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Joseph Staline

 

Les Questions du Léninisme

 

 

Tome III

Edition électronique réalisée par Vincent Gouysse à partir de l’ouvrage publié en 1970 aux Editions " Naim Frashëri ", Tirana.

http://www.lescommunistes.net/~bolchevisme

 

Table des Matières

Sur le mot d’ordre de dictature du prolétariat et de la paysannerie pauvre dans la période de préparation d’Octobre (Réponse au camarade S. Pokrovski)………………………………………………………………...p.4

Le caractère international de la révolution d’Octobre (Pour le dixième anniversaire d’Octobre)…………...…p.10

L'année du grand tournant (Pour le XIIe anniversaire de la Révolution d'Octobre)………………………..….p.15

I. Dans le domaine de la productivité du travail

II. Dans le domaine de l'édification industrielle

III. Dans le domaine de l'édification agricole

Conclusion

Questions de politique agraire en U.R.S.S. (Discours prononcé le 27 décembre 1929)….................................p.22

I. La théorie de l'"équilibre"

II. La théorie de la "spontanéité" dans la construction socialiste

III.  La théorie de la "stabilité" de la petite économie paysanne

IV.  La ville et la campagne

V. De la nature des kolkhoz

VI. Les changements dans les rapports de classes et le tournant opéré dans la politique du Parti

VII. Conclusions 

De la politique de liquidation des koulaks comme classe…………………………………………………..…..p.34

Le vertige du succès (Questions du mouvement de collectivisation agricole)………………………………….p.36

Réponse aux camarades kolkhoziens……………………………………………………………………...……p.40

Les tâches des dirigeants de l’industrie (Discours prononcé le 4 février 1931)………………………………..p.53

Nouvelle situation, nouvelles tâches de l’édification économique (Discours prononcé le 23 juin 1931)…...…p.58

I. La main-d'oeuvre

II. Le salaire des ouvriers

III.  Organisation du travail

IV.  La question des intellectuels techniciens de la production, issus de la classe ouvrière

V. Les indices d'un tournant parmi les vieux intellectuels techniciens de la production

VI. Sur le principe du rendement commercial

VII. Travailler sur un mode nouveau, diriger d'une manière nouvelle

A propos de quelques problèmes de l’histoire du bolchévisme…………………………………….…………..p.71

Le bilan du premier plan quinquennal (Rapport présenté le 7 janvier 1933)…………………………………..p.79

I. La portée internationale du plan quinquennal

II. La tâche essentielle du plan quinquennal et les moyens de l'accomplir

III.  Le bilan du plan quinquennal en quatre ans dans l'industrie

IV.  Le bilan du plan quinquennal en quatre ans dans l'agriculture

V. Le bilan du plan quinquennal en quatre ans en ce qui concerne l'amélioration de la situation matérielle des ouvriers et des paysans

VI. Le bilan du plan quinquennal en quatre ans dans le domaine des échanges entre la ville et la campagne

VII. Le bilan du plan quinquennal en quatre ans dans le domaine de la lutte contre les débris des classes ennemies

VIII. Conclusions générales

Le travail à la campagne (Discours prononcé le 11 janvier 1933)………………………………………..…..p.104

Discours prononcé au Ier congrès des kolkhoziens-oudarniks de l’U.R.S.S. (19 février 1933)…………..…..p.112

1.  La voie des kolkhoz est la seule juste

2.  Notre tâche immédiate est de donner l'aisance à tous les kolkhoziens

3.  Quelques remarques

Rapport sur l’activité du C.C. présenté au XVIIe congrès du P.C (b) de l'U.R.S.S. (26 janvier 1934)………p.120

I. La crise continue du capitalisme mondial et la situation extérieure de l'Union soviétique

1. Le mouvement de la crise économique dans les pays capitalistes

2. Aggravation de la situation politique dans les pays capitalistes

3. Les relations entre l'U.R.S S. et les Etats capitalistes

II. L'essor continu de l'économie nationale et la situation intérieure de l'U.R.S.S.

1. L'essor de l'industrie

2. L'essor de l'agriculture

3. L'essor de la situation matérielle et de la culture des travailleurs

4. Le développement du commerce et des transports

III. Le Parti

1. Questions de direction politique et idéologique

2. Les problèmes de direction en matière d'organisation

En guise de discours de conclusion

Discours prononcé à la promotion des élèves des écoles supérieures de l’Armée Rouge (4 mai 1935)…..….p.165

Discours prononcé à la Ière conférence des stakhanovistes de l’U.R.S.S. (11 novembre 1935)…………...…p.168

1.  La portée du mouvement stakhanoviste

2.  Les racines du mouvement stakhanoviste

3.  Hommes nouveaux, normes techniques nouvelles

4.  Les tâches immédiates

5.  Deux mots

Sur le projet de constitution de l’U.R.S.S. (Rapport présenté le 25 novembre 1936)……………...…………p.176

I. La Commission de la Constitution, sa formation et ses tâches

II. Les changements intervenus dans la vie de l'U.R.S.S. pendant la période 1924-1936

III.  Particularités essentielles du projet de Constitution 

IV.  La critique bourgeoise du projet de Constitution

V.  Amendements et additions au projet de Constitution 

VI.  Importance de la nouvelle Constitution de l'U.R.S.S. 

Le matérialisme dialectique et le matérialisme historique (Septembre 1938)………...….……………………p.194

Rapport sur l’activité du C.C. présenté au XVIIIe congrès du P.C (b) de l'U.R.S.S. (10 mars 1939)………...p.213

I. La situation internationale de l'Union soviétique

1. Nouvelle crise économique dans les pays capitalistes. Aggravation de la lutte pour les débouchés, pour les sources de matières premières, pour un nouveau partage du monde

2. Aggravation de la situation politique internationale, faillite du système d'après-guerre des traités de paix, début d'une nouvelle guerre impérialiste

3. L'Union soviétique et les pays capitalistes

II. La situation intérieure de l'Union soviétique

1. Nouvel essor de l'industrie et de l'agriculture

2. Nouvelle amélioration de la situation matérielle et culturelle du peuple

3. Affermissement continu du régime soviétique

III. Le renforcement continu du Parti communiste (bolchevik) de l'U.R.S.S.

1. Mesures prises pour améliorer la composition du Parti. Division des organisations trop grandes. Rapprochement des organismes dirigeants vers le travail à la base

2. Le choix des cadres, leur promotion, leur répartition

3. La propagande du Parti. L'éducation marxiste-léniniste des membres et des cadres du Parti

4. Quelques questions de théorie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SUR LE MOT D'ORDRE DE DICTATURE DU PROLETARIAT ET DE LA PAYSANNERIE PAUVRE DANS LA PERIODE DE PREPARATION D'OCTOBRE - REPONSE AU CAMARADE S. POKROVSKI

Camarade Pokrovski,

Je pense que votre lettre du 2 mai courant ne constitue ni un motif, ni une raison pour qu'il faille y répondre en détail, pour ainsi dire sur tous les points. A proprement parler, elle ne donne rien de particulièrement nouveau, comparativement à la lettre du camarade Ian-ski. Si je réponds néanmoins à votre lettre, c'est parce qu'elle renferme certains éléments de restauration directe des conceptions de Kaménev dans la période d'avril-mai 1917. C'est seulement pour démasquer ces éléments de restauration des conceptions de Kaménev, que j'estime nécessaire de répondre brièvement à votre lettre.

1. Vous dites, dans votre lettre, que "nous avions en fait, dans la période de Février à Octobre, le mot d'ordre d'alliance avec toute la paysannerie", que dans "la période de Février à Octobre, le Parti soutenait et défendait son ancien mot d'ordre à l'égard de la paysannerie : alliance avec toute la paysannerie dans son ensemble".

Il s'ensuivrait, premièrement, que les bolcheviks, dans la période de préparation d'Octobre (avril-octobre), ne se proposaient pas pour tâche de tracer un sillon entre la paysannerie pauvre et les paysans aisés, mais envisageaient la paysannerie comme un tout.

Il s'ensuivrait, deuxièmement, que dans la période de préparation d'Octobre les bolcheviks n'avaient pas remplacé l'ancien mot d'ordre: "Dictature du prolétariat et de la paysannerie" par le mot d'ordre nouveau : "Dictature du prolétariat et de la paysannerie pauvre", mais étaient restés sur les vieilles positions formulées dans la brochure de Lénine Deux Tactiques, en 1905.

Il s'ensuivrait, troisièmement, que la politique bolchevique de lutte contre les hésitations et l'esprit de conciliation des Soviets, dans la période de préparation d'Octobre (mars-octobre 1917), contre les hésitations de la paysannerie moyenne dans les Soviets et sur le front, contre les hésitations entre la révolution et la contre-révolution, contre les hésitations et la politique de conciliation qui prirent un caractère particulièrement aigu dans les journées de juillet, alors que, les Soviets dirigés par les conciliateurs socialistes-révolutionnaires et menchéviks emboîtaient le pas aux généraux contre-révolutionnaires pour isoler les bolcheviks, — il s'ensuivrait que la lutte bolchevique contre ces hésitations et cette politique de conciliation de certaines couches de la paysannerie a été sans objet et absolument inutile.

Il s'ensuivrait enfin que Kaménev avait raison lorsqu'il défendait en avril-mai 1917 l'ancien mot d'ordre de dictature du prolétariat et de la paysannerie, tandis que Lénine, qui considérait ce mot d'ordre comme déjà vieilli et avait proclamé le mot d'ordre nouveau de dictature du prolétariat et de la paysannerie pauvre, avait tort.

Il n'est que de poser ces questions pour comprendre toute l'inconséquence de votre lettre dans son ensemble.

Mais puisque vous êtes grand amateur de citations découpées dans les oeuvres de Lénine, adressons-nous aux citations.

Point n'est besoin d'un grand effort pour démontrer que ce que Lénine considérait comme un fait nouveau dans les rapports agraires de la Russie après la révolution de Février, au point de vue du développement ultérieur de la révolution, ce n'était pas la communauté d'intérêt du prolétariat et de la paysannerie dans son ensemble, mais la scission entre la paysannerie pauvre et la paysannerie aisée, dont la première, c'est-à-dire la paysannerie pauvre, était attirée vers le prolétariat, et la seconde, c'est-à-dire la paysannerie aisée, suivait le Gouvernement provisoire.

