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Les Cours de l'UNIVERSITE NOUVELLE

 

Cours de Philosophie

Fascicule VI

 

MATERIALISME DIALECTIQUE

Et

SCIENCES PHYSICOCHIMIQUES

 

Par

 

Francis HALBWACHS

Agrégé de l'Université

 

*

Sciences Physicochimiques et Dialectique

Sciences Physicochimiques et Matérialisme

 

1946

 

Editions Sociales - Paris

 

******************************************************************

 

Matérialisme dialectique

et

Sciences Physicochimiques

 

L'exposé classique des sciences physicochimiques nécessite des centaines et des centaines de volumes. Leur exposition moderne à la lumière du marxisme qui n'est pour ainsi dire pas commencée ne sera guère moins longue. Il n'entre pas dans mes intentions d'entamer cet exposé encyclopédique qui, si j'étais capable de le mener à bien, nous tiendrait assemblés sans interruption plusieurs années durant. Mais d'autre part, il est bien difficile d'en faire un résumé qui se tienne car, comme je que vous êtes peu au courant des secrets des sciences en questions, je ne puis me contenter de rapide allusions dont le sens vous échapperait entièrement.

 

Nous commencerons par limiter le problème aussi étroitement que possible en écartant certains aspects de l'application de la dialectique aux sciences de la nature inanimée.

 

Tout d'abord , je ne ferai qu'une rapide allusion aux luttes très ardentes que se livrent en ce moment les matérialismes et leurs adversaires autour de certains résultats fondamentaux de la physique moderne. On peut dire, en effet, que si la période que nous traversons se déroule sous le signe de la guerre, ce n'est pas seulement sur le front d'Allemagne, mais aussi et tout aussi violemment sur le front des quanta, depuis que le physicien idéaliste anglais, James Jeans, a déclaré qu'il était désormais possible scientifiquement d'admettre l'intervention de Dieu dans les phénomènes atomiques. Dans ce combat, le matérialisme dialectique est non seulement un drapeau autour duquel se rallient des combattants tels que Paul Langevin et Frédéric Joliot, mais il est aussi une arme précise et perfectionnée par laquelle l'adversaire sera inéluctablement surclassé et subira prochainement un Stalingrad philosophique.

 

Vous exposer l'emploi de cette arme et les différentes phases du combat serait extrêmement délicat étant donné le caractère profane de l'auditoire. Mais aussi bien ce qui nous intéresse pour le moment, c'est moins de savoir en quoi la dialectique est utile au progrès des sciences que de démontrer combien les sciences attestent la valeur du matérialisme dialectique et étendent son champ d'application.

 

De même, nous laisserons complètement de côté l'étude de la science comme ensemble des idées de l'homme sur les choses, l'évolution de ces idées à travers les périodes historiques, l'influence dominante sur la science de chaque époque du niveau de la technique, soit que certaines découvertes expérimentales aient dépendu d'un certain degré de précision dans le domaine de la physique susceptible d'applications industrielles, la recherche scientifique ait été profondément influence et comme galvanisée par ces applications. Les idées scientifiques sont également déterminées par les conceptions philosophiques régnantes, reflets des conditions politiques, et il est hors de doute que si la relation d'indétermination de Heisenberg, base d'assaut des physiciens néospiritualistes, avait été découverte cent ans plus tôt, son interprétation et les prolongements qu'on lui a donnés auraient été absolument différents de ce qu'ils sont à notre époque de putréfaction de la société bourgeoise et de recrudescence des idéologies pessimistes et mystiques. Les théories scientifiques ont un développement historique qui obéit à une dialectique propre, certaines conceptions contradictoires prennent naissance au sein de la théorie antérieurement admise, elles en font brusquement éclater les cadres et donnent naissance à une synthèse supérieure après une crise révolutionnaire qui plonge chaque fois les physiciens métaphysiciens dans un profond désespoir allant jusqu'à un scepticisme définitif, et que seuls, les marxistes peuvent comprendre et dominer.

 

Quel que soit son intérêt, nous laisseront de côté l'histoire des idées des hommes sur la nature et nous nous attacherons uniquement à l'objet de la science , au monde physique lui-même, dans la ligne du programme posé par Engels dans la préface de l'anti-Dühring: "Nous convaincre dans le détail -- car pour l'ensemble nous n'avons aucun doute --que, dans la nature, s'imposent , parmi la confusion des mutations sans nombre, les mêmes lois dialectiques du mouvement, qui, dans l'histoire également, dominent l'apparente contingence des évènements (Fr.Engels: M.E.Dûring bouleverse la Science, t.1, p.xxv, éditions Costes , 1931).

 

Suivant un plan désormais classique nous envisagerons successivement le problème dialectique et le problème du matérialisme, car il faut bien faire des subdivisions, quelqu'artificielles qu'elles soient, mais nous aurons soin de ne pas oublier que notre dialectique est matérialiste et que notre matérialisme est dialectique. Pour rester dans un cadre qui nous est familier, j'adopterai l'ordre suivi dans la brochure récemment parue sur le Matérialisme dialectique et la Matérialisme historique (J.Staline, Editions Sociales, 1945). Comme il n'est pas question de faire à cette occasion une revue complète des sciences physicochimiques, je me contenterai de quelques exemples pris dans des domaines variés.

 

I

Sciences Physicochimiques et Dialectique

 

  1. l'Action Pédagogique

 

Que le monde physique soit un tout organisé dont toutes les parties réagissent les unes sur les autres en quelques manière et q'un phénomène ne puisse jamais être expliqué complètement que par sa connexion avec les autres phénomènes, cette idée est très étrangère au physicien, car sa méthode consiste précisément à simplifier les phénomènes en les considérant isolément et, en somme, tout le matériel d'un laboratoire, cornues, éprouvettes, chambres à vide, cage de faraday, etc., sert, avant tout, à isoler un phénomène particulier de tout le monde extérieur considéré comme influence parasite. Cependant, la systématisation de cette tendance a conduit la physique classique à d'étranges déconvenues.

Par exemple, la fameuse expérience du pendule de Foucault, par laquelle on démontre que la terre tourne, contient à la base une absurdité, car elle commence, semble-t-il, par isoler le système terre-pendule. Et alors elle prouve une seule chose: que la terre tourne par rapport au pendule. Et, dans ce cas, il est malgré tout plus simple de penser que c'est le pendule, tout de même plus maniable, qui tourne par rapport à la terre. Les physiciens classiques ont eu à répondre en définitive à la double question: par rapport à quoi la terre tourne-t-elle ? et: qu'est-ce qui retient le pendule de tourner? Ils ont répondu par le postulat fondamental de la dynamique classique: prenons comme repère un système de droites issues du centre du soleil et passant par des étoiles fixes. D'abord, on peut les chicaner à propos des étoiles fixes, car toutes les étoiles sont en fait animées de mouvement rapide. Mais, surtout, il y a une objection fondamentale: comment ces droites imaginaires qui n'existent que par convention, pourraient-elles exercer effectivement une action quelconque et retenir le pendule ? Il a fallu pour répondre le problème que la théorie de la Relativité du grand dialecticien Einstein décide de tenir compte du reste du monde et démontre que c'est en réalité l'ensemble des étoiles qui, par leur attraction, retiennent le pendule et maintiennent son plan fixe par rapport à elles.

