Vladimir Lénine

Oeuvres choisies en deux volumes

Tome I

Edition électronique réalisée par Vincent Gouysse à partir de l’ouvrage

publié en 1948 aux Editions en langues étrangères, Moscou.

WWW.MARXISME.FR

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Sommaire :

Note de l'éditeur (p. 5)

Préface (p. 5)

J. STALINE. LÉNINE ET LE LÉNINISME

LETTRE DE J. STALINE, PARUE DANS LA RABOTCHAlA GAZETA AU PREMIER ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE V.

LÉNINE (p. 9)

LÉNINE EST MORT. Discours prononcé au IIe congrès des Soviets de l'U.R.S.S., 26 janvier 1924 (p. 10)

LÉNINE, ORGANISATEUR ET CHEF DU PARTI COMMUNISTE DE RUSSIE. A l'occasion du 50e anniversaire de sa naissance (p.

12)

LÉNINE VU PAR STALINE. Discours prononcé à la soirée organisée par les élèves de l'école militaire du Kremlin, le 28 janvier 1924 (p.

15)

EXTRAIT DE L'ENTRETIEN AVEC LA PREMIÈRE DÉLÉGATION DES OUVRIERS AMÉRICAINS, LE 9 SEPTEMRRE 1927

(p. 19)

DISCOURS PRONONCÉ DEVANT LES ÉLECTEURS DE LA CIRCONSCRIPTION STALINE DE MOSCOU, LE 11

DÉCEMRRE 1937, AU GRAND THEATRE (p. 22)

DISCOURS PRONONCÉ A LA RÉCEPTION DES TRAVAILLEURS DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR AU KREMLIN, 17

MAI 1938 (p. 25)

DISCOURS PRONONCÉ A LA REVUE DE L'ARMÉE ROUGE LE 7 NOVEMBRE 1941 SUR LA PLACE ROUGE A MOSCOU

(p. 26)

MARX ET LE MARXISME

LES TROIS SOURCES ET LES TROIS PARTIES CONSTITUTIVES DU MARXISME (p. 28)

LES DESTINÉES HISTORIQUES DE LA DOCTRINE DE KARL MARX (p. 31)

MARXISME ET REVISIONNISME (p. 33)

LUTTE POUR LA CRÉATION DU PARTI OUVRIER SOCIAL-DÉMOCRATE DE RUSSIE

CE QUE SONT LES « AMIS DU PEUPLE » ET COMMENT ILS LUTTENT CONTRE LES SOCIAL-DÉMOCRATES (Réponse

aux articles parus dans la revue Rousskoïé Bogatstvo contre les marxistes) (p. 37)

LES TACHES DES SOCIAL-DÉMOCRATES RUSSES (p. 66)

FONDATION DU PARTI OUVRIER SOCIAL-DÉMOCRATE DE RUSSIE. APPARITION DES

FRACTIONS BOLCHEVIQUE ET MENCHÉVIQUE DANS LE PARTI

QUE FAIRE ? (Les questions brûlantes de notre mouvement) (p. 74)

Préface à la 1ère édition (p. 74)

I. Dogmatisme et « liberté de critique » (p. 75)

a) Que signifie la « liberté de critique »? (p. 75)

b) Les nouveaux défenseurs de la « liberté de critique » (p. 76)

c) La critique en Russie (p. 78)

d) Engels et l'importance de la lutte théorique (p. 81)

II. La spontanéité des masses et la conscience de la social-démocratie (p. 84)

a) Début de l'essor spontané (p. 84)

b) Le culte du spontané. La Rabotchaïa Mysl (p. 86)

c) Le « groupe de l'autolibération » et le Rabotchéïé Diélo (p. 89)

III. Politique trade-unioniste et politique social-démocrate (p. 93)

a) L'agitation politique et son rétrécissement par les économistes (p. 93)

b) Comment Martynov a approfondi Plékhanov (p. 97)

c) Les révélations politiques et « l'éducation de l'activité révolutionnaire » (p. 98)

d) Ce qu'il y a de commun entre l'économisme et le terrorisme (p. 100)

e) La classe ouvrière, combattant d'avant-garde pour la démocratie (p. 102)

f) Encore une fois « calomniateurs », encore une fois « mystificateurs » (p. 108)

IV. Le primitivisme des économistes et l'organisation des révolutionnaires (p. 109)

a) Qu'est-ce que le primitivisme ? (p. 109)

b) Primitivisme et économisme (p. 111)

c) L'organisation des ouvriers et l'organisation des révolutionnaires (p. 113)

d) Ampleur du travail d'organisation (p. 119)

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e) L'organisation « conspiratrice » et le « démocratisme » (p. 122)

f) Travail à l'échelle locale et nationale (p. 125)

V. « Plan » d'un journal politique pour toute la Russie (p. 129)

b) Un journal peut-il être un organisateur collectif ? (p. 130)

c) De quel type d'organisation avons-nous besoin ? (p. 134)

Conclusion (p. 137)

UN PAS EN AVANT, DEUX PAS EN ARRIÈRE (La crise dans notre Parti) (p. 139)

Préface à la 1ère édition (p. 139)

a) La préparation du congrès (p. 140)

b) L'importance des groupements au congrès (p. 140)

c) Début du congrès. L'incident du Comité d'organisation (p. 141)

d) Dissolution du groupe l'Ouvrier du Sud (p. 143)

e) L'incident à propos de l'égalité des langues (p. 144)

f) Le programme agraire (p. 145)

g) Les statuts du Parti (p. 148)

h) Débats sur le centralisme, avant la scission entre iskristes (p. 149)

i) Le paragraphe 1 des statuts (p. 150)

n) Tableau d'ensemble de la lutte au congrès. L'aile révolutionnaire et l'aile opportuniste du Parti (p. 159)

q) La nouvelle Iskra. L'opportunisme dans les problèmes d'organisation (p. 163)

r) Quelques mots sur la dialectique. Deux révolutions (p. 176)

PÉRIODE DE LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE ET DE LA PREMIÈRE REVOLUTION RUSSE

DEUX TACTIQUES DE LA SOCIAL-DÉMOCRATIE DANS LA RÉVOLUTION DÉMOCRATIQUE (p. 178)

Préf ace (p. 178)

1. Une question politique essentielle (p. 179)

2. Que nous donne la résolution du IIIe congrès du P.O.S.D.R. sur le Gouvernement révolutionnaire provisoire ? (p. 181)

3. Qu'est-ce que la « victoire décisive de la révolution sur le tsarisme » ? (p. 184)

4. Liquidation de la monarchie et république (p. 187)

5. Comment on doit « faire avancer la révolution » (p. 189)

6. De quel côté le prolétariat est-il menacé du danger d'avoir les mains liées dans la lutte contre la bourgeoisie inconséquente ? (p.

190)

7. La tactique de l'« élimination des conservateurs du sein du gouvernement » (p. 196)

8. L'idéologie de l’Osvobojdénié et celle de la nouvelle Iskra (p. 198)

9. Ce que c'est qu'un parti d'extrême opposition pendant la révolution (p. 202)

10. Les « communes révolutionnaires » et la dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie (p. 203)

11. Comparaison rapide entre certaines résolutions du IIIe congrès du P.O.S.D.R. et de la « conférence » (p. 208)

12. La révolution démocratique perdra-t-elle de son envergure si la bourgeoisie s'en détourne ? (p. 210)

13. Conclusion. Oserons-nous vaincre ? (p. 214)

Postface. Encore une fois l'idéologie de l’Osvobojdénié, encore une fois l'idéologie de la nouvelle Iskra (p. 218)

I. Ce que les réalistes libéraux bourgeois louent chez les « réalistes » social-démocrates (p. 218)

II. Nouvel « approfondissement » de la question par le camarade Martynov (p. 221)

III. La représentation bourgeoise vulgaire de la dictature et la conception de Marx (p. 225)

Note au chapitre 10 de la brochure Deux tactiques (p. 229)

L'ATTITUDE DE LA SOCIAL-DÉMOCRATIE A L'ÉGARD DU MOUVEMENT PAYSAN (p. 230)

LES ENSEIGNEMENTS DE L'INSURRECTION DE MOSCOU (p. 235)

BOYCOTTAGE (p. 239)

LES ENSEIGNEMENTS DE LA RÉVOLUTION (p. 243)

PÉRIODE DE LA RÉACTION STOLYPINIENNE LES BOLCHEVIKS

SE CONSTITUENT EN UN PARTI MARXISTE INDÉPENDANT

NOTES POLITIQUES (p. 246)

DE CERTAINES PARTICULARITÉS DU DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE DU MARXISME (p. 249)

STOLYPINE ET LA RÉVOLUTION (p. 252)

LE COURANT DE LIQUIDATION ET LE GROUPE DES LIQUIDATEURS (p. 256)

QUESTIONS EN LITIGE. Le Parti légal et les marxistes (p. 257)

I. La décision de 1908 (p. 257)

II. La décision de 1910 (p. 259)

III. L'attitude des liquidateurs devant les décisions de 1908 et 1910 (p. 260)

IV. La signification de classe du courant liquidateur (p. 262)

V. Le mot d'ordre de lutte pour un Parti légal (p. 264)

VI (p. 265)

LA VIOLATION DE L'UNITÉ AUX CRIS DE : VIVE L'UNITÉ ! (p. 268)

4

I. Du « fractionnisme » (p. 268)

II. De la scission (p. 270)

III. De la désagrégation du bloc d'août (p. 273)

IV. Les conseils d'un conciliateur au « groupe des sept » (p. 274)

V. Les conceptions liquidatrices de Trotski (p. 276)

LES ANNÉES D'ESSOR DU MOUVEMENT OUVRIER A LA VEILLE

DE LA PREMIÈRE GUERRE IMPÉRIALISTE

A LAMÉMOIRE DE HERZEN (p. 279)

LES PARTIS POLITIQUES EN RUSSIE (p. 282)

L'ESSOR RÉVOLUTIONNAIRE (p. 288)

DEUX UTOPIES (p. 292)

LA GRANDE PROPRIÉTÉ FONCIÈRE SEIGNEURIALE ET LA PETITE PROPRIÉTÉ PAYSANNE EN RUSSIE (p. 295)

L'EUROPE ARRIÉRÉE ET L'ASIE AVANCÉE (p. 296)

DU DROIT DES NATIONS A DISPOSER D'ELLES-MÊMES (p. 297)

1. Qu'est-ce que la libre disposition des nations ? (p. 297)

2. Position historique concrète de la question (p. 299)

3. Les particularités concrètes de la question nationale en Russie et la refonte démocratique bourgeoise de ce pays (p. 301)

4. Le « praticisme » dans la question nationale (p. 303)

5. Bourgeoisie libérale et opportunistes socialistes dans la question nationale (p. 306)

6. La séparation de la Norvège d'avec la Suède (p. 311)

7. La décision du congrès international de Londres de 1896 (p. 314)

8. L'utopiste Karl Marx et la pratique Rosa Luxembourg (p. 316)

9. Le programme de 1903 et ses liquidateurs (p. 319)

10. Conclusion (p. 324)

DONNÉES OBJECTIVES SUR LA FORCE DES DIVERSES TENDANCES DU MOUVEMENT OUVRIER (p. 326)

PÉRIODE DE LA GUERRE IMPÉRIALISTE LA DEUXIÈME RÉVOLUTION EN RUSSIE

LA GUERRE ET LA SOCIAL-DÉMOCRATIE RUSSE (p. 329)

DE LA FIERTÉ NATIONALE DES GRANDS-RUSSES (p. 333)

DU MOT D'ORDRE DES ÉTATS-UNIS D'EUROPE (p. 335)

L'OPPORTUNISME ET LA FAILLITE DE LA IIe INTERNATIONALE (p. 337)

L'IMPÉRIALISME, STADE SUPRÊME DU CAPITALISME (ESSAI DE VULGARISATION) (p. 343)

Préface (p. 343)

Préface aux éditions française et allemande (p. 343)

I. La concentration de la production et les monopoles (p. 346)

II. Les banques et leur nouveau rôle (p. 352)

III. Le capital financier et l'oligarchie financière (p. 360)

IV. L'exportation des capitaux (p. 366)

V. Le partage du monde entre les groupements capitalistes (p. 369)

VI. Le partage du monde entre les grandes puissances (p. 373)

VII. L'impérialisme, stade particulier du capitalisme (p. 378)

VIII. Le parasitisme et la putréfaction du capitalisme (p. 382)

IX. La critique de l'impérialisme (p. 387)

X. La place de l'impérialisme dans l'histoire (p. 393)

LE PROGRAMME MILITAIRE DE LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE (p. 396)

LETTRES DE LOIN. Lettre première. La première étape de la première révolution (p. 402)

NOTES (p. 407)

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NOTE DE L'ÉDITEUR

Le texte français des OEuvres choisies de Lénine en deux volumes a été établi d'après la dernière édition russe

mise au point par l'Institut Marx-Engels-Lénine (Moscou, 1943), à l'exception de Que faire ? et Un pas en avant,

deux pas en arrière. La traduction de ces deux ouvrages est conforme au texte de l'édition russe de 1908 (sans

les passages supprimés par l'auteur). Afin de faciliter aux lecteurs l'intelligence du texte, nous donnons en annexe

des notes explicatives de la Rédaction. Les notes en bas de page non signées sont de Lénine.

PRÉFACE

La doctrine de Marx-Engels-Lénine-Staline est une arme puissante entre les mains du peuple soviétique en lutte

pour l'honneur, la liberté et l'indépendance de notre Patrie socialiste, en lutte pour la construction de la société

communiste dans notre pays.

Le Précis d'Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l'U.R.S.S. a marqué le début d'un nouvel et vigoureux

essor idéologique et politique dans la vie du Parti et du peuple soviétique. Ce livre a porté l'étude des principes

du marxisme-léninisme, l'assimilation du bolchévisme, à un degré nouveau, supérieur. Il associe les grandes

masses, en premier lieu les masses d'intellectuels soviétiques, à une étude personnelle approfondie des grandes

créations de Marx, Engels, Lénine et Staline. Avec la parution du Précis d'Histoire du P.C.(b) de l'U.R.S.S.,

l'intérêt s'est fortement accru pour les oeuvres des fondateurs du marxisme-léninisme.

La fin victorieuse de la grande guerre nationale menée par le peuple soviétique contre l'Allemagne et le Japon a

une fois de plus confirmé avec éclat la puissance indestructible du régime soviétique et la justesse historique

profonde de son idéologie avancée, progressive. Les oeuvres de Lénine donnent à nos hommes la connaissance

des lois de l'évolution sociale et les éclairent sur les phénomènes complexes de la vie sociale. La théorie

révolutionnaire du marxisme-léninisme « donne aux praticiens la force d'orientation, la clarté de perspective,

l'assurance dans le travail, la foi en la victoire de notre cause » (Staline).

La présente édition des OEuvres choisies en deux volumes comprend les principales oeuvres de Lénine que voici :

Ce que sont les « amis du peuple » et comment ils luttent contre les social-démocrates, Les Tâches des socialdémocrates

russes, Que faire?, Un pas en avant, deux pas en arrière, Deux tactiques de la social-démocratie

dans la révolution démocratique, L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, Du mot d'ordre des Etats-Unis

d'Europe, Le Programme militaire de la révolution prolétarienne, Thèses d'Avril, La Catastrophe imminente et

les moyens de la conjurer, L'Etat et la Révolution, Les Tâches immédiates du pouvoir des Soviets, La Révolution

prolétarienne et le renégat Kautsky, La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »), Sur l'impôt en

nature, De la coopération, d'autres encore. [Les ouvrages de Lénine : Le développement du capitalisme en

Russie-et Matérialisme et empiriocriticisme paraissent en éditions séparées.] Chacun de ces écrits marque un

jalon dans l'histoire du Parti de Lénine et de Staline, ainsi que dans le développement de la théorie marxisteléniniste.

