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Vladimir Lénine

Oeuvres choisies

 en deux volumes

Tome II

Edition électronique réalisée par Vincent Gouysse à partir de l’ouvrage publié en 1948 aux Editions en langues étrangères, Moscou.

http://www.lescommunistes.net/~bolchevisme

 

Sommaire :

PÉRIODE DE PRÉPARATION ET D'ACCOMPLISSEMENT

DE LA RÉVOLUTION SOCIALISTE D'OCTOBRE

 

DES TACHES DU PROLÉTARIAT DANS LA PRÉSENTE RÉVOLUTION (p. 7)

DE LA DUALITÉ DU POUVOIR (p. 10)

LES TACHES DU PROLÉTARIAT DANS NOTRE RÉVOLUTION. Projet de plate-forme pour le Parti du prolétariat (p. 12)

Le caractère de classe de la révolution accomplie (p. 12)

La politique extérieure du nouveau gouvernement (p. 12)

L'originale dualité du pouvoir et sa signification de classe (p. 13)

Caractère original de la tactique, résultat de ce qui précède (p. 14)

La défense nationale révolutionnaire et sa signification de classe (p. 15)

Comment peut-on terminer la guerre ? (p. 16)

Le nouveau type d'Etat que crée notre révolution (p. 16)

Programmes agraire et national (p. 18)

Nationalisation des banques et des syndicats capitalistes (p. 19)

La situation dans l'Internationale socialiste (p. 19)

La faillite de l'Internationale de Zimmerwald. Il faut fonder la IIIe Internationale (p. 22)

Quelle doit être la dénomination de notre Parti pour être scientifiquement exacte et contribuer à éclairer la conscience politique du prolétariat ? (p. 24)

LA VIIe CONFÉRENCE DU P.O.S.D.R.(b) (DITE CONFÉRENCE D'" AVRIL ") 7-12 MAI (24-29 AVRIL) 1917 (p. 27)

Résolution sur la question agraire adoptée par la conférence le 11 mai (28 avril) (p. 27)

Résolution sur la question nationale adoptée par la conférence le 12 mai (29 avril) (p. 28)

PREMIER CONGRES DES DÉPUTÉS PAYSANS DE RUSSIE. Projet de résolution sur la question agraire (p. 30)

PREMIER CONGRÈS DES SOVIETS DES DÉPUTÉS OUVRIERS ET SOLDATS DE RUSSIE. Discours sur l'attitude envers le gouvernement provisoire (p. 31)

A PROPOS DES MOTS D'ORDRE (p. 36)

LES ENSEIGNEMENTS DE LA RÉVOLUTION (p. 40)

Postface (p. 46)

LA CATASTROPHE IMMINENTE ET LES MOYENS DE LA CONJURER (p. 47)

La famine approche (p. 47)

Inaction totale du gouvernement (p. 47)

Les mesures de contrôle sont universellement connues et faciles à réaliser (p. 49)

Nationalisation des banques (p. 50)

Nationalisation des syndicats capitalistes (p. 52)

Suppression du secret commercial (p. 54)

Le groupement forcé en cartels (p. 56)

Réglementation de la consommation (p. 57)

Sabotage du travail des organisations démocratiques par le gouvernement (p. 59)

La faillite financière et les moyens de la prévenir (p. 61)

Peut-on aller de l'avant si l'on craint de marcher au socialisme ? (p. 63)

La guerre et la lutte contre la ruine économique (p. 64)

Démocratie révolutionnaire et prolétariat révolutionnaire (p. 66)

LE MARXISME ET L'INSURRECTION. Lettre au Comité central du P.O.S.D.R. (p. 68)

LES TACHES DE LA RÉVOLUTION (p. 71)

Ce qu'a de funeste la politique d'entente avec les capitalistes (p. 72)

Le pouvoir aux Soviets (p. 72)

La paix aux peuples (p. 72)

La terre aux travailleurs (p. 73)

Lutte contre la famine et la ruine économique (p. 73)

Lutte avec la contre-révolution des grands propriétaires fonciers et des capitalistes (p. 74)

Développement pacifique de la révolution (p. 74)

CONSEILS D'UN ABSENT (p. 76)

RÉUNION DU COMITÉ CENTRAL DU P.O.S.D.R. (b) 23 (10) octobre 1917. Résolution sur l'insurrection armée (p. 77)

LETTRE AUX MEMBRES DU PARTI BOLCHEVIK (p. 78)

LETTRE AUX MEMBRES DU COMITÉ CENTRAL (p. 80)

L'ETAT ET LA RÉVOLUTION. La doctrine du marxisme sur l'Etat et les tâches du prolétariat dans la révolution (p. 81)

Préface à la première édition (p. 81)

Préface à la deuxième édition (p. 81)

Chapitre I. La Société de classes et l'Etat (p. 82)

1.  L'Etat, produit des antagonismes de classes inconciliables (p. 82)

2.  Détachements spéciaux d'hommes armés, prisons, etc. (p. 83)

3.  L'Etat, instrument d'exploitation de la classe opprimée (p. 84)

4.   " Dépérissement " de l'Etat et révolution violente (p. 86)

Chapitre II. L'Etat et la révolution. L'expérience des années 1848-1851 (p. 89)

1.  A la veille de la révolution (p. 89)

2.  Le bilan d'une révolution (p. 91)

3.  Comment Marx posait la question en 1852 (p. 93)

Chapitre III. L'Etat et la révolution. L'expérience de la Commune de Paris (1871). Analyse de Marx (p. 94)

1.  Ce que la tentative des Communards a d'héroïque (p. 94)

2.  Par quoi remplacer la machine d'Etat démolie ? (p. 96)

3.  Suppression du parlementarisme (p. 98)

4.  Organisation de l'unité nationale (p. 101)

5.  Destruction de l'Etat parasite (p. 102)

Chapitre IV. Suite. Explications complémentaires d'Engels (p. 103)

1.  La " question du logement " (p. 103)

2.  Polémique contre les anarchistes (p. 105)

3.  Lettre à Bebel (p. 106)

4.  Critique du projet de programme d'Erfurt (p. 107)

5.  La préface de 1891 à la Guerre civile de Marx (p. 110)

6.  Engels et la suppression de la démocratie (p. 113)

Chapitre V. Les bases économiques du dépérissement de l'Etat (p. 114)

1.  Comment Marx pose la question (p. 114)

2.  La transition du capitalisme au communisme (p. 115)

3.  Première phase de la société communiste (p. 118)

4.  Phase supérieure de la société communiste (p. 119)

Chapitre VI. L'avilissement du marxisme par les opportunistes (p. 122)

1.  Polémique de Plékhanov contre les anarchistes (p. 123)

2.  Polémique de Kautsky contre les opportunistes (p. 123)

3.  Polémique de Kautsky contre Pannekoek (p. 127)

Postface de la première édition (p. 131)

DEUXIÈME CONGRÈS DES SOVIETS DES DÉPUTÉS OUVRIERS ET SOLDATS DE RUSSIE (p. 132)

1.  Aux ouvriers, aux soldats et aux paysans ! (p. 132)

2.  Rapport sur la paix présenté le 26 octobre 1917 (p. 133)

3.  Rapport sur la paix. Discours de clôture de la discussion, 26 octobre 1917 (p. 135)

4.  Rapport sur la terre présenté le 26 octobre 1917 (p. 137)

PROJET DE RÈGLEMENT SUR LE CONTROLE OUVRIER (p. 140)

APPEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI OUVRIER SOCIAL-DÉMOCRATE (bolchévik) DE RUSSIE. A tous les membres du Parti et à toutes les classes laborieuses de Russie ! (p. 141)

L'ALLIANCE DES OUVRIERS ET DES PAYSANS TRAVAILLEURS ET EXPLOITÉS. Lettre à la rédaction de la Pravda (p. 143)

THÈSES SUR L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (p. 145)

PROJET DE DÉCRET SUR LA SOCIALISATION DE L'ÉCONOMIE NATIONALE (p. 148)

QUESTIONS POSÉES AUX DÉLÉGUÉS DU Ier CONGRÈS GÉNÉRAL DES ARMÉES POUR LA DÉMOBILISATION DES TROUPES (p. 150)

COMMENT ORGANISER L'ÉMULATION ? (p. 151)

PROJET DE DÉCLARATION DES DROITS DU PEUPLE TRAVAILLEUR ET EXPLOITÉ (p. 155)

PROJET DE DÉCRET SUR LA DISSOLUTION DE L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE (p. 157)

THÈSES SUR LA CONCLUSION IMMÉDIATE D'UNE PAIX SÉPARÉE ET ANNEXIONNISTE (p. 158)

LA PATRIE SOCIALISTE EST EN DANGER ! (p. 162)

CHOSE ÉTRANGE ET MONSTRUEUSE (p. 163)

SUR LE TERRAIN PRATIQUE (p. 167)

LEÇON SÉRIEUSE ET SÉRIEUSE RESPONSABILITÉ (p. 168)

RAPPORT SUR LA GUERRE ET LA PAIX, PRÉSENTÉ AU VIIe CONGRÈS DU P.C.R.(b), le 7 MARS 1918 (p. 171)

LA TACHE PRINCIPALE DE NOS JOURS (p. 180)

LES TACHES IMMÉDIATES DU POUVOIR DES SOVIETS (p. 182)

Situation internationale de la République des Soviets de Russie et tâches essentielles de la révolution socialiste (p. 182)

Le mot d'ordre général de l'heure (p. 183)

Nouvelle phase de la lutte contre la bourgeoisie (p. 184)

Importance de la lutte pour le recensement et le contrôle populaires (p. 188)

Augmentation de la productivité du travail (p. 189)

Organisation de l'émulation (p. 191)

