Les mensonges sur l’histoire de l’Union soviétique
Mario Sousa
15 Juin 1998
1) D’Hitler à Hearst, de Conquest à Soljenitsyne
2) L’Ukraine comme territoire allemand
3) William Hearst, l’ami d’Hitler
4) Le mythe de la famine en Ukraine
5) L’empire médiatique de Hearst en 1988
6) 52 ans pour que la vérité éclate
7) Robert Conquest au coeur du mythe
8) Alexandre Soljenitsyne
9) Le soutien au fascisme de Franco
10) Les nazis, la police et les fascistes
11) Les archives révèlent les mensonges de la propagande
12) Gorbatchev ouvre les archives
13) Ce que les études russes montrent
14) Les camps de travail dans le système pénal
15) 454.000 et non 9 millions
16) La menace intérieure et étrangère
17) Plus de prisonniers aux Etats-Unis
18) Un facteur important : le manque de soins médicaux
19) Les mensonges sur l’Union soviétique
20) Les koulaks et la contre-révolution
21) Les purges de 1937
22) Le sabotage industriel
23) Vol et corruption
24) Un plan pour un coup d’Etat
25) Encore plus de mensonges
26) Apprenons de l’histoire
De Hitler à Hearst, de Conquest à Soljenitsyne
On prétend que des millions de personnes furent emprisonnés à l’époque de Staline et moururent dans les camps de travail de l’Union soviétique ou à cause de la famine.
A notre époque, qui n’a pas entendu parler d’histoires terribles sur les victimes du goulag, les camps de travail de l’Union soviétique ?
Qui n’est pas au courant des histoires sur les millions de gens morts de faim et sur les millions d’opposants politiques exécutés en Union soviétique, à l’époque de Staline ? Dans le monde capitaliste, ces histoires sont répétées à satiété dans les livres, les journaux, à la radio, à la télévision et dans les films. Ces 50 dernières années, les estimations des soi-disant millions de victimes du socialisme ont gonflé démesurément.
Mais, en fait, qu’est-ce qu’il en est vraiment de ces histoires, et ces chiffres, d’où viennent-ils ? Qu’est-ce qui se cache vraiment derrière tous ça?
Encore d’autres questions : est-ce que ces histoires sont vraies ? Et quelles informations trouve-t-on dans les archives de l’Union soviétique, secrètes à l’origine, mais qui sont accessibles aux recherches historiques depuis Gorbatchev, en 1989 ? Les auteurs des mythes sur l’Union soviétique ont toujours affirmé que toutes ces fables sur les millions de morts sous Staline seraient confirmées le jour où les archives seraient disponibles. Qu’en est-il ? Que confirment-elles ?
L’auteur de cet article, après avoir les conclusions des études des recherches faites dans les archives de l’Union soviétique est en mesure de fournir des informations concrètes sur les chiffres et le nombre réel de prisonniers, les années que les prisonniers effectuaient et le nombre réel de morts et de condamnés à mort en Union soviétique sous Staline. Et la vérité est bien différente du mythe.
Je suis membre du Parti Communiste de Suède, le KPML(r). L’article a été publié dans le journal du parti, Proletären en avril 1998.
Il existe un lien historique direct entre Hitler et Hearst, Conquest et Soljenitsyne. En 1933, se produisait en Allemagne un changement politique qui a marqué profondément l’histoire mondiale pour des décennies. Le 30 janvier, Hitler devenait Premier ministre et un nouveau type de gouvernement apparaissait, violent et sans lois. Pour consolider leur pouvoir, les nazis appelèrent à de nouvelles élections pour le 5 mars de la même année, utilisant toute la propagande qu’ils pouvaient utiliser pour s’assurer la victoire. Une semaine avant les élections, le 27 février, les nazis avaient mis le feu au parlement et avaient accusé les communistes d’en être responsable. Au cours des élections qui suivirent, les nazis obtinrent 17,3 millions de votes et 288 députés, soit 48% de l’électorat (en novembre 1932, ils avaient obtenu 11,7 millions de voix et 196 députés). Le Parti Communiste fut interdit. Les nazis commencèrent à persécuter les sociaux-démocrates et le mouvement syndical, et les premiers camps de concentration virent le jour, remplis d’hommes et de femmes de gauche. Dans le même temps, le poids d’Hitler au parlement continua de grossir, avec l’aide de la droite. Le 24 mars, Hitler présenta une loi au parlement pour qu’on lui donne le pouvoir absolu afin de gouverner le pays durant 4 ans, sans avoir besoin de consulter le parlement. A partir de là, les persécutions ouvertes contre les Juifs commencèrent, les premiers à suivre dans les camps de concentration les communistes et la gauche social-démocrate qui les avaient précédés. Hitler fit un coup d’Etat pour avoir le pouvoir absolu, renonçant aux accords internationaux de 1918 qui restreignaient l’armement et la militarisation de l’Allemagne. Le réarmement de l’Allemagne alla très vite. C’est dans cette situation politique internationale que les mythes concernant des gens mourant en Union soviétique commença à paraître.
L’Ukraine comme territoire allemand
A côté d’Hitler, à la tête du gouvernement allemand, il y avait Goebbels, le Ministre de la Propagande, l’homme chargé d’inculquer le rêve nazi au peuple allemand. C’était un rêve de pureté raciale dans une Grande Allemagne, possédant un large lebensraum, l’espace vital pour vivre. Une partie de ce lebensraum, à l’est de l’Allemagne, plus grande encore que le pays lui-même, attendait d’être conquis et incorporée à la nation allemande. En 1925, dans Mein Kampf, Hitler avait parlé de l’Ukraine comme d’une région essentielle pour l’Allemagne. L’Ukraine et d’autres régions de l’Europe de l’Est devaient lui appartenir puis ensuite devenir « propres ». Selon la propagande nazie, l’épée nazie devait libérer ce territoire pour permettre à la race allemande de s’épanouir. Avec la technologie et l’industrie allemandes, l’Ukraine serait transformée en région pour produire des céréales afin de nourrir l’Allemagne. Mais les Allemands devaient d’abord libérer l’Ukraine de sa population « d’êtres inférieurs » qui, selon la propagande nazie, devait être réduite en esclavage et mise au travail dans les maisons, les usines et les campagnes allemandes - là où en avait besoin l’économie allemande.
