
K. Marx
Le Capital
Livre III – Section I
La transformation de la plus-value en profit et du taux de plus-value en taux de profit
Table des matières
Ch. I : Prix de revient et profit *
Ch. II : Le taux de profit *Ch. III : Rapport entre le taux du profit et le taux de la plus-value *
I. pl' constant, v/C variable. *
1. pl' et C constants, v variable. *
2. pl' constant, v variable et C modifié par la variation de v. *
3. pl' et v constants, c et partant C variables. *
4. pl' constant, v, c et C variables *II. pl' variable. *
1. pl' variable, v/C constant. *
2. pl' et v variables, C constant. *
3. pl', v et C variables. *
Ch. IV : Action de la rotation sur le taux de profit. *Ch. V : Économie dans l’emploi du capital constant *
I. Considérations générales. *II. Économies aux dépens des ouvriers dans les conditions du travail. *III. Économie dans la production et la transmission de la force mécanique et dans les bâtiments. *IV. Utilisation des résidus de la production. *V. Économie due aux inventions. *
Ch. VI : Effets des variations de prix *
I. Oscillations des prix de la matière première. Leurs effets directs sur le taux du profit. *II. Renchérissement et dépréciation. Dégagement et engagement de capital. *III. Exemple général : La crise du coton de 1861-1865. *
Ch. VII : Considérations complémentaires *
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Dans le premier volume nous avons analysé les phénomènes que présente le procès de production capitaliste pris isolément et abstraction faite de toutes les circonstances secondaires qui lui sont étrangères. Ce procès n'occupe pas toute l’existence du capital ; il est complété par le procès de circulation dont les phénomènes ont été étudiés dans le volume II. Cette étude, surtout dans la troisième section qui traite du procès de circulation comme intermédiaire de la reproduction sociale, a démontré que l'ensemble du procès de production capitaliste comprend les phénomènes de production et de circulation. Le troisième volume que nous publions maintenant n'a pas pour objet de développer des réflexions générales sur ce point; il se propose de rechercher et de caractériser les formes concrètes qui surgissent du mouvement du capital considéré dans son entier. Les formes concrètes, que les capitaux revêtent dans la production et dans la circulation, ne correspondent qu'a des cas spéciaux; celles que nous analyserons dans ce volume se rapprochent graduellement de ce qui se présente dans la société, sous l'influence de la concurrence et par l'action des capitaux les uns sur les autres, ainsi que dans la conscience même des agents de la production.
En régime capitaliste, la valeur de toute marchandise s'exprime par la formule : M = c + v + pl. Si nous retranchons de cette expression la plus-value pl, il reste la valeur qui remplace le capital c + v dépensé dans la production.
Si, par exemple, la fabrication d'un objet demande un capital de 500 £, soit 20 £ pour l'usure des moyens de travail, 380 £ pour les matières de production et 100 £ pour la force de travail, et si le taux de la plus-value est de 100 %, la valeur du produit sera 400 (c) + 100 (v) + 100 (pl) = 600 £.
Si nous retranchons de cette somme les 100 £ qui représentent la plus-value, il nous reste une valeur de 500 £ qui remplace simplement le capital dépensé. Cette partie de la valeur de la marchandise, qui équivaut au prix des moyens de production et de la force de travail, exprime ce que la marchandise coûte au capitaliste et représente le prix de revient. Elle diffère absolument de ce que coûte la production de la marchandise en elle-même. En effet, la plus-value faisant partie de la valeur de la marchandise ne coûte rien au capitaliste, pour la bonne raison qu'elle représente du travail non payé à l’ouvrier. Mais en régime capitaliste, l'ouvrier, dès qu'il est entré dans le procès de production, constitue un élément du capital productif en fonction, et comme le capitaliste, propriétaire de ce capital productif, est le véritable producteur de la marchandise, le prix de revient de celle-ci lui apparaît nécessairement comme son coût réel. Si nous désignons par K, le prix de revient, la formule M = c + v + pl devient M = K + pl, c'est-à-dire : valeur de la marchandise = prix de revient + plus-value.
Cette juxtaposition, dans l'expression du prix de revient, des différents éléments de la valeur de la marchandise qui remplacent la valeur du capital dépensé, caractérise la production capitaliste. Alors que la marchandise a comme coût réel la dépense de travail qui a été nécessaire pour la produire, son coût capitaliste se mesure d'après la dépense de capital qui a été faite pour. elle. Le prix de revient capitaliste diffère donc quantitativement du prix de revient réel; il est plus petit que la valeur de la marchandise, car de ce que M = K + pl, il résulte que K = M - pl. Le prix de revient ne se rencontre pas seulement dans la comptabilité capitaliste. Au cours de la production il se dégage continuellement du reste de la valeur de la marchandise; il reprend, par l'intermédiaire de la circulation, la forme de capital productif et sert au rachat des éléments qui ont été absorbés par la production.
Par contre, le prix de revient n'a rien à voir dans la création de la valeur de la marchandise, ni dans la mise en valeur du capital. Quand je sais que, dans une marchandise d'une valeur de 600 £, les 5/6 de cette valeur représentent les 500 £ de capital qui ont été dépensées pour la produire et qui sont nécessaires pour racheter les éléments qui la constituent, j'ignore absolument de quelle manière ces représentant le prix de revient et le dernier représentant la plus-value ont été produits. L'analyse montre cependant qu'en régime capitaliste le prix de revient acquiert l'apparence d'une catégorie de la production de la valeur.
Reprenons notre exemple et supposons que la valeur qu'un ouvrier produit pendant une journée sociale moyenne de travail s'exprime par une somme d'argent de 6 sh. La valeur du capital avancé, 500 £ = 400 (c) + 100 (v) est dans ce cas le produit de 1 666 ? journées de travail de 10 heures, dont 1333 ? journées sont cristallisées dans 400 (c) valeur des moyens de production, et 333 ? journées dans 100 (v), valeur de la force de travail. Le taux de la plus-value étant de 100 %, la production de la nouvelle marchandise coûte une dépense de force de travail égale à 100 (v) + 100 (pl) = 666 ? journées de travail de 10 heures.
Nous savons (vol. I, chap. IX, p. 94) que la valeur du nouveau produit de 600 £ se compose de la valeur du capital constant dépensé pour les moyens de production, soit 400 £, et d'une nouvelle valeur de 200 £. Le prix de revient de la marchandise (500 £) comprend ainsi les 400 (c), qui réapparaissent et la moitié (100 v) de la nouvelle valeur de 200 £, c'est-à-dire deux éléments d'origines absolument différentes.
Grâce à son caractère d'utilité, le travail accompli pendant les 666 ? journées de 10 heures transfère au produit la valeur des moyens de production consommés (400 £), valeur qui réapparaît dans le produit, non parce qu'elle a pris naissance au cours de la production, mais parce qu'elle existait dans le capital avancé. Le capital constant dépensé est donc reconstitué par la partie de la valeur de la marchandise qu'il y a ajoutée lui-même, ce qui fait que cet élément du prix de revient a un double rôle : d'une part, il fait partie du prix de revient, parce qu'il représente la partie de la valeur de la marchandise qui reconstitue le capital dépensé ; d'autre part, il fait partie de la valeur de la marchandise, parce qu'il est la valeur d'un capital dépensé, le prix des moyens de production.
Il en est tout autrement de l'autre élément du prix de revient. Le travail dépensé pendant les 666 ? journées de la production crée une nouvelle valeur de 200 £; mais une partie seulement de cette valeur reconstitue le capital variable avancé de 100 £, c'est-à-dire le prix de la force de travail employée, et ce capital n'est pour rien dans la création de la nouvelle valeur. Car, si dans le capital avancé la force de travail figure comme valeur, c'est dans le procès de production qu'elle se manifeste comme créatrice de valeur.
La différence entre les deux éléments du prix de revient saute aux yeux au moindre changement de la valeur du capital constant ou du capital variable. Supposons que le prix des moyens de production (le capital constant) passe de 400 à 600 £ ou descende à 200 £. Dans le premier cas, non seulement le prix de revient passe de 500 £ à 600 (c) +100 (v) = 700 £, mais la valeur de la marchandise s'élève également de 600 £ à 600 (c) + 100 (v) + 100 (pl) = 800 £ ; dans le second cas, il y a à la fois chute du prix de revient, qui tombe de 500 £ à 200 (c) + 100 (v) = 300 £, et baisse de la valeur de la marchandise, qui de 600 £ descend à 200 (c) + 100 (v) + 100 (pl) = 400 £. Toute hausse ou toute baisse du capital constant détermine, toutes autres circonstances égales, une variation correspondante de la valeur du produit. Supposons maintenant que le prix de la force de travail monte de 100 à 150 £ ou tombe à 50 £. Il en résultera que le prix de revient montera de 500 £ à 400 (c) + 150 (v) = 550 £, ou tombera de 500 £ à 400 (c) + 50 (v) = 450 £ ; mais il ne s'en suivra aucune variation de la valeur de la marchandise : celle-ci continuera à être de 600 £, ayant pour expression, dans le premier cas, 400 (c) + 150 (v) + 50 (pl) et, dans le second, 400 (c) + 50 (v) + 150 (pl). Le capital variable ne transfère pas sa valeur au produit ; dans celui-ci apparaît une nouvelle valeur créée par le travail. Une modification quantitative de la valeur du capital variable, déterminée exclusivement par une variation du prix de la force de travail, n'a aucune répercussion sur la nouvelle valeur créée par le travail ni, par conséquent, sur la valeur de la marchandise. Elle n'affecte que le rapport des deux parties de la nouvelle valeur, dont l'une représente la plus-value et dont l'autre renouvelle le capital variable, et entre à ce titre dans le prix de revient.