Les OEuvres choisies comprennent des ouvrages très importants consacrés à la défense de la patrie

socialiste. Ils contribuent éminemment à la mobilisation et à l'organisation du peuple soviétique.

Dans son livre Ce que sont les « amis du peuple » et comment ils luttent contre les social-démocrates (1894),

Lénine a démasqué à fond le vrai visage des populistes, ces faux « amis du peuple », qui en fait marchent contre

le peuple. Il a montré que les vrais amis du peuple, qui désirent sincèrement supprimer le tsarisme et libérer le

peuple de toute oppression, sont les marxistes et non les populistes. C'est ici que Lénine formule pour la

première foLs l'idée de l'alliance révolutionnaire des ouvriers et des paysans, comme principal moyen pour

renverser le tsarisme, les grands propriétaires fonciers, la bourgeoisie, — et qu'il trace les principales tâches des

marxistes russes. Lénine montre dans cet ouvrage que la classe ouvrière de Russie, après s'être allié la

paysannerie, renversera le tsarisme et après s'être allié les masses laborieuses, se fera une vie de liberté où il n'y

aura pas de place pour l'exploitation de l'homme par l'homme.

Dans Que faire ? (1902), Lénine présente un plan concret d'organisation, touchant la construction du parti

marxiste de la classe ouvrière. Il y soumet à une critique foudroyante l'«économisme », dénonce l'idéologie de

l'opportunisme, du suivisme, du spontané ; il porte très haut l'importance de la théorie, de l'élément conscient, du

Parti comme force dirigeante du mouvement ouvrier ; il établit cette thèse que le Parti marxiste est la fusion du

mouvement ouvrier et du socialisme ; il fait une analyse géniale des fondements idéologiques du Parti marxiste.

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Dans son célèbre ouvrage Un pas en avant, deux pas en arrière (1904), Lénine défendit et sauvegarda l'esprit du

Parti contre l'esprit de cercle étroit, le Parti contre les menchéviks désorganisateurs ; il a battu à plate couture

l'opportunisme menchévik dans les problèmes d'organisation, et jeté les bases d'organisation du Parti bolchévik,

parti révolutionnaire de combat, d'un type nouveau. Lénine y a « le premier, dans l'histoire du marxisme, élaboré

la doctrine du Parti en tant qu'organisation dirigeante du prolétariat, en tant qu'arme essentielle entre les mains

du prolétariat, sans laquelle il est impossible de vaincre dans la lutte pour la dictature prolétarienne » (Précis

d'Histoire du P.C.(b) de l'U.R.S.S., p. 50). L'ouvrage de Lénine Un pas en avant, deux pas en arrière fait

connaître le rôle qui appartient à l'esprit d'organisation et de discipline.

Dans son livre magistral Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique (1905), Lénine

battit sur le terrain idéologique la tactique menchévique petite-bourgeoise et donna une géniale justification de la

tactique bolchevique dans la révolution démocratique bourgeoise et pendant la période de transition de la

révolution démocratique bourgeoise à la révolution socialiste. Le principe tactique essentiel qui imprègne

l'ouvrage de Lénine est l'idée de l'hégémonie du prolétariat dans la révolution démocratique bourgeoise, l'idée de

la transformation de l'hégémonie du prolétariat dans la révolution bourgeoise, — le prolétariat s'étant allié la

paysannerie, — en hégémonie du prolétariat dans la révolution socialiste, — le prolétariat s'étant allié les autres

masses laborieuses et exploitées.

« Il y avait là une nouvelle conception du rapport entre la révolution bourgeoise et la révolution socialiste, une

nouvelle théorie du regroupement des forces autour du prolétariat, vers la fini de la révolution bourgeoise, pour

passer directement à la révolution socialiste : la théorie de la transformation de la révolution démocratique

bourgeoise en révolution socialiste. » (Précis d'Histoire du P.C.(b) de l'U.R.S.S., p. 71.)

On trouve dans cet écrit les éléments essentiels de la théorie de Lénine sur la possibilité pour le socialisme de

vaincre dans un seul pays pris à part. La valeur inestimable de cet ouvrage c'est que Lénine y a enrichi le

marxisme d'une nouvelle théorie de la révolution ; qu'il y a jeté les bases de la tactique révolutionnaire du Parti

bolchevik à l'aide de laquelle, en 1917, le prolétariat de notre pays a remporté la victoire sur le capitalisme.

Dans l'Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), Lénine fait une analyse marxiste documentée de

l'impérialisme, suprême et dernier stade du capitalisme, capitalisme pourrissant, agonisant, qui marque la veille

de la révolution socialiste. Partant des données relatives au capitalisme impérialiste, Lénine a établi une nouvelle

conception théorique d'après laquelle la victoire simultanée du socialisme dans tous les pays est jugée

impossible, tandis que la victoire du socialisme dans un seul pays capitaliste pris à part est reconnue possible.

Cette géniale conclusion a été formulée par Lénine dans les articles « Du mot d'ordre des Etats-Unis d'Europe »

(1915) et « Le programme militaire de la révolution prolétarienne» (1916).

« Il y avait là une théorie nouvelle, une théorie achevée sur la révolution socialiste, sur la possibilité de la

victoire du socialisme dans un pays pris à part, sur les conditions de sa victoire, sur les perspectives de sa

victoire... » (Précis d'Histoire du P.C.(b) de l'U.R.S.S., p. 160.)

Les Thèses d'Avril de Lénine dressaient un plan génial de lutte du Parti pour passer de la révolution

démocratique bourgeoise à la révolution socialiste.

Dans la Catastrophe imminente et les moyens de la conjurer (1917), Lénine met les travailleurs de Russie en

garde contre le danger d'asservissement de notre Patrie par l'impérialisme allemand, si le peuple ne prend pas le

pouvoir en ses mains pour préserver le pays de cette catastrophe. Lénine montre dans cet ouvrage qu'« il est

impossible à la Russie de marcher en avant sans marcher au socialisme » ; que la guerre inexorable pose devant

notre pays avec une implacable vigueur ce dilemme : « périr ou rejoindre les pays avancés et les dépasser aussi

au point de vue économique ». Préserver le pays de sa perte, renforcer sa capacité de défense, construire le

socialisme, tout cela tient ensemble, écrivait Lénine. Le socialisme recréera économiquement la Russie et

assignera une base matérielle à l'héroïsme des masses populaires, sans quoi il est impossible de mettre notre pays

en état de se défendre.

Dans l'Etat et la Révolution (1917), Lénine montre l'essence bourgeoise des vues des opportunistes (Kautsky et

autres) et des anarchistes sur le problème de l'Etat et de la Révolution. Dans cet ouvrage Lénine nous restitue et

développe la doctrine du marxisme sur l'Etat, sur la révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat, sur le

socialisme et le communisme. C'est en partant de l'expérience des deux révolutions en Russie que Lénine établit

sa doctrine sur la République des Soviets, comme forme politique de la dictature du prolétariat.

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Dans les Tâches immédiates du pouvoir des Soviets (1918), Lénine a élaboré les problèmes essentiels concernant

l'édification socialiste, le recensement et le contrôle dans l'économie nationale, l'institution de rapports nouveaux,

socialistes, dans la production, le relèvement de la discipline du travail, les problèmes concernant l'émulation

socialiste, la consolidation et le développement de la dictature du prolétariat, l'alliance de la classe ouvrière et de

la paysannerie, le développement du démocratisme prolétarien.

Dans les écrits se rapportant à la période de l'intervention militaire et de la guerre civile, Lénine a donné une

définition classique des tâches incombant au peuple, au front et à l'arrière, en temps de guerre.

L'héroïsme, le courage, la vaillance, le mépris de la peur dans la lutte, la volonté de se battre aux côtés du peuple

contre les ennemis de notre patrie, telles sont les exigences formulées par Lénine à l'égard des citoyens

soviétiques en temps de guerre. Transformer le pays en un seul camp retranché, travailler avec ensemble et

précision sur le mode révolutionnaire, sous le mot d'ordre : « Tout pour le front », telles sont les tâches de

l'arrière. « Dès l'instant que la guerre est devenue inéluctable — tout pour la guerre : la moindre négligence ou

défaut d'énergie doivent être châtiés selon les lois du temps de guerre. » Se montrer implacable envers l'ennemi,

exploiter à fond les victoires acquises en vue de consommer la débâcle de l'ennemi, telles sont les exigences

formulées par Lénine à l'égard du front. « Les soldats, les officiers et les instructeurs du service politique de

l'Armée rouge, nous apprend Staline, doivent bien se rappeler les enseignements de Lénine, notre éducateur : «

Premièrement, ne pas se laisser griser par la victoire, ni en tirer vanité ; deuxièmement, consolider sa victoire ;

troisièmement achever l'ennemi. »

Les écrits de Lénine donnent une analyse profonde des causes qui font que le peuple soviétique reste invincible

et l'Etat soviétique vital et indestructible. « On ne saurait vaincre un peuple où la majorité des ouvriers et des

paysans ont appris, vu et senti qu'ils défendent leur pouvoir à eux, le pouvoir soviétique, le pouvoir des

travailleurs, qu'ils défendent une cause dont le triomphe est appelé à assurer à eux-mêmes et à leurs enfants la

faculté de jouir de tous les bienfaits de la culture, de toutes le créations du travail des hommes.»

L'article De la coopération et les autres derniers articles de Lénine dressent le bilan du travail accompli par le

Parti et le pouvoir soviétique ; ils tracent le plan de construction du socialisme en U.R.S.S. : industrialiser le pays

et associer la paysannerie, par la voie de la coopération, à l'oeuvre de construction socialiste.

Les ouvrages de Lénine compris dans ces deux volumes retracent les principales étapes du développement

historique du bolchévisme ; ils montrent le marxisme-léninisme en action.

En guise d'introduction, nous donnons sept articles de Staline, qui évoquent avec une force et un relief

saisissants, la figure de Lénine, le plus grand génie de l'humanité, le chef du Parti bolchevik et de la classe

ouvrière, le révolutionnaire intrépide, l'organisateur de la grande révolution socialiste d'Octobre, le bâtisseur du

premier Etat socialiste du monde et de la nouvelle société socialiste. Lénine est « un dirigeant de type supérieur,

un aigle des montagnes, sans peur dans la lutte et menant hardiment le Parti en avant, dans les chemins

inexplorés du mouvement révolutionnaire russe » (Staline).

Les oeuvres de Staline présentent Lénine comme un grand patriote, un génial stratège et un organisateur de la

défense de la patrie socialiste contre les envahisseurs étrangers.

Les écrits faisant partie de cette édition son publiés in extenso, à l'exception de Ce que sont les « amis du peuple

» et comment ils luttent contre les social-démocrates. Nous ne donnons de cet ouvrage que la première partie.

La matière de ces deux volumes est distribuée, en règle générale, par ordre chronologique, sauf la première série

d'articles de Lénine qui traitent de Marx et du marxisme. Les matériaux sont partagés en périodes conformément

au Précis d'Histoire du P.C.(b) de l'U.R.S.S. Le premier volume comprend les ouvrages de Lénine datant de

1894 à mars 1917 ; le deuxième volume, d'avril 1917 à mars 1923.

Tous les écrits de Lénine sont reproduits d'après les deuxième et troisième éditions des OEuvres. Excepté : Ce

que sont les « amis du peuple » et comment ils luttent contre les social-démocrates et Les Tâches des socialdémocrates

russes, imprimés d'après la quatrième édition des OEuvres. Les ouvrages de 1917 ont été tirés des

OEuvres choisies en trois volumes : Lénine, OEuvres choisies de 1917 Le texte de la « Lettre aux camarades de

Toula » est emprunté au Recueil Lénine XXXIV ; l'appel : « La patrie socialiste est en danger ! » au livre V. I.

Lénine : De l'époque de la guerre civile ; le télégramme « A tous les Soviets des députés de province et de

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district », d'après la Pravda n° 54, du 23 février 1942 ; l'appel : « Méfiez-vous des espions ! », d'après la Pravda

n° 116, du 31 mai 1919 ; la lettre du Comité central du P.CR.(b) : « Tous à la lutte contre Dénikine ! » est tirée

d'une brochure parue en 1933.

Outre la date à laquelle ils furent écrits et publiés, les articles sont accompagnés de notes succinctes à titre

d'indication. Les notes de Lénine ne sont pas signées ; celles de la Rédaction portent la mention N.R. Pour le

texte et les notes, les dates sont données d'après le calendrier dont s'est servi Lénine.

Les OEuvres choisies de Lénine en deux volumes seront un livre de chevet pour tous ceux qui étudient le Précis

d'Histoire du P.C.(b) de l’U.R.S.S. et les principes du marxisme-léninisme.

Institut Marx-Engels-Lénine près le Comité central du P.C.(b) de l'U.R.S.S.

Moscou 1946

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J. STALINE. LÉNINE ET LE LÉNINISME

Rappelez-vous, aimez, étudiez Ilitch, notre éducateur,

notre chef.

Luttez et triomphez des ennemis du dedans et du dehors,

comme le faisait Ilitch.

Edifiez la vie nouvelle, les nouvelles conditions

d'existence, la nouvelle culture, comme le faisait Ilitch.

Ne dédaignez jamais les petites choses dans le travail, car

des petites choses naissent les grandes, c'est là un des

préceptes essentiels d'Ilitch.

J. STALINE

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LÉNINE EST MORT

DISCOURS PRONONCÉ AU IIe CONGRÈS DES SOVIETS DE L'U.R.S.S, 26 JANVIER 1924

Camarades, nous sommes, nous communistes, des gens d'une facture à part. Nous sommes taillés dans une étoffe

à part. Nous formons l'armée du grand stratège prolétarien, l'armée du camarade Lénine. Il n'est rien de plus haut

que l'honneur d'appartenir à cette armée. Il n'est rien de plus haut que le titre de membre du Parti qui a pour

fondateur et pour dirigeant le camarade Lénine. Il n'est pas donné à tout le monde d'être membre d'un tel Parti. Il

n'est pas donné à tout le monde de résister aux adversités et aux tempêtes qu'entraîne l'adhésion à ce parti Les fils

de !a classe ouvrière, enfants du besoin et de la lutte, des privations sans nom et des efforts héroïques, voilà ceux

qui, avant tout, doivent être membres de ce parti. Voilà pourquoi le parti des léninistes, le parti des communistes

s'appelle encore le parti de la classe ouvrière.

En nous quittant, le camarade Lénine nous a recommandé de tenir haut et de garder dans sa pureté le glorieux

titre de membre du Parti Nous te jurons, camarade Lénine, d'accomplir avec honneur ta volonté !

