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L’Eglise et le Culte en U.R.S.S.
Par F . Fédorov
1945
La .liberté de conscience et la liberté du culte n'existaient point dans la Russie tsariste. L'Eglise orthodoxe, dont le chef suprême était le tsar, fa sait partie de la machine gouvernementale de 1'Etat.. Les évêques et le clergé, entretenus •aux frais de ce dernier, exerçaient! des fonctions publiques. Ainsi, ils avaient charge de dresser les actes de L’état civil (naissances, mariages, décès). Sans un certificat délivré par 1'Eglise les enfants n’étaient pas admis à l’école.
Le code de l’Empire russe portait : La, religion suprême et dominante dans l'Empire russe est la religion chrétienne , orthodoxe grecque, orientale.
Conformément a l'article 253 du code pénal tsariste, les adeptes des sectes dénommées pneumatomaques, iconoclastes, molokanes, judaïsants, « de même que d’autres sectes hérétiques », étaient privés de tous les droits civiques, et déportés.
Des centaines de milliers d’innocents, persécutés pour leurs croyances religieuses, abandonnaient leurs foyers, allaient se réfugier dans les forêts de la Sibérie ou à l’étranger.
Soutenu par l’Eglise, le tsarisme persécutait férocement les athées et les savants matérialistes. Les grands naturalsites, K.Timiriarev, I.Sétchénov, de réputation universelle , et bien d’autres persécutés pour leurs « idées sacrilèges ». l’ouvrage de I.Sétchénov, réflexes du cerveau, fut interdit ; l’ouvrage de E.Haeckel, Enigmes de l’Univers, subit le même sort.
Le Parti bolchévik, qui dirigeait le mouvement ouvrier et révolutionnaire de Russie, se dressa avec courage et esprit de suite contre l’inique régime tsariste et contre les persécutions religieuses. Il combattit pour la conquête des libertés démocratiques, y compris la liberté de conscience.
Dès 1903, Lénine, formulant « les améliorations que les social-démocrates recherchent pour le peuple entier et pour les ouvriers », écrvait :
Les social-démocrates réclament...pour chacun le plein droit de pratiquer, en toute liberté, la religion qui lui plaît. Parmi tous les pays européens, seules la Russie et la Turquie maintiennent des lois infâmes contre ceux qui pratique une religion autre que la religion d’Etat , contre les dissidents, les sectaires, les Juifs. Ces lois interdisent expressément de telle ou telle confession ou défendent de la propager, privent de certains droits les partisans de certaines croyances. Toutes ces lois sont absolument injustes, atroces et ignominieuses.
Dans leurs journaux, dans des proclamations, par des appels et des messages, les bolchéviks ont flétri chaque atteinte à la liberté de conscience. Ils ont rendu le plus grand hommage à Léon Tolstoï, qui à lutté pour la liberté de conscience : ils ont soutenu les ecclésiastiques qui ont protesté de bonne foi contre le despotisme de l’Eglise.
Les bolchéviks ont mené une lutte incessante contre l’obscurantisme et pour la liberté. En décembre 1905, devant le mouvement révolutionnaire qui déferlait dans le pays, Lénine a précisé une fois de plus l’attitude des socialistes envers la religion et préconisait la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
L’Etat ne doit pas se mêler des choses de la religion, écrivait Lénine, les communautés religieuses ne doivent pas être liées au pouvoir de l’Etat. Chacun doit être absolument libre de professer le culte qui lui plait, ou de n’en reconnaître aucun, c’est-à-dire d’être athée, comme l’est généralement tout socialiste. Aucune différence de droits civiques, motivée par des croyances religieuses, ne doit être tolérée entre citoyens. Toute mention même de la religion des citoyens dans les actes officiels doit être absolument supprimée. L’Etat ne doit accorder aucune subvention à l’Eglise officielle, aucun subside sur les fonds publics ne doit être alloué aux associations paroissiales et confessionnelle, qui doivent devenir des associations de citoyens coreligionnaires entièrement libre et indépendantes du pouvoir. Seule la réalisation intégrale de ces conditions peut mettre fin à ce passé honteux et maudit, où l’Eglise était asservie à l’Etat, les citoyens russes étant à leur tour asservis à l’Eglise officielle ; où subsistaient et étaient appliquées des lois moyenâgeuses, inquisitoriales (maintenue jusqu’à ce jour dans nos codes et juridictions pénales), qui persécutaient pour une croyance ou pour l’incroyance, violentaient la conscience de l’homme, rattachaient les sinécures et prébendes administratives à la distribution par l’Eglise officielle de tel ou tel stupéfiant. La séparation complète de l’Eglise et de l’Etat, telle est la revendication que formule actuellement le prolétariat socialiste à l’égard de l’Etat et de l’Eglise.
J. Staline, le compagnon d’armes de Lénine, défendait ce même point de vue en matière de religion. Dans son ouvrage, Le Marxisme et la question nationale (1913), il écrit :
Le programme des social-démocrates comporte un paragraphe relatif à la liberté de conscience. D’après ce paragraphe, n’importe quel groupe de personnes a le droit de professer n’importe qu’elle religion : religion catholique, orthodoxe , etc... La social-démocratie luttera contre toutes les répressions religieuses, contre les persécutions visant les orthodoxes, les catholique et les protestants... La social-démocratie protestera toujours contre les persécutions visant le catholicisme et le protestantisme ; elle défendra toujours le droit des nations à professer n’importe qu’elle croyance...