La conquête de l’Ukraine et les autres territoires de l’Union soviétique nécessitait une guerre contre l’Union soviétique, et cette guerre devait être préparée bien à l’avance. A cette fin, le ministère nazi de la propagande, dirigé par Goebbels, mis sur pied une campagne autour d’un supposé génocide commis par les Bolcheviks en Ukraine qui avait connu selon eux une période épouvantable de famine, délibérément provoqué par Staline pour forcer les paysans à accepter le socialisme. Le but de la campagne nazie était de préparer l’opinion publique internationale à la « libération » de l’Ukraine par les troupes allemandes. Malgré d’énormes efforts et en dépit du fait que de nombreux textes de propagande allemande furent publiés dans la presse britannique, la campagne nazie autour du soi-disant ‘génocide’ en Ukraine n’eut pas beaucoup de succès au niveau mondial. Il était clair que Hitler et Goebbels avaient besoin d’aide pour répandre leurs rumeurs et leurs diffamations sur l’Union soviétique. Ils trouvèrent de l’aide aux Etats-Unis.
William Hearst, l’ami d’Hitler
William Randolph Hearst est le nom d’un multimillionnaire qui aida les nazis dans leur guerre psychologique contre l’Union soviétique. Hearst était un très grand patron de presse américain, connu comme le ‘père’ de ce qu’on appelle « la presse jaune », la presse à sensation. William Hearst avait commencé sa carrière comme rédacteur en chef en 1885, lorsque son père, George Hearst, un millionnaire de l’industrie minière, sénateur et propriétaire de journaux lui-même, le nomma à la tête du San Francisco Daily Examiner.
Ce fut aussi le début de l’empire de presse de Hearst, un empire qui influença énormément la vie quotidienne et la pensée des Nord-américains. Après la mort de son père, il vendit toutes les parts de l’industrie minière dont il avait hérité et commença à investir dans le monde de la presse. Son premier achat fut le New York Morning Journal, un vieux journal que Hearst transforma complètement pour en faire un journal à ragots. Il achetait ces histoires à n’importe quel prix, et lorsqu’il n’y avait pas assez d’atrocités ou de crimes à raconter, ses chers journalistes et photographes les ‘arrangeaient’ à leur sauce. C’est ce qui caractérise la « presse jaune » : des mensonges et des atrocités « arrangés » et servis comme vraies.
Ces mensonges firent de Hearst un millionnaire et un personnage très important dans le monde de la presse. En 1935, il était devenu un des hommes les plus riches de la planète et sa fortune était estimée à 200 millions de dollars. Après la vente du Morning Journal, Hearst se mit à acheter et à fonder des journaux quotidiens et hebdomadaires à travers tous les Etats-Unis. Dans les années 40, Hearst possédait 25 quotidiens, 24 hebdomadaires, 12 stations de radio, 2 agences de presse, une entreprise fournissant des faits-divers pour les films, la compagnie de cinéma Cosmopolitan, et beaucoup d’autres choses encore. En 1948, il acheta une des premières chaînes de télévision américaine, BWA, à Baltimore. Les journaux de Hearst se vendaient à 13 millions d’exemplaires chaque jour et avaient 40 millions de lecteurs. Près d’un tiers de la population adulte américaine lisait chaque jour un journal de Hearst. En plus, des millions de gens à travers le monde recevaient des informations de la presse de Hearst via ses agences de presse, ses films et ses journaux, traduits et publiés en gros tirage dans le monde. Les chiffres cités montrent combien l’empire de Hearst eut le pouvoir d’influencer la politique américaine, et de là, la politique dans le monde, pendant de très longues années. Sa presse refusa par exemple pendant longtemps que les Etats-Unis entrent dans la Seconde Guerre Mondiale du côté de l’Union soviétique. Elle soutint plus tard le Maccarthysme, la chasse aux sorcières anticommuniste dans les années 50.
La conception du monde de William Hearst était ultra-conservatrice, nationaliste et anticommuniste. Sa politique était à l’extrême droite. En 1934, il voyagea en Allemagne et fut reçu comme un invité et un ami par Hitler. Après son voyage, les journaux de Hearst devinrent encore plus réactionnaires, publiant toujours plus d’articles contre le socialisme, contre l’Union soviétique et contre Staline en particulier. Hearst tenta aussi de servir directement la propagande nazie en publiant une série d’articles de Goering, le bras droit d’Hitler. Les protestations de beaucoup de lecteurs, néanmoins, le força à arrêter la publication de ces articles et de les retirer de la circulation.
Après la visite à Hitler, la presse à sensation de Hearst fut remplit de « révélations » sur les terribles évènements qui se produisaient en Union soviétique : meurtres, génocide, esclavage, débauche des dirigeants et misère du peuple, tous cela faisant quotidiennement les gros titres. La matière était fournie par la Gestapo, la police politique nazie. Sur la première page des journaux apparaissaient souvent des caricatures et des photos trafiquées d’Union soviétique, avec par exemple Staline, caricaturé en criminel avec un couteau dans les mains. N’oublions pas que ces articles étaient lus chaque jour par 40 millions de personnes aux Etats-Unis et des millions d’autres à travers le monde !
Le mythe de la famine en Ukraine
Une des premières campagnes de presse de Hearst contre l’Union soviétique concerna les millions de personnes soi-disant mortes de faim en Ukraine. Cette campagne commença le 18 février 1935, avec en gros titre de Une du Chicago American, la nouvelle de 6 millions de personnes mortes de faim en Union soviétique. Utilisant le sujet fourni par l’Allemagne nazie, William Hearst en baron de la presse et en sympathisant des nazis, commença à fabriquer des histoires sur un soi-disant génocide provoqué par les Bolcheviks ayant entraîné la mort de plusieurs millions de personnes en Ukraine. La vérité est bien différente. En fait, ce qui se produisait en Union soviétique, c’était au début des années 30, une lutte des classes sans précédent au cours de laquelle les paysans sans terre se soulevaient contre les riches propriétaires terriens, les koulaks, et commençaient à se battre pour la collectivisation, une lutte pour créer les kolkhozes.
