisoviétique. Le premier ministre lui-même reconnut: "Tout homme politique espère quelque chose. Moi aussi, je fondais mes espoirs sur les Anglais qui se trouvaient en Grèce. J'avais foi en la diplomatie britannique, en Churchill et j'étais convaincu qu'il ne permettrait pas aux Rouges de pénétrer en Bulg??ie.".
La neutralité proclamée par K. Mouraviev était dirigée contre la marche libératrice de l'Armée soviétique dans les Balkans, elle facilitait le retrait des troupes hitlériennes de Grèce et de Bulgarie et leur réorientation vers de nouveaux secteur de défense. Elle entravait aussi le ralliement des antifascistes bulgares, réunis au sein du Front de la Patrie, à la lutte commune des peuples épris de liberté, pour axer le fascisme hitlérien.
De cette façon, la politique étrangère menée par le gouvernement de Mouraviev n’était pas seulement en contradiction flagrante avec l'orientation politique de la Résistance antifasciste, mais aussi incompatible avec les intérêts de la lutte internationale contre les agresseurs nazis pour libérer les peuples européens de la tyrannie fasciste. La "neutralité" de K. Mouraviev ne fut reconnue par aucun Etat de la coalition antihitlérienne.
Le gouvernement soviétique jugea que l'attitude du cabinet de Mouraviev apportait une aide directe à l'Allemagne hitlérienne et que celui-ci menait une politique équivalait, en fait, à une guerre contre l'Union soviétique. C'est pourquoi, dans note du 5 septembre, l'URSS déclara la guerre à la Bulgarie.
Les larges masses populaires accueillirent cette nouvelle avec une joie et un enthousiame révolutionnaire accru, prêts à procéder à des actions décisives. La déclaration de guerre apporta une aide inappréciable aux forces antifascistes, favorisant leur supériorité et faisant pencher la balance au profit de la révolution. "Seul un peuple qui a été en état de guerre – guerre silencieuse et ouverte – avec la bourgeoisie au pouvoir, indique Todor Jivkov, pouvait accueillir la guerre déclarée à la Bulgarie l'Union soviétique comme un soutien à sa lutte...
La note du gouvernement soviétique paralysa complètement le gouvernement, ce fut pour les milieux dirigeants un coup dur, la panique les gagna et ils ne purent s’en relever. Des journées particulièrement pénibles commençaient pour les régents et le gouvernement qui devaient faire face à une banqueroute politique totale.
Les forces antifascistes comprirent immédiatement les véritables raisons de cet acte du gouvernement soviétique et ils l'expliquèrent. Dans une Adresse aux officiers, sous-officiers et soldats de l'armée bulgare, l'État-major général de l'AILN démasqua la trahison et la politique criminelle des dirigeants fascistes qui avaient mené le peuple bulgare à la guerre la plus honteuse, la guerre contre le peuple russe, un peuple frère.
Le Comité central jugea correctement la tension politique dans le pays et la charge révolutionnaire prête à éclater au sein des masses populaires. En conséquence, il prit des décisions qui assuraient la direction immédiate de l'insurrection et l'orientation la plus efficace de toutes les forces démocratiques antifascistes, réunies dans le Front de la Patrie, vers la conquête de la victoire finale.
A sa réunion du 5 septembre, le Bureau politique de concert avec des représentants de l'État-major de l'AILN, établit le plan de l'insurrection et fixa le coup de grâce à la nuit du 8 au 9 septembre à Sofia.
A la même réunion, le Bureau politique examina en détail les mesures concrètes proposées par l'État-major général; il détermina les tâches à accomplir par les groupes de partisans dans les environs de Sofia et dans toute sa zone; il fixa la composition des forces insurrectionnelles dans la capitale; il indiqua les formes d'interaction des forces révolutionnaires, des groupes de combat et des unités de partisans avec les sections de la garnison de Sofia, gagnées à l'insurrection.
D'après la directive du CC du PCB, un bureau opérationnel, dirigé par Todor Jivkov, fut formé dans la capitale. Le bureau était directement relié au CC du parti. et à l'État-major général de l'AILN qui lui assignaient les tâches à exécuter. Il représentait un nouvel organe du parti, un nouveau maillon des structures de l'organisation révolutionnaire dans la capitale. Lors des réunions, meetings et manifestations, le bureau organisait leur protection armée. Il assurait aussi la protection des membres du Bureau politique et du Comité national du Front de la Patrie.
Le 5 septembre, Georges Dimitrov envoya un télégramme au CC du PCB avec les dernières indications pour l'insurrection. Suivant les instructions du Bureau politique et les indications du guide du peuple bulgare, des représentants du parti. communiste se dirigèrent immédiatement vers les départements et les ZIO pour aider les insurgés sur place.
Le PCB organisait l'insurrection antifasciste conjointement avec les représentants des autres partis antifascistes dans les comités du Front de la Patrie. Des membres du Comité national et du Comité régional de Sofia du Front de la Patrie participèrent à l'établissement du plan de l'insurrection dans la capitale. Des dirigeants du Front de la Patrie contribuèrent à attirer de nouvelles sections de l'armée régulière à Sofia, à Plovdiv et dans d'autres centres administratifs.
L'offensive générale des forces antifascistes influait également sur l'édification organisationnelle du Front de la Patrie. Rien que du 1er au 8 septembre, plus de 127 comités départementaux et locaux du Front de la Patrie furent constitués, et à la veille du 9 septembre leur nombre dépassait les 760. Du point de vue territorial , ils furent répartis dans 85 districts (le pays en comprenait 95 au total) et dans plus de 570 localités.
La préparation de l'insurrection ne passa pas inaperçue dans les milieux dirigeants. Malgré leurs positions ébranlées, le gouvernement et ses partisans ne jugèrent pas nécessaire de se rendre et de reculer, mais ils s'évertuaient par tous les moyens à se maintenir au pouvoir. Ils prirent des mesures pour prévenir l'éclatement de la révolution. Les ordres donnés aux troupes, à la gendarmerie et à la police recommandaient une vigilance accrue et une résistance armée à toute tentative des résistants de prendre le pouvoir.
Dans ses heures d'agonie, l'ennemi de classe devenait féroce et ne pouvait être écarté que par la force des armes. Mais d'une façon ou d'une autre, les conditions pour le dernier assaut du mouvement révolutionnaire contre le pouvoir capitaliste dans le pays étaient arrivées à maturité complète et personne ne pouvait plus arrêter la marche de l'Histoire. La tension augmentait. Les forces révolutionnaires passèrent à un assaut décisif contre le monarcho-fascisme, convaincues qu'elles faisaient partie intégrante du front commun des peuples contre le fascisme. La lutte armée se transformait en une insurrection antifasciste de tout le peuple. Elle commença par la prise du pouvoir politique dans plusieurs localités du pays, par des manifestations violentes dans les villes, par des grèves des ouvriers des fabriques, des entreprises et des ateliers, par l'ouverture des prisons et la mise en liberté des détenus politiques.
L'insurrection dans le pays éclata quelques heures après la déclaration de guerre de l'URSS au gouvernement réactionnaire bulgare: le 6 septembre, le pouvoir du Front de la Patrie fut établi dans beaucoup de localités en Bulgarie du Nord et du Nord-Est. Le même jour, à l'appel du Comité urbain du PCB de Sofia, les traminots se mirent en grève. Le parti. organisa une manifestation contre laquelle des policiers et des nazis tirèrent des coups de feu. En exécution du plan de préparation de l'insurrection, une partie du détachement de partisans de la région de Sofia entra clandestinement, le 6 septembres dans la capitale et organisa quelques actions dans différents arrondissements de la ville. Dans les environs de Tran (près du village de Kalna) se forma la plus grande unité de maquisards bulgares, la Première division de libération nationale qui reçut des armes et des munitions transportées par des avions soviétiques et qui devait se diriger vers Sofia.
Pendant cette journée, des unités de maquisards accomplirent 56 actions de combat dans le pays. Ils s'emparèrent de nombreuses localités, punirent des ennemis du peuple et expliquèrent, à des réunions, la nécessité d'une insurrection populaires pour l'instauration du pouvoir du Front de la Patrie. La prise de ces premières localités par les forces révolutionnaires victorieuses marqua le début du grand tournant historique dans le développement multiséculaire de la Bulgarie.
Les 7 et 8 septembre, une puissante vague révolutionnaire déferla sur de nombreuses régions du pays. De larges activités organisationnelles, politiques et militaires furent déployées en vue de dernier combat qui devait être décisif.
Les travailleurs de Sofia organisèrent un nouveau meeting grandiose, sous la protection de groupes de combat et de maquisards.
Sous la direction du Comité départemental du parti, les ouvriers du tabac de Plovdiv quittèrent les entrepôts et les fabriques de cigarettes et organisèrent une manifestation enthousiaste.
La grève de Pernik s'étendit à toutes les mines, entreprises industrielles et chemins de fer. Les grévistes étaient soutenus par les groupes de combat dans la ville et par les partisans venus dans ce but.
Des offensives furent également organisées dans d'autres grandes villes du pays. Les masses de travailleurs enfoncèrent les portes des prisons à Silistra, Varna et dans d'autres villes et libérèrent des milliers de détenus, fils fidèles du peuple. La participation active des travailleurs à la lutte révolutionnaire témoignait de sa transformation en insurrection.
Les formations de partisans multiplièrent leurs coups contre l'ennemi – le 7 septembre, 61 actions de combat furent organisées, dont la plupart se terminèrent par l'établissement du pouvoir démocratique populaire dans des dizaines de nouvelles localités. L'ennemi surpris fut impuissant devant les nombreuses manifestations révolutionnaires des différentes couches du peuple bulgare, devant la lutte audacieuse pour la prise du pouvoir politique par le Front de la Patrie. Par contre, les travailleurs étaient pleins de foi et de volonté, convaincus qu'ils pourraient renverser le régime exécré d'oppression et de misère et prendre le destin du pays entre leurs mains.
L'état de guerre proclamé par l'Union soviétique, l'activité accrue des unités de l'AILN, les manifestations de masse, les meetings, les grèves politiques et les autres actions révolutionnaires des masses populaires accélérèrent le processus révolutionnaire dans l'armée. De nombreux soldats refusèrent d'exécuter les ordres antipopulaires du commandement réactionnaire et, lors des manifestations générales du peuple, ils exprimaient leur volonté de soutenir la juste lutte des travailleurs. Leur conscience révolutionnaire s'affirmait, ils se soustrayaient, d'un jour à l'autre, à l'influence du commandement fasciste et, sous la direction des groupes et organisations clandestines des militaires, se préparaient à prendre part à l'insurrection populaire.
L'élan révolutionnaire du peuple insurgé atteignit son point culminant le 8 septembre, lorsque les troupes du Troisième front d'Ukraine franchirent la frontière roumano-bulgare. Comme on s'y attendait, les troupes bulgares les laissèrent passer sans la moindre résistance. Au contact avec les unités de l'Armée soviétique, il n'y eut pas la moindre velléité de combat, au contraire, les troupes bulgares accueillirent avec joie les soldats et commandants soviétiques. Les troupes du Troisième front d'Ukraine progressèrent, les 8 et 9 septembre, de 170 km sur le territoire de la Bulgarie sans même avoir dû combattre.
L'avance des troupes soviétiques se transforma en une véritable marche de libération. Partout, ces troupes étaient accueillies avec un enthousiasme indescriptible par la population bulgare. On les couvrait de fleurs, on leur offrait "le pain et le sel" selon la coutume slave, on les recevait comme des frères et des libérateurs. "Observant ces scènes émouvantes, écrit S. S. Biruzov, maréchal de l'Union soviétique,j'éprouvais le sentiment que la guerre était finie et que nous rentrions dans notre patrie, tellement les sentiments du peuple bulgare à notre égard étaient sincères.".
La présence des troupes soviétiques exerça une influence décisive sur le déroule ment de l'insurrection. Les forces antifascistes, conscientes de l'aide et de l'appui fraternels, lancèrent une offensive générale. Le pouvoir monarcho-fasciste fut renversé, dès le 8 septembre, dans presque toute la Bulgarie du Nord-Est avec ses principales villes: Varna, Dobritch (act. Tolboukhine), Silistra, toutrakan Kavarna Baltchik et autres.
L'insurrection prit une grande envergure à Plovdiv, deuxième Centre économique, administratif et de communication en Bulgarie, bastion du mouvement révolutionnaire.
La lutte pour l'établissement du pouvoir populaire toucha aussi d’autres grande villes telles que Bourgas, Sliven, Gabrovo, Gorna-Oriakhovitsa et autres.
Le CC du PCB, l'État-major général de l'AILN et le Comité national du Front de la Patrie préparèrent l'assaut de la capitale. Le 8 septembre, les derniers préparatifs étaient finis: réunions importantes, décisions définitives, instructions concrètes. Vu l'effervescence révolutionnaire des travailleurs de la capitale, on décida de porter le coup de grâce la nuit du 8 au 9 septembre, à 2 h du matin. Les troupe régulières, passées du côté du Front de la Patrie, prirent part à l'assaut, ainsi que des groupes de partisans et des groupes de combat. Ils étaient soutenus par les organisations du parti, de la jeunesse ouvrière, du Front de la Patrie et par tout le mouvement ouvrier.
En premier lieu, les insurgés investirent le ministère de la guerre, la Poste centrale, la Banque nationale et Radio Sofia. Ils s'emparèrent ensuite de tous les autres sièges du gouvernement, de la Direction et des commissariats de police, des garer de chemin de fer et des poudrières. On distribua aux travailleurs les armes prises dans les entrepôts. Le pouvoir dans la capitale passa aux mains du peuple.
? 6 h 25, Kimon Guéorguiev, premier ministre du gouvernement du Front de la Patrie, donna lecture du premier document historique du nouveau pouvoir : La Proclamation au peuple bulgare. Cette adresse mettait l'accent sur les objections de la politique étrangère: l'établissement de relations indéfectibles avec l’URSS, l'association des efforts du pays à la lutte de la coalition antifasciste pour anéantir le fascisme hitlérien, pour défendre les intérêts nationaux de la Bulgarie.