Partisan de l’athéisme et propageant dans les masses une conception du monde matérialiste scientifique, le Parti bolchévik a revendiqué, depuis son origine jusqu’à la révolution de 1917, - pendant toute la période de son existence en régime tsariste , - la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ainsi que la liberté de conscience ; il a lutté contre toutes les persécutions religieuses.
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En octobre 1917 le pouvoir passait au Soviets des députés et des ouvriers, des paysans et des soldats. Peu après, en janvier 1918, le gouvernement soviétique décrétait la séparation de l’Eglise et de l’Etat, voici le texte intégral de ce décret :
1. L’Eglise est séparé de l’Etat
2.Il est interdit, dans l’intérieur de la République, de publier des lois locales ou des décisions susceptibles d’entraver ou de limiter la liberté de conscience ou de faire bénéficier de privilège ou prérogatives quelconques les citoyens, selon la religion professée par eux.
3.Tout citoyen est libre de professer le culte de son choix ou de n’en professer aucun. Toutes les privations de droits provenant de la pratique ou de la non pratique d’un culte, sont déclarées nulles et non avenues.
NOTE : Dans tous les actes officiels toute mention relative à l’appartenance ou à la non appartenance à une religion est supprimée.
4. Les actes des établissements de l’Etat ou autres institutions publiques, juridiques ou sociales ne comportent aucun rite ou cérémonie religieuses.
5. Le libre exercice des cérémonies religieuses est assuré dans la mesures où celles-ci ne troublent pas l’ordre public ni entraînent aucune atteinte aux droits des citoyens de la République soviétique. Les autorités locales ont le droit de prendre toutes mesures utiles pour assurer, en ce cas, l’ordre public et la sécurité
6.Nul ne pourra invoquer ses conceptions religieuses pour se soustraire à l’accomplissement de ses devoirs civiques. Les exceptions à cette règle – sous réserve qu’une obligation civique sera remplacée par une autre- pourront être établies dans chaque cas particulier, par décision du tribunal populaire.
7. Le serment devant dieu ou toute autre prestation de serment est aboli. Seule une promesse solennelle sera faite en cas de nécessité.
8. Les actes de l’état civil seront dressés uniquement par des officiers d’état civil, aux bureaux d’enregistrements des mariages et des naissances.
9. L’école est séparée de l’Eglise. L’enseignement des doctrines religieuses est interdit dans tous les établissement scolaires de culture générale, régis par l’état, public ou privés. Les citoyens sont libres d ‘enseigner la religion ou de s’en instruire à titre privé.
10. Toutes les sociétés ecclésiastiques ou religieuses sont soumises aux règles générales régissant les sociétés et associations privées ; elles ne bénéficient d’aucun privilège ni d’aucun subside de l’Etat ou de ses institutions locales autonomes et indépendantes.
11. La perception par contrainte d’impôts et de taxes au profit des sociétés ecclésiastiques et religieuses est interdite ; de même, défense est faite à ces sociétés d’appliquer à leurs adhérents des mesures de coercition ou de châtiments.
12. Aucune société religieuse ou ecclésiastique n’a le droit priorité et ne bénéficie de la personne juridique.
13. Tous les biens appartenants aux sociétés ecclésiastiques ou religieuses, existant en Russie, sont déclarés propriété publique. Les édifices et les objets affectés au cultes sont, par décision spéciale des autorités publiques, locales ou centrales, donnés en jouissance gratuite aux communautés religieuses correspondantes.
Il suffit de prendre connaissance de ce document – essentiel dans la législation des cultes actuellement encore en vigueur, - pour se rendre compte du vaste esprit de tolérance et de liberté dont il est pénétré de la première à la dernière ligne, à l’égard de la religion et de l’Eglise.
Le décret de séparation de l’Eglise et de l’Etat a mis fin à l’arbitraire de l’Eglise orthodoxe en tant qu’Eglise « suprême et dominante » en Russie. L’Eglise a été transformée en une société privée bénévole de croyant, indépendante de l’Etat. Dès lors elle n’exerçait plus ni n’exerce aucune fonction publique. Le clergé, autrefois entretenu aux frais de l’Etat, vie des offrandes faites par les fidèles. Pour la première fois, dans l’histoire de la Russie, on peut sans courir aucun danger, se proclamer athée ou croire en Dieu, autrement que l’exige l’Eglise orthodoxe grecque. Aussi, nombreux sont ceux qui, n’ayant plus besoin de dissimuler leurs opinions et leurs convictions, ont déclaré ouvertement rompre avec la religion et se proclamés incroyants.
Le clergé intègre a donné son adhésion au décret de séparation de l’Eglise et de l’Etat et salué la politique du Parti bolchévik et du pouvoir des Soviets en matière de religion.
Cependant, à l’origine du jeune état soviétique il s’est trouvé beaucoup de ministres du culte qui se sont montrés hostiles au renversement du tsarisme et à l’instauration du pouvoir des Soviets. Ils disaient que la séparation de l’Eglise et de l’Etat était une « persécution » dirigée contre l’Eglise, et n’avaient d’autre nom, pour désigner les bolchéviks, que celui d‘ « antéchrist » .
Cela étant, le pouvoir bolchéviks réprima implacablement toute activité hostile au peuple et châtia avec sévérité ceux qui se servaient de la religion dans leur lutte politique et contre-révolutionnaire. En même temps, le pouvoir des Soviets appliquait sans défaillance sa ligne de conduite dans la question religieuse, s’en tenant rigoureusement au principe de la liberté de conscience.