Cette immense lutte des classes, touchant directement ou indirectement quelques 120 millions de paysans, a certainement provoqué des troubles dans la production et des pertes agricoles dans certaines régions. Avec moins à manger, les gens s’affaiblirent ce qui facilita la propagation des maladies infectieuses. Ces maladies étaient malheureusement communes dans le monde, à cette époque. Entre 1918 et 1920, une épidémie de fièvre espagnole avait causé la mort de 20 millions de personnes aux Etats-Unis et en Europe, mais personne n’avait accusé les gouvernements de ces pays d’avoir tué leurs propres citoyens. La vérité est que ces gouvernements ne pouvaient rien faire contre ce genre d’épidémie. C’est seulement avec le développement de la pénicilline pendant la Seconde Guerre mondiale qu’il fut possible de contenir de telles épidémies. Et ce ne fut possible partout que vers la fin des années 40.
Les articles de la presse Hearst affirmant que des millions de personnes mouraient de faim en Ukraine, délibérément provoqués par les communistes, semblaient crédibles et détaillées. La presse Hearst utilisait tous les moyens possibles pour que ces mensonges ressemblent à la vérité, et réussit à influencer l’opinion publique des pays capitalistes qui se retourna brusquement contre l’Union soviétique. Ce fut le début de la fabrication d’un des principaux mythe sur l’Union soviétique. A côté des révélations de la presse occidentale sur la soi-disant famine, personne ne voulut écouter les démentis de l’Union soviétique et les explications sur la fabrication des mensonges de la presse de Hearst, une situation qui dura de 1934 à 1987 ! Pendant plus de 50 ans, plusieurs générations d’individus à travers le monde furent nourries de ces calomnies confortant la mauvaise opinion qu’ils avaient du socialisme en Union soviétique.
L’empire médiatique de Hearst en 1988
William Hearst mourut en 1951 dans sa maison à Beverley Hill en Californie. Il laissait derrière lui un empire médiatique qui continue encore aujourd’hui à propager ses nouvelles réactionnaires dans le monde entier. Aujourd’hui, la Hearst Corporation est une des plus grandes entreprises du monde, possédant plus de 100 magazines et employant 15.000 personnes. L’empire Hearst comprend des journaux, des magazines, des livres, des radios, des chaînes de télévision, des chaînes câblées, des agences de presse et du multimédia.
52 ans pour que la vérité éclate
La campagne de désinformation nazie sur l’Ukraine ne cessa pas avec la défaite de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Les mensonges nazis furent repris par la CIA et le MI5 (services secrets britanniques) et occupèrent une place importante dans la propagande de la guerre froide contre l’Union soviétique. Après la Seconde Guerre mondiale, le Maccarthysme, la chasse aux sorcières anticommuniste, entretenu les fables sur les millions de morts de la faim en Ukraine. En 1953, un livre sur ce sujet fut publiée aux Etats-Unis. Ce livre s’intitulait Black Deeds of the Kremlin (Sombres agissements au Kremlin). Sa publication fut financée par les réfugiés ukrainiens des Etats-Unis, des gens qui avaient collaboré avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Le gouvernement américain leur avait accordé l’asile politique en les présentant comme des « démocrates ».
Lorsque Reagan fut élu à la présidence américaine dans les années 80 et commença sa croisade anticommuniste, la propagande sur les millions de morts en Ukraine fut une nouvelle fois activées. En 1984, un professeur d’Harvard publia un livre qui s’appelait Human Life in Russia (La vie humaine en Russie) qui répétait toutes ces fausses informations produit par la presse de Hearst en 1934. Puis, en 1984, les mensonges et falsifications nazies datant des années 30 ressortirent mais, cette fois, couvert par la« respectabilité » de l’université américaine. Mais ce n’est pas terminé. En 1986, un autre livre paru sur le même sujet, intitulé Harvest of Sorrow (Sanglantes Moissons), écrit par un ancien membre des services secrets britanniques, Robert Conquest, à présent professeur à l’Université Stamford en Californie. Pour ce genre de « travail », Conquest reçu 80.000 dollars de l’Organisation des nationalistes ukrainiens. Cette même organisation finança aussi un film réalisé en 1986, intitulé Harvest of Despair (Moissons du désespoir) dans lequel, entres autres, on puisait dans le livre que Conquest avait écrit. A ce jour, aux Etats-Unis, concernant l’estimation du nombre de victimes de la famine en Ukraine, on avance le chiffre de 15 millions de personnes!
Pourtant les millions de morts d’Ukraine provenant de la presse Hearst et répétés dans les livres et les films, sont des chiffres complètement faux. Le journaliste canadien Douglas Tottle a méticuleusement démonté ces falsifications dans son livre publié à Toronto en 1987 : Fraud, famine and fascism - (Mensonge, famine et fascisme : le mythe du génocide ukrainien d’Hitler à Harvard). Tottle a prouvé, entre autre, que les photographies utilisés montrant des scènes horribles d’enfants mourrant de faim, avaient en réalité été prises dans des publications de 1922, à l’époque où des millions de gens étaient morts à cause de la famine et de la guerre provoquée par l’intervention de 8 puissances étrangères en Union soviétique pendant la Guerre Civile de 1918-1921. Douglas Tottle révéla aussi toute la vérité sur les reportages bidons sur la famine de 1934, publiés dans la presse de Hearst. Un des journalistes qui a envoyé pendant très longtemps des reportages et des photographies de cette soi-disant famine était Thomas Walter, un individu qui n’avait jamais mis les pieds en Ukraine et a séjourné à Moscou que 5 jours en tout. Ces faits ont aussi été révélés par le journaliste Louis Fischer, le correspondant à Moscou de The Nation, un journal américain. Fischer releva que le journaliste M. Parrott, le vrai correspondant de presse de Hearst à Moscou, avait envoyé des reportages qui ne furent jamais publiés sur les récoltes excellentes en Union soviétique en 1933 et sur l’essor économique en Ukraine. Tottle démontra que le journaliste qui écrivait des reportages sur la soi-disant famine en Ukraine, « Thomas Waller », était en réalité Robert Green et que celui-ci s’était échappé d’une prison d’Etat dans le Colorado ! Ce Walker ou plutôt Green, lorsqu’il retourna aux Etats-Unis, fut arrêté et avoua à la cour qu’il n’avait jamais été en Ukraine. Mais ces mensonges sur les millions de victimes en Ukraine dans les années 30 dû à une famine supposée avoir été organisé par Staline, furent seulement découverts qu’en 1987 ! C’est ainsi que Hearst, les Nazis, l’agent Conquest et bien d’autres ont trompé des millions de personnes avec leurs mensonges et leurs reportages bidons. Encore aujourd’hui les histoires de Hearst et des nazis sont répétées systématiquement par les auteurs de droite.