Le nouveau gouvernement déclara être "l'interprète fidèle de la volonté du peuple" et assumer la grande responsabilité de gouverner le pays « pendant ces heures fatidiques et dans ces conditions pénibles... pour le sauver de la catastrophe ».
C'est de cette façon dynamique que l'insurrection remporta rapidement la victoire dans le centre politique, économique, administratif et militaire du pays. La population en liesse inondait, telle une rivière en crue, les principales artères de la capitale, se dirigeant vers la légation soviétique. Là, les citoyens manifestèrent ,un meeting solennel, leurs sentiments de joie et de reconnaissance envers les frères libérateurs, leur désir de contribuer à la défaite finale du fascisme hitlérien, de défendre les conquêtes du 9 Septembre
Le flambeau de l'insurrection passa également par les autres localités du pays. Dans la plupart, le pouvoir démocratique populaire fut instauré le 9 septembre. Dans les villages les plus éloignés, il fut établi plus tardivement.
Les soldats révolutionnaires et les sous-officiers et officiers progressistes prirent une part active à l'offensive des forces antifascistes, aux côtés des travailleurs et des détachements de maquisards. A la veille de l'insurrection, la majorité des unités militaires s'avérèrent la force armée et le soutien de la révolution.
La contribution des militaires antifascistes à la victoire fut appréciée à sa juste valeur par Georges Dimitrov. "Le 9 septembre, déclara-t-il dans son rapport devant le Cinquième congrès du PCB, sous les coups puissants des masses populaires unies, aidées par les détachements d'insurgés et des soldats et officiers révolutionnaires, la dictature monarcho-fasciste exécrée fut renversée..."
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La révolution socialiste fut l'oeuvre du peuple, de la classe ouvrière, des paysans laborieux et des intellectuels issus du peuple; elle fut un résultat logique de la lutte antifasciste menée dans le pays, une conséquence naturelle du duel à mort qui dura plusieurs dizaines d'années entre deux classes antagonistes: la bourgeoisie et le prolétariat. La principale force motrice de la révolution fut le prolétariat bulgare qui s'était formé comme une classe opposée totalement à la bourgeoisie, comme une classe dirigeante, défenseur conséquent de ses intérêts et de ceux des autres travailleurs.
Le parti de la classe ouvrière fut la principale force politique, la force la plus active à la veille et pendant l'assaut final. Il organisa et dirigea l'insurrection, créa le Front de la Patrie en tant que concentration politique des antifascistes, forma les détachements armés d'assaut de la révolution, comprenant les partisans, les membres des groupes de combat, les agents de réseau et les unités de l'armée ayant participé à l'insurrection.
L'Armée soviétique joua un rôle déterminant de facteur externe dans la victoire de la Révolution socialiste en Bulgarie. Par sa marche libératrice sur le territoire bulgare, l'Armée rouge créa des conditions favorisant la victoire. Elle paralysa les actions des forces réactionnaires, les désorganisa et leur ôta tout le désir de résister. En pénétrant sur notre territoire, elle défendit fermement notre intégrité territoriale. D'un autre côté, elle exerça une influence morale et psychologique sur les combattants du peuple: elle releva leur esprit révolutionnaire et leur enthousiasme, renforça leur optimisme quant à la victoire finale, les incita à des combats décisifs. Bref, l'aide que nous a prêtée l'Union soviétique concernait tous les domaines de la vie du pays, toutes les tâches essentielles du pouvoir démocratique populaire. "Le plus grand mérite dans la victoire du Neuf-Septembre, dit Georges Dimitrov, dans la libération de notre patrie du joug fasciste allemand revient à l'Armée soviétique héroïque.".
La coordination grandiose de l'assaut révolutionnaire des masses avec la marche triomphale des troupes du Troisième front d'Ukraine, c'est-à-dire des facteurs internes et externes, détermina le dynamisme révolutionnaire de l'insurrection et charge élevée des actions des insurgés.
La situation internationale favorable, l'aide active et décisive de l'Armée soviétique, le ralliement des larges masses populaires au Front de la Patrie, le grand prestige du PCB acquis lors de l'organisation et du dénouement de la révolution, permirent à la lutte contre la dictature monarcho-fasciste, pour l'indépendance national la démocratie et le progrès social de fusionner définitivement, le 9 septembre 1944 avec la lutte contre le capitalisme.
Cette journée vit le renversement du pouvoir politique de la bourgeoisie capitaliste et son passage dans les mains de l'immense majorité du peuple, des travailleurs des villes et des villages. L'insurrection du 9 septembre 1944 ne marque pas seul ment la fin de la domination politique de la bourgeoisie, mais aussi le début d'ut nouvelle époque historique dans le développement du pays: le passage du capitalisme au socialisme et l'édification du nouveau régime social. Révolution démocratique populaire par sa forme, relève T. Jivkov, qui "revêt dès ses débuts, un caractère socialiste" . Par la victoire du Neuf-Septembre, la Bulgarie rompit définitivement avec le fascisme et se joignit aux pays de la coalition antifasciste. L'armée bulgare qui comptait un demi-million d'hommes, tout le potentiel militaire et économique de I'Etat passaient déjà du côté de la coalition antihitlérienne.
L'ADHESION DE LA BULGARIE A LA COALITION ANTIHITLERIENNE
ET LES PREPARATIFS DE GUERRE DU PAYS
1. Objectifs et caractère de la Guerre patriotique du peuple bulgare
Au lendemain du renversement de la monarchie fasciste, le jour même de l'instauration du pouvoir populaire démocratique, la Bulgarie se joignit à la coalition antihitlérienne et engagea des opérations militaires intenses contre les troupes hitlériennes dans les Balkans. Ainsi commença la participation de la Bulgarie à la guerre contre l'Allemagne nazie, baptisée par le peuple bulgare "la Guerre patriotique".
La Guerre patriotique de la Bulgarie (9 septembre 1944 –15 mai 1945) fut une suite logique et naturelle de la lutte antifasciste armée du peuple bulgare dans les nouvelles conditions historiques. La lutte antifasciste armée en Bulgarie (1941-1944) et la Guerre patriotique (1944-1945) marquèrent deux étapes dans la lutte du peuple bulgare contre le fascisme.
Durant toutes les années de la Résistance, le parti communiste lia étroitement la lutte contre le fascisme bulgare à la lutte contre l'Allemagne nazie. Certes, le parti menait, dès avant 1941, une lutte idéologique et politique intransigeante contre le fascisme allemand. Mais après 1941, cette lutte acquit encore plus d'ampleur pour parvenir à son point culminant: la lutte armée. En 1941, les forces révolutionnaires en Bulgarie se trouvaient, en effet, en état de guerre contre le fascisme bulgare et ses alliés nazis. C'est alors que prit naissance l'idée de déclarer officiellement la guerre à l'Allemagne nazie. La décision, à ce propos, fut prise par la Bulgarie nouvelle, démocratique, au lendemain de la victoire sur la monarchie fasciste.
La dictature monarcho-fasciste abolie et le pouvoir bourgeois renversé, il restait à mener jusqu'au bout la deuxième grande "tâche nationale, notamment la participation de notre peuple à la guerre pour la défaite totale du nazisme". Cette tâche politique et militaire fut menée à bien au cours de la guerre qui s'inscrivit dans l'histoire bulgare moderne comme le couronnement de la lutte antifasciste du peuple bulgare.
La participation de la Bulgarie à la guerre contre l'Allemagne nazie était une
nécessité objective, dictée par d'importantes raisons politiques et militaires. Il s'imposait de défendre la Bulgarie nouvelle, populaire et démocratique qui était directement
menacée par les opérations des troupes hitlériennes à sa frontière occidentale. Les
conquêtes révolutionnaires du peuple bulgare étaient en danger et il fallait les défendre.
Le 22 septembre 1944, le CC du PCB s'adressa au peuple bulgare par un manifeste: "L'Allemagne nazie essuie défaite après défaite tant à l'Est, qu'a l'Ouest et au Sud, mais la bête féroce ne se rend toujours pas. Maintenant, du côté de notre frontière occidentale, elle s'apprête à attaquer notre pays pour fouler aux pieds du moins, pour compromettre la glorieuse victoire populaire du 9 septembre...
Le 9 septembre est en danger !
La liberté est en danger!
La Patrie est en danger!
...Ce moment historique décisif exige que chaque citoyen accomplisse immédiatement et en toute conscience son devoir patriotique, consacrant toutes ses fort et tous ses moyens, y compris sa vie, au nom du salut de la Patrie.".
Ainsi, donc, en se joignant à la coalition antihitlérienne, le peuple bulgare lutte pour défendre sa liberté et son indépendance. La défaite de l'Allemagne nazie fut un gage du développement ultérieur de la Bulgarie sur la voie de la paix, de la démocratie et du socialisme.
La nécessité pour la Bulgarie de s'engager dans la guerre découlait de la nature du contenu du nouvel ordre social instauré après la victoire du 9 septembre 1944.
Une des principales causes politiques de la participation du peuple bulgare à guerre sur le territoire d'autres pays fut bien la nécessité de rétablir le prestige international de la Bulgarie qui avait été terni par la politique du régime fasciste.
A travers les opérations victorieuses de son armée, la Bulgarie luttait pour l'instauration d'une paix équitable lors du pénible duel diplomatique qui allait s'engager. Vu ces considérations, G. Dimitrov souligna: "Il nous faut comprendre que l'avenir de notre pays dépendra en premier lieu de notre contribution réelle, en tant que peuple et Etat, aux efforts militaires communs pour écraser le plus rapidement possible l'Allemagne nazie, pour aboutir le plus rapidement possible à l'issue victorieuse la guerre et pour instaurer une paix juste et durable."
La conduite efficace de la Guerre patriotique permettait au peuple bulgare de défendre dignement la souveraineté nationale et l'intégrité territoriale de la Bulgarie nouvelle.
Telles étaient les plus importantes circonstances qui déterminèrent le caractère patriotique de la guerre menée par le peuple bulgare contre l'Allemagne nazie. La Bulgarie nouvelle s'engagea dans la guerre aux côtés de la coalition antihitlérienne également pour remplir son devoir internationaliste vis-à-vis des peuples qui n'étaient pas encore libérés des conquérants hitlériens.
Le 22 juin 1941, le PCB exhortait déjà le peuple bulgare à empêcher absolument que sa terre et son armée soient mises au service des visées criminelles du fascisme allemand. La lutte armée du peuple bulgare contre le fascisme devait résoudre des problèmes aussi bien nationaux qu'internationaux. Cette lutte était l'expression non seulement d’un patriotisme profond , mais aussi de l’esprit internationaliste car elle était organisé et menée pour la défense de l’Union Soviétique et pour la défense des peuples assujettis. Un grand nombre de Bulgares prirent part à la Grande Guerre patriotique du peuple soviétique, d'autres s'enrôlèrent dans le mouvement de résistance de pays proches et lointains.
Pendant la période de 1941 à 1944, la lutte contre le fascisme conjuguait en permanence principe national et principe international. Cette politique découlait des sentiments internationalistes profonds du peuple bulgare, de sa solidarité fraternelle avec les travailleurs des autres pays. Elle se manifesta brillamment au cours de la Guerre patriotique. "Dans la mesure de ses possibilités, la Bulgarie contribua à l'affranchissement des Balkans des conquérants nazis, à la victoire définitive sur ces derniers."
La participation de la Bulgarie à la guerre dans les Balkans était imposée aussi par certaines considérations militaires. Malgré les lourdes défaites qu'essuyaient les hitlériens sur le front soviéto-allemand, ils n'avaient pas encore perdu leurs fortes positions dans les Balkans, occupant des régions stratégiques en Yougoslavie, en Grèce et en Albanie.
Pendant plus de trois ans, l'Armée yougoslave de libération nationale mena des combats héroïques contre les occupants hitlériens. Par ses effectifs, son organisation et son commandement, par sa conduite énergique de la lutte armée, sa riche expérience au combat et son moral élevé, elle était une force militaire considérable. Vers le mois de septembre 1944, l'Armée yougoslave de libération nationale comptait environ 400 000 combattants et avait déjà libéré une grande partie du territoire du pays.
Cependant, elle manquait d'équipements, d'artillerie, de chars et d'aviation.
A cette époque, l'ennemi opérant sur le territoire yougoslave dépassait considérablement l'AYLN en effectifs, en armements et en matériel de guerre. L'ennemi détenait toujours les grandes villes et les régions industrielles du pays, contrôlait les points stratégiques, les principales routes, le transport ferroviaire et fluvial et son armée de l'air était bien supérieure. A la fin du mois de septembre 1944, le commandement nazi en Yougoslavie disposait de 270 000 soldats allemands, de 30 000 combattants alliés et d'environ 270 000 adeptes du général Quisling (Adeptes du général Nedic et du général Lotic,groupement de fascistes yougoslaves,albanais,etc.), soit 570 000 personnes au total. En outre, le groupe d'armées hitlériennes "E", qui comptait environ 350 000 personnes, se retirait de Grèce et des îles de la mer Egée en passant par le territoire yougoslave
Le rapport des forces était donc au profit des conquérants nazis. Les historiens yougoslaves relèvent, eux-mêmes, "qu'au début des opérations militaires de libération de la Serbie le rapport des forces en effectifs, armement et techniques de guerre était défavorable à l'AYLN. Les corps et les divisions de l'AYLN qui pénétraient en Serbie évitaient les combats de front. Pour pouvoir lancer une offensive victorieuse contre un ennemi fort et effectuer une percée dans sa défense, une importante force armée était nécessaire: effectifs, artillerie, blindés, etc., c'est-à-dire qu'une supériorité en force et en moyens était indispensable. Cette supériorité ne pouvait être obtenue que par les opérations coordonnées de l'Armée soviétique, de l'Armée populaire bulgare et de l'Armée yougoslave de libération nationale. Ainsi, lorsque les avant-gardes de l'Armée soviétique approchèrent la frontière yougoslave, le commandant en chef de l'AYLN, maréchal J.B. Tito, "s'adressa au Comité d'État de la défense de l'URSS et insista pour que les troupes soviétiques pénètrent en Yougoslavie, car l'AYLN ne disposait pas d'armement lourd, ni de blindés. Pour cette raison, il lui était impossible mettre en déroute les troupes allemandes sur son territoire ou d'empêcher leur retrait de la Grèce vers le Nord".