L’" organisation harmonieuse " et la dictature (p. 192)

Le développement de l'organisation soviétique (p. 196)

Conclusion (p. 198)

PÉRIODE DE L'INTERVENTION MILITAIRE ÉTRANGÈRE ET DE LA GUERRE CIVILE

 

DE LA FAMINE. Lettre aux ouvriers de Pétrograd (p. 199)

A TOUS LES SOVIETS DES DÉPUTÉS DE PROVINCE ET DE DISTRICT (p. 203)

CAMARADES OUVRIERS ! MARCHONS AU DERNIER, AU DÉCISIF COMBAT ! (p. 204)

DISCOURS PRONONCÉ DANS LA " JOURNÉE DE L'OFFICIER ROUGE ", le 24 NOVEMBRE 1918 (p. 206)

LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE ET LE RENÉGAT KAUTSKY (p. 207)

Préface (p. 207)

Comment Kautsky transforme Marx en un vulgaire libéral (p. 208)

Démocratie bourgeoise et démocratie prolétarienne (p. 213)

Peut-il y avoir égalité entre l'exploité et l'exploiteur ? (p. 217)

Défense aux Soviets de se transformer en organisations d'Etat (p. 220)

L'Assemblée constituante et la République soviétique (p. 223)

La Constitution soviétique (p. 227)

Qu'est-ce que l'internationalisme ? (p. 231)

Servilité à l'égard de la bourgeoisie sous couleur d'" analyse économique " (p. 237)

Annexe I. - Thèses sur l'Assemblée constituante (p. 249)

Annexe II. - Un nouveau livre de Vandervelde sur l'Etat (p. 249)

CE QUI A ÉTÉ CONQUIS ET CONSIGNÉ (p. 253)

RAPPORT SUR LE PROGRAMME DU PARTI PRÉSENTÉ AU VIIIe CONGRÈS DU PARTI COMMUNISTE (bolchévik) DE RUSSIE, le 19 MARS 1919 (p. 255)

RAPPORT SUR LE TRAVAIL A LA CAMPAGNE PRÉSENTÉ AU VIIIe CONGRÈS DU PARTI COMMUNISTE (bolchévik) DE RUSSIE, le 23 MARS 1919 (p. 264)

LETTRE AUX OUVRIERS DE PÉTROGRAD SUR L'AIDE A PRÊTER AU FRONT EST (p. 272)

THÈSES DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE (bolchevik) DE RUSSIE A PROPOS DE LA SITUATION SUR LE FRONT EST (p. 273)

MÉFIEZ-VOUS DES ESPIONS (p. 275)

LA IIIe INTERNATIONALE ET SA PLACE DANS L'HISTOIRE (p. 276)

SALUT AUX OUVRIERS HONGROIS (p. 280)

LA GRANDE INITIATIVE, De l'héroïsme des ouvriers à l'arrière. A propos des " samedis communistes " (p. 282)

TOUS A LA LUTTE CONTRE DÉNIKINE ! Lettre du Comité central du Parti communiste (bolchevik) russe aux organisations du Parti (p. 294)

La tâche essentielle du moment (p. 294)

Le peuple doit savoir la vérité sur Koltchak et Dénikine (p. 295)

Le travail parmi les mobilisables (p. 295)

Le travail parmi les déserteurs (p. 296)

Aide directe à l'armée (p. 296)

Réduction du travail non militaire (p. 297)

Le travail dans la zone du front (p. 298)

Attitude envers les spécialistes militaires (p. 299)

La lutte avec la contre-révolution à l'arrière (p. 300)

Toute la population doit être mobilisée pour la guerre (p. 302)

" Le travail sur le mode révolutionnaire " (p. 302)

LETTRE AUX OUVRIERS ET AUX PAYSANS AU SUJET DE LA VICTOIRE REMPORTÉE SUR KOLTCHAK (p. 303)

L'ETAT OUVRIER ET LA SEMAINE DU PARTI (p. 307)

AUX CAMARADES SOLDATS ROUGES (p. 308)

L'ÉCONOMIE ET LA POLITIQUE A L'ÉPOQUE DE LA DICTATURE DU PROLÉTARIAT (p. 309)

EN AVANT POUR VAINCRE LA CRISE DU COMBUSTIBLE ! (p. 314)

DISCOURS PRONONCÉ AU Ier CONGRÈS DES COMMUNES ET ARTELS AGRICOLES, le 4 DÉCEMBRE 1919 (p. 316)

LETTRE AUX OUVRIERS ET AUX PAYSANS D'UKRAINE A PROPOS DES VICTOIRES REMPORTÉES SUR DÊNIKINE (p. 320)

DE LA DISCIPLINE DU TRAVAIL (p. 323)

IXe CONGRÈS DU PARTI COMMUNISTE (bolchévik) DE RUSSIE, 29 MARS-5 AVRIL 1920. Rapport du Comité central (p. 324)

DE LA DESTRUCTION D'UN ORDRE SÉCULAIRE A LA CRÉATION DE L'ORDRE NOUVEAU (p. 332)

LA MALADIE INFANTILE DU COMMUNISME (LE " GAUCHISME ") (p. 333)

I. Dans quel sens peut-on parler de la portée internationale de la révolution russe ? (p. 333)

II. Une des conditions essentielles du succès des bolchéviks (p. 334)

III. Principales étapes de l'histoire du bolchévisme (p. 335)

IV. Dans la lutte contre quels ennemis au sein du mouvement ouvrier le bolchévisme s'est-il développé, fortifié, aguerri ? (p. 337)

V. Le communisme " de gauche " en Allemagne. Chefs, parti, classe, masse (p. 341)

VI. Les révolutionnaires doivent-ils militer dans les syndicats réactionnaires ? (p. 344)

VII. Faut-il participer aux parlements bourgeois ? (p. 348)

VIII. " Jamais de compromis ? " (p. 352)

IX. Le communisme " de gauche " en Angleterre (p. 357)

X. Quelques conclusions (p. 362)

Annexe

I. La scission des communistes allemands (p. 368)

II. Communistes et indépendants en Allemagne (p. 369)

III. Turati et Cie en Italie (p. 370)

IV. Conclusions fausses de prémisses justes (p. 371)

PREMIÈRE ÉBAUCHE DES THÈSES SUR LA QUESTION AGRAIRE. Pour le IIe congrès de l'Internationale communiste (p. 374)

PREMIÈRE ÉBAUCHE DES THÈSES SUR LES QUESTIONS NATIONALE ET COLONIALE. Pour le IIe congrès de l'Internationale communiste (p. 379)

LE IIe CONGRÈS DE L'INTERNATIONALE COMMUNISTE (p. 382)

LES TACHES DES FÉDÉRATIONS DE LA JEUNESSE. Discours prononcé au IIIe congrès national de la Fédération des jeunesses communistes de Russie, le 2 octobre 1920 (p. 383)

LETTRE AUX CAMARADES DE TOULA (p. 393)

PERIODE DE TRANSITION A L'ŒUVRE PACIFIQUE DE RÉTABLISSEMENT DE L'ÉCONOMIE NATIONALE

 

AVANT-PROJET DE LA RÉSOLUTION DU Xe CONGRÈS DU PARTI COMMUNISTE DE RUSSIE SUR L'UNITÉ DU PARTI (p. 394)

AVANT-PROJET DE LA RÉSOLUTION DU Xe CONGRÈS DU PARTI COMMUNISTE DE RUSSIE SUR LA DÉVIATION SYNDICALISTE ET ANARCHISTE DANS NOTRE PARTI (p. 396)

DISCOURS PRONONCÉ AU CONGRÈS DES OUVRIERS DES TRANSPORTS DE RUSSIE le 27 MARS 1921 (p. 398)

AUX CAMARADES COMMUNISTES D'AZERBAÏDJAN, DE GÉORGIE, D'ARMÉNIE, DU DAGHESTAN ET DE LA RÉPUBLIQUE DES MONTAGNARDS (p. 404)

SUR L'IMPOT EN NATURE. Le rôle de la nouvelle politique et ses conditions (p. 406)

En guise d'introduction (p. 406)

Sur l'économie actuelle de la Russie. Extrait de la brochure de 1918 (p. 406)

Sur l'impôt en nature, la liberté de commerce et les concessions (p. 411)

Bilan et conclusions politiques (p. 419)

Conclusion (p. 422)

THÈSES DU RAPPORT SUR LA TACTIQUE DU PARTI COMMUNISTE RUSSE PRÉSENTÉ AU IIIe CONGRÈS DE L'INTERNATIONALE COMMUNISTE (Avant-projet) (p. 424)

1.  La situation internationale de la R.S.F.S.R. (p. 424)

2.  Le rapport des forces de classes à l'échelle internationale (p. 424)

3.  Le rapport des forces de classes en Russie (p. 425)

4.  Le prolétariat et la paysannerie en Russie (p. 425)

5.  L'alliance militaire du prolétariat et de la paysannerie de la R.S.F.S.R. (p. 425)

6.  L'établissement de rapports économiques normaux entre le prolétariat et la paysannerie (p. 425)

7.  Dans quelles conditions et pourquoi le pouvoir des Soviets admet le capitalisme et le système des concessions (p. 426)

8.  Les succès de notre politique du ravitaillement (p. 426)

9.  La base matérielle du socialisme et le plan d'électrification de la Russie (p. 426)

10. Le rôle de la " démocratie pure ", de la IIe Internationale et de l'Internationale 21/2, des socialistes-révolutionnaires et des menchéviks alliés du Capital (p. 427)

NOUVEAUX TEMPS, ANCIENNES ERREURS SOUS UNE FORME NOUVELLE (p. 428)

SUR L'ÉPURATION DU PARTI (p. 432)