Les deux éléments du prix de revient (400 (c) + 100 (v) dans notre exemple) n'ont que ce point de commun, qu'ils reconstituent tous les deux le capital qui a été avancé.
Les choses apparaissent nécessairement d'une manière inverse, quand on les considère au point de vue de la production capitaliste. Celle-ci diffère entre autres de la production par esclaves, en ce que la valeur (le prix) de la force de travail s'y présente comme valeur (prix) du travail c'est-à-dire comme salaire (vol. I, chap. XVI), et que la partie variable du capital avancé y apparaît comme un capital dépensé en salaire, payant la valeur (le prix) de tout le travail accompli. Si, par ex., une journée moyenne de travail de 10 heures est exprimée par une somme de 6 sh., un capital variable de 100 £ sera l'expression monétaire de la valeur produite par 333 ? journées de 10 heures. Cependant la valeur de la force de travail qui figure dans le capital avancé ne fait pas partie du capital qui fonctionne réellement ; sa place est prise dans le procès de production par la force de travail elle-même. Si cette dernière est exploitée, comme dans notre exemple, à 100 %, elle ajoute au produit, lorsqu'elle est dépensée pendant 666 ? journées de 10 heures, une nouvelle valeur de 200 £. Or dans le capital avancé, c'est la partie variable de 100 £ qui se présente comme capital dépensé pour le salaire ou comme prix du travail accompli pendant les 666 ? journées de 10 heures; en divisant ces 100 £ par 666 ?, nous obtenons 3 sh, le prix de la journée de 10 heures, la valeur produite par un travail de 5 heures.
Si nous comparons le capital avancé et la valeur de la marchandise, nous trouvons que :
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Le capital avancé de 500 £ se compose de 400 £, dépensées en moyens de production, et de 100 £, dépensées pour le travail (prix de 666 ? journées de travail).
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La valeur (600 £) de la marchandise est constituée par les 500 £ du prix de revient (400 £, prix des moyens de production + 100 £, prix des 666 ? journées de travail) et par 100 £ de plus-value.
Dans ces expressions, le capital avancé pour le travail diffère de celui avancé pour les moyens de production de coton ou les charbons par ex.), uniquement parce qu'il sert à payer un élément de production d'une nature différente et nullement parce qu'il jouerait un rôle différent dans la création de la valeur et dans la mise en valeur du capital. Les moyens de production étant consommés utilement, leur prix réapparaît dans le prix de revient tel qu'il a figuré dans le capital avancé, et il en est de même des 666 ? journées de travail. Les éléments du capital avancé qui concourent à la formation de la valeur du produit sont donc des valeurs toutes faites, achevées, qui ne créent aucune valeur nouvelle; à ce point de vue, toute distinction de capital constant et capital variable disparaît entre eux. Il en résulte que le prix de revient de 500 £ acquiert un double sens : d'une part, il est la fraction de la valeur (600 £) de la marchandise qui reconstitue le capital dépensé dans la production; d'autre part, il ne fait partie du prix de la marchandise que parce qu'il existait déjà comme coût des éléments de production (moyens de production et de travail), c'est-à-dire comme capital avancé. La valeur-capital réapparaît donc dans le prix de revient dans la mesure où elle a été dépensée comme valeur-capital.
De ce que les diverses fractions du capital ont été dépensées pour les divers éléments de la production, pour des moyens de travail, des matières premières et auxiliaires et du travail, il résulte simplement que le prix de revient de la marchandise doit racheter ces éléments de production; quant à sa constitution, elle n'est influencée que par la distinction entre le capital fixe et le capital circulant. Dans notre exemple, nous avons admis que 20 £ représentent l'usure des moyens de travail (400 (c) = 20 £ pour l'usure des moyens de travail + 380 £ pour les matières de production). Si les moyens de travail ont une valeur de 1200 £, la production fera passer 20 £ dans la valeur de la marchandise et laissera 1200 - 20 = 1180 £ aux mains du capitaliste, non comme capital-marchandise, mais comme capital productif. Au contraire, les matières de production et le salaire seront entièrement dépensés et leur valeur sera incorporée entièrement au produit. Nous avons vu comment ces divers composants du capital acquièrent, dans la rotation, les formes de capital fixe et de capital circulant.
L’avance de capital est donc de 1680 £ = 1200 £ (c) + 480 £ de capital circulant (380 £ en matières de production plus 100 £ en salaire).
Le coût de production de la marchandise, par contre, n’est que de 500 £ (20 £ pour l’usure du capital fixe, 480 £ pour le capital circulant).
Mais cette différence qui existe entre le coût de production et l’avance de capital ne fait que confirmer ceci : le coût de production de la marchandise est constitué exclusivement par le capital dépensé réellement pour sa production.
On utilise, dans la production, des moyens de travail d’une valeur de 1 200 £, mais, de tout ce capital avancé, la production n’absorbe que 20 £. Le capital fixe employé n’entrera donc que partiellement dans le coût de production de la marchandise, parce qu’il n’est dépensé qu’en partie dans sa production. Le capital circulant utilisé entre, lui, en totalité, dans le coût de production de la marchandise parce qu’il est dépensé en totalité dans la production de celle-ci. Mais qu’est-ce que cela prouve, sinon que les fractions de capital fixe et circulant dépensées entrent de la même manière dans le prix de revient de la marchandise au prorata de leur grandeur de valeur et que cette composante de la valeur de la marchandise provient uniquement du capital dépensé pour sa production ? S’il n’en était pas ainsi, on ne verrait pas pourquoi le capital fixe de 1200 £ qui a été avancé, n’ajouterait pas à la valeur du produit, au lieu des seules 20 £ qu’il perd dans le procès de production, les 1 180 £ aussi, qu’il n’y perd pas.
Cette différence entre capital fixe et circulant, par rapport au calcul du coût de production, ne fait que confirmer ceci : le coût de production semble résulter de la valeur-capital dépensée ou du prix que coûtent au capitaliste lui-même les éléments de production qu’il dépense, travail compris. D’autre part, la fraction de capital variable investie en force de travail et qui, par rapport à la création de valeur, figure ici sous la rubrique de capital circulant est expressément identifiée au capital constant (fraction de capital existant en matières de production). Ainsi est accomplie la mystification du procès de mise en valeur du capital.
Jusqu’ici nous n’avons considéré qu’un seul élément de la valeur de la marchandise : le coût de production. Il nous faut maintenant tourner nos regards vers son autre composante : la fraction excédant le coût de production ou plus-value. D’abord la plus-value est donc une part de la valeur de la marchandise excédant le coût de production. Mais, le coût de production étant égal à la valeur du capital dépensé qui d’ailleurs prend sans cesse de nouveau la forme des éléments matériels de ce capital, cet excédent de valeur est une addition à la valeur du capital qui a été dépensé pour la production de la marchandise et qui au terme de la circulation de celle-ci revient à son point de départ.
Nous avons déjà vu plus haut que si la plus-value pl ne provient que d’une modification de la valeur du capital variable v, et si elle n’est donc, à l’origine, qu’un accroissement interne du capital variable, elle n’en constitue pas moins, à la fin du procès de production, une augmentation de valeur qui s’ajoute à la totalité du capital dépensé c + v. La formule c + (v + pl) indiquant que pl est produit par la transformation en une grandeur fluide de la valeur-capital déterminée v, dont l’avance a été faite en force de travail, donc par la transformation d’une grandeur constante en une grandeur variable, cette formule peut s’écrire aussi bien (c + v) + pl. Nous avions, avant la production, un capital de 500 £. Après la production, nous avons ce capital de 500 £, plus un accroissement de 100 £.