Voici ce que Lénine disait à ce sujet en avril 1917, dans sa polémique contre Kaménev et ses conceptions :

Il n'est pas permis à un parti prolétarien de fonder maintenant des espérances sur la communauté d'intérêts avec la paysannerie. ("Discours à la conférence d'avril 1917". t. XX. p. 245, éd. russe.)

Plus loin :

Nous voyons dès maintenant, dans les résolutions de divers congrès paysans, l'idée d'attendre, pour, résoudre la question agraire, l'Assemblée constituante; c'est une victoire de la paysannerie aisée qui penche vers les cadets. ("Discours à la conférence de Pétrograd", t. XX, p. 176.)

Plus loin :

Il est possible que la paysannerie prenne toute la terre et tout le pouvoir. Loin d'oublier cette possibilité et de borner mon horizon au seul jour présent, je formule clair et net le programme agraire en tenant compte d'un fait nouveau : la scission plus profonde des ouvriers agricoles et des paysans pauvres avec les paysans aisés. ("Lettres sur la tactique", écrites en avril, t. XX p. 103.)

Voilà ce que Lénine considérait comme un fait nouveau et important dans la situation nouvelle à la campagne, après la révolution de Février.

C'est de cela que Lénine s'est inspiré pour édifier la politique du Parti dans la période qui suivit février 1917.

C'est de cette thèse que Lénine est parti lorsque, à la conférence de Pétrograd, avril 1917, il disait :

Nous n'avons appris qu'ici, sur place, que le Soviet des députés ouvriers et soldats avait livré le pouvoir au Gouvernement provisoire. Le Soviet des députés ouvriers et soldats, c'est la réalisation de la dictature du prolétariat et des soldats ; ces derniers sont en majorité des paysans. C'est donc bien la dictature du prolétariat et de la paysannerie. Mais cette "dictature" a passé un accord avec la bourgeoisie. C'est sur ce point qu'il faut réviser le "vieux" bolchévisme. (Rapport sur le "moment actuel" et sur l'attitude envers le Gouvernement provisoire, t. XX, p. 176.)

C'est de cette thèse qu'est parti Lénine lorsque, en avril 1917, il écrivait :

Quiconque aujourd'hui ne parle que de la "dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie", retarde sur la vie, passe, de ce fait, pratiquement, à la petite bourgeoisie contre la lutte de classe prolétarienne, et mérite d'être relégué aux archives des curiosités pré-révolutionnaires "bolcheviques" (archives des "vieux bolcheviks", pourrait-on dire). ("Lettres sur la tactique", t. XX, p. 101.)

C'est sur ce terrain que naquit le mot d'ordre de dictature du prolétariat et de la paysannerie pauvre, au lieu de l'ancien mot d'ordre — dictature du prolétariat et de la paysannerie.

Vous pouvez dire, comme vous le faites du reste dans votre lettre, que c'est là sauter à la manière trotskiste pardessus la révolution paysanne encore inachevée, mais cela sera aussi convaincant que le fut l'objection analogue de Kaménev, dirigée contre Lénine, en avril 1917. Lénine tenait parfaitement compte de cette objection quand il disait :

Le trotskisme dit : "Pas de tsar et gouvernement ouvrier". C'est faux. La petite bourgeoisie existe, on ne peut pas la rejeter. Mais elle se compose de deux parties : sa partie pauvre marche avec la classe ouvrière. ("Discours à la conférence de Pétrograd", t. XX, p. 182.)

L'erreur de Kaménev, qui est maintenant la vôtre, camarade Pokrovski, c'est de ne pas savoir relever et souligner la différence qui existe entre les deux parties de la petite bourgeoisie, en l'espèce la paysannerie; de ne pas .savoir distinguer dans toute la masse de la paysannerie, dans son ensemble, sa partie pauvre, et édifier là-dessus la politique du Parti en période de transition de la première étape de la révolution de 1917 à sa deuxième étape, de ne pas savoir en dégager un nouveau mot d'ordre, le deuxième mot d'ordre stratégique du Parti sur la dictature du prolétariat et de, la paysannerie pauvre.

Suivons méthodiquement l'histoire pratique du mot d'ordre "dictature du prolétariat et de la paysannerie pauvre", d'avril à octobre 1917, dans les travaux de Lénine.

Avril 1917 :

Ce qu'il y a d'original dans l'actualité russe, c'est la transition de la première étape de la révolution, qui a donné le pouvoir à la bourgeoisie par suite du degré insuffisant de conscience et d'organisation du prolétariat, — à sa deuxième étape qui doit donner le pouvoir au prolétariat et aux couches pauvres de la paysannerie. ("Thèses d'Avril", t. XX, p. 88, éd. russe.)

Juillet 1917 :

Se ils les ouvriers révolutionnaires, s'il sont soutenus par les paysans pauvres sont en mesure de briser la résistance des capitalistes, de conduire le peuple à la conquête de la terre sans rachat, à la liberté complète, à la victoire sur la famine, à la victoire sur la guerre, à une paix juste et durable. ("Les enseignements de la révolution", t. XXI, p. 77, éd. russe.)

Août 1917 :

Seul le prolétariat dirigeant la paysannerie pauvre (les semi-prolétaires, comme dit notre programme) peut terminer la guerre par une paix démocratique, guérir ses plaies et faire les premiers pas, devenus absolument indispensables et urgents, vers le socialisme. Telle est la définition de notre politique de classe aujourd'hui. ("Paysans et ouvriers", t. XXI, p. 111.)

Septembre 1917 :

Seule la dictature des prolétaires et des paysans pauvres est capable de briser la résistance des capitalistes, de montrer dans l'exercice du pouvoir une hardiesse et une résolution vraiment imposantes, de s'assurer l'appui enthousiaste, total, vraiment héroïque des masses dans l'armée comme dans la paysannerie. ("Une des questions fondamentales de la révolution", t. XXI, p. 147).

Septembre-octobre 1917, dans la brochure Les bolcheviks conserveront-ils le pouvoir ? où Lénine polémise avec la Novaïa Jizn [la Vie nouvelle] :

Ou bien tout le pouvoir à la bourgeoisie, mais cela il y a longtemps que vous ne le soutenez plus; et la bourgeoisie, elle-même, n'ose même en souffler mot, sachant que le peuple qui, les 20 et 21 avril, a jeté bas, d'un simple mouvement d'épaule, un tel pouvoir, le renverserait maintenant trois fois plus résolument, plus implacablement. Ou bien1 le pouvoir à la petite bourgeoisie, c'est-à-dire la coalition (l'alliance, l'entente) de celle-ci avec la bourgeoisie, car la petite bourgeoisie ne veut ni ne peut prendre seule, et d'une façon indépendante, le pouvoir, ainsi que l'a prouvé l'expérience de toutes les révolutions, ainsi que le prouve également la science économique qui enseigne qu'en pays capitaliste on peut être soit pour le Capital, soit pour le Travail, mais qu'on ne peut se maintenir entre les deux. Cette coalition, en Russie, a essayé, durant six mois, des dizaines de moyens et a échoué. Ou bien, enfin, tout le pouvoir aux prolétaires et aux paysans pauvres contre la bourgeoisie, pour briser sa résistance. C'est ce qu'on n'a pas encore essayé, et c'est ce que vous, messieurs de la Novaïa Jizn, déconseillez au peuple, en l'effrayant par votre propre frayeur devant la bourgeoisie. Impossible de rien concevoir d'autre, en fait de quatrième issue, (t. XXI, p. 275, éd. russe.)

Tels sont les faits.

Tous ces faits et événements de l'histoire de la préparation d'Octobre, vous les tournez "tout bonnement" ; vous rayez "tout bonnement" de l'histoire du bolchévisme la lutte des bolcheviks dans la période de préparation d'Octobre contre les hésitations et la politique de conciliation des "paysans aisés", qui siégeaient alors dans les Soviets ; vous enterrez "tout bonnement" le mot d'ordre de Lénine sur la dictature du prolétariat et de la paysannerie pauvre, et vous vous imaginez en même temps que ce n'est point là violenter l'histoire, le léninisme.

Par ces citations, que l'on pourrait multiplier, vous devez voir, camarade Pokrovski, que les bolcheviks prenaient pour point de départ, après février 1917, non pas la paysannerie dans son ensemble, mais sa partie pauvre, qu'ils marchaient vers Octobre, non pas sous l'ancien mot d'ordre de dictature du prolétariat et de la paysannerie, mais sous le nouveau mot d'ordre de dictature du prolétariat et de la paysannerie pauvre.

Cela montre que les bolcheviks appliquaient ce mot d'ordre dans la lutte contre les hésitations et la politique de conciliation des Soviets, contre les hésitations et la politique de conciliation d'une certaine partie de la paysannerie siégeant dans les Soviets, contre les hésitations et la politique de conciliation de certains partis de la démocratie petite-bourgeoise, qui ont nom — socialistes-révolutionnaires et menchéviks.

Cela montre que sans le nouveau mot d'ordre de la dictature du prolétariat et de la paysannerie pauvre, nous n'aurions pu rassembler une armée politique suffisamment puissante, capable de vaincre la politique de conciliation des socialistes-révolutionnaires et des menchéviks, de neutraliser les hésitations d'une certaine partie de la paysannerie, de renverser le pouvoir bourgeois et de rendre ainsi possible l'achèvement de la révolution bourgeoise.

Cela montre que "nous avons marché vers Octobre et vaincu en Octobre avec la paysannerie pauvre, face à la résistance des koulaks (paysans eux aussi) et aux hésitations de la paysannerie moyenne". (Voir ma réponse au camarade Ian-ski).

Il s'ensuit de la sorte qu'en avril 1917, comme aussi pendant toute la période de préparation d'Octobre, c'est Lénine qui avait raison, et non Kaménev ; quant à vous, camarade Pokrovski, qui restaurez aujourd'hui les conceptions de Kaménev, vous vous mettez, me semble-t-il, en assez mauvaise compagnie.