Le décret de janvier 1918, relatif à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, fut suivi de toute une série de lois nouvelles, décisions et instruction qui développaient le décret, et qui avait pour objet de déterminer exactement les droits et les devoirs des sociétés et groupes religieux en U.R.S.S.
Ainsi la loi du 8 avril 1929 comporte entre autres les articles suivants :
Art.10, section1 : Afin de pouvoir à leurs besoins religieux, les croyants qui auront constitué une société religieuse peuvent, moyennant contrat passé avec le comité exécutif de canton ou de rayon ou le Soviet de la ville, se faire concéder des édifices du culte en jouissance gratuite.
Art.2 : Les initiateurs ou les organisateurs de congrès religieux, assemblées ou conférences peuvent être : des sociétés religieuses ou des groupes de croyant, leurs organisme exécutifs, ainsi que les organismes exécutifs des congrès religieux.
Art.45 : La construction de nouveaux bâtiments consacrés au culte peut être autorisé sur la demande des sociétés religieuses, à conditions que soient observées les règles techniques générales présidant à l’érection des édifices...
Art.57, section 1 : Les assemblées de croyants constitué en groupes ou sociétés peuvent se tenir dans les bâtiments affectés au culte ou dans des locaux appropriés, - répondant aux règles techniques de la construction et la salubrité, sans avis préalables et sans autorisation des pouvoirs publics.
Art.60 : Pour les processions religieuses, - élément constitutif du service divin, - qui se font autour du temple tant dans les villes que les campagnes, aucune autorisation spéciale ou préalable n’est exigible, pourvu que ces processions n’entravent pas la circulation.
L’arrêté N° 328 commissariat du peuple à l’Intérieur de la R.SF.S.R. en date du 1er octobre 1929, relatif aux droits et aux obligations des communautés religieuses, porte ce qui suit :
Afin de pouvoir à leurs besoin religieux, les citoyens âgés de 18 ans accomplis, et appartenant au même culte, à la même religion, aux mêmes tendances ou doctrines, sont libre de constituer des sociétés religieuses ou des groupes de fidèles ;
Les croyants faisant partie des sociétés religieuses ou des groupes peuvent :
a) Célébrer leur rites religieux !
b) Se rassembler pour la prière ;
c) Administrer les biens du culte ;
d) Conclure des arrangements ayant trait à l’exercice des droits civiques et liés à l’administration des biens du cultes et à la célébration des rites religieux ;
e) Prendre part aux congrès des sociétés religieuses ;
f) Nommer les officiants du culte pour célébrer les rites religieux ;
Les conférences et congrès religieux, locaux, de toute la République, de toute la Russie ou de l’Union se réunissent avec l’autorisation :
a) Du département administratif de l’arrondissement ou de la région autonome, si le congrès englobe le territoire de l’arrondissement ou de la région autonome :
b) Du département du territoire ou de la région si un congrès de territoire ou de région, ou si le congrès englobe deux arrondissement et plus, ou bien des régions autonomes.
Une société religieuse, ou un groupe de croyants, peuvent être formé par décision de l’assemblée générale des membres de la société ou du groupe.
Cette décision doit être portée à la connaissance de l’organisme qui aura enregistré la société ou groupe de croyant, dans un délai de sept jours.
La législation, mais aussi l’activité pratique des organisations religieuses, attestent l’entière tolérance en matière de foi, ainsi que la liberté de conscience existant en U.R.S.S. . Voici, à titre d’exemple, les divers courants religieux qui se sont manifestés ouvertement et subsistent en U.R.S.S. : orthodoxes (églises anciennes et églises rénovatrices), église orthodoxe ukrainienne, église géorgienne, dissidents, vieux-croyant, arméniens-géorgiens, catholiques, protestant, sectaires-rebaptisés – officiant sans prêtres (Pomortsy, philippovistes, baptistes, évangélistes), mennonites, adventistes, non conformistes (puritains), méthodistes, pneumatomaques, molokanes, jéhovistes, flagellants, nouveaux- israélites, sauteurs, tempérants, tolstoïsants, malévanistes, fédéorovistes, mahométants, sunnites, schiites, békhaïstes, ismaélites, judaïtes, boudhistes, lamaïstes, chamanistes, etc.
Tous ces courants religieux professent leur croyance et célèbrent leur culte en toute liberté.
Le pouvoir soviétique ne fait aucune distinction entre les citoyens des diverses confessions. Leurs papiers d’identités officiels –passeport, acte de naissance, etc., - ne portent aucune mention de la religion à laquelle ils appartiennent. Lors des recensements de la population, cette question ne figure pas au questionnaire. Il n’est pas demandé de certificat attestant l’appartenance à une religion à ceux qui recherchent un emploi, pas plus qu’aux enfants qui entrent à l’école. Tous les croyants, indépendamment de leur confession, de même que tous les non-croyants, sont parfaitement égaux devant la loi. Aucune église, ni aucune religion ne bénéficie d’aucun avantage ou privilège. L’Etat soviétique garantit l’exercice des droits et des libertés à toutes les organisations religieuses, châtiant et faisant cesser toute velléité d’empêcher leur fidèle de pratiquer leur culte.