Toutefois, la plus-value constitue un accroissement non seulement de la portion de capital avancé qui entre dans le procès de mise en valeur mais aussi de celle qui n’y entre pas ; donc un accroissement de valeur non seulement du capital dépensé que remplace le coût de production de la marchandise, mais aussi de tout le capital en général, utilisé dans la production. Avant le procès de production, nous avions un capital de 1 680 £ : 1 200 £ de capital fixe dépensé en moyens de travail sur lequel 20 £ seulement entrent dans la valeur de la marchandise pour l’user de ces moyens de travail, plus 480 £ de capital circulant, investi en matières de production et salaire. Après le procès de production, nous avons 1 180 £, élément de valeur du capital productif, plus un capital-marchandise de 600 £. Additionnons ces deux sommes : le capitaliste possède maintenant une valeur de 1 780 £. S’il en soustrait tout le capital qu’il a avancé, soit 1 680 £, il reste un accroissement de valeur de 100 £. Donc ces 100 £ de plus-value constituent une augmentation de valeur aussi bien du capital de 1 680 £ utilisé, que de la fraction de celui-ci (500 £), dépensée pendant la production.
Le capitaliste voit bien que cet accroissement de valeur, qui ne fait son apparition qu'après la production, résulte de l'action productive à laquelle le capital a été soumis, c'est-à-dire du capital lui-même. Si l'on se place au point de vue du capital dépensé, la plus-value semble jaillir indistinctement de toutes ses parties constituantes, des moyens de production comme du travail. Ces deux éléments concourent, en effet, à la constitution du prix de revient; ils ajoutent, l'un et l'autre, leur valeur (qui existe dans le capital avancé) à la valeur du produit, et ne se différencient pas du point de vue de la variabilité ou de la constance. Il suffit pour s'en convaincre de supposer que le capital dépensé soit représenté exclusivement ou par le salaire ou par les moyens de production. Dans le premier cas, la valeur de la marchandise sera exprimée, non par 400 (c) + 100 (v) + 100 (pl), mais par 500 (v) + 100 (pl), expression dans laquelle le capital de 500 £, avancé pour le salaire, représente la valeur de tout le travail qui a été accompli pour produire une marchandise d'une valeur de 640 £, et constitue, par conséquent, le prix de revient de tout le produit. De ce qui constitue la valeur de la marchandise, nous ne connaissons que ce prix de revient, qui n'est que la valeur du capital qui a été dépensé ; d'où proviennent les 100 £ de plus-value ? Nous l'ignorons. Il en est de même, si nous considérons la seconde hypothèse qui assigne à la marchandise une valeur de 500 (c) + 100 (pl). Dans les deux cas, la plus-value ne peut provenir que d'une valeur qui a été avancée sous forme de capital productif, soit pour le travail, soit pour les moyens de production. Et cependant le capital avancé ne peut pas produire de la plus-value par ce seul fait qu'il a été dépensé et qu'il constitue le prix de revient de la marchandise ; car dans ce prix, il ne fait que reconstituer l’équivalent du capital dépensé. Par conséquent, si le capital crée de la plus-value, il le fait, non pas en sa qualité de capital dépensé, mais en sa qualité de capital avancé et engagé. La plus-value provient de la partie fixe comme de la partie circulante du capital avancé, de ce qui n'entre pas comme de ce, qui entre dans le prix de revient. Au point de vue matériel, c'est le capital tout entier, les moyens de travail au même titre que les matières de production et le travail, qui crée le produit et fonctionne dans le procès réel de travail. Mais une fraction seulement participe à la création de la valeur, et c'est peut-être pour cette raison que le capital n'intervient que partiellement dans la constitution du prix de revient alors que c'est son ensemble qui détermine la plus-value. Quoi qu'il en soit, il reste acquis que la plus-value jaillit indistinctement de toutes les parties du capital engagé dans la production, conclusion à laquelle Malthus arrive directement lorsqu'avec autant de brutalité que de simplicité, il écrit : " Le capitaliste attend un profit égal de toutes les fractions de capital qu'il a avancées ".
Lorsqu'on la considère comme le produit de l'ensemble du capital avancé, la plus-value prend la forme de profit. Par conséquent, une valeur est capital lorsqu'elle est avancée dans le but d'engendrer un profit, ou inversement le profit prend naissance lorsqu'une valeur est appliquée comme capital. Si nous désignons le profit par p, la formule M = c + v + pl = K + pl, se change en M = K + p ou valeur de la marchandise = prix de revient + profit.
Le profit, tel qu'il nous apparaît en ce moment, est donc la plus-value, mais sous une forme mystérieuse inhérente au régime capitaliste. Comme la constitution apparente du prix de revient ne fait constater aucune différence entre le capital constant et le capital variable, la cause de la modification de valeur qui se manifeste pendant la production est attribuée, non au capital variable, mais au capital entier, et de même qu'à l'un des pôles la valeur de la force de travail apparaît sous forme de salaire, de même la plus-value s'affirme à l'autre sous forme de profit.
Nous avons vu que le prix de revient est plus petit que la valeur de la marchandise : M = K + pl, d'où K = M - pl. La formule M = K + pl ne devient M = K (valeur de la marchandise égale au prix de revient) que lorsque pl = 0, ce qui n’arrive jamais en régime capitaliste, bien que le prix de vente puisse descendre dans certains cas jusqu'au prix de revient et même en-dessous.
Lorsque la marchandise se vend à sa valeur, le profit est égal à l'excédent de celle-ci sur le prix de revient, c'est-à-dire à toute la plus-value. Lorsqu'elle est vendue à un prix inférieur à sa valeur, elle peut laisser néanmoins un profit, ce qui a lieu aussi longtemps que le prix de vente, tout en étant inférieur à la valeur, reste supérieur au prix de revient. Dans notre exemple, la marchandise a une valeur de 600 £ pour un prix de revient de 500 £. Elle peut être vendue à 510, 520, 530, 560, 590 £, c'est-à-dire à un prix inférieur de 90, 80, 70, 40, 10 £ à sa valeur et rapporter néanmoins un profit de 10, 20, 30, 60, 90 £. Toute une série de prix de vente peut donc être intercalée entre la valeur et le prix de revient, et l'écart réservé à cette série est d'autant plus grand que la plus-value est plus considérable. Par là s'expliquent certains faits qui se manifestent journellement dans la concurrence, comme la vente en-dessous du prix (underselling) et les baisses anormales dans certaines industries. C'est également sur cette différence entre la valeur et le prix de revient (qui permet de réaliser un profit sur une marchandise vendue en dessous de sa valeur) que repose la loi fondamentale de la concurrence capitaliste, qui détermine le taux général du profit et ce que l'on appelle le prix de production, loi que l'Economie politique n'a pas encore comprise.
Le prix de vente a comme limite inférieure le prix de revient. S'il tombe en-dessous de ce dernier il devient insuffisant pour permettre la reconstitution de tous les éléments du capital productif, et celui-ci doit nécessairement disparaître si cet état de choses se prolonge. C'est là déjà une première considération qui amène le capitaliste à considérer le prix de revient comme la valeur intrinsèque de la marchandise, puisque c'est lui qui détermine le prix qui est indispensable pour la simple conservation du capital. Mais le prix de revient représente également le prix que le capitaliste a payé pour produire la marchandise. Il est donc naturel que l'excédent de valeur (la plus-value) résultant de la vente soit considéré par lui comme une différence, non entre la valeur et le prix de revient, mais entre le prix de vente et la valeur, et qu'à ses yeux la plus-value soit produite et non réalisée par la vente. Dans notre vol. I, chap. V (Contradictions de la formule générale) nous avons déjà mis en lumière cette illusion ; nous y revenons un instant pour la réfuter sous la forme que lui ont donnée Torrens et d'autres, croyant être en progrès sur l'économie politique de Ricardo.
" Le prix naturel, qui est le coût de production ou, en d'autres termes, le capital avancé pour la production ou la fabrication d'une marchandise, ne peut aucunement comprendre le profit.... Lorsqu'un fermier avance pour la culture de ses champs 100 quarters de grains et en récolte 120, l'excédent du produit sur l'avance, 20 quarters, constitue son profit ; mais il serait absurde d'appeler cet excédent ou profit une partie de son avance.... Le fabricant avance une certaine quantité de matières premières, d'instruments et de subsistances, et reçoit en échange une quantité de marchandises toutes faites. Ces marchandises doivent posséder une valeur d'échange supérieure à celle des matières premières, instruments et subsistances, qui furent avancés pour les acquérir. "
Torrens en conclut que
" l'excédent du prix de vente sur le prix de revient, c’est-à-dire le profit provient de ce que les consommateurs donnent, par l'échange immédiat ou médiat (circuitous) une partie de l'ensemble des éléments du capital, qui est supérieure à celle que coûte la production ".