2. A l'opposé de tout ce qui a été dit plus haut, vous citez les paroles de Lénine disant qu'en octobre 1917, nous avons pris le pouvoir avec le soutien de la paysannerie dans son ensemble. Que nous ayons pris le pouvoir avec un certain soutien de la paysannerie dans son ensemble, cela est parfaitement juste. Mais vous avez oublié d'ajouter ce "détail" : la paysannerie dans son ensemble ne nous soutenait en Octobre, et après Octobre, que dans la mesure où nous achevions la révolution bourgeoise. C'est un "détail" très important qui, en l'occurrence, tranche la question. Il n'est pas permis à un bolchevik, camarade Pokrovski, d'"oublier" un "détail" aussi important et d'escamoter ainsi une question de la plus haute importance.

Votre lettre montre que vous opposez les paroles de Lénine sur le soutien donné par la paysannerie dans son ensemble, au mot d'ordre du Parti sur la "dictature du prolétariat et de la paysannerie pauvre", formulé également par Lénine. Mais pour opposer ces paroles de Lénine aux textes précédents empruntés à ses oeuvres; pour avoir une raison de réfuter les textes précédents de Lénine sur le mot d'ordre de dictature du prolétariat et de la paysannerie pauvre par les paroles que vous empruntez toujours à Lénine, sur la paysannerie dans son ensemble, — il faut pour cela démontrer au moins deux choses.

Premièrement. Il faut démontrer que l'achèvement de la révolution bourgeoise a été l'essentiel dans la Révolution d'Octobre. Lénine estime que l'achèvement de la révolution bourgeoise n'est qu'un produit "accessoire" de la Révolution d'Octobre, laquelle s'est acquittée de cette tâche "en passant". Il faut avant tout réfuter cette thèse de Lénine et démontrer que l'essentiel dans la Révolution d'Octobre n'a pas été le renversement du pouvoir de la bourgeoisie et le passage du pouvoir aux mains- du prolétariat, mais l'achèvement de la révolution bourgeoise. Essayez de démontrer cela, camarade Pokrovski, et alors je serai prêt à reconnaître que le mot d'ordre du Parti, d'avril à octobre 1917, fut chez nous non pas la dictature du prolétariat et de la paysannerie pauvre, mais la dictature du prolétariat et de la paysannerie. Votre lettre montre que, ne jugeant pas possible de prendre sur vous cette tâche plus que hasardeuse, vous essayez néanmoins de démontrer "en passant" que, dans une des questions les plus importantes de la Révolution d'Octobre, celle de la paix, nous étions soi-disant soutenus par toute la paysannerie, dans son ensemble. C'est faux, bien entendu. C'est tout à fait faux, camarade Pokrovski. Pour la question de la paix, vous donnez dans la manière de voir de l'homme de la rue. En réalité, la question de la paix était alors chez nous la question du pouvoir, car ce n'est qu'avec le passage du pouvoir aux mains du prolétariat que l'on pouvait compter sortir de la guerre impérialiste. Vous avez sans doute oublié les paroles de Lénine disant qu'"on ne peut mettre un terme à la guerre que par le passage du pouvoir à une autre classe" ; que : "A bas la guerre ! ne veut pas dire jeter la baïonnette, mais faire passer le pouvoir à une autre classe." ("Discours à la conférence de Pétrograd", avril 1917, t. XX, pp. 181 et 178, éd. russe.)

Ainsi, de deux choses l'une: ou bien vous devez démontrer que l'essentiel dans la Révolution d'Octobre a été l'achèvement de la révolution bourgeoise, ou bien vous ne le démontrerez pas, et alors la conclusion s'impose d'elle-même, à savoir que la paysannerie dans son ensemble ne pouvait nous soutenir pendant Octobre que dans la mesure où nous achevions la révolution bourgeoise.

Deuxièmement. Vous devez démontrer que les bolcheviks ont pu obtenir l'appui de la paysannerie dans son ensemble, pendant Octobre et après Octobre, dans la mesure où ils achevaient la révolution bourgeoise, sans appliquer systématiquement le mot d'ordre de dictature du prolétariat et de la paysannerie pauvre durant toute la période de préparation d'Octobre, sans lutte systématique découlant de ce mot d'ordre, contre la politique de conciliation des partis petits-bourgeois, sans dénoncer systématiquement les hésitations de certaines couches de la paysannerie et de leurs représentants dans les Soviets, dénonciation qui découlait du même mot d'ordre. Essayez de démontrer cela, camarade Pokrovski. En effet, pourquoi avons-nous réussi à nous assurer l'appui de la paysannerie dans son ensemble, pendant Octobre et après Octobre ? Parce qu'il nous a été possible d'achever la révolution bourgeoise. Pourquoi cela nous a-t-il été possible ? Parce que nous avons réussi à renverser le pouvoir bourgeois et à le remplacer par le pouvoir du prolétariat, qui est le seul capable de mener jusqu'au bout la révolution bourgeoise. Pourquoi avons-nous réussi à renverser le pouvoir de la bourgeoisie et à instaurer le pouvoir du prolétariat ? Parce que nous avons préparé Octobre sous le mot d'ordre de dictature du prolétariat et de la paysannerie pauvre; parce que, nous basant sur ce mot d'ordre, nous avons mené une lutte systématique contre la politique de conciliation des partis petits-bourgeois; parce que, nous basant sur ce mot d'ordre, nous avons mené une lutte systématique contre les hésitations de la paysannerie moyenne dans les Soviets ; parce que ce n'est qu'avec ce mot d'ordre que nous pouvions vaincre les hésitations du paysan moyen, briser la politique de conciliation des partis petits-bourgeois et rassembler une armée politique capable d'engager la lutte pour le passage du pouvoir aux mains du prolétariat. Il est à peine besoin de démontrer que sans ces conditions préalables, qui décidèrent du sort de la Révolution d'Octobre, nous n'aurions pu obtenir l'appui de la paysannerie dans son ensemble, ni pendant Octobre ni après Octobre.

Voilà, camarade Pokrovski, comment il faut comprendre l'union des guerres paysannes et de la révolution prolétarienne.

Voilà pourquoi opposer l'appui de la paysannerie dans son ensemble, pendant et après Octobre, au fait de la préparation d'Octobre sous le mot d'ordre de dictature du prolétariat et de la paysannerie pauvre, c'est ne rien comprendre au léninisme.

Votre erreur fondamentale, camarade Pokrovski, est de n'avoir compris ni l'entrelacement, dans le cours de la Révolution d'Octobre, des tâches socialistes avec l'achèvement de la révolution bourgeoise, ni le mécanisme de la mise en oeuvre des diverses revendications de la Révolution d'Octobre, découlant du deuxième mot d'ordre stratégique du Parti sur la dictature du prolétariat et de la paysannerie pauvre.

En lisant votre lettre, on peut croire que ce n'est pas nous qui avons pris la paysannerie au service de la révolution prolétarienne, mais qu'au contraire c'est "la paysannerie dans son ensemble", y compris les koulaks, qui a pris les bolcheviks à son service. Les choses iraient mal pour les bolcheviks, s'ils "se mettaient" avec cette facilité au service des classes non prolétariennes.

Les conceptions de Kaménev dans la période d'avril 1917, voilà le boulet attaché à vos pieds, camarade Pokrovski.

3. Vous affirmez que Staline ne voit pas de différence entre la situation de 1905 et la situation de février 1917. Ce n'est pas sérieux, bien entendu. Je n'ai pas dit cela, et ne pouvais le dire. Dans ma lettre, j'ai simplement dit que le mot d'ordre du Parti sur la dictature du prolétariat et de la paysannerie, formulé en 1905, avait reçu sa confirmation dans la révolution de février 1917. Et cela, évidemment, est exact. C'est ainsi précisément que Lénine exposait la situation dans son article "Paysans et ouvriers", en août 1917 :

Seuls le prolétariat et la paysannerie peuvent renverser la monarchie: telle était la définition fondamentale pour l'époque [il s'agit de 1905. J. St.] de notre politique de classe. Et cette définition était juste. Février et mars 1917 l'ont confirmé une fois de plus. (t. XXI, p. 111., éd. russe.)

Vous prenez simplement plaisir à chicaner, camarade "dialectique" à l'excès.

4.  Vous essayez ensuite de convaincre Staline de contradiction, en opposant à sa thèse sur l'esprit de conciliation du paysan moyen avant Octobre, un passage de la brochure de Staline, les Questions du léninisme, où il est parlé de la possibilité de construire le socialisme avec la paysannerie moyenne, après la consolidation de la dictature du prolétariat. Point n'est besoin d'un grand effort pour démontrer le caractère absolument antiscientifique d'une telle identification de deux phénomènes différents. Le paysan moyen avant Octobre, alors que la bourgeoisie était au pouvoir, et le paysan moyen après la consolidation de la dictature du prolétariat, alors que la bourgeoisie est déjà expropriée, que la coopération s'est développée et que les principaux moyens de production sont concentrés entre les mains du prolétariat, sont deux choses différentes. Identifier ces deux genres de paysans moyens et les placer sur le même plan, c'est considérer les choses en dehors de tout lien avec la situation historique et perdre toutes perspectives. Cela rappelle en quelque sorte la manière de Zinoviev de citer les textes en brouillant toutes les dates et toutes les époques. Si cela s'appelle "dialectique révolutionnaire", alors il faut reconnaître que le camarade Pokrovski a battu tous les records de l'ergoterie "dialectique".

5.  Je ne touche pas aux autres questions, car j'estime les avoir déjà épuisées dans ma correspondance avec le camarade Ian-ski.

20 mai 1927.

 

LE CARACTERE INTERNATIONAL DE LA REVOLUTION D'OCTOBRE - POUR LE DIXIEME ANNIVERSAIRE D'OCTOBRE

La Révolution d'Octobre n'est pas seulement une révolution "dans le cadre national". Elle est avant tout une révolution d'ordre international, mondial, car elle marque dans l'histoire universelle un tournant radical, opéré par l'humanité, du vieux monde, capitaliste, vers le monde nouveau, socialiste.