POUR LE QUATRIÈME ANNIVERSAIRE DE LA RÉVOLUTION D'OCTOBRE (p. 433)

SUR LE ROLE DE L'OR AUJOURD'HUI ET APRES LA VICTOIRE COMPLÈTE DU SOCIALISME (p. 437)

DU ROLE ET DES TACHES DES SYNDICATS DANS LES CONDITIONS DE LA NOUVELLE POLITIQUE ÉCONOMIQUE. Décision du Comité central du Parti communiste russe (bolchévik) du 12 janvier 1922 (p. 441)

1.  La nouvelle politique économique et les syndicats (p. 441)

2.  Le capitalisme d'Etat dans l'Etat prolétarien et les syndicats (p. 441)

3.  Les entreprises d'Etat adoptant le principe dit du rendement commercial et les syndicats (p. 441)

4.  La différence essentielle entre la lutte de classe du prolétariat dans un Etat qui reconnaît la propriété privée du sol, des fabriques, etc. et où le pouvoir politique est aux mains de la classe des capitalistes, et la lutte économique du prolétariat dans l'Etat qui ne reconnaît pas la propriété privée du sol et de la plupart des grosses entreprises, dans l'Etat où le pouvoir politique est aux mains du prolétariat (p. 442)

5.  Le retour à l'adhésion volontaire au syndicat (p. 442)

6. Les syndicats et la gestion des entreprises (p. 443)

7.  Le rôle et la participation des syndicats dans les organismes économiques et administratifs de l'Etat prolétarien (p. 443)

8.  La liaison avec les masses comme condition essentielle de toute activité syndicale (p. 444)

9.  Les contradictions dans la situation même des syndicats sous la dictature du prolétariat (p. 444)

10.  Les syndicats et les spécialistes (p. 445)

11.  Les syndicats et les influences petites-bourgeoises sur la classe ouvrière (p. 445)

RAPPORT POLITIQUE DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE RUSSE (bolchévik) PRÉSENTÉ AU XIe CONGRÈS DU P.C.R.(b) LE 27 MARS 1922 (p. 446)

DISCOURS DE CLOTURE DU XIe CONGRÈS DU PARTI COMMUNISTE RUSSE (bolchévik), 2 AVRIL 1922 (p. 466)

DE LA " DOUBLE " SUBORDINATION ET DE LA LÉGALITÉ. Au camarade Staline pour le Bureau politique (p. 467)

CINQ ANS DE RÉVOLUTION RUSSE ET PERSPECTIVES DE RÉVOLUTION MONDIALE. Rapport présenté au IVe Congrès de l'Internationale communiste, le 13 novembre 1922 (p. 469)

NOTES SUR LES TACHES DE NOTRE DÉLÉGATION A LA HAYE (p. 475)

FEUILLETS DE BLOC-NOTES (p. 477)

DE LA COOPÉRATION (p. 480)

SUR NOTRE RÉVOLUTION. A propos des mémoires de N. Soukhanov (p. 484)

COMMENT RÉORGANISER L'INSPECTION OUVRIÈRE ET PAYSANNE ? Proposition faite au XIIe Congrès du Parti (p. 486)

MIEUX VAUT MOINS, MAIS MIEUX (p. 489)

NOTES (p. 497)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PÉRIODE DE PRÉPARATION ET D'ACCOMPLISSEMENT DE LA RÉVOLUTION SOCIALISTE D'OCTOBRE

DES TACHES DU PROLÉTARIAT DANS LA PRÉSENTE RÉVOLUTION

Arrivé à Pétrograd dans la nuit du 3 avril seulement, je n'ai pu naturellement faire un rapport sur les tâches du prolétariat révolutionnaire, à la réunion du 4 avril, qu'en mon nom propre et en faisant des réserves sur ma préparation insuffisante. La seule chose que j'aie pu faire pour faciliter le travail, à moi-même et aux contradicteurs de bonne foi, c'a été de préparer des thèses écrites. J'en ai donné lecture et transmis le texte au camarade Tsérétéli. Je les ai lues très lentement et à deux reprises : d'abord à la réunion des bolcheviks, ensuite à celle des bolcheviks et des menchéviks. Je présente ici mes thèses personnelles, accompagnées de très brèves remarques explicatives ; elles ont été développées avec beaucoup plus de détails dans mon rapport :

THÈSES

1. Notre attitude envers la guerre qui, du côté de la Russie, même sous le nouveau gouvernement de Lvov et Cie, demeure sans conteste, en raison du caractère capitaliste de ce gouvernement, une guerre impérialiste de brigandage, n'admet aucune concession, si minime soit-elle, à la " défense nationale révolutionnaire ".

A une guerre révolutionnaire qui justifierait réellement la défense nationale révolutionnaire, le prolétariat conscient ne peut donner son consentement qu'à la condition : a) du passage du pouvoir entre les mains du prolétariat et des éléments pauvres de la paysannerie, proches du prolétariat ; b) de la renonciation effective et non en paroles à toutes les annexions ; c) de la totale rupture de fait avec tous les intérêts du Capital.

Devant l'indéniable bonne foi des larges couches de partisans de la défense nationale révolutionnaire dans les masses, partisans qui n'admettent la guerre que par nécessité, et non en vue de conquêtes, et étant donné qu'ils sont trompés par la bourgeoisie, il importe de leur expliquer avec une persévérance, une patience, et un soin particuliers leur erreur, de leur expliquer le lien indissoluble du Capital et de la guerre impérialiste, de leur démontrer que, sans renverser le Capital, il est impossible de terminer la guerre par une paix vraiment démocratique et non imposée par la violence.

Organisation de la propagande la plus large de ces vues dans l'armée combattante.

Fraternisation.

2. Ce qu'il y a d'original dans l'actualité russe, c'est la transition de la première étape de la révolution, qui a donné le pouvoir à la bourgeoisie par suite du degré insuffisant de conscience et d'organisation du prolétariat, à sa deuxième étape, qui doit donner le pouvoir au prolétariat et aux couches pauvres de la paysannerie.

Cette transition est caractérisée, d'une part, par le maximum de légalité (la Russie est aujourd'hui de tous les pays belligérants, le pays le plus libre du monde) ; de l'autre, par l'absence de violence exercée sur les masses, et enfin par l'attitude de confiance inconsciente des masses à l'égard du gouvernement des capitalistes, ces pires ennemis de la paix et du socialisme.

Cette situation originale exige de nous que nous sachions nous adapter aux conditions spéciales du travail du Parti au sein des masses prolétariennes immensément grandes, à peine éveillées à la vie politique.

3. Aucun soutien au Gouvernement provisoire ; démontrer le caractère entièrement mensonger de toutes ses promesses, et surtout de celles concernant la renonciation aux annexions. Démasquer le gouvernement au lieu d'" exiger " — chose inadmissible, car ce serait semer l'illusion — que ce gouvernement, gouvernement de capitalistes, cesse d'être impérialiste.

4.  Reconnaître que notre Parti est en minorité, et pour le moment en faible minorité, dans la plupart des Soviets des députés ouvriers, devant le bloc de tous les éléments petits-bourgeois opportunistes, tombés sous l'influence de la bourgeoisie et qui étendent cette influence sur le prolétariat, depuis les socialistes populaires, en passant par les socialistes-révolutionnaires jusqu'au Comité d'organisation (Tchkhéidzé, Tsérétéli, etc.), Stéklov, etc., etc.

Expliquer aux masses que le Soviet des députés ouvriers est la seule forme possible de gouvernement révolutionnaire, et que notre tâche, par conséquent, tant que ce gouvernement-là se laisse influencer par la bourgeoisie, ne peut être que d'expliquer aux masses patiemment, avec méthode et persévérance, les erreurs de leur tactique, en nous adaptant surtout aux besoins pratiques de ces masses.

Tant que nous sommes en minorité, nous faisons un travail de critique et d'éclaircissement des erreurs, en affirmant en même temps la nécessité du passage de tout le pouvoir d'Etat aux Soviets des députés ouvriers, afin que les masses s'affranchissent de leurs erreurs par l'expérience.

5.  Non pas une république parlementaire — y retourner après les Soviets des députés ouvriers, ce serait un pas en arrière, — mais une république des Soviets des députés ouvriers, salariés agricoles et paysans dans le pays entier, de la base au sommet.

Suppression de la police, de l'armée [C'est-à-dire : remplacement de l'armée permanente par l'armement du peuple entier.] et du corps des fonctionnaires.

Eligibilité et révocabilité à tout moment de tous les fonctionnaires ; leurs traitements ne doivent pas être supérieurs au salaire moyen d'un bon ouvrier.

6.  Dans le programme agraire, reporter le centre de gravité sur les Soviets des députés salariés agricoles.

Confiscation de toutes les terres des grands propriétaires fonciers.

Nationalisation de toutes les terres dans le pays ; les terres sont mises à la disposition des Soviets locaux des députés des salariés agricoles et paysans. Formation de Soviets des députés de paysans pauvres. Transformation de tout grand domaine (de 100 à 300 hectares, en tenant compte des conditions locales et autres et sur l'avis des institutions locales) en exploitations modèles placées sous le contrôle des députés salariés agricoles et fonctionnant au compte de la société. 7. Fusion immédiate de toutes les banques du pays en une seule banque nationale placée sous le contrôle des Soviets des députés ouvriers.

8.  Non pas l'" introduction " du socialisme, comme notre tâche directe, mais simplement le passage immédiat au contrôle de la production sociale et de la répartition des produits par les Soviets des députés ouvriers.