Les fêtes de l’Eglise orthodoxes sont célébrés, en Union soviétique, d’après le calendrier de l’Eglise, c’est-à-dire d’après le calendrier Julien, lequel retarde sur le calendrier grégorien de 13 jours pour la célébration des rites. Les autres organisations religions possèdent de même des traditions en matières de calendrier pour la célébration des rites (musulmans, israélites, etc.). Nul n’empêche les croyants d’assister aux services du culte, de prier, de pratiquer les rites religieux, comme le jeûne, la bénédiction du pain de Pâques, de la caillebotte pascale, etc. Le jour de repos hebdomadaire en Union soviétique est fixé au dimanche (jour de fête pour les chrétiens) et dans les République orientales au vendredi (jour de repos des musulmans). Nouvelle preuve que le gouvernement soviétique se montre attentif aux traditions religieuses de la population.
Le gouvernement soviétique n’interdit pas non plus les funérailles religieuses, les croix sur les tombes, la confession, la communion, ni l’administrations des sacrements aux malades hospitalisés. Au crématoire, toute possibilités est offerte aux parents du mort, s’il manifestent le désir, d’accomplir les cérémonies religieuses. Les coutumes religieuses comme le port du voile et de la parandja par les femmes de l’Orient, ou la circoncision chez les israélites et les musulmans, ne sont pas interdites par le pouvoir des Soviets. Le pouvoir des Soviets n’impose pas aux croyant telles ou telles coutumes et opinions, ni ne supprimes par voie administrative, les coutumes religieuses , établies de longue date. Le gouvernement soviétique n’interdit que les rites à caractères manifestement fanatique, qui tendent à estropier ou à mutiler les individus.
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Le pouvoir des soviets, ne met aucun obstacle aux organisations religieuses quand au choix du mode de vie intérieure à leur convenance. Nombre de communauté de croyants ne possèdent aucun organisme central : ce sont des organisations absolument indépendantes, autonomes, dirigées sur place par leurs évêques et leurs prédicateurs. Mais il existe en U.R.S.S. des courants religieux qui possèdent un organisme central. Citons l’Eglise orthodoxe avec, à sa tête, le patriarche et le saint - synode ; l’Eglise orthodoxe rénovatrice, dirigés par le métropolite Vvédenski et le synode ; la secte des chrétiens - évangélistes avec son conseil national ; la direction spirituelle centrale des musulmans, dirigés par le mufti siégeant à Oufa : l’Eglise arméno-grégorienne, avec son catholicos dans la ville d’Etchmaidzine ; l’Eglise géorgienne, ayant à sa tête un catholicos, etc.
La paroisse forme le chaînon primaire de l’Eglise orthodoxe. Elle est dirigée par un conseil paroissial composé généralement de vingt personnes. En vertu d’un contrat passé avec les organismes le pouvoir des Soviets, le conseil paroissial (« les Vingt ») a, pour la célébration du culte, la jouissance d’un édifice qu’il s’engage à maintenir en bon état. Un président, un secrétaire et un trésorier sont élus parmi les membres de ce conseil : le vote se fait une fois tous les trois ans. Les paroisses sont réunis en diocèses. Un archevêque est à la tête de chaque diocèse (ordinairement sur le territoire d’une région). Le patriarche est le chef suprême de l’ensemble de l’Eglise orthodoxe.
D’autres organisations religieuses, - parmi lesquelles les organisations musulmanes, israélites, etc. qui furent persécutées sous le tsarisme, - sont dirigé de même selon leurs coutumes et jouissent d’une entière autonomie.
Ainsi, les musulmans en U.R.S.S., dont les chefs sont représentés par le mufti de la direction spirituelle centrale des musulmans, dans la ville d’Oufa ; le conseil spirituel centrales des imans, des mouchtassibes, d’autres encore. Dans les villes, les aouls et les kichlaks (villages) de l’Asie mineure, du Caucase, de la Transcaucasie et dans d’autres régions (dont Moscou), les fidèles, pour faire leurs prières, se réunissent en toute liberté dans les mosquées, observent les jeûnes (saoum), lisent les cantiques (ayats) du Coran, etc.
Les Israélites croyants sont réunis en communautés religieuses ( à Moscou et ailleurs), observent les rites de leur culte dans les synagogues, lisent publiquement les textes de l’Ecriture sainte (la Thora), veille aux traditions de leurs fêtes de pénitence et autres, ensevelissent leurs morts selon le désir des parents, non dans les cimetières communs, mais dans ceux réservés aux Israélites, etc.
Nombres d’organisations religieuses ont publié et continuent de publier des écrits et des revues.
L’Eglise orthodoxe édite la Revue de la patriarchie de Moscou ; elle a publié des revues –Blagocest ( La Bonne Nouvelle), la Voix de l’Ukraine orthodoxe, l’Eglise rénovatrice.
Des périodiques religieux ont été publiés dans les chefs-lieux de territoire et de région comme : le Journal diocésain de Samara, le journal diocésain de Toula, le Journal de l’Eglise de l’Oural, et autres.
A différentes époques les sectes ont publié des revues : le Baptiste, le Messager, le Messager des chrétiens spirituels (molokanes), la Voix de la vérité, Union.
Des revues sont édités par les vieux-croyants : Le Messager de l’union des chrétiens de Russie appartenants à l’accord de Pomorié et la Voix de l’Eglise.