Autrefois les révolutions sa terminaient d'habitude par la substitution, au gouvernail de l'Etat, d'un groupe d'exploiteurs à un autre groupe d'exploiteurs. Les exploiteurs changeaient, l'exploitation demeurait. Il en fut ainsi au cours des mouvements d'émancipation des esclaves. Il en fut ainsi dans la période des soulèvements de serfs. Il en fut ainsi dans la période des "grandes" révolutions que l'on sait, en Angleterre, en France, en Allemagne. Je ne parle pas de la Commune de Paris, qui fut la première tentative glorieuse, héroïque, mais cependant infructueuse, du prolétariat pour faire marcher l'histoire contre le capitalisme.

La Révolution d'Octobre se distingue de ces révolutions dans son principe. Elle se propose non de remplacer une forme d'exploitation par une autre forme d'exploitation, un groupe d'exploiteurs par un autre groupe d'exploiteurs, mais de supprimer toute exploitation de l'homme par l'homme, de supprimer tous les groupes d'exploiteurs, quels qu'ils soient, d'instaurer la dictature du prolétariat, d'instaurer le pouvoir de la classe la plus révolutionnaire parmi toutes les classes opprimées qui ont existé jusqu'à ce jour, d'organiser une société nouvelle, la société socialiste sans classes.

C'est précisément pour cela que la victoire de la Révolution d'Octobre marque un tournant radical dans l'histoire de l'humanité, un tournant radical dans les destinées historiques du capitalisme mondial, un tournant radical dans le mouvement de libération du prolétariat mondial, un tournant radical dans les procédés de lutte et les formes d'organisation, dans la manière de vivre et les traditions, dans la culture et l'idéologie des masses exploitées du monde entier.

C'est là la raison pour laquelle la Révolution d'Octobre, est une révolution d'ordre international, mondial.

C'est également là l'origine de la sympathie profonde que les classes opprimées de tous les pays nourrissent à l'égard de la Révolution d'Octobre, dans laquelle elles voient le gage de leur libération.

On pourrait signaler une série de problèmes essentiels à propos desquels la Révolution d'Octobre exerce son action sur le développement du mouvement révolutionnaire dans le monde entier.

1. La Révolution d'Octobre a tout d'abord ceci de remarquable qu'elle a percé le front de l'impérialisme mondial, jeté bas la bourgeoisie impérialiste dans un des plus grands pays capitalistes, et porté au pouvoir le prolétariat socialiste.

Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, la classe des salariés, la classe des persécutés, la classe des opprimés et des exploités, s'est élevée à la situation d'une classe dominante, gagnant par son exemple les prolétaires de tous les pays.

C'est dire que la Révolution d'Octobre a inauguré une nouvelle époque, l'époque des révolutions prolétariennes dans les pays de l'impérialisme.

Elle a enlevé aux grands propriétaires fonciers et aux capitalistes les instruments et moyens de production et les a transformés en propriété sociale, opposant ainsi à la propriété bourgeoise la propriété socialiste. Par là même, elle a démasqué le mensonge des capitalistes qui prétendent que la propriété bourgeoise est inviolable, sacrée, éternelle.

Elle a arraché le pouvoir à la bourgeoisie, elle l'a privée des droits politiques, elle a démoli l'appareil d'Etat bourgeois et transmis le pouvoir aux Soviets, opposant ainsi au parlementarisme bourgeois, démocratie capitaliste, le pouvoir socialiste des Soviets, démocratie prolétarienne. Lafargue avait raison lorsqu'il disait, déjà en 1887, qu'au lendemain de la révolution "tous les ex-capitalistes seraient privés de droits électoraux". Par là même, la Révolution d'Octobre a démasqué le mensonge des social-démocrates qui prétendent que maintenant le passage pacifique au socialisme par le parlementarisme bourgeois est possible.

Mais la Révolution d'Octobre ne s'est pas arrêtée et ne pouvait s'arrêter là. Ayant détruit l'ordre de choses ancien, bourgeois, elle s'est mise à construire l'ordre de choses nouveau, socialiste. Les dix années de la Révolution d'Octobre sont dix années de construction du Parti, des syndicats, des Soviets, des coopératives, des organisations culturelles, des transports, de l'industrie, de l'Armée rouge. Les succès incontestables du socialisme en U.R.S.S. sur le front de construction ont démontré nettement que le prolétariat peut gouverner avec succès le pays sans la bourgeoisie et contre la bourgeoisie; qu'il peut édifier avec succès l'industrie sans la bourgeoisie et contre la bourgeoisie; qu'il peut diriger avec succès toute l'économie nationale sans la bourgeoisie et contre la bourgeoisie; qu'il peut édifier avec succès le socialisme, malgré l'encerclement capitaliste. La vieillie "théorie" selon laquelle les exploités ne peuvent se passer des exploiteurs, de même que la tête et les autres parties du corps ne peuvent se passer de l'estomac, n'appartient pas seulement au fameux sénateur romain de l'antiquité, Menenius Agrippa. Cette "théorie" constitue maintenant la pierre angulaire de la "philosophie" politique de la social-démocratie en général, de la politique social-démocrate de coalition avec la bourgeoisie impérialiste, en particulier. Cette "théorie", qui a acquis le caractère d'un préjugé, est maintenant l'un des obstacles les plus sérieux à la pénétration de l'esprit révolutionnaire dans le prolétariat des pays capitalistes. Un des résultats les plus importants de la Révolution d'Octobre est d'avoir porté un coup mortel à cette "théorie" mensongère.

Est-il encore besoin de démontrer que ces résultats et autres analogues de la Révolution d'Octobre n'ont pu et ne peuvent rester sans exercer une sérieuse influence sur le mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière dans les pays capitalistes ?

Des faits aussi universellement connus que la progression continue du communisme dans les pays capitalistes, la croissance de la sympathie des prolétaires de tous les pays pour la classe ouvrière de l'U.R.S.S., enfin l'affluence des délégations ouvrières au pays des Soviets, montrent indubitablement que la semence jetée par la Révolution d'Octobre porte déjà des fruits.

2. La Révolution d'Octobre a ébranlé l'impérialisme non pas seulement dans les centres de sa domination, non pas seulement dans les "métropoles". Elle a encore frappé l'arrière de l'impérialisme, sa périphérie, en sapant la domination de l'impérialisme dans les pays coloniaux et dépendants.

En renversant les grands propriétaires fonciers et les capitalistes, la Révolution d'Octobre a rompu les chaînes de l'oppression nationale et coloniale, dont elle a délivré tous les peuples opprimés, sans exception, d'un vaste Etat. Le prolétariat ne peut se libérer sans libérer les peuples opprimés. Le trait caractéristique de la Révolution d'Octobre, c'est qu'elle a accompli en U.R.S.S. ces révolutions nationales et coloniales, non sous le drapeau de la haine nationale et des conflits entre nations, mais sous le drapeau d'une confiance réciproque et d'un rapprochement fraternel des ouvriers et des paysans des nationalités habitant l'U.R.S.S., non pas au nom du nationalisme, mais au nom de l’internationalisme.

Précisément parce que les révolutions nationales et coloniales se sont faites, chez nous, sous la direction du prolétariat et sous le drapeau de l'internationalisme, précisément pour cette raison les peuples parias, les peuples esclaves se sont, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, élevés à la situation de peuples réellement libres et réellement égaux, gagnant par leur exemple les peuples opprimés du monde entier.

C'est dire que la Révolution d'Octobre a inauguré une nouvelle époque, l'époque des révolutions coloniales dans les pays opprimés du monde en alliance avec le prolétariat, sons la direction du prolétariat.

Autrefois, il "était admis" de penser que le monde est divisé depuis un temps immémorial en races inférieures et races supérieures, en Noirs et en Blancs, les premiers inaptes à la civilisation et voués à subir l'exploitation, et les seconds, seuls dépositaires de la civilisation, appelés à exploiter les premiers. Maintenant il faut considérer cette légende comme démolie et rejetée. Un des résultats les plus importants de la Révolution d'Octobre, c'est qu'elle a porté un coup mortel à cette légende, montrant en fait que les peuples affranchis, non européens entraînés dans la voie du développement soviétique, sont tout autant que les peuples européens capables de faire progresser la culture et la civilisation véritablement avancées.

Autrefois, il "était admis" de penser que la seule méthode de libération des peuples opprimés est la méthode du nationalisme bourgeois, méthode qui consiste à détacher les nations les unes des autres, à les dissocier, à renforcer les haines nationales entre les masses laborieuses des différentes nations. Maintenant, il faut considérer cette légende comme démentie. Un des résultats les plus importants de la Révolution d'Octobre, c'est qu'elle a porté à cette légende un coup mortel, montrant en fait que la méthode prolétarienne, internationaliste, d'affranchissement des peuples opprimés, comme seule méthode juste, est possible et rationnelle, montrant en fait que l'union fraternelle des ouvriers et des paysans appartenant aux peuples les plus divers, union basée sur le libre consentement et l'internationalisme, est possible et rationnelle. L'existence de l'Union des Républiques socialistes soviétiques, préfiguration de l'union future des travailleurs de tous les pays en une seule économie mondiale, en est la preuve directe.

Inutile de dire que ces résultats et autres analogues de la Révolution d'Octobre n'ont pu et ne peuvent rester sans exercer une sérieuse influence sur le mouvement révolutionnaire dans les pays coloniaux et dépendants. Des faits tels que la croissance du mouvement révolutionnaire des peuples opprimés en Chine, en Indonésie, aux Indes, etc., et la sympathie accrue de ces peuples pour l'U.R.S.S. en sont un témoignage certain.

L'ère est révolue où l'on pouvait en toute sérénité exploiter et opprimer les colonies et les pays dépendants.

L'ère est venue des révolutions libératrices dans les colonies et les pays dépendants, l'ère du réveil du prolétariat de ces pays, l'ère de son hégémonie dans la révolution.

3. En jetant la semence de la révolution aussi bien dans les centres qu'à l'arrière de l'impérialisme, en affaiblissant la puissance de l'impérialisme dans les "métropoles" et en ébranlant sa domination dans les colonies, la Révolution d'Octobre a, de ce fait, mis en question l'existence même du capitalisme mondial dans son ensemble.

Si le développement spontané du capitalisme a dégénéré, dans les conditions de l'impérialisme — par suite de son cours inégal, par suite des conflits et collisions armées inévitables, par suite enfin de la tuerie impérialiste sans précédent, — en un processus de putréfaction et d'agonie du capitalisme, la Révolution d'Octobre et — sa conséquence — la séparation d'un immense pays d'avec le système capitaliste mondial, ne pouvaient manquer d'accélérer ce processus, en minant pas à pas les fondements mêmes de l'impérialisme mondial.