En effet, de même que ce qui excède une grandeur déterminée ne peut pas en constituer une partie, de même le profit, l'excédent de la valeur de la marchandise sur l'avance du capitaliste, ne petit pas constituer une fraction de cette dernière. Si la valeur avancée par le capitaliste est le seul élément qui concourt à la création de la valeur de la marchandise, il est impossible que la production fournisse une valeur supérieure à celle qui y a été engagée, à moins qu'on n'admette que quelque chose se forme de rien. Torrens n'échappe à la difficulté de cette hypothèse qu'en la transportant de la sphère de la production dans celle de la circulation. Le profit ne peut pas provenir de la production, dit-il, car il serait déjà contenu dans le coût de production et ne représenterait pas un excédent par rapport à celui-ci. Mais, lui répond Ramsay, il ne peut pas non plus provenir de l'échange des marchandises, à moins qu'il n'existe déjà avant cet échange ; car celui-ci ne modifie en rien la somme des valeurs des produits échangés, qui est la même après comme avant. (Remarquons en passant que Malthus s’appuie pour cette question expressément sur l'autorité de Torrens, bien que lui-même explique autrement on plutôt n'explique pas du tout pourquoi les marchandises sont vendues au-dessus de leur valeur ; ses arguments, comme les autres, se ramènent en cette matière au " poids négatif du plilogistique " si célèbre en son temps).
Dans une société capitaliste, tout producteur, même s'il n'est pas producteur capitaliste, est dominé par les idées de l'organisation sociale au sein de laquelle il vit. Balzac, qui se distingue par une observation pénétrante de la vie réelle, montre avec une grande vérité, dans son dernier roman " Les Paysans ", que pour s'assurer la bienveillance de l’usurier, le petit paysan lui rend gratuitement quantité de services, se figurant qu'il ne lui donne rien, parce que son travail ne représente pour lui aucune dépense d'argent. L'usurier fait ainsi d'une pierre deux coups : il réalise une économie de salaire et il se rend maitre du paysan, qui se ruine de plus en plus à mesure qu'il ne travaille plus sur son propre champ, et qui s'empêtre tous les jours davantage dans la toile de l'araignée qui le guette.
Avec sa charlatanerie habituelle et son semblant de science, Proudhon a publié à, son de trompe, comme une découverte tout à fait nouvelle du socialisme, la théorie superficielle et absurde qui fait du prix de revient la valeur réelle de la marchandise, et qui considère la plus-value comme résultant de la différence entre le prix de vente et la valeur (les marchandises se vendant à leur valeur lorsque le prix de vente coïncide avec le prix de revient) ; il en a fait la base de sa banque populaire. Nous avons développé précédemment (vol. I, chap. IX 2, p. 94) que les différentes parties de la valeur d'un produit peuvent être exprimées en fonction du produit lui-même. Si, par ex. la valeur de 20 livres de fil est de 30 sh, dont 24 pour les moyens de production, 3 pour la force de travail et 3 pour la plus-value, cette dernière peut-être exprimée par 1/10 du produit soit 2 livres de fil. Si les 20 livres de fil sont vendues à leur prix de revient, soit 27 sh, l'acheteur reçoit 2 livres gratuitement, la vente de la marchandise se faisant à 1/10 au-dessous de la valeur ; mais l'ouvrier n'en aura pas moins accompli son surtravail, non pas au profit du capitaliste fabricant du fil, mais au profit de l’acheteur. Il serait absolument faux d'admettre que si toutes les marchandises se vendaient à leur prix de revient, le résultat serait le même que si elles étaient vendues à leur valeur, c'est-à-dire au-dessus de leur prix de revient, car si même la valeur de la force de travail, la durée de la journée de travail et le degré d'exploitation étaient égaux partout, les différentes marchandises contiendraient, suivant la composition organique des capitaux qui les ont produites, des quantités, inégales de plus-value.
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La formule générale du capital est A - M - A' : une valeur est versée à la circulation pour qu'elle en sorte augmentée. Cet accroissement est obtenu par la production capitaliste et est réalisé par la circulation du capital. Le capitaliste ne produit pas la marchandise pour elle-même, dans le but de créer une valeur d'usage ou de subvenir à sa consommation personnelle ; il n'a en vue que l'excédent de la valeur du produit sur la valeur du capital consommé. Il engage ce dernier sans se préoccuper des rôles différents qu'en joueront les divers éléments dans la plus-value ; son objectif est non seulement de le reconstituer, mais de le reproduire avec un excédent de valeur. Il ne peut atteindre ce but qu'en échangeant son capital variable contre du travail vivant et en exploitant celui-ci. A cet effet il doit avancer également ce qui est nécessaire pour la mise en œuvre du travail : des moyens et des objets de travail, des machines et des matières premières ; en un mot, il doit transformer en moyens de production une valeur qu'il possède. Il n'est capitaliste et il ne peut exploiter le travail que parce qu'il se dresse comme propriétaire des conditions du travail en face du travailleur, qui ne possède que la force de travail ; ainsi que nous l'avons vu dans le premier volume, les travailleurs sont ouvriers salariés et les non travailleurs capitalistes, uniquement parce que les derniers possèdent les moyens de production. Il est sans importance pour le capitaliste qu'il avance le capital constant pour retirer un profit du capital variable ou qu'il avance le capital variable pour mettre en valeur le capital constant, qu'il engage de l'argent sous forme de salaires en vue d'augmenter la valeur des machines et des matières premières, ou qu'il l'engage sous forme de machines et de matières premières afin d'exploiter la force de travail. Bien que la partie variable du capital soit seule à créer la plus-value, elle ne le fait qu'à la condition que les autres parties du capital, les instruments de production, soient également avancées. Comme le capitaliste ne peut exploiter le travail que s'il avance du capital constant et qu'il ne peut mettre en valeur le capital constant que s'il avance du capital variable, ces différents éléments s'identifient dans sa conception, et cela d'autant plus facilement que le taux réel de son gain se détermine par le rapport de celui-ci, non pas au capital variable, mais au capital total, par le taux du profit et non par celui de la plus-value. (Nous verrons dans la suite qu'un même taux de profit peut correspondre à différents taux de plus-value).
Toutes les valeurs que le capitaliste paie ou dont il engage l'équivalent dans la production entrent dans le prix de revient, et il faut évidemment que l'équivalent de celui-ci soit restitué, pour que le capital se conserve ou se reproduise avec son importance primitive.
La valeur contenue dans la marchandise est égale au temps de travail, payé et non payé, nécessaire pour la fabriquer. Pour le capitaliste, le coût de la marchandise est déterminé exclusivement par le travail qu'il paye ; il fait abstraction du surtravail qu'elle contient, parce que celui-ci ne lui coûte rien, bien qu'il demande à l'ouvrier de la peine et qu'il crée de la valeur au même titre que le travail payé. Le profit provient de ce que le capitaliste peut mettre en vente une chose qu'il n'a pas payée ; il résulte, comme la plus-value, de l'excédent de la valeur de la marchandise sur le prix de revient, c'est-à-dire de l'excédent du travail total qui lui est incorporé sur le travail payé qu'elle contient. La plus-value, quelle que soit son origine, est un excédent par rapport à la totalité du capital avancé. Le rapport pl/C = pl/(c+v) entre cet excédent et l'ensemble C du capital exprime le taux du profit, qui diffère par conséquent de l'expression pl/v représentant le taux de la plus-value ; en effet, on appelle taux de la plus-value l'expression du rapport de la plus-value au capital variable, et taux du profit l'expression du rapport de la plus-value au capital tout entier. Dans les deux cas, il s'agit d'une même grandeur (la plus-value) mais rapportée à une mesure différente suivant le taux que l'on considère. Partant de la transformation du taux de la plus-value en taux du profit, on peut déduire la transformation de la plus-value en profit. L'inverse n'est pas possible. En effet, historiquement, c'est le taux du profit qui a servi de point de départ ; la plus-value et son taux sont invisibles, l'essentiel à découvrir, tandis que le profit et son taux sont les phénomènes apparents.
La seule chose qui intéresse le capitaliste est le rapport de la plus-value (de l'excédent de valeur que lui rapporte la vente de ses marchandises) à l'ensemble du capital qu'il a avancé ; quant au rapport entre cet excédent et les divers éléments de son capital, il ne s'en préoccupe guère et il a même tout intérêt à s'en faire une idée fausse. Bien que l'excédent de la valeur de la marchandise sur le prix de revient naisse dans le procès de production, il ne se réalise que dans le procès de circulation, et comme sa réalisation et son importance sont déterminées par la concurrence et les conditions du marché, c'est aussi dans le procès de circulation qu'il semble prendre naissance. Cependant, qu'une marchandise se vende au-dessus ou au-dessous de sa valeur, il n'en résulte qu'une modification dans la répartition de la plus-value, qui n'affecte ni l'importance ni la nature de cette dernière. En outre, la circulation réelle est non seulement accompagnée des transformations que nous avons étudiées dans le volume II, mais celles-ci y marchent de pair avec la concurrence ainsi qu'avec l'achat et la vente des marchandises au-dessus et au-dessous de leur valeur, qui font que la plus-value réalisée par chaque capitaliste dépend autant de la fraude que de l'exploitation du travail.