En outre pendant la guerre du peuple soviétique contre l’Allemagne hitlérienne, le clergé à publié, sous forme de tracts, des messages adressés aux croyants et se rapportant à différentes dates : celle de l’agression perfide des fascistes contre l’U.R.S.S. le 22 juin 1941 ; à l’occasion de la fête de Noël 1941 et de la Pâques de 1942 ; à l’occasion de l’anniversaire de la guerre nationale, etc. A noter le grand recueil, la Vérité sur la religion en Russie (460 pages, tirage 50.000 exemplaires), publié en 1942 par la patriarchie de Moscou, et le livre du métropolite de Kiev et de Galicie, Nicolas, sur la situation de la religion et de l’Eglise en U.R.S.S.
Maints autres faits attestent l’entière tolérance en matière de religion et la liberté de conscience existant en U.R.S.S. Les mêmes artels fabriquent les jouets et les œufs de Pâques coloriés ; des magasins spéciaux vendent des objets du culte et du brocart ; les établissements d’Etat fournissent aux consommateurs le pain de Pâques et la caillebotte pascale, le main azyme. Ils pourvoient l’Eglise en matériaux nécessaires pour la réparation des temples, en lumière électrique. Des locaux, la nourriture et les moyens de transport sont fournis aux délégués des congrès ecclésiastiques, par les organisations de l’Etat et les coopératives ; les hymnes religieux des sectaires, les revues et les recueils religieux sont imprimés dans les imprimeries de l’Etat.
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Le décret du 23 janvier 1918 a été une fois de plus confirmé par la constitution de l’U.R.S.S., adopté en 1936, dont l’article 124 porte :
Afin d’assurer aux citoyens la liberté de conscience, l’Eglise en U.R.S.S. est séparée de l’Etat et l’école de l’Eglise. La liberté de pratiquer les cultes religieux et la liberté de propagande anti-religieuse sont reconnues à tous les citoyens.
La constitution stalinienne a apporté de nouvelles dispositions au système électoral, faisant participer au vote toute la population adulte du pays ( les citoyens ayant 18 ans accomplis), sans en excepter le clergé. Avant l’adoption de la Constitution stalinienne, les ministres du culte étaient privés provisoirement du droit de vote. Cette mesure ne visait point spécialement le clergé, d’autres catégories de la population ayant été de même privé du droit de vote pour s’être montrées hostiles à l’ordre nouveau, au régime soviétique, au pouvoir des ouvriers et des paysans. En 1936, pendant la discussion populaire du projet de Constitution, à laquelle toute la nation prit part, un amendement fut déposé, tendant à ne pas conférer le droit de vote aux ministres du culte, aux anciens gardes blancs, à tous les « ci-devant » et individus qui ne faisaient pas un travail d’utilité publique, ou, tout au moins, de limiter le droit de vote aux individus de cette catégorie, en ne leur accordant que le droit d’élire sans leur laisser celui d’être élus.
Staline, rapporteur de la commission de la Constitution au 8e congrès extraordinaire des Soviets, souligna l’erreur de cette proposition ;
Je pense que cet amendement doit être rejeté. Le pouvoir soviétique a privé de leurs droits électoraux les éléments non travailleurs et exploiteurs, non point à perpétuité, mais provisoirement, jusqu’à une certaine période. Il fut un temps où ces éléments menaient ouvertement la guerre contre le peuple et s’opposaient aux lois soviétiques. La loi soviétique les privant du droit électoral fut la réponse du pouvoir des Soviets à cette opposition. Depuis lors, il s’est passé pas mal de temps. Durant la période écoulée, nus sommes parvenus à ce que les classes exploiteuses soient supprimées, et le pouvoir soviétique est devenu une force invincible. Le temps n’est-il pas venu de réviser cette loi ? Je pense que ce temps est venu. On dit que la chose est dangereuse, parce que dans les organisations suprêmes du pays peuvent se glisser des éléments hostiles au pouvoir soviétique, anciens gardes blancs, koulaks, popes, etc.
Mais qu’a-t-on proprement à craindre ? Quand on va au bois, il ne faut pas avoir peur du loup. D’abord tous les anciens koulaks, gardes blancs ou popes ne sont pas hostiles au pouvoir soviétique. Ensuite, si même le peuple élit, çà et là, des hommes hostiles, cela voudra dire que notre appareil d’agitation ne vaut rien, et que nous avons parfaitement mérité cette honte ; si au contraire, notre travail d’agitation est fait à la manière bolchévik, le peuple ne laissera pas passer les éléments hostiles dans ses organismes suprêmes. Par conséquent, il faut travailler et ne pas pleurnicher. Il faut travailler et ne pas attendre que les choses soient servies toutes prêtes, par la voie de dispositions administratrices. Dès 1919, Lénine disait que le temps était proche où le pouvoir des Soviets jugeraient utile d’introduire le suffrage universel sans aucune limitation. Vous entendez bien : sans aucune limitation. Il le disait alors que l’intervention étrangère n’étaient pas encore liquidée, et que notre industrie et notre agriculture étaient dans une situation désepérée. Dix-sept années ont passé depuis. N’est-il pas temps, camarades, d’accomplir cette indication de Lénine ?
Je crois qu’il est temps (La Nouvelle Constitution de l’U.R.S.S., rapport de Staline. P.66-68, B.E 1937).
Sur la proposition de Staline, le 7e congrès extraordinaire des Soviets de l’U.R.S.S. rejeta de même l’amendement demandant que soit interdit l’exercice des rites religieux.
Je pense, a dit Staline, qu’il faut rejeter cet amendement, comme n’étant pas conforme à l’esprit de notre Constitution (La Nouvelle Constitution de l’U.R.S.S., rapport de Staline. P.66-68, B.E 1937).