Bien plus. En ébranlant l'impérialisme, la Révolution d'Octobre a créé en même temps, en la première dictature prolétarienne, une base puissante et ouverte du mouvement révolutionnaire mondial, base qu'il n'avait jamais eue auparavant et sur laquelle il peut maintenant s'appuyer. Elle a créé un centre puissant et ouvert du mouvement révolutionnaire mondial, centre qu'il n'avait jamais eu auparavant et autour duquel il peut maintenant se grouper, en organisant le front révolutionnaire unique des prolétaires et des peuples opprimés de tous les pays contre l’impérialisme.

Cela signifie tout d'abord que la Révolution d'Octobre a porté au capitalisme mondial une blessure mortelle, dont il ne se remettra plus jamais. C'est pour cela précisément que le capitalisme ne recouvrera plus jamais rééquilibre" et la "stabilité" qu'il possédait avant Octobre. Le capitalisme peut se stabiliser partiellement, il peut rationaliser sa production, livrer la direction du pays au fascisme, réduire momentanément la classe ouvrière, mais jamais plus il ne recouvrera ce "calme" et cette "assurance", cet "équilibre" et cette "stabilité" dont il faisait parade autrefois, car la crise du capitalisme mondial a atteint un degré de développement tel que les feux de la révolution doivent inévitablement s'ouvrir un passage tantôt dans les centres de l'impérialisme, tantôt dans sa périphérie, réduisant à néant les rapiéçages capitalistes et hâtant de jour en jour la chute du capitalisme. Exactement comme dans la -fable que l'on connaît: "En retirant la queue, le bec s'embourbe; en retirant le bec, la queue s'embourbe."

Cela signifie, en second lieu, que la Révolution d'Octobre a élevé à une certaine hauteur la force et l'importance, le courage et la combativité des classes opprimées du monde entier, obligeant les classes dominantes à compter avec elles, en tant que facteur nouveau et sérieux. Il n'est possible aujourd'hui de considérer les masses laborieuses du monde comme une "foule aveugle" errant dans les ténèbres et privée de perspectives, car la Révolution d'Octobre a créé pour elles un phare éclairant leur chemin et leur révélant des perspectives. Si, auparavant, il n'y avait pas de forum universel ouvert pour manifester et matérialiser les aspirations et la volonté des classes opprimées, aujourd'hui ce forum existe en la première dictature du prolétariat. On ne saurait guère douter que la destruction de ce forum plongerait pour longtemps la vie sociale et politique des "pays avancés" dans les ténèbres d'une noire réaction sans frein. On ne peut nier que même le .simple fait de l'existence de l'"Etat bolchevik" met une bride aux forces ténébreuses de la réaction, facilitant aux classes opprimées la lutte pour leur libération. C'est ce qui explique en somme la haine bestiale que les exploiteurs de tous les pays nourrissent à l'égard des bolcheviks. L'histoire se répète, bien que sur une base nouvelle. Comme autrefois, à l'époque de la chute du féodalisme, le mot "jacobin" provoquait l'horreur et le dégoût chez les aristocrates de tous les pays, de même aujourd'hui, à l'époque de la chute du capitalisme, le mot "bolchevik" provoque l'horreur et le dégoût dans les pays bourgeois. Et, inversement, de même qu'autrefois Paris servait de refuge et d'école aux représentants révolutionnaires de la bourgeoisie montante, de même aujourd'hui Moscou sert de refuge et d'école aux représentants révolutionnaires du prolétariat qui monte. La haine que le féodalisme vouait aux jacobins ne le sauva pas du naufrage. Peut-on douter que la haine du capitalisme contre les bolcheviks me le sauvera pas de sa destruction certaine ?

L'ère de "stabilité" du capitalisme est révolue, emportant avec elle la légende de l'immuabilité de l'ordre bourgeois.

L'ère est venue de l'effondrement du capitalisme.

4. La Révolution d'Octobre n'est pas seulement une révolution dans le domaine des rapports économiques, politiques et sociaux. Elle est aussi une révolution dans les esprits, une révolution dans l'idéologie de la classe ouvrière. La Révolution d'Octobre est née et s'est fortifiée sous le drapeau du marxisme, sous le drapeau de l'idée de dictature du prolétariat, sous le drapeau du léninisme qui est le marxisme de l'époque de l'impérialisme et des révolutions prolétariennes. C'est pourquoi elle marque la victoire du marxisme sur le réformisme, la victoire du léninisme sur le social-démocratisme, la victoire de la IIIe Internationale sur la IIe Internationale.

La Révolution d'Octobre a creusé un fossé infranchissable entre le marxisme et le social-démocratisme, entre la politique du léninisme et la politique du social-démocratisme. Autrefois, avant la victoire de la dictature du prolétariat, la social-démocratie pouvait faire parade du drapeau du marxisme, sans nier ouvertement l'idée de dictature du prolétariat, mais aussi sans faire rien, absolument rien, pour hâter la réalisation de cette idée, car une telle conduite de la social-démocratie ne créait aucune menace pour le capitalisme. A cette époque, la social-démocratie, au point de vue formel, se confondait — ou presque — avec le marxisme. Maintenant, après la victoire de la dictature du prolétariat, chacun ayant vu de ses propres yeux à quoi mène le marxisme et ce que peut signifier sa victoire, la social-démocratie ne peut plus faire parade du drapeau du marxisme, elle ne peut plus afficher l'idée de dictature du prolétariat, sans créer un certain danger pour le capitalisme. Ayant depuis longtemps rompu avec l'esprit du marxisme, force lui a été de rompre également avec le drapeau du marxisme. Elle a pris position ouvertement et sans équivoque contre la Révolution d'Octobre, enfantée par le marxisme, contre la première dictature du prolétariat dans le monde. Dès lors, elle devait se désolidariser, et elle s'est effectivement désolidarisée du marxisme, car dans les conditions actuelles on ne peut s'appeler marxiste sans soutenir ouvertement et sans réserve la première dictature prolétarienne du monde, sans mener la lutte révolutionnaire contre sa propre bourgeoisie, sans créer les conditions nécessaires à la victoire de la dictature du prolétariat dans son propre pays. Entre la social-démocratie et le marxisme, un abîme s'est creusé. Désormais, le seul protagoniste et rempart du marxisme, c'est le léninisme, le communisme.

Mais les choses n'en sont pas restées là. Après avoir délimité la social-démocratie d'avec le marxisme, la Révolution d'Octobre alla plus loin, rejetant la social-démocratie dans le camp des défenseurs directs du capitalisme contre la première dictature prolétarienne du monde. Lorsque MM. Adler et Bauer, Wells et Lévi, Longuet et Blum vitupèrent le "régime soviétique", exaltant la "démocratie" parlementaire, ils veulent montrer par là qu'ils combattent et qu'ils continueront de combattre pour le rétablissement de l'ordre capitaliste en U.R.S.S., pour le maintien de l'esclavage capitaliste dans les Etats "civilisés". Le social-démocratisme d'aujourd'hui est l'appui idéologique du capitalisme. Lénine avait mille fois raison quand il disait que les politiciens social-démocrates de nos jours sont "les véritables agents de la bourgeoisie dans le mouvement ouvrier, les commis ouvriers de la classe des capitalistes" ; que dans la "guerre civile entre le prolétariat et la bourgeoisie", ils se rangeront inévitablement "du côté des Versaillais contre les communards". Il est impossible d'en finir avec le capitalisme sans en avoir fini avec le social-démocratisme dans le mouvement ouvrier. C'est pourquoi l'ère de l'agonie du capitalisme est en même temps celle de l'agonie du social-démocratisme dans le mouvement ouvrier. La grande signification de la Révolution d'Octobre consiste, entre autres, en ce qu'elle annonce la victoire certaine du léninisme sur le social-démocratisme dans le mouvement ouvrier mondial.

L'ère de la domination de la IIe Internationale et du social-démocratisme dans le mouvement ouvrier a pris fin.

L'ère est venue de la domination du léninisme et de la IIIe Internationale.

Pravda, n° 255, 6-7 novembre 1927.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'ANNEE DU GRAND TOURNANT

POUR LE XIIe ANNIVERSAIRE DE LA REVOLUTION D'OCTOBRE

Importance décisive, on peut ramener les succès de notre offensive sur ce front, nos réalisations de l'année écoulée, à trois éléments essentiels.

L'année écoulée fut celle d'un grand tournant sur tous tes fronts de construction socialiste. Ce tournant s'est poursuivi et se poursuit encore sous le signe d'une offensive résolue du socialisme contre les éléments capitalistes de la ville et de la campagne. Cette offensive a ceci de caractéristique qu'elle nous a déjà donné une série de succès décisifs dans les principaux domaines de la transformation (reconstruction) socialiste de notre économie nationale.

Il s'ensuit que le Parti a su utiliser efficacement le recul opéré aux premiers stades de la Nep pour, ensuite, à ses stades ultérieurs, organiser le tournant et engager une offensive victorieuse contre les éléments capitalistes.

Lors de l'institution de la Nep, Lénine disait :

Nous reculons actuellement, nous semblons reculer, mais nous le faisons pour ensuite prendre notre élan et bondir avec plus de force en avant. C'est à cette seule condition que nous avons reculé en appliquant notre nouvelle politique économique... pour, après le recul, commencer une offensive des plus opiniâtres. ("Discours à l'Assemblée plénière du Soviet de Moscou", t. XXVII, pp. 361-362, éd. russe.)

Les résultats de l'année écoulée attestent incontestablement que le Parti, dans son travail, applique avec succès cette indication décisive de Lénine.

Si l'on prend les résultats de l'année écoulée dans le domaine de l'édification économique, qui est pour nous d'une

I - DANS LE DOMAINE DE LA PRODUCTIVITE DU TRAVAIL

On ne peut guère douter que l'un des faits les plus importants, sinon le plus important de notre oeuvre constructive dans l'année qui vient de s'écouler, c'est que nous avons réussi à opérer un tournant décisif dans le domaine de la productivité du travail. Ce tournant s'est traduit par une accentuation de l'initiative créatrice et un puissant élan de travail des masses innombrables de la classe ouvrière sur le front de construction socialiste. Là est notre première et principale réalisation de l'année écoulée.