Dans le procès de circulation, le temps de circulation agit concurremment avec le temps de travail pour limiter la quantité de plus-value qui peut être réalisée dans un temps déterminé. Des facteurs provenant de la circulation exercent leur influence sur le procès de production, font que les deux procès pénètrent constamment l'un dans l'autre et altèrent leurs différences caractéristiques. La production de la plus-value et celle de la valeur en général prennent, ainsi que nous l'avons montré antérieurement, de nouvelles allures dans le procès de circulation. Le capital, lorsqu'il a parcouru le cercle de ses métamorphoses, abandonne sa vie interne pour une existence externe, caractérisée non plus par des rapports de capital à travail, mais par des rapports de capital à capital et même d'individu à individu, se présentant comme acheteur et vendeur l'un en face de l'autre. Le temps de circulation et le temps de travail s'entrecroisent et semblent déterminer dans une égale mesure la plus-value - les rapports primitifs entre le capital et le travail salarié sont travestis par l'intervention de facteurs qui, eue apparence, en sont indépendants -, la plus-value apparaît, non plus comme l'appropriation d'un certain temps de travail, mais comme l'excédent du prix de vente sur le prix de revient, et comme ce dernier semble être la valeur intrinsèque du produit, le profit apparaît comme excédent du prix de vente sur la valeur immanente de la marchandise.
Durant le procès de production, la nature de la plus-value n'échappe pas un instant au capitaliste avide du travail d'autrui, comme nous l'avons constaté dans l'étude de la plus-value. Mais le procès de production est passager et se confond continuellement avec le procès de circulation : de sorte que si le capitaliste peut s'assimiler avec plus ou moins de netteté la conception d'un gain né de la production et si, par conséquent, il se rend compte de la nature de la plus-value, cette notion arrive tout au plus à acquérir la même importance que l'idée qui fait résulter la plus-value de la circulation indépendamment de la production, du mouvement du capital en dehors de ses rapports avec le travail. Même des économistes modernes, comme Ramsay, Malthus, Senior, Torrens, invoquent les phénomènes de circulation comme preuve de ce que le capital seul, dans son existence objective et dégagé de ses rapports sociaux avec le travail (rapports sans lesquels il ne serait pas capital), est une source de plus-value. D'autre part, en rangeant sous une seule rubrique de dépenses, le salaire, le prix des matières premières, l'usure des machines, etc., on communique au travail non payé l'aspect d'une économie sur l’un des articles de cette rubrique, d'une réduction de dépense pour une quantité déterminée de main d'œuvre (absolument comme l'économie que l’on réalise lorsqu'on achète la matière première à meilleur marché ou que l'on diminue l'usure de l'outillage). L'extorsion du surtravail perd ainsi son caractère spécifique et son rapport avec la plus-value est obscurci, conséquence qui est accentuée, ainsi que nous l'avons établi dans notre volume I (section VI), par le fait que la valeur de la force de travail se présente sous forme de salaire.
La transformation de la plus-value en profit par l'intermédiaire du taux du profit n'est cependant que la suite de l'interversion du sujet et de l'objet dans le procès de production, où les forces productives du travail (forces subjectives) prennent l'apparence de forces productives du capital. D'un côté, la valeur, le travail passé qui assujettit le travail présent, est personnifiée dans le capitaliste; de l’autre côté, l'ouvrier apparaît sous la forme objective de la force de travail, comme une marchandise. Cette interversion, qui se fait déjà sentir dans les rapports simples de la production, est accentuée par les transformations et les modifications qui se manifestent dans le procès de circulation.
Ainsi qu'on peut s'en rendre compte par l'exemple de l'école ricardienne, il est absolument inexact de considérer les lois du taux du profit comme étant les mêmes que celles du taux de la plus-value ou inversement, ce qui répond, il est vrai, à la conception des capitalistes. L'expression pl/C rapporte la plus-value à la valeur de tout le capital avancé, que celui-ci soit consommé ou seulement employé dans la production. Elle représente le degré d'augmentation de valeur du capital tout entier et exprime, pour employer des termes qui correspondent à la nature de la plus-value, le rapport entre la grandeur de la variation du capital variable et la grandeur du capital total avancé.
En elle-même la valeur du capital total n'a pas de rapport interne, du moins direct, avec la grandeur de la plus-value. Lorsqu'on en soustrait le capital variable, elle ne se compose plus que du capital constant, qui comprend les objets nécessaires à la production, c'est-à-dire les moyens et les matières de travail, dont une certaine quantité est nécessaire pour qu'une quantité déterminée de travail puisse être réalisée sous forme de marchandises et créer de la valeur. Dans chaque cas particulier, une proportion technique règle l'importance des moyens de travail qui doivent être combinés avec une quantité donnée de force de travail, de même qu'il existe un rapport déterminé entre la plus-value ou le surtravail et la grandeur des moyens de production. Par ex,, si la durée du travail nécessaire pour produire le salaire est de 6 heures par jour, l'ouvrier doit travailler 12 heures pour donner 6 heures de surtravail et produire une plus-value de 100 %. Pendant ces 12 heures , il met en œuvre deux fois plus de moyens de production que pendant 6 heures, et cependant la plus-value qu'il crée n'est nullement en rapport avec la valeur des moyens de production qu'il aura consommés. Le seul point intéressant est la masse des moyens de production techniquement nécessaires ; peu importe que les matières premières et les moyens de travail soient chers ou à bon marché, pourvu qu'ils aient la valeur d'usage nécessaire et qu'ils soient là en quantité suffisante par rapport au travail vivant qui doit les absorber. Si je sais qu'en une heure on peut filer x livres de coton coûtant a shillings, je puis calculer qu'en 12 heures on filera 12 x livres de coton représentant 12 a shillings, et je suis à même de rapporter la plus-value à la valeur de 12 heures aussi bien, qu'à celle de 6 heures. Le rapport du travail vivant à la valeur des moyens de production n'intervient dans ce calcul que pour autant que a shillings servent à désigner x livres de coton ; car si une quantité déterminée de coton a un prix donné, inversement un prix déterminé peut être employé pour désigner une quantité donnée de coton, aussi longtemps que le prix ne varie pas. Si je sais que pour m'approprier 6 heures de surtravail, je dois faire travailler pendant 12 heures et avoir du coton pour 12 heures, et si je connais le prix du coton nécessaire au travail de 12 heures, je connais, par cette voie détournée le rapport qui existe entre le prix du coton (index de la quantité nécessaire) et la plus-value. Mais de ce prix de la matière première je ne puis nullement déduire la quantité de coton qui sera filé pendant une ou pendant six heures. Il n'existe donc aucun rapport nécessaire entre la valeur du capital constant et la plus-value, ni entre la valeur du capital total (c + v) et la plus-value.
Le taux et la grandeur de la plus-value étant donnés, le taux du profit n'est que la plus-value rapportée à une autre mesure, au capital total au lieu de la partie de ce capital qui, par son échange avec le travail, la produit directement. Dans la réalité (c'est-à-dire dans le monde des apparences) les choses sont vues inversement. La plus-value est donnée d'avance et considérée comme un excédent du prix de vente sur le prix de revient, ce qui a pour conséquence de cacher l'origine de cet excédent d'empêcher de voir s'il résulte, ou de l'exploitation du travailleur dans le procès de production, ou de l'exploitation du consommateur dans le procès de circulation, ou des deux exploitations à la fois. Ce qui est donné également, c'est le taux du profit, c'est-à-dire le rapport de l'excédent à la valeur du capital total, et il est très naturel qu'il en soit ainsi, car le calcul de la différence entre le prix de vente et le prix de revient renseigne exactement sur ce que le capital total rapporte, sur le taux de sa mise en valeur. Si l'on part de ce taux du profit, il est impossible de découvrir aucun rapport spécial entre l'excédent et le capital variable avancé pour les salaires. (Dans un des chapitres suivants je montrerai les cabrioles cocasses que fait Malthus lorsqu'il s'efforce de percer le mystère de la plus-value et de son rapport spécifique à la partie variable du capital). L'expression du taux du profit montre en effet que les différentes parties du capital jouent des rôles équivalents dans l'excédent et elle ne marque entre elles d'autre différence que leur distinction en capital fixe et capital circulant. Et même cette distinction n'apparaît-elle que parce qu'on envisage l'excédent de deux manières : d'abord comme simple différence entre le prix de vente et le prix de revient (qui comprend tout le capital circulant et la partie usée du capital fixe) ; ensuite en le rapportant à la valeur de tout le capital avancé (dans ce cas le capital fixe est compté en entier comme le capital circulant). Le capital circulant intervient donc de la même manière dans les deux calculs, tandis que le capital fixe y est introduit de deux manières différentes ; aussi la seule différence qui apparaît est celle entre le capital fixe et le capital circulant.
En employant la terminologie de Hegel, nous pouvons donc dire que l'excédent, lorsqu'il se reflète du taux du profit en lui-même, c'est-à-dire lorsqu'il se caractérise par ce dernier, apparaît comme engendré par le capital, soit annuellement soit dans une période de circulation déterminée.