Pendant vingt-cinq ans le camarade Lénine a été l'éducateur constant de notre Parti, dont il a fait le Parti ouvrier

le plus vigoureux et le mieux aguerri du monde. Les coups portés par le tsarisme et ses prétoriens, la rage de la

bourgeoisie et des grands propriétaires fonciers, les attaques armées de Koltchak et de Dénikine, l'intervention

armée de l'Angleterre et de la France, les mensonges et les calomnies de la presse bourgeoise aux cent bouches,

— tous ces scorpions s'acharnèrent constamment contre notre Parti pendant un quart de siècle. Mais notre Parti

se dressait comme un roc, repoussant les innombrables coups de ses ennemis et menant la classe ouvrière en

avant, vers la victoire. C'est dans de rudes batailles que notre Parti a forgé l'unité et la cohésion de ses rangs.

C'est par son unité et sa cohésion qu'il a pu triompher des ennemis de la classe ouvrière.

En nous quittant, le camarade Lénine nous a recommandé de garder l'unité de notre Parti comme la prunelle de

nos yeux. Nous te jurons, camarade Lénine, que là encore nous accomplirons avec honneur ta volonté !

Dur et insupportable est le sort de la classe ouvrière. Lourdes et accablantes sont les souffrances des travailleurs.

Esclaves et maîtres, serfs et seigneurs, paysans et grands propriétaires fonciers, ouvriers et capitalistes, opprimés

et oppresseurs, — ainsi s'édifia le monde à travers les siècles, tel il demeure aujourd'hui encore dans l'immense

majorité des pays. Des dizaines et des centaines de fois les travailleurs ont tenté tout au long des siècles de

secouer le joug de leurs oppresseurs et de se rendre maîtres de leur destinée. Mais chaque fois, battus et

déshonorés, ils ont dû reculer, avec, au fond du coeur, l'offense et l'humiliation, la colère et le désespoir, et les

yeux levés vers un ciel impénétrable où ils espéraient trouver la délivrance. Les chaînes de l'esclavage

demeuraient intactes, ou bien les vieilles étaient remplacées par de nouvelles, aussi lourdes, aussi humiliantes.

Dans notre pays seulement les masses laborieuses opprimées et accablées ont pu secouer la domination des

grands propriétaires fonciers et des capitalistes, et y substituer la domination des ouvriers et des paysans. Vous

savez, camarades, et le monde entier le reconnaît à présent, que cette lutte gigantesque fut dirigée par le

camarade Lénine et son Parti. La grandeur de Lénine est avant tout d'avoir, en créant la République des Soviets,

montré en fait aux masses opprimées du monde entier, que l'espoir de la délivrance n'est pas perdu, que la

domination des grands propriétaires fonciers et des capitalistes n'est pas éternelle, que le règne du travail peut

être institué par les efforts des travailleurs eux-mêmes, qu'il faut instituer ce règne sur la terre, et non dans le ciel.

Il a allumé ainsi dans le coeur des ouvriers et des paysans du monde entier, l'espoir de la libération. C'est ce qui

explique que le nom de Lénine soit devenu le nom le plus cher aux masses laborieuses et exploitées.

En nous quittant, le camarade Lénine nous a recommandé de sauvegarder et d'affermir la dictature du

prolétariat. Nous te jurons, camarade Lénine, de ne pas épargner nos forces pour, là encore, accomplir avec

honneur ta volonté !

La dictature du prolétariat s'est établie dans notre pays sur la base de l'alliance des ouvriers et des paysans. C'est

là la base première et fondamentale de la République des Soviets. Les ouvriers et les paysans n'auraient pu

vaincre les capitalistes et las grands propriétaires fonciers, si cette alliance n'avait pas existé. Les ouvriers

n'auraient pu battre les capitalistes s'ils n'avaient pas eu l'appui des paysans. Les paysans, s'ils n'avaient pas été

dirigés par les ouvriers, n'auraient pu battre les grands propriétaires fonciers. C'est ce qu'atteste toute l'histoire de

la guerre civile dans notre pays. Mais la lutte pour l'affermissement de la République des Soviets est loin d'être

achevée, elle a simplement pris une forme nouvelle. D'abord l'alliance des ouvriers et des paysans a revêtu la

forme d'une alliance militaire, puisqu'elle était dirigée contre Koltchak et Dénikine. Maintenant l'alliance des

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ouvriers et des paysans doit prendre la forme d'une collaboration économique entre villes et campagnes, entre

ouvriers et paysans, car cette alliance est dirigée contre le marchand et le koulak ; car elle a pour objet de

permettre aux paysans et aux ouvriers de se pourvoir mutuellement de tout le nécessaire. Vous savez que nul n'a

poursuivi cette tâche avec autant de persévérance que le camarade Lénine.

En nous quittant, le camarade Lénine nous a recommandé de consolider de toutes nos forces l'alliance des

ouvriers et des paysans. Nous te jurons, camarade Lénine, que là encore nous accomplirons avec honneur ta

volonté !

La deuxième base de la République des Soviets est l'alliance des travailleurs des nationalités peuplant notre pays.

Russes et Ukrainiens, Bachkirs et Biélorussiens, Géorgiens et Azerbaïdjans, Arméniens et Daghestanais, Tatars

et Kirghiz, Ouzbeks et Turkmènes, tous ont également intérêt à voir s'affermir la dictature du prolétariat. La

dictature du prolétariat affranchit ces peuples de leurs chaînes et de l'oppression ; et ces peuples à leur tour, par

leur dévouement absolu à la République des Soviets, par leur volonté de se sacrifier pour elle, la mettent à l'abri

des intrigues et des attaques des ennemis de la classe ouvrière. Voilà pourquoi le camarade Lénine nous a

toujours parlé de la nécessité d'une alliance librement consentie des peuples de notre pays, de la nécessité de leur

collaboration fraternelle dans le cadre de l'Union des Républiques.

En nous quittant, le camarade Lénine nous a recommandé de consolider et d'étendre l'Union des Républiques.

Nous te jurons, camarade Lénine, que là encore nous accomplirons avec honneur ta volonté !

La troisième base de la dictature du prolétariat, c'est notre Armée rouge, notre Flotte rouge. Lénine nous a dit

maintes fois que la trêve arrachée par nous aux Etats capitalistes pouvait être de courte durée. Maintes fois

Lénine nous a indiqué que le renforcement de l'Armée rouge et son perfectionnement sont une des tâches les plus

importantes de notre Parti. Les événements rattaches à l'ultimatum de Curzon et à la crise en Allemagne ont

confirmé une fois de plus que Lénine, comme toujours, avait raison. Jurons donc, camarades, de ne pas épargner

nos efforts pour renforcer notre Armée rouge, notre Flotte rouge ! Notre pays se dresse, tel un roc formidable, au

milieu de l'océan des Etats bourgeois. Les vagues pressées déferlent sur lui, menaçant de le submerger, de

l'emporter. Mais le roc reste inébranlable. Qu'est-ce qui fait sa force ? Ce n'est pas seulement que notre pays soit

fondé sur l'alliance des ouvriers et des paysans ; qu'il personnifie l'alliance des nationalités libres et qu'il est

défendu par le bras puissant de l'Armée et de la Flotte rouges Ce qui fait la force de notre pays, sa vigueur, sa

solidité, c'est la sympathie profonde et l'indestructible appui qu'il trouve dans le coeur des ouvriers et des paysans

du monde entier Les ouvriers et les paysans de tous les pays veulent sauvegarder la République des Soviets,

flèche lancée de la main sûre du camarade Lénine dans le camp ennemi ; base de l'espoir qu'ils ont de se libérer

de l'oppression et de l'exploitation ; phare infaillible qui leur indique le chemin de l'affranchissement. Ils veulent

la sauvegarder, et ils ne permettront pas aux grands propriétaires fonciers et aux capitalistes de la détruire. Là est

notre force, là est la force des travailleurs de tous les pays. Là aussi est la faiblesse de la bourgeoisie du monde

entier. Lénine n'a jamais regardé la République des Soviets comme un but en soi. Il l'a toujours considérée

comme un chaînon indispensable pour renforcer le mouvement révolutionnaire dans les pays d'Occident et

d'Orient, comme un chaînon indispensable pour faciliter la victoire des travailleurs du monde entier sur le

Capital. Lénine savait que cette conception était la seule juste, au point de vue international comme au point de

vue de la sauvegarde de la République soviétique Lénine savait que c'était le seul moyen d'enflammer le coeur de

tous les travailleurs du monde pour les batailles décisives en vue de leur affranchissement. Voilà pourquoi

Lénine, le plus grand génie parmi les chefs géniaux du prolétariat, posait, au lendemain de l'instauration de la

dictature du prolétariat, les fondements de l'Internationale des ouvriers. Voilà pourquoi il ne se lassa pas

d'étendre et de consolider l'union des travailleurs de tous les pays : l'Internationale communiste. Vous avez vu,

ces derniers jours, le pèlerinage de dizaines et de centaines de milliers de travailleurs venus saluer la dépouille

mortelle de Lénine. D'ici quelque temps, vous verrez le pèlerinage à son tombeau des représentants de millions

de travailleurs. Vous pouvez être certains qu'après ces représentants de millions de travailleurs, afflueront de tous

les points du monde les représentants de dizaines et de centaines de millions d'hommes ; ils viendront témoigner

que Lénine ne fut pas seulement le chef du prolétariat russe, des ouvriers d'Europe, des travailleurs de l'Orient

colonial, mais aussi de toute l'humanité laborieuse du globe.

En nous quittant, le camarade Lénine nous a recommandé la fidélité aux principes de l'Internationale

communiste. Nous te jurons, camarade Lénine, que nous n'épargnerons pas notre vie pour consolider et étendre

l'union des travailleurs du monde entier, l'Internationale communiste !

Publié dans la Pravda, n° 23, 30 janvier 1924.

Lénine vu par Staline, 1946, pp. 25-32.

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LÉNINE, ORGANISATEUR ET CHEF DU PARTI COMMUNISTE DE RUSSIE

A L'OCCASION DU 50e ANNIVERSAIRE DE SA NAISSANCE

Il y a deux groupes de marxistes. Tous deux travaillent sous le drapeau du marxisme et se croient «

authentiquement » marxistes. Et cependant ils ne sont pas identiques, loin de là. Bien plus : un abîme les sépare,

leurs méthodes de travail étant diamétralement opposées. Le premier de ces groupes se borne d'ordinaire à

reconnaître extérieurement le marxisme, à le proclamer avec solennité. Ne sachant pas ou ne voulant pas

pénétrer l'essence du marxisme, ne sachant pas ou ne voulant pas le faire passer dans la vie, il transforme les

principes vivants et révolutionnaires du marxisme en formules mortes, qui ne disent rien. Il fait reposer son

activité, non sur l'expérience, ni sur les enseignements du travail pratique, mais sur des citations de Marx.

Indications et directives, il les puise non dans l'analyse de la réalité vivante, mais dans les analogies et les

parallèles historiques. Divorce entre la parole et les actes, tel est le vice essentiel de ce groupe. De là les

déceptions et cet éternel mécontentement du destin qui, à tout moment, le trahit, le laisse « Gros-Jean comme

devant ». Ce groupe a nom menchévisme (en Russie), opportunisme (en Europe). Au congrès de Londres, le

camarade Tyszko (Ioguichès) a donné une caractéristique assez heureuse de ce groupe ; il a dit de lui qu'il ne se

tenait pas, mais gisait sur la plate-forme marxiste.

Le second groupe, au contraire, reporte le centre de gravité du problème, de la reconnaissance extérieure du

marxisme à son application, à sa mise en oeuvre. Déterminer, selon la situation, les voies et moyens permettant

de réaliser le marxisme, modifier ces voies et moyens lorsque la situation change, voilà ce qui retient

principalement l'attention de ce groupe. Ce n'est pas dans les analogies et les parallèles historiques qu'il puise

directives et indications, mais dans l'étude des conditions environnantes. Dans son activité il ne s'appuie pas sur

des citations et des sentences, mais sur l'expérience pratique dont il se sert pour vérifier chacun de ses pas, tirer

parti de ses propres erreurs et apprendre aux autres à édifier la vie nouvelle. C'est ce qui explique à proprement

parler que dans l'activité de ce groupe l'action ne dément pas la parole et que la doctrine de Marx conserve

entièrement sa force révolutionnaire vive. A ce groupe s'appliquent parfaitement les paroles de Marx, selon

lesquelles les marxistes ne peuvent se contenter d'expliquer le monde, mais doivent aller plus loin pour le

modifier. Ce groupe a nom : bolchévisme, communisme. L'organisateur et le chef de ce groupe est V. I. Lénine.

1. LÉNINE, ORGANISATEUR DU PARTI COMMUNISTE DE RUSSIE

La formation du parti du prolétariat s'est poursuivie en Russie dans des conditions particulières, différentes de

celles des pays d'Occident, au moment où s'y organisait le parti ouvrier. En Occident, — France, Allemagne, —

le parti ouvrier est né des syndicats, alors que syndicats et partis fonctionnaient légalement ; alors que la

révolution bourgeoise était déjà faite, et qu'existait le Parlement bourgeois, quand la bourgeoisie qui s'était

faufilée au pouvoir se trouvait face à face avec le prolétariat. En Russie, au contraire, le parti du prolétariat s'est

formé sous l'absolutisme le plus féroce, dans l'attente de la révolution démocratique bourgeoise, alors que d'une

part les organisations du Parti regorgeaient d'éléments « marxistes légaux » bourgeois, avides d'utiliser la classe

ouvrière pour la révolution bourgeoise. D'autre part, les gendarmes du tsar arrachaient des rangs du Parti ses

meilleurs militants, cela au moment où l'essor du mouvement révolutionnaire spontané réclamait l'existence d'un

noyau de révolutionnaires, noyau apte à la lutte, ferme, uni et suffisamment clandestin, capable de diriger le

mouvement en vue de renverser l'absolutisme.

Il s'agissait de séparer les boucs et les brebis, de se délimiter des intrus, de former des cadres de révolutionnaires

expérimentés à la base, de leur donner un programme clair et une tactique ferme ; il s'agissait enfin de rassembler

ces cadres en une seule organisation de combat composée de révolutionnaires professionnels, suffisamment

clandestine pour pouvoir tenir contre les coups de main de la gendarmerie, et en même temps, suffisamment liée

aux masses pour, le moment venu, les mener à la lutte.

Les menchéviks, ceux-là même qui « gisent » sur la plate-forme marxiste, tranchaient le problème simplement :

du moment qu'en Occident le parti ouvrier était né des syndicats sans-parti en lutte pour l'amélioration de la

situation économique de la classe ouvrière, il fallait, dans la mesure du possible, en faire autant pour la Russie,

c'est-à-dire se borner pour l'instant à la « lutte économique des ouvriers contre le patronat et le gouvernement », à

l'échelle locale, sans créer d'organisation de combat pour toute la Russie, et puis ... et puis, si d'ici là les syndicats

ne faisaient pas leur apparition, on convoquerait un congrès ouvrier sans-parti et on le proclamerait parti.

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Que ce « plan » « marxiste » des menchéviks, utopique pour la Russie, supposât néanmoins un vaste travail

d'agitation visant à ravaler l'idée même du parti, à en détruire les cadres, à priver de son parti le prolétariat et à

donner la classe ouvrière en pâture aux libéraux, — c'est ce dont les menchéviks, et peut-être aussi nombre de

bolcheviks, ne se doutaient guère à l'époque. Le plus grand mérite de Lénine devant le prolétariat russe et son

Parti, c'est d'avoir montré tout le danger du « plan » menchévik d'organisation, au moment où ce « plan » venait

tout juste d être conçu, où les auteurs eux-mêmes de ce « plan » avaient peine à s'en représenter clairement les

contours ; et, l'ayant montré, d'avoir déclenché une attaque à fond contre le débraillé qui régnait chez les

menchéviks, en matière d'organisation, en concentrant sur ce problème toute l'attention des militants Car il

s'agissait de l'existence du Parti, de la vie ou de la mort du Parti.