Du point de vue militaire, la participation de l'Armée populaire bulgare à la guerre fut dictée par la nécessité d'écraser le plus vite possible les occupants nazis dans les Balkans.
D'après le projet du Haut commandement soviétique, l'Armée populaire bulgare devait immédiatement prendre part à la guerre afin d'écraser le plus rapidement possible les troupes nazies en Yougoslavie.
Le Haut commandement soviétique organisa l'Opération de Belgrade comme une offensive conjointe avec l'Armée soviétique, l'APB et l'AYLN. Il comptait la 1ère , la 2ème et la 4ème armées bulgares, alors concentrées le long de la frontière bulgaro-yougoslave.
Si la Bulgarie n'avait pas participé à la guerre, ce qui était, d'ailleurs, désiré par certains milieux réactionnaires dans le pays et à l'étranger, le flanc gauche de l’Armée soviétique aurait dû s'étendre loin au Sud. Ceci aurait été en contradiction avec la situation politique et militaire dans les Balkans à cette époque, avec les efforts l'Union soviétique pour accélérer la défaite totale de l'Allemagne nazie.
La question de la participation de l'APB à la guerre en territoire yougoslave résolue, grâce au concours de l'Union soviétique et du Haut commandement de l'Armée soviétique, à la politique internationaliste du PCB et aux efforts personnels Georges Dimitrov. Le 5 octobre, à Craïova, eut lieu une rencontre entre J.B.T et la délégation du gouvernement bulgare du Front de la Patrie, au cours de laque les deux parties signèrent un accord de coopération militaire.
La participation de la Bulgarie à la guerre aux côtés de la coalition antifasciste porta un dur coup moral et politique à l'Allemagne nazie, et marqua, en même temps, un grand succès pour l'Union soviétique et ses alliés.
Différents facteurs interdépendants - intérieurs et extérieurs - déterminais plusieurs traits caractéristiques de la Guerre patriotique du peuple bulgare.
En premier lieu, il s'agissait de la guerre la plus progressiste dans l'histoire 13 siècles de la Bulgarie, car elle défendait les acquisitions de la révolution socialiste victorieuse. La Guerre patriotique exprimait les intérêts des travailleurs et l'orientation progressiste du développement social. C'était une guerre juste, libératrice, an impérialiste et antifasciste car elle faisait suite à la politique menée par le nouveau pouvoir du Front de la Patrie pour défendre l'oeuvre de la révolution et les intérêts des travailleurs, pour accomplir son devoir internationaliste.
La Guerre patriotique avait un caractère progressiste et libérateur car elle faisait partie du vaste front de libération de la Deuxième Guerre mondiale et était étroitement liée à la Grande Guerre patriotique de l'Union soviétique. Les objectifs poursuivis étant identiques, la Guerre patriotique du peuple bulgare ne fut pas sans subir l'influence de la Grande Guerre patriotique de l'URSS. La défense de la patrie socialiste, l'écrasement des conquérants fascistes et l'affranchissement des peuples assujettis étaient autant d'objectifs humanitaires, communs aux peuples de tous les pays.
La Guerre patriotique de la Bulgarie se rattachait objectivement aux révolutions populaires et démocratiques dans les autres pays d'Europe orientale et centrale, ainsi qu'aux mouvements populaires progressistes des pays ouest-européens.
Le caractère progressiste et libérateur de la Guerre patriotique expliquait la participation active des masses populaires et l'unité solide entre le front et les arrières.
Les membres du PCB, du Front de la Patrie et de l'Union de la Jeunesse ouvrière, ainsi que leurs adeptes, jouèrent un rôle d'avant-garde dans la guerre.
Les principaux groupes sociaux qui menèrent la lutte antifasciste et qui passèrent à l'assaut le 9 septembre 1944, prirent part également à la Guerre patriotique. Cependant la base sociale de la guerre s'élargit, entraînant aussi des citoyens qui n'avaient pas pris part à la résistance.
Des milieux de plus en plus larges dans les villes et les villages commençaient à comprendre que les intérêts du pays exigeaient une participation active à la guerre aux côtés des forces démocratiques et révolutionnaires jusqu'à la défaite totale du fascisme. Cette mobilisation du peuple résultait de plusieurs faits: le rôle dirigeant du Parti communiste bulgare et du Front de la Patrie qui gagnaient sans cesse la confiance des masses; la puissante influence de la victoire du Neuf-Septembre; la forte influence des traditions révolutionnaires, de l'expérience politique et sociale accumulée par les masses au cours de plusieurs décennies, et surtout dans la lutte contre le fascisme; la prise de conscience par les masses de la nécessité de défendre la révolution et les intérêts nationaux du pays; le haut sentiment de devoir internationaliste, inspiré aux travailleurs par les communistes bulgares au cours des luttes de classe; le grand impact exercé par l'héroïsme de l'Union soviétique et de son armée invincible dans la lutte pour la libération des autres peuples.
Le passage à l'étape finale de la lutte antifasciste du peuple bulgare fut grandement facilité par la préparation politique, idéologique, morale et psychologique des masses à accomplir la tâche historique: prendre part à la lutte des peuples de la coalition antihitlérienne pour l'écrasement définitif du fascisme hitlérien.
L'élan des masses populaires pendant la Guerre patriotique venait prouver son caractère juste et progressiste. Cet élan exerçait une influence bénéfique sur le moral des combattants et contribuait beaucoup au renforcement de la combativité de l'armée. En outre, il paralysait dans une grande mesure les forces réactionnaires qui s'opposaient à cette guerre.
La Guerre patriotique de la Bulgarie fut préparée et conduite dans les conditions de la lutte de classe qui se poursuivait dans le pays. Elle fut déclenchée alors que le gouvernement du Front de la Patrie avait à résoudre nombre de problèmes compliqués liés à la consolidation des acquis révolutionnaires, ce qui faisait surgir des difficultés supplémentaires.
Au début, la Bulgarie n'était pas suffisamment préparée à mener cette guerre. Toute la préparation politique, diplomatique, morale et militaire de la guerre devait être réalisée au cours des opérations militaires qui avaient déjà commencé le 9 septembre 1944. D'où les grandes difficultés qui accompagnaient la conduite de la guerre et la tension incroyable qui régnait au sein du peuple et de l'armée.
L'Opération de Belgrade fut la première interaction sur le front soviéto-allemand entre les armées de trois pays: les armées bulgare, soviétique et yougoslave. Leurs commandements et, en particulier, le commandement de l'état-major du Troisième front d'Ukraine firent preuve d'une aptitude exceptionnelle à organiser les opérations conjointes contre les conquérants nazis.
Les trois armées opéraient conjointement, tout en demeurant des armées indépendantes d'Etats souverains. Chacune d'elles versait son apport au renforcement et au développement de l'interaction au combat, mais le rôle décisif, à cet égard, incombait à l'Armée soviétique. Les opérations conjointes permirent à l'Armée populaire bulgare et à l'Armée yougoslave de libération nationale de puiser à la riche expérience de l'Armée soviétique et de s'équiper d'armements modernes. Cette interaction était une des sources de la force de l'APB et de sa participation efficace à la guerre. C'était la première fois dans son histoire que l'Armée bulgare avait un allié si fidèle et puissant que l'Armée soviétique. Le sang versé aussi bien par les soldats bulgares que par les soldats soviétiques ne fit que resserrer les liens d'amitié entre les deux armées et les deux peuples frères.
Les unités de l'APB, destinées à combattre les occupants nazis au cours de la Guerre patriotique, étaient subordonnées, sur le plan opérationnel, au commandement du Troisième front d'Ukraine, représentant du Haut commandement de l’Armée soviétique.
Dans ce contexte, cette forme d'interaction des armées soviétique et bulgare permit de parvenir à l'unité nécessaire dans la conduite des opérations militaires. Cette unité correspondait aux intérêts nationaux de la Bulgarie. Les troupes bulgare conservaient leur indépendance car la subordination opérationnelle se limitait à 1a fixation des tâches et à la concertation des opérations militaires, conformément aux projets de conduite des opérations communes. Leur vie intérieure était organisée suivant les règlements et l'ordre établis par l'APB.
Le Commandement du Troisième front d'Ukraine ne s'arrogeait pas les fonctions du Haut commandement de l'APB, il ne faisait que l'aider dans la conduite des opérations de ses troupes conformément aux tâches communes du front.
Les opérations auxquelles participaient, les formations bulgares aux cités de l'Armée soviétique étaient conçues et conduites par le commandement soviétique. Sans cette centralisation, les opérations conjointes auraient été impensables. Le commandement soviétique, générateur des tendances les plus progressistes dans le développement de l'art militaire, possédait une riche expérience militaire et politique.
La Guerre patriotique de la Bulgarie (1944-1945) contribua à élever la conscience politique des masses. Le patriotisme et l'internationalisme, l'esprit démocratique et antifasciste, dont firent preuve les travailleurs bulgares pendant la résistance, trouvèrent une nouvelle expression dans l’esprit combatif des troupes de l'APB au cours de la guerre et dans l'immense soutien politique, moral et matériel qu'apportaient su front les larges masses populaires.
2. préparation politique et diplomatique de la guerre
La victoire de l'Insurrection du Neuf-Septembre donna le feu vert à de profondes restructurations sociales et révolutionnaires en Bulgarie. Elle ouvrit une étape nouvelle dans le processus révolutionnaire, modifia radicalement les positions et les fonctions sociales de la classe ouvrière et de la bourgeoisie. Elle apporta une première solution à la principale contradiction sociale: la contradiction existant entre a classe ouvrière et la bourgeoisie.
L'établissement du pouvoir de démocratie populaire en Bulgarie nécessita l'abolition de l'ancien appareil d'État et la création de nouveaux organes d'État et sociaux. Les organes centraux du pouvoir d'État et de l'administration de l'État incluaient des représentants de tous les partis adhérant au Front de la Patrie: le PCB, le Parti agrarien bulgare, le Parti ouvrier social-démocrate bulgare et l'union populaire "Zvéno", tout comme des intellectuels sans-parti.
Dans sa première Proclamation au peuple bulgare, le 9 septembre 1944, le gouvernement du Front de la Patrie souligna qu'il procéderait immédiatement à la réalisation du programme exposé, fin août 1944, dans le Manifeste du Comité national du Front de la Patrie. Dans ce manifeste, l'organe dirigeant du Front de la Patrie appelait le peuple à une lutte hardie et énergique contre l'Allemagne nazie, à la rupture de tout rapport avec cette dernière, à l'amitié avec la coalition antihitlérienne, la compréhension avec nos voisins et, tout particulièrement, avec les peuples de la Yougoslavie nouvelle, à l'instauration d'une paix durable dans les Balkans, à une profonde démocratisation de toute la vie politique, sociale et culturelle, à l'expropriation des capitaux et des biens de la bourgeoisie fasciste et des personnes illicitement enrichies, à la réalisation d'audacieuses réformes économiques, financières et sociales.
Le gouvernement du Front de la Patrie jouait un rôle primordial pour la mise en dace des organes d'État populaires et démocratiques. Sur sa décision fut créé un nouveau Conseil de régence dont faisait partie également un représentant du PCB. Le décret publié immédiatement après, exigeait la dissolution de la XXVe Assemblée nationale ordinaire. De nouveaux directeurs régionaux, préfets, maires furent aussitôt nommés.
Ainsi, la charpente du nouveau système étatique fut mise en place. Au cours de l'Insurrection du Neuf-Septembre et immédiatement après son triomphe, on détruisit les principaux leviers de violence de I'Etat monarcho-fasciste: la police,la Sûreté d'État, les tribunaux politiques (militaires et civils), les prisons et les camps de concentration. Les organisations fascistes furent dissoutes, les lois réactionnaires furent abrogées.
On entreprit d'éliminer de tous les organes de la direction de l'État les éléments fascistes et hostiles. En quelques jours seulement, 30 000 personnes furent destituées. L'abolition de l'ancien appareil d'État fut accompagnée de la constitution de nouveaux organes d'État. Dans toutes les localités, dans le transport ferroviaire et les communications fut immédiatement créée une milice populaire. Parallèlement, on établit les services secrets et, peu après, les tribunaux du peuple. La restructuration révolutionnaire de l'armée fut d'une importance particulière.
La création des organes d'État et des organisations socio-politiques en Bulgarie après la victoire de l'Insurrection du Neuf-Septembre a démontré que la démocratie populaire était un type nouveau d'organisation politique de la société. Elle était d'une structure bien compliquée et, dans le même temps, particulièrement dynamique. Les organes du pouvoir d'État et de la direction de l'État, les comités du Front de la Patrie, les partis politiques au pouvoir et les organisations sociales de ruasse étaient les principaux éléments du système politique de la démocratie populaire. Selon Georges Dimitrov, l'État de démocratie populaire assumait efficacement les fonctions d'un Etat du type de la dictature du prolétariat. Il était, de fait, une nouvelle forme de domination politique de la classe ouvrière.
Le pouvoir de démocratie populaire supprima le monopole politique de la bourgeoisie, annula ses relations internationales, limita ses positions et fonctions sociales. il consolida le rôle dirigeant de la classe ouvrière dans le développement révolutionnaire et la prépondérance politique de ses organisations au sein des organes de gestion de l'État et des organisations sociales, raffermit ses positions et ses fonctions sociales dans la vie économique du pays et dans l'alliance politique des forces révolutionnaires et démocratiques. Le pouvoir de démocratie populaire modifia radicalement l'orientation internationale de la Bulgarie, il la rallia aux États de la coalition antihitlérienne et la lia définitivement à l'Union soviétique., Le premier gouvernement de démocratie populaire souligna dans sa proclamation au peuple bulgare, le 9 septembre 1944, que le pays joindrait toutes ses forces et ressources aux effort de l'Union soviétique et de ses alliés pour chasser les Allemands des Balkans.
La participation de la Bulgarie à la guerre contre l'Allemagne nazie exigeait de la part des organes d'État et des organisations sociales de déployer une large activité en vue de sa préparation politique. Il fallait avant tout éclaircir le caractère de cette guerre. Les masses populaires devaient être convaincues que ce serait une guerre anti-impérialiste et antifasciste, une guerre révolutionnaire du peuple bulgare contre les forces impérialistes du camp fasciste. La participation du peuple bulgare à la guerre était, selon Georges Dimitrov, la tâche numéro 1, la tâche à laquelle devaient être soumises toutes les autres tâches et questions.