Bien que la différence quantitative ne porte que sur les taux du profit et de la plus-value et non sur la plus-value et le profit eux-mêmes, le profit est une autre forme de la plus-value, dans laquelle celle-ci dissimule son origine et son existence. Alors que la plus-value met en lumière la relation qui existe entre le capital et le travail, le profit, qui est rapporté au capital tout entier, montre celui-ci en relation avec lui-même et établit la différence entre sa valeur primitive et la nouvelle valeur qu'il s'est créée. Que cette valeur nouvelle ait pris naissance dans les procès de production et de circulation, cela tombe sous le sens ; mais sa genèse reste mystérieuse et semble déterminée par des vertus spéciales et secrètes du capital. Plus nous approfondirons le problème de la mise en valeur, plus les rapports du capital paraîtront mystérieux et moins se révèlera le secret de son organisme interne.
Dans l'étude que nous venons de faire, le taux du profit diffère quantitativement du taux de la plus-value, alors que le profit et la plus-value ont été envisagés comme ayant la même grandeur sous deux formes différentes. Nous allons voir maintenant que les différences sont plus profondes et que même numériquement le profit se distingue de la plus-value.
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Ainsi que nous l'avons dit à la fin du chapitre précédent, nous supposons, dans cette première partie, que le profit donné par un capital est égal à la plus-value qu'il produit pendant une période déterminée de circulation. Provisoirement nous faisons abstraction de la subdivision de la plus-value en intérêt, rente, impôts, etc., et de la différence qui se présente dans la plupart des cas entre elle et le profit, ainsi que le montrera l'étude du taux moyen du profit à laquelle nous consacrerons notre deuxième partie.
Le profit étant supposé quantitativement égal à la plus-value, sa grandeur absolue et son taux seront déterminés par des rapports entre des nombres donnés ou à déterminer dans chaque cas. Notre analyse sera donc d'abord purement mathématique.
Nous conservons les notations admises dans les premier et deuxième volumes de cet ouvrage. Le capital total C se subdivise en capital constant c et capital variable v ; il produit une plus-value pl. Le rapport de cette plus-value au capital variable est le taux de la plus-value ; nous le désignerons par pl', de sorte que nous avons : pl / v = pl’ ; d'où pl =pl' v.
Lorsque nous considérons la plus-value comme produite, non par le capital variable, mais par le capital total, nous lui donnons le nom de profit (p) ; son rapport au capital total C constitue le taux (p') du profit :
p' = pl / C = = pl / (C + v)
En remplaçant pl par son équivalent pl' v, nous avons :
p’ = pl’ * (v / C) = pl’ * (v/(c + v))
égalité qui peut se mettre sous forme de proportion :
p’ : pl' = v / C
Le taux du profit est au taux de la plus-value comme le capital variable est au capital total.
Il résulte de là que p', le taux du profit, est toujours plus petit que pl', le taux de la plus-value ; car sauf le seul cas (impossible en pratique) où il y aurait exclusivement une avance de salaire et où, le capital constant (c) étant nul, on aurait v = C, le capital variable (v) est toujours plus petit que C = c + v.
Dans notre recherche, nous devrions cependant tenir compte d'autres facteurs qui exercent une influence sur les grandeurs de c, de v et de pl. Ces facteurs sont :
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La valeur de la monnaie ; nous la supposerons partout constante.
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La rotation. Nous en ferons abstraction provisoirement, parce que nous nous occuperons dans un chapitre spécial de l'influence qu'elle a sur le taux du profit. [Nous signalerons anticipativement que la formule p' = pl' * (v / C) n'est rigoureusement exacte que pour une rotation du capital variable. Nous l'appliquerons cependant à la rotation annuelle, en substituant au taux simple (pl') de la plus-value, son taux annuel pl' * n, expression dans laquelle n représente le nombre de rotations du capital variable pendant une année (voir vol. II chap. XVI, 1) - F. E.].
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La productivité du travail. Son influence sur le taux de la plus-value a été longuement exposée dans le vol. I, section IV. Elle peut aussi se manifester sur le taux du profit, du moins sur celui d'un capital individuel qui opère avec une productivité supérieure à la productivité sociale moyenne (ainsi que nous l'avons développé vol. I, chap. XII, p. 137) et qui, obtenant ses produits à une valeur inférieure à la valeur sociale moyenne, réalise un profit extraordinaire. Cependant ce cas n'est pas à considérer ici, car dans cette partie nous admettons encore l'hypothèse que les marchandises sont produites dans des conditions sociales normales et sont vendues à leur valeur. Nous supposons que dans chaque cas la productivité du travail reste constante. En effet la composition du capital engagé dans une industrie, c'est-à-dire le rapport entre le capital variable et le capital constant correspond à un degré déterminé de productivité du travail, chaque fois que ce rapport se modifie et que cette modification n'est pas la conséquence d'un changement de valeur des éléments du capital constant ou d'une variation du salaire, la productivité du travail doit aussi se modifier, et c'est ainsi que nous verrons fréquemment que des modifications des facteurs c, v et pl entraîneront des changements dans la productivité du travail.
Il en est de même des trois autres facteurs : durée de la journée de travail, intensité du travail et salaire. Leur influence sur la masse et le taux de la plus-value a été longuement développée dans le premier volume de cet ouvrage. Bien que dans un but de simplification, nous ayons toujours admis que ces trois facteurs restent constants, il est cependant clair qu'ils peuvent varier lorsque des modifications se produisent dans les valeurs de v et de pl. Et à ce sujet, il convient de se rappeler que le salaire exerce, sur l'importance et le taux de la plus-value, une action inverse de celle de la durée et de l'intensité du travail : alors qu'une hausse des salaires diminue la plus-value, l'accroissement des heures et de l'intensité du travail l'augmente.
Admettons, par ex., qu'un capital de 100, occupant 20 ouvriers pendant 10 heures par jour et pour un salaire hebdomadaire de 20, donne une plus-value de 20. Nous aurons :
80 c + 20 v + 20 pl ; pl' = 100 %; p' = 20 %
Supposons que, sans que le salaire soit augmenté, la journée de travail soit portée à 15 heures. La valeur produite par les 20 ouvriers passera donc de 40 à 60 (10 : 15 = 40 : 60), et le salaire v restant invariable, la plus-value s'élèvera de 20 à 40. Ce qui nous conduira à :
80 c + 20 v + 28 pl; pl' = 200 %; p' = 40 %
Mais si, la journée de travail restant invariable à 10 heures, le salaire tombait de 20 à 12, la valeur produite serait de 40 comme dans la première supposition ; toutefois sa répartition serait différente : v tomberait à 12 et pl s'élèverait à 28, de sorte que nous aurions :
80 c + 12 v + 40 pl; pl' = 233 ? %; p' = 28/92 = 30 * (10/23) %
Nous voyons ainsi qu'une augmentation des heures de travail (et il en est de même d'un accroissement de l'intensité du travail) ou une diminution du salaire augmentent la masse et le taux de la plus-value, tandis qu'une augmentation du salaire à une influence inverse, toutes autres circonstances restant égales. Lorsque v augmente par suite d'un accroissement du salaire, il y a une quantité, non plus grande, mais plus chère de travail, et au lieu de s'élever, pl' et p' tombent.
Toute modification de la durée, de l'intensité et du prix du travail entraîne donc une modification correspondante de v, de pl et de leur rapport, ainsi qu'une modification du rapport (p') de pl à c + v; de même un changement dans le rapport de v à pl implique une modification d'au moins une des trois conditions du travail.
Ici se montrent clairement la relation organique qui lie le capital variable au mouvement et à la mise en valeur du capital total ainsi que la différence qui le sépare du capital constant. Celui-ci n'intervient que par sa grandeur dans la création de la valeur, ce qui revient à dire qu'il est sans importance qu'un capital constant de 1500 £ représente 1500 tonnes de fer à 1 £ ou 500 tonnes à 3 £. La quantité de matières qui correspond à sa grandeur est absolument indifférente pour la création de la valeur et pour le taux du profit ; celui-ci varie en raison inverse de cette grandeur, quelle que soit la variation de la valeur du capital constant par rapport à la quantité de valeurs d'usage qu'elle représente.
Il en est tout autrement du capital variable. Ce n'est pas sa valeur en tant que travail incorporé en lui qui est l'élément intéressant, mais bien sa valeur en tant qu'index du travail total qu'il met en mouvement et qui n'est pas exprimé en lui. En effet, dans ce travail total, la partie qui crée la plus-value est proportionnellement d'autant plus grande que la partie qui correspond au travail payé est plus petite. Supposons qu'une journée de 10 heures équivaille à 10 shillings. Si le travail nécessaire pour reconstituer le salaire, le capital variable, est de 5 heures = 5 shillings, le surtravail sera de 5 heures, et la plus-value, de 5 shillings ; tandis que si le travail nécessaire était de 4 heures = 4 shillings, le surtravail serait de 6 heures et la plus-value de 6 shillings.
Dès que la valeur du capital variable cesse d'être l'index de la quantité de travail qu'il met en mouvement, toute variation de la grandeur de cet index entraîne une modification proportionnelle, mais en sens inverse, du taux de la plus-value.
