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Avec l'aimable autorisation de Annie Lacroix-Riz

 

SUR LA « FAMINE GÉNOCIDAIRE STALINIENNE » EN UKRAINE EN 1933 : UNE CAMPAGNE ALLEMANDE, POLONAISE ET VATICANE

Envoi du 27 novembre 2004 et à diverses dates ultérieures

Ajouté, le 14 juillet 2005, sur l’indication de Jean Pestieau, Fraud, Famine and Fascism. The Ukrainian Genocide Myth from Hitler to Harvard, écrit par le Canadien anglophone Douglas Tottle publié chez Progress Book à Toronto en 1987.

Annie Lacroix-Riz

Je vous livre les documents par volume d’archives et ordre chronologique. En note infrapaginale figurent des explications. Je suis à votre disposition pour toute demande supplémentaire. Les étudiants qui ont reçu l’an dernier une version initiale de ce texte y trouveront nombre d’éléments nouveaux.

Tout ce qui est entre guillemets est de la citation de document original. J’ai corrigé les fautes de frappe des textes originaux (pour renoncer à des (sic) trop nombreux).

La gigantesque campagne de presse (et autre propagande) de 1933 sur « la grande famine » d’Ukraine est, si l’on se fie aux fonds du Quai d'Orsay, un bobard lancé 1° pour préparer l’« alliance » polono-allemande de janvier 1934 (Varsovie et Berlin se font des politesses à propos de l’Ukraine que le Reich promet aux Polonais, « en échange du corridor de Dantzig », supercherie dont Berlin a déjà usé dans les années vingt) et 2°, objectif allemand essentiel, pour empêcher la réalisation l’alliance franco-soviétique qui se dessine depuis le retour d’Herriot au poste conjoint de Président du Conseil et de Ministre des Affaires étrangères (juin-décembre 1932). Les fonds publiés du Foreign Office « sur l’Ukraine et la grande famine de 1932-1933 » autorisent une interprétation similaire sur le sens de politique extérieure de l’opération de propagande de 1933 1 : le « mémorandum de Ponsonby Moore Crosthwaite sur l’histoire de l’Ukraine et ses relations avec la Pologne et la Russie, 11 décembre 1933 » 2 est aussi clair que la correspondance du Quai d'Orsay citée ci-dessous.

Le Vatican, qui hait la Pologne, catholique certes, mais pillarde de territoires allemands, signe en juillet 1933 le Concordat du Reich qui prévoit, entre autres clauses secrètes, l’occupation commune de l’Ukraine. On comprend ainsi mieux le rôle, particulièrement actif, de la Curie romaine et l’utilisation dans l’opération ukrainienne de son instrument favori de l’expansion allemande à l’Est (notamment pour l’Anschluss et la liquidation de la Tchécoslovaquie), l’Allemand des Sudètes, par ailleurs cardinal (1933) archevêque de Vienne (1932), Innitzer 3.

L’URSS a connu en 1932-1933 une sérieuse disette conduisant à un strict renforcement du rationnement, pas une famine et en tout cas pas une famine à « six millions de morts », chiffre (scandaleux sur le plan méthodologique en particulier) lancé ces dernières années par le démographe Alain Blum, question examinée plus loin (sur le traitement

1 Marco Carynnyk, Lubomyr Y. Luciuk et Bohdan S. Kordan, éd., The Foreign Office and the Famine. British documents on Ukraine and the Great Famine of 1932-1933, Ontario, The Limeston Press Kingston, 1988 (les « éditeurs » sont des chercheurs canadiens d'origine ukrainienne, dont la recherche est financée par les associations ukrainiennes du Canada, fort actives dans les années 1980 de la crise de l’URSS, op. cit., p. L et LI – associations toujours fort actives et très mobilisées en l’automne 2004 au bénéfice de la partie occidentale, uniate et anti-russe de l’Ukraine, qualifiée de « démocratique » et libre contre sa partie orientale orthodoxe et pro-russe)

2 Texte 62, The Foreign Office and the Famine, p. 358-362.

3 . Le Vatican, l'Europe et le Reich de la Première Guerre mondiale à la Guerre froide (1914-1 955), Paris, Armand Colin, 1996, chapitres 1-2, et 6-10, et index.


universitaire récent de la question en France, mise au point dans la 3e partie du présent dossier).

Les développements ci-dessous relatifs aux ambitions affichées par le Reich en 1933 à propos de l’Ukraine (programme de conquête antérieur à 1914, et donc non spécifique du programme impérialiste nazi 4) infirment, comme ceux du recueil que j’ai constitué sur l’armée rouge en 1937-1938, la thèse des dangers extérieurs instrumentalisés par Staline contre ses ennemis « imaginés » ou purement et simplement inventés, familière à l’historiographie française actuelle.

CAMPAGNE GERMANO-VATICANE ET UKRAINIENNE SUR LA FAMINE EN UKRAINE, 1932-1933

URSS 1918-40, VOL. 1036, SITUATION ÉCONOMIQUE, 3 AOÛT 1932-18 JANVIER 1940, ARCHIVES DU MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES (MAE)

339 folios [classement par volume, paginé] et voir infra la correspondance de 1933 du colonel Mendras, attaché militaire, fonds SHAT)

Copie des du « correspondant particulier » à Berlin articles de Renaissance 5

Copie de l’article de Renaissance 17 août 1932, « Famine et chaos (Rapports de Consuls allemands) », 4-7, 4 p. [la France a une ambassade à Moscou, comme la Grande-Bretagne, qui a également un consulat à Leningrad 6, mais pas de multiples consulats en URSS, à l’inverse des Italiens et des Allemands : les sources sur la famine sont donc germano-italiennes et, on le verra, proviennent d’associations ukrainiennes émigrées séparatistes financées par le Reich, d’Ukrainiens émigrés, parfois depuis l’avant-guerre, etc., comme l’attestent les courriers du Quai d'Orsay cités plus loin]

Descriptif apocalyptique de la « situation dans le midi de la Russie

Région de Kharkov

[…] menacée de famine […] la situation du Donetz […] est catastrophique […] pas de savon […] L’instabilité de la main-d'œuvre arrête tout travail productif. » 1. « La situation des ouvriers et ingénieurs allemands est alarmante et ils supplient de les rapatrier. » Idem à Odessa. « La plupart des habitants n’ont pas de chaussures; […] Les denrées manquent partout. […] la moisson se fait mal », tout même eau, 3, et sq. « Les consuls [allemands] affirment que le Gouvernement soviétique va, dans très peu de temps, être insolvable. » 4

Copie de l’article de Renaissance du 16 août 1932, « Réclamation de M. Gosser à l’Intourist deux semaines dans les prisons du Guépéou) », 4-7, 4 p.

Lettre 171 de Dejean, ambassadeur de France à Moscou 7, au président du Conseil-ministre des Affaires étrangères Édouard Herriot, Moscou, 13 septembre 1932, 10, 2 p.

4 Ibid., et surtout Fritz Fischer, Les buts de guerre de l'Allemagne impériale 1914-1918, Paris, Trévise, 1970.

5 Journal de Russes blancs financé par Berlin et le pétrolier Deterding, chef de la Royal Dutch Shell, ennemi juré des Soviets qui avaient nationalisé leur pétrole caucasien de propriété naguère britannique; les Polonais se mirent de la partie en 1935, voir sur ce point la série F 7, vol. 12951 à 12961, « notes Jean » sur activités partis et hommes politiques, situation financière et politique extérieure, 1918-36, Archives nationales.