La préparation politique de la guerre fut une entreprise d'envergure. Une des principales tâches des départements militaires du Comité central et des comités régionaux et de districts du PCB et de l'Union de la Jeunesse ouvrière, comme ceux du Comité national et des comités régionaux et de districts du Front de la Patrie dans les localités où il y avait des garnisons, consistait à organiser le travail politique de masse au sein des unités militaires et à contribuer à la rééducation de l'armée dans l'esprit antifasciste, démocratique. La préparation politique de la guerre coïncidait avec les premières opérations de l'Armée populaire bulgare contre les troupes du 3ème Reich sur la frontière occidentale de la Bulgarie.
La propagande militaire et politique et le travail politique de masse dans le pays avaient pour principal objectif d'expliquer les buts et le caractère de la guerre, de déployer et de consolider l'unité d'action entre l'Armée populaire bulgare, l'Armée soviétique et l'Armée yougoslave de libération nationale, de créer une atmosphère socio-psychologique contribuant à la mobilisation de tout le peuple bulgare, à l'envoi immédiat des corps d'armée au front et à la participation consciente des officiers, des sous-officiers et des soldats aux combats.
Pour réaliser la tâche principale – la préparation et la conduite de la guerre – le CC du PCB exigeait une discipline de fer au sein de l'armée, afin qu'elle fût prête au combat, que les agents nazis parmi les officiers fussent écartés. Il fallait expliquer que seule la neutralisation rapide du danger nazi et l'expulsion des forces de la Wehrmacht des Balkans créeraient les "conditions nécessaires au travail et à la création dans la paix".
Le 22 septembre 1944, le CC du PCB adressa au peuple bulgare un Manifeste où il était dit que l'Allemagne nazie essuyait des défaites sur tous les fronts, mais que, malgré cela elle se préparait à lancer des troupes contre la Bulgarie, pour anéantir ou compromettre la glorieuse victoire populaire du Neuf-Septembre. Le Comité central soulignait: "Nous n'avons pas le temps d'hésiter! Le combat décisif a déjà commencé, il nous faut faire preuve de courage, mobiliser tout et tous, exécuter immédiatement et strictement tous les ordres de mobilisation dans les arrières et d'opérations au front, marcher hardiment et fermement vers la victoire, sans jamais nous écarter du chemin glorieux de nos illustres pères et aïeux, guidés par Botev, Levski et Rakovski. ".
Les réunions et les conférences organisées par le PCB consacraient une grande attention aux questions de l'armée et de la guerre.
Dans sa lettre adressée, le 28 septembre 1944, au CC du PCB qui était d'une très grande importance pour la préparation politique de la guerre, Georges Dimitrov relevait que, la condition sine qua non de la participation de la Bulgarie à la guerre était la consolidation du Front de la Patrie en tant qu’alliance de combat des véritables forces nationales, populaires, démocratiques, politiques et sociales de notre peuple... Sans la consolidation du Front de la Patrie il est impossible de garantir la participation efficace de notre pays à l'issue victorieuse de la guerre, d'assurer une paix durable et équitable pour la Bulgarie".
Les nombreuses initiatives déployées par l'Union de la Jeunesse ouvrière contribuèrent beaucoup à la préparation politique de la guerre. Ses membres observaient strictement les directives du CC du PCB. A l'initiative du CC de l'Union de la Jeunesse ouvrière, la Commission centrale de la jeunesse, attachée au Comité national du Front de la Patrie, publia, le 9 septembre, un manifeste exhortant la jeunesse bulgare à participer en masse à la lutte pour chasser définitivement et anéantir les hordes nazies et leurs suppôts en Bulgarie et dans les Balkans. Quelques jours plus tard, le CC de l'Union de la Jeunesse ouvrière diffusa un tract appelant les officiers, les sous-officiers et les soldats à se rallier autour du Front de la Patrie, à consolider leur discipline militaire et à prendre part à l'écrasement des troupes hitlériennes.
La vaste activité déployée par le PCB en vue de la préparation politique de la guerre influença fortement les autres partis dont les représentants prononçaient des discours patriotiques à des réunions et des meetings, et invitaient leurs sympathisants et l'armée à prendre part à la guerre. Le 23 septembre, la direction du Parti agrarien bulgare lança un appel où elle soulignait l'importance historique de la guerre contra l'Allemagne nazie et la nécessité pour le peuple et l'armée d'établir leur unité d'action'. Les organisations socio-démocrates soutinrent énergiquement, elles-aussi, la participation de la Bulgarie à la guerre. Immédiatement après l'Insurrection du Neuf-Septembre, le Comité central de l'Union de la Jeunesse ouvrière socialiste, exigea des jeunes socialistes de prendre une part active à la guerre. Le 22 septembre 1944, le CC du Parti ouvrier social-démocrate bulgare adressa au peuple un manifeste où il était dit: "Que la guerre contre la bête fasciste soit la dernière sur la planète, que s'instaurent la paix et la justice éternelles entre les peuples et entre tous les hommes. ".
D. Veltchev, ministre de la Guerre, fit parvenir à tous les corps d'armée un ordre soulignant la nécessité d'une "union complète entre le peuple et l'armée et de l'instauration d'un lien vivant et indestructible entre eux". Cet ordre exigeait la création de liens solides entre les différentes unités et les comités locaux du Front de la Patrie et l'entretien de très bons rapports entre eux. Le Front de la Patrie devait respecter les officiers, les sous-officiers et les soldats qui, de leur côté, devaient oeuvrer à en accroître le prestige et l'influence au sein du peuple.
1.'unité d'action entre les organes dirigeants des partis politiques lors de la préparation de la guerre aboutit à des résultats efficaces dans tous les districts et régions.
La mobilisation fut une des principales tâches relevant de la préparation de la guerre. A ce propos, un important travail politique fut déployé. Dans son appel aux officiers, aux sous-officiers, aux soldats et aux citoyens, le Comité régional du Front de la Patrie de Plovdiv soulignait: "Aujourd'hui, pour la première fois depuis des décennies, vous êtes appelés sous notre drapeau national pour défendre les intérêts de notre peuple, pour défendre notre patrie. C'est la première fois que vous êtes appelés à une lutte ouverte et sacrée contre le pire ennemi de l'humanité, contre les fossoyeurs de notre liberté et de notre indépendance: les nazis.".
De son côté, le Comité national du Front de la Patrie appelait "à la mobilisation de toutes les forces populaires pour prévenir l'irruption des nazis en Bulgarie et pour les chasser hors des Balkans". Seule la participation de notre pays à la guerre contre l'Allemagne nazie pouvait garantir à notre peuple une paix plus équitable de la part de la Grande-Bretagne, des USA et de l'URSS.
Les organes de presse des partis politiques et des organisations de masse jouèrent également un rôle important pour la préparation politique de la guerre. Les différents articles publiés sur leurs pages portaient sur les objectifs et le caractère de la guerre, sur les opérations à la frontière occidentale. On y insérait aussi différents documents du Front de la Patrie, des partis au pouvoir, des unions politiques des jeunes et autres, lançant des appels au peuple.
L'accueil de l'Armée soviétique en Bulgarie, le stationnement de ses troupes et Etats-majors dans les principales localités du pays, les différentes initiatives de ses organes politiques contribuèrent grandement à la préparation politique de la guerre. La concentration d'unités soviétiques dans le Sud de la Bulgarie renforça la conviction des masses populaires que toute intervention étrangère était exclue.
A l'occasion de l'entrée de l'Armée soviétique en Bulgarie, le Comité national du Front de la Patrie publia un appel au peuple où il était dit: "Nous accueillons la glorieuse Armée rouge avec des sentiments sincères et chaleureux non seulement parce que nous éprouvons ces sentiments à l'égard du peuple russe frère, mais aussi parce que cette armée, faisant preuve d'un héroïsme et d'une abnégation sans précédent, triompha de l'obscurantisme nazi et affranchit toute l'humanité de cette sinistre tyrannie.". De pareils appels furent lancés par le Comité départemental du PCB de Yambol, par les comités du Front de la Patrie à Sofia, Véliko Tarnovo, Panagurichté et dans d'autres localités, par les états-majors des VIe et VIIIe zones insurrectionnelles opérationnelles et l'état-major de la Première brigade de partisans de Plovdiv "Georges Dimitrov".
Les comités et les organisations du PCB déployèrent une vaste activité pour organiser l'accueil de l'Armée soviétique et assister le commandement soviétique. Sur leur initiative furent créées, près les comités du Front de la Patrie, des commissions chargées d'accueillir et d'assister les troupes soviétiques.
Le 11 septembre, un groupe opérationnel de la 17e armée de l'air du Troisième front d'Ukraine, placé sous les ordres du général V. Soudets, atterrit avec quelques avions sur l'aéroport de Vrajdebna. Ce furent les premiers soldats soviétiques arrivés dans la capitale bulgare. Ils furent accueillis avec enthousiasme tant à l'aéroport que dans les rues de Sofia. Le lendemain, arriva un nouveau groupe de pilotes soviétiques qui galvanisa de nouveau les habitants de Sofia. Ce groupe fut accompagné des premiers correspondants soviétiques.4 Le stationnement d'unités soviétiques à Sofia s'imposait, vu le danger qui existait pour la capitale d'être bombardée par les nazis.
Mû par des sentiments de fraternité et le désir de coopérer avec le peuple bulgare, le commandement du Troisième front d'Ukraine, lança l'appel suivant aux soldats soviétiques: "Gardez l'amour et l'estime du peuple auquel vous avez apporté la liberté, respectez ses coutumes, ses lois et ses familles. N'oubliez jamais que nous somme venus en Bulgarie non pour imposer aux Bulgares nos lois et coutumes, mais pou chasser les Allemands et leurs agents. Prêtez assistance et secours à la population bulgare, aux soldats, aux officiers de l'armée bulgare dans tout ce qui contribue notre lutte contre l'ennemi commun, contre les conquérants nazis.".
La préparation politique de la guerre donna d'immenses résultats. Elle approfondit le processus de la restructuration révolutionnaire de l'armée, permit de surmontes les hésitations dans certaines unités et contribua à la consolidation de l'unité morale et politique des arrières. C'est en grande partie à ce travail que doivent leur apparition de puissants mouvements sociaux dans le pays: le mouvement pour l'émulation patriotique dans les transports et l'industrie, le mouvement d'enrôlement bénévole dans l'armée, le mouvement d'assistance au front et aux familles des soldats. La préparation politique du peuple à prendre part à la guerre s'effectuait parallèlement aux opérations sur la frontière ouest de la Bulgarie, ce qui lui conférait une signification d'autant plus grande.
Pour que la Bulgarie nouvelle pût participer à la lutte pour l'écrasement de l'Allemagne nazie, elle devait procéder également à la préparation diplomatique de la Guerre patriotique.
La victoire de la Révolution socialiste en Bulgarie eut lieu à un moment d'isolement international complet de notre pays. La rupture de l'alliance avec l'Allemagne nazie contribuait essentiellement à faire sortir le pays de cet isolement. La pénétration de l'Armée soviétique, la cessation de l'état de guerre entre les deux pays et l'amélioration nette des rapports bulgaro-soviétiques furent d'une très grande importance pour le passage de la Bulgarie aux côtés de la coalition antihitlériennes.
Dès le 9 septembre 1944, le gouvernement nomma une délégation composte de: Dimitre Ganev, du professeur Dimitre Mikhaltchev et des généraux Kiril Stantehev et Raïtcho Slavkov. Cette délégation devait entrer immédiatement en contact avec le général d'armée Féodor Ivanovitch Tolboukhine, commandant du Troisième front d'Ukraine en vue d'apprendre les conditions définitives pour la suspension des opérations de l'Armée soviétique contre la Bulgarie et de débattre tant des conditions de l'armistice que du rétablissement des relations diplomatiques avec l'Union soviétique, ainsi que des formes d'interaction entre les troupes soviétiques et bulgares pour chasser l'ennemi des Balkans.
Le Neuf-Septembre, le jour de l'insurrection, la délégation conduite par Dimitre Ganev, survola le Danube et arriva à l'état-major du Troisième front d'Ukraine. Elle fut cordialement accueillie par F.I. Tolboukhine, commandant du front.3 Dimitre Ganev exprima la demande du gouvernement du Front de la Patrie: que le gouvernement soviétique organise les opérations communes des troupes bulgares et celles du Troisième front d'Ukraine.
Le 13 septembre, le Haut commandement de l'Armée soviétique ordonna qu'un soutien énergique fût accordé aux efforts de l'Armée bulgare. Le commandant du troisième front d'Ukraine reçut l'ordre suivant: "Pour la conduite des opérations de nos troupes; y compris de l'aviation, et pour l'organisation de l'interaction avec les troupes bulgares par l'État-major de Bulgarie, envoyez le général de corps d'armée Biruzov pour vous représenter en Bulgarie.". Le 14 septembre, le général de corps d'armée Sergueï Semionovitch Biruzov arriva dans la capitale bulgare. Le premier ministre bulgare confirma de nouveau la demande du gouvernement portant sur l'organisation d'opérations conjointes entre les troupes soviétiques et bulgares en vue de l'expulsion définitive des forces nazies des Balkans.
Le 16 septembre 1944 le commandant du Troisième front d'Ukraine envoya au général D . Veltchev une lettre où il soulignait la nécessité de faire passer les troupes bulgares sous le commandement soviétique pour que, le plus rapidement possible, troupes ennemies fussent mises en déroute "à la suite des opérations conjointes troupes soviétiques et de l'armée bulgare".
La participation de la Bulgarie à la guerre contre l'Allemagne nazie nécessitait la normalisation des relations entre la Bulgarie et la Yougoslavie. Mais certaines contradictions du passé entre les deux pays, de même que la présence récente de troupes de l'armée bulgare monarcho-fasciste en Serbie et en Macédoine de Vardar constituaient des obstacles à ce rapprochement. Les intentions du gouvernement yougoslave d'annexer la région du Pirine créait de sérieuses difficultés. A ce propos, une large discussion fut ouverte, dans la seconde moitié de 1943 et en 1944, entre les directions du PCB et du PCY.