Dans leur livre la vérité sur la religion en Russie, les dirigeants de l’Eglise orthodoxe russe donnent l’appréciation suivante sur la politique du Parti bolchévik et du pouvoir des Soviets en matière de religion :
Le décret sur la liberté de conscience, pris par le gouvernement soviétique dès janvier 1918, assure à toute société religieuse, y compris notre Eglise orthodoxe, le droit et la faculté de vivre et de pratiquer le culte conformément aux exigences de sa foi, dans la mesure où n’est pas contraire à l’ordre public et aux droits des autres citoyens.
Ce décret a contribué notablement à assainir la vie intérieure de l’Eglise. Le décret du gouvernement soviétique sur la liberté de conscience, sur la liberté confessionnelle, a justement aboli le poids qui pesait sur l’Eglise depuis des années ; il l’a libéré de la tutelle du dehors. L’utilité pour la vie intérieure de à été grande. Le décret accorde la liberté et en garantit l’inviolabilité à toutes les sociétés religieuses... Non l’Eglise ne peut pas se plaindre du pouvoir.
Le correspondant de l’Associated Press s’est adressé, le 24 décembre 1941, à l’un des hiérarques de l’Eglise en U.R.S.S., l’archevêque André, pour lui demander :
Dans quelle mesure la liberté de confession est-elle aujourd’hui limité en U.R.S.S. ?
L’archevêque André à répondu :
Le pouvoir soviétique n’a jamais limité de confession. Il s’en tient rigoureusement au principe de tolérance pour toutes les religions ; et cette tolérance a été consacré par un article de sa Constitution. Le pouvoir soviétique a sévi contre une partie du clergé et des croyants, non point pour leurs convictions religieuses, mais pour leur activité hostile au régime soviétique établi. Il ne faut pas oublier qu’avant la Révolution, l’Eglise était au service du gouvernement du tsar et jouissait de nombreux privilèges et prérogatives (notamment le clergé supérieur). C’est pourquoi le clergé ne pouvait que difficilement renoncer à ces prérogatives. D’aucuns, dans l’espoir que le pouvoir soviétique serait soviétique serait renversé, s’étaient dressés contre lui. Il va de soi que le pouvoir soviétique ne pouvait laisser impunis de tels individus.
Margaret Woork White, dans son livre avec un appareil photographique à travers la Russie en guerre, nous dit qu’elle s’est entretenue avec des croyants, avec des officiants du culte, et que partout elle avait entendu :
Nous sommes libres, nul ne nous empêche de servir Dieu.
Walles Carrol, dans son ouvrage En cela nous sommes avec la Russie, en vient à conclure, à la suite de ses entretiens avec les croyants et le clergé, que les croyants de l’U.R.S.S ne formulent aucune plainte contre le pouvoir soviétique. A une question posée par Caroll au métropolite Serge (plus tard patriarche), concernant la situation de la religion et de l’Eglise en U.R.S.S., celui avait répondu :
Personne n’inquiète les croyants de l’U.R.S.S. ; l’Eglise dispose de ressources suffisantes et se propose même d’envoyer des fonds aux Etats-Unis pour l’Eglise orthodoxe dont la situation financière est extérieurement difficile.
Le métropolite Serge avait déclaré, en outre qu’aucune entrave n’était faite à l’Eglise quand à la formation de nouveaux cadres de desservants.
A la mi-septembre 1943, aussitôt après l’élection du patriarche de Moscou et de toutes les Russies, l’archevêque d’York, le docteur Cyrill Foster Harbett, invité par l’Eglise orthodoxe russe, se rendit à Moscou. Durant les dix jours qu’il passa en Union soviétique, l’archevêque eut en présence de l’ambassadeur britannique, sir Archibald Clark Kerr, un entretien privé avec le commissaire du peuple aux Affaires étrangères Molotov. Accompagné de ses deux chapelains, il visita le monastère de la Nouvelle-Jérusalem, à Istra, où il put se rendre compte des destructions monstrueuses que les vandales fascistes avaient fait subir à ce magnifique monument d’architecture. Dans la revue hebdomadaire : l’Allié britannique, publiée par le ministère de l’Information de Grande-Bretagne, l’archevêque d’York, à son retour à Londres, confirma la parfaite tolérance, la liberté de religion et de conscience en U.R.S.S.
Les ligne ci dessous, empruntées au livre déjà cité, la Vérité sur la religion en U.R.S.S. ,
Témoigne, une fois de plus, de la liberté de conscience en ce pays.
Il est vrai –on le sait bien- qu’en Russie on fait de la propagande antireligieuse, dont la liberté a été garantie par la Constitution. On sait aussi que l’idéologie antireligieuse est l’idéologie du Parti communiste. Et certes, l’Eglise orthodoxe s’en trouve affligée. Mais, en même temps, il convient de dire en toute objectivité que la propagande antireligieuse en U.R.S.S n’entrave ni ne limite absolument en rien les droits des fidèles.
La conception du ponde du Parti bolchévik, conception scientifique, nie la croyance au surnaturel, aux miracles ; elle exclut l’explication religieuse des phénomènes de la nature et de la société.
Or, bien que le Parti bolchévik observe une attitude négative envers la religion, en tant que conception du monde, il n’a jamais considéré ni ne considère comme rationnelle la lutte contre la religion par voie administrative.