9.  Tâches du Parti :

a)  Convoquer sans délai le congrès du Parti ;

b)  Modifier le programme du Parti, principalement :

1.  sur l'impérialisme et la guerre impérialiste ;

2.  sur l'attitude envers l'Etat et notre revendication d'un " Etat-Commune " [C'est-à-dire d'un Etat dont la Commune de Paris a été la préfiguration.] ;

3.  corriger le programme minimum, qui a vieilli ;

c)  changer la dénomination du Parti [Au lieu de " social-démocratie ", dont les chefs officiels (partisans de la " défense nationale " et " kautskistes " hésitants) ont trahi le socialisme dans le monde entier et sont passés à la bourgeoisie, il faut s'appeler Parti communiste.],

10. Rénover l'Internationale.

Initiative de la création d'une Internationale révolutionnaire, d'une Internationale contre les social-chauvins et contre le " centre ". [On appelle " centre " dans la social-démocratie internationale la tendance qui hésite entre les chauvins (partisans de la " défense nationale ") et les internationalistes, savoir : Kautsky et Cie en Allemagne, Longuet et Cie en France, Tchkhéidzé et Cie en Russie, Turati et Cie en Italie, MacDonald et Cie en Angleterre, etc.]

Afin que le lecteur puisse comprendre pourquoi j'ai dû spécialement souligner comme une exception rare le " cas " des contradicteurs de bonne foi, je l'invite à comparer à ces thèses l'objection suivante de monsieur Goldenberg : Lénine " a planté l'étendard de la guerre civile au sein de la démocratie révolutionnaire " (cité dans le journal Edinstvo 1 de M. Plékhanov, n° 5).

N'est-ce pas une perle, en vérité ?

J'écris, je déclare, je ressasse : " Devant l'indéniable bonne foi des larges couches de partisans de la défense nationale révolutionnaire dans les masses ..., étant donné qu'ils sont trompés par la bourgeoisie, il importe de leur expliquer avec une persévérance, une patience et un soin particuliers leur erreur "...

Or, ces messieurs de la bourgeoisie, qui se disent social-démocrates, qui ne font partie ni des larges couches, ni des masses de partisans de la défense nationale, exposent avec un front serein mes vues comme suit : " L'étendard (!) de la guerre civile [dont il n'est pas dit un mot dans les thèses, ni dans le rapport!] est planté (!) au sein (!!) de la démocratie révolutionnaire"...

Qu'est-ce donc ? En quoi cela diffère-t-il de l'agitation des fauteurs de pogroms ? de la Rousskaïa Volia2 ?

J'écris, je déclare, je ressasse : " Les Soviets des députés ouvriers sont la seule forme possible de gouvernement révolutionnaire et, par conséquent, notre tâche ne peut être que d'expliquer aux masses patiemment, avec méthode et persévérance, les erreurs de leur tactique, en nous adaptant surtout aux besoins pratiques de ces masses "...

Or, des contradicteurs d'un certain acabit présentent mes idées comme un appel à la " guerre civile au sein de la démocratie révolutionnaire " !!

J'ai attaqué le Gouvernement provisoire parce que, se bornant à des promesses, il n'a fixé aucun terme rapproché, ni aucun terme en général, à la convocation de l'Assemblée constituante. Je me suis appliqué à démontrer que sans les Soviets des députés ouvriers et soldats, la convocation de l'Assemblée constituante n'est pas assurée et son succès est impossible.

Et l'on me prétend adversaire de la convocation la plus prompte de l'Assemblée constituante !!!

Je qualifierais ces expressions de " délirantes ", si des dizaines d'années de lutte politique ne m'avaient pas appris à considérer la bonne foi des contradicteurs comme une exception rare.

M. Plékhanov a qualifié dans son journal mon discours de " délirant ". Fort bien, monsieur Plékhanov ! Mais voyez comme vous êtes gauche, maladroit et peu perspicace dans votre polémique. Si pendant deux heures j'ai prononcé mon discours délirant, comment des centaines d'auditeurs ont-ils pu supporter mon " délire " ? Ensuite, pourquoi votre journal consacre-t-il toute une colonne pour exposer ce " délire " ? Cela ne tient pas, cela ne tient pas du tout.

Certes, il est beaucoup plus facile de clamer, d'injurier, de pousser les hauts cris, que d'essayer de raconter, d'expliquer, d'évoquer ce que Marx et Engels disaient en 1871, 1872, 1875, de l'expérience de la Commune de Paris et de ce que devait être l'Etat nécessaire au prolétariat.

L'ex-marxiste M. Plékhanov ne veut vraisemblablement pas se souvenir du marxisme.

J'ai cité Rosa Luxembourg qui, le 4 août 1914, qualifiait la social-démocratie allemande de " cadavre puant ". Et messieurs les Plékhanov, les Goldenberg et Cie " s'offensent "... pour qui ? — pour les chauvins allemands qualifiés de chauvins !

Les voilà bien empêtrés, les pauvres social-chauvins russes, socialistes en paroles, chauvins en fait.

N. Lénine.

Publié dans la Pravda, n° 26, du 20 (7) avril 1917.

 

 

 

DE LA DUALITÉ DU POUVOIR

Le problème fondamental de toute révolution est celui du pouvoir dans l'Etat. Tant que ce problème n'est pas élucidé, il ne saurait être question de participer consciemment à la révolution, et encore moins de la diriger.

Notre révolution a ceci d'éminemment original, qu'elle a créé la dualité du pouvoir. C'est là un fait dont il importe de se rendre compte avant tout ; sans l'avoir compris, il est impossible d'aller de l'avant. Les vieilles " formules ", par exemple, du bolchévisme, il faut savoir les compléter et les corriger. Car si elles se sont révélées justes dans l'ensemble, leur application concrète s'est révélée différente. Personne autrefois ne songeait et ne pouvait songer à la dualité du pouvoir.

En quoi consiste la dualité du pouvoir ?

C'est qu'à côté du Gouvernement provisoire, du gouvernement de la bourgeoisie, s'est formé un autre gouvernement, faible encore, embryonnaire, mais qui néanmoins existe en fait, incontestablement, et grandit. Savoir : les Soviets des députés ouvriers et soldats.

Quelle est la composition sociale de cet autre gouvernement ? Le prolétariat et la paysannerie (sous l'uniforme de soldat). Quel en est le caractère politique ? C'est une dictature révolutionnaire, c'est-à-dire un pouvoir qui s'appuie directement sur un coup de force révolutionnaire, sur l'initiative immédiate des masses populaires — initiative venant d'en bas — et non sur la loi édictée par un pouvoir d'Etat centralisé. Ce pouvoir est d'un tout autre genre que celui qui existe généralement dans la république démocratique bourgeoise parlementaire du type habituel, et qui prédomine jusqu'à ce jour dans les pays avancés d'Europe et d'Amérique. On oublie souvent cette circonstance, on n'y réfléchit pas assez. Or, c'est là l'essentiel. Ce pouvoir est du même type que la Commune de Paris de 1871. Voici les indices caractéristiques de ce type : 1. la source du pouvoir n'est pas dans la loi préalablement discutée et votée par un Parlement, mais dans l'initiative venant d'en bas, directe et locale, des masses populaires, dans un " coup de force ", pour employer une expression courante ; 2. la police et l'armée, institutions séparées du peuple et opposées au peuple, sont remplacées par l'armement direct du peuple entier ; sous ce pouvoir, ce sont les ouvriers et les paysans armés eux-mêmes, c'est le peuple en armes lui-même qui maintient l'ordre dans l'Etat ; 3. le corps des fonctionnaires, la bureaucratie, sont eux aussi remplacés par le pouvoir direct du peuple lui-même, ou du moins placés sous un contrôle spécial ; ils deviennent non seulement de simples mandataires élus, mais ils sont encore révocables à la première demande du peuple. De corps privilégié jouissant de bonnes " sinécures " à traitements élevés, bourgeois, ils deviennent des ouvriers d'une " arme spéciale ", dont les traitements ne sont pas supérieurs au salaire habituel d'un bon ouvrier.

Là, et là seulement, est l'essence de la Commune de Paris, type particulier d'Etat. C'est cette essence qu'ont oubliée et déformée MM. les Plékhanov (chauvins avoués qui ont trahi le marxisme), les Kautsky (hommes du " centre ", c'est-à-dire qui balancent entre le chauvinisme et le marxisme), et d'une façon générale tous les social-démocrates, les socialistes-révolutionnaires et leurs pareils qui dominent aujourd'hui.

On s'en tient quitte avec des phrases, on se cantonne dans le silence, on se dérobe, on se congratule mille fois à l'occasion de l'avènement de la révolution, et l'on ne veut pas réfléchir à ce que sont les Soviets des députés ouvriers et soldats. On ne veut pas voir cette vérité évidente que, pour autant que ces Soviets existent, pour autant qu'ils sont Je pouvoir, il existe en Russie un Etat du type de la Commune de Paris.

J'ai souligné : " pour autant ". Car ce n'est qu'un pouvoir embryonnaire. Par un accord direct avec le Gouvernement provisoire bourgeois, et par diverses concessions de fait, il a livré lui-même, et il continue de livrer des positions à la bourgeoisie.

Pourquoi ? Serait-ce que Tchkhéidzé, Tsérétéli, Stéklov et Cie commettent une " erreur " ? Allons donc ! Un philistin pourrait le penser, mais non un marxiste. La raison en est dans le degré insuffisant de conscience et d'organisation des prolétaires et des paysans. L'" erreur " des leaders susdits, c'est leur position petite-bourgeoise, c'est qu'ils obscurcissent la conscience des ouvriers au lieu de l'éclairer, qu'ils inculquent des illusions petites-bourgeoises au lieu de les réfuter, qu'ils affermissent l'influence de la bourgeoisie sur les masses, au heu de les soustraire à cette influence.

Cela seul doit suffire à faire comprendre pourquoi nos camarades, eux aussi, commettent tant d'erreurs en posant " simplement " la question : faut-il renverser tout de suite le Gouvernement provisoire ?