Après la victoire populaire du 9 septembre 1944, des militants de la République populaire de Macédoine débarquèrent dans la région du Pirine pour y créer différents organes publics, placés sous leur direction, et préparer le rattachement de ce territoire à la Yougoslavie. En septembre 1944, Svetozar Vukmanovic-Tempo, Lazar K?li?vski et Mihajlo Apostolski se rendirent à Sofia et tentèrent d'exercer un pression sur les nouvelles autorités bulgares. Dans la capitale bulgare fut également créée une représentation temporaire de la République populaire de Macédoine.
Peu après la victoire du Neuf-Septembre, la direction du Parti communiste yougoslave commença à s'opposer énergiquement à la participation de l'armée bulgare à la guerre contre les nazis sur le territoire de la Yougoslavie et surtout en Macédoine de Vardar. Plus encore, il fut proposé que les unités bulgares concentrées dans le régions de Pirot et de Tsaribrod, (act. Dimitrovgrad) pour combattre l'ennemi, évacuent le territoire yougoslave.
A cette occasion, Georges Dimitrov envoya un télégramme à J. B.Tito dans lequel il souligna la nécessité pour les troupes bulgares les partisans yougoslaves de mener des actions conjointes contre les forces nazie De telles actions furent entreprises également en Macédoine de Vardar. L'État-major général des troupes de libération nationale et des détachements partisans pour la Macédoine, et Tempo, le délégué du CC du PCY et de l'état-major suprême l'AYLN exigeaient également le retrait immédiat des troupes bulgares. Ils consentaient qu'à la présence des troupes qui seraient placées sous le commandement de J.B.Tito.
Au lieu d'accepter la proposition d'unité d'action, avancée par le gouvernement bulgare, le gouvernement yougoslave répondit: "Après avoir examiné la question du stationnement d'unités bulgares sur le territoire de la Yougoslavie et de leur participation, aux côtés de notre armée, à la lutte contre les occupants, nous en sommes arrivés à la conclusion que ceci serait inopportun, l'armée bulgare étant très peu populaire, surtout en Serbie et en Macédoine, et que ceci serait nuisible, surtout maintenant qu'en Serbie et en Macédoine se produit une insurrection populaire, dirigée par le mouvement de libération nationale et que nous avons réussi à asséner un coup de grâce militaire et politique à la réaction des compagnies de la Grande Serbie et de Nedié. Il est nécessaire que les troupes bulgares quittent le territoire de la Yougoslavie. Par la suite,. on pourrait revenir sur cette question et organiser un détachement de partisans sur le territoire de la Bulgarie, qui agirait, à notre demande, sur le territoire yougoslave contre les Allemands et leurs acolytes dans notre pays."
Le Comité central du PCB désapprouva catégoriquement la position du CC du PCY. Dans un radiogramme adressé à Georges Dimitrov, le 22 septembre, il souligna: "Dans les nouvelles conditions, la demande de J.B.Tito, exigeant le retrait des troupes bulgares, est inopportune et nuit à la cause commune. Le commandement soviétique la rejette. Conjointement avec l'Armée rouge, les troupes bulgares passeront, dans un proche avenir, à l'offensive en Yougoslavie. Entretenez-vous immédiatement avec J.B.Tito en vue d'éviter tout incident."
Le développement défavorable des relations bulgaro-yougoslaves sema l'angoisse au sein des milieux dirigeants du PCB. Le 25 et le 27 septembre 1944, à Moscou eurent lieu des entretiens entre Gorges Dimitrov et J.B.Tito. A ces entretiens furent examinés divers aspects de la coopération politique et militaire entre les deux pays. Il y fut question de la création d'une union entre la Bulgarie et la Yougoslavie, compris d'une fédération des Slaves du Sud. Georges Dimitrov et J.B.Tito parvint aux accords suivants:
1. Les corps d'armée bulgares en Macédoine de Vardar combattront conjointement avec les unités yougoslaves, contre les hitlériens. Ils conservent leur autonomie et sont en liaison avec le Haut commandement de l'Armée populaire bulgare. Le gouvernement bulgare aura une mission militaire dans l'État-major suprême et un représentant militaire spécial dans l'État-major dé l'AYLN en Macédoine de Vardar. Après la prise du pouvoir par le gouvernement du Front de la Patrie, le désarment des unités bulgares est suspendu.
2. L'administration bulgare, existant avant la révolution dans les régions de Tsaribrod et de Bossilégrad, doit être remplacée par des comités de libération nationale, désignés par la population bulgare locale et subordonnés non pas au gouvernement Sofia, mais au Comité national yougoslave jusqu'à l'établissement des futures frontières. Dans ces contrées, d'après les assertions de Tito, ne sera établie ni une administration serbe, ni une administration macédonienne. Le PCB et le PCY enveront des délégations de parti, chargées de régler les problèmes apparus. Les deux délégations de parti examineront ensemble la situation et réaliseront les initiatives nécessaire dans l’esprit de l’amité Bulgaro-yougoslave.
Au cours des entretiens, J.B.Tito proposa qu'une délégation gouvernementale bulgare se rende à Craïova pour négocier avec le Comité national yougoslave. La direction du PCY était, certes, consciente que les nouveaux pouvoirs yougoslaves avaient également besoin de reconnaissance internationale, que le gouvernement en émigration à Londres jouissait toujours d'un prestige international et continuait à lancer des initiatives de caractère international. Un accord avec le gouvernement du Front de la Patrie signifierait une consécration internationale pour le Comité national yougoslave et pour le mouvement de libération nationale, créé et dirigé par le PCY.
D'autre part, les pourparlers de Craïova seraient également une consécration internationale pour le gouvernement du Front de la Patrie.
Le 27 septembre, Georges Dimitrov envoya un radiogramme à Traïtcho Kostov, secrétaire du CC du PCB, dans lequel il annonçait qu'une délégation gouvernementale bulgare devait partir pour Craïova et rencontrer J.B.Tito en personne. Le départ de la délégation devait avoir lieu après consultation avec le commandement soviétique.
Fin septembre 1944, la délégation bulgare était prête. Les pourparlers à Craïova, entre la délégation et J.B.Tito, allaient se dérouler avec l'assistance active des autorités militaires soviétiques. Le matin du 5 octobre, le colonel-général S. Biruzov se rendit à Craïova. Peu après arriva la délégation bulgare, conduite par D . ???péchev. D'après le général Biruzov, J.B.Tito s'y montra très avenant. "Il était évident qu'il attendait beaucoup de cette rencontre." Le général S. Biruzov exposa le plan de l'opération de Belgrade devant les représentants de la Bulgarie et de la Yougoslavie sans qu'aucune objection ne survienne.
Au cours des entretiens, un accord de coopération militaire fut obtenu entre la Bulgarie et la Yougoslavie "dans la lutte contre l'ennemi commun, l'occupant allemand ». Tito demanda à recevoir des provisions et des munitions. Il proposa au gouvernement bulgare d'accorder à la Yougoslavie un emprunt pour l'achat de provisions et de ne pas mobiliser une armée trop importante – 200 000 soldats bien entraînés suffiraient. Dans ce cas, il pourrait "habiller" une ou deux divisions yougoslaves. Il y fut décidé que les deux pays échangeraient des représentants et que la Bulgarie accorderait une aide économique à la Yougoslavie.
L'accord de Craïova n'eut pas pour effet d'améliorer sensiblement les relations bulgaro-yougoslaves. Des contradictions et des dissensions continuèrent d'apparaître, empêchant la participation normale de l'armée bulgare à la guerre. Afin de surmonter les contradictions entre les deux pays, le général Blagoï Ivanov, commandant de l'Armée insurrectionnelle de libération nationale et le général Koca Popovic, commandant de l'Armée de libération nationale et des détachements de partisans pour la Serbie parvinrent à un accord sur la répartition des trophées.
Dans la seconde moitié d'octobre, de nouvelles difficultés apparurent, J.B.Tito ayant ordonné le retrait des troupes bulgares de Nis. Ce fut le colonel-général Biruzov qui partit immédiatement pour y régler le conflit. L'ordre donné par J.B. Tito avait été provoqué par une fausse information, rapportant des manifestations soi-disant négatives de la part des soldats bulgares vis-à-vis de la population yougoslave. F. Kozovski, commandant en chef adjoint de l'Armée populaire bulgare, attira l'attention sur "l'immense joie avec laquelle la population serbe accueilli les troupes bulgares libératrices. Les dissensions avec les Serbes découlent non de l'hostilité des masses, mais avant tout, et malheureusement, de certains camarade communistes serbes qui s'obstinent à ne pas vouloir comprendre les changement intervenant dans notre pays, qui ne trouvent pas nécessaire de collaborer avec nous au nom du rapprochement fraternel de nos peuples".
En même temps, dans la région de Pétritch, des représentants de la RP de Macédoine, à l'insu du PCB et du gouvernement de la Bulgarie, prirent les armes et l'artillerie du 39e régiment d'infanterie, formèrent des brigades macédoniennes, destinées à être envoyées en Macédoine égéenne, mirent en place des états-majors macédoniens et tentèrent de monter à la tête de la direction régionale du PCB à Gorna Djoumaïa (act. Blagoévgrad). Traïtcho Kostov relevait que si la région de Pétritch n'était toujours pas rattachée à la RP de Macédoine, ce n'était qu'une question de formalités. Tout ceci n'était point concerté avec le PCB et contredisait l'accord obtenu avec la direction de la RP de Macédoine.
Traïtcho Kostov insistait pour que l'on exigeât de J.B.Tito "la réparation immédiate" des erreurs commises par certains militants macédoniens. A ce propos, date un télégramme à Tito, Georges Dimitrov soulignait: "Je demande inconditionnellement que l'on explique aux camarades macédoniens qu'il est pratiquement impossible de soulever en ce moment la question de l'annexion de la Macédoine bulgare". Selon Georges Dimitrov tout ce qui endiguait la lutte conjointe de la Bulgarie et de la Yougoslavie contre l'ennemi commun "devrait être évité" à tout prix". Il souligne: "J'estime que, dans l'intérêt de l'oeuvre commune, il ne faut rien entreprendre en Macédoine bulgare qui ne soit coordonné avec le CC du Parti communiste bulgare."
La régulation des relations entre la Bulgarie et la Grèce était, elle aussi, d'une grande importance pour la participation de la Bulgarie à la guerre sur le front balkanique. Le triomphe de la révolution populaire et démocratique en Bulgarie et la luisante influence politique exercée par EAM et ELAS au sein du peuple grec étaient une réalité favorisant l'instauration d'un pouvoir démocratique en Grèce. ? ce moment-là, les troupes allemandes s'en retiraient et le commandement britannique escomptait déployer ses troupes dans le pays et faire passer le pouvoir aux mains des milieux nationalistes grecs. L'armée bulgare en Thrace occidentale et en Macédonie orientale (la région de la mer Egée) s'opposa résolument à ces projets. Le 12 Septembre 1944, dans la région égéenne arrivèrent les ministres Dobri Terpéchev Dimitre Néikov, chargés de proclamer les droits et les libertés de la population grecque autochtone, de créer des conditions au rapprochement des nationalités, surtout des Bulgares et des Grecs, et de régler les relations entre l'armée bulgare et les nouvelles autorités grecques.
La délégation gouvernementale bulgare fut accueillie avec confiance par les représentants de EAM et de ELAS. Les deux délégations conclurent, sans trop de discussions, un accord sur la création d'une administration provisoire en Thrace occidentale et en Macédoine orientale, aux termes duquel:
1. Le gouvernement civil devait être cédé à la population grecque locale en la personne de l'organisation EAM.
2. Les troupes bulgares resteraient en Thrace occidentale et en Macédoine orientale avec la tâche d'assurer l'ordre et la tranquillité de la population locale – Bulgares, Grecs, Turcs et autres – et de faciliter la consolidation du pouvoir de EAM.
3. Les institutions bulgares (à l'exception des institutions purement fascistes telles les sections de différents syndicats, les chambres économiques, l'organisation `Brannik" et autres) restaient également en place, le pouvoir local se chargeant de déléguer des représentants dans certaines d'entre elles (postes, chemins de fer, approvisionnement, etc.) pour faciliter les contacts. Le lev bulgare demeurait un moyen de change régulier.
4. La population bulgare locale ou immigrée demeure également à sa place, ses droits et libertés étant garantis par le nouveau gouvernement démocratique et par les troupes bulgares.
La délégation bulgare ordonna aux organes publics et communaux de la région égéenne de céder le pouvoir administratif à EAM et exigea des commandants des troupes d'accorder un soutien total à ELAS. Avec l'assistance active du Front de la Patrie, qui avait établi le pouvoir populaire dans la région égéenne, le 13 septembre 1944 les forces révolutionnaires grecques entrèrent à Cavalla et les 15 et 16 septembre respectivement à Dédéagatch et à Drama. Le pouvoir populaire et démocratique dans la région se consolidait.
Le commandement britannique au Proche-Orient voyait dans les troupes bulgares une force opposée. Ce n'était pas par hasard que W. Churchill lança un ultimatum à l'armée bulgare exigeant son retrait de la région égéenne.
Les milieux nationalistes en Grèce ne voulaient pas se résigner à céder le pouvoir à EAM. Sous ce rapport, ils bénéficiaient tant de l'appui de la Grande-Bretagne que de celui de l'Allemagne nazie. Le rapprochement des troupes bulgares avec ELAS inquiéta également le premier ministre grec Georgios Papandréou. Son unique espoir se fondait sur l'intervention militaire britannique dans le pays. Les 13 et 14 septembre 1944, le commandant Micklettweight-Miller et le capitaine Donald Riddel de la mission militaire anglo-américaine dans la région égéenne rencontrèrent des représentants du 2e corps d'armée bulgare et exigèrent une limitation de l'aide bulgare à EAM.