Mettre sur pied un journal politique pour toute la Russie, comme centre de ralliement des forces du Parti ;

organiser des cadres stables à la base, comme « formation régulière » du Parti ; rassembler ces cadres en un tout

au moyen d'un journal et les cimenter en un parti de combat à l'échelle de toute la Russie, parti aux limites

nettement déterminées, au programme clair, à la tactique ferme et à la volonté unique : tel est te plan que Lénine

développa dans ses célèbres brochures : Que faire ? et Un pas en avant, deux pas en arrière. Ce plan avait le

mérite de répondre strictement à la réalité russe et de résumer de façon magistrale l'expérience des meilleurs

militants en matière d'organisation Dans la lutte pour ce plan, ta majorité des militants russes suivirent

résolument Lénine, sans reculer devant la scission. La victoire de ce plan permit de jeter les fondements d'un

parti communiste, cohérent et aguerri, qui n'a pas son égal au monde.

Nos camarades (pas seulement les menchéviks !) accusaient souvent Lénine d'avoir un penchant excessif pour la

polémique et la scission, d'avoir mené une lutte implacable contre les conciliateurs, etc Sans doute l'un et l'autre

ont-ils eu lieu en leur temps. Mais il n'est pas difficile de comprendre que notre Parti n'aurait pu se débarrasser

de sa faiblesse intérieure et de son défaut de précision, ni acquérir la force et la vigueur qui le caractérisent, s'il

n'avait chassé de son sein les éléments non prolétariens, opportunistes A l'époque de la domination de la

bourgeoisie, le Parti du prolétariat ne peut croître et se fortifier que dans la mesure où il mène la lutte contre les

éléments opportunistes, hostiles à la Révolution et au Parti, dans son propre milieu et parmi la classe ouvrière

Lassalle avait raison de dire : « Le Parti se fortifie en s'épurant. » Les accusateurs invoquaient d'ordinaire le parti

allemand, où florissait l'« unité ». Mais d'abord, toute unité n'est pas signe de force ; ensuite, il suffit de

considérer aujourd'hui l'ancien Parti allemand, déchiré en trois partis, pour comprendre tout ce qu'il y avait de

faux, d'illusoire dans l'« unité » entre Scheidemann-Noske et Liebknecht-Luxembourg. Et qui sait s'il n'eût pas

mieux valu pour le prolétariat d'Allemagne que les éléments révolutionnaires du parti allemand se fussent

séparés à temps de ses éléments antirévolutionnaires... Oui, Lénine avait mille fois raison de conduire le Parti

dans la voie d'une lutte irréconciliable contre les éléments hostiles au Parti et à la Révolution Car ce n'est que

grâce à cette politique d'organisation que notre Parti a su réaliser dans son sein cette unité intérieure et cette

étonnante cohésion, dont la possession lui a permis de sortir indemne de la crise de juillet sous Kérenski1 de

porter sans défaillance le poids de l'insurrection d'Octobre, de traverser sans perturbation la crise de la période de

Brest-Litovsk2, d'organiser la victoire sur l'Entente et, enfin, d'acquérir cette souplesse sans analogue qui lui

permet à tout moment de reformer ses rangs et de concentrer les centaines de milliers de ses membres sur

quelque grande tâche que ce soit, sans jeter la confusion dans son milieu.

2. LÉNINE, CHEF DU PARTI COMMUNISTE DE RUSSIE

Mais les qualités du Parti communiste de Russie dans le domaine d'organisation ne sont qu'un des aspects du

problème. Le Parti n'aurait pu croître ni se fortifier avec cette rapidité si le contenu politique de son activité, son

programme et sa tactique ne répondaient pas à la situation russe, si ses mots d'ordre n'enflammaient pas les

masses ouvrières et ne poussaient le mouvement révolutionnaire en avant. C'est cet aspect que nous allons

analyser. La révolution démocratique bourgeoise russe (1905) s'est faite dans des conditions différentes de celles

des pays d'Occident lors des bouleversements révolutionnaires, par exemple, en France et en Allemagne. La

révolution survint en Occident en période manufacturière, à une époque où la lutte de classes n'était pas

développée, où le prolétariat faible et peu nombreux ne possédait pas de parti propre, capable de formuler ses

revendications, et où la bourgeoisie était assez révolutionnaire pour inspirer confiance aux ouvriers et aux

paysans et les mener à la lutte contre l'aristocratie. En Russie, au contraire, la révolution (1905) a commencé à

l'époque du machinisme et de la lutte de classes évoluée, alors que le prolétariat russe, relativement nombreux et

soudé par le capitalisme, avait déjà livré maint combat à la bourgeoisie, possédait son propre parti, plus uni que

les partis bourgeois, et formulait ses revendications de classe ; cependant que la bourgeoisie russe, qui d'ailleurs

vivait des commandes du gouvernement, était effrayée par l'esprit révolutionnaire du prolétariat au point de

rechercher une alliance avec le gouvernement et les grands propriétaires fonciers contre les ouvriers et les

paysans. Le fait que la révolution russe ait éclaté à la suite des échecs militaires sur les champs de bataille de la

Mandchourie, n'a pu qu'accélérer le cours des événements sans toutefois modifier en rien le fond du problème.

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La situation exigeait du prolétariat qu'il se mît à la tête de la révolution, qu'il ralliât autour de lui la paysannerie

révolutionnaire et engageât simultanément une lutte décisive contre le tsarisme et la bourgeoisie, en vue de la

démocratisation complète du pays et pour assurer ses propres intérêts de classe. Mais les menchéviks, ceux-là

mêmes qui « gisent » sur la plateforme marxiste, résolurent le problème à leur manière : puisque la révolution

russe est bourgeoise, et que dans les révolutions bourgeoises ce sont les représentants de la bourgeoisie qui

dirigent (voir l' « histoire » des révolutions française et allemande), le prolétariat ne peut exercer l'hégémonie

dans la révolution russe dont la direction doit être laissée à la bourgeoisie russe (à celle-là même qui trahit la

révolution) ; la paysannerie, elle aussi, doit être livrée en tutelle à la bourgeoisie; quant au prolétariat, il doit

rester à l'état d'opposition d'extrême-gauche. Et ces plates rengaines de libéraux chétifs, les menchéviks les

présentaient comme le dernier mot du marxisme « authentique » !

Le plus grand mérite de Lénine devant la révolution russe, c'est d'avoir révélé jusqu'à la racine l'inanité des

parallèles historiques chers aux menchéviks et tout le danger que présentait leur « schéma de la révolution », qui

livrait la cause ouvrière en pâture à la bourgeoisie. Dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et de la

paysannerie, au lieu de la dictature de la bourgeoisie, boycottage de la Douma de Boulyguine3 et insurrection

armée au lieu de la participation à la Douma et d'un travail organique dans son sein ; idée d'un « bloc de gauche

» lorsque la Douma s'est malgré tout réunie, et utilisation de la tribune de la Douma pour la lutte en dehors de

celle-ci, au lieu d'un ministère cadet et d'un « ménagement » réactionnaire de la Douma ; lutte contre le parti

cadet4 comme force de contre-révolution, au lieu d'un bloc avec lui : tel est le plan tactique développé par Lénine

dans ses célèbres brochures — Deux tactiques, la Victoire des cadets. Le mérite de ce plan est que, formulant

avec netteté et résolution les revendications de classe du prolétariat, à l'époque de la révolution démocratique

bourgeoise en Russie, il facilitait le passage à la révolution socialiste et portait en germe l'idée de dictature du

prolétariat. Dans leur lutte pour ce plan tactique, la majorité des militants russes suivit Lénine résolument et sans

retour. Le triomphe de ce plan permit de jeter les bases de la tactique révolutionnaire, grâce à laquelle notre Parti

ébranle aujourd'hui les fondements de l'impérialisme mondial.

Le développement ultérieur des événements, les quatre années de guerre impérialiste et les perturbations de toute

l'économie nationale, la révolution de Février et la fameuse dualité du pouvoir — le Gouvernement provisoire,

foyer de la contre-révolution bourgeoise, et le Soviet de Pétersbourg, forme de la dictature naissante du

prolétariat —, la Révolution d'Octobre et la dissolution de la Constituante, l'abolition du parlementarisme

bourgeois et la proclamation de la République des Soviets, la transformation de la guerre impérialiste en guerre

civile et l'intervention de l'impérialisme mondial de concert avec les pseudo-marxistes contre la révolution

prolétarienne, enfin la situation pitoyable des menchéviks, cramponnés à la Constituante, jetés par-dessus bord

par le prolétariat et poussés par la vague de la révolution vers le rivage du capitalisme : tout cela n'a fait que

confirmer la justesse des principes de la tactique révolutionnaire formulée par Lénine dans les Deux tactiques.

Un parti disposant d'un pareil héritage pouvait naviguer hardiment sans craindre les écueils. A notre époque de

révolution prolétarienne, où chaque mot d'ordre du Parti et chaque phrase du chef sont vérifiés dans les faits, le

prolétariat exige de ses chefs des qualités particulières. L'histoire connaît des chefs prolétariens, des chefs des

temps d'orage, des chefs-praticiens, pleins d'abnégation et d'audace, mais faibles en théorie. Les masses

n'oublient pas de sitôt les noms de ces chefs. Tels, par exemple, Lassalle en Allemagne, Blanqui en France. Mais

le mouvement dans son ensemble ne peut vivre uniquement de souvenirs : il lui faut un objectif clair (un

programme), une ligne ferme (une tactique).

Il est aussi des chefs d'un autre genre, des chefs du temps de paix, forts en théorie, mais faibles en matière

d'organisation et de travail pratique. Ces chefs ne sont populaires que parmi les couches supérieures du

prolétariat, et cela jusqu'à un certain moment. Avec l'avènement d'une époque révolutionnaire, où l'on demande

aux chefs des mots d'ordre révolutionnaires pratiques, les théoriciens, faisant place à des hommes nouveaux,

quittent la scène. Tels, par exemple, Plékhanov en Russie, Kautsky en Allemagne. Pour se maintenir au poste de

chef de la révolution prolétarienne et du Parti du prolétariat, il faut allier en soi la force de la théorie et

l'expérience pratique de l'organisation du mouvement prolétarien. P. Axelrod, du temps qu'il était marxiste,

écrivait que Lénine « réunissait en lui de façon heureuse l'expérience d'un bon praticien, l'instruction théorique et

un vaste horizon politique » (voir la préface de P. Axelrod à la brochure de Lénine : Les tâches des socialdémocrates

russes) Il n'est pas difficile de deviner ce que dirait aujourd'hui de Lénine monsieur Axelrod,

l'idéologue du capitalisme « civilisé » Mais pour nous qui connaissons Lénine de près et pouvons voir les choses

avec objectivité, il est certain que Lénine n'a rien perdu de cette vieille qualité. C'est là du reste qu'il faut

chercher l'explication du fait que Lénine, et pas un autre, est aujourd'hui le chef du parti prolétarien le plus

puissant et le mieux aguerri du monde.

Publié dans la Pravda n° 86, 23 avril 1920.

Lénine vu par Staline, 1946, pp. 5-16.

15

LÉNINE VU PAR STALINE

DISCOURS PRONONCÉ A LA SOIRÉE ORGANISÉE PAR LES ÉLÈVES DE L'ÉCOLE MILITAIRE DU

KREMLIN, LE 28 JANVIER 1924

Camarades, on m'a dit que vous organisiez ici une soirée consacrée à la mémoire de Lénine, et que j'étais un des

rapporteurs invités à cette soirée. Point n'est besoin, j'estime, de vous présenter un rapport suivi sur l'activité de

Lénine. Je pense qu'il vaudrait mieux me borner à vous communiquer une série de faits destinés à faire ressortir

certains traits particuliers à Lénine, comme homme et militant. Il n'y aura peut-être pas de liaison interne entre

ces faits, mais cela ne peut avoir une importance décisive pour qui voudra se faire de Lénine une idée

d'ensemble. En tout cas, il ne m'est pas possible, pour l'instant, de vous en dire plus long que ce que je viens de

promettre.

L'AIGLE DESMONTAGNES

Je fis la connaissance de Lénine en 1903. Ce fut, il est vrai, sans le voir, par correspondance. Mais j'en gardai

une impression ineffaçable, qui ne m'a jamais quitté pendant toute la durée de mon travail dans le Parti. J'étais

alors en exil, en Sibérie. L'activité révolutionnaire de Lénine à la fin des années 90 et notamment après 1901,

après la parution de l'Iskra5 m'avait amené à cette conviction que nous avions en Lénine un homme

extraordinaire. Il n'était point alors, à mes yeux, un simple dirigeant du Parti ; il en était le véritable créateur qui,

seul, comprenait la nature intime et les besoins pressants de notre Parti. Lorsque je le comparais aux autres

dirigeants de notre Parti, il me semblait toujours que les compagnons de lutte de Lénine — Plékhanov, Martov,

Axelrod et les autres — étaient moins grands que lui d'une tête ; que Lénine, comparé à eux, n'était pas

simplement un des dirigeants, mais un dirigeant de type supérieur, un aigle des montagnes, sans peur dans la

lutte et menant hardiment le Parti en avant, dans les chemins inexplorés du mouvement révolutionnaire russe.

Cette impression s'était si profondément ancrée dans mon âme que j'éprouvai le besoin d'écrire à ce sujet à un

proche ami, alors dans l'émigration, pour lui demander son opinion. A quelque temps de là, déjà déporté en

Sibérie, — c'était à la fin de 1903, — je reçus de mon ami une réponse enthousiaste, ainsi qu'une lettre simple

mais riche de contenu, de Lénine, auquel mon ami, comme je le sus plus tard, avait montré ma lettre. La lettre de

Lénine était relativement courte, mais elle contenait une critique hardie, intrépide de l'activité pratique de notre

Parti, ainsi qu'un exposé remarquablement clair et concis du plan de travail du Parti pour la période à venir.

Lénine seul savait traiter des choses les plus embrouillées avec tant de simplicité et de clarté, de concision et de

hardiesse, quand chaque phrase ne parle pas, mais fait feu. Cette petite lettre simple et hardie affermit ma foi en

ce sens que notre Parti possédait en Lénine un aigle des montagnes. Je ne puis me pardonner d'avoir brûlé cette

lettre de Lénine, ainsi que beaucoup d'autres, par habitude de vieux militant clandestin.

C'est de ce moment que datent mes relations avec Lénine.

LA MODESTIE

Je rencontrai pour la première fois Lénine en décembre 1905, à la conférence bolchevique de Tammerfors

(Finlande). Je m'attendais à voir l'aigle des montagnes de notre Parti, le grand homme, grand non seulement au

point de vue politique, mais aussi, si vous voulez, au point de vue physique ; car dans mon imagination Lénine

m'apparaissait comme un géant à belle stature, l'air imposant. Quelle ne fut pas ma déception quand j'aperçus un

homme des plus ordinaires, d'une taille au-dessous de la moyenne, ne différant en rien, mais absolument en rien,

d'un simple mortel...