Je réponds : 1. il faut le renverser, car c'est un gouvernement oligarchique, bourgeois, et non populaire ; il rte peut donner ni la paix, ni le pain, ni la liberté complète ; 2. on ne peut pas le renverser en ce moment, car il repose sur un accord direct et indirect, formel et de fait, avec les Soviets des députés ouvriers et, tout d'abord, avec le Soviet principal, celui de Pétrograd ; 3. on ne peut, en général, le " renverser " par la méthode habituelle, parce qu'il prend appui sur la bourgeoisie que " soutient " le second gouvernement, le Soviet des députés ouvriers ; or, ce dernier gouvernement est le seul gouvernement révolutionnaire possible, le seul qui exprime directement la conscience et la volonté de la majorité des ouvriers et des paysans. L'humanité n'a pas encore élaboré, et nous ne connaissons pas jusqu'à ce jour de type de gouvernement meilleur, supérieur aux Soviets des députés ouvriers, salariés agricoles, paysans et soldats.

Pour devenir le pouvoir, les ouvriers conscients doivent conquérir la majorité : aussi longtemps qu'il n'y a pas de violence exercée sur les masses il n'est point d'autre chemin conduisant au pouvoir. Nous ne sommes pas des blanquistes3, des partisans de la prise du pouvoir par une minorité. Nous sommes des marxistes, partisans de la lutte de classe prolétarienne contre les entraînements petits-bourgeois, le chauvinisme défensiste, la phrase, la dépendance vis-à-vis de la bourgeoisie.

Créons un parti communiste prolétarien ; les meilleurs partisans du bolchévisme en ont déjà créé les éléments. Groupons-nous pour une action de classe prolétarienne ; et les prolétaires, les paysans pauvres se rallieront à nous, toujours plus nombreux. Car la vie détruira chaque jour davantage les illusions petites-bourgeoises des " social-démocrates ", des Tchkhéidzé, Tsérétéli, Stéklov et autres, des " socialistes-révolutionnaires ", des petits bourgeois plus " purs " encore, etc., etc.

La bourgeoisie est pour un pouvoir bourgeois unique.

Les ouvriers conscients sont pour le pouvoir unique des Soviets des députés ouvriers, salariés agricoles, paysans et soldats, pour un pouvoir unique préparé non par des aventures, mais en éclairant la conscience du prolétariat, en l'affranchissant de l'influence de la bourgeoisie.

La petite bourgeoisie — " social-démocrates ", socialistes-révolutionnaires, etc., etc. — entrave par ses hésitations cet éclaircissement, cet affranchissement.

Tel est le véritable rapport de forces entre les classes en présence. C'est lui qui détermine nos tâches.

N. Lénine.

Publié dans la Pravda, n° 28, du 22 (9) avril 1917.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LES TACHES DU PROLÉTARIAT DANS NOTRE RÉVOLUTION

PROJET DE PLATE-FORME POUR LE PARTI DU PROLÉTARIAT

Le moment historique que traverse actuellement la Russie est caractérisé par les traits essentiels que voici :

LE CARACTÈRE DE CLASSE DE LA RÉVOLUTION ACCOMPLIE

1.  L'ancien pouvoir tsariste, qui ne représentait qu'une poignée de propriétaires féodaux commandant toute la machine de l'Etat (armée, police, bureaucratie), est vaincu et renversé, mais il n'est pas achevé. La monarchie n'est pas anéantie formellement. La bande des Romanov continue ses intrigues monarchistes. L'immense propriété terrienne des grands féodaux n'est pas supprimée.                                                                             

2.  Le pouvoir en Russie est passé entre les mains d'une classe nouvelle, savoir : bourgeoisie et grands propriétaires embourgeoisés. Pour autant, la révolution démocratique bourgeoise est achevée en Russie.

Une fois au pouvoir, la bourgeoisie a fait bloc (alliance) avec les éléments manifestement monarchistes, qui s'étaient signalés, de 1906 à 1917, par leur zèle inouï à soutenir Nicolas le Sanguinaire et Stolypine le Pendeur4 (Goutchkov et les autres hommes politiques placés à droite des cadets). Le nouveau gouvernement bourgeois de Lvov et Cie a tenté et commencé de négocier avec les Romanov la restauration de la monarchie en Russie. Sous le couvert d'une phraséologie révolutionnaire, il nomme, aux postes de commande, les partisans de l'ancien régime. Il s'attache à réformer le moins possible tout le mécanisme de l'appareil d'Etat (armée, police, bureaucratie), qu'il a remis entre les mains de la bourgeoisie. A l'initiative révolutionnaire de l'action des masses et à la prise du pouvoir par en bas, par le peuple, — seule garantie des succès réels de la révolution, — le nouveau gouvernement met déjà toute sorte d'obstacles.

Il n'a pas encore fixé même la date de la convocation de l'Assemblée constituante. Il ne touche point à la grande propriété foncière, cette base matérielle du tsarisme féodal. Il ne songe même pas à enquêter sur les agissements des établissements financiers monopoleurs, des grandes banques, des syndicats et cartels capitalistes, etc., à divulguer leurs agissements, à contrôler ces établissements.

Les principaux postes ministériels, les postes décisifs du nouveau gouvernement (ministère de l'Intérieur, ministère de la Guerre, c'est-à-dire le commandement de l'armée, de la police, des fonctionnaires, de tout l'appareil d'oppression des masses), appartiennent à des monarchistes avérés et à des partisans de la grande propriété foncière. Les cadets, républicains d'hier, républicains malgré eux, se sont vu attribuer des postes secondaires, n'ayant pas de rapport direct au commandement exercé sur le peuple et à l'appareil du pouvoir. A. Kérenski, représentant des troudoviks, et, " socialiste-lui-aussi ", ne joue absolument aucun rôle, si ce n'est qu'il endort par des phrases retentissantes la vigilance et l'attention du peuple.

Pour toutes ces raisons le nouveau gouvernement bourgeois ne mérite, même en politique intérieure, aucune confiance de la part du prolétariat, et celui-ci ne saurait lui donner aucun appui.

LA POLITIQUE EXTÉRIEURE DU NOUVEAU GOUVERNEMENT

3. En ce qui concerne la politique extérieure, que les conditions objectives situent maintenant au premier plan, le nouveau gouvernement est un gouvernement de continuation de la guerre impérialiste en alliance avec les puissances impérialistes, Angleterre, France, etc. pour le partage du butin capitaliste, pour l'étranglement des peuples, petits et faibles.

Soumis aux intérêts du capital russe et de son puissant protecteur et maître, le capital impérialiste anglo-français, le plus riche du monde, — le nouveau gouvernement, malgré les vœux formulés de la façon la plus précise, au nom de l'indéniable majorité des peuples de Russie, par le Soviet des députés soldats et ouvriers, n'a entrepris rien de concret pour mettre fin au massacre des peuples, visant à assurer les intérêts des capitalistes. Il n'a pas même publié les traités secrets de spoliation manifeste (sur le partage de la Perse, le pillage de la Chine, le pillage de la Turquie, le partage de l'Autriche, le rapt de la Prusse orientale et des colonies allemandes, etc.), qui lient manifestement la Russie aux forbans du capital impérialiste anglo-français. Il a confirmé ces traités, conclus par le tsarisme qui, pendant des siècles, a pillé et opprimé plus de peuples que les autres tyrans et despotes, — par le tsarisme qui, non content d'opprimer, déshonorait et corrompait le peuple grand-russe, dont il avait fait le bourreau des autres peuples.

Ayant confirmé les traités d'infamie et de brigandage, le nouveau gouvernement, contrairement à la volonté de la majorité des peuples de Russie, clairement exprimée par les Soviets des députés ouvriers et soldats, n'a pas proposé l'armistice immédiat à tous les peuples en guerre. Il s'est borné à prodiguer des déclarations et des phrases solennelles, sonores et pompeuses, mais absolument vides, qui, dans la bouche des diplomates bourgeois, ont toujours servi et servent encore à tromper les masses confiantes et naïves du peuple opprimé.

4.  Aussi le nouveau gouvernement ne mérite pas la moindre confiance en politique extérieure ; bien plus, le sommer à nouveau de proclamer la volonté de paix des peuples de Russie, de renoncer aux annexions, etc., etc., c'est au fond duper simplement le peuple, lui faire concevoir des espérances irréalisables, retarder sa prise de conscience, lui faire accepter indirectement la prolongation d'une guerre dont le vrai caractère social n'est pas déterminé par des souhaits pieux, mais par la nature de classe du gouvernement qui la fait, par le lien qui rattache la classe représentée par ce gouvernement au capital financier impérialiste de Russie, d'Angleterre, de France, etc., par la politique réelle et effective pratiquée par cette classe.

L'ORIGINALE DUALITÉ DU POUVOIR ET SA SIGNIFICATION DE CLASSE

5.  La particularité essentielle de notre révolution, celle qui sollicite le plus impérieusement une attention réfléchie, c'est la dualité de pouvoir qui s'est établie dès le lendemain de la victoire de la révolution.

Cette dualité de pouvoir se manifeste par l'existence de deux gouvernements : le gouvernement principal, véritable, effectif de la bourgeoisie, le " Gouvernement provisoire " de Lvov et Cie, qui détient tous les organes du pouvoir, et un gouvernement supplémentaire, accessoire, un gouvernement de " contrôle ", représenté par le Soviet des députés ouvriers et soldats de Pétrograd, qui ne délient pas les organes du pouvoir d'Etat, mais qui prend directement appui sur la majorité indéniable du peuple, sur les ouvriers et les soldats en armes.