6 The Foreign Office and the Famine, op. cit.

7 . Le comte Dejean en rajoute alors sur l’antisoviétisme, sans doute pour faire presque aussi bien que Jean Herbette, qu’il fallut évincer en 1931, son niveau d’antisoviétisme rendant désormais impossible toute relation avec les officiels soviétiques. Sur la famine alléguée, Dejean ne dispose jamais d’informations propres, mais se réfère exclusivement à la prose des « consuls allemands », cf. infra; la collectivisation lui inspire des


Sur « la gravité de la crise alimentaire », 1, et statut privilégié des diplomates, travailleurs et journalistes étrangers, 1-2

tous rapports sur situation catastrophique

Télégramme 97 1-2 de Beaumarchais, ambassadeur à Rome, 11 octobre 1932, ronéoté, 14-15

Cf. ma « conversation » d’aujourd'hui avec « M. Mussolini m’a dit aujourd'hui […] que la situation économique de l’URSS était inquiétante : le plan quinquennal avait notoirement échoué », etc. 1, sq.

copie sans numéro de la lettre de Dejean au président du Conseil-ministre des Affaires étrangères, Édouard Herriot, Moscou, 5 décembre 1932, 18-2 1, 4 p.

« a.s. de la soif de devises du Gouvernement soviétique »

Lettre 1165 d’André François-Poncet, ambassadeur en Allemagne 8, au ministre des Affaires étrangères Paul-Boncour, Berlin, 22 décembre 1932, 22-28, 7 p.

Dans la presse allemande sur la Russie (en italique, noms de journaux) « Il n’est question que de crises; crise de la production industrielle et surtout agricole, crise du ravitaillement, crise de l’approvisionnement en devises, indispensables au paiement des commandes passées à l'étranger, crise enfin (2) de l’armée rouge elle-même. » cf. Vossischezeitung, 3, Berliner Tageblatt, 3-4, sur « des révoltes chroniques […] au Kouban », car « la résistance des populations cosaques au système collectif d’exploitation agraire […] c’est cette indolence et non pas les quelques groupes de koulaks du Kouban ou d'ailleurs qui est la véritable ennemie du bolchevisme, comme elle avait été d'ailleurs celle de tout progrès au temps du régime bourgeois. » 4, et litanie continue, 4 sq. cf. la Vossischezeitung 9, 5, Deutsche Allgemeine Zeitung, 5-6, notamment sur crise armée rouge où « les courants dits “d’opposition de droite” y ont fait des progrès sensibles », mais « à la frontière mandchoue […] cette partie de l’armée soviétique, grâce à son éloignement de Moscou, aura pu échapper à toute contagion.” »

Confirmé par l’attaché militaire auprès de l’ambassade Japon à Berlin « qui, ayant eu l’occasion de traverser la Sibérie, il y a quelques mois, a constaté parmi les troupes rouges mobilisées […] un état d'esprit excellent et même, selon son expression, enthousiaste. » 7, et même confirmation sur mauvais état d'esprit armée rouge en Europe (6) par un Français « qui vient de faire un séjour en Allemagne et dans l’Est européen […].

D'après lui, l’armée prendrait en Russie une importance sans cesse croissante » et « manifesterait des tendance de plus en plus marquées à prendre les allures et surtout l’état d'esprit d’une garde prétorienne. L’influence de certains de ses chefs tels que Vorochilov, Blücher, Toukhatchevski y serait considérable et causerait de l’inquiétude au gouvernement

cauchemars qu’il est difficile de ne pas imputer aux hantises antisoviétiques du privilégié français épouvanté par la transformation du régime agraire.

8 . Homme-lige du Comité des Forges dont il a dirigé la presse avant d’être envoyé comme ambassadeur à Berlin depuis septembre 1931, homme de la « collaboration économique » (le terme est alors utilisé) par excellence (les archives F7 sont catégoriques, série « notes Jean » notamment), toujours prompt à l’Apaisement (MAE). Cf. « Frankreich und die europäische Integration. Das Gewicht der Beziehungen mit den Vereinigten Staaten und Deutschland, 1920-1955 » (« La France et l’intégration européenne des années vingt aux années cinquante : le poids des relations avec les États-Unis et l’Allemagne »), contribution au vol. 18 de Beiträge zur Geschichte des Nationalsozialismus, Thomas Sandkuehler et al., éd., Göttingen, Wallstein-Verlagen, 2002, p. 145-194 (texte français disponible sur demande à la bibliothèque d’histoire de Paris 7).

9 En français La Gazette de Voss.


de Staline. Le mécontentement des troupes dû à l’insuffisance du ravitaillement augmenterait le fossé qui s’est creusé entre militaires et civils. […]

La même personne m’a assuré d'autre part que les tendances subversives observées dans l’Armée rouge étaient encouragées par la Reichswehr. Celle-ci inquiète de la croissance du mouvement communiste en Allemagne, ne verrait pas d’un mauvais œil que l’État-major fît un coup d’État, qui débarrasserait la Russie du gouvernement actuel et de l’influence toute puissante de l’Internationale communiste. » 10 Il convient de faire « les réserves » nécessaires sur « pareilles informations ». 7

Lettre 2 de Dejean à Paul-Boncour, Moscou, 3 janvier 1933, 1932-1934, 5 p.

« La crise du ravitaillement en URSS […] de plus en plus aiguë », 1, baisse des livraisons de céréales à l’État au 1er novembre 1932, fixées à 20,5 millions, seulement 11,4, 1; énormes exportations en 30-3 1, en valeur 19,9 et 19,4% total des exportations, d’où « de sévères restrictions pour le marché intérieur. » en 1932, à la fois « une aggravation du rationnement de la population soviétique » et « une considérable diminution des exportations », 1,3 million tonnes pour 10 premiers mois de 1932, contre 4,2 millions pour 10 premiers mois de 31, 2, cf. chiffres détaillés, 2-3, bref il s'agit d’« un véritable effondrement, notamment pour le blé et pour l’avoine » sauf maïs, et en 1932, importation de céréales de 137 145 tonnes accélérée en septembre-octobre où d'ordinaire l’exportation constitue « un appoint considérable pour la balance commerciale soviétique. », 3, et aggravation du rationnement de la population cf. ordonnances des 4 et 16 décembre 1932, et population livrée au marché libre où prix « exorbitants », 4, et ordonnance 27 décembre augmentant « la pression d’un système de contrôle administratif et policier dont le but avoué est d’évacuer des villes une partie de la population » : rétablissement du système des « passeports individuels qui avait été aboli au début de la révolution en tant que “méthode policière destinée à opprimer les masses laborieuses”. » sans doute l’évacuation a-t-elle lieu « dans les camps de concentration du Nord de la Russie ou les vastes étendues de la Sibérie. » 5 [Dejean ne fournit sur ce point aucune information].

Lettre 17 de Dejean à Paul-Boncour, Moscou, 17 janvier 1933, 47-5 1, 9 p.

Dejean dénonce (selon son habitude) « les conséquences funestes d’une politique effrénée de collectivisation agricole »

Lettre 17 du ministre de France en Finlande, Helsingfors, 11 février 1933, 60-61, 4 p.

Témoignage de l’ingénieur américain Henning Rowsing, « d'origine suédoise » de retour aux États-Unis via Scandinavie « après deux années de séjour en Russie », au journal Hufvudstadsbladet, 1, sur « le manque de vivres et, en général, des objets nécessaires à l’existence. […] il n'y a vraiment bon marché que le pain qui, avec des concombres, et arrosé de kvass, forme presque l’unique nourriture du peuple. » Manque de tissus et chaussures; « mauvais état des lignes, manque de locomotives et de wagons » et problème du logement « dans les (2) grandes villes dont la population a beaucoup augmenté » 3,5 millions habitants à Leningrad, plus à Moscou.

« […] on ne peut nier que le régime n’ait fait faire au pays d’appréciables progrès, notamment au point de vue de l’instruction publique. Les écoles se sont multipliées, il y a peu d’illettrés complets dans la jeune génération : les théâtres et autres locaux de plaisir ou d’art sont toujours remplis, et surprennent par leur éclat. De nombreux bains publics ont été ouverts. La propreté des villes s’est aussi fort améliorée, mais les transports publics urbains, tout comme les chemins de fer, laissent encore beaucoup à désirer.