L'initiative créatrice et l'élan au travail des masses furent stimulés principalement dans trois directions: a) en luttant contre le bureaucratisme qui enchaîne l'initiative et l'activité des masses dans leur travail, — par l'autocritique ; b) en luttant contre les tire-au-flanc et destructeurs de la discipline prolétarienne du travail, — par l'émulation socialiste ; enfin c) en luttant contre la routine et l'inertie dans la production, par l'organisation de la semaine de travail ininterrompue. [Semaine de travail ininterrompue. Les entreprises (les institutions) travaillent tous les jours ; les ouvriers bénéficient d'un jour de repos à tour de rôle, tous les cinq jours. (N. des Trad).] Comme résultat, nous enregistrons un immense succès sur le front du travail : l'enthousiasme au travail et l'appel mutuel au travail des masses innombrables de la classe ouvrière sur tous les points de notre pays immense. Or, la portée de ce succès est véritablement inappréciable, car seuls l'élan et l'enthousiasme au travail des masses innombrables peuvent assurer la montée continue de la productivité du travail, sans quoi la victoire définitive du socialisme sur le capitalisme ne saurait se concevoir.

La productivité du travail, dit Lénine, c'est, en dernière analyse, ce qu'il y a de plus important, d'essentiel pour la victoire du nouvel ordre social. Le capitalisme a créé une productivité du travail inconnue sous le servage. Le capitalisme peut être définitivement vaincu et le sera définitivement, parce que le socialisme crée une productivité du travail nouvelle, beaucoup plus élevée. ("La grande initiative", t. XXIV, p. 342, éd. russe.)

Partant de là, Lénine estime que :

Nous devons nous pénétrer de cet enthousiasme au travail, de cette volonté de travail, de cette opiniâtreté dont dépend désormais le salut le plus prompt des ouvriers et des paysans, le salut de l'économie nationale. ("Le IIIe anniversaire de la Révolution d'Octobre. Discours à l'Assemblée plénière du Soviet, du Comité du Parti et du Conseil des syndicats de Moscou", t. XXV, p. 477, éd. russe.)

Telle est tâche que Lénine a posée, devant le Parti.

L'année écoulée a montré que le Parti accomplit cette tâche avec succès, en surmontant résolument les difficultés dressées sur ce chemin.

Voilà ce qu'il en est de la première réalisation importante du Parti, pour l'année écoulée.

II - DANS LE DOMAINE DE L'EDIFICATION INDUSTRIELLE

A cette première réalisation du Parti se rattache étroitement sa deuxième réalisation. Cette deuxième réalisation du Parti, c'est que nous avons obtenu, au cours de l'année écoulée, une solution favorable, dans l'essentiel, du problème de l'accumulation pour les grands travaux de l'industrie lourde; que nous avons adopté un rythme accéléré pour le développement de la production des moyens de production, et créé les conditions nécessaires à la transformation de notre pays en un pays métallurgique. Là est notre deuxième réalisation essentielle pour l'année écoulée.

Le problème de l'industrie légère ne présente pas de difficultés particulières. Nous l'avons déjà résolu il y a quelques années. Plus difficile et plus important est le problème de l'industrie lourde. Plus difficile, parce que celle-ci exige d'énormes investissements de capitaux; de plus, ainsi que le montre l'histoire des pays arriérés sous le rapport industriel, l'industrie lourde ne peut se passer d'énormes emprunts à long terme. Plus important, parce que sans développer l'industrie lourde, nous ne pouvons construire aucune industrie, nous ne pouvons procéder à aucune industrialisation. Et comme nous n'avions et n'avons ni emprunts à long terme, ni crédits quelque peu prolongés, l'acuité du problème devient pour nous plus qu'évidente. C'est ce qui guide précisément les capitalistes de tous les pays, lorsqu'ils nous refusent emprunts et crédits; ils croient que nous ne pourrons venir à bout, par nos propres forces, du problème de l'accumulation, que nous nous enferrerons sur le problème de la reconstruction de l'industrie lourde et serons obligés d'aller les trouver chapeau bas, de nous livrer à leur merci.

Or, que nous disent à ce propos les résultats de l'année écoulée ? L'importance de ces résultats, c'est qu'ils mettent en pièces les calculs de messieurs les capitalistes. L'année écoulée a montré que, malgré le blocus financier, avoué ou secret, de l'U.R.S.S., nous ne nous sommes pas livrés à la merci des capitalistes, et que nous avons résolu avec succès, par nos propres forces, le problème de l'accumulation, en jetant les fondations de l'industrie lourde. C'est ce que désormais ne peuvent nier même les ennemis jurés de la classe ouvrière. En effet, si les investissements dans la grande industrie ont été, l'an dernier, supérieurs à 1.600 millions de roubles, dont 1.300 millions environ sont allés à l'industrie lourde, et que les investissements dans la grande industrie, cette année, sont supérieurs à 3.400 millions de roubles, dont plus de 2.500 millions iront à l'industrie lourde ; si la production globale de la grande industrie accusait l'an dernier une augmentation de 23%, — la part d'accroissement de l'industrie lourde étant de 30%, — tandis que la production globale de la grande industrie doit fournir, cette année, un accroissement de 32%, la part d'accroissement de l'industrie lourde devant être de 46%, — n'est-il pas clair que le problème de l'accumulation pour la construction de l'industrie lourde ne présente pas pour nous de difficultés insurmontables ? Comment peut-on douter que nous avançons à une allure accélérée, dans la voie du développement de notre industrie lourde, que nous dépassons les anciens rythmes et laissons derrière nous notre retard "séculaire" ?

Peut-on s'étonner après tout ce qui vient d'être dit, que les prévisions du plan quinquennal aient été dépassées dans l'année écoulée, et que la variante optima du plan quinquennal, que les écrivassiers bourgeois tiennent pour "chose fantastique, inaccessible" et dont s'épouvantent nos opportunistes de droite (groupe Boukharine), soit devenue en fait la variante minima du plan quinquennal ?

Le salut pour la Russie, dit Lénine, n'est pas seulement dans une bonne récolte de l'économie paysanne — cela ne suffit pas encore — et pas seulement dans le bon état de l'industrie légère qui fournit aux paysans les articles de consommation — cela non plus ne suffit pas encore, — il nous faut également une industrie lourde... Si nous ne sauvons pas l'industrie lourde, si nous ne la rétablissons pas, nous ne pourrons construire aucune industrie et, à défaut de celle-ci, c'en sera fait de nous, en général, comme pays indépendant... L'industrie lourde a besoin de subventions de l'Etat. Si nous ne les trouvons pas, c'en est fait de nous comme Etat civilisé, je ne dis même pas socialiste. ("Cinq années de révolution russe et les perspectives de la révolution mondiale". Rapport présenté au IVe congrès de l'I. C, t. XXVII, p. 349, éd. russe.)

C'est en ces termes catégoriques que Lénine formule le problème de l'accumulation et la tâche du Parti, quant à la construction de l'industrie lourde.

L'année écoulée a montré que le Parti s'acquitte avec succès de cette tâche en surmontant résolument les difficultés de toute sorte dressées sur ce chemin.

Cela ne signifie évidemment pas que l'industrie ne rencontrera plus de sérieuses difficultés. La construction de l'industrie lourde ne se heurte pas seulement au problème de l'accumulation. Elle se heurte encore au problème des cadres, au problème consistant : a) à associer à la construction socialiste, des dizaines de milliers de techniciens et spécialistes attachés au régime soviétique et b) à former de nouveaux techniciens et spécialistes rouges choisis au sein de la classe ouvrière. Si on peut considérer le problème de l'accumulation comme résolu pour l'essentiel, par contre le problème des cadres attend encore d'être résolu. Or maintenant que s'effectue la reconstruction technique de l'industrie, te problème des cadres est le problème décisif de la construction socialiste.

Ce qui nous manque surtout, dit Lénine, c'est la culture, c'est l'art de diriger... Economiquement et politiquement, la Nep nous assure pleinement la possibilité de bâtir les fondements de l'économie socialiste. Il s'agit "seulement" de créer les forces cultivées du prolétariat et de son avant-garde. ("Lettre au camarade Molotov sur le plan du rapport politique au XIe congrès du Parti", t. XXVII, p. 207.)

Evidemment, il s'agit ici, avant tout, des "forces cultivées", des cadres pour la construction économique en général, pour la construction et la direction de l'industrie en particulier.

Il s'ensuit donc que, malgré les réalisations éminemment sérieuses en matière d'accumulation, et qui ont une importance essentielle pour l'industrie lourde, on ne peut considérer le problème de la construction de l'industrie lourde comme entièrement résolu, tant que ne sera pas résolu le problème des cadres.

D'où la tâche du Parti : serrer de près le problème des cadres et emporter cette forteresse coûte que coûte.

Voilà ce qu'il en est de la deuxième réalisation du Parti, pour l'année écoulée.

III - DANS LE DOMAINE DE L'EDIFICATION AGRICOLE

Enfin, la troisième réalisation du Parti dans l'année écoulée, réalisation organiquement liée aux deux premières. Je veux parler du tournant radical opéré dans le développement de notre agriculture, allant de la petite économie individuelle arriérée à la grosse agriculture collective avancée, au travail de la terre en commun, aux stations de machines et de tracteurs, aux artels et kolkhoz basés sur la technique moderne, enfin aux sovkhoz géants pourvus de centaines de tracteurs et de moissonneuses-batteuses. La réalisation du Parti, ici, c'est que dans nombre de régions, nous avons réussi à détourner les masses paysannes fondamentales de l'ancienne voie capitaliste de développement, — qui ne profite qu'à une poignée de richards-capitalistes, tandis que l'énorme majorité des paysans est réduite à végéter dans le dénuement, — vers la voie nouvelle, la voie socialiste de développement, qui évince les richards-capitalistes et ré-outille d'une façon nouvelle les paysans moyens et pauvres, les pourvoit de nouveaux instruments, les pourvoit de tracteurs et de machines agricoles, afin de leur permettre de se tirer de la misère et de l'asservissement au koulak, et de s'engager sur la large voie du travail par association, du travail collectif de la terre. La réalisation du Parti, c'est que nous avons réussi à organiser ce tournant radical au sein même de la paysannerie et à entraîner derrière nous les grandes masses de paysans pauvres et moyens, en dépit de difficultés incroyables, en dépit de la résistance désespérée des forces occultes de toute sorte, depuis les koulaks et les popes jusqu'aux philistins et aux opportunistes de droite.