La presse de Hearst, grâce à son monopole dans plusieurs états des Etats-Unis et le rôle de ses agences de presse partout dans le monde, fut le plus grand porte-parole de la Gestapo. Dans un monde dominé par le capital, Hearst réussit à transformer les mensonges de la Gestapo en « vérités » diffusées par des dizaines de journaux, de stations radio et plus tard par des chaînes de télévisions et des chaînes câblées partout dans le monde. La Gestapo disparue, la propagande de guerre contre le socialisme en Union soviétique continua comme si de rien n’était avec la CIA. Les campagnes anticommunistes de la presse américaine ne perdirent rien en intensité. Les trafics continuèrent comme avant, d’abord avec l’aide de la Gestapo puis avec la CIA.
Robert Conquest au coeur du mythe
Cet homme, si largement cité dans la presse bourgeoise, est un véritable apologiste du système bourgeois. Il doit attirer notre attention car Conquest est un des deux auteurs qui a écrit le plus sur les soi-disant millions de morts de la famine. C’est lui qui est en fait à l’origine des principaux mythes et mensonges concernant l’Union soviétique qui ont été répandu après la Seconde Guerre mondiale. Conquest a d’abord été connu pour son livre The Great Terror (La GrandeTterreur) (1969) puis pour Moissons Sanglantes (1986). Conquest écrivit que des millions de gens étaient morts de faim en Ukraine, dans les camps de travail du goulag et pendant les grands procès de 1936-38, en utilisant pour cela des sources d’information d’exilés ukrainiens vivant aux Etats-Unis et appartenant à des parties de droite, des gens qui avaient collaboré avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. De nombreux héros de Conquest sont bien connus comme des anciens criminels de guerre qui ont dirigé et participé au génocide des Juifs ukrainiens en 1942. Un de ces personnage est Mykola Lebed, reconnu comme criminel de guerre après la guerre. Lebed était le chef de la sécurité à Lvov sous l’occupation nazie et dirigeait les terribles persécutions anti-juives en 1942. En 1949, la CIA récupéra Lebed et l’envoya aux Etats-Unis où il travailla comme agent de désinformation.
Le style des livres de Conquest est violent et d’un anticommunisme primaire. Dans son livre de 1969, Conquest raconte comment ceux qui ont succombé à la famine entre 1932 et 1933 avoisinent les 5 à 6 millions, la moitié d’entre eux ukrainiens. Mais en 1983, pendant la croisade anticommuniste de Reagan, Conquest a élargi la famine jusqu’à 1937 et a grossi le nombre de victimes pour atteindre 14 millions ! De telles affirmations si bien venues se devaient d’être récompensées : en 1986, Reagan lui demanda d’écrire des textes pour sa campagne présidentielle afin de l’aider à préparer le peuple américain à une invasion soviétique. Le texte en question s’intitulait « Que faire quand les Russes arrivent - un manuel de survie » ! Un étrange travail pour un professeur d’histoire !
Mais la vérité est qu’il n’y a rien d’étrange dans tous ça, venant d’un homme qui a passé sa vie entière à vivre des mensonges et des falsifications sur l’Union soviétique et Staline, d’abord comme agent des services secrets puis comme écrivain et professeur à l’université Stamford en Californie. Le passé de Conquest à été raconté par le Guardian de Londres, le 27 Janvier 1978, dans un article où il fut révélé qu’il avait été un ancien agent du département de désinformation des Services secrets britanniques, c’est-à-dire le Département de Recherche et d’Investigation, Information Research Department (IRD). L’IRD avait ouvert ses portes en 1947 (il s’appelait à l’origine le Bureau d’Information Communiste). Sa tâche principale consistait à combattre l’influence communiste partout dans le monde, en propageant des histoires chez les politiciens, les journalistes et d’autres personnes susceptibles d’influencer l’opinion publique. Les activités de l’IRD étaient très bien menées, aussi bien en Angleterre qu’à l’étranger. Lorsque l’IRD fut officiellement dissoute en 1977 après la découverte de liens avec l’extrême droite, on découvrit que pour la seule Grande Bretagne, plus de 100 journalistes renommés étaient en contact avec l’IRD et demandaient régulièrement des sujets pour leurs articles. C’était la règle pour de nombreux journaux britanniques comme le Financial Times, The Times, Economist, Daily Mail, Daily Mirror, The Express, The Guardian et d’autres. Les faits dévoilés par le Guardian donnent une indication de la manière dont les services secrets ont réussi à manipuler les journaux et à toucher un large public.
Robert Conquest travailla pour l’IRD jusqu’en 1956. Le « travail » de Conquest contribua au soi-disant « livre noir » de l’Union soviétique, des histoires bidons présentées comme authentiques et distribuées pour influencer l’opinion publique. Après avoir officiellement quitté l’IRD, Conquest continua à écrire des livres avec l’aide de l’IRD. Son livre La Grande Tereur, une grossière oeuvre de droite sur les luttes de pouvoir en Union soviétique en 1937, était en réalité une compilation de textes écrits lorsqu’il travaillait pour les services secrets. Le livre fut achevé et publié avec l’appui de l’IRD.