Le commandement bulgare refusa de satisfaire les exigences formulées. C'est pourquoi, le 16 septembre 1944, le commandant Miller, le capitaine Donald Riddel et les membres de l'État-major des détachements nationalistes grecs de la région égéenne: le lieutenant-colonel Svetsius Thomas, Anastase Topouzlou et Panayotis Papadopoulos, débarquèrent à Sofia. Le jour même de leur arrivée ils se rendirent au ministère de la Guerre où ils furent reçus par les généraux Kroum Lékarski e Blagoï Ivanov. Compte tenu de la situation compliquée, due à la pression anglaise sur la Bulgarie et sur les forces révolutionnaires grecques, les représentants bulgare ne se rangèrent ni du côté de ELAS, ni du côté des nationalistes de Andon Çavug.
A l'issue des entretiens, et sur la décision du gouvernement, une lettre signé par le général Kroum Lékarski, au nom du ministre de la Guerre, fut envoyée au général Assène Sirakov, commandant du 2e corps d'armée bulgare. Cette lettre ordonnait d'empêcher les détachements de nationalistes et ceux de ELAS d'entre. dans les villes et les villages et d'y instaurer leur pouvoir, d'établir une coopération avec la population grecque; de céder aux nationalistes, compte tenu de la guerre contre les hitlériens, des positions sur la rive gauche (orientale) de la Strouma. Et même temps, dans une déclaration le ministre des Affaires étrangères, P. Staïnov motiva cette position du gouvernement bulgare par le danger d'une guerre intestin pouvant éclater dans la région égéenne et empêcher les troupes bulgares de prendre part à la guerre contre l'Allemagne nazie.
Les résultats des pourparlers à Sofia ne purent satisfaire la mission militaire allié dans la région égéenne. Elle décida d'exercer une pression directe sur le général Sirakov en le menaçant qu'il serait le seul responsable d'un éventuel déclenchement de la guerre civile dans la région égéenne. Le 18 septembre 1944, le général Sirakov et Andon Çavus signèrent un Acte d'entente aux termes duquel le commandant du 2e corps d'armée bulgare se chargeait de retirer, jusqu'au 22 septembre, toutes formations armées de ELAS des villes et des villages de la région égéenne. Le départ de ELAS des localités allait signifier l'éviction des organes démocratiques de gestion et la prise du pouvoir par les forces nationalistes pro-anglaises. Ceci allait détériorer nettement la conjoncture dans les Balkans et entraver la lutte commune des peuples balkaniques contre les troupes nazies.
Les comités de soldats des unités du 2e corps d'armée bulgare se déclarèrent résolument contre l'Acte d'entente. La section militaire à Sérés (Organe Chargé de coordonner l’activité des comités de soldats des unités dans la région de Sérés), qui regroupait les Comités de soldats, décida d'empêcher la mise en pratique de l'ordre du général Sitakov concernant l'Acte d'entente. Grâce à leur intervention, le commandant du Corps donna, le 19 septembre, un nouvel ordre, en vertu duquel l'accord ne devait être observé que dans les régions où les forces d'Andon Çavus étaient supérieures aux forces de ELAS, tandis que les troupes bulgares étaient obligées d'entretenir des relations amicales avec ELAS.
L'échec du commandant M. Miller dans ses efforts d'utiliser le 2e corps d'armée bulgare dans la lutte contre les forces de ELAS dans la région égéenne provoqua de nouvelles initiatives diplomatiques de la part de la Grande-Bretagne. Après l'invalidation de l'Acte d'entente, la diplomatie britannique exigea le retrait immédiat des troupes bulgares. En même temps, pour rassurer le gouvernement royal de la Grèce, W. Churchill envoya, le 21 septembre, une lettre à G. Papandréou dans laquelle il était dit: "Vous pouvez être sûrs que vos problèmes, y compris le problème lié à la Bulgarie, sont au centre de nos préoccupations, de nos pensées et que vous continuez à bénéficier de notre soutien complet. ".
La dégradation de la situation en Thrace occidentale et en Macédoine orientale exigeaient des actions énergiques de la part du gouvernement bulgare également. Il estima que, pour régler définitivement le problème de la région égéenne, il fallait garantir l'administration à la population de la région qui, avec les organes du Front de la Patrie, procéderait à la solution des problèmes économiques. Il était aussi nécessaire d'accorder un soutien multiple à EAM et à ELAS, afin d'éliminer les fascistes grecs et d'interdire le transfert de matériaux et de marchandises hors de la région. Sava Ganovski fut envoyé dans la région égéenne pour représenter le gouvernement. Ensemble avec les Grecs, il devait résoudre sur place les questions restées en suspens.
Le 6 octobre 1944, à Xante, S. Ganovski et E. Matsukas signèrent un protocole réglant les rapports entre les unités du 2e corps d'armée bulgare et les autres organes bulgares et organisations publiques de la population locale • Le protocole réglait la constitution de nouveaux organes du pouvoir: administration locale et milice, ainsi que les rapports entre les détachements de libération grecs et les autorités militaires et civiles bulgares, le maintien temporaire des institutions bulgares et de la direction provisoire des chemins de fer, des PTT dans la région égéenne, etc. Le protocole réglait également une série de questions d'ordre économique.
Les problèmes internationaux de la Bulgarie firent l'objet d'une activité diplomatique intense entre les gouvernements des trois principales forces de la coalition antihitlérienne. Début septembre 1944, la Grande-Bretagne exigea qu'aux pourparlers du Caire sur l'armistice avec la Bulgarie, fût envoyé un représentant soviétique. Elle espérait que le projet d'armistice, élaboré par les gouvernements britannique et américain, se transformerait en un acte normatif de base. L'Union soviétique, ayant déclaré qu'elle était en état de guerre avec la Bulgarie, la situation changea et il fallut que les clauses de l'armistice avec elle fussent examinées par la Commission consultative européenne.
Dans ces nouvelles circonstances, la Grande-Bretagne continuait, néanmoins, à poser des conditions préalables aux pourparlers sur l'armistice exigeant le retrait des troupes bulgares de la région égéenne et du territoire de la Yougoslavie.
Le 12 septembre 1944, la Commission consultative européenne se mit à étudier les propositions formulées par la Grande-Bretagne et l'URSS. Il y eut des contradictions sur plusieurs points: sur le lieu du déroulement des pourparlers et sur la signature de l'armistice, sur les représentants des pays qui allaient le signer, sur le retrait des troupes bulgares de la Thrace occidentale et de la Macédoine, sur la direction de la Commission de contrôle des alliés et sur la reconnaissance de la Bulgarie comme pays cobelligérant. Le 20 septembre, le représentant soviétique dans la Commission consultative européenne accepta la condition exigeant le retrait des troupes gares des territoires grec et yougoslave.
Dans la Commission consultative européenne, les Britanniques se déclarèrent résolument contre la reconnaissance de la Bulgarie comme pays cobelligérant. représentants soviétiques défendaient les intérêts bulgares. Le projet d'armistice américain n'exigeait pas le désarmement de l'armée bulgare et ne fixait pas le nombre des divisions bulgares qui devaient prendre part à la guerre. Après de longs pourparlers, les forces occidentales adoptèrent le projet soviétique sur l'organisation, fonctions et les prérogatives de la Commission de contrôle des alliés.
Du 9 au 18 octobre, à Moscou eurent lieu des pourparlers entre l'URSS, la Grande-Bretagne et les USA ayant trait aux questions balkanique et polonaise. Au sujet de la question des Balkans, W. Churchill proposa que l'Europe du Sud-Est (Roumanie, Grèce, Yougoslavie et Bulgarie) fût divisée en sphères d'influence entre la Grande-Bretagne et l'URSS. Les dirigeants soviétiques dévièrent la signature d'un tel accord.
Les questions relatives à l'armistice avec la Bulgarie furent, elles-aussi, examinées au sommet. Les alliés occidentaux de la coalition antihitlérienne insistaient pour l'adoption des conditions qu'ils avaient proposées au Caire fin Août début Septembre 1944. W. Churchill et Averell Harriman exigeaient de lourdes sanctions. Les dirigeants soviétiques rejetèrent la politique de violence à l'égard de la Bulgarie. Rencontre de Moscou avança comme principal préalable aux pourparlers sur l’armistice, l'évacuation des troupes et de l'administration bulgares des territoires gr et yougoslave dans un délai de 15 jours. Le gouvernement bulgare consentit à cette décision. Les pourparlers sur l'armistice avec la Bulgarie eurent lieu du 26 au 28 octobre 1944 à Moscou.
L'accord sur l'armistice comptait 19 articles en définissant un grand nombre d'obligations pour la Bulgarie, liées à sa participation à la guerre ( L’accord a été signé le 28 Octobre 1944, tandis que les troupes bulgares étaient passées à l’offensive contre les hitlériens sur le territoire yougoslave depuis déjà trois semaines « dès le 8 octobre » ) et à son attitude à l'égard: des biens de l'Allemagne et de ses alliés; du transport, de l'approvisionnement et de l'entretien des armées alliées, campées en Bulgarie; du rétablissement des biens et du remboursement des dommages causés à la Yougoslavie et à la Grèce de la suppression de toute manifestation fasciste; de l'instauration dans le pays d’un régime démocratique, etc.
Le contrôle sur l'accomplissement de cet accord était ratifié à la Commission de contrôle des alliés, créée à cette intention et composée de l’URSS, de la Grande-Bretagne et des USA, et présidée par Maréchal de l'URSS, F. I.Tolboukhinc. On prévoyait l'installation dans le pays garnisons et de services de commandement soviétiques.
L'accord sur l'armistice avait un caractère relativement équitable. Il ne prévoyait ni l'établissement d'un régime d'occupation, ni l'amortissement préliminaire de réparations. Il permettait la normalisation graduelle des relations de la Bulgarie avec les autres pays. Toutefois, certaines de ses clauses restreignaient considérablement la souveraineté de l'État et défavorisaient son potentiel économique.
Les efforts du gouvernement,bulgare pour régulariser ses relations avec la Yougoslavie et la Grèce, la signature de l'accord de Craïova et de l'Accord sur l'armistice créèrent des conditions internationales favorables à la participation de la Bulgarie à la guerre contre l'Allemagne nazie. La préparation diplomatique de la guerre se heurtait à de sérieuses difficultés, mais elle se solda par l'adoption d'actes normatifs d'importance, assurant au pays une série de garanties internationales.
3. Création de l'Armée populaire bulgare.
Les problèmes politiques, idéologiques, diplomatiques, économiques et militaires, relatifs à la participation de la Bulgarie à la phase finale de la Seconde Guerre mondiale en Europe étaient fort nombreux. Mais la formation de l'Armée populaire bulgare constituait bien le problème majeur.
La création de forces armées du pouvoir populaire démocratique, des forces au caractère, aux tâches et aux objectifs nouveaux était dictée par de profondes raisons politiques intérieures et éxtérieures et revêtait une importance essentielle pour la consolidation des conquêtes révolutionnaires du Neuf-Septembre des travailleurs, pour la préservation du pays d'une catastrophe nationale et pour la défense de sa souveraineté et de son intégrité territoriale.
La formation de l'Armée populaire bulgare était favorisée par l'existence des conditions théoriques, idéologiques, militaires, historiques et socio-politiques indispensables. La doctrine marxiste-léniniste de la guerre et de l'armée, ainsi que l'expérience du PCUS dans la structuration des forces armées de l'État des Soviets servirent de modèle à la Bulgarie. Au cours de ses longues luttes antifascistes, le parti. des communistes bulgares avait aussi acquis sa propre expérience révolutionnaire qui lui permettait de mieux diriger la structuration des forces armées de la Bulgarie du Front de la Patrie. ( * Ayant fait siennes les idées fondamentales de Lénine sur la révolution prolétarienne et adoptant l'expérience de la Grande Révolution socialiste d'Octobre, le PCB élabora, en 1919, un programme militaire et entreprit de créer un appareil militaire révolutionnaire et sa propre force de classe armée. En 1920, une commission militaire et technique fut attachée au CC du parti. Cette commission était un organe dirigeant spécialisé de l'organisation militaire clandestine.
Dans les luttes contre le fascisme pour l'instauration d'un pouvoir des ouvriers et des paysans grâce à l'Insurrection de Septembre 1923, des compagnies et des détachements insurrectionnels furent formés. Ceux-ci firent preuve d'un grand héroïsme dans les combats. C'est de ces détachements que naquit l'armée populaire socialiste. L'Armée populaire bulgare célèbre solennellement sa fête le 23 septembre de chaque année, la date du déclenchement de l'Insurrection antifasciste de 1923. La lutte antifasciste armée du peuple bulgare (1941-1944) apporta encore beaucoup à l'expérience historique dans l'édification d'une armée révolutionnaire. L’Armée insurrectionnelle de libération nationale (AILN) fut formée sous la direction du PCB. Durant cette période le travail révolutionnaire du PCB prit une grande envergure au sein de la bourgeoisie fasciste. Le but du PCB était de démoraliser cette armée, soutenant le monarcho-fasciste, d’installer les idées révolutionnaires chez les soldats et les officiers,d e leur faire adopter la cause antifasciste.
A la veille de l’Insurrection populaire antifasciste du 9 septembre 1944, l’AILN était déjà une armée révolutionnaire considérable qui joua, avec l’aide décisive de l’Armée soviétique, un rôle important pour la victoire de l’insurrection, et pour l’instauration du pouvoir populaire démocratique. Pendant l’insurrection, la majeure partie fut arrachée au commandement monarcho-fasciste et passa du côté du Front de la Patrie.)
Les préalables historiques avaient une importance capitale et exercèrent un grand impact sur la politique du PCB et du gouvernement populaire dans le domaine des structures militaires. En tant que force dirigeante dans le gouvernement du Front de la Patrie, le PCB fit preuve de maturité politique et d'une approche créatrice dans la création de l'APR. L'ancienne armée bulgare ne fut pas dissoute. La politique nouvelle visait sa transformation révolutionnaire parallèlement au maintien de sa structure organisationnelle et de la majorité de son commandement.
Cette approche dans l'édification de la nouvelle armée put être réalisée grâce à l'Activité révolutionnaire déployée par le PCB au sein de l'armée. Le PCB attira au Front de la Patrie la plupart des soldats et une partie des officiers. Le détachement de l'armée du commandement monarcho-fasciste et sa participation à l'insurrection furent d'importants préalables à la création de l'APR.
Les particularités du processus révolutionnaire du pays présidaient aux formes d'édification de l'armée. En présence du système politique pluripartite, la restructuration révolutionnaire s'avérait être la forme la mieux appropriée à la création de l'APB.