10 . À relier au recueil de textes sur l’armée rouge en 1937-38.


[…] l’ingénieur américain a paru vouloir se garder de toute appréciation sortant de la pure objectivité, et de nature à lui interdire un retour éventuel au paradis soviétique. Il n’a pas un mot de commisération pour les innombrables habitants des villes dont le refus de passeport fait, ipso facto, des hors la loi. Il ne dit (3) rien des transports vers les régions nordiques de populations entières du Sud de la Russie, de ce brassage systématique de races auquel paraît procéder en ce moment le Gouvernement soviétique, ni de cette reprise de déportations des paysans d’Ingrie qui inquiète et indigne depuis quelque temps leurs frères de Finlande. » et « aucune réflexion […] non plus » du journal. 4

Lettre 75 de Dejean à Paul-Boncour, Moscou, 15 mars 1933, 46, 2 p.

Multiplication des queues dans les grandes villes depuis l’ouverture début mars 1933 de « boutiques » pour la vente de pain et viande sans carte alimentation, à des prix « voisins de ceux du marché libre », 1, « cortèges longs de 150 à 200 mètres […] dès 5 heures du matin. »

Mais la situation est bien pire encore en Ukraine où « sévit actuellement la plus effroyable disette. On peut parler de véritable famine pour les districts ruraux. » et de « pénurie des denrées les plus essentielles » dans grandes villes comme Kharkov et Kiev. « Depuis l’automne dernier, les prix du marché libre ont monté de 100 à 150%. […] Des cas de cannibalisme ont même été signalés par les Consulats d’Allemagne et d’Italie. » 2

Lettre 93 de Dejean à Paul-Boncour, Moscou, 12 avril 1933, 62-3, 3 p.

« Des rapports alarmants » sont envoyés par les consulats allemands « sur la crise alimentaire qui sévit particulièrement en Ukraine, dans le bassin de la Volga et dans le Nord-Caucase. De nombreux districts seraient réduits à une véritable famine. » « ravitaillement […] de plus en plus difficile » à Kiev, Kharkov, Odessa et pénurie « même les magasins du Torgsin » [d’État] où achats contre or, argent et devises. « Harassée par les privations et décimée par la maladie, la population ne donnerait aucun signe de réaction. » On constate une situation d’« abondance » par comparaison à « Moscou et Leningrad » où pour « les ouvriers et employés », 1, sont maintenus « des prix abordables dans les coopératives ». Mais les prix sont exorbitants pour « toute quantité supplémentaire » au rationnement. Et « réapparition du chômage […] depuis quelques mois » avec perte consécutive de la « carte d’alimentation . » La presse soviétique est optimiste, « Mais, d'après les rapports circonstanciés reçus par l’Ambassade d'Allemagne, l’état des travaux agricoles serait déplorable, non seulement à cause de la (2) désorganisation des exploitations agricoles, mais encore du fait qu’il n'y a pas de semences, que le nombre des chevaux de labour a diminué d'une façon considérable et qu’enfin environ 75% des tracteurs sont hors d’usage » d’où prévision d’une récolte « pire encore que celle de 1932. »

Krestinski, commissaire adjoint aux Affaires étrangères, m’a dit qu’on allait « envoyer dans les stations de tracteurs, 60% des jeunes gens qui suivaient des cours préparatoires aux examens diplomatiques et consulaires. “C’est que nous vivons en temps de guerre”, a ajouté ce haut fonctionnaire. Il y a cependant lieu de douter que la science marxiste puisse remplacer le labeur des paysans arrachés à leurs exploitations par l’offensive effrénée de la collectivisation. » 11 (3)

Lettre 117 de Dejean à Paul-Boncour, Moscou, 3 mai 1933, 64-5, 3 p.

Extension du système des passeports en URSS, cf. détails sur la nouvelle ordonnance du 28 avril l’étendant à une série de villes (après Moscou, Leningrad et Kharkov), « ainsi qu’à

11 . Cf. supra ma remarque sur le leitmotiv de Dejean sur les erreurs et horreurs de la collectivisation.


une zone de 100 km, considérée comme zone de sécurité, le long de la frontière occidentale de l’URSS. » 2

Lettre 459 d’André Corbin, ambassadeur à Londres, à Paul-Boncour, Londres, 25 juin 1933, 66, 2 p.

Publication par le Times du 12 juin de la lettre de Sabline, président du comité d’assistance aux réfugiés russes, ancien chargé d'affaires de la Russie (tsariste) à Londres, sur « la famine […] en Ukraine, en Arménie et dans d’autres provinces […] menace d’être plus grave encore qu’en 1921 »; mais pas d’appel du gouvernement soviétique « à l’aide des Puissances étrangères » car ce serait un aveu public « échec de sa politique agraire. » et confirmé par lettre de Kerensky de ce matin, 1, « en ajoutant certains détails », joint, lettre de Kerensky, « The State of Russia ».

« Bureau de presse ukrainien à Bruxelles », août 1933, ronéoté, 68 (parties en italique soulignées dans le texte)

[les « sources » ukrainiennes séparatistes sur la « famine » citées ici et ci-dessous ont constitué l’essentiel de la matière des courriers publiés du Foreign Office 12]

« L’Ukraine sous le joug de Moscou »

« Les horreurs de la famine de Ukraine », atroce « La misère est si grande que les hommes mangent les hommes. C'est ainsi que nous a arrangés le plan quinquennal.

La famine est due aux agissements des Moscovites », etc. « Toutes les mesures sont prises par les Soviets pour enlever, manu militari, aux paysans de l’Ukraine, les céréales, et les expédier en Moscovie ou à l'étranger. » d’où énorme solidarité des « Ukrainiens se trouvant hors de l’URSS […] Des comités de secours se sont constitués à Lwow 13, à Prague et dans d’autres endroits de l’Europe. L’épiscopat gréco-catholique ukrainien 14 adresse une lettre “à tous les gens de bonne volonté” pour protester contre l’extermination par les bolchevistes “des petits et des miséreux, des faibles et des innocents”, et pour implorer l’aide pour l’Ukraine. Une Croix-Rouge ukrainienne est en voie d’organisation, une aide internationale à l’Ukraine est envisagée. »

Brochure de l’Association financière industrielle et commerciale russe 15, 3 rue Nicolo, Paris, « Collectivisation du village en URSS », 69-83, 29 p.

Vision d’horreur, ainsi conclue : « Si le plan des communistes est réalisable, Staline obtiendra sous forme de blé l’arme la plus puissante pour l’attaque contre le monde capitaliste. » 29

Télégramme 1472 de François-Poncet, ambassadeur à Berlin, à Paul-Boncour, Berlin, 18 août 1933, 2 p., 84-85

Le Völkische Beobachter 16 du 18 août publie « sur la première page […] des photographies représentant des sujets russes réduits à l’état de squelettes » dans un article intitulé « Véritable visage de la Russie des Soviets – de quoi Hitler a sauvé l’Allemagne. »

12 The Foreign Office and the Famine, passim.

13 . Lvov, en Galicie (anciennement autrichienne), est alors polonaise, d’où cette orthographe, et le grand centre de subversion germanique anti-polonais sous la houlette de son évêque uniate André Szepticky : préposé à la conquête de l’Ukraine depuis 1907 et Pie X, donc avant l’ère allemande dans cette zone, autrichienne avant 1914, et avant la révolution soviétique, voir index du Vatican et Hansjakob Stehle, Eastern Politics of the Vatican 191 7-1979, Athens, Ohio, 1981.

14 Uniate.

15 . Une des innombrables associations de Russes blancs sises à Paris.

16 . Quotidien du NSDAP.


+ « un article » p. 1 « consacré à l’enfer de la famine dans la Russie des Soviets » glose sur famine pire qu’en 192 1-22, et sur l’insupportable plan quinquennal et son échec dans cet ancien « grenier de l’Europe », 1, etc.