Un tiers de la publication fut financé par Praeger press qui publie et distribue souvent des livres à la demande de la CIA. Le livre de Conquest avait pour objectif de toucher des universitaires, les journalistes, la radio et la télévision, et s’assurer ainsi que ces mensonges continuent d’être largement diffusées dans la population. A ce jour, Conquest reste pour les historiens de droite l’une des sources les plus importantes sur l’histoire de l’Union soviétique.
Alexandre Soljenitsyne
Un autre individu a systématiquement été associé aux livres et aux articles sur les soi-disant millions de gens qui perdirent leurs vies ou leur liberté en Union soviétique : l’écrivain russe Alexandre Soljenitsyne. Soljenitsyne devint célèbre dans le monde capitaliste à la fin des années 60 grâce à son livre, L’Archipel du goulag. Il fut lui-même condamné en 1946 à 8 ans de prison dans les camps de travail pour activité contre-révolutionnaire après avoir distribué de la propagande anti-soviétique. Selon Soljenitsyne, la guerre avec l’Allemagne nazie au cours de la Seconde Guerre mondiale aurait pu être évité si le gouvernement soviétique avait trouvé un compromis avec Hitler. Soljenitsyne accusa le gouvernement soviétique et Staline d’avoir été plus responsable qu’Hitler des terribles conséquences de la guerre sur le peuple soviétique. Soljenitsyne ne cacha pas ses sympathies envers les nazis. Il fut condamné à l’époque comme traître.
C’est en 1962 que Soljenitsyne commença à publié ses livres en Union soviétique avec l’accord et l’aide de Nikita Khrouchtchev. Le premier livre qu’il publia fut Un Jour dans la vie d’Ivan Denisovitch qui racontait la vie d’un prisonnier. Khrouchtchev utilisa les textes de Soljenitsyne pour combattre l’héritage socialiste de Staline. En 1970, Soljenitsyne reçut le prix Nobel de littérature pour L’Archipel du goulag. Son livre commença a être publié largement dans les pays capitalistes et son auteur devint l’un des instruments les plus efficaces de l’impérialisme pour combattre le socialisme de l’Union soviétique. Son texte sur les camps de travail rejoignit la propagande sur les millions de morts en Union soviétique et fut présentés aux médias capitalistes comme le reflet de la vérité. En 1974, Soljenitsyne renonça à sa citoyenneté soviétique et émigra en Suisse, puis aux Etats-Unis. A cette époque, il était considéré par la presse capitaliste comme le plus grand combattant de la liberté et de la démocratie. Ses sympathies nazies furent cachées pour ne pas entraver la propagande de guerre contre le socialisme.
Aux Etats-Unis, Soljenitsyne fut souvent invité à d’importantes conférences. Il fut, par exemple, le principal intervenant au congrès du syndicat de l’AFL-CIO en 1975. Le 15 juillet 1975, il fut même invité à donné une conférence sur la situation mondiale au Sénat américain ! Ses conférences sont d’une grande violence et plein de provocation, soutenant et propageant les positions les plus réactionnaires. Par exemple, il mena campagne pour que les Etats-Unis attaquent de nouveau le Vietnam. Encore mieux : après 40 ans de fascisme au Portugal, lorsque des officiers de gauche au sein de l’armée prirent le pouvoir en 1974 et qu’une révolution populaire eut lieu, Soljenitsyne commença à mener campagne pour une intervention militaire américaine au Portugal car, d’après lui, ce pays allait rejoindre bientôt le Pacte de Varsovie si les Etats-Unis n’intervenaient pas ! Soljenitsyne regrettait aussi que l’indépendance des colonies africaines du Portugal leur ait été accordée.
Mais il est clair que le principal aspect des discours de Soljenitsyne fut sa guerre sans relâche contre le socialisme allant de ses allégations sur les millions des gens exécutés en Union soviétique jusqu’aux dizaines de milliers d’Américains soi-disant emprisonnés et réduit en esclavage au Nord Vietnam ! L’idée de Soljenitsyne que des américains étaient utilisés comme travailleurs forcés au Nord Vietnam donna l’idée de la série des films de Rambo sur la guerre du Vietnam. Les journalistes américains qui osaient écrire en faveur de la paix entre les Etats-Unis et l’Union soviétique étaient aussitôt accusés par Soljenitsyne de traîtres potentiels. Soljenitsyne soutint aussi la course aux armements contre l’Union soviétique qui était, selon lui, plus puissante « en tanks et avions de 5 à 7 fois supérieure par rapport aux Etats-Unis ». Il prétendait aussi que les armes atomiques étaient deux à trois ou même cinq fois plus nombreuses en Union soviétique qu’aux Etats-Unis. La voix de Soljenitsyne sur l’Union soviétique représentait l’opinion de l’extrême droite. Mais il alla encore plus loin dans son soutien ouvert au fascisme.
Le soutien au fascisme de Franco
Après la mort de Franco en 1975, le régime fasciste espagnol commençait à perdre le contrôle de la situation politique. Au début de 1976, les évènements en Espagne attirèrent l’attention de l’opinion publique mondiale. Il y eut des grèves et des manifestations pour réclamer la démocratie et la liberté. Le successeur de Franco, le roi Juan Carlos, fut contraint de libéraliser très doucement le pays pour calmer l’agitation sociale.