 

D'après la Relativité et dans l'hypothèse dite de l' "univers fini", c'est aussi l'ensemble de toutes les étoiles et l'action physique qu'elles exercent effectivement sur la terre qu'il faut faire intervenir dans toutes les questions de dynamique. Prenons-en un autre exemple: considérons un événement qui nous l'espérons, ne tardera pas à se réaliser: supposons Goering pendu par le coup. Sur la corde, il pèse de tout son poids de 100 kg. Autrement dit, la terre l'attire avec une force de 100 kg. Et, autrefois, la physique classique considérait que cette question était à vider exclusivement entre la terre et Goering, que la terre était seule chargée de régler son compte à l'immonde individu. Or, la relativité a établi que l'attraction de la terre sur un corps ne dépend pas seulement de la terre et du corps, mais qu'elle est fonction de la masse totale de l'univers. Si neuf étoiles sur dix disparaissaient, nous pèserions dix fois moins lourd, et Goering aurait des chances d'échapper à la strangulation. Mais ses crimes ont crié au ciel et en fait, chaque étoile a tenu à participer de quelques milligrammes à son supplice. Comme on le voit, la nouvelle théorie constitue une magnifique justification de la dialectique, tout agit sur tout et quand nous soulevons une valise, cette simple action fait intervenir la masse d'étoiles innombrables se trouvant à d'immenses distances.

b ) Le Devenir

L'un des traits les plus marquants de la physique d'aujourd'hui par rapport à celle d'il y a un siècle, c'est qu'un monde en mouvement , en évolution, en perpétuel devenir et finir, a remplacé l'univers stable d'autrefois avec ses étoiles fixes et incorruptibles, ses planètes accomplissant éternellement les mêmes révolutions, ses éléments chimiques immuables et essentiellement distincts, l'agitation vaine et désordonnée de ses vagues et de ses vents qui jamais n'aboutissait à aucun changement. La physique classique se décomposait en lois de conservation --conservation de l'énergie de la masse, conservation des éléments ,--lois obtenues après des siècles d'efforts intellectuels qui ont apporté d'énormes progrès en clarifiant le chaos de la physique primitive qui restent de très précieuses vérités à condition qu'on se maintienne à l'intérieur du domaine où elles sont valable, mais qui, systématisées par des métaphysiciens dogmatiques, ont abouti à une image du monde complètement faussée. En cent ans, nous avons vu successivement ces lois de conservation se muer en lois d'évolution, en fait, nous savons aujourd'hui que:

Le monde physique--comme le monde des êtres vivants, et celui de l'histoire humaine--est engagé dans un processus d'apparition et de disparition, dans un flux incessant, dans un mouvement et un changement perpétuel. (Engels).

 

Comme la dialectique marxiste est avant tout une évolution historique, dans le temps, une dialectique du nacheinander (l'un à côté de l'autre), ce caractère du monde physique nous paraît le plus important et nous insisterons sur les différents aspects de cette évolution. Nous serons néanmoins obligés d'en laisser plusieurs de côté par exemple, l'histoire des planètes telle qu'elle ressort des recherches de l'histoire combien extraordinaire et passionnante de la terre, qu'étudie la géophysique moderne, ainsi que la surprenante conception de l'univers en expansion.

 

1 Principe de Carnot

Ce principe était connu d'Engels qui en a marqué en son temps l'exceptionnelle importance. Pour le faire comprendre, nous allons user d'une comparaison. Supposons que je me trouve les yeux bandé entre deux paniers. Celui de droite contient cent billes blanches et celui de gauche cent billes rouges. Je vais me livrer un très grand nombres de fois à l'opération qui consiste à prendre au hasard un bille dans chaque panier et à les échanger. La théorie démontre et l'expérience confirme qu'au bout d'un temps plus ou moins long, il y aura à quelques unités près, autant de billes blanches que de rouges dans les deux paniers. Et, à partir de là, je pourrai continuer aussi longtemps que je voudrais la proportion ne changeras plus sensiblement, jamais le phénomène ne reviendra en arrière, jamais je ne retrouverai toutes mes billes rouges rassemblées dans un même panier et toute les boules blanches dans l'autre. Si bien qu'il y a là une évolution irréversible par laquelle on peut même définir le sens d'écoulement du temps: le temps s'écoule en venant du moment où les billes étaient triées et en allant vers celui où elles sont mélangées. Naturellement, tout cela vaut tant que j'agis comme un être mécanique et que je garde les yeux bandés. Si j'enlève mon bandeau et regarde ce que je fais, il me sera au contraire très facile de reclasser les billes, par couleur.

 

Eh bien, le principe de Carnot pose que ce processus est absolument général. Si au lieu d billes on considère d'autres objet, que ce soient des électrons, des atomes, des micelles colloïdaux, des étoiles ou des nébuleuses, le mélange se fait de la même façon. La nature évolue toujours vers les états les plus probables. Par conséquent, la nature est purement mécanique, elle a un bandeau sur les yeux, autrement dit, pour la physique des mélanges, Dieu n'existe pas. On voit que ce principe d'évolution est en même temps et très profondément un principe matérialiste.

 

Notons quelques-unes de ses applications. Si dans un récipient nous superposons de l'eau salée et de l'eau sucré en prenant des précaution pour qu'elles ne soient pas brassées ensemble, au bout d'un temps plus ou moins long, les molécules de sucre et les molécule de sel se seront interpénétrées à tel point que la composition des liquide sera la même en haut qu'en bas. Et jamais plus il n'y aura séparation. De même, si on met en communication par un robinet deux flacons contenant deux gaz différents, au bout d'un certains temps, les deux flacons contiendrons un seul et même mélange, même si le gaz d'en bas était beaucoup plus lourd que le gaz d'en haut, s'il s'agissait par exemple de gaz carbonique et d'hydrogène. Le mélange sera simplement dans ce cas plus long à faire, mais jamais les gaz ne se sépareront plus. Considérons maintenant deux flacons contenant un même gaz, mais à des températures différentes. Comme on le sait, le gaz chaud est composé de corpuscules lancés en tous sens avec de très grands vitesses, tandis que pour le gaz froid les corpuscules sont plus paresseux. Lorsqu'on établira la communication, il se fera un échange, les vitesses se distribueront et s'égaliseront par les chocs mutuels, et on arrivera à un état stable à température fixe qui ne changera plus spontanément. C'est donc en vertu de ce principe très général q'un fer chaud se refroidit en cédant de la chaleur à son milieu, et aussi q'un morceau de glace fond en absorbant la chaleur ambiante. A l'autre extrémité de l'échelle, la répartition des vitesses des étoiles évolue sans cesse vers une distribution de plus en plus uniforme et de plus en plus probable. Cette évolution est extrêmement lente. En effet, il ne s'agit plus ici des échanges par chocs tels qu'ils se produisent entre les molécules à raison de plusieurs milliers de secondes. Il est extrêmement rare qu'une étoile passe assez près d'une autre pour subir sensiblement son attraction. Cependant, cela arrive et à la longue l'effet est exactement le même que dans le cas des molécules. Il est même possible de dater les millions d'années écoulées et les millions d'années à venir d'après la répartition des vitesses qui s'effectue entre les étoiles dans une évolution irréversible dont les lois sont parfaitement connues.

 

Nous insisterons sur une forme particulière du principe de Carnot, d'abord parce que c'est la forme la plus anciennement connue, celle qu'Engels salua comme:

Le principe qui sert de base une fois pour toutes à l'étude du processus de métamorphose en lui-même, du grand processus fondamental dont la connaissance résume en elle la connaissance intégrale de la nature.