L'usage veut qu'un « grand homme » arrive habituellement en retard aux réunions, afin que les membres de

l'assemblée attendent sa venue, le souffle en suspens. Et puis les assistants avertissent de l'arrivée d'un grand

homme par des « chut... silence ... le voilà ! » Ce cérémonial ne me semblait pas superflu, car il en imposait, il

inspirait le respect. Quelle ne fut pas ma déception quand j'appris que Lénine s'était présenté à la réunion avant

les délégués et que, dans un angle de la salle, il poursuivait le plus simplement du monde une conversation des

plus ordinaires avec les plus ordinaires délégués de la conférence. Je ne vous cacherai pas que cela me parut à

l'époque comme une certaine violation de certaines règles établies. Plus tard seulement je compris que cette

simplicité et cette modestie de Lénine, ce désir de passer inaperçu ou tout au moins de ne pas se faire trop

remarquer, de ne pas se prévaloir de sa haute position — que ce trait constitua un des côtés les plus forts de

Lénine, nouveau chef des nouvelles masses, — masses simples et ordinaires qui forment les « basses couches »

les plus profondes de l'humanité.

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PUISSANCE DE LOGIQUE

Lénine prononça à cette conférence deux discours remarquables : sur la situation politique et sur la question

agraire. Malheureusement ils n'ont pas été retrouvés. Discours de haute inspiration qui déchaînèrent

l'enthousiasme de la conférence. Force de conviction extraordinaire, simplicité et clarté dans l'argumentation,

phrases brèves à portée de tout le monde, absence de pose, absence de gestes vertigineux et de phrases à effet

visant à faire impression : tout cela distinguait avantageusement les discours de Lénine de ceux des orateurs «

parlementaires » habituels. Mais ce qui me captiva alors, ce ne fut point ce côté de ses discours ; c'était la force

irrésistible de la logique de Lénine, logique un peu sèche, mais qui, en revanche, s'empare à fond de l'auditoire,

l'électrise peu à peu et puis ensuite le rend prisonnier, comme on dit, sans recours. Je me souviens que beaucoup

de délégués disaient alors : « La logique des discours de Lénine, c'est comme des tentacules tout-puissants qui

vous enserrent de tous côtés dans un étau dont il est impossible de briser l'étreinte : il faut ou se rendre ou se

résoudre à un échec complet. »

Cette particularité des discours de Lénine est, je pense, le côté le plus fort de son talent d'orateur.

SANS PLEURNICHERIE

Je rencontrai Lénine pour la deuxième fois en 1906, à Stockholm, au congrès de notre Parti. On sait qu'à ce

congrès les bolcheviks restèrent en minorité, qu'ils essuyèrent une délaite. Je voyais pour la première fois Lénine

dans le rôle de vaincu. Il ne ressemblait pas le moins du monde à ces chefs qui, après une défaite, se lamentent et

se découragent. Au contraire, la défaite avait galvanisé en Lénine toutes ses énergies, qui incitaient ses partisans

à de nouvelles batailles en vue de la victoire future J'ai dit : défaite de Lénine. Mais qu'était-ce que cette défaite ?

Il fallait voir les adversaires de Lénine, les vainqueurs du congrès de Stockholm — Plékhanov, Axelrod, Martov

et les autres : ils ressemblaient bien peu à des vainqueurs véritables, — Lénine, par sa critique implacable du

menchévisme, les ayant comme on dit, démolis à fond Je me souviens que nous, délégués bolcheviks, massés en

tas, nous regardions Lénine, lui demandant conseil. Dans les propos de certains délégués perçaient la lassitude,

l'accablement. Il me souvient que Lénine, en réponse à ces propos, murmura entre les dents, d'un ton âpre : « Ne

pleurnichez pas, camarades, nous vaincrons à coup sûr parce que nous avons raison. » La haine des intellectuels

pleurnichards, la foi en nos forces, la foi en la victoire, voilà ce dont nous parlait alors Lénine. On sentait bien

que la défaite des bolcheviks était momentanée, qu'ils allaient vaincre prochainement.

« Ne pas pleurnicher à l'occasion d'une défaite », voilà le trait particulier de l'activité de Lénine, qui lui a permis

de rassembler autour de lui une armée entièrement dévouée et confiante en ses forces.

SANS PRÉSOMPTION

Au Congrès suivant, en 1907, à Londres, ce furent les bolcheviks qui remportèrent la victoire. Je voyais Lénine

pour la première fois dans le rôle de vainqueur. D'ordinaire, la victoire grise certains chefs, les rend hautains et

présomptueux. Dès lors on commence le plus souvent à chanter victoire, on s'endort sur ses lauriers. Mais Lénine

ne ressemblait pas le moins du monde à ces chefs. Au contraire, c'est après la victoire qu'il se montrait vigilant,

l'esprit en éveil. Je me souviens que Lénine répétait avec insistance aux délégués : « Premièrement, ne pas se

laisser griser par la victoire, ni en tirer vanité ; deuxièmement, consolider sa victoire ; troisièmement, achever

l'ennemi, car il n'est que battu et il s'en faut qu'il soit achevé. » Il raillait âprement les délégués qui affirmaient à

la légère que « désormais c'en était fait des menchéviks ». Il ne lui fut pas difficile de démontrer que les

menchéviks avaient encore des racines dans le mouvement ouvrier, qu'il fallait savoir les combattre en évitant

avec soin de surestimer ses propres forces et, surtout, de sous-estimer les forces adverses.

« Ne pas tirer vanité de sa victoire », voilà le trait de caractère de Lénine qui lui a permis d'évaluer avec lucidité

les forces de l'ennemi et de mettre le Parti à l'abri des surprises éventuelles.

L'ATTACHEMENT AUX PRINCIPES

Les chefs d'un parti ne peuvent pas ne pas faire cas de l’opinion de la majorité de leur parti. La majorité est une

force avec laquelle un chef est tenu de compter. Cela Lénine le comprenait aussi bien que tout autre dirigeant du

Parti. Mais Lénine ne fut jamais prisonnier de la majorité, surtout quand cette majorité manquait de base

doctrinale. L'histoire de notre Parti a connu des moments où l'opinion de la majorité ou bien les intérêts

momentanés du Parti entraient en conflit avec les intérêts fondamentaux du prolétariat. En pareil cas Lénine,

17

sans hésiter, se mettait résolument du côté des principes contre la majorité du Parti. Bien plus, il ne craignait

point alors de s'élever littéralement seul contre tous, estimant, comme il le disait souvent, qu'« une politique

fidèle aux principes est la seule juste ».

Les deux faits suivants sont particulièrement caractéristiques à cet égard.

Premier fait. Période de 1909 à 1911, où le Parti, écrasé par la contre-révolution, était en pleine décomposition.

Période où l'on avait perdu la foi dans le Parti ; où non seulement les intellectuels, mais aussi, dans une certaine

mesure, les ouvriers abandonnaient en masse le Parti ; période de désaveu de l'action clandestine ; période de

liquidation et de débâcle. Non seulement les menchéviks, mais aussi les bolcheviks représentaient alors une série

de fractions et de courants détachés, pour la plupart, du mouvement ouvrier. C'est précisément en cette période,

on le sait, que naquit l'idée de liquider entièrement l'action clandestine du Parti et d'organiser les ouvriers au sein

d'un parti légal, libéral, stolypinien6. Lénine fut seul, à l'époque, à ne pas se laisser gagner par la contagion

générale et à tenir haut le drapeau du Parti ; c'est avec une patience étonnante, avec une obstination inouïe qu'il

rassemblait les forces dispersées et écrasées du Parti ; il luttait contre toutes les tendances hostiles au Parti qui se

faisaient jour dans le mouvement ouvrier ; il défendait les principes du Parti avec un courage sans analogue et

une persévérance sans précédent. On sait que plus tard Lénine est sorti vainqueur de cette lutte pour le maintien

du Parti.

Deuxième fait. Période de 1914 à 1917, où la guerre impérialiste battait son plein, où tous les partis socialdémocrates

ou socialistes, ou presque, emportés par le délire patriotique général, s'étaient mis au service de

l'impérialisme de leur pays. Période où la IIe Internationale mettait pavillon bas devant le Capital ; où même des

hommes comme Plékhanov, Kautsky, Guesde et d'autres encore ne purent résister à la vague de chauvinisme.

Lénine fut seul ou presque seul à engager résolument la lutte contre le social-chauvinisme et le social-pacifisme,

à dénoncer la trahison des Guesde et des Kautsky et à stigmatiser l'esprit d'indécision des « révolutionnaires »

nageant entre deux eaux. Lénine comprenait qu'il n'avait derrière lui qu'une infime minorité, mais pour lui cela

n'avait pas une importance décisive ; il savait que la seule politique juste ayant pour elle l'avenir, c'est la

politique de l'internationalisme conséquent ; il savait qu'une politique fidèle aux principes est la seule juste.

On sait que Lénine est sorti également vainqueur de cette lutte pour une nouvelle Internationale. « La politique

fidèle aux principes est la seule juste », c'est à l'aide de cette formule que Lénine a pris d'assaut de nouvelles

positions « imprenables », et gagné au marxisme révolutionnaire les meilleurs éléments du prolétariat.

LA FOI DANS LESMASSES

Les théoriciens et les chefs de parti, qui savent l'histoire des peuples, qui ont étudié d'un bout à l'autre l'histoire

des révolutions, sont parfois affligés d'une maladie inconvenante. Cette maladie s'appelle la peur des masses, le

manque de foi dans leurs facultés créatrices. Elle engendre parfois chez les chefs un certain aristocratisme à

l'égard des masses peu initiées à l'histoire des révolutions, mais appelées à démolir ce qui est vieux et à bâtir du

neuf. La peur que les éléments ne se déchaînent, que les masses ne « démolissent beaucoup trop », le désir de

jouer le rôle de gouvernante qui prétend instruire les masses par les livres, sans vouloir s'instruire elle-même

auprès de ces masses : telle est la source de cette espèce d'aristocratisme.

Lénine était tout l'opposé de ces chefs. Je ne connais pas d'autre révolutionnaire qui ait, comme Lénine, possédé

une foi aussi profonde dans les forces créatrices du prolétariat et en la justesse révolutionnaire de son instinct de

classe. Je ne connais pas d'autre révolutionnaire qui ait su, comme Lénine, flageller aussi impitoyablement les

infatués critiques du « chaos de la révolution » et de la « bacchanale de l'action spontanée des masses ». Je me

souviens qu'au cours d'un entretien, en réponse à la remarque d'un camarade que, « après la révolution, doit

s'établir un ordre de choses normal » Lénine répliqua, sarcastique : « Il est malheureux que des hommes désireux

d'être des révolutionnaires oublient que l'ordre de choses le plus normal dans l'histoire est celui de la révolution.

»

De là ce dédain de Lénine pour tous ceux qui voulaient regarder de haut les masses et les instruire par les livres.

De là l'effort constant de Lénine, disant qu'il fallait s'instruire auprès des masses, saisir leur action, étudier à fond

l'expérience pratique de la lutte des masses. La foi dans les forces créatrices des masses est ce trait particulier de

l'activité de Lénine, qui lui a permis de saisir la signification du mouvement spontané des masses et de l'orienter

dans la voie de la révolution prolétarienne.

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LE GÉNIE DE LA RÉVOLUTION

Lénine était né pour la révolution. Il fut véritablement le génie des explosions révolutionnaires et le plus grand

maître dans l'art de diriger la révolution. Jamais il ne se sentait si à son aise, si joyeux qu'aux époques de

secousses révolutionnaires. Je ne veux point dire par là que Lénine approuvât indifféremment toute secousse

révolutionnaire, ni qu'il fût toujours et en toute circonstance partisan des explosions révolutionnaires. Pas du

tout. Je veux dire simplement que la clairvoyance géniale de Lénine ne s'est jamais manifestée avec autant de

plénitude et de netteté que pendant les explosions révolutionnaires. Aux tournants révolutionnaires, il

s'épanouissait littéralement, il acquérait le don de double vue, il devinait le mouvement des classes et les zigzags

probables de la révolution, comme s'il les lisait dans le creux de la main. Ce n'est pas sans raison que l'on disait

dans notre Parti : « Ilitch sait nager dans les vagues de la révolution comme un poisson dans l'eau. » D'où la

clarté « surprenante » des mots d'ordre tactiques de Lénine et l'audace « vertigineuse » de ses plans

révolutionnaires.

Il me revient en mémoire deux faits éminemment caractéristiques et qui soulignent ce trait particulier de Lénine.

Premier fait. C'était à la veille de la Révolution d'Octobre, alors que des millions d'ouvriers, de paysans et de

soldats, talonnés par la crise à l'arrière et au front, réclamaient la paix et la liberté ; que les généraux et la

bourgeoisie préparaient la dictature militaire, en vue de mener la « guerre jusqu'au bout » ; que la prétendue «

opinion publique », tous les prétendus « partis socialistes » étaient hostiles aux bolcheviks et les traitaient d'«

espions allemands » ; que Kérenski tentait de rejeter le Parti bolchevik dans l'illégalité et y avait partiellement

réussi ; que les armées encore puissantes et disciplinées de la coalition austro-allemande se dressaient face à nos

armées fatiguées et en décomposition, et que les « socialistes » de l'Europe occidentale faisaient tranquillement

bloc avec leurs gouvernements, en vue de mener « la guerre jusqu'à la victoire complète »... Que signifiait

déclencher une insurrection en un pareil moment ? Déclencher une insurrection dans de telles conditions c'était

jouer son va-tout. Cependant Lénine ne craignait pas de courir ce risque ; il savait, il voyait d'un oeil lucide que

l'insurrection était inévitable ; que l'insurrection triompherait ; que l'insurrection en Russie préparerait la fin de la

guerre impérialiste ; que l'insurrection en Russie mettrait en branle les masses épuisées des pays d'Occident ; que

l'insurrection en Russie transformerait la guerre impérialiste en guerre civile ; que de cette insurrection naîtrait la

République des Soviets ; que la République des Soviets servirait de rempart au mouvement révolutionnaire dans

le monde entier. On sait que cette prévision révolutionnaire de Lénine s'est accomplie avec une précision sans

exemple.

Deuxième fait. C'était aux premiers jours qui suivirent la Révolution d'Octobre, quand le Conseil des

commissaires du peuple voulut contraindre le général rebelle Doukhonine, commandant en chef des armées

russes, à faire cesser les opérations militaires et entamer des pourparlers d'armistice avec les Allemands. Je me

souviens que Lénine, Krylenko (le futur commandant en chef) et moi, nous nous rendîmes au Quartier général de

Pétrograd pour nous entretenir par fil direct avec Doukhonine. Moment terrible. Doukhonine et le G.Q.G.

refusèrent net d'exécuter l'ordre du Conseil des commissaires du peuple. Le personnel de commandement de

l'armée se trouvait entièrement aux mains du G.Q.G. Quant aux soldats, on ignorait ce que dirait cette armée de

douze millions d'hommes, soumise à ce qu'on appelait les organisations d'armée, hostiles au pouvoir des Soviets.

On sait qu'une rébellion des élèves-officiers couvait à Pétrograd. En outre, Kérenski marchait sur la capitale. Il

me souvient qu'après un court silence devant l'appareil, le visage de Lénine s'éclaira d'une flamme intérieure.