L'origine sociale de cette dualité de pouvoir et sa signification de classe, c'est que la révolution de mars 1917, non seulement a balayé toute la monarchie tsariste et remis tout le pouvoir à la bourgeoisie, mais qu'elle touche de près à la dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie. C'est justement cette dictature (c'est-à-dire un pouvoir appuyé non sur la loi, mais sur la force directe des masses armées de la population), c'est justement la dictature des classes ci-dessus mentionnées que représentent le Soviet des députés ouvriers et soldats de Pétrograd et les autres Soviets en province.

6. Une autre particularité éminemment importante de la révolution russe, c'est que le Soviet des députés ouvriers et soldats de Pétrograd, qui, tout porte à le croire, jouit de la confiance de la majorité des Soviets locaux, remet volontairement le pouvoir à la bourgeoisie et à son Gouvernement provisoire, cède volontairement à ce dernier la primauté, après entente avec lui pour le soutenir, se borne au rôle d'observateur contrôlant la convocation de l'Assemblée constituante (dont la date n'a même pas été publiée jusqu'ici par le Gouvernement provisoire).

Cette situation extrêmement originale, jamais vue sous cet aspect dans l'histoire, a donné lieu à cet entrelacs, à cet amalgame de deux dictatures : la dictature de la bourgeoisie (car le gouvernement de Lvov et Cie est une dictature, c'est-à-dire un pouvoir appuyé non sur la loi et non sur l'expression préalable de la volonté populaire, mais sur un coup de force, — coup de force opéré par une classe déterminée, en l'occurrence, la bourgeoisie) et la dictature du prolétariat et de la paysannerie (le Soviet des députés ouvriers et soldats).

Il ne fait pas le moindre doute que cet " entrelacs " ne peut tenir longtemps. Deux pouvoirs ne sauraient exister dans un Etat. L'un des deux doit être réduit à néant, et dès maintenant toute la bourgeoisie de Russie travaille de toutes ses forces, par tous les moyens et en tous lieux, à supprimer et débiliter, à réduire à néant les Soviets des députés soldats et ouvriers, et à créer l'unité de pouvoir de la bourgeoisie.

La dualité de pouvoir ne reflète qu'une période transitoire du développement de la révolution, lorsque cette dernière est allée au delà d'une révolution démocratique bourgeoise ordinaire, mais n'est pas encore arrivée à la " pure " dictature du prolétariat et de la paysannerie. La signification de classe (et l'explication de classe) de cet état de transition instable est celle-ci : notre révolution a, comme toute autre révolution, exigé des masses qu'elles fassent preuve du plus grand héroïsme et d'abnégation pour la lutte contre le tsarisme ; en outre, elle a d'un coup entraîné dans le mouvement une quantité incroyable de simples habitants.

Un des principaux caractères scientifiques, politiques et pratiques de toute révolution véritable, c'est l'augmentation extraordinairement rapide, subite et brusque du nombre d'" habitants " qui commencent d'eux-mêmes à participer activement à la vie politique, à l'organisation de l'Etat.

De même la Russie. La Russie est aujourd'hui en ébullition. Des millions et des dizaines de millions d'hommes en léthargie politique depuis dix ans, politiquement ployés sous le joug épouvantable du tsarisme et accablés par leur labeur de forçat au profit des grands propriétaires fonciers et des fabricants, se sont éveillés et aspirent à la vie politique. Que sont ces millions et ces dizaines de millions d'hommes ? Pour la plupart, des petits patrons, des petits bourgeois, des gens tenant le milieu entre les capitalistes et les ouvriers salariés. La Russie est le pays le plus petit-bourgeois de l'Europe.

Une formidable vague petite-bourgeoise submerge tout ; elle écrase non seulement par son nombre, mais aussi par son idéologie, le prolétariat conscient, c'est-à-dire qu'elle a contaminé de très larges milieux ouvriers en leur communiquant ses conceptions petites-bourgeoises en politique. La petite bourgeoisie défend dans son existence de la bourgeoisie, parce que vivant elle-même en patron et non en prolétaire (par la place qu'elle occupe dans la production sociale). Par sa façon de penser, elle suit la bourgeoisie.

Crédulité inconsciente envers les capitalistes, ces pires ennemis de la paix et du socialisme, — voilà ce qui caractérise la politique actuelle des masses en Russie ; voilà ce qui a surgi avec une rapidité révolutionnaire sur le terrain économique et social du pays le plus petit-bourgeois d'Europe. Voilà la base de classe de l'" accord " (je souligne que je parle moins de l'accord formel que du soutien de fait, de l'accord tacite, de la crédulité inconsciente avec laquelle on cède le pouvoir) entre le Gouvernement provisoire et le Soviet des députés ouvriers et soldats, — accord qui a livré aux Goutchkov le gros morceau, le véritable pouvoir, et au Soviet les promesses, les honneurs (momentanément), les flatteries, les phrases, les assurances, les salamalecs des Kérenski.

L'insuffisance numérique du prolétariat russe, son degré insuffisant de conscience et d'organisation, voilà l'autre face de la médaille. Tous les partis populistes, socialistes-révolutionnaires y compris, ont toujours été petits-bourgeois ; de même le parti du Comité d'organisation (Tchkhéidzé, Tsérétéli et autres) ; de même les révolutionnaires sans-parti (Stéklov et autres) ont cédé à la vague, ne l'ont pas surmontée, n'en ont pas eu le temps.

CARACTÈRE ORIGINAL DE LA TACTIQUE, RÉSULTAT DE CE QUI PRÉCÈDE

7. Pour un marxiste, qui doit tenir compte des faits objectifs, des masses et des classes, et non des individus, etc., l'originalité marquée plus haut de la situation réelle détermine nécessairement l'originalité de la tactique au moment présent.

Cette originalité met au premier plan la nécessité de verser " du vinaigre et du fiel dans l'eau sucrée des phrases démocratiques révolutionnaires " (selon l'expression — remarquablement juste — employée hier à Pétrograd par Théodorovitch, mon camarade du Comité central de notre Parti, au congrès des employés et ouvriers des chemins de fer de Russie). Travail de critique ; explication des erreurs des partis petits-bourgeois, socialiste-révolutionnaire et social-démocrate ; préparation et groupement des éléments d'un parti prolétarien conscient, communiste ; affranchissement du prolétariat de la griserie petite-bourgeoise " générale ".

Cela semble n'être " simplement " que de la propagande. C'est en réalité un travail révolutionnaire des plus pratiques ; car il n'est pas possible de faire progresser une révolution qui s'est arrêtée, grisée par la phrase et qui " marque le pas ", non point à cause des obstacles extérieurs, non point à cause de la violence exercée par la bourgeoisie (Goutchkov ne fait encore que menacer d'user de la violence contre la masse des soldats), mais à cause de la crédule inconscience des masses.

Ce n'est qu'en combattant cette crédulité inconsciente (on ne peut et on ne doit la combattre que sur le terrain des idées, par la persuasion fraternelle, par un rappel de l'expérience vécue), que nous pouvons nous dégager de l'emprise de la phrase révolutionnaire déchaînée et stimuler réellement la conscience prolétarienne, comme la conscience des masses, comme leur initiative locale, audacieuse et décidée ; stimuler la réalisation spontanée, le développement et la consolidation des libertés, de la démocratie, du principe de la possession de toutes les terres par le peuple tout entier.

8. Dans le monde entier, l'expérience des gouvernements de la bourgeoisie et des grands propriétaires fonciers a élaboré deux procédés pour maintenir le peuple dans l'oppression. D'abord la violence. Nicolas Romanov Ier — Nicolas la Trique, et Nicolas II — le Sanguinaire, ont montré au peuple russe le maximum de ce qui est possible et impossible avec ce procédé de tortionnaire. Mais il est un autre procédé, poussé à la perfection par la bourgeoisie anglaise et la bourgeoisie française, " instruites " par une série de grandes révolutions et de mouvements révolutionnaires des masses. C'est le mensonge, la flatterie, la phrase, les promesses sans nombre, les aumônes d'un sou, les concessions futiles, pour garder l'essentiel.

Ce qui fait l'originalité du moment actuel en Russie, c'est le passage vertigineux du premier procédé au second, de la violence exercée sur le peuple aux flatteries et aux promesses mensongères à lui prodiguées. Comme le chat de la fable5, Milioukov et Goutchkov écoutent et n'en font qu'à leur tête. Ils détiennent le pouvoir, préservant les profits du Capital, font la guerre impérialiste dans l'intérêt du capital russe et anglo-français et se bornent à répondre avec des promesses, des déclamations, des phrases à effet, aux discours des " cuisiniers " comme Tchkhéidzé, Tsérétéli, Stéklov, qui menacent, exhortent, conjurent, supplient, exigent, proclament... Le chat écoute et n'en fait qu'à sa tête.

Or, la crédule inconscience et l'inconsciente crédulité s'en iront chaque jour davantage, principalement chez les prolétaires et les paysans pauvres, à qui la vie (leur situation économique et sociale) apprend à ne pas croire les capitalistes.

Les chefs de la petite bourgeoisie " doivent " enseigner au peuple la confiance en la bourgeoisie. Les prolétaires doivent lui enseigner la méfiance.

LA DÉFENSE NATIONALE RÉVOLUTIONNAIRE ET SA SIGNIFICATION DE CLASSE

9. La défense nationale révolutionnaire doit être considérée comme la manifestation la plus sérieuse, îa plus éclatante de la vague petite-bourgeoise qui a " presque tout " submergé. C'est elle le pire ennemi de la progression et du succès de la révolution russe.

Quiconque a cédé sur ce point et n'a pas su se dégager, est perdu pour la révolution. Mais les masses cèdent autrement que les chefs ; et elles se dégagent autrement, par une autre voie de développement, par d'autres procédés.