 

Ensuite, à cause de l'évidence avec laquelle apparaît dans ce cas l'aspect dialectique de l'évolution. Il s'agit de la loi de dégradation de l'énergie. On sait que l'énergie mécanique et la chaleur sont partiellement échangeable. Par exemple, quand une balle de fusil arrive contre un mur, elle est arrêtée brusquement et sa force vive disparaît ; mais, en revanche, elle est échauffée au point d'être fondue. De même, le frottement d'un frein contre une roue ou d'un bateau qu'on lance à la mer contre ses glissières, transforment l'énergie mécanique en chaleur. Inversement, dans les moteurs, machines à vapeur et turbines, c'est de la chaleur produite par la combustion du charbon ou de l'essence qui nous fournit du travail mécanique.

 

Le grand principe de conservation de l'énergie que nous avons cité tout à l'heure, nous apprend que dans un système , toutes les fois qu'une certaines quantité de chaleur a disparu, c'est un quantité de travail bien déterminé et correspondant à la même énergie qui a pris naissance. Rien ne se perd, rien ne se crée, quantitativement, l'énergie se conserve, elle ne change que qualitativement. Mais le principe ne nous dit pas comment et dans quel sens se fait cette transformation de qualité. C'est le principe de Carnot qui nous renseigne. Il nous permet d'établir que le travail peut toujours se transformer en chaleur, par exemple par frottement, mais que la chaleur ne se transforme jamais que partiellement en travail, suivant un processus bien déterminé. Prenons, par exemple, une machine à vapeur. La chaleur est empruntée à un corps chaud (le foyer de la chaudière). Une partie est transformée en travail, mais une autre partie doit être obligatoirement versée à un corps froid (condensateur, rivière ou atmosphère). Et cette dernière partie est non détruite, mais perdue, dissipée, en peut plus servir à rien. C'est pourquoi on dit que la chaleur est une forme dégradée de l'énergie, car une partie seulement peut-être utilisée sous forme de travail. Cette partie est d'autant moins dégradée que son corps chaud auquel elle est empruntée est une température plus haute. Par exemple avec une chaudière à surchauffe on peut atteindre 300° et le maximum qu'ont peut espérer c'est d'utiliser la moitié de la chaleur produite.

 

Voyons maintenant par quel processus dialectique l'énergie universelle se dégrade spontanément. Il constitue un exemple typique de ce que Hegel appelle la négation de la négation. Prenons une certaine quantité de travail. Nions-la en la transformant intégralement par frottement en chaleur, qui sera, par exemple, produite à 300°. Nions maintenant la négation en retransformant cette chaleur en travail dans un moteur quelconque. Nous serons obligés d'un verser la moitié à un corps froid où elle sera désormais inutilisable, l'autre moitié se retrouvera sous une forme de travail. On voit qu'en parcourant ce cycle un certain nombre de fois, tout travail utilisable finira par disparaître et il ne restera plus que de la chaleur froide et dégradée. Le principe de Carnot nous apprend qu'un tel processus accompagne absolument tous phénomène de la physique et de la chimie, rayonnement, production d'électricité, réaction chimique, etc… Et jamais ne se produit de phénomène inverse qui viendrait revaloriser l'énergie. D'ailleurs, le terme de dégradation ne doit pas nous impressionner. Il a été introduit par les physiciens qui travaillait dans une époque où l'accroissement des dividendes était la préoccupation dominante de la bourgeoisie industrielle, qui voyait avec mauvaise humeur son bon argent s'en aller en pure perte dans les condensateurs ou les cheminées des locomotives. Mais d'un point de vue désintéressé, une forme dégradée de l'énergie n'est pas plus mauvaise qu'une forme "gradée". Nous devons simplement retenir l'existence d'un vaste processus qui se poursuit sans jamais retourner en arrière dans tous les coins de l'univers et par lequel l'énergie qui reste constante en quantité est transformée dialectiquement quand à sa qualité sans que jamais se produise la métamorphose inverse.

 

(2) Transmutation des Eléments

Le principe de la conservation des éléments dû à Lavoisier a été jusqu'ici le fondement essentiel de la chimie. Il pose que les éléments ou corps simple indécomposables, tels que l'oxygène, le carbone, l'hydrogène, l'azote, les métaux, etc… subsistent sans aucun changement à travers les réactions chimiques. Ils peuvent seulement s'unir diversement les uns aux autres, s'échanger et se séparer, mais jamais apparaître ou disparaître, ni se transformer les uns dans les autres. Ils sont invariables et incorruptibles, ont été créer tels quels à l'origine du monde et subsisterons tels quels jusqu'au jugement dernier. Lavoisier ruinait par là le vieux rêve des alchimistes qui, par la "transmutation" des éléments, espéraient fabriquer de l'or à partir d'autres métaux.

 

Or, au début du siècle, des savants français, Becquerel, puis Pierre et Marie Curie découvrirent un certain nombre d'éléments rares dont les atomes sont les plus gros et les plus lourds qu'on connaisse, et qu'ils appelèrent éléments radioactifs à cause des radiations qu'ils émettent spontanément. Ce sont le radium, l'uranium, le polonium, l'actinium, etc…et, en opposition complète de la loi de Lavoisier, ils se transforment spontanément les uns et les autres par une véritable "transmutation". Considérons un atome de radium. Rien ne le distingue en apparence d'un atome d'un métal quelconque. Il peut participer à des réactions chimiques, se combiner au chlore, à l'oxygène et se retrouve intact après ces combinaisons. Puis, brusquement, sans que rien puisse le faire prévoir, il subit une violente catastrophe, une explosion révolutionnaire qui le nie totalement et définitivement. Il se brise en deux atomes, un gros et un petit. Le gros constitue un gaz, l'hélium qui est au contraire sep fois plus léger que l'air. La loi de transformation est qu'un atome quelconque de radium a un intervalle de 1600 ans une chance sur deux d'exploser. En d'autres termes, dans une période de 1600 ans, la moitié d'une masse quelconque de radium disparaît, puis dans une nouvelle période de 1600 ans, la moitié de ce qui reste, etc… Il s'agit là d'une évolution irréversible obéissant à une loi statistique tout à fait inexorable, si bien qu'il a été possible de calculer l'âge de certains terrains en étudiant l'état d'évolution de fragments de radium qu'on y a trouvés enfermés. D'autre part, le radon est lui aussi un corps radioactif. Il se transforme spontanément avec émission d'hélium en d'autres corps radioactifs: radium A,B,C,D, qui finissent par donner du polonium, lequel après une dernière explosion, se brise en un atome d'hélium et un atome de plomb définitivement inerte, terme ultime de la série. Les autres éléments radioactifs, tels que l'actinium et le thorium ont de même toute une longue descendance et, après plusieurs séries d'explosions, finissent eux aussi par aboutir au plomb. On assiste donc là a une véritable vie des éléments chimiques, au déroulement de dynasties aboutissant toutes à l'inévitable déchéance.

 

D'autres part, on a remarque que le plomb, arrière-petit-fils du radium n'était pas le même plomb exactement que celui provenant de l'actinium ou du thorium. Ces différents plombs présentent exactement les mêmes propriétés, se combinent avec les mêmes corps dans les mêmes conditions, ont la même densité, le même point de fusion, etc…, mais quand on mesure le poids des atomes dont ils sont constitués, on trouve une légère différence. Ils pèsent respectivement 206,207,208 fois l'atome d'hydrogène. De tels éléments qui ont exactement les mêmes propriétés, mais des poids atomiques différents des isotopes.