En 1924, le 13e congrès du Parti bolchévik a spécialement souligné l’importance de cette question.
Il importe de liquider résolument toute tentative de combattre les préjugés religieux par des mesures administratives, telles que : fermeture des églises, des mosquées, des synagogues, des maisons de prières, des temps,etc. La propagande antireligieuse doit revêtir un caractère exclusivement matérialiste quand à l’explication des phénomènes de la nature et de la vie sociale.Il faut veiller, surtout à ne pas blesser le sentiment religieux des croyants...
Cette déclaration est de même soulignée avec force dans le programme du Parti Bolchévik où il dit :
Il faut éviter soigneusement toute atteinte aux sentiments religieux des croyants, car cela n’entraînerait que la consolidation du fanatisme religieux.
Le pouvoir soviétique châtie sévèrement quiconque empêche les croyants d’exercer les droits qui leur sont conféré par la loi. L’article 125 du code pénal de la R.S.F.S.R. porte :
Quiconque fait obstacle à la célébration des rites religieux – pourvu qu’il ne troublent pas l’ordre public, ni ne porte atteinte aux droits des citoyens, est passible d’une condamnation à six mois de travaux forcé.
Le pouvoir soviétique veille strictement à ce que la propagande antireligieuse ne blesse ni ne heurte les sentiments religieux des croyants. La lutte contre les religion en U.R.S.S. consiste avant tout à diffuser les connaissances scientifiques dans le peuple, à l’éduquer dans l’esprit d’une conception scientifique du monde. Telle est la méthode essentielle de la propagande antireligieuse en Union soviétique, en particulier celle de l’Association des athées militants. Le pouvoir soviétique n’a jamais accordé aucune prérogative ni privilège aux organisations d’athées, qu’il traite sur le même pied que les organisations religieuses. L’Association des athées tire ses moyens d’existence des cotisations librement consenties de ses membres ; elle constitue une organisation sociale volontaire.
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l’agression perfide de l’Allemagne hitlérienne contre l’Union soviétique, en juin 1941, avait changé la situation dans le pays. Dès les premiers jours de leur domination dans les régions provisoirement occupées, les fascistes s’étaient mis à étouffer la liberté de conscience, à persécuter le clergé et à insulter la religion.
Nous citerons plusieurs faits, puisés au hasard dans les nombreux documents de la presse périodique et confirmé par des centaines et des milliers de témoignages de croyants, ainsi que par des actes officiels.
Ainsi, au village d’Ilinskoïé, région de Toula, les envahisseurs ont brisé les icônes des kolkhoziens pour en faire du bois de chauffage. Dans la ville de Plavsk l’église a été transformée en prison, en chambre de tortures. Dans les villages de SémionovskoPie et Ivanovskoïe, région de Moscou, les églises ont été transformées en camps de concentration. A Oskovnino, Paportka, Novo-Pokrovskoïe, Iéviévo, région de Toula, Kotcharguino, Lytkino, région de Moscou, de même que dans d’autres villes et villages envahis, les barbares allemands fascistes ont changé les églises en écuries ; ils ont détruit tous les objets sacrés, les iconostases, les autels.
Le prêtre Ambroise Ivanov, du village d’Ilinskoïe, raconte :
Avant la venu des Allemands, l’église était en parfait état. Un officier allemand m’a donné l’ordre de faire place nette dans l’église... La nuit des troupes arrivent, occupent l’église, y installent leurs chevaux... et les voilà qui cassent, qui démolissent tout pour faire des lits de planches. Ils ont jeté dehors l’autel, la porte du sanctuaire, les bannières, le saint suaire. En un mot, ils ont fait du temple un repaire de brigands.
La note du commissaire du peuple aux Affaires étrangères Molotov, en date du 6 janvier 1942, sur les dévastations et pillages auxquels fut soumise la population, ainsi que sur les monstrueuses atrocités commises partout par les autorités allemandes en territoire soviétique envahi, rapporte le fait suivant :
A Lvov, 32 ouvrières de la fabrique de confection de cette ville ont été violées et assassinées ensuite par les sections d’assaut allemandes. Des soldats allemandes avinés entraînaient jeunes filles et jeunes femmes de Lvov dans le parc Kosciusko où elles étaient sauvagement violées. Le vieux prêtre V.L.Pomaznev qui, un crucifix à la main, avait voulu empêcher ces violences contre les jeunes filles, a été roué de coups par les fascistes qui lui ont arraché sa soutane, lui ont brûlé la barbe et l’ont transpercé à coup de baïonnette.
Les hitlériens détruisaient et anéantissaient les trésors historiques et artistiques des croyants. Le monastère de la Nouvelle-Jérusalem, à Istra, monument religieux historique remarquable du peuple russe, fut fondé en 1654 et restauré au 18e siècle par les célèbres architectes Rastrelli et Kazakov. Les Allemands ont changé en ruines ce monuments magnifique et unique. Dans la vieille ville russe de Staritsa, les hitlériens, ont brûlé le monastère érigé au 16e siècle : on a découvert dans les bâtiments des cadavres dévêtus de soldats rouges, prisonniers de guerre torturés à mort.