Voici quelques chiffres. En 1928, la surface ensemencée des sovkhoz était de 1.425.000 hectares, avec une production marchande de plus de 6 millions de quintaux de céréales ; la surface ensemencée des kolkhoz atteignait 1.390.000 hectares avec une production marchande d'environ 3 millions et demi de quintaux de céréales. En 1929, la surface ensemencée des sovkhoz était de 1.816.000 hectares avec une production marchande de près de 8 millions de quintaux de céréales, tandis que la surface ensemencée des kolkhoz était de 4. 262.000 hectares avec une production marchande s'élevant à près de 13 millions de quintaux de céréales. Dans l'année 1930 qui vient, la surface ensemencée des sovkhoz doit atteindre, selon les prévisions du plan, 3.280.000 hectares, avec une production marchande de 18 millions de quintaux de céréales, tandis que la surface ensemencée des kolkhoz doit atteindre 15 millions d'hectares avec une production marchande de 49 millions de quintaux environ. Autrement dit, dans l'année 1930 qui vient, la production marchande des céréales dans les sovkhoz et les kolkhoz doit s'élever à plus de 65 millions de quintaux, c'est-à-dire au delà de 50% de la production marchande de céréales de toute l'économie rurale (sans compter la consommation sur place).

Il faut reconnaître que des rythmes de développement aussi impétueux sont inconnus même de notre grande industrie socialisée, dont les rythmes de développement se distinguent en général par leur grande envergure.

N'est-il pas clair que notre grande agriculture socialiste (kolkhoz et sovkhoz), qui est jeune, a devant elle un bel avenir, qu'elle fera des miracles de croissance ?

Ce succès sans précédent de la construction des kolkhoz s'explique par toute une série de raisons, dont il conviendrait de signaler au moins les suivantes.

Il s'explique d'abord par ceci que le Parti a réalisé la politique léniniste d'éducation des masses, en conduisant de façon conséquente les masses paysannes vers les kolkhoz par l'établissement de sociétés coopératives. Il s'explique par ceci que le Parti a mené avec succès la lutte contre ceux qui cherchaient à devancer le mouvement et à forcer à coups de décrets le développement des kolkhoz (les phraseurs "de gauche"), de même que contre ceux qui essayaient de tirer le Parti en arrière et de rester à la queue du mouvement (les brouille-tout de droite). Sans une telle politique, le Parti n'aurait pu transformer le mouvement de collectivisation en un véritable mouvement de masse des paysans eux-mêmes.

Lorsque le prolétariat de Pétrograd et les soldats de la garnison de Pétrograd ont pris le pouvoir, dit Lénine, ils savaient parfaitement que l'édification à la campagne rencontrerait de grandes difficultés ; qu'il fallait avancer ici plus graduellement; que c'eût été la plus grande bêtise de vouloir ici essayer d'introduire à coups de décrets et de lois le travail collectif de la terre; que seule une quantité infime de paysans conscients pouvaient y consentir, mais que l'immense majorité des paysans ne posaient point ce problème. Et c'est pourquoi nous nous sommes bornés à ce qui était absolument nécessaire au développement de la révolution: ne devancer en aucun cas le développement des masses, mais attendre que de la propre expérience de ces masses, de leur propre lutte, naisse un mouvement en avant. ("Discours sur l'anniversaire de la Révolution au VIe congrès extraordinaire des Soviets de la R.S.F.S.R.", t. XXIII, p. 252, éd. russe.)

Si le Parti a remporté une très grande victoire sur le front de la construction des kolkhoz, c'est parce qu'il a appliqué exactement cette indication tactique de Lénine.

Ce succès sans précédent dans la construction de l'agriculture s'explique, en second lieu, par le fait que le pouvoir des Soviets a su tenir compte du besoin grandissant de la paysannerie en nouveau matériel agricole, en nouveaux moyens techniques; il a su tenir compte, de façon juste, de la situation sans issue où se trouvait la paysannerie avec ses vieilles formes du travail de la terre et, tenant compte de tout cela, il a organisé à temps une aide pour elle sous forme de postes de location, de colonnes de tracteurs, de stations de machines et de tracteurs ; sous forme d'organisation du travail de la terre en commun, par l'établissement des kolkhoz, enfin sous la forme d'une aide multiple de sovkhoz à l'économie paysanne. Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, un pouvoir est apparu, le pouvoir des Soviets, qui, pratiquement, a montré sa volonté et sa capacité de prêter aux masses travailleuses de la paysannerie une aide systématique et durable en matière de production. N'est-il pas clair que les masses travailleuses de la paysannerie, qui souffrent depuis toujours de la pénurie de matériel agricole, ne pouvaient manquer de se saisir de cette aide, et de s'engager dans la voie du mouvement de collectivisation agricole ? Et peut-on s'étonner que, désormais, le vieux mot d'ordre des ouvriers : "Face à la campagne" soit complété par le nouveau mot d'ordre des paysans-kolkhoziens : "Face à la ville" ?

Ce succès sans précédent de la construction des kolkhoz s'explique, enfin, par ceci que les ouvriers avancés de notre pays ont pris l'affaire en main. Je veux parler des brigades ouvrières disséminées par dizaines et par centaines dans les principales régions de notre pays. Il faut reconnaître que de tous les propagandistes existants et possibles du mouvement de collectivisation agricole parmi les masses paysannes, les propagandistes ouvriers sont les meilleurs. Qu'y a-t-il donc d'étonnant si les ouvriers ont réussi à convaincre les paysans de l'avantage que la grosse économie collective a sur la petite économie individuelle, d'autant plus que les kolkhoz et les sovkhoz existants sont une preuve évidente de cet avantage ?

Voilà sur quel terrain ont été remportés nos succès dans l'oeuvre de construction des kolkhoz, succès qui, à mon sens, sont les plus importants et les plus décisifs de ces dernières années.

Les objections de la "science" contre la possibilité et l'utilité d'organiser de grandes fabriques de céréales, de 50 et 100.000 hectares, se sont effondrées, disséminées en poussière. La pratique a réfuté les objections de la "science" ; elle a montré une fois de plus qu'elle ne doit pas seule faire son profit de la "science", mais que la "science" aussi ne ferait pas mal de profiter des enseignements de la pratique. Dans les pays capitalistes les fabriques géantes de céréales ne s'acclimatent pas. Mais notre pays n'est pas un pays capitaliste. Il ne faut pas oublier cette "petite" différence. Là-bas, chez les capitalistes, il est impossible d'organiser une grande fabrique de céréales sans acheter quantité de terrains ou sans payer une rente foncière absolue, ce qui grève forcément de frais énormes la production, puisque là-bas existe la propriété privée de la terre. Chez nous, au contraire, il n'existe ni rente foncière absolue, ni achat et vente de terrains, ce qui crée forcément des conditions favorables au développement des grandes exploitations de céréales, puisque chez nous la propriété privée de la terre n'existe pas. Là-bas, chez les capitalistes, les grandes exploitations de céréales ont pour objet de réaliser le maximum de profit ou, tout au moins, de réaliser des profits correspondant à ce qu'on appelle le taux moyen du profit, faute de quoi le capital n'a pas intérêt en général à se mêler d'organiser des exploitations de céréales. Chez nous, au contraire, les grandes exploitations de céréales, qui sont en même temps des exploitations d'Etat, n'ont besoin pour se développer ni d'un maximum de profit, ni du taux moyen du profit, elles peuvent se contenter d'un profit minimum et, parfois, se passer même de tout profit ; les conditions restent cependant favorables au développement des grandes exploitations de céréales. Enfin, en régime capitaliste, il n'existe, pour les grandes exploitations de céréales, ni facilités de crédit ni dégrèvements spéciaux, alors qu'en régime soviétique, qui vise ai soutien du secteur socialiste, ces facilités existent et continueront d'exister. Tout cela la vénérable "science" l'a oublié. Les affirmations des opportunistes de droite (groupe Boukharine) se sont effondrées et disséminées en poussière, affirmations qui prétendaient : a) que les paysans n'iraient pas au kolkhoz; b) que le rythme accéléré du développement des kolkhoz ne pouvait que provoquer un mécontentement de masse et la désunion entre la paysannerie et la classe ouvrière ; c) que ce ne sont pas les kolkhoz, mais la coopération qui représente la "grand'route" du développement socialiste à la campagne ; d) que le développement des kolkhoz et l'offensive contre les éléments capitalistes de la campagne pouvaient laisser le pays sans pain. Tout cela s'est effondré et disséminé en poussière, comme un vieux fatras de libéralisme bourgeois.

Premièrement, les paysans ont pris le chemin des kolkhoz, ils l'ont pris par villages, par cantons, par rayons entiers.

Deuxièmement, le mouvement kolkhozien de masse, loin d'affaiblir, fortifie l'alliance de la ville et des campagnes en lui assignant une nouvelle base, une base de production. Même les aveugles voient maintenant que si un mécontentement quelque peu sérieux se manifeste dans les masses paysannes fondamentales, il ne concerne pas la politique de collectivisation pratiquée par le pouvoir des Soviets, mais le fait que ce dernier (quant à l'approvisionnement des paysans en machines et tracteurs), a du mal à suivre le progrès du mouvement kolkhozien.

Troisièmement, la discussion relative à la "grand'route" du développement socialiste des campagnes est une discussion scolastique, digne des jeunes libéraux petits-bourgeois du type Eichenwald et Slepkov. Il est clair que tant qu'il n'y avait pas de mouvement kolkhozien de masse, la "grand'route" était représentée par les formes inférieures de la coopération, par la coopération d'achat et de vente. Mais lorsque sur la scène apparut la forme supérieure de la coopération, la forme kolkhozienne, elle devint la "grand'route" du développement. Pour parler sans guillemets, la grand'route du développement socialiste des campagnes, c'est le plan coopératif de Lénine, plan qui englobe toutes les formes de la coopération agricole, depuis les formes inférieures (achat et vente) jusqu'aux formes supérieures (de production kolkhozienne). Opposer les kolkhoz à la coopération, c'est se moquer du léninisme et avouer sa propre ignorance.