 

Or, beaucoup d'éléments de la chimie possèdent des isotopes. Et on a été amener à penser que cela montrait qu'eux aussi, comme le plomb, provenaient d'une série de transformations radioactives. On croit aujourd'hui que la plupart des éléments chimiques que nous connaissons n'ont pas toujours été ce qu'ils sont aujourd'hui. Ils sont les descendants d'éléments à atomes lourds et instables qui se sont progressivement désintégrés et dont nous ne connaissons plus que des cadavres sans vie. Ces atomes lourds sont eux-mêmes nés du choc et de la combinaison d'atomes légers sous l'influence des hautes pressions et des hautes températures qui régnèrent jadis dans l'astre duquel notre globe a jailli et cette hypothèse est rendue hautement probable par le fait que de telles conditions ont été réalisées dans nos laboratoires et qu'on a assisté à de telles synthèses d'éléments radioactifs artificiels. La radioactivité n'est pas limitée aux quelques traces de minerais actifs qu'on trouve encore aujourd'hui. Ces traces sont les derniers témoins d'un immense processus de transmutation des éléments qui a joué un rôle essentiel dans le passé de notre globe et qui, très certainement, constitue un des aspects fondamentaux de la vie des étoiles. La matière n'est pas comme on le croyait autrefois une substance stable et immuable divisée en types d'atomes éternellement distincts. Elle est dans son être même engagée dans une formidable évolution résultant de myriades de catastrophes microscopiques, en un déroulement qui jamais ne revient en arrière.

 

(3) Destruction de la Matière

Ce n'est pas seulement dans des transformations qualitatives que la matière est engagée. Sa quantité aussi, c'est-à-dire sa masse, subit dans le déroulement du temps de désastreux avatars. C'était un axiome de la chimie classique, établi également par Lavoisier, qu'au cours de toutes les transformations qu'elle pouvait subir, la matière ne pouvait gagner ni perdre le moindre milligramme de sa masse. Or, nous savons aujourd'hui de source certaine qu'il n'en est pas ainsi et que dans l'immensité des cieux, des millions de tonnes de matière sont annihilées dans chaque seconde qui s'écoule.

 

La théorie de la Relativité a démontré depuis longtemps que toute énergie, et notamment la chaleur rayonnante et la lumière, possède une masse, et q'inversement toute masse est équivalente à une énergie. Comme cette énergie est énorme, si bien qu'en dématérialisant un gramme de matière on obtiendrait assez d'énergie pour élever le plus gros cuirassé de la flotte anglaise au sommet de l'Himalaya, vous imaginez avec quelle ardeur tous les physiciens une fois, que la transformation a été reconnue possible théoriquement, se sont acharnés à rechercher des solutions pratiques.
Ils ont obtenu la dématérialisation des corpuscules de masse, à vrai dire, très faible, qui sont porteurs de l'électricité positive et négative et qu'on appelle les électrons. Lorsque deux électrons de signe contraire, deux électrons antagonistes se rencontrent, il se produit une violente explosion, par un processus typiquement dialectique, les deux contraires se détruisent réciproquement et réalise une synthèse supérieure en se transformant en énergie lumineuse. D'autres découvertes sont en cours, qui aboutiront probablement dans un bref délai à des résultats capitaux pour la civilisation. (on sait quelle confirmation sensationnelle ces prévisions ont reçue par la suite)

 

Mais dès que l'on a su que l'énergie et la matière étaient théoriquement transformables l'une dans l'autre, on s'est posé de façon nouvelle le problème de l'énergie des étoiles et, en particulier, du soleil. On sait que cet astre envoie dans l'espace une quantité énorme d'énergie et jusqu'à ces derniers temps la théorie était restée complètement impuissante à rendre compte de cette production d'énergie par des phénomènes physiques connus, tels que, par exemple, la combustion (comme si le soleil était un bloc de charbon entouré d'une atmosphère d'oxygène) et même les transmutations radioactives ordinaires. La loi d'équivalence de la relativité a amener à penser, puis à démontrer, que cette production d'énergie se faisait aux dépens même de la matière du soleil qui s'annihile lentement en se transformant en rayonnement.

 

Ce phénomène très général doit être envisagé dans le cadre
de ce que nous savons sur la vie et l'évolution des étoiles. En effet les étoiles qu'on considérait autrefois comme le type des objets fixes, immuables et incorruptibles, non seulement sont animées en réalité de mouvements extrêmement rapides, mais encore subissent de profondes transformations dans leur structure et leurs caractères physiques.
Le ciel que nous observons est peuplé d'étoile de tous les âges comme dans une ville on rencontre des enfants, des adultes et des vieillards, et nous pouvons, en les étudiants tour à tour, reconstituer la ligne de leur évolution. Les plus jeunes, les étoiles enfants, sont immense, très peu denses, relativement peu chaudes et de couleur rougeâtre. Ces "géantes rouges" se condensent peu à peu et, en même temps, s'échauffent. Leur couleur passe du rouge au jaune, puis au blanc, avec des dimensions moyennes. C'est l'âge adulte des étoiles où se trouve notre soleil. Puis, commence la décadence: sans cesser de diminuer de volume et de se condenser, les étoiles deviennent maintenant de moins en moins chaud, elles repassent au jaune, puis au rouge, mais avec des dimensions beaucoup moins majestueuses que tout à l'heure. Puis c'est une interminable vieillesse, les "naines rouges" se refroidissent encore jusqu'à ne plus émettre de lumière, cessant d'avoir droit au nom d'étoile, simple blocs, de matière brute et morte lancés sans but à travers l'infini.

 

Toute cette évolution est dominée par le phénomène de la dématérialisation. En effet, les étoiles ne se contentent pas de diminuer de volume en se condensant et en se contractant. Elles perdent cours de leur existence les neufs dixièmes de leur masse. Cette masse disparaît complètement en tant que matière. Les étoiles se dissolvent dans le vide "comme en morceau de sucre dans un verre d'eau" et leur substance se transforme en rayonnement envoyé dans l'espace. Elles ont une jeunesse splendide et prodigue où elles brûlent la chandelle par les deux bouts et gaspillent en une brusque flambée une grande partie de leur précieuse matière et une vieillesse parcimonieuse où elles se mettent en veilleuse et prolongent autant qu'il leur est possible une existence désormais sans éclat.

 

Une transformation récente du phénomène de dématérialisation, dans le cas du soleil, a permis d'expliquer de façon satisfaisante la production d'énergie à ce stade de la vie des étoiles. On a montré que les conditions qui règnent à l'intérieur de cet astre rendaient possible un cycle de réactions profondes analogues aux transmutations radioactives ou celle que réalisent artificiellement dans leurs laboratoires les physiciens modernes. Dans cette série de transmutations, quatre atomes d'hydrogène viennent se fixer successivement sur un atome lourd, puis, celui-ci les expulse en bloc sous la forme d'un seul atome d'hélium et le processus recommence indéfiniment réalisant une véritable construction d'un atome d'hélium avec quatre atomes d'hydrogène. Mais l'atome d'hélium n'est pas exactement quatre fois plus lourd que l'atome d'hydrogène. En se fusionnant, les atomes d'hydrogène perdent les huit millièmes de leur masse, et c'est cette perte de masse qui donne lieu à un dégagement continu d'énergie que le soleil rayonne dans l'espace et dont une petite partie vient apporter à la terre la chaleur, la lumière et la vie. Ce processus qui est très certainement responsable pour la plus grande partie du dégagement actuel d'énergie dans le soleil, ne saurait néanmoins expliquer la dématérialisation des étoiles en général, puisqu'il ne rend compte que d'une perte de masse de huit millièmes alors que, comme nous l'avons vu, les étoiles perdent au cours de leur existence, en tout, les neuf dixièmes de leur masse. Il est probable que dans des conditions différentes de celle du soleil, il se produit d'autres phénomènes que nous saurons peut-être bientôt prévoir et expliquer quand nous connaîtrons mieux la nature interne des particules ultimes de la matière.