Visiblement Lénine avait pris une décision. « Allons à la T.S.F., dit-il, elle nous rendra service : nous

destituerons par un ordre spécial le général Doukhonine, à sa place nous nommerons Krylenko commandant en

chef, et nous adresserons aux soldats, par-dessus la tête de leurs chefs, cet appel : isoler les généraux, cesser les

opérations militaires, nouer contact avec les soldats austro-allemands et prendre en main propre la cause de la

paix. » C'était faire un « saut dans l'inconnu ». Mais Lénine ne craignit pas de l'effectuer. Au contraire, il alla audevant

de lui, sachant que l'armée voulait la paix et qu'elle la conquerrait en balayant sur sa route tous les

obstacles ; il savait que ce moyen d'affirmer la paix ne manquerait pas d'influer sur les soldats austro-allemands

et donnerait libre cours à la volonté de paix sur tous les fronts sans exception. On sait que cette prévision

révolutionnaire de Lénine devait également s'accomplir en tous points.

Une clairvoyance géniale, la faculté de saisir et de deviner rapidement le sens intime des événements en marche :

tel est le trait de Lénine qui lui a permis d'élaborer une stratégie juste et une claire ligne de conduite, aux

tournants du mouvement révolutionnaire.

Publié dans la Pravda, n° 34, 12 février 1924.

Lénine vu par Staline, 1946, pp. 35-48.

19

EXTRAIT DE L'ENTRETIEN AVEC LA PREMIÈRE DÉLÉGATION DES

OUVRIERS AMÉRICAINS

LE 9 SEPTEMBRE 1927

Première question. Quels principes nouveaux ont été pratiquement ajoutés au marxisme par Lénine et le

Parti communiste ? Serait-il juste de dire que Lénine croyait en la « révolution créatrice », alors que Marx était

plutôt enclin à attendre que le développement des forces économiques eût atteint son point culminant ?

Réponse. — Je pense que Lénine n'a « ajouté » au marxisme aucun « principe nouveau », pas plus qu'il n'a

retranché aucun des « vieux » principes du marxisme. Lénine a été et reste le disciple le plus fidèle et le plus

conséquent de Marx et d'Engels ; il s'inspire entièrement et sans réserve des principes du marxisme. Mais Lénine

ne fut pas seulement le réalisateur de la doctrine de Marx et d'Engels. Il en fut aussi le continuateur. Qu'est-ce à

dire ? Cela veut dire qu'il a développé plus avant la doctrine de Marx et d'Engels en tenant compte des nouvelles

conditions du développement social, de la nouvelle phase du capitalisme, en tenant compte de l'impérialisme.

Cela veut dire qu'en développant plus avant la doctrine de Marx dans les nouvelles conditions de la lutte de

classes, Lénine a versé au trésor commun du marxisme un élément nouveau, en comparaison de ce qui a été

donné par Marx et Engels, de ce qui pouvait être donné dans la période du capitalisme pré-impérialiste, et cet

élément nouveau, versé par Lénine au trésor du marxisme, repose tout entier sur les principes établis par Marx et

Engels. C'est en ce sens précisément que l'on dit chez nous que le léninisme est le marxisme de l'époque de

l'impérialisme et des révolutions prolétariennes. Voici quelques problèmes pour lesquels Lénine a apporté du

nouveau, en développant plus avant la doctrine de Marx.

Premièrement, le problème du capitalisme de monopole, de l'impérialisme, nouvelle phase du capitalisme. Dans

Le Capital, Marx et Engels ont fourni une analyse des bases du capitalisme. Mais Marx et Engels ont vécu à

l'époque de la domination du capitalisme pré-monopoliste, à l'époque de l'évolution continue du capitalisme et de

son extension « pacifique » sur tout le globe. Cette vieille phase s'est terminée à la fin du XIXe et au

commencement du XXe siècle, alors que Marx et Engels n'étaient plus en vie. On conçoit que Marx et Engels

n'aient pu que conjecturer les nouvelles conditions de développement du capitalisme, conditions dont

l'avènement se rattache à la nouvelle phase du capitalisme — venue en remplacement de la phase ancienne — à

la phase impérialiste, monopoliste de son développement, où l'évolution continue du capitalisme a fait place à un

développement du capitalisme par bonds, à un développement catastrophique ; où l'inégalité du développement

et les contradictions du capitalisme se sont manifestées avec force ; où la lutte pour les débouchés et les marchés

d'exportation des capitaux, étant donné le développement extrêmement inégal, a rendu inévitables les guerres

impérialistes périodiques visant aux repartages périodiques du monde et des zones d'influence. Ici, ce qui fait le

mérite de Lénine et, par conséquent, ce qu'il y a de nouveau chez lui, c'est que, partant des principes

fondamentaux du Capital, il a donné de l'impérialisme, dernière phase du capitalisme, une analyse marxiste

serrée ; il a dévoilé ses plaies et les conditions de sa perte certaine. C'est en partant de cette analyse que Lénine a

établi sa thèse bien connue selon laquelle, dans les conditions de l'impérialisme, la victoire du socialisme est

possible dans tels ou tels pays capitalistes pris isolément.

Deuxièmement, le problème de la dictature du prolétariat. L'idée maîtresse de la dictature du prolétariat,

domination politique du prolétariat et moyen de renverser le pouvoir du capital par la violence, vient de Marx et

d'Engels. Le nouveau chez Lénine, dans ce domaine, c'est que : a) il a découvert le pouvoir des Soviets comme

forme d'Etat de la dictature du prolétariat, en utilisant à cet effet l'expérience de la Commune de Paris7 et de la

Révolution russe ; b) il a supprimé les parenthèses dans la formule de la dictature du prolétariat relativement au

problème des alliés du prolétariat, en définissant la dictature du prolétariat comme forme particulière de l'alliance

de classe du prolétariat, qui est le dirigeant, avec les masses exploitées des classes non prolétariennes (de la

paysannerie, etc.), qui sont dirigées ; c) il a souligné avec force que, dans la société divisée en classes, la

dictature du prolétariat est le type suprême de la démocratie, une forme de la démocratie prolétarienne traduisant

les intérêts de la majorité (les exploités), à l'opposé de la démocratie capitaliste traduisant les intérêts de la

minorité (les exploiteurs).

Troisièmement, le problème des formes et procédés de construction victorieuse du socialisme en période de

dictature du prolétariat, en période de transition du capitalisme au socialisme, dans un pays entouré d'Etats

capitalistes Marx et Engels regardaient la période de dictature du prolétariat comme une période plus ou moins

longue, pleine de collisions révolutionnaires et de guerres civiles, période pendant laquelle le prolétariat au

pouvoir prend des mesures d'ordre économique, politique, culturel et d'organisation, nécessaires pour créer à la

place de la vieille société capitaliste une société nouvelle, socialiste, une société sans classes, une société sans

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Etat. Lénine s'est placé sans réserve sur le terrain de ces principes fondamentaux de Marx et d'Engels. Le

nouveau chez Lénine, dans ce domaine, c'est que : a) il a démontré la possibilité de construire la société

socialiste intégrale dans un pays de dictature du prolétariat, entouré d'Etats impérialistes, à la condition que ce

pays ne serait pas étranglé par une intervention militaire des Etats capitalistes qui l'environnent ; b) il a tracé les

voies concrètes d'une politique économique (« nouvelle politique économique »), à l'aide desquelles le prolétariat

détenant les postes de commandement économiques (industrie, terre, transports, banques, etc.), allie l'industrie

socialisée à l'agriculture (« alliance de l'industrie et de l'économie paysanne»), et mène ainsi toute l'économie

nationale vers le socialisme ; c) il a indiqué les moyens concrets d'amener et d'attirer graduellement les masses

paysannes essentielles dans la voie de la construction socialiste par la coopération, qui constitue entre les mains

du prolétariat exerçant la dictature, le moyen le plus efficace pour transformer la petite économie paysanne et

rééduquer les masses paysannes essentielles dans l'esprit du socialisme.

Quatrièmement, le problème de l'hégémonie du prolétariat dans la révolution, dans toute révolution populaire,

aussi bien dans la révolution dirigée contre le tsarisme que dans celle dirigée contre le capitalisme. Marx et

Engels ont ébauché dans ses grandes lignes l'idée de l'hégémonie du prolétariat. Le nouveau chez Lénine, ici,

c'est qu'il a développé plus avant et amplifié cette ébauche jusqu'à en faire un système harmonieux de

l'hégémonie du prolétariat, un système harmonieux de la direction des masses laborieuses de la ville et des

campagnes assurée par le prolétariat, non seulement pour le renversement du tsarisme et du capitalisme mais

aussi pour la construction socialiste sous la dictature du prolétariat. On sait que l'idée d'hégémonie du prolétariat,

grâce à Lénine et à son Parti, a été magistralement appliquée en Russie. C'est ce qui explique entre autres, que la

révolution en Russie a porté le prolétariat au pouvoir. Autrefois, il en allait généralement ainsi : les ouvriers se

battaient sur les barricades pendant la révolution, ils versaient leur sang, ils jetaient bas l'ancien ordre de choses ;

mais le pouvoir tombait entre les mains des bourgeois qui, ensuite, opprimaient et exploitaient les ouvriers. Il en

fut ainsi en Angleterre et en France. Il en fut ainsi en Allemagne. En Russie les choses ont tourné autrement. Les

ouvriers de chez nous n'étaient pas simplement une force de choc de la révolution. Tout en étant cette force de

choc de la révolution, le prolétariat russe s'est appliqué à exercer l'hégémonie, la direction politique de toutes les

masses exploitées de la ville et des campagnes, en les groupant autour de lui, en les arrachant à la bourgeoisie, en

isolant celle-ci politiquement. D'autre part, le prolétariat russe, guide des masses exploitées, combattit sans cesse

pour s'emparer du pouvoir et l'utiliser dans son propre intérêt contre la bourgeoisie, contre le capitalisme. C'est

proprement ce qui explique que chaque action vigoureuse de la révolution en Russie, tant en octobre 1905 qu'en

février 1917, faisait entrer en scène les Soviets des députés ouvriers, germes d'un nouvel appareil du pouvoir,

appelé à réprimer la bourgeoisie, à l'opposé du Parlement bourgeois, vieil appareil du pouvoir, appelé à réprimer

le prolétariat. La bourgeoisie chez nous a tenté par deux fois de rétablir !e Parlement bourgeois et d'en finir avec

les Soviets : en août 1917, à l'époque du « Pré-parlement », avant, la prise du pouvoir par les bolchéviks, et en

janvier 1918, lors de l'« Assemblée constituante », après la prise du pouvoir par le prolétariat ; mais à chaque fois

elle a essuyé une défaite. Pourquoi ? Parce que !a bourgeoisie était déjà isolée politiquement ; les millions de

travailleurs tenaient le prolétariat pour le chef unique de la révolution ; quant aux Soviets, ils avaient déjà été

vérifiés et éprouvés par les masses, comme leur propre pouvoir ouvrier, et troquer ce pouvoir contre le Parlement

bourgeois eût été un suicide pour le prolétariat. Il n'est donc pas étonnant que le parlementarisme bourgeois ne se

soit pas acclimaté chez nous. Voilà pourquoi la révolution en Russie a porté le prolétariat au pouvoir. Tels sont

les résultats qu'a donnés l'application du système léniniste de l'hégémonie du prolétariat dans la révolution.

Cinquièmement, le problème national et colonial, Marx et Engels, analysant à l'époque les événements en

Irlande, aux Indes, en Chine, dans les pays d'Europe centrale, en Pologne, en Hongrie, ont fourni les idées

maîtresses marquant le point de départ dans la question nationale et coloniale. C'est de ces idées-là que Lénine

s'est inspiré dans ses oeuvres. Le nouveau chez Lénine, dans ce domaine, c'est que : a) il a réuni ces idées en un

tout, en un système harmonieux de conceptions sur les révolutions nationales et coloniales à l'époque de

l'impérialisme ; b) il a rattaché la question nationale et coloniale au problème du renversement de l'impérialisme

; c) il a proclamé la question nationale et coloniale partie intégrante du problème général de la révolution

prolétarienne internationale.

Enfin, le problème du Parti du prolétariat. Marx et Engels ont tracé les grandes lignes de leur conception du

Parti, détachement d'avant-garde du prolétariat sans lequel (sans le Parti) le prolétariat ne peut conquérir son

émancipation, ni dans le sens de la prise du pouvoir, ni dans celui de la transformation de la société capitaliste.

Le nouveau chez Lénine, dans ce domaine, c'est qu'il a développé plus avant cette esquisse en tenant compte des

nouvelles conditions de lutte du prolétariat en période d'impérialisme ; il a montré que : a) le Parti est la forme

supérieure de l'organisation de classe du prolétariat, en comparaison des autres formes d'organisation du

prolétariat (syndicats, coopératives, organisation de l'Etat), dont il est appelé à coordonner et à diriger l'activité ;

b) la dictature du prolétariat ne peut être réalisée que par le Parti qui en est la force directrice ; c) la dictature du

prolétariat ne peut être complète que si elle est dirigée par un seul parti, le Parti communiste, lequel ne partage ni

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ne doit partager la direction avec d'autres partis ; d) sans une discipline de fer dans le Parti, ne peuvent être

accomplies les tâches de la dictature du prolétariat qui consistent à écraser les exploiteurs et à transformer la

société divisée en classes en société socialiste.

Voilà en ses grandes lignes ce que Lénine a apporté de nouveau dans ses oeuvres, où se trouve concrétisée et

développée plus avant la doctrine de Marx, en accord avec les nouvelles conditions de lutte du prolétariat dans la

période de l'impérialisme. C'est pour cela que l'on dit chez nous : le léninisme est le marxisme de l'époque de

l'impérialisme et des révolutions prolétariennes. Il suit de là que l'on ne saurait ni séparer le léninisme du

marxisme, ni à plus forte raison l'opposer au marxisme.

La question posée par la délégation porte ensuite : « Serait-il juste de dire que Lénine croyait en la « révolution

créatrice », alors que Marx était plutôt enclin à attendre que le développement des forces économiques eût atteint

son point culminant ? » Je pense que cette affirmation serait absolument fausse. Je pense que toute révolution

populaire, si elle est réellement populaire, est une révolution créatrice, puisqu'elle brise l'ancien ordre de choses

et en crée, en fonde un nouveau. Evidemment, il ne saurait y avoir rien de créateur dans les « révolutions », s'il

est permis de les appeler ainsi, qui se produisent parfois, disons, en Albanie, sous la forme de « soulèvements »

d'opérette, de tribu à tribu. Mais ces « soulèvements » d'opérette, les marxistes ne les ont jamais considérés

comme des révolutions. Il n'est évidemment pas question de « soulèvements » de ce genre, mais d'une révolution

populaire de masse, qui dresse les classes opprimées contre les classes d'oppresseurs. Or pareille révolution ne

peut pas ne pas être créatrice. Marx et Lénine étaient justement pour cette révolution, et seulement pour cette

révolution. Et l'on conçoit que pareille révolution ne puisse surgir dans des conditions quelconques, qu'elle ne

puisse se déclencher que dans des conditions favorables bien déterminées 'd'ordre économique et politique.

Douzième question. Pourriez-vous nous donner une brève caractéristique de la société future que le

communisme s'efforce de créer ?