A ce moment important de l’histoire politique de l’Espagne, Alexandre Soljenitsyne apparut à Madrid et donna une série d’interview au programme télé du samedi soir, Directisimo, le 20 mars, à une heure de grande écoute (voir le journal espagnole ABC et Ya du 21 mars 1976). Soljenitsyne qui connaissait les questions à l’avance, se servit de cette tribune pour faire toute une série de déclarations réactionnaires. Son intention n’était pas de soutenir les mesures libérales du roi mais, au contraire, de s’opposer aux réformes démocratiques. Au cours de son interview télévisé, il déclara que 110 millions de Russes étaient morts à cause du socialisme, et il compara « l’esclavage subi par le peuple soviétique avec la liberté dont jouisse l’Espagne ». Soljenitsyne condamna aussi « les cercles progressistes », les « Utopiques » qui ne voyaient que la dictature en Espagne. Par « progressiste », il voulait dire n’importe qui de l’opposition démocratique : qu’ils soient des libéraux, des sociaux-démocrates ou des communistes. « L’automne dernier », déclara Soljenitsyne, « l’opinion publique s’est inquiété du cas de ces terroristes espagnoles » (des anti-fascistes espagnoles condamnés à mort par le régime de Franco). « A chaque fois, l’opinion publique progressiste réclame des réformes politiques alors qu’elle soutient en même temps des actes terroristes... Ceux qui veulent une réforme démocratique rapide savent-ils ce qui se passera demain ou après demain ? L’Espagne peut connaître la démocratie demain mais après demain, qu’est-ce qui pourra empêcher la démocratie de tomber dans le totalitarisme ? » Interrogé par les journalistes qui voulaient savoir si cela ne voulait pas dire qu’il soutenait un régime sans libertés, Soljenitsyne répondit : « Je ne connais qu’un seul lieu où il n’y a pas de liberté et c’est la Russie ». Les déclarations de Soljenitsyne à la télévision espagnole étaient un soutien direct au fascisme espagnol, une idéologie qu’il approuve jusqu’à maintenant. C’est une des raisons pourquoi Soljenitsyne commença à disparaître de la scène médiatique après ces 18 années d’exil aux Etats-Unis et une des raisons pourquoi il commença à moins soutenir les gouvernements capitalistes. Pour les capitalistes, Soljenitsyne était un cadeau tombé du ciel pour lutter contre le socialisme mais tout avait des limites. Dans la nouvelle Russie capitaliste, ce qui détermine le soutien de l’Occident à des groupes politiques, c’est tout simplement qu’elle puisse faire de bonnes affaires en Russie avec un maximum de profit, protégés par ces parties. Le fascisme comme régime politique pour l’avenir de la Russie n’est pas très indiqué pour faire des affaires. C’est pour cette raison que le programme politique de Soljenitsyne pour la Russie n’a aucune chance avec les occidentaux. Ce que Soljenitsyne veut pour le futur politique de la Russie, c’est tout simplement le retour du régime autocratique des Tsars avec l’aide de l’Eglise orthodoxe russe ! Même le pire des impérialistes n’a aucun intérêt dans une telle stupidité politique. Ceux qui soutiennent encore Soljenitsyne à l’Ouest devront aller le chercher dans les limbes de l’extrême droite.
Les nazis, la police et les fascistes
Ainsi, parmi les pires pourvoyeurs de mythes bourgeois concernant les millions de victimes soi-disant mortes et emprisonnées en Union soviétique, on trouve le pro-nazi William Hearst, l’agent secret Robert Conquest et enfin le fasciste Alexandre Soljenitsyne. Conquest a joué un rôle essentiel à partir du moment où ses informations étaient largement utilisées par les médias capitalistes dans le monde, servant même de base pour des cours dans certaines universités. Les livres de Conquest sont sans aucun doute d’une très grande qualité au niveau de la désinformation. Puis dans les années 70, Conquest reçu une grande aide en la personne de Soljenitsyne suivi d’une série d’autres dissidents de deuxième ordre comme Andrei Sakharov et Roy Medvedev. A cela s’est ajouté, ici et là, nombre d’individus se consacrant un peu partout dans le monde à spéculer sur les morts et les prisonniers d’Union soviétique, et rémunérés à prix d’or par la presse bourgeoise. Mais la vérité sur le sujet a finalement été dévoilée et révélée malgré ces falsificateurs de l’histoire. Gorbatchev ordonna l’ouverture des archives secrètes du Parti aux recherches historiques, ce qui eut des conséquences qu’aucun d’entre eux ne pouvait imaginer.
Les archives révèlent les mensonges de la propagande
Conquest, Soljenitsyne, Medvedev et d’autres utilisèrent les données publiées par l’Union soviétique comme les statistiques démographiques en augmentant le nombre d’habitants sans tenir compte des frontières changeantes au cours de l’histoire. A partir de là, ils conclurent que beaucoup de gens manquaient à l’arrivée. Les gens disparus furent ainsi déclarés avoir été tués ou incarcérés à cause du socialisme. La méthode était simple mais complètement frauduleuse. Ce genre de « révélation » n’aurait jamais été accepté tel quel, si c’étaient des pays occidentaux qui avaient été concernés. De nombreux professeurs et historiens auraient alors protestés contre une telle falsification. Mais puisqu’il s’agissait de l’Union soviétique, on l’acceptait. Une des raisons vient certainement du fait que ces professeurs et ces historiens placent leur avancement professionnel avant leur intégrité professionnelle.
Au final, quelles sont les estimations de ces« critiques » ? Selon Robert Conquest (lors d’une estimation réalisée en 1961) 6 millions de personnes étaient mortes de faim en Union soviétique, au début des années 30. En 1986, Conquest revit à la hausse ce chiffre qui atteint alors 14 millions. Pour le goulag, il y avait eu en 1937, selon Conquest et avant les purges dans le Parti, l’armée et l’appareil d’Etat, 5 millions de prisonniers. Après le début des purges, durant les années 1937-38, il y avait eu un nombre supplémentaire de 7 millions de prisonniers, ce qui faisait un total de 12 millions de prisonniers dans les camps de travail en 1939. Et ces 12 millions n’étaient selon Conquest que des prisonniers politiques ! Dans ces camps se trouvait aussi des criminels de droit commun, qui d’après Conquest, dépassaient en nombre les prisonniers politiques. Pour finir, cela voulait dire, toujours d’après Conquest, qu’il y avait eu 25 à 30 millions de prisonniers dans les camps de travail en Union soviétique.