Télégramme de Charles-Roux, ambassadeur auprès du Saint-Siège, très confidentiel, copie ronéotée sans numéro, Rome, 25 août 1933, 86, 1 p.

Charles-Roux a demandé des explications à Mgr d'Herbigny 17 sur « l’appel » du cardinal archevêque de Vienne Innitzer « à la charité publique pour secourir les victimes de la famine en Ukraine et au Caucase […].

Les Allemands auraient suggéré au Pape de lancer lui-même cet appel en l’adressant à toute la catholicité. Le Souverain Pontife aurait refusé, pour ne pas s’exposer au reproche de faire cause commune avec les Hitlériens contre le communisme. Mais il aurait laissé les évêques libres, en chaque pays, d’agir à leur guise 18. En Allemagne se serait alors organisée une entreprise de secours matériels pour les Allemands de Russie; en Galicie orientale, les Polonais en auraient fait autant pour les Ukrainiens d’Ukraine. Enfin le Cardinal Innitzer aurait pris, à Vienne, l’initiative moins limitée qui vient d’être annoncée.

J’ai demandé à Mgr d'Herbigny si le Cardinal Innitzer s’y était décidé d'accord avec le Saint-Siège. Il m’a répondu que non.

Cela me paraît difficilement admissible. Il me semble peu probable qu’un membre du Sacré Collège ait pris sur lui de lancer un appel à la charité en suggérant une organisation internationale de secours par les soins de la Croix-Rouge et faisant allusion à des conditions à poser au Gouvernement russe. »

Lettre 335 de Charles-Roux au ministre des Affaires étrangères, Rome, 28 août 1933, 87-8, 3 p.

Article d’Innitzer publié dans l’Osservatore Romano 19 du 24 août, et l’Osservatore Romano du 23 août « avait donné déjà des informations alarmantes sur la famine en Russie » avec des détails sur la cannibalisme, etc. « Toujours d'après ces mêmes renseignements » d'abord publiés par l’Écho de la Bourse de Bruxelles, « empreints d’une certaine exagération, à en juger par les intéressants rapports de notre Ambassadeur à Moscou, plus du tiers de la population de l’Ukraine aurait succombé à la faim, et, pour que les survivants puissent subsister, 15 à 20 pour cent de la population devait encore disparaître. »

Cf. glose d’Innitzer dans son appel sur cannibalisme, et appel à la Croix-Rouge internationale « mais […] aussi adressé à tous ceux qui négocient aujourd'hui en vue de nouer des relations économiques avec l’Union Soviétique […] afin que soit maintenu le principe de faire dépendre ces négociations d’un éclaircissement (chiarificazione) général sur la nécessité de venir en aide aux diverses régions de la Russie et de l’acceptation par l’Union Soviétique de ladite clause humanitaire.” »

Le Vatican soutient la thèse de sa non initiative auprès d’Innitzer, mais Charles-Roux la juge « peu plausible » : Innitzer s’est « au moins concerté avec le Saint-Siège avant d’émettre des propositions telles que la demande d’un “éclaircissement général” sur les causes et l’étendue de la famine. Cela signifie sans doute une “enquête générale” sur la situation économique de la Russie. » 2

17 . Sur ce jésuite français utilisé à satiété contre la Russie par le Vatican avant l’ère proprement nazie, et rejeté après 1933, le Reich prenant les affaires soviétiques directement en main, voir index du Vatican.

18 . Ce qui, en langue vaticane, s’appelle ordre de faire quelque chose dont le Vatican ne peut prendre la responsabilité politique (là, il faut lire tout le livre…)

19 Quotidien officiel du Vatican.


Bref, « il est vraisemblable que les nouvelles précisions qu’il a données sur la famine en Russie, comme celles d'ailleurs figurant dans l’Écho de la Bourse, dans l’Osservatore ou dans La Croix 20, ont été puisées au service des Affaires russes du Vatican. »

PS. « La Croix du 22 août en publiant un court résumé » de l’appel d’Innitzer, « avait donné cette information supplémentaire, qui ne figure pas dans le journal pontifical : “ le Cardinal Innitzer annonce la création à Vienne d’un comité de secours interprofessionnel sous son patronage”. » 3

Août 1933, « Note sur les caractères généraux et la situation présente de l’économie soviétique », ronéoté, 89-150, 52 p. + tableaux

Télégramme de Rome Vatican, 1er septembre 1933, 1 p. 151

Sur d'Herbigny, etc. « M. Charles-Roux pense que le Cardinal de Vienne a agi d'accord avec le Saint-Siège. »

Lettre 267 de Charles Alphand, ambassadeur à Moscou, à Paul-Boncour, Moscou, 13 septembre 1933, 152-5, 7 p.

« Invité officiellement par le Gouvernement soviétique à participer au voyage » d’Herriot au Sud URSS, « six jours en Ukraine et dans le Caucase du Nord […].

Ce voyage fut […] l’occasion de manifestations les plus flatteuses à l'égard de la France. » qui a reçu les applaudissements unanimes de la foule soviétique partout, « sans […] jamais remarquer une note discordante. » 1 « Le fait seul qu’on les ait permises ou même provoquées montre le souci des Gouvernants de marquer leur désir de rapprochement avec la France.

Nous avons visité, outre les musées et les anciens monuments, le plus grand nombre possible d’usines et d’exploitations agricoles. » Alphand émerveillé par « le Dnieprostroï » où se trouve désormais « l’usine hydroélectrique la plus importante d’Europe. Sur une steppe russe il y a quatre ans, s’élève aujourd'hui une ville de 150 000 habitants, dont 40 000 ouvriers. » L’ambassadeur fournit ensuite des détails sur ses activités; sauf pour l’aluminium (1/6 « du plan prévu »), les usines sont encore en phase d’équipement et la production n’atteindra son « plein rendement que dans trois ou quatre ans, d'après les techniciens que j’ai pu approcher. » Visite des usines de panification à Kiev, de turbines et tracteurs à Kharkov, machines agricoles, cf. faucheuses-batteuses à Rostov, roulements à billes et moteurs à Moscou. « En rapprochant ces constatations des renseignements déjà fournis au Département sur les industries formidables de l’Oural (Magnitogorsk et Kouznietsk), sur les projets hydroélectriques de la Volga et de la Sibérie, sur les usines de Gorki et de Leningrad, on voit l’effort industriel énorme du Gouvernement des Soviets. Étant donnée la situation particulière de l’URSS, seul pays du monde qui soit en progression, ce développement ne peut nuire aux industries (2) européennes qu’en leur fermant le marché russe, car les facultés d’absorption de ce marché sont si grandes qu’il se passera 50 ou même 100 ans avant que les Soviets atteignent le point de prospérité les obligeant à déverser à l'étranger un surplus de production qu’ils n’absorberaient pas eux-mêmes. » Mais maintien d’« un grave problème […], celui des transports » : insuffisance du « réseau ferroviaire et routier […]. C’est dans cette voie […] que nous pourrions envisager une collaboration franco-soviétique.

En dehors de la question industrielle, une impression se dégage d’un voyage en URSS, celle d’un effort dans la construction de logements pour une population qui en dix ans s’augmente de la population de la France. À Moscou comme à Leningrad de grandes maisons ouvrières s’élèvent à vue d’œil presque dans chaque rue, mais la réussite la plus grande au

20 Journal des Assomptionnistes, strictement dépendant par conséquent du Vatican (c’est toujours le cas pour le clergé régulier), grand champion de l’antisémitisme, voir toute la documentation sur l’Affaire Dreyfus.


point de vue de l’urbanisme se fait jour à Kharkov où en quatre ans une ville entière d’aspect nettement américain s’est édifiée à côté de la ville ancienne.