Appliquons maintenant aux divers cas qui peuvent se présenter dans la pratique, l'expression du taux du profit p’ = pl’ * (v / C). A cet effet faisons varier successivement les différents facteurs de pl' et voyons ce qui en résulte pour le taux du profit. Agissant ainsi, nous envisagerons une série de cas que nous pourrons considérer, soit comme des applications d'un même capital, soit comme des applications de différents capitaux opérant simultanément dans différentes industries ou différents pays. Si certains de nos exemples paraîtront forcés ou pratiquement impossibles pour un seul et même capital, cette difficulté s'effacera lorsqu'on les considérera comme appliqués à plusieurs capitaux de nature différente.
Nous séparerons donc les deux facteurs pl' et v/C du produit pl’ * (v / C) et, supposant d'abord que pl' reste constant, nous étudierons les résultats de toutes les variations possibles de v/C ; nous admettrons ensuite que v/C reste constant et nous ferons passer pl' par toutes les variation possibles. Enfin nous ferons varier les deux facteurs simultanément et nous épuiserons de la sorte toute la série de cas qui nous permettra de définir les lois du taux du profit.
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Ce cas présente plusieurs aspects et peut être exprimé par une formule générale. Soient deux capitaux C et C1, avec des parties variables v et v1, différentes, le même taux pl' de plus-value et des taux de profit p' et p'1. Nous aurons :
p’ = pl’ * (v / C); p’1 = pl’ * (v1 / C1)
Si nous exprimons par E le rapport C1 / C et par e le rapport v1 / v (ce qui nous donne E = C1 / C et e = v1 / v), nous pouvons écrire C1 = EC et v1 = ev. En substituant ces valeurs de C1 et de v dans l'expression de p', nous obtenons :
p '1 = (pl’ * e * v / E * C)
Mais des deux expressions de p' et de p'1, nous pouvons déduire une autre formule du taux du profit. Si nous mettons ces expressions sous forme de proportion, nous avons :
p’ / p’1 = (pl’ * (v / C)) / (pl’ * (v1/C1)) = (v / C) / (v1 / C1)
Comme la valeur d'une fraction reste invariable lorsqu'on multiplie le numérateur et le dénominateur par un même nombre, nous pouvons transformer v/C et v1/C1 en ramenant C et C1 à 100. Pour cela il suffit d'écrire v / C = v / 100 et v1 / C1 = v1 / 100, et alors le rapport de p' à p', devient :
p’ : p'1 = v : v1,
ou en d'autres termes :
Lorsque deux capitaux donnent un même taux de plus-value, leurs taux de profit sont entre eux comme leurs parties variables, calculées en supposant le capital total égal à 100.
Ces deux formules embrassent toutes les variations de v/C.
Avant de les passer en revue, remarquons que, puisque C = c + v (somme du capital constant et du capital variable) et que les taux de la plus-value et du profit sont ordinairement exprimés en %, il est plus commode d'exprimer également c et v en %, c'est-à-dire de supposer c + v = 100. En effet, quand il s'agit de déterminer non la grandeur absolue mais le taux du profit, il est indifférent que l'on spécifie que c'est un capital de 15000, composé d'un capital constant de 12000 et d'un capital variable de 3000, qui produit une plus-value de 3000 ou que l'on ramène le tout à une valeur du capital supposée égale à 100 :
15000 C = 12000 c + 3000 v (+ 3000 pl)
100 C = 80 c + 20 v + (20 pl)
Dans les deux cas le taux de la plus-value est de 100 % et celui du profit de 20 %.
Il en est de même lorsqu'il s'agit de comparer deux capitaux. Ainsi s'il faut comparer le capital ci-dessus au capital suivant :
12000 C = 10800 c + 1200 v + (1200 pl)
100 C = 90 c + 10 v (+ 10 pl)
pour lequel pl' = 100 % et p' = 10 %, la comparaison est même plus claire quand de part et d'autre on ramène à 100.
Il n'en est plus ainsi quand il faut noter les variations subies par un même capital ; la méthode des pourcentages a alors pour effet d'effacer ces variations dans le plus grand nombre des cas. C'est ainsi que lorsqu'un capital ramené à la valeur de 100 passe de la composition 80 c + 20 v +20 pl à la composition 90 c + 10 v + 10 pl, on ne voit pas si la modification est due, soit à la diminution absolue de v, soit à l'augmentation absolue de c, soit à toutes les deux à la fois. Ici il est donc indispensable de recourir aux chiffres absolus. C'est cette méthode que nous devons suivre dans l’analyse que nous allons entreprendre et dans laquelle il sera important de savoir si 80 c + 20 v, se sont transformés en 90 c + 10 v, soit parce que les 12000 c ont été portés à 27000 c, les 3000 v restant invariables, soit parce que les 3000 v ont été ramenés à 1333 ? v, les 12000 c restant constants, ou encore parce que les deux facteurs ont varié simultanément, devenant par ex. 13500 c + 1500 v. C'est parce que nous aurons à passer successivement ces différents cas en revue que nous serons obligés de renoncer à la méthode si commode des pourcentages, ou du moins de ne nous en servir qu'accessoirement.
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Lorsque v varie, C ne peut conserver sa grandeur que pour autant que l'autre élément qui le constitue, le capital constant c, varie parallèlement à v, mais en sens inverse. Par exemple, C étant égal à 80 c +- 20 v = 100, il ne peut conserver sa grandeur, lorsque v tombe à 10, que si c s'élève à 90, ce qui conduit à la composition : 90 c + 10 v = 100. D'une manière générale, nous pouvons donc dire que si v devient v ± d, c doit se transformer en c ± d, c'est-à-dire qu'il doit varier de la même somme que v, mais en sens inverse.
De même, lorsque le taux de la plus-value pl' reste invariable et que le capital variable v change, la grandeur absolue de la plus-value doit varier ; car dans l'expression pl = pl' * v, le facteur v a pris une nouvelle valeur.
La variation de v nous donne, à côté de
p’ = pl’ * (v / C)
une nouvelle expression
p’1 = pl’1 * (v / C)
dans laquelle v est devenu v1. La combinaison de ces deux expressions nous permet de déterminer le nouveau taux du profit :
p’ : p'1 = pl' * (v / C) : pl' * (v1 / C) = v : v1
Le taux de la plus-value et le capital total restant invariables, le taux originaire du profit est au taux nouveau dû à la variation du capital variable, comme le capital variable originaire est au capital variable modifié.
Suposons, par exemple, qu'un capital deI. 15000 C = 12 000 c + 3 000 v (+ 3 000 pl)
se transforme enII. 15000 C = 13 000 c + 2 000 v (+ 2 000 pl)
Dans les deux cas, nous avons un capital total de 15000 et un taux de plus-value pl' = 100 % ; mais le taux du profit de I (20 %) est au taux du profit de II (13 ? %) comme le capital variable de I (3000) est au capital variable de II (2000) ; c'est-à-dire : 20 % : 13 ? % = 3000 : 2000.
Le capital variable peut augmenter ou diminuer. Envisageons le premier cas et supposons un capital présentant la constitution et le fonctionnement suivants : I. 100 c + 20 v + 10 pl; C = 120, pl’ = 50 %; p’ = 8 ? %
Si le capital variable monte à 30, le capital constant doit tomber à 90, afin que le capital total reste égal à 120 ; quant à la plus-value, son taux restant de 50 %, elle doit monter à 15.
Nous aurons donc : II. 90 c + 30 v + 15 pl; C = 120, pl' = 50 %; p' =12 ½ %
Supposons d'abord que le salaire reste invariable, les autres facteurs du taux de la plus-value, la journée et l'intensité du travail, resteront également constants. L'accroissement de v (passant de 20 à 30) ne peut donc résulter que d'une augmentation de moitié du nombre des ouvriers. La valeur produite augmentera également de moitié ; de 30 elle atteindra 45, et comme avant elle se répartira par ? sur le salaire et ? sur la plus-value. Mais en même temps et malgré I'augmentation du nombre des ouvriers, le capital constant, la valeur des moyens de production, aura rétrogradé de 100 à 90. Nous nous trouverons donc en présence d'une productivité décroissante du travail combinée avec une diminution du capital constant.
Ce cas est-il économiquement possible ?
Dans l'agriculture et les industries extractives, où la diminution de la productivité du travail et l'augmentation du nombre des ouvriers sont admissibles, ces variations, la production étant capitalisée, doivent être accompagnées, non d'une diminution, mais d'une augmentation du capital constant. Si même la diminution de c était déterminée uniquement par une baisse des prix, un capital isolé ne pourrait passer de 1 à 2 que dans des circonstances tout a fait exceptionnelles. Il n'en est pas de même quand on se trouve en présence de deux capitaux engagés, en des pays différents, dans des branches différentes de l'agriculture ou d'une industrie extractive. Dans ce cas, il n'y a rien d'étonnant à ce que d'un côté on emploie plus d'ouvriers que de l'autre, (par conséquent, plus de capital variable) tout en travaillant avec des moyens de production moins importants ou moins coûteux.