Cette forme ne donnait pas lieu à des discussions entre les partis, elle était bien considérée par tous les partis, représentés dans le gouvernement du Front de Patrie et contribuait à la consolidation de l'alliance de combat des forces antifascistes. Georges Dimitrov recommandait à la direction de parti dans le pays de mettre oeuvre toutes les initiatives relatives à l'édification de l'armée avec l'accord des alliées au Front de la Patrie.
La situation politique et militaire dans les Balkans et la position internationale la Bulgarie exerçaient, elles aussi une influence sur l'approche du PCB et du gouvernement du Front de la Patrie dans la solution des problèmes relatifs à la création forces armées. Celles-ci devaient passer, peu après, à l'offensive contre les ars nazies dans les Balkans, permettant ainsi au peuple bulgare de fournir son apport réel à la défaite de l'Allemagne nazie. Cette tâche ne pouvait être réalisée par une armée régulière bien organisée, suffisamment nombreuse et combative.
Dans les conditions existantes, les forces armées de la Bulgarie ne pouvaient être que sur la base de l'ancienne armée qu'on allait soumettre à une réorganisation révolutionnaire.
L'idée de la création des nouvelles forces armées sur les bases organisationnelles l'ancienne armée sans qu'elle fût dissoute figurait au Programme du gouvernement du Front de la Patrie du 17 septembre 1944. Dans le chapitre "Armée populaire" il est dit: "Démocratisation complète de l'armée, tant en ce qui concerne son utilisation que son complément et son éducation, afin qu'elle devienne une véritable populaire.".
La réorganisation révolutionnaire de l'armée se traduisit par la réalisation, sur décision du PCB, d'initiatives gouvernementales qui conférèrent à l'armée un nouveau contenu, approfondissant le processus de sa restructuration, déclenché le 9 septembre 1944, et conduisant au changement radical de sa nature sociale et de classe. Le nouveau contenu révolutionnaire conjuguait les formes nouvelles avec les formes anciennes qui, comme le relève V. I. Lénine, étaient maintenues "non pas pour nous résigner à ce qui a été déjà fait son temps", mais pour les transformer en leviers d'édification et d'affirmation d'une nouvelle armée révolutionnaire.
La transformation révolutionnaire permettait de consolider, dans un bref laps de temps, la combativité de l'armée, ce qui était une condition importante pour entamer d'urgence des opérations militaires contre les armées nazies. Ce processus se signalait par le fait qu'il était dirigé par le PCB, la force politique la plus influente et la plus révolutionnaire du pays et au sein du Front de la Patrie. Le rôle dirigeant du parti communiste dans l'édification de l'armée influençait fortement l'envergure et le caractère de la réorganisation révolutionnaire, ainsi que les tendances du développement de l'APB en tant qu'armée socialiste, armée de type nouveau.
Tenant compte des particularités concrètes de la situation dans le pays et au sein de l'armée, le CC du PCB (c) donna des instructions selon lesquelles il ne fallait pas créer des organisations du parti dans les unités de l'armée. Cette approche opportune s'imposait vu le caractère pluripartite du gouvernement du Front de la Patrie. Dans le cas contraire, les autres partis du Front de la Patrie auraient pu également créer leurs organisations politiques pour exercer leur influence au sein de l'armée. Les contradictions qui auraient pu en surgir se seraient répercutées d'une façon négative sur l'unité et la combativité de l'armée. Le rôle dirigeant du parti communiste dans l'édification de l'armée se manifestait sous différentes formes (par l'activité des commandants en second et des autres communistes dans l'armée; par des départements militaires auprès des comités du PCB et du Front de la Patrie, etc.). Ce rôle se réalisait sans écart dans toutes les étapes et périodes du développement de l'Armée populaire bulgare.
L'expérience accumulée dans la création des forces armées après l'instauration du pouvoir populaire démocratique en Bulgarie prouve que, dans des conditions déterminées, la destruction de la machine de guerre bourgeoise peut se réaliser par une transformation révolutionnaire de l'ancienne armée sans recourir à sa dissolution. C'est en cela que réside la principale particularité de l'édification de l'APR.
Les problèmes de la restructuration de l'APB occupaient une place particulière dans l'activité du CC du PCB et du gouvernement du Front de la Patrie. Le Comité central du PCB soulignait que la question militaire devait toujours faire l'objet de l'attention et des soins du parti.
Dans sa première directive, après la victoire du 9 septembre, la Circulaire No 5 du 12 septembre 1944, le CC du PCB fixa les tâches générales du parti dans le domaine militaire: unir les soldats et les officiers autour du Front de la Patrie; renforcer la discipline et la combativité des unités; épurer rapidement l'armée de tous les éléments fascistes et nommer les commandants ayant gagné la confiance des soldats capables de les conduire dans des opérations décisives contre les armées nazies; lutter énergiquement contre les tendances démocratisatrices par un vaste travail explicatif sur la nécessité de mener la guerre, etc.
Dans les lettres et les radiogrammes échangés entre Georges Dimitrov et le CC du PCB furent élucidées plusieurs conceptions fondamentales de la politique du parti sur les changements révolutionnaires dans l'armée. G. Dimitrov accordait une attention particulière à la direction assumée par le parti et soulignait que toutes les entreprises du gouvernement devaient être axées sur la préparation rapide de l'armée à des combats décisifs2. Les premières conférences régionales du parti soulignè?e?t les problèmes d'ordre militaire. Elles adoptaient des résolutions spéciales sur les questions de la Guerre patriotique et de l'armée. Le programme global du CC du PCB sur la réorganisation révolutionnaire de l'armée fut exposé d'une façon exhaustive dans le rapport du secrétaire du Comité central, Traïtcho Kostov, à la conférence du Comité régional de Sofia du parti, tenue le 25 septembre 19443.
Les premiers pas dans l'édification de l'APB sont liés à l'activité des comités de soldats, fondés à la veille de l'Insurrection du 9 septembre et immédiatement après. Les comités avaient pour dirigeants les groupes clandestins ayant opéré au sein de l’armée et où prédominaient les membres du PCB et de l'Union de la Jeunesse ouvrière. Les comités de soldats furent fondés dans presque toutes les compagnies et régiments, dans certains états-majors de formations et de corps d'armée, dans des établissements des arrières: hôpitaux, usines et ateliers militaires, bureaux de régions militaires, etc.
Les membres des comités de soldats étaient élus à des réunions générales de soldats, sous-officiers et officiers et comptaient de 3 à 10 personnes. La plupart d'entre eux étaient des soldats d'où la dénomination de ces comités. Les soldats témoignaient une grande confiance à ces comités et exécutaient toutes leurs décisions et ordonnances. On élisait dans ces comités également des officiers et sous-officiers surtout parmi les réservistes marquant des tendances progressistes, ayant déployé une activité antifasciste.
les comités de soldats fonctionnaient comme des organes politiques du pouvoir populaire démocratique dans l'armée. Le PCB et le Front de la Patrie leur assignaient des tâches révolutionnaires responsables: unir les soldats sous le drapeau du Front de la Patrie, les soulever et les faire passer aux côtés du pouvoir populaire; arrêter les officiers fascistes, véritables bourreaux du peuple, les traduire au Tribunal du peuple; isoler les soldats, officiers et sous-officiers hostiles au pouvoir populaire et prévenir toute tentative d'utiliser l'armée à des fins contre-révolutionnaires; contribuer à la promotion d'officiers politiquement loyaux au poste de commandants d'unités militaires; éclaircir le caractère du pouvoir du Front de la Patrie et relever la nécessité pour l'armée de participer à la guerre patriotique; contribuer à la consolidation de l'armée et au maintien de l'intégrité des unités; ne pas permettre de désertion de soldats, prévenir tout vol des biens de l'armée. Les comités de soldats oeuvraient avec abnégation à la réalisation du programme du Front de la Patrie au sein de l’armée, à l'exécution des directives du gouvernement populaire pour la création d'une armée nouvelle, démocratique.
Le PCB était l'organisateur et le dirigeant des comités de soldats. Sous sa direction et au nom du Front de la Patrie, ils déployaient une activité révolutionnaire multiple et dynamique au sein de l'armée. Les comités de soldats entraient en contact avec les comités du PCB et du Front de la Patrie et avec les organes militaires, avec les états-majors des zones opérationnelles insurrectionnelles et avec les unités de partisans. Ils en recevaient l'assistance nécessaire et des instructions.
Les comités de soldats existèrent fort peu de temps, mais ils accomplirent avec succès les tâches révolutionnaires qui leur étaient assignées, tâches relatives au passage de l'armée aux côtés du Front de la Patrie et du pouvoir populaire démocratique. Cependant, leur fonctionnement ultérieur pouvait occasionner de grandes difficultés lors des combats, car le principe de la direction unique fut perturbé. Les soldats se méfiaient de la plupart des officiers et refusaient de se soumettre. Cette situation dans l'armée endiguait l'emploi optimal des anciens spécialistes militaires et on risquait de compromettre les efforts du PCB et du Front de la Patrie pour la participation du pays à la guerre. Il devint nécessaire de recourir à de nouveaux organes et formes politiques afin de faire aboutir le travail politique visant à consolider la discipline et le prestige des commandants, à augmenter la combativité de l'armée. Prenant en considération ces faits, le CC du PCB et le Comité national du Front de la Patrie décidèrent de suspendre l'activité des comités de soldats en tant qu'organes politiques. Ils furent transformés en commissions culturelles et éducatives.
L'activité des comités de soldats fut une brillante manifestation du processus révolutionnaire qui se produisait au sein de l'armée. Le PCB conjuguait l'activité des soldats avec les mesures gouvernementales visant à consolider les positions conquises et à donner plus d'ampleur à la transformation révolutionnaire de l'armée.
La création de la Garde nationale et son intégration à l'armée fut un des principaux éléments de la réorganisation révolutionnaire de cette dernière.
Sous la direction du PCB, on a vu se déployer dans le pays un vaste mouvement populaire pour s'enrôler dans la Garde qui se formait à titre bénévole. Des partisans et des milliers de volontaires, surtout des jeunes, s'engagèrent dans les unités de la Garde.
Pour éviter de perturber la mobilisation de l'armée, le gouvernement décida que la Garde n'engagerait que des volontaires non mobilisables (hommes de 18 à 21 ans et de 50 à 60 ans, femmes de 18 à 45 ans).
La première condition d'adhésion à la Garde exigeait que les candidats eussent déployé une activité antifasciste. Cette condition permettait aux unités de la Garde d'engager des partisans, des prisonniers politiques, des participants à des groupes de combat, des agents de réseau et d'autres antifascistes, en priorité des fils et des filles du peuple travailleur, membres et adeptes du PCB et de l'UJO. L'homogénéité socio-politique de la Garde nationale lui permit de devenir un soutien solide et sûr, un noyau révolutionnaire du Front de la Patrie au sein de l'armée.
Elle regroupait environ 40 000 personnes.
La Garde nationale fournit aux régiments d'infanterie et aux autres corps d'armée des unités autonomes : sections,compagnie (batteries). La plus importante de ces formations fut la Première division d'infanterie de la Garde, créée de la Première division insurrectionnelle de libération nationale. Vers la fin de 1944 un régiment de la Garde fut formé. Les commandants des unités de la Garde sélectionnés, à quelques exceptions près, parmi les anciens commandant de partisans, ayant obtenu des grades d'officiers.
Les unités de la Garde appliquaient strictement les principes léninistes des structures militaires. Le rôle dirigeant du PCB, la sélection suivant l'appart classe des effectifs supérieurs et subalternes, la discipline militaire stricte et consciencieuse, la direction unique et certains autres principes trouvèrent leur plu manifestation au sein de la Garde.
Par leur esprit révolutionnaire élevé qualités morales de combattants, par la conscience politique, la discipline, l’héroïsme et l'abnégation manifestés dans les combats, par le dévouement à la patrie les militaires de la garde étaient l'appui révolutionnaire le plus sûr du Front de la Patrie au sein de l'armée et dans la lutte pour la consolidation t populaire démocratique.
Après la fusion de l'Armée insurrectionnelle de libération nationale et régulière, des changements radicaux s'opérèrent. Ils contribuèrent grand modification du caractère de l'armée et à la promotion sans écart de la politique du Front de la Patrie dans le domaine militaire. Les éléments antifascistes dans l’armée, en la personne de la Garde nationale, exerçaient une forte influence révolutionnaire sur le caractère moral et politique et sur l'esprit des effectifs.
Dans la situation militaire et politique complexe et tendue, on n'avais pas le temps de former de nouveaux cadres militaires pour remplacer entièrement l’ancien commandement de l'armée. La seule décision rationnelle était d'utiliser les spécialistes militaires de l'armée bourgeoise. Les conditions d'emploi des anciens officiers ainsi que la formation de nouveaux commandants, constituaient un chapitre important de la politique militaire du PCB et du gouvernement du Front de la Patrie visant à créer les forces armées du pouvoir populaire.
La politique menée par le PCB à l'égard des anciens effectifs d'officiers était clairement formulée dans le discours du secrétaire du Comité central, Traïtcho Kostov, prononcé à la conférence du Comité régional du parti de Sofia, tenue le 25 septembre 1944.
Les officiers les plus réactionnaires, attachés au monarcho-fascisme, ainsi que les autres officiers, ayant perpétré des crimes à l'égard du peuple et du mouvement antifasciste, furent immédiatement écartés de l'armée. Une partie d'entre eux furent exécutés par les soldats de la révolution pendant l'insurrection, tandis que d’autres furent arrêtés, traduits aux organes d'instruction et jugés par le Tribunal du peuple.
En vue du strict respect des lois lors des procès intentés aux militaire inculpés de crimes, et de leur expulsion plus proche de l'armée, des commissions furent instituées auprès des états-majors des régions divisionnaires et du ministère de la Guerre.
Les organes d'instruction furent autorisés à recueillir rapidement des témoignages, à instruire la cause des militaires accusés d'activité antipopulaire et, en fonction du degré de leur culpabilité. les traduire en traduire en justice, les forcer à démissionner ou les nommer dans une autre unité. Quand à ceux qui avaient été détenus sans raisons, iles devaient ^tre libérés sur décision de ces commission et réintégrés dans leur unités.