 

C) Quantité et Qualité

Nous en venons au troisième caractère de la dialectique matérialiste, celui qui met en évidence la conception de la ligne nodale de rapports de mesures imaginée par Hegel où à certains degrés de changement de rapport quantitatif, se produit soudainement une conversion qualitative (Anti-Dühring, t 1,p.192)

 

En d'autres termes certains facteurs peuvent se modifier de façon continue, c'est-à-dire par accumulation successives de petites quantité, sans que le caractère du système change, jusqu'au moment où, par l'addition d'une quantité en apparence insignifiante, tout le système est bouleversé, change de structure et de qualité, parce que, en réalité, la dernière fraction ajoutée succédait à toutes les autres qui s'étaient accumulées de façon latente. Cela fait penser aux essais de résistance d'un fil de fer auquel on à accroché un seau qu'on rempli d'eau peu à peu. Pendant un certain temps rien ne se passe en apparence, puis, brusquement, lors de l'addition d'une goutte d'eau supplémentaire, le fil casse.

Quand on cherche des applications de ce processus dans les sciences physicochimiques, on est tous de suite débordé par l'abondance des exemples. Je cite au hasard : quand on élève progressivement la température d'un gaz ou d'une vapeur jusqu'à la rendre incandescente, et qu'on observe la lumière à travers un spectroscope, on obtient un spectre de raies. Quand la température s'élève, on passe par certaines valeurs critiques où, brusquement, le spectre se transforme complètement sans rien garder de commun avec son aspect antérieur. On obtient successivement le spectre de flamme, le spectre d'arc, les spectres d'étincelles du premier ordre, du second ordre, etc…Quand on envoie sur une anticathode un faisceau d'électron dont on fait croître progressivement l'énergie, on obtient une émission de rayon X qui, dispersés par un appareil convenable, se résoud en un spectre de raies. Ces raies apparaissent successivement de façon brusque à mesure que l'énergie des électrons atteint certaines valeurs critiques qu'on appelle des seuils. De même, une lumière qui a moins de 0.38 microns de longueur d'onde est invisible pour l'œil, c'est la lumière ultraviolette. Brusquement, au delà du seuil de 0.38 micron, la lumière devient visible et donne l'impression de la couleur violette.

 

Quand à la lumière de moins de 0.79 microns, elle est encore visible, c'est la lumière rouge. Mais ce seuil dépassé, la visibilité cesse brusquement, on entre dans le domaine des rayons infrarouges. De tels seuils qualitatif de sensibilité, se présentent pour tous les caractères quantitatifs de la lumière ou du son, fréquence, intensité, durée, intervalle, contraste, etc…

 

De même en chimie, si l'on échauffe peu à peu un mélange d'oxygène et d'hydrogène, il y a une température critique à laquelle brusquement tout fait explosion.

 

Dans la profusion des exemples, pourquoi ne pas choisir le plus classique et le plus rebattu, celui que Staline emprunte à Engels, qui lui-même le tien de Hegel ? Celui de l'eau chauffée sous la pression atmosphérique et qui brusquement, à 100°, change d'état et se transforme en vapeur. L'eau est composée de molécule extrêmement petites et toutes identiques qui sont liées les unes aux autres par des attractions mutuelles. Ces attractions sont responsable du volume constant du liquide, c'est à cause d'elles que le liquide présente une surface libre. C'est sur cette surface que s'exerce la pression extérieure, par exemple la pression atmosphérique si le récipient est ouvert à l'air libre, qui transmise à travers le liquide, maintient toutes les molécules pressées les unes contre les autres et les empêche de se disperser. A cette cohésion de l'eau s'oppose l'agitation des molécules, celle-ci en effet se heurtent et se bouscule en tous sens avec une énergie d'autant plus grande que la température est plus élevée. Tant que la température n'atteint pas 100°, cette agitation n'est pas suffisante pour vaincre la pression atmosphérique et les molécules sont maintenues collées les unes contres les autres, l'eau demeure liquide. Mais supposons que la température atteigne et dépasse le seuil de 100° , à ce moment, la violence de l'agitation suffit juste à contrebalancer la pression: au sein du liquide, les molécules se disjoignent, forment des bulles de vapeur d'eau. A partir de ce moment et pour une élévation de température aussi petite que l'on voudra, le phénomène change complètement d'aspect, l'eau bout et se transforme intégralement en vapeur.

 

De même, si nous prenons un cylindre plein de vapeur d'eau à 100°, et si nous poussons très doucement sur le piston, les molécules de vapeur jusqu'ici complètement libres et se précipitant d'une paroi à l'autre sans s'influencer autrement que par des chocs mutuels, ces molécules seront obligées de se serrer un peu plus les unes contres les autres. A ce moment, les attractions entre elles deviendront brusquement assez fortes pour les capturer les unes par les autres et les concentrer en un petit volume invariable. La vapeur deviendra liquide. On voit en quoi consiste ici la transformation de la quantité en qualité. Certaines attractions, à force de grandir peu à peu, deviennent à un moment précis assez importantes pour prédominer sur l'agitation moléculaire. Ce n'est plus l'agitation qui est plus forte que l'attraction, c'est l'attraction qui est plus forte que l'agitation, et le phénomène subit sans transition la loi du vainqueur.

 

Voyons maintenant le rôle de mécanisme de ce genre dans la dialectique naturelle, dans l'évolution de l'univers dans le temps. Les transformations explosives n'ont nulle part un aspect aussi grandiose que le phénomène des novæ ou étoiles nouvelles. Une étoile quelconque que rien de spécial ne distingue au premier abord, prend brusquement , en l'espace de quelques heures, un éclat beaucoup plus vif. Puis, il se fait un réarrangement dans sa structure et se transforme bientôt en une étoile d'un type tout nouveau, une naine blanche. Ces naines blanches sont toutes petites, mais extrêmement dense. Leur densité peut atteindre 1500 fois celle de l'eau. Elles possèdent aussi une température extrêmement élevée. On pense qu'alors que dans la matière ordinaire, chaque atome possède un noyau entouré d'un cortège d'électrons bien à lui, dans les naines blanches tous les noyaux se sont rassemblés au centre, mis en commun, et constituent l'étoile proprement dite, tandis que tous les électrons s'étendent à l'extérieur à d'immense distance, constituant une vague nébulosité. Nous n'avons pas parlé de ce type d'étoiles à propos de l'évolution normale des astres, mais une observation attentive a montré que l'apparition d'une nova est tellement fréquente que beaucoup pensent maintenant que ce phénomène doit trouver sa place d'une manière ou d'une autre dans le processus normal.