La défense nationale révolutionnaire est, d'une part, le fruit de la duperie des masses par la bourgeoisie, le fruit de la crédule inconscience des paysans et d'une partie des ouvriers ; d'autre part, elle est l'expression des intérêts et de la mentalité du petit patron, intéressé jusqu'à un certain point aux annexions et aux profits bancaires, " pieux " gardien des traditions du tsarisme qui a corrompu les Grands-Russes, dont il avait fait des bourreaux pour les autres peuples.

La bourgeoisie trompe le peuple en spéculant sur la noble fierté de la révolution ; elle cherche à faire croire que le caractère politique et social de la guerre s'est modifié pour la Russie depuis cette étape de la révolution, du fait que la monarchie tsariste a été remplacée par la quasi-république de Goutchkov-Milioukov. Et le peuple a cru — momentanément — par suite surtout des préjugés de l'ancien temps, qui font à ses yeux des autres nationalités de la Russie une sorte de propriété, d'apanage des Grands-Russes. Cette infâme corruption du peuple grand-russe par le tsarisme, qui lui a appris à considérer les autres peuples comme quelque chose d'inférieur, appartenant " de droit " à la Grande-Russie, ne pouvait se dissiper d'emblée.

Ce qu'il nous faut, s'est savoir expliquer aux masses que le caractère politique et social de la guerre n'est pas déterminé par la " bonne volonté " des individus et des groupes ou même des peuples, mais par la situation où se trouve la classe qui fait la guerre, par la politique de cette classe, politique dont la guerre est le prolongement, par les relations du Capital, force économique dominante de la société d'aujourd'hui, par le caractère impérialiste du capital international, par la dépendance — financière, bancaire, diplomatique — de la Russie à l'égard de l'Angleterre, de la France, etc. Savoir l'expliquer aux masses de façon intelligible n'est pas chose facile, et nul d'entre nous n'aurait pu du premier coup s'acquitter de cette tâche sans commettre d'erreurs.

Mais l'orientation ou plus exactement le contenu de notre propagande doit être celui-là, et celui-là seul. La moindre concession à la défense nationale révolutionnaire est une trahison du socialisme, l'abandon complet de l'internationalisme, quelles que soient les belles phrases et les considérations " pratiques " dont on le justifie.

Le mot d'ordre " A bas la guerre ! " est évidemment juste, mais il ne tient pas compte des tâches particulières du moment, de la nécessité d'aborder autrement les grandes masses. A mon avis, il ressemble au mot d'ordre " A bas le tsar ! " qu'un agitateur maladroit du " bon vieux temps " apportait tout bonnement au village... et se faisait rosser. Les partisans de la défense nationale révolutionnaire dans les masses sont de bonne foi, non point en tant qu'individus, mais au point de vue de classe, car ils appartiennent aux classes (ouvriers et paysans pauvres) qui n'ont réellement rien à gagner aux annexions ni à l'étranglement des autres peuples. Autre chose sont les bourgeois et MM. " les intellectuels " ; ceux-là savent fort bien qu'il est impossible de renoncer aux annexions sans renoncer à la domination du Capital, et ils trompent cyniquement les masses avec de belles phrases, des promesses sans mesure, des assurances sans nombre.

Les partisans de la défense nationale dans les masses considèrent la chose sans malice, en simples habitants : " Je ne veux pas d'annexions, l'Allemand me "tombe dessus", je défends donc une cause juste et pas du (ont des intérêts impérialistes. " A ces gens-là il faut expliquer sans cesse qu'il ne s'agit pas de leurs désirs personnels, mais des rapports et conditions politiques, de masse et de classe, du lien de la guerre avec les intérêts du capital et le réseau bancaire international, etc. Cette façon de combattre l'idée de la défense nationale est la seule sérieuse et promet le succès, un succès qui ne sera peut-être pas très rapide, mais certain et durable.

COMMENT PEUT-ON TERMINER LA GUERRE ?

10. On ne peut terminer la guerre " quand on veut ". On ne peut pas la terminer sur décision d'une des parties. On ne peut pas la terminer en " fichant la baïonnette en terre ", pour employer l'expression d'un soldat partisan de la défense nationale.

On ne peut pas terminer la guerre par une " entente " entre socialistes de divers pays, par une " action " des prolétaires de tous les pays, par la " volonté " des peuples, etc. Toutes les phrases de ce genre, qui foisonnent dans les articles des journaux de-fensistes, semi-défensistes et semi-internationalistes, ainsi que dans les innombrables résolutions, appels et manifestes, dans les résolutions du Soviet des députés ouvriers et soldats, ne sont que souhaits bien intentionnés, innocents et vains de petits bourgeois. Rien de plus nocif que ces phrases sur " 1'" affirmation " [de la volonté! de paix chez les peuples ", sur le tour de l'action révolutionnaire du prolétariat (après le prolétariat russe, c'est le " tour " du prolétariat allemand), etc. Tout cela, c'est du louis-blancisme6, de doux rêves, c'est jouer aux " campagnes politiques ", mais en fait c'est répéter la fable du chat et du cuisinier.

La guerre n'est pas née de la mauvaise volonté des rapaces capitalistes, bien que, sans aucun doute, elle se fasse uniquement dans leur intérêt et n'enrichisse qu'eux-mêmes. Elle a été engendrée par un demi-siècle de développement du capitalisme mondial, par la multitude infinie de ses liens et de ses attaches. Il est impossible de s'arracher à la guerre impérialiste, impossible d'obtenir une paix démocratique, non imposée par la violence, sans renverser le pouvoir du Capital, sans faire passer le pouvoir à une autre classe, au prolétariat.

La révolution russe de février-mars 1917 a marqué le début de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile.

Cette révolution a fait le premier pas vers la cessation de la guerre. Seul le second pas — le passage du pouvoir au prolétariat — peut en assurer la cessation. Ce sera dans le monde entier le début de la " rupture du front ", du front des intérêts du Capital, et ce n'est qu'en rompant ce front que le prolétariat peut soustraire l'humanité aux horreurs de la guerre et lui dispenser les bienfaits d'une paix durable.

Et c'est en créant les Soviets des députés ouvriers que la révolution russe a déjà amené le prolétariat de Russie tout près de cette " rupture du front " du Capital.

LE NOUVEAU TYPE D'ÉTAT QUE CRÉE NOTRE RÉVOLUTION

11. Les Soviets des députés ouvriers, soldats, paysans et autres sont incompris non seulement en ce sens que la plupart des gens ne se font pas une idée nette de la portée sociale, du rôle des Soviets dans la révolution russe. Ils ne sont pas compris non plus en tant que forme nouvelle, ou plus exactement en tant que nouveau type d'Etat.

Le type le plus parfait, le plus évolué d'Etat bourgeois, c'est la république démocratique parlementaire : le pouvoir y appartient au Parlement ; la machine de l'Etat, l'appareil administratif sont ceux de toujours : armée permanente, police, bureaucratie pratiquement non révocable, privilégiée, placée au-dessus du peuple.

Mais dès la fin du XIXe siècle, les époques révolutionnaires offrent un type supérieur d'Etat démocratique, un Etat qui, selon l'expression d'Engels, cesse déjà, sous certains rapports, d'être un Etat, " n'est plus un Etat au sens propre du terme ". C'est l'Etat du type de la Commune de Paris : il substitue à la police et à l'armée séparées de la nation, l'armement direct et immédiat du peuple. Là est l'essence de la Commune, vilipendée et calomniée par les écrivains bourgeois, et à laquelle, entre autres choses, on a attribué à tort l'intention d' " introduire " immédiatement le socialisme.

C'est précisément un Etat de ce type que la révolution russe a commencé de créer en 1905 et en 1917. La République des Soviets des députés ouvriers, soldats, paysans et autres, unis au sein d'une Assemblée constituante des représentants du peuple de Russie, ou dans un Conseil des Soviets, etc., voilà ce qui naît aujourd'hui, à l'heure actuelle, sur l'initiative des masses innombrables du peuple qui crée spontanément la démocratie, à sa manière, sans attendre que MM. les professeurs cadets aient rédigé leurs projets de loi pour une république parlementaire bourgeoise, ni que les pédants et les routiniers de la " social-démocratie " petite-bourgeoise, tels que M. Plékhanov ou Kautsky, aient renoncé à falsifier la doctrine marxiste de l'Etat.

Le marxisme se distingue de l'anarchisme en ce qu'il reconnaît la nécessité de l'Etat et du pouvoir d'Etat pendant la période révolutionnaire en général, et pendant l'époque de transition du capitalisme au socialisme, en particulier. Le marxisme se distingue du " social-démocratisme " petit-bourgeois, opportuniste de MM. Plékhanov, Kautsky et Cie, en ce qu'il reconnaît la nécessité, pour ces périodes, d'un Etat qui ne soit pas une république parlementaire bourgeoise ordinaire, mais tel que fut la Commune de Paris.

Les principaux traits qui distinguent ce type d'Etat de l'ancien sont les suivants :

Le retour est des plus faciles de la république parlementaire bourgeoise à la monarchie (l'histoire l'a prouvé), tout l'appareil d'oppression demeurant intact : armée, police, bureaucratie. La Commune et les Soviets des députés ouvriers, soldats, paysans, etc. brisent et suppriment cet appareil.

La république parlementaire bourgeoise entrave, étouffe la vie politique autonome des masses, leur participation directe à l'organisation démocratique de toute la vie de l'Etat, de bas en haut. Les Soviets des députés ouvriers et soldats font le contraire.

Ils reproduisent le type d'Etat élaboré par la Commune de Paris, et que Marx a appelé la " forme politique enfin trouvée où peut s'accomplir l'affranchissement économique des travailleurs ".