Afin d’hâter l’expulsion des éléments indésirables dans l'armée, expulsion proposée par le CC du PCB, le ministère de la Guerre promulgua, le 13 octobre, un décret pour l'institution d'une commission d'enquête spéciale, chargée de contrôler travail des commissions d'instruction. Des représentants de l'armée, de l'AILN, la Direction de la Milice populaire et un juge militaire en faisaient partie. Un peu plus tard, le Bureau politique du CC du PCB décida d'inclure également dans cette commission d'enquête un inspecteur du Département d'organisation du Comité central qui avait pour tâche de coordonner le travail de la commission avec celui des organes locaux du parti.
Pour pouvoir déclencher l'offensive contre les troupes nazies dans les Balkans, 336 officiers furent exclus du commandement de l'armée dont 39 généraux et 124 colonels et jusqu'à la fin de la Guerre patriotique – 956 officiers, dont 46 généraux et 171 colonels. Il s'agissait dans la plupart des cas de généraux et d'officiers occupant des postes-clés dans le commandement des armées, des divisions, des régiments, du tribunal militaire et dans le ministère de la Guerre.
La plupart des officiers qui n'étaient pas impliqués dans la politique antipopulaire des régimes monarcho-fascistes, avaient opté pour l'attentisme, au mieux les hésitations. A l'égard de ces officiers, le PCB et le Front de la Patrie adoptèrent une politique visant à les gagner, à les sensibiliser à la cause du pouvoir populaire. Ils les soutenaient, leur permirent de se réorienter du point de vue politique, de se départir leurs déroutes idéologiques, contribuaient à rétablir la confiance des soldats en eux.
Outre les anciens officiers, fut incorporé dans l'armée un détachement révolutionnaire de participants actifs au mouvement antifasciste. Les premiers commandants issus du peuple que le gouvernement du Front de la Patrie envoya dans l'armée, étaient d'anciens membres de l'État-major général de l'AILN et des états-majors des zones opérationnelles insurrectionnelles, des commandants et des commissaires politiques de brigades, de compagnies et de détachements, des partisans, des détenus politiques, des membres de groupes de combats et d'autres antifascistes.
Malgré leur faible pourcentage dans les effectifs du commandement, et bien qu'ils fissent pas la formation militaire spéciale, par leur expérience révolutionnaire, leur fidélité au peuple et le respect que leur témoignaient les soldats, ils influençaient fortement le caractère du commandement dans l'armée.
Les émigrés politiques qui revinrent d'Union soviétique jouèrent un rôle essentiel pour la création et la consolidation de l'APR. La plupart d'entre eux avaient une formation supérieure reçue dans des écoles militaires, étaient bien préparés du point de vue politique et avaient accumulé une riche expérience. De retour en Bulgarie, on leur confia des postes responsables dans le commandement et les secteurs politiques de l'armée. Ce furent eux les premiers commandants issus du peuple qui puisaient largement à l'expérience militaire soviétique et réalisait le lien vivant les armées des deux pays frères.
Certains officiers, destitués en 1936-37 pour leur idées antimonarchiques furent réintégrés.
Le 14 septembre 1944, 172 généraux et officiers furent nommés à des postes dirigeants au ministère de la Guerre, dans les différents corps d'armée. Du 15 septembre octobre 1944 furent nommés ou réintégrés 1048 autres officiers et généraux. Le PCB prenait à temps des mesures pour la formation et la nomination dans de nouveaux commandants, sur décision du Bureau politique du CC du environ 2 000 jeunes, membres de I'UJO, dont 700 anciens partisans furent admis en décembre 1944, à l'École d'officiers de réserve. Au début de 1945,1'Ecole militaire organisa des cours de courte durée pour le perfectionnement d'officiers de l’AILN. Les écoles militaires admettaient en priorité à leurs cours des membres du PCB et de l'UJO. Dès 1945, des officiers et des étudiants bulgares commencèrent à fréquenter les écoles militaires supérieures en URSS.
Ainsi le PCB et le gouvernement du Front de la Patrie, mettant à profit toutes les possibilités, réglèrent, dans un bref délai, le problème du complément de l'armée par les cadres militaires indispensables pour la conduite de la guerre.
La situation dans le pays et dans l'armée, ainsi que les tâches importantes, relatives à la participation de la Bulgarie à la guerre, exigeaient un travail politique et
actif et persévérant pour resserrer la discipline et augmenter la combativité des unités militaires, une grande vigilance révolutionnaire pour parer à toute tentatives d’agissement réactionnaires. Sans le réarmement idéologique de l'armée dans un nouveau esprit démocratique, dans l'esprit du Front de la Patrie la conduite de la guerre était impensable. Toutes ces questions furent résolues grâce à l'institution des commandants en second, créée dans l’armée avec le consentement des partis, alliés du PCB dans le gouvernement qui estimaient que seule cette voie permettrait la consolidation de la discipline et de la combativité des troupes.
Lors de la création d'organes politiques au sein de l'armée, Georges Dimitrov soulignait que la direction de parti se devait de tenir compte des conditions concrète de la Bulgarie et de ne pas copier les formes d'organisation de l'Armée soviétique. Ces instructions prises en considération, le PCB ne créa pas un appareil politique du type de l'institution des commissaires dans l'Armée soviétique. Suivant l'ordre du ministre de la Guerre, les commandants en second furent subordonnés aux commandants des différentes unités, ce qui les différenciait des commissaires. Mais lorsque certains commandants tentaient de tramer des complots ou une trahison, les commandants en second n'obéissaient plus au principe de la direction unique et prenaient des mesures énergiques pour parer aux manifestations réactionnaires.
Les commandants en second étaient sélectionnés par les comités locaux du Front Patrie et assumaient la fonction de représentants politiques du pouvoir populaire. Cette institution s'étendait à toutes les unités: armées, corps d'armées, divisions,régiments, compagnies, bureaux militaires régionaux, les intendances et, durant la seconde phase de la Guerre patriotique, également aux compagnies de la Première Armée Bulgare. On créa, auprès du ministère de la Guerre, un département chargé de diriger le travail politique dans l’armée.
Les postes de commandants en second étaient confiés à des révolutionnaires antifascistes ayant prouvé à l'oeuvre leur fidélité au peuple. Pendant la Guerre patriotique, 75% d'entre eux étaient membres du PCB et 24% – de l'UJ?; les autres adhéraient à d'autres partis du Front de la Patrie ou étaient sans-parti.
L'influence et le prestige des commandants en second découlaient du large soutien et de la confiance que leur portaient les soldats. En leur personne, les soldats voyaient des combattants conséquents contre le fascisme et obéissaient volontiers à leurs ordres et instructions. Sans leur accord, aucune question militaire importante ne pouvait être résolue.
Les commandants en second n'étaient pas seulement des représentants du Front de la Patrie et du pouvoir populaire démocratique au sein de l'armée, ils transmettaient, "dans l'intérêt du peuple entier, les idées et l'esprit du PCB, déclara G.Dimitrov au Ve Congrès du PCB, car notre parti était le seul à pouvoir assurer la participation victorieuse de notre armée, en voie de réorganisation, à la Guerre patriotique".
Sous la direction immédiate du CC du PCB, les commandants en second déployèrent une vaste activité politique et organisationnelle pour la bonne orientation des tendances révolutionnaires des soldats, pour l'épuration des troupes des criminels fascistes, pour la cohésion des effectifs sous le drapeau du Front de la Patrie, pour l'élévation de la conscience politique et du moral des armées et pour la consolidation du prestige des commandants.
Le PCB ne cessait de veiller au perfectionnement de l'institution des commandants en second. I1 réalisa d'importantes initiatives pour en améliorer la condition dans la structure de l'armée, pour édifier la structure organisationnelle globale des organes politiques et pour le perfectionnement professionnel de leurs fonctionnaires. Il leur assurait un soutien politique permanent et les assistait dans la solution des problèmes de l'armée.
Les commandants en second bénéficiaient aussi du concours précieux des officiers-conseillers soviétiques attachés à l'armée bulgare, et de celui des organes politiques du Troisième front d'Ukraine, qui les initiaient à l'organisation, aux tâches, aux formes et au contenu du travail politique dans l'Armée soviétique et leur prêtaient une aide politique dans les conditions de combat.
L'institution des commandants en second s'avéra être un puissant facteur politique, permettant au PCB et au gouvernement de déployer efficacement leurs efforts dans la Guerre patriotique. C'était une forme organisationnelle fort appropriée à la réalisation du rôle dirigeant du PCB au sein de l'armée. Cette institution jeta les bases des organes politiques militaires qui influaient sensiblement sur le caractère, les axes et les perspectives du développement de l'APB en tant qu'armée d'un type nouveau. Les départements militaires attachés aux comités du PCB, de l'UJO et du Front de la Patrie prirent, eux aussi, une part active à la réorganisation révolutionnaire de l'armée. Ils contribuèrent à éliminer les troupes des éléments fascistes, procéder à une mobilisation rapide. Ils assistaient les commandants en second, sélectionnaient les cadres pour les écoles militaires et réglaient les nombreux autre questions relatives à la Guerre patriotique et au renforcement de l’armée.
Les initiatives du parti et du gouvernement visant la restructuration révolutionnaire de l'armée ont eu pour effet d'en modifier radicalement le caractère, le rôle et les tâches. Le caractère du pouvoir populaire démocratique détermina aussi les qualités nouvelles de l'armée. Elle devint, de défenseur des intérêts des classes exploiteuses par le passé, un soutien armé sûr du gouvernement du Front de la Patrie et le gardien des acquisitions historiques du peuple.
La réorganisation révolutionnaire de l'armée bulgare était un processus complexe, tendu et difficile. Mais l'essentiel, à cet égard, avait été réalisé pendant l’insurrection du 9 septembre et immédiatement après.
La solution efficace, par le PCB et le gouvernement du Front de la Patrie, de l'un des problèmes majeurs de la révolution socialiste: l'affirmation de la voie, des formes et des méthodes d'édification des forces armées nouvelles, résultait logiquement des longues luttes révolutionnaires du peuple bulgare, de la profonde analyse scientifique et de l'appréciation judicieuse des conditions historiques et socio-politiques concrètes.
La réorganisation révolutionnaire consolida l'armée au niveau politique, moral. Elle renforça également sa combativité, au point de la rendre capable de vaincre dans des opérations militaires difficiles contre les armées nazies.
4. L'Armée populaire bulgare à la veille de la guerre
L'état général de l'Armée populaire bulgare au début de la guerre dépendait de celui des organes de commandement stratégique et opérationnel, des différentes armes, des conceptions théoriques sur la conduite des opérations, du degré de préparation des troupes et des qualités morales et politiques des effectifs.
Le 9 septembre 1944, le gouvernement du Front de la Patrie institua le grade de commandant en chef des armées bulgares qui devait diriger la préparation de l'armée et ses opérations dans la guerre contre l'Allemagne nazie, et, début octobre 1944, le poste de commandant en chef-adjoint. Le commandant en chef était directement subordonné au gouvernement et quand l'armée passa sous le commandement opérationnel du Troisième front d'Ukraine, il en exécutait aussi les instructions et les directives. II était obligé de résoudre les questions relatives au déploiement de mobilisation de l'armée, au recrutement de ses effectifs, à son matériel de guerre et à son équipement technique; de coordonner les efforts des formations par but, lieu et temps; de commander et de contrôler les opérations; d'organiser et de maintenir une interaction permanente avec l'Armée soviétique et avec l'Armée yougoslave de libération nationale.
L'organe opérationnel du commandant en chef était l'état-major de l'armée, appelé aussi état-major du Haut commandement, chargé de résoudre un grand nombre de questions complexes. Il était dirigé par un commandant et un commandant en second.
L'état-major de l'armée possédait une structure organisationnelle relativement efficace et il se divisait en 6 départements et en 8 inspections.
Le département opérationnel, le principal, élaborait le plan des opérations militaires, organisait la préparation des commandants et des états-majors aux opérations, et dirigeait l'administration des armées. Les officiers du département possédaient la formation et l'expérience nécessaires.
Le département de renseignement de l'état-major de l'armée organisait et dirigeait les activités secrètes de l'armée. Le département d'enseignement de l'état-major mettait au point des règlements, analysait l'expérience acquise dans la guerre, définissait les axes des études dans les écoles militaires et dirigeait la Commission d'histoire militaire et les Editions militaires. Il comportait aussi une section d'animation culturelle au sein de l'armée. Le département 4 s'occupait de l'édification organisationnelle de l'armée et de sa promptitude à la mobilisation des troupes. Le 15 septembre 1944 commença à fonctionner auprès de l'état-major de l'armée, un département de liaison avec les missions alliées et avec la Commission alliée de contrôle. Il aidait le casernement des armées soviétiques en Bulgarie et assurait l'aménagement et l'approvisionnement des missions alliées.
Les différents corps d'armées et les armées spéciales étaient dirigées par les inspections subordonnées au commandant de l'état-major de l'armée. Les écoles pour la formation de commandants des différents corps d'armée étaient subordonnées aux chefs des inspections.
L'Armée populaire bulgare se composait de trois corps d'armée: armées de terre, armées de l'air et forces navales. Les armées de terre étaient directement subordonnées au ministère de la Guerre et à l'état-major de l'armée, les armées de l'air et les forces navales avaient leurs propres commandements.
La nouvelle situation stratégique dans les Balkans posait au Haut commandement de l'APB et des états-majors opérationnels, la tâche primordiale d'organiser et de mener des combats victorieux contre l'Allemagne nazie.
Au 9 septembre 1944,1'état-major de l'armée n'avait pas encore élaboré le plan de guerre contre l'Allemagne nazie. Les gouvernements fascistes attachés à l'Allemagne nazie ne s'attendaient pas à un tel changement de situation dans les Balkans et ne pensaient pas que le pays serait obligé de faire la guerre, du côté de la coalition anti-nazie, contre la Wehrmacht. Même le gouvernement de Mouraviev qui rompit les relations diplomatiques avec l'Allemagne nazie, ne conçut pas de plan de guerre contre celle-ci. La direction du ministère de la Guerre et de l'état-major de l'armée comprenait des généraux fidèles à la cour et à la bourgeoi