La lettre d’un prêtre musulman – l’iman Souléiman – écrite d’après les déclarations de témoins qui se sont évadés de captivité, retrace le sinistre tableau des outrages infligés par les hitlériens aux sentiments religieux des Tatars de Crimée :
Très - honoré Khazret, écrit Souléiman, j’ai entendu ces jours-ci une conversation entre deux musulmans. Ces gens-là se sont enfuis des régions occupés de la République de Crimée. Leurs témoignages ont réveillé, enflammé mon âme de musulman, -aussi ai-je pris la résolution de vous écrire. Un de ces musulman, - aussi ai-je pris la résolution de vous écrire. Un de ces musulmans est natif du village de Gaziz, situé non loin de la ville de Batkhchissaraï. Il n’avaient pas quitté son village au moment de l’occupation de Bakhtchissaraï ; il était resté chez lui et avaient pris du service comme gardien d’une coopérative ; il répond au nom de Zia-Etdine. Il m’a fait le récit suivant :
Dès le premier jour de leur entrée en Crimée, les Allemands ont interdit les rites, les us et coutumes des Tatars de Crimés. A Gaziz (village natal de Zia-Etdine), les Allemands ont rassemblé tous les vieillards, leur signifiant d’avoir à enlever leur coiffure et leur lévite tatar, à raser leur barbe. Ils ont interdit le rite qu’on pratique avec les nouveau-nés d’après les lois musulmans. Sur l’ordre du commandement hitlérien, le père d’un nouveau-né a été envoyé près d’un prêtre allemand, qui a donné à l’enfant un nom allemand. L’aoul Gaziz tirait sont nom allemand (celui de « vénéré ») de ses mosquées saintes, des objets religieux, des tombeaux des saints datant de l’époque des khans. Or, les allemands l’ont brûlé. Des milliers de musulmans se rendaient à Gaziz, lieu sacré pour tous les musulmans de Crimée.
Dans l’aoul de Tchia-Sala un vieillard faisait sa prière du soir. Un soldat allemand entra et, le saisissant par le collet de sa lévite, le traîna dehors. Un officier allemand passait dans une auto et le vieillard se plaignit à lui. Alors fit rassembler toute la population de l’aoul, et le vieillard fut frappé publiquement à coups de bâtons. L’officier menaça du même sort tous ceux qui s’aviseraient de se plaindre des soldats allemands.
Dans l’aoul de Soudri-Tach, des soldats allemands avaient déshabillé complètement des musulmans qui s’étaient réunis dans la mosquée pour prier, et les ont conduits tous nus à travers les rues.
Très – honoré Khazret, je ne vous ai dit que le centième partie des atrocités dont m’a parlé Zia-Etdine. Son récit m’a tellement bouleversé que je suis incapable de vous exposer tout dans une seule lettre. Je maudis de tous mon âme ces monstres, ennemis de l’humanité.
Je suis vieux. Avant l’arrivé des Allemands en Crimée, j’était iman dans l’aoul de Khaïr-Chat. J’ai été en pèlerinage dans les villes saintes de la Mecque et de Médine. Et je n’ai pu entendre sans douleur le récit des crimes comme par les Allemands.
Des milliers et des milliers de ces faits ont été recueillis par la commission de l’Etat, à laquelle appartient le métropolite Nicolas, de Kiev et de Galicie, qui a été chargée d’enquêter sur les forfaits des fascistes.
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Croyants et incroyant de l’Union soviétique étaient animés du même patriotisme ardent, de la même volonté d’écraser au plus vite l’infâme envahisseur. Le métropolite Nicolas de Kiev et de Galicie, qui, aux premiers jours de la guerre, se trouvait en Ukraine occidentale, a dit :
Nous avons pour notre part observé ce grand élan religieux-patriotique en maint endroit du territoire occidental. Tous les fidèles ayant aussitôt empli les églises, ont fait des prières pour la victoire ; côte à côte avec les autres citoyens ; ils ont opposé une résistance farouche à l’ennemi et se sont fait incorporer dans les milices nationales, ; ils ont organisé immédiatement des actions de partisans sur les arrière de l’ennemi.
Le grand élan patriotique du peuple soviétique, sa haine de l’envahisseur fasciste ont sensiblement contribué à orienter l’activité des organisations religieuses durant la guerre nationale contre l’Allemagne hitlérienne.
Le 22 juin 1941, le locum tenens du patriarche, le métropolite Serge, écrivait dans un appel adressé aux pasteurs et à leurs ouailles de l’Eglise chrétienne orthodoxe :
Ce n’est pas la première fois que le peuple russe résiste à la poussée de l’ennemi ; ce n’est pas la première fois qu’il le bat. Puisions-nous ne pas déshonorer, nous, orthodoxes, le nom glorieux de nos ancêtres, auxquels nous sommes apparentés par la chair et la croyance.
Cette adresse se terminait par ces mots :
L’Eglise du Christ donne sa bénédiction à tous les orthodoxes pour la défense des frontières sacrées de notre patrie. Que le seigneur nous accorde la victoire.
A la suite de ce message du métropolite Serge toutes les églises du pays ont célébré un service divin pour la victoire des armes russes ; des sermons et des prédications ont été prononcées déclarant que la collaboration était impossible entre l’Eglise orthodoxe et les fascistes ; qu’il était impossible de recevoir des mains de l’ennemi des privilèges ou des avantages quelconques.
Comme en automne 1941 les Allemands approchaient de Moscou, le métropolite Serge adressa un nouveau message aux croyants :
L’ennemi est fort, mais le Dieu des Russes est grand, écrivait-il. Les télégrammes de salutations adressés à l’occasion du 25e anniversaire de la grande Révolution socialiste d’Octobre, par le métropolite Serge,