Encore selon lui, en ce qui concerne le nombre de morts, un million de prisonniers politiques avait été exécuté entre 1937 et 1939 et 2 autres millions étaient morts de faim. Le nombre final des purges de 1937-39 était ainsi de 9 millions dont 3 étaient morts en prison. Ces estimations furent immédiatement sujet à un « ajustement statistique » par Conquest pour arriver à la conclusion que les bolcheviks avaient tué pas moins de 12 millions de prisonniers politiques entre 1930 et 1953. En ajoutant les estimations de ceux qui étaient morts dans la famine des années 30, Conquest concluait finalement que les bolcheviks avaient tué 26 millions de personnes. Dans une des ces dernières manipulations statistiques, Conquest déclare qu’en 1950, il y eu 12 millions de prisonniers politiques en Union soviétique.
Alexandre Soljenitsyne a utilisé plus ou moins les mêmes méthodes statistiques que Conquest. Mais en utilisant ces méthodes pseudo-scientifiques sur la base de prémisses différentes, il est arrivé à des conclusions encore plus extrêmes. Soljenitsyne acceptait les estimations de Conquest de 6 millions de morts concernant la famine de 1932-33. Mais en ce qui concerne les purges de 1936-39 ; il croyait qu’un million au moins de personnes était mort tous les ans. Soljenitsyne en déduisait qu’entre la période de la collectivisation agricole jusqu’à la mort de Staline en 1953, les communistes avaient tué 66 millions de personnes. Le gouvernement soviétique était aussi responsable de la mort de 44 millions de Russes au cours de la Seconde Guerre mondiale. La conclusion de Soljenitsyne, c’est que « 110 millions de Russes avaient succombé au socialisme ». En ce qui concerne le nombre de prisonniers, d’après lui, il atteignait le chiffre de 25 millions dans les camps de travail, en 1953.
Gorbatchev ouvre les archives
La série de chiffres fantaisistes ci-dessus a été publiée dans les années 60 et présentée par la presse bourgeoise comme authentique, obtenue avec des pseudo-méthodes scientifiques.
Sous ces fabrications se cachaient les services secrets occidentaux, principalement la CIA et le MI5. L’impact des médias sur l’opinion publique est si grand que ces chiffres sont encore aujourd’hui acceptés par une très large partie de l’opinion publique des pays occidentaux.
Cette situation déplorable ne fit qu’empirer. En Union soviétique, où Soljenitsyne et d’autres « critiques » bien connus tels que Andrei Sakharov et Roy Medvedev ne trouvaient personne pour soutenir leurs élucubrations, la situation changea en 1990. Avec la nouvelle « presse libre » apparue sous Gorbatchev, tous ce qui s’opposait au socialisme fut montrer comme positif, avec de fâcheuses conséquences. Une spéculation sans précédent se développa au sujet du nombre de morts ou d’emprisonnés sous le socialisme, ce qu’on nomme les millions de « victimes » du communisme.
L’hystérie de la nouvelle presse libre apporta de l’eau au moulin aux mensonges de Conquest et de Soljenitsyne. Mais à la même époque, Gorbatchev ouvrit les archives du Comité Central aux recherches historiques à la demande de la nouvelle presse. L’ouverture de ces archives du Comité Central du Parti Communiste fut vraiment décisive pour débrouiller les fils de ces contes et cela pour deux raisons : d’abord parce que les archives contiennent des faits qui permettent de connaître la vérité. Mais ce qui est encore plus important, c’est que ceux qui avaient spéculés largement sur le nombre des gens morts et emprisonnés affirmaient depuis des années que ces estimations seraient confirmés le jour où les archives seraient enfin accessibles au public. C’était le cas de Conquest, de Sakharov, de Medvedev et de tous les autres. Mais lorsque les archives furent ouvertes et les conclusions des recherches commencèrent à être publiés, une chose étrange se produisit. Tout d’un coup, aussi bien la presse libre de Gorbatchev que les spéculateurs sur les morts et les prisonniers perdirent tout intérêt dans l’étude de ces archives.
Les résultats des recherches effectuées à partir des archives du Comité Central du Parti communiste par les historiens russes Zemskov, Dougin et Xlevjuk, commencèrent paraître dans des journaux scientifiques en 1990 mais restèrent complètement ignorés au-delà. Les résultats des recherches historiques contredisaient complètement les estimations de la « presse libre » au sujet du nombre de morts et de prisonniers. Pourtant, ses études ne furent pas diffusées. Elles circulèrent dans de petits cercles scientifiques qui pouvaient difficilement se mesurer à l’hystérie de la presse. Ainsi, les mensonges de Conquest et de Soljenitsyne continuèrent à être diffusé auprès de larges parties de l’ex-population soviétique. A l’Ouest aussi, les études des chercheurs russes sur le système pénal sous Staline furent totalement ignorées dans l’actualité et par les nouvelles télévisées.
Ce que les études russes montrent
Les recherches sur le système pénal soviétique représentent, au total, près de 9.000 pages. Leurs auteurs sont nombreux, mais les plus connus sont les historiens russes V.N. Zemskov, A.N. Dougin et O.V. Xlevjnik. Leur travaux commencèrent à paraître en Occident grâce à l’aide de collègues de pays occidentaux. Les deux travaux utilisés ici ont, pour l’un été publié dans le magazine français l’Histoire en septembre 1993 dans un article écrit par Nicolas Werth, directeur de recherche au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) ; pour l’autre, publié aux Etats-Unis dans la Revue d’Histoire Américaine (American Historical Review) par J. Arch Getty, professeur d’histoire à l’Université de Californie, Riverside, en collaboration avec G. T. Rittersporn, chercheur au CNRS ainsi que le chercheur V AN Zemskov de l’Institut d’Histoire Russe (qui fait partie de l’Académie russe des sciences). Aujourd’hui, plusieurs livres sont parus sur le sujet, écrit par ces chercheurs ou par d’autres personnes des mêmes équipes de recherches. Avant de poursuivre, je voudrais préciser qu’aucun de ces scientifiques et chercheurs ne défendent le système socialiste. Au contraire, ils ont un point de vue bourgeois et antisocialistes. Certains d’entre eux sont même des réactionnaires. Les lecteurs ne doivent pas s’imaginer que ce qui va suivre provient d’un quelconque « complot communiste. » Ces chercheurs ont voulu simplement dénoncer les mensonges de Conquest, Soljenitsyne, Medvedev et d’autres. Ils ont montré qu’ils plaçaient leur intégrité professionnelle avant tout autre considération et qu’ils ne voulaient pas servir des buts de propagande.