Réponse. — La caractéristique générale de la société communiste est donnée dans les travaux de Marx, d'Engels

et de Lénine. Pour donner, en bref, l'anatomie de la société communiste, celle-ci sera une société: a) où il n'y

aura pas de propriété privée des instruments et moyens de production, qui seront propriété sociale, collective ; b)

où il n'y aura pas de classes ni de pouvoir d'Etat, mais où il y aura des travailleurs de l'industrie et de

l'agriculture, s'administrant économiquement eux-mêmes, comme association libre de travailleurs ; c) où

l'économie nationale organisée d'après un plan sera appuyée sur une technique supérieure, tant dans le domaine

de l'industrie que dans celui de l'agriculture ; d) où il n'y aura pas de contraste entre la ville et les campagnes,

entre l'industrie et l'agriculture ; e) où les produits seront répartis suivant le principe des vieux communistes

français : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » ; f) où la science et les arts bénéficieront

de conditions suffisamment favorables pour arriver à leur plein épanouissement ; g) où l'individu, libre du souci

du pain quotidien et de la nécessité de chercher à plaire aux « puissants de ce monde » deviendra réellement

libre. Et ainsi de suite. Il est clair que nous sommes encore loin de cette société.

En ce qui concerne les conditions internationales indispensables au triomphe complet de la société communiste,

elles se formeront et croîtront au fur et à mesure de la croissance des crises révolutionnaires et des explosions

révolutionnaires de la classe ouvrière dans les pays capitalistes. Il ne faut pas se représenter les choses de telle

sorte, que la classe ouvrière d'un ou plusieurs pays marchera vers le socialisme et, à plus forte raison, vers le

communisme, et que les capitalistes des autres pays la regarderont faire, en restant indifférents, les bras croisés.

Encore moins faut-il se représenter que la classe ouvrière des pays capitalistes acceptera d'assister en simple

spectateur au développement victorieux du socialisme dans tel ou tel pays. La vérité est que les capitalistes

feront tout ce qui dépend d'eux pour étrangler ces pays. La vérité est que chaque pas sérieux accompli vers le

socialisme, et à plus forte raison vers le communisme, dans tel ou tel pays, s'accompagnera nécessairement d'un

élan irrésistible de la classe ouvrière des pays capitalistes vers la conquête de la dictature et du socialisme dans

ces pays. Ainsi, au cours du développement ultérieur de la révolution internationale, il se formera deux centres à

l'échelle mondiale : un centre socialiste qui attirera à soi les pays tendant au socialisme, et un centre capitaliste

qui attirera à soi les pays tendant au capitalisme. La lutte de ces deux centres pour la possession de l'économie

mondiale décidera du sort du capitalisme et du communisme dans le monde entier. Car la défaite définitive du

capitalisme mondial est la victoire du socialisme dans l'arène de l'économie mondiale.

Publié dans la Pravda, n° 210, 15 septembre 1927

22

DISCOURS PRONONCÉ DEVANT LES ÉLECTEURS DE LA CIRCONSCRIPTION

STALINE DE MOSCOU

LE 11 DÉCEMBRE 1937, AU GRAND THEATRE

Camarades, j'avoue que je n'avais pas l'intention de prendre la parole. Mais notre estimé Nikita Serguéïévitch m'a

pour ainsi dire amené de force à cette réunion : Fais un bon discours, m'a-t-il dit. Mais de quoi parler ? Un

discours, mais lequel ? Tout ce qu'il fallait dire à la veille des élections a déjà été dit et redit dans les discours de

nos camarades dirigeants Kalinine, Molotov, Vorochilov, Kaganovitch et beaucoup d'autres camarades

responsables. Que pourrait-on ajouter encore à ces discours ?

Certaines questions relatives à la campagne électorale nécessitent, dit-on, des éclaircissements. Quels

éclaircissements, sur quelles questions ? Tout ce qu'il fallait savoir a déjà été expliqué et ré-expliqué dans les

messages que l'on connaît du Parti bolchevik, des Jeunesses communistes, du Conseil central des syndicats de

l'U.R.S.S., de la Société d'encouragement à la défense aéro-chimique, du Comité d'éducation physique. Que

peut-on ajouter encore à ces explications ?

On pourrait sans doute faire un léger discours sur tout et sur rien. (Rires.) Cela amuserait peut-être le public. Il

paraît que les spécialistes des discours de ce genre existent non seulement là-bas, dans les pays capitalistes, mais

même chez nous, au pays des Soviets. (Rires, applaudissements.) Mais d'abord, je ne suis pas spécialiste de ce

genre de discours. Et puis, est-ce bien le moment de nous amuser maintenant que nous tous, bolcheviks, nous

avons de l'ouvrage « par-dessus la tête », comme on dit ? Ce n'est pas le moment, je pense.

Il est évident que dans ces conditions on ne fait pas un bon discours.

Mais, puisque je suis monté à la tribune, il faut bien au moins que je dise quelque chose. (Vifs

applaudissements.)

Tout d'abord je tiens à marquer ma reconnaissance (applaudissements) aux électeurs pour la confiance qu'ils

m'ont témoignée. (Applaudissements.)

Ma candidature a été présentée à la députation et la commission électorale de la circonscription Staline de la

capitale soviétique l'a enregistrée. C'est là, camarades, une preuve de grande confiance. Permettez-moi de vous

dire ma profonde reconnaissance de bolchevik pour la confiance que vous avez témoignée au Parti bolchevik,

dont je suis membre, et personnellement à moi, qui représente ce parti. (Vifs applaudissements.)

Je sais ce que confiance veut dire. Elle m'impose naturellement un supplément d'obligations et, par suite, un

supplément de responsabilité. Eh bien, soit, les bolcheviks n'ont pas coutume de se soustraire à la responsabilité.

Je l'accepte volontiers. (Rafale d'applaudissements.)

Pour ma part je tiens à vous assurer, camarades, que vous pouvez parfaitement vous en remettre au camarade

Staline. (Longue ovation enthousiaste. On crie : « Nous sommes tous avec le camarade Staline ! ») Vous pouvez

être certains que le camarade Staline saura remplir son devoir envers le peuple (applaudissements), envers la

classe ouvrière (applaudissements), envers la paysannerie (applaudissements), envers les intellectuels

(applaudissements).

Je tiens ensuite à vous féliciter, camarades, à l'occasion de la fête populaire qui vient, celle des élections au

Soviet suprême de l'U.R.S.S. (Vifs applaudissements.) Ce ne seront pas simplement des élections, camarades. Ce

sera véritablement une fête pour le peuple entier, — pour nos ouvriers, nos paysans, nos intellectuels. (Vifs

applaudissements.) Jamais le monde n'a connu d'élections aussi véritablement libres, aussi véritablement

démocratiques. — jamais ! Il n'est point d'exemple analogue dans l'histoire. (Applaudissements.) La question

n'est pas que nos élections seront générales, égales, secrètes et directes, encore que ce fait ait par lui-même une

grande importance. La question est que nos élections générales seront les plus libres et les plus démocratiques,

comparativement aux élections de tout autre pays du monde.

Les élections générales se font également dans un certain nombre de pays capitalistes, dits démocratiques. Mais

dans quelles conditions s'y font-elles ? Au milieu des collisions de classes, de l'hostilité des classes, cependant

23

que les capitalistes, les grands propriétaires fonciers, les banquiers et autres requins du capitalisme exercent une

pression sur les électeurs. De telles élections, fussent-elles générales, égales, secrètes et directes, on ne saurait les

dire parfaitement libres, parfaitement démocratiques.

Chez nous, dans notre pays, les élections se font au contraire dans des circonstances absolument différentes. Ici

point de capitalistes, point de grands propriétaires fonciers ; par conséquent, point de pression exercée par tes

classes possédantes sur les non-possédantes. Les élections se font chez nous dans une atmosphère de

collaboration entre ouvriers, paysans, intellectuels, dans une atmosphère de confiance réciproque, je dirais même

d'amitié réciproque, parce que nous n'avons pas de capitalistes, ni de grands propriétaires fonciers, ni

d'exploitation, et il n'est personne à proprement dire pour faire pression sur le peuple, pour fausser sa volonté.

Voilà pourquoi nos élections sont les seules au monde qui soient véritablement libres et véritablement

démocratiques. (Vifs applaudissements.)

De telles élections libres et véritablement démocratiques n'ont pu naître que du triomphe de l'ordre socialiste ;

que du socialisme qui, chez nous, n'est plus simplement en construction, mais est déjà entré dans les habitudes,

dans la vie quotidienne du peuple. Il y a quelque dix ans, on pouvait encore discuter sur la question de savoir si

l'on peut ou non édifier chez nous le socialisme. Maintenant cette question ne se discute plus. Maintenant, c'est

une question de faits, une question de la vie vivante, des us et coutumes qui pénètrent toute la vie du peuple. Nos

fabriques et nos usines marchent sans les capitalistes. La direction du travail est assurée par des hommes issus du

peuple. C'est ce que l'on appelle chez nous le socialisme en action. Nos champs sont cultivés par les travailleurs

de la terre, sans les grands propriétaires fonciers, sans les koulaks. La direction du travail est assurée par des

hommes issus du peuple. C'est ce que l'on appelle chez nous le socialisme dans la vie ; c'est ce que l'on appelle

chez nous la vie libre, socialiste.

Et c'est sur cette base justement que sont nées les nouvelles élections, véritablement libres et véritablement

démocratiques, sans précédent dans l'histoire de l'humanité.

Dès lors comment ne pas vous féliciter à l'occasion de la fête du peuple, à l'occasion des élections au Soviet

suprême de l'Union soviétique ! (Ovation enthousiaste de toute la salle.)

Je voudrais ensuite, camarades, vous donner un conseil, un conseil de candidat-député à ses électeurs. Si l'on

prend les pays capitalistes, on y voit s'exercer entre députés et électeurs des relations originales, je dirais mêmeassez

singulières. Tant que dure la campagne électorale, les députés flirtent avec les électeurs, sont aux petits

soins pour eux, leur jurent fidélité, leur prodiguent une foule de promesses. C'est à croire que les députés

dépendent entièrement des électeurs. Sitôt les élections terminées et les candidats devenus députés, les relations

changent du tout au tout. Au lieu de la dépendance des députés vis-à-vis des électeurs, c'est leur entière

indépendance. Pendant quatre ou cinq ans, c'est-à-dire jusqu'aux nouvelles élections, le député se sent

absolument libre et indépendant du peuple, de ses électeurs. Il peut passer d'un camp à l'autre, il peut dévier du

droit chemin dans le mauvais ; il peut même s'empêtrer dans des machinations pas tout à fait recommandables ;

il peut faire toutes les culbutes qu'il veut : il est indépendant.

Ces relations, peut-on les regarder comme normales ? Pas du tout, camarades. Tenant compte de ce fait, notre

Constitution a promulgué une loi conférant aux électeurs le droit de rappeler avant terme ceux de leurs députés

qui commencent à biaiser, à dévier de la bonne voie, à oublier leur dépendance vis-à-vis du peuple, vis-à-vis des

électeurs.

Loi remarquable que celle-là, camarades. Le député doit savoir qu'il est le serviteur du peuple, son délégué

envoyé au Soviet suprême, et il doit s'en tenir à la ligne qui lui a été tracée dans son mandat par le peuple. Si le

député a dévié de son chemin, ses mandants ont le droit de demander de nouvelles élections et de blackbouler le

député fourvoyé. (Rires, applaudissements.) Loi remarquable que celle-là. Mon conseil, conseil de candidatdéputé

à ses électeurs, est qu'ils n'oublient pas ce droit, le droit qu'ils ont de rappeler avant terme les députés, de

surveiller leurs députés, de les contrôler et, s'ils s'avisent de dévier de la bonne route, de les secouer de leurs

épaules, d'exiger de nouvelles élections. Le gouvernement a le devoir de fixer de nouvelles élections. Mon

conseil est de ne pas oublier cette loi et de s'en servir à l'occasion.

Enfin, encore un conseil de candidat-député à ses électeurs. Que faut-il en général exiger de ses députés, à ne

prendre parmi les exigences possibles que les exigences les plus élémentaires ? Les électeurs, le peuple, doivent

24

exiger de leurs députés qu'ils restent à la hauteur de leurs tâches ; que dans leur travail ils ne descendent pas au

niveau de petits bourgeois terre-à-terre ; qu'ils restent à leur poste d'hommes politiques de type léniniste ; qu'ils

soient des hommes politiques aussi lucides et aussi déterminés que l'était Lénine (applaudissements) ; qu'ils

soient aussi intrépides dans le combat, aussi implacables pour les ennemis du peuple que l'était Lénine

(applaudissements) ; qu'ils soient exempts de toute panique, de toute ombre de panique quand les choses

commencent à se compliquer et qu'un danger quelconque se dessine à l'horizon, qu'ils soient aussi exempts de

toute ombre de panique que l'était Lénine (applaudissements) ; qu'ils soient aussi sages et aussi étrangers à toute

précipitation que l'était Lénine, quand il s'agira de résoudre des problèmes complexes, à propos desquels il faut

savoir s'orienter largement et tenir largement compte de tous les inconvénients et de tous les avantages

(applaudissements) ; qu'ils soient aussi droits et aussi honnêtes que l'était Lénine (applaudissements) ; qu'ils

aiment leur peuple comme l'aimait Lénine (applaudissements).

Pouvons-nous affirmer que les candidats-députés soient tous précisément des hommes politiques de ce genre ? Je

ne le dirais pas. Il existe toute sorte de gens dans le monde, toute sorte d'hommes politiques. Il en est dont il est

impossible de dire ce qu'ils sont : bons ou mauvais, braves ou sans courage ; s'ils sont entièrement pour le peuple

ou s'ils sont pour les ennemis du peuple. Ils existent, ces gens-là, ces hommes politiques. On en trouve aussi chez

nous, parmi les bolcheviks. Vous le savez bien, camarades, le soleil même n'est pas sans tache. (Rires,

applaudissements.) A propos des gens de ce type indéterminé, et qui rappellent plutôt des philistins politiques

que des hommes politiques, à propos des gens de ce type indéterminé, mal défini, le grand écrivain russe Gogol a

dit avec assez de bonheur : « Des gens indéterminés, ni ci ni ça, impossible de savoir ce qu'ils sont, ni Bogdane à

la ville, ni Séliphane au village » (rires, applaudissements). A propos de ces gens et de ces hommes politiques

indéterminés, on dit dans le peuple avec non moins de bonheur : « Des gens comme ci comme ça, ni chair ni

poisson » (rire général, applaudissements), « ni un cierge pour le bon dieu, ni une fourche pour le diable » (rire

général, applaudissements j.

Je n'affirmerais pas avec certitude que parmi les candidats-députés (naturellement, je les prie de m'excuser), et

parmi nos hommes politiques, il ne s'en trouve pas qui ressemblent plutôt à des philistins politiques et dont le

caractère, dont la physionomie évoque ce type d'hommes au sujet desquels le peuple dit : « ni un cierge pour le

bon dieu, ni une fourche pour le diable » (rires, applaudissements).

Ce que je voudrais, camarades, c'est que vous exerciez une influence constante sur vos députés, que vous leur

fassiez sentir la nécessité d'avoir toujours présente à l'esprit la grande figure du grand Lénine, et de limiter en

toutes choses (applaudissements).

Les fonctions des électeurs ne prennent pas fin avec les élections. Elles continuent pendant toute la législature du

Soviet suprême. J'ai déjà parlé de la loi qui confère aux électeurs le droit de rappeler avant terme ceux de leurs

députés qui dévient du droit chemin Par conséquent, le devoir et le droit des électeurs consistent à exercer un

contrôle permanent sur leurs députés et à leur inculquer cette idée qu'ils ne doivent en aucun cas descendre au

niveau de philistins politiques ; il faut que les électeurs inculquent à leurs députés cette idée qu'ils doivent

ressembler au grand Lénine (applaudissements).