Supposons maintenant que l'accroissement de 20 à 30 du capital variable soit dû à une augmentation correspondante du salaire, le même nombre d'ouvriers, 20 par exemple, continuant à travailler avec les mêmes ou presque les mêmes moyens de production. Si la journée de travail restait la même, 10 heures par exemple, la valeur produite serait également la même et continuerait à s'élever à 30. Mais comme ces 30 seraient absorbés entièrement pour remplacer le capital variable, la plus-value aurait disparu. Or nous avons supposé que le taux de la plus-value se maintient à 50 %, comme dans I. Il n'est donc pas possible que la journée de travail reste invariable et il faut, pour obtenir la plus-value que nous avons prévue, que sa durée soit portée à 15 heures. Les 20 ouvriers produiront alors (en 15 heures) une valeur de 45 et nous aurons réalisé toutes les conditions prévues par nos formules : II. 90 c + 30 v + 15 pl; C = 120, pl' = 50 %; p' =12 ½ %
La quantité de moyens de travail outils, machines, etc., sera donc la même que dans le cas I, mais celle de matières premières et auxiliaires devra être augmentée de moitié. Une baisse des prix de ces matières rendra très possible, pour un capital isolé, le passage de la situation I à la situation II, dans les conditions que nous avons supposées, et la perte que subira le capitaliste par la dépréciation de son capital constant sera compensée, du moins dans une certaine mesure, par l'augmentation de son profit.
Supposons maintenant qu'au lieu d'augmenter, le capital variable diminue. Renversons donc notre exemple précédent et admettons que le capital, qui avait originairement la composition II, ait la composition I après sa transformation. Donc II. 90 c + 30 v + 15 pl se change en I. 100 c + 20 v + 10 pl. Il est évident que cette interversion ne modifie en rien les deux taux du profit, ni les conditions qui les déterminent.
Si v tombe de 30 à 20, parce qu'une diminution du nombre des ouvriers marche de pair avec une augmentation du capital constant, nous sommes en présence de la marche normale de l'industrie moderne : la productivité croissante du travail, c'est-à-dire la mise en œuvre de moyens de production de plus en plus puissants par des ouvriers de moins en moins nombreux. La troisième partie de ce volume montrera que ce résultat est accompagné nécessairement de la baisse du taux du profit.
Si au contraire v tombe de 30 à 20, parce que les ouvriers restés en nombre égal reçoivent moins de salaire, la valeur produite sera comme précédemment 30 v + 15 pl = 45, à condition que la journée de travail reste invariable. Mais dans ce cas, v n'étant plus que de 20, la plus-value devrait s'élever à 25 et atteindre le taux de 125 %, conséquence qui est en opposition avec nos prémisses. Pour que celles-ci soient maintenues, la plus-value devrait tomber de 50 % au taux de 10 % et la valeur produite reculer de 45 à 30, ce qui n'est possible que si la journée de travail est raccourcie de ?. Nous aurons donc :
100 c + 20 v + 10 pl ; pl' = 50 % ; p' = 8 ? %
Inutile de dire que cette diminution des heures de travail se réalisant concurremment avec une diminution du salaire ne se présente pas en pratique. Mais cela est sans importance ; le taux du profit est fonction de plusieurs variables, dont l'action ne peut être dégagée qui en examinant l'influence de chacune isolément, sans se préoccuper si les suppositions qu'on fait de la sorte sont ou ne sont pas économiquement possibles pour un même capital.
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Le cas ne se différencie du précédent que par une question de degré. Au lieu d'augmenter ou de diminuer à mesure que v diminue ou augmente, C reste constant. Actuellement dans la grande industrie et l'agriculture le capital variable intervient pour une part relativement petite dans le capital total et ne peut donc faire varier celui-ci que dans des limites très étroites. Partons encore du capital : I. 100 c + 20 v + 10 pl; C = 120; pl’ = 50 %; p’ = 8 ? %
et supposons qu'il subisse la transformation suivante : II. 100 c + 30 v + 15 pl; C = 130; pl’ = 50 %; p’ = 11 7/13 %
Si la transformation était inverse, si elle était caractérisée par une diminution du capital variable, nous n'aurions qu'à supposer que c'est II qui se transforme en I.
Dans le cas que nous examinons, les conditions économiques sont essentiellement les mêmes que dans le cas précédent; aussi jugeons-nous inutile de les détailler à nouveau. Le passage de I à II est caractérisé par une diminution de moitié de la productivité du travail : la mise en œuvre de 100 c exige 1 ½ fois plus de travail dans II que dans I. Ce cas peut se produire dans l'agriculture.
Alors que dans le cas précédent, le capital total restait invariable parce que du capital constant se transformait en capital variable ou vice versa, ici tout accroissement ou toute diminution du capital variable entraîne un engagement ou un dégagement de capital.
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Dans ce cas, l'expression
p’ = pl’ * (v / C) se change en p’1 = pl' * (v / C1)
et la combinaison des deux nous conduit à
p'1 : p' = C : C1
Les taux de la plus-value et les capitaux variables étant les mêmes, les taux du profit sont en raison inverse des capitaux totaux.
Par exemple, les formules suivantes correspondant à trois capitaux différents ou à des états différents d'un même capital :
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80 c + 20 v + 20 pl; C =100; pl' = 100 %; p' = 20 %.
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100 c + 20 v + 20 pl; C =120; pl' = 100 %; p' = 16 ? %.
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60 c + 20 v + 20 pl; C =80; pl' = 100 %; p' = 25 %.
donnent lieu aux proportions suivantes :
20 % : 16 ? % = 120 : 100 et 20 % : 25 % = 80 : 100
La formule générale, p’1 = pl’ * ((e * v) / (E * C)) trouvée plus haut, des variations de v/C lorsque pl' reste constant, devient maintenant
p’1 = pl’ * (v / (E * C))
(car v ne changeant pas, le facteur e = v1 / v devient égal à 1).
Nous savons que pl’ * v = pl, l'ensemble de la plus-value. Or pl' et v restent constants ; les variations de C n'affectent donc pas pl ; elles n'ont aucune répercussion sur la somme totale de la plus-value.
Si c tombait à zéro, p', le taux du profit, serait égal à pl', le taux de la plus-value.
La variation de c peut résulter d'un changement, ou de la valeur des éléments du capital constant, ou de la composition technique du capital total, c'est-à-dire de la productivité du travail. Dans ce dernier cas, l'accroissement de la productivité du travail social, qui serait une conséquence du développement de la grande industrie et de l'agriculture, aurait pour effet, dans l'exemple que nous avons choisi, de déterminer la transition de III à I et de I à II. Une quantité de travail payée 20 et produisant 40 mettrait d'abord en œuvre 60 de moyens de travail ; la productivité augmentant et la valeur restant la même, les moyens de travail passeraient à 80 et ensuite à 100. L'inverse caractériserait la décroissance de la productivité ; une même quantité de travail mettrait en œuvre moins de moyens de production et l'exploitation deviendrait plus restreinte, ainsi que cela peut se présenter dans l'agriculture, les mines, etc.
Une économie de capital constant augmente le taux du profit et dégage du capital ; elle est donc importante pour le capitaliste. Nous nous en occuperons plus loin lorsque nous étudierons les conséquences des variations des prix des éléments (surtout les matières premières) du capital constant.
Le cas que nous venons d'analyser établit une fois de plus que l'action d'une variation du capital constant sur le taux du profit est indépendante de la cause de cette variation, que celle-ci résulte d'une augmentation ou d'une diminution des éléments matériels de c ou d'une simple modification de valeur de ceux-ci.
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La formule générale de la variation du taux du profit,
p’1 = pl’ * ((e * v) / (E * C))
trouve son application ici. Il en résulte que, le taux de la plus-value restant le même :
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Le taux du profit diminue, lorsque E est plus grand que e, c'est-à-dire si le capital constant augmente de telle sorte que l'accroissement du capital total est plus rapide que celui du capital variable. Si un capital 80 c + 20 v + 20 pl se transforme en 170 c + 30 v + 30 pl, le taux pl' reste égal à 100 %, mais v tombe de 20/100 à 30/200, bien que v ait augmenté en même temps que C ; le taux du profit tombe de 20 % à 15 %.
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Le taux du profit ne reste constant que lorsque e = E, car la fraction v/C reste invariable quand on en multiplie le numérateur et le dénominateur par un même nombre. 80 c + 20 v + 20 pl et 160 c + 40 v + 40 pl donnent évidemment un même taux de profit, puisque, dans les deux cas, pl’ est égal à 100% et que l'on a d'un côté, v/C = 20/100 et de l'autre côté v/C = 40/200.
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Le taux du profit monte lorsque e est plus grand que E, c'est-à-dire lorsque le capital variable s'accr