 

On est à peu prés d'accord pour attribuer ces immenses explosions à processus de transmutations semblables à celles que réalisent aujourd'hui les physiciens. Quand on veut rapprocher l'un de l'autre les noyaux de deux atomes, il vient un moment où on est arrêté par une répulsion énergique. A une certaine distance du noyau, se trouve une barrière de répulsion, sorte de carapace qui s'oppose à la pénétration. Mais si on parvenait à dépasser cette barrière, les noyaux se précipiteraient au contraire énergiquement l'in sur l'autre, un nouvel élément serait créé de l'union des deux autres. C'est pourquoi les physiciens en quête de semblable synthèses, cherchent à projeter des atomes l'un contre l'autre le plus violemment qu'ils peuvent jusqu'à en faire craquer la coquille.

Considérons maintenant une étoile dans sa jeunesse, c'est -à- dire
en train de s'échauffer. Les atomes se précipitent les uns contre les autres en tous sens avec une violence proportionnelle à la température. Supposons qu'on atteigne, par une élévation lente et quantitative de la température le degré d'agitation à partir duquel quelques atomes peuvent franchir la barrière de répulsion. Cela se produira d'abord au centre de l'étoile, qui est la région la plus chaude. En cet endroit, un certains nombres d'atomes se combinerons pour donner de nouveaux éléments, et, naturellement, en dégageant de la chaleur. Par ce dégagement, l'élévation de température s'accentuera et se communiquera à des couches plus extérieures dans lesquelles se produiront de nouvelles transmutations, et ainsi de suite. Le phénomène fera boule de neige, s'emballera et, finalement, tout explosera pour aboutir à la formation d'une naine blanche. Une légère élévation quantitative de la température aboutit à une catastrophe et à l'élaboration d'une structure complètement nouvelle de l'étoile, à une synthèse supérieure.

 

D) Lutte des Contradictoires

Tout dans la nature est antagoniste, opposition ou équilibre des contraires. Un système est-il invariable ? C'est que deux tendance contraires, deux forces contraires, deux mouvements contraires se contrebalancent et se neutralise en lui. Subit-il une évolution graduelle et quantitative ? On doit l'interpréter toujours comme un déplacement de l'équilibre, l'un des contraires étant plus fort que l'autre et le repoussant progressivement. Cette évolution quantitative aboutit-elle à un saut qualitatif, à une brusque transformation de nature ? C'est que les contraires au lieu de s'équilibrer, se sont ruées l'un sur l'autre et se sont entredétruits permettant l'instauration d'une synthèse supérieure.

 

En mécanique, on envisage deux sortes de problèmes: les problèmes d'immobilité et les problèmes de mouvement d'équilibre, c'est-à-dire dans lequel une force est exactement contrebalancée par la force contraire. Si par exemple, je pose un objet sur une table, on pourrait croire qu'il reste immobile parce que son poids se trouve supprimé pendant qu'il touche la table. Or, l'expérience montre que, même si le poids est très léger et la table très massive, la table fléchit toujours un tant soit peu. Son élasticité résiste à la flexion et développe une force appelée réaction qui combat et neutralise le poids. De même, dans les problèmes de mouvement, tout corps en mouvement est toujours soumis à deux forces égales et antagonistes, dont l'une, la force extérieure, entretient le mouvement, l'autre, la force d'inertie, résiste au mouvement. Ainsi, la lune décrit un cercle autour de la terre. Elle est soumise à deux forces égales, l'attraction de la terre qui l'empêche de s'enfuir dans l'espace, et la force centrifuge, force d'inertie, qui la retient de tomber sur la terre. Et chacun sait bien que les forces centrifuges sont tout à fait réelles et sont loin de résulter d'artifice de calcul.

 

De même, toute la chimie est dominée par des antagonismes que la théorie des affinités cherche à masquer sous un vocabulaire doucereux. Les acides et les bases sont ennemis comme chien et chats, comme l'eau et le feu. Lorsqu'on les mélanges ils réagissent violemment, s'échauffent, et se détruisent complètement l'un l'autre pour laisser en résidu un corps nouveau, un sel. De même, les réducteurs qui sont de la famille de l'hydrogène et des métaux, sont contraires aux oxydants qui sont de la famille de l'oxygène. Quand on les met en présence, ils réagissent en donnant soit un produit nouveau, soit deux. Par exemple , l'oxydant chlore réagit sur le réducteur sodium pour donner du chlorure de sodium d'un aspect absolument différent de l'un et de l'autre. De même, le réducteur charbon agit sur l'oxydant oxyde de fer pour donner le réducteur fer et l'oxydant gaz carbonique, mais dont les caractères réducteur et oxydant sont beaucoup moins prononcés que pour les corps de départ.

 

Il existe aussi en chimie des équilibres. Par exemple, si on mélange en proportions convenables de l'alcool et l'acide acétique du vinaigre, deux ennemis encore, mais assez languissant, ils se combinent pour donner un nouveau corps, l'acétate d'éthyle, et de l'eau. La réaction s'arrête d'elle-même dès que les deux tiers de l'acide et de l'alcool ont disparu et l'équilibre se maintient indéfiniment.

 

Qu'est-ce à dire, et pourquoi les fractions restantes ne réagissent-elles pas ? Eh bien, en réalité elles réagissent effectivement, mais à ce moment l'acétate d'éthyle formé réagit sur l'eau pour redonner de l'acide et de l'alcool. C'est la réaction contraire, la réaction antagoniste qui intervient. Le système a l'air mort et immobile, en réalité, cet équilibre apparent est dû à la lutte des deux réactions opposées, chacune détruisant à mesure ce que l'autre avait réalisé.

 

En électricité, tous les phénomènes sont dominés par l'existence de deux sortes de corpuscules opposés, les corpuscules d'électricité positive et les corpuscules d'électricité négative, qu'on appelle des électrons. La stabilité de l'atome est due à la lutte et à l'attraction entre les deux électricités, les électrons négatifs tournent autour du noyau chargé positivement qui les relient sur les orbites. Il arrive cependant, par exemple au cour de certaines transmutations, q'un électron positif s'échappe du noyau où il était enfermé. Malheur à lui, car son ennemi le guette. A peine a-t-il fait quelques pas dehors, q'un électron négatif se jette sur lui. Ils s'étreignent, s'enlacent et il en résulte une explosion extrêmement violente, au cours de laquelle les deux électrons sont complètement annihilés et remplacés par un être absolument différent, un rayon gamma, qui est de la même nature que la lumière. C'est un processus de dématérialisation auquel nous avons déjà fait allusion.

 