Les résultats des recherches russes répondent à beaucoup d’interrogation sur le système pénal soviétique. Les chercheurs ce sont concentrés surtout sur l’époque de Staline, la plus controversée. Nous allons continuer en répondant à une série de questions précises en puisant les réponses dans les revues L’Histoire et American Historical Review. C’est la meilleure façon d’aborder le système pénal soviétique :
a. En quoi consistait le système pénal soviétique ?
b. Combien de prisonniers y avait-il, aussi bien prisonniers politiques que non-politiques ?
c. Combien de gens sont morts dans les camps de travail ?
d. Combien de personnes furent condamnées à mort avant 1953, en particulier pendant les purges de 1937-1938 ?
e. Quelle était la durée moyenne des détentions ?
Après avoir répondu à ces questions, nous discuterons du cas de deux catégories de populations dont on fait référence habituellement lorsque l’on parle des morts et des prisonniers en Union soviétique : les koulaks condamnés en 1930 et les contre-révolutionnaires condamnés en 1936-38.
Les camps de travail dans le système pénal
Commençons par la nature du système pénal soviétique. Après 1930, le système pénal soviétique consistait en un système de prisons, de camps de travail (goulag), de colonies de travail (goulag), de zones ouvertes spéciales et d’un système d’amendes. Ceux qui étaient condamnée était en général envoyé dans une prison normale et une enquête était faîte pour savoir s’il était innocent et dans ce cas relâché, ou s’il était au contraire jugé. Un accusé qui passait au tribunal pouvait aussi bien être déclaré innocent (et relâché) ou être condamné. S’il s’avérait qu’il était condamné, il devait soit payer une amende, soit aller en prison ou, plus rarement, être exécuté. L’amende pouvait consister à ce que sa paye soit réduite pour une période donnée. Pour celui qui y était envoyé, il se retrouvait dans différentes sortes de prisons en fonction du type de peine.
Dans les camps de travail du goulag, était envoyé ceux qui avaient commis de sérieux délits (homicide, vol, viol, crime économique, etc.) ainsi qu’une grande partie de condamnés pour activités contre-révolutionnaires. Les condamnés à une peine de 3 ans pouvaient aussi être envoyés dans ces camps de travail. Après avoir passé un certain temps dans les camps de travail, un prisonnier pouvait être déplacé dans une colonie de travail ou dans une zone spéciale ouverte.
Les camps de travail étaient des zones très larges où les prisonniers vivaient et travaillaient sous étroite surveillance. Travailler et ne pas être à la charge de la société était jugé nécessaire. Aucune personne en bonne santé ne restait sans travailler. Il est possible qu’aujourd’hui, on trouve cela très dure, mais c’était la règle. Il y avait ainsi 53 camps de travail en 1940.
Il y avait d’autre part 425 colonies de travail. C’était des unités beaucoup plus petites que les camps de travail, avec un régime plus libre et moins surveillé. On y envoyait ceux qui étaient condamnés à des peines plus réduites et ceux qui avaient commis des crimes et des délits politiques moins graves. Ils travaillaient en liberté dans des usines ou à la campagne et étaient mélangés à la société civile. Très souvent, le salaire était entièrement versé au prisonnier, de la même façon que les autres ouvriers.
Les zones spéciales ouvertes étaient généralement des zones agricoles pour ceux qui avaient été exilés tels que les koulaks, expropriés pendant la collectivisation. D’autres personnes jugées coupables de crimes ou de délits politiques mineurs pouvaient aussi purger leurs peines dans ces zones.
454.000 et non 9 millions
La seconde question est de savoir combien il y avait de prisonniers politiques et combien de prisonniers de droit commun. Cette question concerne ceux qui étaient emprisonnés à la fois dans les colonies de travail, les camps de travail que dans les prisons (bien qu’il faut savoir que dans les colonies, il y avait dans la plupart du temps une liberté partielle). Le tableau ci-dessous a été publié dans la Revue d’Histoire Américaine et couvre une période de 20 ans, entre 1934, moment où le système pénal fut placé sous la direction de l’administration centrale, jusqu’en 1953, l’année de la mort de Staline.
|
Nombre de prisonniers en URSS en 1934-1953 Source : La Revue d’Histoire Américaine (The American Historical Review) |
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Au 1er janvier de chaque année |
Au goulag et camp de travail |
Contre-révolutionnaires |
Contre-révolutionnaires en % |
Décès |
Décès en % |
Libérés |
Echappés |
|
1934 |
510.307 |
135.190 |
26,5 |
26.295 |
5,2 |
147.272 |
83.490 |
|
1935 |
725.438 |
118.256 |
16,3 |
28.328 |
3,9 |
211.035 |
67.493 |
|
1936 |
839.406 |
105.849 |
12,6 |
20.595 |
2,5 |
369.544 |
58.313 |
|
1937 |
820.881 |
104.826 |
12,8 |
25.376 |
3,1 |
364.437 |
58.264 |
|
1938 |
996.367 |
185.324 |
18,6 |
90.546 |
9,1 |
279.966 |
32.033 |
|
1939 |
1.317.195 |
454.432 |
34,5 |
50.502 |
3,8 |
223.622 |
12.333 |
|
1940 |
1.344.408 |
444.999 |
33,1 |
46.665 |
3,5 |
316.825 |
11.813 |
|
1941 |
1.500.524 |
420.293 |
28,7 |
100.997 |
6,7 |
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