Quatrièmement, même les aveugles voient maintenant que sans une offensive contre les éléments capitalistes de la campagne, et sans le développement du mouvement des kolkhoz et des sovkhoz, nous n'aurions aujourd'hui ni les succès décisifs que nous avons remportés au cours de cette année dans les stockages de blé, ni les dizaines de millions de quintaux de blé — réserves intangibles — accumulés déjà entre les mains de l'Etat. Bien plus, on peut affirmer que grâce à la croissance du mouvement des kolkhoz et des sovkhoz, nous sortons définitivement, ou même nous sommes déjà sortis, de la crise du blé. Et si le développement des kolkhoz et des sovkhoz se poursuit à une allure accélérée, il n'y a aucune raison de douter que notre pays deviendra, dans quelque trois ans, un des plus grands, sinon le plus grand producteur de blé du monde.

Qu'y a-t-il de nouveau dans l'actuel mouvement des kolkhoz ? Ce qu'il y a de nouveau et de décisif dans le mouvement actuel des kolkhoz, c'est que les paysans y entrent non par groupes isolés, comme cela se faisait auparavant, mais par villages, par cantons, par rayons, voire par arrondissements entiers. Qu'est-ce à dire ? C'est que le paysan moyen a pris le chemin des kolkhoz. Là est la base du tournant radical qui s'est opéré dans le développement de l'agriculture et qui constitue une réalisation capitale entre toutes du pouvoir des Soviets, pour l'année écoulée.

On voit s'effondrer et se briser en éclats la "conception" menchévique du trotskisme, selon laquelle la classe ouvrière est incapable d'entraîner derrière elle les masses paysannes fondamentales dans le domaine de la construction socialiste. Même les aveugles voient maintenant que le paysan moyen s'est tourné vers les kolkhoz. Maintenant il est clair pour tous que le plan quinquennal de l'industrie et de l'agriculture est celui de la construction de la société socialiste, que les gens qui ne croient pas à la possibilité de construire intégralement le socialisme dans notre pays, n'ont pas le droit de saluer notre plan quinquennal.

On voit s'écrouler et se réduire en poussière l'espoir ultime des capitalistes de tous les pays, qui rêvent de restaurer en U.R.S.S. le capitalisme, le "principe sacré de la propriété privée". Les paysans qu'ils considèrent comme un engrais destiné à préparer le terrain pour le capitalisme, abandonnent en masse le drapeau tant vanté de la "propriété privée" et s'engagent dans la voie du collectivisme, dans la voie du socialisme. Il croule, l'espoir ultime de voir restaurer le capitalisme. C'est ce qui explique, entre autres, les tentatives désespérées des éléments capitalistes de notre pays pour dresser contre le socialisme en marche toutes les forces du vieux monde, tentatives aboutissant à aggraver la lutte de classes. Le capital ne veut pas s' "intégrer" dans le socialisme.

C'est aussi ce qui explique les hurlements de fureur que poussent ces derniers temps contre le bolchévisme, les chiens de garde du Capital, tous ces Strouvé et Hessen, ces Milioukov et Kérenski, ces Dan et Abramovitch. Pensez donc ! L'espoir suprême de restaurer le capitalisme disparaît. Que peuvent encore attester cette rage furieuse des ennemis de classe et ces hurlements frénétiques des laquais du Capital, si ce n'est que le Parti a remporté effectivement une victoire décisive sur le front le plus difficile de la construction socialiste ?

C'est seulement dans le cas où nous réussirons à montrer en fait aux paysans les avantages de la culture en commun, collective, par associations, par artels ; c'est seulement si nous réussissons, à aider le paysan à s'organiser en associations, en artels, que la classe ouvrière, tenant en mains le pouvoir d'Etat, prouvera réellement au paysan qu'elle a raison, attirera réellement à ses côtés, de façon durable et effective, la masse innombrable des paysans. ("Discours au congrès des communes et artels agricoles", t. XXIV, p. 579, éd. russe.)

C'est ainsi que Lénine pose la question des moyens à employer pour gagner les millions de paysans à la classe ouvrière, pour faire passer la paysannerie sur la voie de la construction des kolkhoz. L'année écoulée a montré que le Parti s'acquitte de cette tâche avec succès, en surmontant résolument les difficultés de toute sorte, dressées sur ce chemin.

La paysannerie moyenne dans la société communiste, dit Lénine, ne se rangera à nos côtés que lorsque nous aurons allégé et amélioré les conditions économiques de son existence. Si demain nous pouvions fournir 100.000 tracteurs de premier ordre, les pourvoir en essence, les pourvoir en mécaniciens (vous savez fort bien que pour l'instant c'est de la fantaisie), le paysan moyen dirait : "Je suis pour la commune" (c'est-à-dire pour le communisme). Mais pour ce faire, il faut d'abord vaincre la bourgeoisie internationale, il faut l'obliger à nous fournir ces tracteurs, ou bien il faut élever notre productivité du travail de telle sorte que nous puissions les fournir nous-mêmes. C'est ainsi seulement que cette question sera bien posée. ("Rapport sur le travail à la campagne au VIIIe congrès du P. C. (b) R.", t. XXIV, p. 170, éd. russe.)

C'est ainsi que Lénine pose la question des voies à suivre pour ré-outiller techniquement le paysan moyen, la question des voies à suivre pour le gagner au communisme. L'année écoulée a montré que le Parti s'acquitte également avec succès de cette tâche. On sait qu'au printemps de l'année 1930 qui vient, nous aurons sur nos champs plus de 60.000 tracteurs ; l'année d'après, plus de 100.000 tracteurs, et au bout de deux années encore, plus de 250.000 tracteurs. Ce que l'on tenait pour une "fantaisie" il y a quelques années, nous avons aujourd'hui toute possibilité d'en faire une réalité. Telle est la raison pour laquelle le paysan moyen s'est tourné vers la "commune". Voilà ce qu'il en est de la troisième réalisation du Parti. Telles sont les principales réalisations du Parti, pour l'année écoulée.

CONCLUSION

Nous marchons à toute vapeur dans la voie de l'industrialisation, vers le socialisme, laissant derrière nous notre retard "russe" séculaire. Nous devenons le pays du métal, le pays de l'automobile, le pays du tracteur. Et quand nous aurons installé l'U.R.S.S. sur l'automobile, et le moujik sur le tracteur, qu'ils essayent de nous rattraper, les honorables capitalistes qui se targuent de leur "civilisation". Nous verrons alors quels pays on pourra "qualifier" d'arriérés, et lesquels d'avancés. Pravda, n° 259, 7 novembre 1929.

QUESTIONS DE POLITIQUE AGRAIRE EN U.R.S.S.

DISCOURS PRONONCE A LA CONFERENCE DES MARXISTES SPECIALISTES DE LA QUESTION AGRAIRE, LE 27 DECEMBRE 1929

Camarades, le fait essentiel de notre vie sociale et économique à l'heure présente, et qui retient l'attention générale, c'est la croissance prodigieuse du mouvement de collectivisation agricole.

Le trait caractéristique de l'actuel mouvement de collectivisation agricole est que, non seulement des groupes isolés de paysans pauvres entrent dans les kolkhoz, comme cela s'est fait jusqu'ici, mais que les paysans moyens, dans leur grande masse, en ont également pris le chemin. C'est dire que le mouvement de collectivisation agricole, de mouvement de groupes et catégories de paysans travailleurs qu'il était, est devenu le mouvement de millions et de millions d'hommes, formant la masse essentielle de la paysannerie. C'est par là, entre autres, qu'il convient d'expliquer ce fait d'une importance capitale : le mouvement kolkhozien, ayant pris le caractère d'une avalanche anti-koulak toujours plus puissante, brise la classe des koulaks, balaie leur résistance et fraie la voie à un vaste mouvement de construction socialiste dans les campagnes.

Mais si nous avons raison d'être fiers des succès pratiques de l'édification socialiste, on ne saurait en dire autant des succès de notre travail théorique en ce qui touche l'économie en général, l'agriculture en particulier. Bien plus : il faut reconnaître que la pensée théorique ne va pas aussi vite que nos succès pratiques ; qu'il existe une certaine disproportion entre nos succès pratiques et le développement de la pensée théorique. Or, il est nécessaire que le travail théorique non seulement emboîte le pas au travail pratique, mais qu'il le devance et constitue une arme aux mains de nos praticiens dans leur lutte pour la victoire du socialisme.

Je ne m'étendrai pas ici sur l'importance de la théorie. Elle vous est suffisamment connue. On sait que la théorie, si elle est vraiment la théorie, donne aux praticiens la force d'orientation, la clarté de perspective, l'assurance dans le travail, la foi en la victoire de notre cause. Tout cela a — et ne peut pas ne pas avoir — une énorme importance pour notre construction socialiste. Le malheur est que nous commençons à boiter dans ce domaine, précisément dans celui de l'étude théorique des problèmes de notre économie. Car autrement comment expliquer que chez nous, dans notre vie sociale et politique, aient encore libre cours diverses théories bourgeoises et petites-bourgeoises concernant notre économie ? Comment expliquer que ces théories et ces théoriettes ne rencontrent pas jusqu'ici la riposte qu'elles méritent ? Comment expliquer que l'on oublie certains principes fondamentaux de l'économie politique marxiste-léniniste, qui sont le plus sûr antidote contre les théories bourgeoises et petites-bourgeoises; comment expliquer que ces principes ne soient pas popularisés dans notre presse, qu'ils ne soient pas placés au premier plan ? Est-il difficile de comprendre que, sans une lutte intransigeante contre les théories bourgeoises sur la base de la théorie marxiste-léniniste, il est impossible de remporter une victoire complète sur les ennemis de classe ?

La nouvelle pratique fait que l'on envisage d'une façon nouvelle les problèmes économiques de la période de transition. C'est d'une manière nouvelle que l'on envisage maintenant la Nep, les classes, les rythmes de la construction, l'alliance de la ville et des c