Enfin une des parties les plus importantes de notre tournée a été la visite des organisations soviétiques en Ukraine et dans le Caucase du Nord, le centre même des territoires où, d'après les récentes campagnes de presse, régnait une famine comparable à celle de 1922.

Vous verrez, m’avait-on dit, qu’au dernier (3) moment cette partie du voyage sera supprimée; on ne vous conduira pas dans cet enfer de la misère. Pour nous faire rencontrer à Moscou M. Molotov, qui partait en congé, on a supprimé du programme l’excursion de Crimée qui présentait un caractère plus particulièrement touristique; le voyage en Ukraine s’est déroulé normalement. Nous avons traversé de part en part, dans les deux sens, en chemin de fer, cet immense champ de céréales aux cultures interrompues à perte de vue, à l’humus noir épais où l’engrais est inutile. Nous avons, à 60 et 70 km des villes, visité des kolkhoz et un sovkhoz, et nous en revenons avec l’impression très nette de la fausseté des nouvelles répandues dans la presse et la conviction que j’esquissais dans ma correspondance d’une campagne inspirée par l’Allemagne et les Russes blancs désireux de s’opposer au rapprochement franco-soviétique.

Avant de parcourir ce pays, j’ai pu moi-même me faire l’écho de ces racontars colportés par les ennemis du régime, j’ai aujourd'hui la certitude de leur exagération.

Sans doute, nous dira-t-on, les Slaves, depuis Potemkine 21, ont un sens merveilleux de la mise en scène, on ne vous a montré que ce qu’on voulait que vous vissiez, comment voulez-vous, dans une excursion d’une semaine, ne parlant pas le russe, vous rendre compte de l’état d’une contrée d’une aussi vaste étendue? Nous avons néanmoins regardé par les fenêtres durant ce trajet de plus de 3 000 km, on n’a pas pu entièrement truquer la population qui nous a paru en meilleur état physique et d’habillement que celle des villes du Nord d’où nous venions. Notre auto a manqué d’écraser des poules de plus de quatre mois; nous avons aperçu l’étendue de ces champs qui viennent de donner une récolte que tous s’accordent à trouver exceptionnelle. Si vraiment des millions d’hommes étaient (4) morts de faim dans ces contrées, les malheureux eussent mangé leurs poules avant de songer à se nourrir de cadavres. Il eût fallu des millions de soldats pour les empêcher de manger les semences.

Que disent à ce sujet les autorités que nous avons interrogées? L’an dernier a eu lieu en effet un épisode des plus graves de la Révolution pour l’application du régime collectiviste à l’agriculture. Dans ces régions particulièrement riches, nous avons eu à lutter contre les paysans riches qui ne cultivent pas eux-mêmes leurs terres mais utilisent des salariés; contre ces koulaks plus ou moins ouvertement soutenus par l’Allemagne qui mène en Ukraine sa campagne séparatiste. Dans l'espoir de troubles graves, ces éléments contre-révolutionnaires sont tentés de susciter la grève des bras croisés.

Il en est résulté une diminution de la production des céréales qui à un moment a menacé sérieusement Moscou et a entraîné non seulement de graves difficultés dans les régions où le sabotage de la récolte avait été organisé, mais encore l'obligation de restrictions importantes dans les distributions de vivres. On a eu faim, c’est hors de doute. Mais par une action énergique du pouvoir central, action combinée de la police et des éléments politiques communistes, grâce à certaines concessions données à l’intérêt personnel (propriété d’une

21 Favori de Catherine II, Grigori Potemkine (1739-1791) organisa en 1784 un voyage de l’impératrice dans les provinces ukrainiennes récemment annexées dont il était le gouverneur général, et aurait fait construire à cet effet « le long de la route des villages factices pour faire valoir les résultats de son administration », invention d’un témoin « infirmée par tous les participants du voyage, le prince de Ligne en tête. » index de l’Encyclopedia Universalis, 1996, Thesaurus KR, p. 2925.


vache et des produits des jardins), la situation a pu être rétablie durant ces derniers mois et Staline, selon un mot de Radek 22, […] a gagné sa bataille de la Marne agraire.

Deux exemples typiques de cette campagne (5) et des difficultés […] nous ont été données par M. Kalinine 23 que nous interrogions sur cette grave question de la famine. » Il nous a donné l’exemple de la commune de Tver « qui porte aujourd'hui mon nom, il y a trois kolhozes. Le premier a fort bien travaillé, a fait une bonne récolte et ses membres ont touché de bons bénéfices; le second a joint les deux bouts; mais le troisième, sous l'impulsion de nos adversaires, a saboté la récolte et ses adhérents ont risqué de mourir de faim. Sur ma demande, le Gouvernement leur a fait parvenir du secours. Je me suis, de ce fait, attiré l’animosité des deux autres kolhozes qui pensaient que ce n’était guère la peine de se donner du mal si, en ne faisant rien, on obtenait néanmoins sa subsistance.

[…] le second exemple de M. Kalinine est le suivant : l’an dernier on a manqué de lait à Moscou en en restreignant néanmoins la distribution aux enfants et aux ouvriers employés à des travaux nocifs. Or la personne chargée de la distribution du lait était précisément le gros négociant d’avant-guerre qui assurait le même service sous le régime tsariste. Le Président Kalinine fit appeler ce fonctionnaire pour lui demander comment avec une quantité double de lait il n’arrivait pas à fournir les catégories restreintes ci-dessus indiquées. L’intéressé n’eut pas de peine à lui montrer que la quantité était aujourd'hui insuffisante parce qu’auparavant le lait était le privilège de la classe noble et riche de Moscou.

Augmentation considérable des besoins, résistance politique d’éléments réactionnaires, telles sont les causes du (6) déséquilibre qui révolte nos esprits occidentaux mais qui paraissent naturels à l’esprit slave fataliste qui, peu soucieux des intérêts immédiats individualistes, reste tendu sur l’accomplissement du large programme qu’il s’est assigné. » 7

Documents de propagande de la Fédération européenne des Ukrainiens de l’étranger, transmis par lettre du secrétaire général et du secrétaire au ministre des Affaires étrangères français, Bruxelles, 27 septembre 1933, 1 p., 156

« Mémorandum sur la famine en Ukraine », 157-9, 3 p.

sur l’extermination de la population ukrainienne, et les conditions à imposer à URSS pour l’octroi de tout secours, la liberté totale d’intervention pour les missions de secours 24, 3

Bulletin du bureau de presse ukrainien, 42 rue Denfert-Rochereau, 28 septembre 1933, 160-6, 7 p., ronéoté.

22 . Dirigeant de premier plan du PCUS, condamné à dix ans prison, au terme du deuxième procès du « centre antisoviétique trotskiste » tenu les 23-30 janvier 1937 à Moscou (où il mit en cause Toukhatchevski), Rapport de l’attaché militaire au Ministre de la Guerre n° 326/S, compte rendu mensuel n° 37, Moscou, 3 mars 1937, 7 N 3123, URSS, rapports des attachés militaires, 1937-1940, archives du SHAT (et voir recueil de textes sur l’armée rouge 1937-3 8).

23 . Chef de l’État, « président du Conseil exécutif central des Soviets et de l’URSS » (de 1919 à sa mort, 1946).