On objecte d'ordinaire que le peuple russe n'est pas encore préparé pour l'" instauration " de la Commune. C'est l'argument des féodaux qui prétendaient que les paysans n'étaient pas préparés pour la liberté. La Commune, c'est-à-dire les Soviets des députés ouvriers et paysans, n'" instaure ", n'a l'intention d'" instaurer " et ne doit instaurer aucune transformation avant que celle-ci ne soit venue à pleine maturité, et dans la réalité économique, et dans la conscience de l'immense majorité du peuple. Plus la débâcle économique et la crise engendrée par la guerre sont graves, et plus la nécessité s'impose d'une forme politique aussi parfaite que possible, facilitant la guérison des horribles blessures que la guerre a faites à l'humanité. Moins le peuple russe a d'expérience en matière d'organisation, et plus résolument il faut entreprendre l'œuvre d'organisation par le peuple lui-même, au lieu de l'abandonner aux seuls politiciens bourgeois et aux fonctionnaires pourvus de " sinécures lucratives ".

Plus tôt nous aurons dépouillé les vieux préjugés du pseudo-marxisme, du marxisme dénaturé par MM. Plékhanov, Kautsky et consorts, plus nous mettrons de zèle à aider le peuple à former dès aujourd'hui et partout des Soviets des députés ouvriers et paysans, et à prendre en main toute la vie, plus longtemps MM. Lvov et consorts reculeront la convocation de la Constituante, et plus il sera facile au peuple de faire son choix (par l'Assemblée constituante ou sans elle, si Lvov ne la convoque pas de longtemps) en faveur de la République des Soviets des députés ouvriers et paysans. Des erreurs sont inévitables au début, quand le peuple lui-même organise cette œuvre d'édification nouvelle, mais mieux vaut commettre quelques erreurs et aller de l'avant que d'attendre que les professeurs en droit réunis par M. Lvov aient rédigé des lois sur la convocation de l'Assemblée constituante et la perpétuation de la république parlementaire bourgeoise, sur l'étranglement des Soviets des députés ouvriers et paysans.

Si nous nous organisons, et si nous savons faire notre propagande avec intelligence, non seulement les prolétaires, mais les neuf dixièmes de la paysannerie seront contre le rétablissement de la police, contre la bureaucratie non révocable et privilégiée, contre l'armée séparée du peuple. Or, c'est en cela uniquement que consiste le nouveau type d'Etat.

12. Le remplacement de la police par une milice populaire est une réforme qui, dictée par toute la marche de la révolution, est en voie de réalisation dans la plupart des régions de la Russie. Nous devons expliquer aux masses que dans la plupart des révolutions bourgeoises du type ordinaire, cette réforme a été très éphémère, et que la bourgeoisie, même la plus démocratique et républicaine, a toujours rétabli la police du vieux type tsariste, séparée du peuple, commandée par des bourgeois et capable d'opprimer le peuple de toutes les manières.

Pour empêcher le rétablissement de la police, il n'est qu'un seul moyen : c'est de créer une milice populaire, fondue avec l'armée (armement général du peuple, à la place de l'armée permanente). Feront partie de cette milice tous les citoyens et citoyennes sans exception de 15 à 65 ans (s'il est permis, par ces limites d'âge approximatives, d'indiquer la participation des adolescents et des vieillards). Les capitalistes payeront aux ouvriers salariés, aux domestiques, etc., les journées consacrées au service civique dans la milice. Tant que les femmes ne seront pas appelées à participer librement à la vie politique en général, mais aussi à s'acquitter d'un service civique permanent et universel, il ne peut être question de socialisme, ni même d'une démocratie intégrale et durable. Les fonctions de " police", telles que l'assistance aux malades et aux enfants abandonnés, le contrôle de l'alimentation, etc., ne peuvent en général être assurées de façon satisfaisante tant que les femmes n'auront pas obtenu l'égalité non point nominale, mais effective.

Empêcher le rétablissement de la police, appliquer les capacités organisatrices du peuple entier à la création d'une milice dont le service est exercé par toute la population, voilà les tâches que le prolétariat doit porter dans les masses pour la sauvegarde, l'affermissement et le développement de la révolution.

PROGRAMMES AGRAIRE ET NATIONAL

13. A l'heure actuelle nous ne pouvons savoir exactement si une puissante révolution agraire va se développer d'ici peu dans les campagnes russes. Nous ne pouvons savoir quelle est exactement la profondeur de la différenciation de classe qui s'opère dans la paysannerie, — et qui s'est à coup sûr accentuée ces derniers temps, — et la divise en ouvriers agricoles, saisonniers ou permanents, et paysans pauvres (" semi-prolétaires "), d'une part, et paysans aisés et moyens (capitalistes grands et petits), de l'autre. L'expérience seule peut résoudre et résoudra ces questions.

Mais notre devoir absolu, en tant que parti du prolétariat, est non seulement de présenter dès aujourd'hui un programme agraire, mais aussi de préconiser des mesures pratiques immédiatement réalisables, et commandées par l'intérêt de la révolution agraire paysanne en Russie.

Nous devons exiger la nationalisation de toutes les terres dans le pays, c'est-à-dire leur remise en toute propriété au pouvoir central. Ce dernier déterminera l'importance, etc. du fonds de migration, promulguera des lois pour la protection des forêts et l'amendement des terres, etc. ; il interdira expressément toute médiation entre le possesseur des terres — l'Etat, et leur locataire — le cultivateur (interdiction de toute sous-location de la terre). Par contre, ce sont les Soviets régionaux et locaux des députés paysans — et nullement la bureaucratie, les fonctionnaires — qui disposeront, entièrement et exclusivement, de la terre et fixeront les conditions locales de possession et de jouissance.

Afin d'améliorer la technique de la production de blé et d'augmenter celle-ci ; afin de développer la grande exploitation rationnelle et d'en assurer le contrôle public, nous devons travailler, au sein des comités paysans, à faire de tout grand domaine exproprié une grande exploitation modèle, placée sous le contrôle des Soviets des députés salariés agricoles.

Contrairement à la phrase et à la politique petites-bourgeoises qui règnent chez les socialistes-révolutionnaires et surtout dans leurs bavardages sur la norme " de consommation " ou " de travail ", sur la " socialisation de la terre ", etc., le parti du prolétariat doit s'attacher à prouver que le système de la petite exploitation, en régime de production marchande, ne peut pas affranchir l'humanité de la misère des masses, de leur oppression.

Le parti du prolétariat doit démontrer, sans opérer immédiatement et obligatoirement la scission dans les Soviets des députés paysans, la nécessité de Soviets distincts de députés des salariés agricoles et de Soviets distincts de députés des paysans pauvres (semi-prolétaires), ou tout au moins de conférences permanentes des députés appartenant à ces catégories sociales, conférences qui seraient organisées sous la forme de fractions ou de partis distincts au sein des Soviets communs des députés paysans. Faute de quoi, la doucereuse phraséologie petite-bourgeoise des populistes sur la paysannerie en général ne fera que voiler la duperie de la masse non possédante par la paysannerie aisée, simple variété de capitalistes.

Contrairement à la prédication libérale bourgeoise ou purement bureaucratique à laquelle se livrent nombre de socialistes-révolutionnaires et de Soviets des députés ouvriers et soldats, qui recommandent aux paysans de ne pas s'emparer des terres des grands propriétaires fonciers et de ne pas entreprendre la réforme agraire avant la convocation de l'Assemblée constituante, le parti du prolétariat doit appeler les paysans à réaliser immédiatement, et de leur propre autorité, la réforme agraire et à procéder, sur décision des Soviets locaux des députés paysans, à la confiscation immédiate des terres appartenant aux grands propriétaires fonciers.  

Ce faisant, il importe tout particulièrement d'insister sur la nécessité d'augmenter la production de denrées alimentaires pour les soldats du front et pour les villes, de souligner que tout préjudice, toute détérioration du bétail, des outils, machines, bâtiments, etc., etc. est absolument inadmissible.

14. Dans la question nationale, le parti prolétarien préconisera avant tout la proclamation et l'application immédiate de la liberté absolue de se séparer de la Russie, pour toutes les nations et nationalités opprimées par le tsarisme et rattachées par la force ou maintenues par la force dans le cadre de l'Etat russe, c'est-à-dire annexées.

Toutes les déclarations, proclamations et manifestes sur la renonciation aux annexions, non accompagnés de l'application effective de la liberté de séparation, ne sont que mensonges bourgeois destinés à tromper le peuple, ou souhaits innocents de petits bourgeois.

Le parti prolétarien aspire à la création d'un Etat aussi vaste que possible, car tel est l'intérêt des travailleurs ; il aspire au rapprochement, à la fusion des nations, mais il veut atteindre ce but non par la violence, mais uniquement par l'union libre et fraternelle des masses d'ouvriers et de travailleurs de toutes les nations.

Plus la République de Russie sera démocratique, mieux elle s'organisera en République des Soviets des députés ouvriers et paysans, et plus puissante sera la force d'attraction qui portera librement vers elle les masses laborieuses de toutes les nations.

Entière liberté de séparation, autonomie locale (et nationale) aussi large que possible, garanties minutieusement élaborées des droits des minorités nationales, tel est le programme du prolétariat révolutionnaire.

NATIONALISATION DES BANQUES ET DES SYNDICATS CAPITALISTES

15. Le parti du prolétariat ne peut en aucune façon se proposer d'" introduire " le socialisme dans un pays de petits paysans, tant que l'immense majorité de la population n'aura pas pris conscience de la nécessité d'une révolution socialiste. Mais seuls des sophistes bourgeois, qui s'abritent derrière des formules " quasi-marxistes ", peuvent déduire de cette vérité la justification d'une politique ajournant les mesures révolutionnaires urgentes, parfaitement mûr