En optique, enfin, la dialectique des contradictoires a fait son apparition avec la mécanique ondulatoire et les dernières théories de Louis de Broglie. La lumière, du moins sous une des formes qu'elle nous manifeste, est composée de petits corpuscules appelés protons. Or, les calculs de de Broglie ont fait apparaître que la nature même du photon dans ce qu'elle a de plus profond et de plus essentiel, est d'être constitué par deux corpuscules symétriques et opposés à certains égards. Vous expliquer ce que sont en réalité ces deux demi-photons et en quoi ils sont antagonistes serait bien difficile, car je crois que les physiciens eux-mêmes, quoiqu'ils sachent les représenter par des formules mathématiques, ne comprennent pas très bien non plus en quoi cela consiste, et quand ils nous disent qu'il s'agit d'une association de deux "neutrinos antiparrellèles", cela ne nous apprend pas grand chose. En fait, les neutrinos, puisque neutrinos il y a, semblent faire bon ménage dans les circonstances ordinaires, ils restent solidaire et le photon se présente malgré sa dualité interne comme une unité cohérente, il rebondit comme une balle et obéit aux lois ordinaire des corpuscules. Dans certaines circonstances, cependant, les choses se gâtent. D'abord dans l'effet dit photoélectrique, le photon en pénétrant dans un atome subit une brusque catastrophe qu'on doit attribuer ç une explosion de ses contradictions internes sous l'influence de la proximité du noyau de l'atome. Le photon disparaît complètement, et toute son énergie est consacrée à arracher un électron du système de l'atome et à le projeter avec violence au dehors. Or, ce processus, dont le mécanisme est encore très mal connu, est dû, cela est hors de doute, au caractère dualiste et antagoniste du photon . Jamais aucun des corpuscules simples que l'on connaît ne s'anéantit ainsi, et l'on a vu que l'électron positif a besoin de s'associer à son contraire pour y parvenir. C'est un magnifique exemple de dialectique des contradictoires. Et il convient de remarquer que l'effet photélectrique, qui a trouvé récemment une application importante dans la télévision, est un phénomène fréquent et joue un rôle immense dans la nature. C'est par lui que sont dus les principaux effets de la lumière. C'est par lui qu'elle impressionne nos yeux et les plaques photographiques, et, en général, tous les effets chimiques de la lumière sont des effets photoélectriques, en particulier celui par lequel la lumière du soleil produit l'assimilation chlorophyllienne chez les plantes vertes et fourni à la vie sur terre toutes l'énergie qui lui est nécessaire.

 

Dans les autres circonstance, beaucoup plus rare et réservées au photons très énergiques des rayons gamma et des rayons cosmiques, le photon est annihilé au voisinage d'un noyau, mais au lieu d'aboutir à une impulsion donnée à un électron, sa négation aboutit à une matérialisation, à la création d'un couple électron positif - électron négatif, qu'il est possible d'observer directement. Ce phénomène qui est réciproque de la dématérialisation que nous avons rencontrée, est un bel exemple de synthèse dialectique ascendante. Il y a création de matière et d'électricité à partir d'un être aussi falot et fantomatique que le photon, mais qui porte en lui le germe infiniment fécond d'un antagonisme fondamental.

 

Après cette rapide revue de quelques aspects de la physique moderne, on se rend mieux compte combien il est vrai que la nature procède dialectiquement et non pas métaphysiquement, et combien prophétique sont les paroles d'Engels quand il écrit que:

"La nature est la pierre d'essai de la dialectique et il faut dire que les sciences de la nature ont fourni pour cet essai des matériaux extrêmement riche et dont la masse augmente tous les jours." (Anti-Dühring, t1,page 11-12)

 

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SCIENCES PHYSICOCHIMIQUES ET MATERIALISME

 

  1. La matière et la Vie

    Lorsqu'on vous a parlé des sciences biologiques, on vous a fait certainement remarqué qu'il est très important dans une conception matérialiste d'établir qu'il y a parfaite continuité dans les différentes formes de la vie, depuis les amibes les plus rudimentaires jusque et y compris l'homme doué de raison. Le physicien matérialiste tient beaucoup, lui aussi, à ce qu'il ait continuité entre le domaine de la matière inerte et celui de matière vivante, à ce qu'il soit établi que quand on passe d'un corps chimique quelconque à un être vivant on ne pénètre pas dans un monde tout à fait différent où règne d'autres substances et d'autres lois. Or, telle n'était pas du tout la conception de bien des savants du siècle dernier. De même qu'il croyait que l'homme doué d'une âme immortelle était essentiellement différents des autres êtres vivants, de même, ils attribuaient aux êtres vivant une "force vitale", sorte de principe spirituel intermédiaire entre l'âme et la matière et qui formait état - tampon entre ces deux extrêmes. Ce qu'il y avait de véritablement scientifique dans leur conception s'établissait ainsi :

     

    Les espèces chimiques peuvent se diviser en deux catégories nettement distinctes: les corps minéraux comme le sel, l'eau, les minéraux, et les corps organiques, tel que le sucre, la benzine, la cellulose, etc… Ces deux sortes de corps ont des propriétés chimiques très différentes. L'aspect de leurs réactions, les familles dans lesquelles ils se subdivisent, et leurs structures interne ne sont pas du tout les mêmes et leur étude s'est concrétisée en deux corps de doctrines tout à fait séparée. Il y a des laboratoires différents, des industrie différentes, des enseignements différents pour la chimie organique et pour la chimie minérale, et les chimistes spiritualistes ont voulu voir là une différence d'essence entre les deux domaines. Remarquant qu'en fait dans la nature les corps organiques se présentent toujours comme provenant de l'activité des êtres vivants, ils prétendirent qu'il était impossible à jamais de faire la synthèse des corps organiques, qu'il fallait absolument, en plus des éléments matériels, l'intervention d'un principe spirituel, la force vitale qui vient de Dieu, qui réside dans les êtres vivants, et dont nous ne pouvons disposer dans nos laboratoires. Le règne exclusif de la manière se bornait aux substances minérales, au delà commençait le règne de l'esprit.

     

    Le vitalisme est mort, mort sans retour, je ne crois pas que jamais on vit défaite plus radicale et indiscutable d'une théorie philosophique. Il fut complètement démoli parce que ce qu'il avait déclaré impossible, la synthèse des corps organiques fut réalisée abondamment et en grand. En 1828, Woehler, réalise la synthèse de l'urée, contenu principal de l'urine, à partir de corps minéraux, à vrai dire assez complexe. En 1862, Berthelot obtient de l'acétylène, corps organiques, fut réalisé abondamment et en grand deux charbons dans une atmosphère d'hydrogène. Depuis, un nombre immense de synthèse ont été réalisées, s'attaquant à des composés de plus en plus complexe et de plus en plus lié au fonctionnement même de la vie. On a fabriqué du sucre, du camphre, de l' indigo et même des vitamines. On a extraordinairement dépassé la nature en créant une gamme immense de produits organiques nouveaux qu'elle n'avait pas su réaliser, d'innombrables colorants, parfums, plastiques et textiles artificiels. Surtout, cette création organique effectuée dans d'immenses usines rivalise même au point de vue de la quantité avec la production naturelle. Aussi la force vitale a -telle été depuis longtemps jetée au rancart.

     

    Actuellement, les chimistes considèrent que rien n'est impossible en matière de synthèse. Il y a des molécules plus complexes que d'autres, des réactions plus ou moins faciles, et de plus ou moins bon rendement, mais ce qui est certain c'est qu'en dehors d'une accumulation des difficultés usuelles, rien, aucune mystérieuse interdiction n'est plus capable de les arrêter. Sans doute est-on encore très loin de pouvoir construire les molécules énormes de la matière vivante. Sans doute aussi, la vie même constitue-t-elle un élément essentiellement nouveau, mais rien ne permet de penser qu'il vienne de l'extérieur, qu'il soit une étincelle de la divinité. Nous l'interprétons simplement en dialecticiens, comme une transformation de la quantité en qualité. A partir d'un certain degré de complexité des structures matérielles et uniquement à cause d'un accroissement quantitatif de cette qualité, il apparaît un caractère qualitativement nouveau, la matière manifeste des fonctions de croissance, mobilité, irritabilité, etc... qu'elle ne possédait pas dans une structure plus simple, et c'est la vie. C'est pourquoi il n'y a aucune raison de douter que quand la synthèse organique aura été capable de bâtir des molécules suffisamment complexes, la substance créée ne se mette à vivre. Autrement dit, pour citer Engels: " Si la chimie réussissait jamais à produire artificiellement de l'albumine, cette albumine manifesterait nécessairement des phénomènes vitaux, si faible qu'ils fussent" (Anti-Dühring, tome 1, page 115).