24 . Sur cette « liberté » et son usage, voir le précédent, américain et allemand, des années 1920, Le Vatican, chapitre 6, I, « Le Vatican et l'URSS: entre idéologie et plans territoriaux ».


cite notamment « deux articles » de Mlle Suzanne Bertillon 25 dans Le Matin sur « la tragédie de l’Ukraine […] a pu interviewer de simples paysans ukrainiens notamment Martha Stebalo et son mari » couple expatrié depuis 1913 et établi aux États-Unis mais dont la famille serait en Ukraine 2 6, etc., 1, développement sur leur voyage en Ukraine en 1932, 1-2, où ils ont vu s’accumuler les « morts de faim », etc. La famine est organisée par les « autorités […] les plus acharnées à nous détruire. On veut nous faire périr, c’est une famine organisée. La moisson n’a jamais été aussi belle, mais il nous est interdit d’y toucher. Si nous sommes surpris coupant quelques épis c’est la geôle ou la fusillade, et dans la geôle, au bout de trois semaines, on meurt d’inanition […] des scènes épouvantables, elle parle de l’acharnement avec lequel les affamés se jettent sur la nourriture, des cris des enfant que la faim empêche de dormir. Elle cite également des cas de la folie et d’anthropophagie… » 2

cite article du Journal de Genève “L’Ukraine point névralgique” sur le « calvaire » des paysans ukrainiens, 3, « […] le régime soviétique ne s’appuie plus en Ukraine que sur le Guépéou et les baïonnettes. Les communistes eux-mêmes se sont tournés contre lui. » etc.

cite articles sur Ukraine « de nombreux journaux suisses, allemands, anglais, belges et autres » et même « certains journaux français » Journal des Débats, Dépêche Toulouse, Matin, Ordre, et cite Pierre Veber dans le Candide du 14 septembre qui veut faire intervenir la SDN, et tonne contre « les journaux qui rapportent ces horreurs nous montrent, en première page, la signature des traités franco-et italo-soviétiques! » et glose sur « notre monde “qui se prétend civilisé” » et son “pharisaisme (sic)”, 4

cite les articles du docteur Ewald Ammende, secrétaire du congrès des minorités nationales, de Vienne, dans la Reichspost et dans journal ukrainien Dilo de Lwow, et même glose.

25 . Journaliste et grande conférencière sur les horreurs de l’URSS, accueillie avec chaleur par la grande presse du Comité des Forges et autres groupes industriels ou bancaires, chaud partisan de « la réconciliation franco-allemande », voir notamment son article dans Le Jour, Suzanne Bertillon, 31 décembre 1935, « Hitler écrira-t-il un second Mein Kampf », interview d’un « haut fonctionnaire de la Wilhelmstrasse » extrêmement complaisante sur ce projet « après la réconciliation franco-allemande », F 7, 13434, 1935, Archives nationales; sur sa conférence du 18 mars 1932 « en faveur des dames de Saint Vincent de Paul […] sur la Russie soviétique », voir compte rendu du commissaire central de Nantes, .« la nièce de Bertillon, l’inventeur du service anthropométrique qui permet de distinguer les crapules des honnêtes gens à une époque où il est bien difficile de distinguer les uns des autres » (citation de sa présentation par le colonel de Larminat). Le développement très antisoviétique de Suzanne Bertillon ne peut d'ailleurs dissimuler une certaine admiration pour cet enfer bolchevique : misère affreuse, « des visages tristes, mornes, déchus, donnant l’impression de gens qui n’ont pas l’air d’avoir mangé suffisamment. » 2, fausse absence de chômage, « on travaille 4 jours et on est censé se reposer 3 jours, mais le 5e jour est un jour que l’on donne au plan quinquennal » sans être « payé. » « On a supprimé la religion, à (3) Moscou les églises sont transformées en musées. […] Sur six interprètes, cinq sont juifs. » 4, tout le reste du texte est de la même eau, mais la conférencière « reconnaît que s’il y a quelqu'un qui a bénéficié du régime soviétique, c’est la femme laquelle à travail égal a salaire égal. […] les femmes transportent les briques, poussent les wagons. On ne fait pas de différence entre l’enfant légitime et l’enfant illégitime. On recherche très loin la paternité […]; la fille-mère est tellement exploitée […] que c’est là une petite revanche.

 

Pour le divorce, le consentement d’un seul suffit […]

[…] la femme enceinte touche son salaire intégral deux mois avant l’accouchement […] et deux mois après également. Dans toutes les usines nouvelles, sauf dans les usines Poutiloff, il y a des crèches et des gardes d’enfants. […] l’avortement est légal et que l’on apprend aux femmes à ne pas concevoir. » Suzanne Bertillon « parle du Général Weygand qui arrêta l’armée russe qui marchait sur la Pologne », 5 « Il faut prendre l’armée rouge très au sérieux; elle possède des chars d’assaut, des tanks; le plan quinquennal est un plan d’équipement guerrier. […] La Russie peut mobiliser 21 classes de 800 000 hommes, soit 16 millions d’hommes environ. » 6; Staline est un vrai « tsar ». « Conclut en disant aux industriels français que ceux qui ont parmi leur nombreux personnel ouvrier des communistes, ont à la foi (sic) chez eux des ennemis, des espions et des traîtres qui chercheront par tous les moyens leur ruine et qu’à l'heure actuelle où tant de travailleurs français chôment, qu’ils doivent épurer leur personnel des brebis galeuses. » Europe URSS 1918-40, vol. 1035, août 1931-25 juin 1932, MAE.

26 Souligné par moi.


Cite l’appel d’Innitzer sur « des centaines de milliers, des millions même, d’êtres humains sont morts de faim » en « ces quelques derniers mois, en Russie des Soviets », témoignages « dont la véracité ne peut être mise en doute », etc. et il « cite l’appel du Métropolite Szepticky, le mémorandum du docteur Ewald Ammende, 5, etc., et les interventions d’Innitzer sur le silence impossible « au moment même où les populations de l’URSS sont en proie à la famine et de ses conséquences : infanticide et cannibalisme » et « lance un appel ardent au monde civilisé pour organiser un secours aux affamés et avant tout au comité international e la Croix-Rouge.

Cette démarche du cardinal Innitzer a produit une grande impression parmi tous les Ukrainiens profondément touchés […] »

Cite appel Église gréco-catholique ukrainienne, signé de Szepticky « et tous les évêques » de ce clergé.

Cite appel Haut conseil réfugiés ukrainiens et création comité international secours à Ukraine, etc., 6

Et glose sur initiative des « Ukrainiens de Galicie », « manifestation ukrainienne à Cernauti en Roumanie » prévue 28 août, mais empêchée par autorités « craignant une protestation du côté de l’URSS »

Comité secours Prague et Bruxelles

« congrès européen des minorités et la famine en Ukraine », 7

Télégramme 8 14-6 de Massigli, représentant de la France à la SDN, Genève, 29 septembre 1933, ronéoté, 167-9, 3 p.

Le délégué norvégien à SDN Mowinckel (président du Conseil de la SDN) évoque les pétitions reçues « d’organisations ukrainiennes de Pologne, des États-Unis et du Canada » et « d’organisations charitables […] sur la famine en Ukraine »; mais il ne veut pas « inscrire la question à l’ordre du jour sans y être préalablement autorisé par une décision du Conseil »; le conseil a été réuni « en séance secrète »; il « n’a pas dissimulé les difficultés (1) de l’entreprise […] et il a confessé que Mme Kollontay 27 qu’il avait rencontrée à Oslo niait formellement l’existence de la famine », donc il « suggérait que le Secrétaire général s’enquière discrètement et amicalement auprès du Gouvernement soviétique de l’existence de cette famine. »

 

Les délégués et le secrétaire général « lui-même » arguent « qu’une démarche » même « officieuse […] aurait un caractère politique du fait qu’elle émanerait de la SDN, risquerait de se heurter à une dénégation formelle (2) des Soviets et d’irriter ceux-ci sans résultat contre l’institution de Genève. » Paul-Boncour a proposé d’« orienter la question sur une organisation purement philanthropique telle que la Croix-Rouge […] » formule d’une lettre du président Conseil SDN « à la Croix-Rouge internationale » acceptée par le Conseil, etc. 3

Télégramme confidentiel 822 de Massigli, Genève, 30 septembre 1933, ronéoté, 170,

1 p.