Tel est, camarades, le deuxième conseil que je voulais vous donner, conseil de candidat-député à ses électeurs.

(Rafale d'applaudissements prolongés, qui tourne en ovation. Tous les assistants, debout, portent leurs regards

vers la loge du gouvernement où est passé le camarade Staline. Des acclamations retentissent : « Au grand

Staline, hourra ! », « Au camarade Staline, hourra !», «Vive le camarade Staline, hourra !», «Vive le premier

disciple de Lénine, candidat à la députation au Soviet de l'Union, le camarade Staline ! Hourra ! »).

Publié dans la Pravda n° 340, 12 décembre 1937.

Lénine vu par Staline, 1946, pp. 71-79.

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DISCOURS PRONONCÉ À LA RÉCEPTION DES TRAVAILLEURS DE

L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR AU KREMLIN

17 MAI 1938

Camarades, permettez-moi de porter un toast à la science, à son épanouissement, à la santé des hommes de

science. A l'épanouissement de la science, de celle que ne s'isole pas du peuple, ne se tient pas à l'écart du

peuple, mais est prête à le servir, à lui transmettre toutes les conquêtes scientifiques ; qui sert le peuple non par

contrainte, mais de bon gré et avec joie (applaudissements).

A l'épanouissement de la science, de celle qui ne permet point à ses vieux dirigeants en renom de s'enfermer

présomptueusement dans la coquille des pontifes de la science, des monopolistes de la science ; qui comprend la

signification, la portée, la toute-puissance de l'union des vieux et des jeunes travailleurs scientifiques ; qui ouvre

de bon gré et avec joie toutes ses portes aux jeunes forces de notre pays et leur offre la possibilité de conquérir

les sommets du savoir ; qui reconnaît que l'avenir appartient aux jeunes savants (applaudissements).

A l'épanouissement de la science, de celle dont les représentants comprennent la vigueur et la portée des

traditions scientifiques établies et les utilisent judicieusement dans l'intérêt de la science, sans pour cela vouloir

être les esclaves de ces traditions ; de cette science qui a l'audace et la volonté de briser les vieilles traditions,

normes et conceptions lorsque, une fois périmées, elles entravent la marche en avant : de la science qui sait créer

de nouvelles traditions, de nouvelles normes, de nouvelles conceptions (applaudissements).

La science a connu, au cours de son développement bien des hommes courageux qui ont su démolir les choses

anciennes et faire du neuf, en dépit de tous les obstacles, envers et contre tout. Ces grands hommes de science,

comme Galilée, Darwin et beaucoup d'autres, sont universellement connus. Je voudrais parler d'un de ces

coryphées de la science, lequel est aussi le plus grand homme de notre temps. C'est Lénine, notre maître, notre

éducateur (applaudissements). Rappelez-vous l'année 1917. Partant de l'analyse scientifique du développement

social de la Russie, de l'analyse scientifique de la situation internationale, Lénine en vint à conclure que la seule

issue à la situation était la victoire du socialisme en Russie. Conclusion plus qu'inattendue pour beaucoup

d'hommes de science de cette époque. Plékhanov, homme de science éminent, disait alors avec mépris en parlant

de Lénine, que celui-ci « délirait ». D'autres hommes de science non moins connus, prétendaient que « Lénine

était atteint de folie », qu'on ferait bien de le reléguer le plus loin possible. Les hommes de science de tout ordre

et de tout genre hurlaient alors contre Lénine, qu'ils accusaient de détruire la science. Mais Lénine ne craignit

point de remonter le courant, de s'élever contre la routine. Et Lénine fut vainqueur (applaudissements).

Voilà l'exemple d'un homme de science qui lutte courageusement contre la science périmée et ouvre la voie à la

science nouvelle.

Il arrive parfois que les voies nouvelles de la science et de la technique ne soient pas frayées par des hommes à

renom universel dans la science, mais par des gens absolument inconnus du monde savant, par des gens

ordinaires, des praticiens, des novateurs dans leur spécialité. Voici, à cette table, les camarades Stakhanov8 et

Papanine9. Des hommes inconnus du monde savant et dépourvus de grades universitaires, des praticiens de leur

métier. En est-il qui ignorent que Stakhanov et les stakhanovistes, dans leur activité industrielle pratique, ont

renversé, parce que périmées, les normes établies par des savants et des techniciens connus, et en ont établi de

nouvelles, conformes aux exigences de la science véritable et de la véritable technique ? En est-il qui ignorent

que par leur travail pratique sur une banquise en dérive, Papanine et ses compagnons ont renversé, pour ainsi

dire en passant, sans un effort particulier, — comme étant périmée, — l'idée que l'on se faisait autrefois de

l'Arctique, et établi une conception nouvelle, conforme aux exigences de la science véritable ? Qui pourrait nier

que Stakhanov et Papanine sont des novateurs dans la science, des hommes de notre science d'avant-garde ? Tels

sont les « miracles » qui se font encore dans la science. J'ai parlé de la science. Mais il y a science et science.

Celle dont j'ai parlé s'appelle science d'avant-garde.

A l'épanouissement de notre science d'avant-garde ! A la santé des savants d'avant-garde ! Vivent Lénine et le

léninisme ! A la santé de Stakhanov et des stakhanovistes ! A la santé de Papanine et de ses compagnons !

(Applaudissements.)

Publié dans la Pravda n° 136, 19 mai 1938.

Lénine vu par Staline, 1946, pp. 33-36.

26

DISCOURS PRONONCÉ A LA REVUE DE L'ARMÉE ROUGE

LE 7 NOVEMBRE 1941 SUR LA PLACE ROUGE A MOSCOU

Camarades soldats et marins rouges, commandants et organisateurs politiques, ouvriers et ouvrières, kolkhoziens

et kolkhoziennes, travailleurs intellectuels, frères et soeurs qui, à l'arrière de notre ennemi, êtes tombés

momentanément sous le joug des bandits allemands, — nos glorieux partisans et partisanes qui détruisez les

arrières des envahisseurs allemands !

Au nom du Gouvernement soviétique et de notre Parti bolchevik, je vous salue et vous félicite à l'occasion du 24e

anniversaire de la Grande Révolution socialiste d'Octobre.

Camarades, nous célébrons aujourd'hui le 24e anniversaire de la Révolution d'Octobre en une heure très grave.

L'agression perfide des bandits allemands et la guerre qu'ils nous ont imposée mettent en péril notre pays. Nous

avons perdu temporairement une série de régions. L'ennemi est aux portes de Leningrad et de Moscou. Il

comptait qu'au premier choc notre armée serait dispersée et notre pays mis à genoux. Mais l'ennemi s'est

cruellement trompé. Malgré les insuccès temporaires, notre armée et notre flotte repoussent héroïquement les

attaques ennemies sur toute la ligne du front, lui infligeant de lourdes pertes ; et notre pays — tout notre pays —

a formé un seul camp de guerre pour assurer, de concert avec notre armée et notre flotte, la débâcle des

envahisseurs allemands.

Il y a eu des jours où notre pays connut une situation encore plus pénible. Rappelez-vous l'année 1918, date à

laquelle nous célébrions notre premier anniversaire de la Révolution d'Octobre. Les trois quarts de notre pays se

trouvaient alors aux mains de l'intervention étrangère. Nous avions momentanément perdu l'Ukraine, le Caucase,

l'Asie centrale, l'Oural, la Sibérie, l'Extrême-Orient. Nous n'avions pas d'alliés, nous n'avions pas d'Armée rouge,

—nous étions seulement en train de la créer ; nous manquions de blé, d'armement, d'équipement. Quatorze Etats

enserraient notre pays, mais nous ne nous laissions pas décourager, ni abattre. C'est dans le feu de la guerre que

nous organisions alors notre Armée rouge et avions changé notre pays en un camp retranché. L'esprit du grand

Lénine nous inspirait alors pour une guerre contre l'intervention étrangère. Et qu'est-il advenu ? Nous avons battu

l'intervention, récupéré tous les territoires perdus et obtenu la victoire.

Maintenant la situation de notre pays est bien meilleure qu'il y a vingt-trois ans. Notre pays est de beaucoup plus

riche maintenant en industrie, en denrées alimentaires et en matières premières, qu'il y a vingt-trois ans. Nous

avons maintenant des alliés qui forment avec nous un front unique contre les envahisseurs allemands. Nous

jouissons maintenant de la sympathie et du soutien de tous les peuples d'Europe tombés sous le joug de la

tyrannie hitlérienne. Nous possédons maintenant une armée remarquable et une remarquable flotte, qui font un

rempart de leurs corps pour sauvegarder la liberté et l'indépendance de notre Patrie. Nous n'éprouvons pas un

sérieux manque de produits alimentaires, ni d'armement, ni d'équipement. Tout notre pays, tous les peuples de

notre pays soutiennent notre armée, notre flotte ; ils les aident à battre les hordes d'invasion des fascistes

allemands. Nos réserves en hommes sont inépuisables. L'esprit du grand Lénine et son victorieux drapeau nous

exaltent aujourd'hui comme il y a vingt-trois ans, dans la guerre pour le salut de la Patrie.

Peut-on douter que nous pouvons et devons vaincre les envahisseurs allemands ?

L'ennemi n'est pas aussi fort que le représentent certains intellectuels apeurés. Le diable n'est pas si noir qu'on le

fait. Qui peut nier que notre Armée rouge ait plus d'une fois mis en fuite les fameuses troupes allemandes prises

de panique ? Si l'on en juge non pas d'après les déclarations fanfaronnes des propagandistes allemands, mais

d'après la situation véritable de l'Allemagne, on comprendra sans peine que les envahisseurs fascistes allemands

sont à la veille d'une catastrophe. La famine et la misère règnent actuellement en Allemagne ; en quatre mois de

guerre l'Allemagne a perdu 4.500.000 soldats, son sang coule à flots, ses réserves en hommes sont près de

s'épuiser, l'esprit d'indignation s'empare non seulement des peuples de l'Europe tombés sous le joug des

envahisseurs allemands, mais aussi du peuple allemand lui-même, qui n'aperçoit pas la fin de la guerre. Les

envahisseurs allemands tendent leurs dernières forces. Il est hors de doute que l'Allemagne ne peut soutenir

longtemps une tension pareille. Encore quelques mois, encore six mois, peut-être une petite année, et

l'Allemagne hitlérienne devra crouler sous le poids de ses forfaits.

Camarades soldats et marins rouges, commandants et organisateurs politiques, partisans et partisanes ! Le monde

entier voit en vous une force capable d'anéantir les hordes d'invasion des bandits allemands. Les peuples asservis

27

de l'Europe, tombés sous le joug des envahisseurs allemands, vous regardent comme leurs libérateurs. Une

grande mission libératrice vous est dévolue. Soyez donc dignes de cette mission. La guerre que vous menez est

une guerre libératrice, une guerre juste. Puisse vous inspirer dans cette guerre le glorieux exemple de nos grands

ancêtres Alexandre Nevski, Dimitri Donskoï, Kouzma Minine, Dimitri Pojarski, Alexandre Souvorov, Mikhaïl

Koutouzov ! Que le drapeau victorieux du grand Lénine vous rallie sous ses plis !

Pour l'écrasement complet des envahisseurs allemands !

Mort aux usurpateurs allemands !

Vivent notre glorieuse Patrie, sa liberté, son indépendance !

Sous le drapeau de Lénine, en avant vers la victoire !

Publié dans la Pravda, n° 310, 8 novembre 1911.

J. Staline, Sur la grande Guerre de l'Union soviétique pour le salut de la Patrie, 1946, pp. 33-36.

28

V. LÉNINE - OEUVRES CHOISIES

MARX ET LE MARXISME

LES TROIS SOURCES ET LES TROIS PARTIES CONSTITUTIVES DU

MARXISME

La doctrine de Marx suscite, dans l'ensemble du monde civilisé, la plus grande hostilité et la haine de toute la

science bourgeoise (aussi bien officielle que libérale), qui voit dans le marxisme quelque chose comme une «

secte malfaisante ». On ne peut pas s'attendre à une autre attitude, car dans une société fondée sur la lutte des

classes, il ne saurait y avoir de science sociale « impartiale ». Toute la science officielle et libérale défend, d'une

façon ou de l'autre, l'esclavage salarié, cependant que le marxisme a déclaré une guerre implacable à cet

esclavage. Demander une science impartiale dans une société fondée sur l'esclavage salarié, est d'une naïveté

aussi puérile que de demander aux fabricants de se montrer impartiaux dans la question de savoir s'il convient de

diminuer les profits du Capital pour augmenter le salaire des ouvriers.

Mais ce n'est pas tout. L'histoire de la philosophie et l'histoire de la science sociale montrent en toute clarté que

le marxisme n'a rien qui ressemble à du « sectarisme » dans le sens d'une doctrine repliée sur elle-même et

ossifiée, surgie à l'écart de la grande route du développement de la civilisation universelle. Au contraire, Marx a

ceci de génial qu'il a répondu aux questions que l'humanité avancée avait déjà soulevées. Sa doctrine naquit

comme la continuation directe et immédiate des doctrines des représentants les plus éminents de la philosophie,

de l'économie politique et du socialisme.

La doctrine de Marx est toute-puissante, parce qu'elle est juste. Elle est harmonieuse et complète ; elle donne aux

hommes une conception cohérente du monde, inconciliable avec toute superstition, avec toute réaction, avec

toute défense de l'oppression bourgeoise. Elle est le successeur légitime de tout ce que l'humanité a créé de

meilleur au XIXe siècle : la philosophie allemande, l'économie politique anglaise et le socialisme français.

C'est à ces trois sources, aux trois parties constitutives du marxisme, que nous nous arrêterons brièvement.

I

Le matérialisme est la philosophie du marxisme. Au cours de toute l'histoire moderne de l'Europe et surtout à la

fin du XVIIIe siècle, en France, où se déroulait une lutte décisive contre tout le fatras du moyen âge, contre la

féodalité dans les institutions et dans les idées, le matérialisme fut l'unique philosophie conséquente, fidèle à tous

les enseignements des sciences naturelles, hostile aux superstitions, au cagotisme, etc. Aussi les ennemis de la

démocratie s'appliquèrent-ils de toutes leurs forces à « réfuter » le matérialisme, à le discréditer, à le calomnier ;

ils défendaient les diverses formes de l'idéalisme philosophique qui de toute façon se réduit toujours à la défense

ou au soutien de la religion.

Marx et Engels défendirent résolument le matérialisme philosophique, et ils montrèrent maintes fois ce qu'il y

avait de profondément erroné dans toutes les déviations à l'égard de cette doctrine fondamentale. Leurs vues sont

exposées avec le plus de clarté et de détails dans les ouvrages d'Engels : Ludwig Feuerbach et l'Anti-Dühring8,

qui comme le Manifeste du Parti communiste, sont les livres de chevet de tout ouvrier conscient.

Mais Marx ne s'arrêta pas au matérialisme du XVIIIe siècle, il poussa la philosophie plus avant. Il l'enrichit des

acquisitions de la philosophie classique allemande, surtout du système de Hegel, lequel avait conduit à son tour

au matérialisme de Feuerbach. La principale de ces acquisitions est la