  2. La matière et le déterminisme

Les découvertes des cinquante dernières années ont grandement bouleversé nos idées sur la matière et il apparaît maintenant quelque peu difficile, quand nous affirmons la matérialité du monde, de définir exactement ce que nous entendons par là, en rapport avec les nouvelles conceptions. Celles-ci ont, en particulier, complètement ruiné la vieille conception dualiste pour laquelle, quand on passait de la matière au vide, il n'y avait aucune transition, mais une totale solution de continuité. Pour les physiciens d'aujourd'hui, la matière est du vide contracté, et le vide est de la matière évanouissante. Un atome possède bien un centre, un point où la concentration est maximum, mais quand on s'éloigne du centre, la contraction cesse progressivement et on ne sait pas bien à quel moment on peut dire qu'on est sorti de l'atome. Bref, la matière ne constitue pas une substance spéciale. Il me semble qu'il est un caractère de la matière qui est fondamental pour l'édification d'une conception matérialiste du monde, c'est son déterminisme. La matière obéit à des lois rigoureusement déterminés, et c'est essentiellement cette caractéristique que nous étendons dialectiquement à l'ensemble du monde de la vie, de l'histoire humaine et de la pensée. C'est pourquoi, la théorie récente des quanta, qui critique le déterminisme, a été le signal d'une levée de boucliers contre le matérialisme.

 

Essayons d'exposer le plus simplement possible de quoi il s'agit. Il apparaît qu'aussi bien la matière que la lumière se manifestent à nous sous deux aspects qui paraissent difficiles à concilier. D'une part, celui d'une onde, comme celle qu'on fait en crachant dans un puits; d'autres part, celui d'un corpuscule comparable à une balle de tennis. Dans ce cadre, les relations dite d'incertitude prennent un double aspect. D'une part, du point de vue corpuscule, supposons que nous voulions déterminer avec une grande précision la position d'un corpuscule. La théorie montre que nous devrons pour cela, nous servant d'un ultramicroscope, l'éclairer aussi violemment que possible. Mais alors la lumière utilisée le perturbera et lui communiquera une impulsion qui dérangera son état primitif. Le principe d'incertitude traduit cette remarque par une formule rigoureuse qui ne dépend pas de nos procédés d'investigation: le produit de l'incertitude sur notre observation par l'impulsion donnée au corpuscule est constant. Si nous voulons diminuer l'incertitude, l'impulsion augmentera, si nous diminuons l'impulsion, l'incertitude augmente.

D'autre part au point de vue des ondes. Les ondes, elles sont rigoureusement déterminables et calculables. Mais elles ne participent pas directement au phénomène. C'est toujours le corpuscule qui se manifeste finalement. Les ondes guident le corpuscule, mais elles n'indiquent pas exactement son chemin ni l'endroit exact où il se trouve. Elles se contentent de nous apprendre combien de chances il y a pour qu'il se trouve en tel ou tel point, de déterminer la probabilité de sa présence.

 

Il en résulte de ces deux principes que le corpuscule possède une certaine marge de liberté dans laquelle il échappe à notre vigilance. Dieu peut très bien l'influencer, le guider sans que nous en apercevions, et l'observation de la nature ne prouve plus le déterminisme. De là, à proclamer la faillite de la science, à déclarer qu'effectivement les corpuscules sont libre et qu'ils n'obéissent qu'a Dieu, il n'y avait qu'un pas que s'empressèrent de faire les spiritualistes modernes, d'ou une avalanche de littérature mystico-scientifique dont nous sommes inondés depuis plusieurs années.

 

Essayons maintenant de voir clair dans cette question. Le principe du déterminisme sous sa forme classique a été précisé surtout par l'école d'Auguste Comte. Il comprend deux énoncés:

 

D'une part, tout phénomène obéit à des lois.
D'autre part, il est possible de connaître rigoureusement l'état d'un système isolé à un moment donné. Donc, partant l'état donné et appliquant les lois, nous pouvons prévoir dans un avenir indéfini tout le déroulement des phénomènes, le processus du monde est déterminé à l'avance, mektoub, tout est écrit.

 

Il est certain que ces assertions sont complètement démolies par les résultats de la mécanique des quanta. Si nous ne pouvons de près le système qu'à condition de le perturber par là même, pu si nous devons nous contenter du calcul par les ondes qui ne nous donne pas de résultats certains, mais seulement des probabilités, il est évident que nous devons renoncer à la prétention de connaître l'état d'un système, et donc aussi de prévoir rigoureusement son développement ultérieur. Mais qu'est-ce que cela nous fait ? Nous ne sommes nullement des positivistes. Pour les positivistes, les lois sont seulement des moyens de prévisions, elles ne gouvernent pas la nature des choses. Si on leur refuse la possibilité d'étudier avec une précision absolue l'état du monde et de prévoir ensuite par le calcul tout son déroulement ultérieur, tout leur système s'effondre. Quand à nous, nous n'avions jamais pensé sérieusement à perdre notre temps à une besogne si ingrate et si difficile. Nous cherchons à prévoir ce que nous avons besoin de prévoir en usant des observations que nous pouvons effectivement faire et des lois que nous connaissons, mais la possibilité théorique de connaître parfaitement la position des corpuscules nous est complètement indifférente. Pour nous, le monde est tout autre chose que la connaissance du monde.

 

En fait, nous nous croyons à la nature des choses, et une vérité seulement nous importe: que les choses aient une cause et obéissent effectivement à des lois. Or, quand on examine la question de près, le principe d'incertitude n'implique nullement indétermination. En fait, la notion de hasard et de probabilités semble avoir été introduite ici assez artificiellement pour relier et expliquer l'une par l'autre les images d'ondes et de corpuscules et uniquement pour conserver, à tout prix, ces deux images, lesquelles sont tirées du monde à notre échelle et ne correspondent certainement à rien à l'échelle des électrons. C'est parce que nous posons le problème dans ce langage inadéquat que la nature nous répond par la relation d'incertitude dans le langage des probabilités qui, tiré du monde à notre échelle, est luis aussi sans doute inadéquat. En fait, on a déjà remplacé ces deux images par une notion mathématique unique qui a l'inconvénient de ne correspondre à aucune image intuitive, mais qui s'impose nullement probabiliste et indéterministe, si on ne cherche pas à introduire de force des ondes et des corpuscules.

 

Il semble que l'interprétation définitive doive être cherchée dans un remaniement des cadres d'espace et de temps que nous imposons peut-être arbitrairement à des phénomènes qui ne sont plus à notre échelle. Déjà, dans le domaine de la Relativité, on a dû faire subir aux notions classiques d'espaces et de temps de profondes modifications pour rendre compte des phénomènes impliquant de grandes vitesses ou des forces considérables. Il sera peut-être nécessaire d'introduire une "structure fine" de l'espace dans le domaine des distances et des durées qui interviennent à l'échelle de noyaux d'atomes, afin d'obtenir dans ce cadre nouveau une physique logique, cohérente et déterministe.

 

Ces questions sont encore en pleine évolution, de durs combat sont en cours. De ces combats, le matérialisme dialectique qui a déjà derrière lui un siècle de succès ininterrompus dans tous les domaines de la science de la nature, de l'histoire, de la pensée, de la prévision et de la pratique ne peut pas ne pas sortir vainqueur.

 

 



 


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