En fait, l’intérêt de la Norvège pour les « questions ukrainiennes » s’explique « par le fait que des ressortissants norvégiens se seraient fait accorder en Ukraine soviétique du vivant du Docteur Nansen 28 des concessions notamment de terrains miniers au sujet desquels ils seraient en ce moment en difficultés avec le Gouvernement de l’URSS. »

27 . Grande dirigeante soviétique, alors ambassadrice de l’URSS à Stockholm.

28 . Fritdjof Nansen (1861-1930), spécialiste norvégien de zoologie et grand explorateur du Groenland et du pôle Nord, professeur de zoologie, nommé haut-commissaire de la SDN en 1920 et chargé dans ce cadre du rapatriement des prisonniers de guerre, organisa, sous l'égide du Comité international de la Croix-Rouge, l’aide à la Russie confrontée à la famine de 1921, avec une efficacité qui lui valut la reconnaissance des Soviets, cf. l’article des Izvestia, 15 mai 1930 : « La mort d’un grand savant et d’un ami de l’URSS, Fritdjof Nansen »,


Demande « faire vérifier discrètement cette information par notre Ambassadeur à Moscou. » en marge, au crayon rouge, « fait »

Cf. lettre 467 du ministre des Affaires étrangères à Alphand, 12 octobre 1933, 174, 1

p.

Demande de renseignement sur ce dossier

Lettre 161 du Chayla, chargé d'affaires en Norvège, à Paul-Boncour, Oslo, 5 octobre 1933, 171, 1 p.

Transmet interview Mme Kollontay, « actuellement Ministre de l’URSS en Suède, […] au journal travailliste norvégien l’Arbeiderblad » après son « séjour à Oslo où elle a conservé beaucoup d’amis »

Traduction texte interview Arbeiderblad du 30 septembre 1933, 172-3, 4 p.

Mme Kollontay nie la famine mais évoque « le problème des transports », route et chemins de fer, 1, et invoque « la valeur » d’information venues « soit de Riga, soit de Berlin. », le sabotage de certains paysans en 1932, 2, mais le loyalisme l’emporte cette année, où « il n'est plus question de famine. » Elle insiste sur les énormes besoins de consommation soviétique (cf. 2, paysans naguère les pieds dans des chiffons, d’où problème aujourd'hui approvisionnement en chaussures), d’où besoin soviétique importations massives, et non « pas » aspiration « à nous isoler de l’étranger. » Elle mentionne les « relations […] excellentes avec les pays scandinaves, avec la France et avec tous les pays avec lesquels nous avons conclu des pactes de non-agression » et « des conventions spéciales avec l’Italie et avec la France. » 3; les rapports avec Allemagne sont « tendus en ce moment, mais nous faisons tout notre possible pour éviter tout ce qui pourrait les envenimer. » 4

Note manuscrite sans référence, 20 octobre 1933, 175, 1 p., in extenso

« M. de Fontenay 29, sur avis de M. de Robien, est venu demander des informations sur le Comité d'organisation de secours aux affamés de l’Ukraine dont il avait été sollicité d’accepter la présidence d’honneur. Il a indiqué que cette demande lui avait été faite par le prince Tokary.

 

En raison des conditions actuelles, des susceptibilités polonaises et soviétiques en matière ukrainienne, et de la personnalité même du prince Tokary (connu pour ses opinions d’extrême droite et qui fut associé à l’action de Petlioura et de Skoropadski 30) il a été indiqué à M. de Fontenay qu’une grande prudence paraissait opportune.

M. de Fontenay a décidé de refuser la proposition qui lui était faite. »

Lettre 299 Charles Alphand à Paul-Boncour, Moscou, 24 octobre 1933, 176, 2 p.

J’ai interrogé Molotov sur le problème des « concessions norvégiennes » éventuelles « en Ukraine » et il a nié tout rapport avec relations générales URSS-Norvège. « Il estime que l’intervention de M. Mowinkel – dont d'ailleurs il se montre peu satisfait – est uniquement motivée par les fonctions du Président M. Mowinkel au Conseil de la Société des Nations » et

article cité par Sabine Dullin, Des hommes d’influences. Les ambassadeurs de Staline en Europe 1 930-1939, Paris, Payot, 2001, n. 4, p. 198.

29 . Ancien ambassadeur auprès du Saint-Siège, avant Charles-Roux, très remarquable et intelligent avant 1914 (voir ses courriers dans la Nouvelle Série, 1897-1918, MAE), devenu fort clérical à Rome-Saint-Siège, évolution très courante, Charles-Roux compris (voir index du Vatican pour chaque ambassadeur).

30 . Sur ces chefs ukrainiens, animateurs de la contre-révolution depuis 1918 et éminents pogromistes, voir Arno Mayer, Les Furies, terreur, vengeance et violence, 1789, 1917, Paris, Fayard, 2002, index (et chapitres correspondants).


« pense […] que les récentes élections en Norvège peuvent l’écarter prochainement de Genève. »

« J’ai posé les mêmes questions au ministre de Norvège qui m’a répondu que le Docteur Nansen avait utilisé une partie provenant des fonds du Prix Nobel qui lui avait été attribué (1-2) à la création de fermes modèles en Ukraine »; mais ces « concessions […] sont arrivées à expiration et conformément au contrat ces fermes ont fait retour à l’État. Il n'y a donc eu aucune difficulté à ce sujet. » La seule autre concession, « normalement » appliquée, est celle « de pêcherie de phoques dans la Mer Blanche. » 2

Lettre du président intérimaire du Comité d'organisation de secours aux affamés de l’Ukraine à l’ambassadeur Peretti de la Rocca, Paris, 20 octobre 1933, 178, 1 p.

« Monsieur l’Ambassadeur de Panafieu qui est membre du comité central de la Croix-Rouge française et par conséquent ne peut occuper de poste dirigeant dans notre Comité, nous engage vivement à prier Votre Excellence de bien vouloir prendre notre œuvre sous sa protection et d’accepter la présidence de notre Comité » qui « s’est assuré déjà le patronage des cardinaux et d’autres personnalités et l’énergique appui de l’archiduc Guillaume d’Autriche, cousin germain du Roi Alphonse XIII, qui se joint à nous pour prier Votre Excellence de bien vouloir accepter la présidence de notre Comité », et cf. notre « réunion plénière » sans date « dans une dizaine de jours », etc.

transmis avec lettre manuscrite de Peretti de la Rocca à « mon cher ami » en marge au crayon « urgent. M. Rochat », 25 octobre 1933, 177, 1 p.

Je n’accepterais « que si le Département y voyait un avantage évident. »

notice biographique du prince Tokary, manuscrite, de la même main que supra, « cl. (sic) 31 7 novembre 1933 », 179

né 24 juin 1885 en Ukraine, « arrive en France le 9 novembre 1924.

Ancien propriétaire foncier en Ukraine, connu pour ses opinions d’extrême droite. A pris part au mouvement national ukrainien sous la dictature de l’hetman et qui fut associé à l’action de Petlioura et de Skoropadski, a été envoyé à ce titre comme Conseiller de la légation ukrainienne à Vienne.

Après le retour des bolcheviki (sic) en Ukraine, s’est réfugié à Varsovie où il a participé à la conclusion du traité conclu en 1920 entre la Pologne et Petlioura. Attaché à la personne de ce dernier, fut alors Ministre des Affaires étrangères du “front ukrainien”, puis ministre adjoint.

Était (? illisible) (1930) président de l’association des Anciens combattants ukrainiens. “Renseignements favorables en privé”. Secrétaire général du Cercle d’études ukrainiennes (61, bd Saint-Germain). »

Note dactylographiée, sans référence, 7 novembre 1933, 180

Reprend les mêmes thèmes que ceux des deux manuscrits sur le prince Tokary.

« Il semblerait donc que les organisateurs ukrainiens de ce Comité paraissent poursuivre en l'espèce un but plus politique qu’humanitaire. […] Il y a lieu de noter, en outre, que si, en dépit des dénégations soviétiques, une forte disette paraît s’être effectivement manifestée en certaines régions de l’Ukraine, notamment au moment de la “soudure”, la gravité semble en avoir été vivement exagérée et exploitée par une campagne (de source allemande, semble-t-il) hostile au régime soviétique. Enfin la situation sous ce rapport paraît s’être sensiblement améliorée depuis les récoltes.

31 Abréviation pour « classement »


Enfin, en présence des susceptibilités tant soviétiques que polonaises à l'égard de toute activité ukrainienne, une certaine réserve paraît dans les conditions actuelles particulièrement opportune en ce domaine. »

Réunion du 21 novembre 1933 de la Commission des affaires étrangères, ronéoté, 184, 1 p.

« La France et la Russie »

rapport du Sénateur de l’Isère Serlin « très circonstancié et très vivant des impressions […] de ce voyage en Russie […] en compagnie de M. Édouard Herriot et de divers autres membres du Parlement français ».

Il « a montré les transformations sociales accomplies par le régime actuel dans le sens de la double formation d’une élite fondée sur le mérite personnel et d’une classe moyenne recrutée dans les masses ouvrières;

Les usines, nombreuses et géantes, fonctionnent à plein rendement : il n'y a pas de chômage en Russie.

L’électrification, l’aviation et les voies fluviales sont poussées avec une activité fiévreuse.

Moscou et Kharkov sont d’immenses chantiers de constructions.

L’enseignement et le service sont obligatoires. Le service militaire actuel est de deux ans pour les armes ordinaires, de trois ans pour l’aviation et de quatre ans pour la marine. L’enseignement supérieur scientifique et artistique est très développé.

Les moyens de transports laissent à désirer. Il en est de même de la voirie. […] “la Russie est une ferme et une usine travaillant à feu continu. La collectivité, dirigée dictatorialement, n’épargne aucun effort, aucun sacrifice, pour réaliser à la fois une industrie et une agriculture adaptées à une nation de 165 millions d’habitants”.

Le dynamisme de la jeunesse est dominé par une mystique de la science et de l’industrialisation appliquée à la masse. »

Remerciements du président de la Commission des affaires étrangères Henry Bérenger, et « nombreuses questions […] posées par » Général Bréguet, Yves Le Trocquer, Eccard, Dalbiez, Fernand Merlin, François Labrousse et Albert Fouilloux. »

Décision d’impression de la communication Serlin à « porter à la connaissance du Gouvernement. »

Lettre 221 de Jean Payart, chargé d'affaires 32, à Louis Barthou, 3 juin 1934, 243-251, 9 p. (non paginé)

« perspectives […] médiocres » de la prochaine récolte céréales, mais sans doute « les Soviets » pourront-ils « prévenir » la « famine », « la situation économique générale » s’améliore : cf. excédent balance commerciale, et « la production de l'or serait en accroissement constant » et l’URSS en importera si nécessaire, comme déjà fait « d'après la presse anglaise, […] en Australie et en Nouvelle-Zélande. » 3, Forte hausse des prix du pain, de « près de 100% […] à Moscou », donc hausse des salaires, 4, cf. tableau 4-5, et détails, 5-7, risque d’« inflation dangereuse », mais l’État est maître de tout, prix, etc., 8

32 En poste à Moscou durablement, il a notamment remplacé Jean Herbette quand il a fallu renvoyer ce dernier à Paris. Un des meilleurs analystes et prévisionnistes d’un compromis germano-soviétique inévitable si Paris et Londres refusent à Moscou une alliance en bonne et due forme comparable à celle de 1914, voir fonds Relations avec l’Allemagne, notamment vol. 983-988, relations Allemagne-URSS, 1930-1940, très riche par ailleurs sur la question des ambitions allemandes en Ukraine, affichées avec éclat en 1933. Le volume qui suit en est tiré.


Lettre 9236 du Ministère de l'Intérieur au ministre des Affaires étrangères, confidentiel, Paris, 16 août 1934, 1 p., 252

Transmet « une note n° 9263 […] de mes services »

  • Jointe, P. 9263, Paris, 11 août 1934, 2 p., 253-4
  • D'après « un correspondant qui occupe une haute situation à Shangaï » allé en URSS, des « progrès de tous ordres » ont été accomplis en « trois ans ». D'après lui « on a maintenant […] une impression d'ordre que l’on était loin d’éprouver il y a quelques années. La prospérité visible a aussi augmenté considérablement. Les gens sont mieux vêtus et l’on n’aperçoit plus les queues interminables » de « jadis. Dans la banlieue des grandes agglomérations se construisent des villas qui contrastent heureusement avec les grandes maisons communes que le nouveau régime édifiait naguère exclusivement […] on a tout lieu de croire […] que les progrès industriels sont en rapports (sic) avec les progrès sociaux remarqués. Ils auraient permis de donner une assise sérieuse à la puissance militaire de l’URSS maintenant redoutable. » 1
  • Situation dont les Japonais sont conscients et qui « est de nature à les faire hésiter à entamer une lutte dont l’issue serait certaine. C’est pourquoi leur expansion paraît s’orienter de plus en plus vers la Chine. » 2
  • 7 N 3121, URSS, RAPPORTS DES ATTACHÉS MILITAIRES, 1933-1934
  • Lettre Colonel Mendras 23, au Ministre de la Guerre, Moscou, 13 juillet 33, 2 p. (parties en italique soulignées dans le texte)
  • « compte rendu d’entretien avec le Docteur [Otto] Schiller », (glose allemande, du ton habituel de la campagne de Berlin et rien de plus… source, également, dans l’op. cit., des Anglais, qui se trouvent dans la même situation que les Français)
  • Éloge sur les qualités remarquables de l’« attaché agricole à l’ambassade d'Allemagne à Moscou, le Docteur Schiller », etc., etc., cf. « un copieux rapport » sur son « voyage de trois semaines en Ukraine » communiqué au colonel Mendras, et sa glose sur les « plusieurs millions d’hommes qui seront morts de faim cette année. […] nouvelle famine » d’« un caractère tout particulier, du fait de l’habileté férocement asiatique, avec laquelle les Bolcheviks l’ont exploitée. Lorsqu’en décembre dernier, ils ont pu se convaincre que la famine devenait inévitable, ils ont décidé de la “diriger” (1) grâce aux prélèvements massifs opérés par l’État sur les récoltes et de l’utiliser », pour
  • « 1° se débarrasser de tous les éléments de la population hostiles au régime ou simplement gênants, en répartissant la famine dans les régions où dominaient ces éléments : Ukraine, Caucase du Nord, Sibérie occidentale […] parmi les plus fertiles de l’Union […] J’ai pu me rendre compte de visu que l’irréductible sentiment d’indépendance des Cosaques du Nord-Caucase était aujourd'hui définitivement aboli – par voie d’anéantissement, des villages entiers étant maintenant déserts. Les velléités de séparatisme manifestées par l’Ukraine ont subi le même sort.
  • 2° obliger le paysan à travailler […]. Cette méthode radicale a d'ailleurs produit des résultats indéniables. Mon dernier voyage m’a permis de consacrer que la récolte en Ukraine s’annonçait nettement meilleure que celle de l’an dernier. » 2
  • Jointe, traduction rapport Schiller, février 1933, 124 p.
  • une étude économique et géographique générale, tirée des statistiques et de la presse soviétiques, qui ne contient rien sur ce qui nous intéresse, et dont ressort un véritable déchaînement contre la collectivisation, et sur la « situation critique » agriculture soviétique (j’ai renoncé à l’annoter, mais vous disposez de la « source »).

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  • Lettre du Colonel Mendras au Ministre de la Guerre, Moscou, 20 octobre 33, 14 p. « Compte rendu de voyage en Ukraine » (dont il est aisé de relever les multiples antagonismes, internes et compte tenu de ce qui précède)
  • « Sur la fami